Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western, #John Emerson, #Douglas Fairbanks
Wild and woolly (John Emerson, 1917)

De grands espaces, des Indiens belliqueux, un méchant à moustaches, l’attaque d’un train, un square dance, l’enlèvement d’une belle et un héros sans peur bondissant comme Douglas Fairbanks (1) : pas de doute possible, nous sommes dans un western !

Sauf…

Sauf que ce n’est pas un vrai western (2) puisque tout est arrangé.

 

Je m’explique.

Jeff Hillington (Douglas Fairbanks) est le fils d’un roi du chemin de fer et se dirige vers sa succession le temps venu. Mais il y a un petit problème à cela : Jeff est passionné par le Far-West et cette période mythique qui a accompagné l’histoire de son pays. Il est habillé comme un cow-boy, chique comme un cow-boy et parcourt les rues de New York (le dimanche) à cheval dans son costume adéquat, le faisant tout de même passer pour un fou.

Et quand son père l’envoie pour affaire à Bitter Creek (Arizona), c’est le suprême bonheur : il va enfin vivre cette vie de l’Ouest qu’il a tant parcouru dans ses nombreuses lectures.

Mais voilà quelques décennies que l’Arizona ne vit plus au rythme des six-coups et autres attaques de desperados.

Qu’importe, les habitants de Bitter Creek vont le recevoir en lui permettant de vivre son rêve.

Mais bien sûr, il y a un vrai méchant qui va en profiter…

 

Bien sûr, il s’agit d’un western, et les éléments énoncés ci-dessus sont tout à fait valables. Mais sans pour autant se prendre au sérieux : on rit de bon cœur de ce jeune Don Quichotte au Far-West, vivant son rêve, aveugle aux ricanements sous cape de ses hôtes, et attiré par Nell (Eileen Percy) la fille de l’homme d’affaires (Calvert Carter) qu’il est venu voir.

Et tout se passerait bien s’il n’y avait ce véritable méchant qui profite des Indiens pour s’enrichir : Steve Shelby (Sam De Grasse), agent des affaires indiennes.

 

Et bien sûr, l’Ouest qui est offert à Jeff est bourré de stéréotypes et de préjugés dont la maxime (hélas) archiconnue « un bon Indien est un Indien mort » est bel et bien présente.

Et fait exprès, les Indiens ici sont hostiles aux Blancs, excités par Shelby et le whisky qu’il leur fournit. Il n’empêche : les Indiens sont – encore une fois – montrés sous un triste jour, comme c’était de coutume à l’époque.

Autre personnage mauvais : Pedro (Charles Stevens). C’est un Mexicain complice de Shelby, montrant par là une certaine discrimination qui était faite au cinéma de cette époque (3). Et pourtant Stevens avait des origines mexicaines (sa maman était mexicaine).

Fort heureusement, ces conceptions n’ont plus cours à Hollywood depuis un moment déjà, même si on peut en douter quand on voit qui dirige ce même pays (3).

 

Dès l’introduction, Emerson donne le ton : ce qui va suivre n’est pas sérieux et pas seulement dans les images. Nous assistons à une comparaison des lieux et habitudes, mais sans pour autant que soit annoncé que « c’était mieux avant ». L’intrigue prend tout de suite ses distances et promet de nous montrer que l’âme de l’Ouest n’est pas encore morte.

Il faut dire qu’avec Douglas Fairbanks, cela devenait plus facile d’illustrer cette idée.

Comme toujours, il bondit et brave le danger, que ce soit à cheval ou à travers un plafond (mais de bas en haut !), on sent que le grand Douglas est dans son élément et il nous partage facilement et rapidement cet engouement. De plus il nous apporte une certaine jubilation quand on le voit tourmenter son majordome ou un de ses clercs, deux personnages qui évoluent avec une certaine dignité.

 

Mais bien sûr, Emerson et Anita Loos (au scénario, sur une idée de Horace B. Carpenter) ne pouvaient passer à côté d’une intrigue où le western allait l’emporter. En effet, alors que le spectateur se demande comment Jeff va redescendre sur terre, l’intrigue se charge de le ramener dans la réalité mais sans pour autant revenir à une intrigue plus moderne : d’accord, nous sommes en 1917, mais puisque on a sorti les effets western, autant aller jusqu’au bout.

La résolution – heureuse, cela va sans dire – se fera avec les moyens du Western.

Et si le film ne se termine pas dans le soleil couchant, peu importe, nous avons eu un film qui jongle avec beaucoup de bonheur entre le rêve (que vit Jeff) et la réalité de l’intrigue (les méfaits réels de Shelby).

 

Et tout le monde s’amuse, le spectateur y compris !

 

  1. Normal : c’est lui !
  2. Enfin si, quand même.
  3. Il faut croire que certaine(s) personne(s) n’ont pas dépassé cette notion archaïque et un tantinet raciste, considérant toujours, cent ans après, les Mexicains comme nuisibles.
Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog