Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Anthony Mann
Winchester '73 (Anthony Mann, 1950)

La Winchester ’73 est ce qui se fait de mieux dans l’Ouest, en cette période troublée qui a vu très récemment la défaite (méritée) de Custer à Little Bighorn. On dit même qu’un Indien vendrait son âme pour l’avoir (1). Et de temps e temps, la firme Winchester en fabrique une particulière, qui est encore mieux que les autres : « une sur mille ». C’est cette dernière qui est l’enjeu d’un concours de tir à Dodge City, sous l’œil bienveillant – mais vigilant – du légendaire Wyatt Earp (Will Gear). Parmi les participants, on trouve Lin McAdam (James Stewart) qui est à la poursuite de celui qui a abattu son père (d’une balle dans le dos) : « Dutch » Henry Brown (Stephen McNally), alias Matthew McAdam, son propre frère.

 

Vous me pardonnerez la révélation finale, mais si vous ouvrez n’importe quel site de cinéma, on vous précisera qu les deux ennemis sont bel et bien deux frères, dont l’un a (très) mal tourné. Nous avons donc une situation Abel Vs Caïn, mais à la différence de la Bible, c’est le gentil (Abel) qui l’emporte. Parce qu’en 1950, il n’est pas question de faire la part belle au méchant. Et Mann nous indique tout de suite cet élément : la rencontre entre les deux frères avorte : le marshal de Dodge City ne veut pas d’arme dans sa ville. Par contre, une fois le concours remporté par Lin (étonnant, non ? Non.), La première chose que fait Dutch, c’est de lui voler la récompense. Mais c’est ce vol qui est la base du film.

En effet, le titre l’annonce : c’est avant tout la carabine qui est le centre du film. Et par un superbe concours de circonstances, elle va passer de main en main, avec à chaque fois une mort violente pour celui qui l’a acquise (2). Et les tribulations de l’arme sont l’occasion pour Anthony Mann de nous montrer son Ouest qui, sil rappelle ceux des autres réalisateurs de son temps, n’en demeure pas moins le sien : si les personnages possèdent des éléments truculents, on n’est loin de l’univers familial de John Ford : la preuve, c’est que nous avons deux frères qui veulent s’entretuer, inconcevable chez le grand Jack. L’univers de Mann est plus sérieux, et peut-être plus réaliste.

 

Les personnages sont à chaque fois très caractérisés et portent en eux une part sombre.  Joe Lamont (John McIntire), qui traite (commercialement) avec les Indiens, est un tricheur aux cartes et a tendance à arnaquer ses clients ; Jack Riker (John Alexander) tient un saloon hôtel tranquille au milieu du désert mais n’hésite pas à user de la gâchette pour conserver sa tranquillité ; jusqu’à la belle Lola Manners (Shelley Winter) qui nous apparaît alors qu’elle est expulsée de Dodge City par Earp. Sans oublier ceux qui sont du côté obscur : outre Dutch, on fait la connaissance de « Waco » Johnnie Dean (Dan Duryea), dont la réputation de plus rapide tireur du Texas n’a rien d’usurpée, et Steve Miller (Charles Drake) qui n’est pas étouffé par le courage.

Et de la même façon, Lin, en tuant son frère, acquiert sa part d’ombre…

 

Les seuls personnages qui ne sont pas véritablement caractérisés sont les Indiens. Seul Young Bull (Rock Hudson) se distingue des autres : c’est le chef et c’est lui qui devient propriétaire (temporaire) du fusil.

Les Indiens d’ailleurs, ne sont pas à la fête : outre les pertes importantes qu’ils essuient lors des assauts contre les visages pâles, ils se débandent (très) facilement une fois leur chef éliminé. Bref, on ne passe pas à côté des préjugés tenaces de l’époque qui voulaient, avant

 Tout, qu’un bon Indien était un Indien mort. Heureusement, les choses vont changer dans les décennies suivantes.

 

Et dans ce film, la violence est plus crue que chez Ford (ou Walsh, ou Hawks…), comme on peut le voir à chaque nouvelle occasion. Certes, les hors-la-loi ont la gâchette très facile, mais c’est dans le rendu visuel que Mann se distingue de ses contemporains. Le sang apparaît plus clairement, sortant de la bouche d’un tué, accentuant l’effet désiré. Mais surtout, Mann ne ménage pas ses effets, donnant à la mort son aspect tragique intrinsèque et surtout accentuant l’aspect réaliste du western.

 

Avec ce film, Anthony entame une collaboration pour cinq westerns avec James Stewart qui sont devenus depuis de grands classiques

Alors savourons…

 

PS : on reconnaîtra un jeune acteur brun aux yeux bleus dans la séquence de siège des tuniques bleues : Tony « Danny Wilde » Curtis.

 

  1. « On », c’est l’intertitre de présentation du film.
  2. Sauf Lin, bien sûr, c’est le héros et aussi parce qu’il n’y aurait pas de film…

 

Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog