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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Alberto Cavalcanti
Went the Day well? (Alberto Cavalcanti, 1942)

Bramley End, Royaume-Uni, Pentecôte 1942.

Une troupe de soldats britanniques débarque dans le petit village anglais pour des manœuvres.

Mais rapidement la vérité se fait jour : ce sont des soldats allemands parachutés qui annoncent l’invasion de l’île.

Après avoir maîtrisé la population, les nazis mettent en place cette invasion, avec la complicité d’un notable du village, Wilsford (Leslie Banks).

Mais même sur le sol anglais, la résistance s’organise et l’armée intérieure va venir déloger ces envahisseurs.

 

Il s’agit avant tout d’un film de propagande, tourné par le grand Alberto Cavalcanti (qui n’a pas son prénom au générique, d’ailleurs), et qui joue sur un des fantasmes anglais de cette deuxième guerre mondiale : l’invasion des troupes hitlériennes sur le sol anglais.

Et Cavalcanti nous entraîne avec brio dans cette histoire somme toute fort plausible, surtout pour les spectateurs de l’époque pour qui cette anticipation pouvait très vite (1) devenir une réalité.

Et alors que Hollywood de son côté nous proposait d’autres films de propagande avec des héros formidables et des nazis des plus ignobles, ici ce qu’on peut retenir, c’est le réalisme des situations.

 

En effet, aucun de es différents protagonistes ne répond aux critères hollywoodien (2), et surtout, Cavalcanti ne s’embarrasse pas de choquer ou non son public. La violence y est présente et surtout des plus justifiées : les nazis ne sont pas des enfants de chœur et s’il veut convaincre ce public, il doit jouer la carte de la vraisemblance.

Et tout semble bien se passer jusqu’au premier mort : le pasteur (C.V. France), qui meurt pour avoir voulu sonner l’alarme à la cloche de son église.

Les autres morts seront beaucoup moins belles mais sont parfois d’une sauvagerie assez crue : Mrs Collins (Muriel George) est tuée d’un coup de baïonnette après avoir tué un soldat d’un coup de hachette.

 

Bref, c’est un film de guerre très particulier qui nous est ici présenté, où nous sommes bien loin de la gloriole habituelle des productions cinématographiques de la même période. Cavalcanti reste au niveau des spectateurs, entretenant le mythe qui n’est alors pas seulement une chimère mais bel et bien la menace la plus réaliste qui puisse arriver quand le film sort (3).

Et avec cette histoire somme toute très simple, le but est atteint : il faut rester vigilant, on ne sait pas ce qui peut arriver (4).

Et si la Home Guard (armée de réservistes) intervient à temps pour éliminer les intrus, la démonstration est tout de même éloquente : une invasion est possible.

 

Outre cet aspect menaçant, ce qu’on retient du film, ce sont ces différents personnages embarqués malgré eux ans la guerre : les spectateurs de l’époque n’étaient en général confrontés à la guerre que dans les grandes villes, du fait des bombardements incessants de la Luftwaffe. Cette bataille de Bramley End, c’est la réalité du front qui arrive chez eux, au milieu de nulle part, là où la situation est réputée plus sûre.

Et cette situation extrême est accentuée par une armée allemande plus vraie que nature, une fois les apparences trompeuses effacées : ce sont des nazis aux manières barbares, capables de tout pour faire triompher leur idéologie mortifère.

A cela s’ajoute le personnage de Wilsford, traître des plus réussis (5), dont on peut toutefois se demander quelles sont ses motivations ou son contexte.

Il n’empêche, c’est un salaud bien campé par Leslie Banks, qu’on avait découvert dans Les Chasses du comte Zaroff : encore une fois, c’est un personnage peu sympathique qu’il interprète. Mais à nouveau avec beaucoup de savoir-faire.

 

Et puis il y a les autres, les petits qui vont permettre à la Home Guard de sauver le village, en ralentissant la progression des Allemands : le garde-champêtre (Johnnie Schofield) qui tente une sortie, ou même le braconnier. Sans oublier le sacrifice de Mrs Fraser (Marie Lohr), parce qu’il y en a toujours un : mais celui-ci est magnifique.

 

PS : ce film fut considéré – en 2005 – comme l’un des 100 meilleurs films de guerre par suite à une enquête de Channel 4. Ce n’est, à mon avis, pas usurpé.

 

  1. Enfin, pas si vite que ça tout de même…
  2. Normal : ce sont les Ealing Studios qui produisent
  3. Avant et après aussi, d’ailleurs.
  4. Cf. Matthieu, 25:13
  5. Rappel : il faut un méchant réussi pour un bon film. Ce film est donc très bon !
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