Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jon Avnet, #Guerre
1943 : L'ultime Révolte (Uprising - Jon Avnet, 2001)

Tout commence à Varsovie, avant l’invasion allemande du 1er septembre 1939.

On y voit un jeune garçon et des tomates, dans un marché ouvert où tout va bien.

Puis c’est l’invasion et le ghetto. On saute dans le temps on passe 1941 et 1942 qui voit un embryon de résistance se former, jusqu’au 19 avril 1943, date officielle du soulèvement du ghetto. Les Allemands voulaient l’anéantir pour l’anniversaire de leur Führer, ils devront attendre presque un mois pour y parvenir, le 16 mai.

 

Jon Avnet est avant tout un producteur, mais quand il se lance dans la réalisation, ce n’est pas mal non plus…

Non seulement il dirige, mais en plus il produit et il écrit même le scénario avec Paul Brickman.

Le sujet : l’un des rares soulèvements des Juifs face à l’armée allemande.

C’est un film généreux autant qu’exaltant. Ces jeunes Juifs menant un combat perdu d’avance vont tenir tête à l’armée allemande avec une opiniâtreté incroyable, à l’encontre de la représentation stéréotypée des Juifs passifs qui était répandue dans chaque pays occupé par les nazis.

Cette tendance est illustrée par le destin d’Adam Czerniaków (Donald Sutherland) qui dirigea le conseil juif du ghetto, essayant de composer avec les Allemands jusqu’au moment des déportations : il se suicide pour ne pas avoir à envoyer des gens à la mort.

 

Ce sont essentiellement les jeunes qu’on trouve contre l’occupant : l’Organisation Juive de Combat menée par Mordechai Anielewicz (Hank Azaria), qui n’avait même pas 25 ans à sa mort, comporte d’autres jeunes garçons mais aussi beaucoup de jeunes femmes et quelques enfants. Au final très peu survivront à l’anéantissement du ghetto, et encore moins à la fin de la guerre.

Avnet, en plus d’Anielewicz, s’intéresse plus précisément à son entourage dont Tosia Altman (Leelee Sobieski) qui mourra juste après son évasion du ghetto, ou encore Yitzhak Zuckerman (David Shwimmer) et Simcha « Kazik » Rotem (Stephen Moyer), deux des survivants de la guerre (1).

 

On a beau savoir que le combat était inégal et que l’issue était courue d’avance, on ne peut être qu’admiratif devant ces femmes et ces hommes qui ont voulu résister jusqu’au bout, refusant de mourir passivement comme de nombreux de leurs coreligionnaires.

Anielewicz, leur leader, si on peut dire, quand tout est perdu et que la mort est très proche énonce clairement le but de cette lutte inégale : mourir dans la dignité. On retrouve cette cela dans ce qu’a écrit Izrael Chaim « Arie » Wilner (Eric Lively dans le film) : « Nous ne voulons pas sauver notre vie. Personne ne sortira vivant d'ici. Nous voulons sauver la dignité humaine ».

 

Bref, si certains détails montrent quelques erreurs techniques, le film n’en est pas moins important. A l’encontre des stéréotypes susmentionnés, nous voyons des combattants engagés et déterminés à aller jusqu’au bout, certains mourant avec leurs assaillants.

De plus, Avnet ne fait pas qu’illustrer les combats : on voit la situation du ghetto se détériorer, les morts qui trainent dans les rues et qui sont dépouillés de leurs vêtements pour que d’autres ne meurent pas à leur tour de froid. Il y a toujours cette lueur d’espoir qui ne meurt pas tout à fait avec les différents combattants qui tombent.

 

Avnet revient aussi sur l’histoire du docteur Janusz Korczak (Palle Granditzki dans le film) qui avait un sauf-conduit pour évacuer le ghetto mais a préféré mourir avec les enfants dont il s’occupait, les encourageant et chantant avec eux jusqu’à l’entrée dans les wagons de la mort.

Superbe.

 

C’est un film généreux mais surtout indispensable que nous offre ici Jon Avnet, montrant que les Juifs n’étaient pas résignés à leur sort, même si l’issue ne faisait malgré tout aucun doute.

 

 

PS : On peut trouver des récits de cet événement dans le documentaire fleuve de Claude Lanzmann Shoah, où Simcha Rotem et Yitzhak Zuckerman ont accepté de témoigner.

 

(1) Simcha Rotem est mort en décembre dernier, il avait 94 ans. John Avnet l’a d’ailleurs invité sur le tournage, avec Marek Edelman (John Ales dans le film).

Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog