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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Steven Spielberg
La Guerre des mondes (War of the Worlds - Steven Spielberg, 2005)

En souvenir de Maurice Pavageau, professeur de français qui me fit découvrir le roman de Wells et n’a pas pu découvrir ce film merveilleux.

 

 

Un narrateur (Morgan Freeman) au début et à la fin.

D’immenses tripodes.

Un rayon de la mort.

Des armées impuissantes.

Une fuite éperdue.

Et au milieu de tout ça, Ray (Tom Cruise), et ses enfants : Rachel (Dakota Fanning) et Robbie (Justin Chatwin).

 

Nous sommes dans La Guerre des mondes, le roman de Herbert George Wells (1898). Il ne manque que le mystérieux cylindre, prélude à la prise de conscience du narrateur et des autres.

Même Ogilvy (Tim Robbins) est là. Mais ce n’est plus un astronome, mais un personnage qui rappelle l’Artilleur rencontré par le héros et narrateur du livre. Et Spielberg n’a changé qu’un tout petit détail dans sa narration : XXIème siècle plutôt que XXème. Logique, s’il voulait insérer cette histoire dans le monde réel, tout comme l’avait fait Wells pour anticiper le siècle à venir.


Mais le film, même s’il respecte beaucoup le livre est avant tout un film de Spielberg. Je rejoins mon ami le professeur Allen John quand il dit que c’est le troisième volet des aventures extraterrestres de Spielberg, après Rencontres du troisième Type et E.T. En effet, nous retrouvons certaines similitudes quant à des personnages ou des situations. Mais si les deux premiers films traitaient d’un rapprochement intergalactique, ici, nous assistons, comme le dit Ogilvy, à une extermination. Pas étonnant alors que certains aient vu un rapprochement avec l’extermination des Juifs par les nazis. De plus, cette extermination nous renvoie à un autre film de Spielberg : La Liste de Schindler.

En effet, l’atomisation des corps transformés en cendre rappelle la drôle de neige qui tombe autour du camp. Quant aux vêtements qui s’envolent au gré du vent, ils nous rappellent les monceaux d’habits entassés dont les propriétaires ont disparu, victimes de ces mêmes nazis.

 

Et puis il y a Ray. Ray est un personnage de Spielberg d’un bout à l’autre : c’est un grand enfant qui n’assume absolument pas sa paternité. Séparé de sa femme qui a refait sa vie et attend un enfant, il stagne dans son boulot de grutier, récupérant ses enfants un week-end sur deux. Pour lui, le début des phénomènes est avant tout quelque chose de cool, voire d’amusant. Il y a évidemment une parenté entre lui et Roy Neary (de Rencontres), et pas seulement dans la proximité de leurs prénoms. Tous deux sont des ados attardés et plus intéressés par le bricolage que la vie de famille. Roy répare les jouets, Ray les moteurs. Mais aucun des ceux ne connaît ni ne s’intéresse à ses enfants.

Et tout comme pour Roy, la situation va faire évoluer Ray. Il va véritablement, et pour la première fois devenir parent. [NB : Roy ne devient pas parent, mais son attitude évolue beaucoup tout de même : il assume ses choix et devient (enfin) un adulte]

 

Pour Ray, la transformation ne va pas se faire tout de suite, mais dès que le processus est engagé (soudainement, abruptement), il n’y aura plus de retour possible, ni d’ailleurs souhaitable (pour lui).

Le déclenchement : la volonté de Robbie de s’engager dans la lutte contre ces créatures d’un autre monde (jamais dénommées Martiens, par ailleurs). Il y a dans la prise de position de Robbie et la prise de conscience de Ray un rapport de cause à effet sérieux : c’est parce qu’il laisse Robbie partir, qu’il prend enfin conscience de sa responsabilité de père. Qu’il prend conscience aussi de tout l’amour pour ce fils qui s’en va. Car laisser Robbie partir est avant tout une grande preuve d’amour : quand on aime quelqu’un, on respecte ses choix, même si ce ne sont pas les siens.

Ensuite, tout s’enchaîne logiquement jusqu’au dénouement final : la destruction totale des envahisseurs et la dernière intervention du narrateur pour nous expliquer le fin mot de l’histoire.

 

Et dans les presque deux heures qui séparent les deux lectures de Morgan Freeman, nous assistons à une mise en scène et des effets spéciaux époustouflants. ON a beau savoir que tout est presque numérique (j’exagère, je sais), on est bluffé par ce qu’on voit. La scène d’introduction enchaîne fondus et travelling arrière avec maestria, conservant des éléments d’un plan à l’autre, passant de l’infiniment petit à l’infiniment grand avec fluidité. Tout bonnement magique.

Après ce sont des scènes spectaculaires (euphémisme) de destruction et de ravage extraordinaires. Bref, du très grand art : ces scènes intenses tranchent avec des moments de calme où le merveilleux côtoie l’horreur. On pense à Rachel regardant les miroitements de l’eau qui se met alors à charrier des cadavres. Et le summum du merveilleux est atteint lors de l’attaque de l’armée américaine contre les tripodes : c’est un déluge de lumières et de fumée pour décrire alors une bataille extrêmement meurtrière, (tout est extrême dans ce film, ou presque) surtout pour les Terriens.

 

Une superbe adaptation, qui, comme toutes les adaptations, prend des libertés avec l’œuvre originale, mais ce sont aussi ces libertés qui font de ce film un chef-d’œuvre, éclipsant la version de Byron Haskin de 1953*.

 

 

* Le couple Gene Barry & Ann Robinson fait une apparition à la toute fin du film…

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