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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #René Clair
Un Chapeau de paille d'Italie (René Clair, 1928)

René Clair est, à mon avis (mais je ne dois pas être le seul), le plus grand cinéaste comique français. Il nous propose ici un vaudeville plutôt subtil. Il faut dire que la pièce de Labiche, dont est tirée l’histoire, avait de quoi réjouir.

Nous sommes en 1895. C’est le jour où Fadinard (Albert Préjean) se marie. En se rendant à la noce, son cheval grignote un chapeau de paille (d’Italie) qui se trouvait en bord de chemin. Jusque là, rien de très extraordinaire. Sauf que le chapeau appartient à Anaïs Beauperthuis (Olga Tchekhova), qui passait du bon temps avec le lieutenant Émile Tavernier (Geymond Vital). Mais la belle Anaïs est en outre mariée au sombre Beauperthuis (Jim Gérald), gros homme jaloux. Si Anaïs rentre chez elle sans son chapeau, ,il risque d’y avoir de la viande froide !

Fadinard est donc obligé de remplacer le chapeau s’il ne veut pas que le lieutenant mette à sac sa maison, voire plus grave… Sans oublier qu’il doit des marier !

Nous sommes dans une situation bien française où les liens du mariages son bien souples et où la morale, finalement l’est autant. Alors que la belle Anaïs est dans une relation extraconjugale, jamais Fadinard ne le lui reproche. Au contraire, il va tout faire pour cacher cette intrigue galante, quitte à mettre en péril son mariage.

Et son mariage, comme dit François dans Jour de Fête : « C’est que’qu’chose ! ».

En plus d’Hélène (Marise Maïa), l’indispensable mariée, on trouve toute une galerie de personnages hétéroclites et magnifiques (la famille, que voulez-vous, on ne la choisit pas) : un oncle sourd comme un pot et son cornet acoustique plus ou moins dégagé ; un cousin (Louis Pré fils) à la cravate autonome et sa femme la cousine à lunettes (Alice Tissot, toujours égale à elle-même)… Bref, on peut dire que Fadinard est à la noce dans tous les sens du terme !

Comme nous sommes dans un vaudeville, il y a obligatoirement quiproquo, et je dois avouer que l’intrigue va au-delà des espérances dans ce domaine. Et les acteurs y sont pour beaucoup. Albert Préjean en Fadinard est impeccable, comme à son habitude, et il arrive à mener sa barque avec un certain brio ; Geymond Vital est un militaire impulsif malgré les recommandations de sa bien-aimée adultère, ce qui nous donne quelques belles envolées de meubles, au grand plaisir du chiffonnier qui passe (rien ne se perd…) ; et bien sûr Jim Gérald, habitué des comédies de Clair (déjà présent dans les deux films précédents, on le retrouvera dans le magnifique chef-d’œuvre qu’est Les deux Timides (1) l’année suivante).

René Clair nous propose cette comédie débridé sur un rythme qui l’est autant. Plus Fadinard essaie de régler son histoire, plus la noce se pose de questions, allant, supplice final, jusqu’à déclarer le mariage nul et récupérer les cadeaux (la mesquinerie n’a pas de limite).

Mais c’est surtout cette quête d’un chapeau qui sauverait l’honneur d’une dame qui fait tout le sel de l’intrigue, jusqu’au dernier rebondissement (plus près de la fin, ça s’appelle une tragédie!).

Même si l’intrigue est très française, on ne peut que noter l’universalité des gags qui nous sont proposés : d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, on fait rire avec les mêmes artifices, tout en évitant le côté burlesque (slapstick, comme on dit là-bas) qui commence à s’émousser (2). Ici aussi, les comédies se teintent d’un soupçon de mélancolie pour mieux faire éclater l’aspect comique des situations.


Un film INCONTOURNABLE !

 

(1) T’en souviens-tu, mon cher Allen John ?

(2) On retrouve réellement ce glissement vers des situations comiques plus subtiles et de moins en moins systématiques telles que les tartes à la crème (j’adore) et les coups de pied au cul. Toute fois, n’oublions pas ce que disait Debureau père : « Un coup de pied au cul, quand il est bien donné peut faire rire le monde entier. »

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