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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Julien Duvivier
Voici le Temps des assassins (Julien Duvivier, 1956)

C’était le Paris des Halles (les vraies !), où les garçons bouchers venaient écluser des muscadets, comme chez André Châtelin (Jean Gabin), le propriétaire du Temps des Innocents, un café restaurant. Outre les travailleurs des Halles, on y trouve aussi quelques personnes de la haute que la cuisine du patron attire, et un jeune étudiant en médecine, Gérard Lacroix (Gérard Blain). Châtelin a pris sous son aile ce dernier, le traitant comme le fils qu’il n’a pas eu. Parce que Châtelin a été marié. A Gabrielle (Lucienne Bogaert).

D’ailleurs, Catherine (Danièle Delorme), la fille de cette dernière, débarque chez Châtelin pour lui annoncer qu’il peut se considérer comme veuf, Gabrielle venant de mourir.

Bonne pâte, il accueille la jeune fille, qui va bouleverser sa vie : Gabrielle n’est pas morte !

 

Le titre est éloquent et va hélas se réaliser. Il y aura un mort dans cette histoire encore plus sombre que celles dont nous avons l’habitude chez Duvivier. Parce que bien sûr, comme toujours, les personnages ne sont pas très reluisants, et en particulier la mère et la fille. La mère, toxico et machiavélique est magnifiquement campée par Lucienne Bogaert (qui retrouvera au cinéma Gabin l’année suivante), dont la diction particulière ajoute à la déchéance du personnage. Et la fille, interprétée tout aussi magnifiquement (sinon plus) par une jeune Danièle Delorme extraordinaire. On ne peut s’empêcher de maudire cette jeune femme qui vient semer le doute et la zizanie dans ce microcosme équilibré. Et d’autant plus qu’on a vu le film plusieurs fois (c’est mon cas) : le rôle maléfique de Catherine s’installe progressivement, instillant le mal par petites touches réfléchies. Superbe.

 

Oui, nous sommes bien chez Duvivier. On retrouve ce même pessimisme pour les humains qui enrobe tous ses films. Même Châtelin qui semble la victime de ces deux femmes n’est pas non plus très positif. Le fiel que déverse Catherine le touche et d’une certaine façon il s’attend aux révélations (mensongères) qu’elle distille. Le conflit entre lui et Gérard ne naît pas de rien. Si Catherine fait tout pour les brouiller et surtout y réussit, c’est parce qu’il y a un terreau fertile pour développer ses mensonges : non Châtelin et Gérard ne sont pas si formidables que cela.

Malheureusement, il faudra que la mort arrive pour que Châtelin se dessille les yeux et comprenne la part mauvaise de Catherine.

 

Et ce qui donne toute sa dimension à cette œuvre sombre, c’est aussi la cinématographie d’Armand Thirard, vieux complice de Duvivier (1), qui signe ici un noir et blanc superbe, accentué par une teinte ténébreuse ambiante. En effet, tout est sombre, et pas seulement l’intrigue et les personnages. Même les rares moments dans la journée ne sont pas brillants : la chambre de Gabrielle reflète admirablement la décrépitude de son occupante, qu’on sent déjà au crépuscule de sa vie, crépuscule avancé du fait de sa toxicomanie.

 

Un film noir. Très noir.

A voir, mais surtout à revoir, pour savourer toute cette histoire ô combien sombre.

 

  1.    C’est avec lui qu’il a commencé comme chef-opérateur en 1926.
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