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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Henri Verneuil, #Jean Gabin, #Comédie
Un Singe en hiver (Henri Verneuil, 1962)

Tigreville (Villerville, Calvados, en vrai).

Sa plage de sable fin où patrouillent les Allemands, son bordel où s'ébattent les Allemands, son hôtel Stella, où officie Albert Quentin (Jean Gabin) et sa femme Suzanne (Suzanne Flon), rue du maréchal Pétain.

Mais ça, c'était avant, du temps de l'Occup'.

Maintenant, c'est toujours le même lieu : la plage a le même sable fin à perte de vue et le bordel n'est plus qu'un restaurant chinois (pour les vicelards), Marthe Richard étant passé par là. Mais les Allemands n'y viennent qu'en pèlerinage. Comme les Anglais et les Américains. L'hôtel est toujours au même endroit. Il n'y a que la rue qui a changé. Elle s'appelle général De Gaulle, maintenant.

Albert aussi a changé. Il ne boit plus : fini les voyages éthyliques sur le Yang-Tsé-Kiang, en compagnie du matelot Esnault (Paul Frankeur).

Alors quand Gabriel Fouquet débarque dans sa pension, l'esprit embrumé d'alcool espagnol, c'est le rayon de soleil qui manquait dans son hiver normand. Parce que Gabriel boit. Comme Albert buvait. Mais il va moins loin. Il s'arrête en Espagne, où il est un matador réputé.

Alors quand deux tels voyageurs se rencontrent, ils ne peuvent que partir ensemble.

 

Henri Verneuil adapte le roman de Blondin, alcoolique notoire, et choisit pour ce faire deux jeunes premiers. L'ancien, Gabin, jeune premier des années 1930, et le nouveau, Belmondo, vedette de la Nouvelle Vague. Et après une rencontre plutôt froide - Gabriel rappelant un passé chargé pour Albert- on assiste à un numéro de duettiste plutôt comique où les bons mots alternent avec les tournées, le tout accompagné d'une belle musique aux tonalités orientales accompagnée de castagnettes. Parfois, un partenaire est toléré, c'est le cas de Landru (Noël Roquevert, sans sa mesquinerie habituelle) ; parfois un autre est refoulé, c'est ce qui arrive à Esnault, à qui on reproche « la cuite mesquine ».

Malheureusement, c'est un Gabin de la dernière période. Celle où sa bouche a tendance à se transformer en gueule, et son jeu à perdre en subtilité. Il y a ces moments de sobriété où il s'adresse à sa femme qui ont une belle touche sensible, mais dès que la bouteille entre en jeu, c'est le déchaînement ! Et Belmondo a tendance à lui emboîter le pas... Dommage. Mais il y peut-être une excuse : l'excès de boisson... Sauf que ces gueulantes vont continuer dans les films suivants, avec une certaine préférences pour les films de moindre importance, voire de moindre qualité. Il ne fallait pas laisser Gabin faire du Gabin...

 

Et puis il y a Audiard. Ses dialogues sont toujours savoureux, en attendant l'apothéose des Tontons flingueurs l'année suivante :

 «Que ce soit la révolution ou la paëlla, dis-toi bien que rien de ce qui est espagnol n'est simple. » (Gabriel)

«Les gastronomes disent que c'est une maison de passe et les vicelards un restaurant chinois. » (Albert)

«Arrière les Esquimaux ! Je rentre seul. Un matador rentre toujours seul ! Plus il est grand, plus il est seul. Je vous laisse à vos banquises, à vos igloos, à vos pingouins. » (Gabriel)

«Tu te demandes pourquoi il picole l'Espagnol ? C'est pour essayer d'oublier les pignoufs comme vous ! » (Albert)

Et la cerise sur le gâteau : « Monsieur Esnault, si la connerie n'est pas remboursée par les assurances sociales, vous finirez sur la paille. » (Gabriel)

 

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