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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Darko Mitrevski
La troisième Mi-temps (Treto Poluvreme - Darko Mitrevski, 2012)

Macédoine, 1940.

Alors que la guerre fait rage en Europe et que la France vient à son tour de tomber devant l’armée allemande, une petite ville macédonienne – occupée par les Serbes – suit les exploits peu reluisants de son équipe : elle enchaîne défaite sur défaite.

Et puis un jour, le président du club, Dimitryi (Mitko Apostolovski) fait venir un ancien footballeur professionnel – Rudolph Spitz (Richard Sammel) – pour reprendre en main ses joueurs.

Un premier problème se pose immédiatement : il est allemand.

Et comme si cela ne suffisait pas : il est juif.

 

Si l’intrigue principale semble se focaliser sur cette équipe de football, il faut préciser que c’est avant tout l’histoire de Rebecca Cohen (Bedija Begovska en 2011 - Katarina Ivanovska en 1940), une vieille Américaine qui part à Jérusalem avec son arrière-petite-fille (Whitney Montgomery) pour « y retrouver son père ».

C’est cette histoire qu’elle raconte à Rachel qui nous est montrée.

 

Bien sûr, le football prend une grande part dans le film, mais si on assiste à quelques matches, c’est tout de même le contexte de ces matches qui nous intéresse. Et surtout le changement de régime qui est mis en place après la soumission à la Bulgarie, alliée de L’Axe.

Et si le gouvernement change – Garvanov (Emil Ruben) est un salaud de première pour une si petite ville – l’occupation est toujours effective. Le seule véritable changement concerne le statut des Juifs qui sont progressivement écartés jusqu’à la déportation.

 

Cette équipe de football est d’une certaine façon une forme de résistance à l’occupant, qu’il soit serbe, allemand ou bulgare. Et chaque match gagné est un affront à l’occupant, réduit à truquer les matches pour essayer (vainement) d’éliminer cette équipe originale.

Et la place qu’occupe Spitz est des plus symboliques, ce qui amène Garvanov à tout faire pour l’évincer, avant de prendre la décision attendue : le tuer.

 

Darko Mitrevski nous propose un film sportif certes, mais où le plus important n’est pas là. Il décrit ici le quotidien de gens ordinaires, dont le seul véritable moyen d’évasion est le football (1), amenant l’inévitable nationalisme afférant.
Car l’enjeu prend le dessus sur ce qui était un jeu, et le rappel par Dimitryi des Jeux Olympiques de 1936 n’est pas anodin : l’interdiction qui frappe Spitz n’amène aucune réaction chez lui. De même, le salut hitlérien devient obligatoire, surtout après « l’incident » d’Afrika (Igor Angelov) le gardien de but qui refusait de saluer. Cette désobéissance rappelle violemment que l’occupant n’est pas bienveillant, rappelant ainsi que pour Hitler, les Slaves n’étaient pas des citoyens de première classe, et encore plus quand ils étaient plus ou moins ennemis.
 
Si la distribution est essentiellement assurée par des acteurs de la région macédonienne, on y retrouve tout de même deux acteurs célèbres : Rade Szerbedzija et Richard Sammel.
Szerbedja, pour une fois ne trempe pas dans des affaires louches, mais nous donne une prestation tout en sobriété de ce père trop tôt veuf dont la fille, comme sa mère, était trop belle pour rester seule bien longtemps.
Quant à Richard Sammel, pour une fois, il ne joue pas un rôle de Nazi : qu’il soit froid et sadique  comme dans Un Village français ou parodique comme dans Oss 117 : Le Caire, Nid d’espions. Il est un entraîneur original dont les principes ne sont pas sans rappeler son attitude face aux nazis. De plus, il maîtrise différentes langues ce qui ajoute dans l’universalité de son personnage : outre l’allemand, il parle un peu la langue locale ainsi que l’anglais, dont il se sert pour dialoguer avec le rabbin (Meto Jovanovski).
Cette caractéristique linguistique semble induire deux idées : l’universalité du football, montrant qu’on peut s’entendre autour d’un ballon sans pour autant se comprendre verbalement ; et aussi un aspect « Juif errant » qui renvoie à la Diaspora et s’explique par la constante fuite en avant de Spitz face à l’émergence nazie.
 
Et puis il y a la belle Katarina Ivanovska, jeune femme plutôt moderne dans un monde suranné et qui va entrer violemment dans la modernité. Elle aussi représente la résistance face à la barbarie, même si les différentes séquences sportives ont tendance à la marginaliser.
Son histoire d’amour avec Kosta (Sasko Kocev) est elle aussi des plus symboliques : l’amour triomphe de tout, des différences (elle est juive, il est chrétien) ou de la guerre.
 
Un très beau film qui va au-delà du sport, même si on ne doit pas oublier que le football, du fait de sa prédominance mondiale, est avant tout une projection guerrière (2) et donne une légitimité à des régimes qui sont bien loin des idéaux enseignés par les éducateurs sportifs.
 

 

  1. Le cinéma aussi, mais avec un léger décalage : King Kong (1933) a enfin atteint cette ville perdue quand commence le film.
  2. On parle de défense, d’attaque, d’ennemi, de lignes… Je continue ?

 

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