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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Jean-Pierre Jeunet
Un long Dimanche de fiançailles (Jean-Pierre Jeunet, 2004)

Deux ans après le fabuleux Destin, Audrey Tautou retrouve Jean-Pierre Jeunet pour une nouvelle très belle histoire d’amour.

Mais avec Jeunet, c’est aussi le retour des petits détails de la vie que la belle Audrey sait utiliser, ainsi qu’une bande d’acteurs déjà vus à maintes reprises : Dominique Pinon et Ticky Holgado en tête.

Cette fois-ci, ce film nous raconte la première Guerre Mondiale, celle de Mathilde, dont le jeune fiancé Manech (Gaspard Ulliel) est envoyé au front.

 

C’est la guerre de Mathilde, parce que nous assistons essentiellement aux différentes démarches (1) qu’elle doit entreprendre pour savoir si Manech est réellement mort « aux champs d’honneur » comme on dit dans ces cas-là.

Et elle va batailler : contre son oncle (Dominique Pinon) et sa tante (Chantal Neuwirth) et contre son avoué Pierre-Marie Rouvières qui vont tenter – vainement cela va de soi – de la décourager – et bien sûr contre l’Etat qui ne facilite en rien les recherches de ce type, surtout quand il y a une opération peu glorieuse qui ne va pas redorer le blason déjà terni de la « Grande Muette ».

Va alors avoir lieu un défilé de personnages plus ou moins pittoresques, témoins ou non de l’histoire, qui emmènera Mathilde au Bout du Monde – ça ne s’invente pas – pour espérer retrouver Manech en vie.

 

Nul besoin du générique pour savoir que c’est Jean-Pierre Jeunet qui dirige tout ça. En plus d’une image qui rappelle ses films antérieurs, on y retrouve le même souci du détail qu’auparavant, avec au centre Mathilde, qui s’accroche à des petits riens de la vie, espérant jusqu’au bout le retour de cet amoureux dont les fiançailles sont décidément beaucoup trop longues.

On retrouve dans ces petits trucs qu’on trouve en général chez les enfants : « si [le chien] entre  dans la chambre avant qu’on m’appelle à manger, alors Manech est toujours vivant. »

Ce réflexe s’explique facilement : même si Manech et Mathilde sont des grands, ils restent des enfants l’un pour l’autre, promis l’un à l’autre dès leur première rencontre.

Parce que Jeunet, tout en reconstruisant le parcours de Manech, nous livre petit à petit l’histoire de cet amour, à travers les souvenirs de Mathilde. Et ces souvenirs lui reviennent dans le désordre parce que c’est toujours comme ça : c’est nous qui les remettons dans l’ordre après, quand on a tout retrouvé.

 

Et l’histoire de Manech et Mathilde est une histoire d’amour simple, voire banale si Manech était revenu avec les autres.

Parce que c’est la recherche de cet amour perdu qui en fait un moment magnifique, qui ne pourra qu’être extraordinaire, si seulement Mathilde retrouve Manech. Parce qu’à un moment, elle le retrouve, avec les autres, dans un de ces grands champs verts ornés de croix alignées, avec au mieux un nom et le jour de la mort.

Mais même ça ne décourage pas Mathilde, alors…

 

Et avant la guerre de Mathilde, il y a eu celle des hommes, plus de quatre années de boucherie pour aboutir au final à un massacre phénoménal qui ne sera largement dépassé une vingtaine d’année plus tard avec l’épisode 2 : 1939-1945.

Et cette guerre des hommes, Jeunet nous la montre simplement : des hommes qui crient, qui courent, qui sont touchés, qui tombent le nez dans la boue, pendant que les généraux accrochent des petits drapeaux sur leurs cartes. Enfin pas exactement, on ne voit qu’un seul général – un phénomène encore une fois – qui répare le manche de sa loupe afin de mieux distinguer les détails des cartes devant lui : des femmes nues dans des positions lascives.

Les habitués des films de Jeunet ne sont même pas étonnés de voir que cet ignoble général est interprété par Jean-Claude Dreyfus, qui a encore une fois un rôle de boucher.

Et la guerre de Jeunet va s’exposer en plusieurs parties, en fonction des différents témoignages que glane Mathilde dans sa quête.

Bien sûr, Jeunet a vu Les Chemins de la gloire, et nous avons droit à un travelling dans les tranchées avec les soldats qui fixent un à un les baïonnettes à leurs fusils.

Mais quand l’assaut à lieu – commandé par le capitaine Fouvrier (Tchecky Karyo), celui qui doit balancer les condamnés à mort (toujours vivants) dans le no man’s land pour les laisser crever (il n’y a pas d’autre mot) – c’est une reconstitution des plus précises et surtout très réalistes : la rencontre de Stanley Kubrick (pour le déploiement, voir plus haut) et de Steven Spielberg (pour le bain de sang, voir Save Private Ryan).

C’est court, direct, encore une fois très simple et bigrement meurtrier.

 

Et au milieu de ces images de mort, Mathilde, qui n’attend qu’une seule chose : retrouver celui qu’elle aime. Et ça doit arriver : le chien est entré dans la chambre avant qu’elle soit appelée pour manger.

 

 

PS : Quand le film sort, cela fait déjà 9 mois que Ticky Holgado est mort. Il n’y a rien de P/pire.

 

(1) Terme pas si mal choisi…

 

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