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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jacques Becker, #Jean Gabin, #Gangsters
Touchez pas au Grisbi (Jacques Becker, 1954)

Le grisbi. le pognon. L'artiche. L'argent, quoi.

Ce qui fait tourner le monde. En 1953 comme aujourd'hui.

Et en plus, ici, le grisbi, c'est le nom de la musique qui revient sans cesse quand on en parle. La musique fétiche de Max (Jean Gabin).

Max, c'est Max-le-Menteur, personnage haut en couleur d'Albert Simonin. C'est le même personnage - à l'origine du moins - que celui de Grisbi or not grisbi, que Lautner adaptera en 1963 avec les Tontons Flingueurs.

Nous sommes en octobre 1953. Voilà vingt ans que Max et Riton (René Dary) sont inséparables. Ca compte dans une vie de truand. Surtout qu'en général, la vie est courte...

Ils viennent de faire leur dernier coup, celui qui leur permettra de se ranger. Mais la vie est ainsi faite qu'on sait très bien qu'il n'en sera rien, que bien mal acquis (etc.).

Max, c'est l'ancienne génération de truands, celle d'avant-guerre. Toujours bien sapé, impeccable, calme, posé, et irrésistible auprès des dames (on en compte trois à son actif dans le film).

Mais Max 'et Riton vieillissent. Ils ont les cheveux qui blanchissent (surtout Max), des poches sous les yeux, un début de goitre. Bref, leur âge se voit de plus en plus.
Alors ce dernier coup, ,c'est la dernière chance, celle de partir en beauté, avec les honneurs.

Mais en face, une nouvelle génération est apparue : celle qui marche à la came, qui n'a peur de rien et qui n'a plus la même façon de voir les affaires. En tête, Angelo (Lino Ventura).

Alors bien entendu, à un moment, cette différence de style amène des complications qui ne pourront se régler que dans un affrontement.

 

Jacques Becker nous propose ici un film de truands à l'ancienne. Des valeurs d'avant-guerre dans un monde en mouvement. Entendez-moi bien : ce n'est pas le film qui est vieux, ce sont les truands eux-mêmes ! Gabin approche de la cinquantaine, comme son personnage, comme Riton, comme l'ami Pierrot (Paul Frankeur). Ils n'ont plus le même rythme. Ils ne peuvent plus lever des jeunettes, veiller, et comme dit Max, « se les farcir » en plus ! En outre, Max doit mettre des lunettes pour lire...

C'est ce qu'on appelle un polar atypique. Rarement les gangsters sont montrés sous ce jour si peu flatteur. On était habitué aux têtes brûlées ou aux durs-à-cuire, mais pas à ces messieurs vieillissant. Il y a beaucoup de mélancolie dans le personnage de Max. Il sait que l'heure est venue de raccrocher, alors que Riton se berce encore d'illusions. C'est lui qui a raison. Il faut en finir avec cette vie en bâtons de chaise. Et Riton, quand il n'en tient pas compte, les précipite vers une issue qui ne peut être que fatale. De toute façon, la société n'aurait pas permis qu'un truand réussisse ce dernier coup : que ce soit Max ou Angelo.

Malgré tout, on éprouve de la sympathie pour ces gangsters rattrapés par leur âge et leur passé - dépassé -, trop vieux dans un monde qui change.

C'est certainement le film qui a relancé Gabin pour la dernière partie de sa carrière. Mais si sa propension à beugler va bientôt se développer, ici, il n'en est rien. IL joue toujours avec cette même subtilité qui fit son succès avant guerre.

Mais ce film est aussi l'occasion de (re)découvrir un nouveau venu dans le cinéma, ancien catcheur et appelé un jour à remplacer Gabin dans le rôle de Max-le-Menteur : Lino Ventura. Et comme il débute et qu'il a un physique de brute, il joue - bien évidemment - un méchant gangster. Il en sera de même dans son film suivant (encore avec Gabin) : Razzia sur la Chnouf (Henri Decoin, 1955).

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