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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Claude Chabrol
Violette Nozière (Claude Chabrol, 1978)

C’est une jeune femme qui sort de chez elle (?), ses chaussures à la main. Elle ferme doucement toutes les portes et s’enfuit.

Et elle se souvient.

De ses turpitude de jeunes filles jusqu’à l’empoisonnement de ses parents, nous suivons la narration de la vie de cette jeune femme, jusqu’à sa condamnation à la peine de mort le 10 octobre 1934.

Elle s’appelle Violette Nozière (Isabelle Huppert).

 

Il s’agit ici d’une histoire des plus sordides, comme on en trouve souvent chez Claude Chabrol. De plus, avec ce film, Chabrol offre à Isabelle Huppert un premier rôle qui la sort de ses interprétations précédentes de jeune femme fragile. C’est aussi la première des six collaborations entre ces deux personnes.

Et comme nous sommes chez Chabrol, nous retrouvons quelques habituées – Stéphane Audran (Mme Nozière) ou encore Bernadette Laffont (la détenue qui partage sa cellule) – ainsi qu’un distribution qui rassemble quelques grands noms de second rôles (Jean Carmet, Dora Doll) et bien sûr quelques spécialistes de la figuration tels Dominique Zardi qui signe aussi deux chansons entendues dans le film, ou encore Mario David en directeur de la prison.

 

Avec ce film, Chabrol met au goût du jour le sort réservé à certaines filles par des pères abusifs.

Mais à aucun moment, Chabrol nous montre quelque relation intime entre la fille et le père. Tout juste un évitement dans la première séquence qui nous les présente ensemble. Même quand Violette se lave, le haut du corps dénudé, le père Nozière n’a pas de geste déplacé envers elle. Mais on ressent tout de même qu’il y a quelque chose entre eux.

 

Au contraire, Chabrol accentue le point de vue de Violette, les hommes qu’elle rencontre et les lieux qu’elle fréquente avec eux, surtout avec Jean Dabin (Jean-François Garreaud), qui se comporte plus comme un souteneur qu’un amoureux : Violette subtilise de l’argent à ses parents et fait chanter de vieux amants pour permettre à Jean d’avoir un train de vie des plus agréables, avec la promesse (vaine, bien sûr) d’un avenir à deux.

 

Quinze ans après Landru, Chabrol se passionne pour une figure criminelle de l’entre-deux guerres. Mais si Landru n’avait que peu de circonstances atténuantes (euphémisme), Violette Nozière garde une part d’ombre et surtout elle a de véritables circonstances atténuantes.

Il faut dire que pour jouer son père, Chabrol a fait appel à l’immense Jean Carmet qui avait déjà joué avec Huppert dans Dupont-Lajoie. Cette relation antérieure – un viol qui tourne très mal – joue aussi un rôle dans la tête des spectateurs : personne n’a oublié la conduite veule du petit bistroquet. De ce fait, ce qui n’est que suggéré devient d’une certaine façon un fait avéré : le père Nozière est un vieux salingue qui couche avec sa fille et utilise un vieux chiffon comme moyen de contraception (1).

 

Mais nous sommes en 1934, plus de 40 ans avant la sortie du film, et l’opinion publique a tout de même tendance à condamner cette fille parricide.

Et malgré tout, Chabrol laisse la place aux détracteurs qui voient en Violette une victime de l’abus de son père avant tout.

Comme de bien entendu, alors que les dernières images se déroulent, Claude Chabrol explique ce qui fut advenu ensuite : sa grâce présidentielle (Albert Lebrun était le président) qui ne la condamne qu’aux travaux forcés, puis sa réhabilitation sous la présidence de De Gaulle.

 

Alors, Violette Nozière était-elle coupable de parricide ? Oui. Avait-elle des circonstances atténuantes ? Cela devient problématique, parce que Chabrol ne prend à aucun moment son parti, laissant volontairement les zones d’ombre du procès, et utilisant avec beaucoup de maîtrise une narration décousue.

 

Les différents épisodes que nous voyons concernent la passé de Violette mais comme toujours dans le cas de souvenir (2), ils re viennent dans le désordre, et c’est alors au spectateur de remettre les différents événements dans l’ordre pour donner une cohérence dans le récit, ainsi que pour se donner une idée de ce qu’il a pu se passer.

 

Mais malgré tout, on peut comprendre ce film comme un argument pour l’abolition de la peine de mort. N’oublions pas qu’en 1977, quand est tourné le film, Robert Badinter obtient seulement que Patrick Henry soit condamné à la perpétuité, lançant d’une certaine façon la campagne d’abolition de la peine de mort. Le sort de Violette Nozière rappelant facilement la vacuité d’un châtiment qui n’a jamais empêché le développement des crimes de sang.

En 1978, on voit aussi la parution du livre de Gilles Perrault – Le Pull-over rouge – qui va dans le même sens abolitionniste.

 

Chabrol va-t-il dans le même sens ? Je ne pense pas. Il fait un film, avec une intrigue qui lui parle : un fait divers sordide de province, comme il en tournera d’autres avec une caméra pas toujours aussi bienveillante.

 

PS : en prime, un jeune acteur, amant de Violette et avec des cheveux, Fabrice Luchini…

 

  1. Je vous avais prévenu que cette intrigue était sordide !
  2. Voir à ce sujet la préface de François Cavanna pour son magnifique récit autobiographique Les Ritals.
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