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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Oscar Micheaux
Within our Gates (Oscar Micheaux, 1920)

Autant le dire tout de suite : Within our Gates est avant tout le plus ancien vestige du cinéma d’Oscar Micheaux, réalisateur noir américain et conservé pour tel.

Mais la force de ce film, c’est aussi de dépeindre la situation raciale aux Etats-Unis à la fin des années 1910s, pendant que le reste de la production omet d’en parler, utilisant parfois des acteurs blancs pour jouer le rôle des Noirs, la plupart du temps du fait des lois scélérates des différents états ségrégationnistes (1).

 

Nous sommes donc en 1919 (1), et Sylvia Landry (Evelyn Preer) attend son fiancé Conrad (James D. Ruffin). Mais les exactions de sa cousine Alma (Flo Clements) amènent la rupture entre les deux amoureux.

Dépitée, Sylvia va dans le Sud s’occuper d’une école noire qui se retrouve en difficulté financière, l’Etat n’ayant pas envie de payer pour éduquer des Noirs.

Elle retourne alors dans le Nord pour récolter de l’argent : elle y retrouve sur les gens de son ancienne vie.

 

Il y a dans ce film de Micheaux une description sans complaisance de la situation raciale aux Etats-Unis, n’hésitant pas à nous montrer des images chocs pour bine illustrer son propos : on assiste à un lynchage « en règle » avec corde de pendus et tentative de viol sur la personne de Sylvia, quand Alma, repentie, raconte ce que fut la vie de sa cousine avant. On avait eu droit très peu de temps avant à une image forte (encore une fois) qui nous montrait Efram (E.G. Tatum), le « bon Noir » qui collabore avec un peu trop de zèle, imaginant ce qui allait lui arriver : un plan de coupe le voyant pendu tirant la langue.

Pas étonnant que ces images furent censurées, les gens n’aimant que très peu de se faire rappeler leur erreurs et surtout leurs injustices.

 

Pour le reste, c’est un film tout à fait ordinaire qui nous est proposé ici, Micheaux nous montrant tout de même qu’il sait filmer utilisant quelques techniques remarquables (flashback, surimpressions…). Par contre, le jeu des acteurs n’est pas toujours très subtile ni certains personnages : Efram est vraiment le plus antipathique qu’on puisse trouver, même le pasteur Ned (Leigh Whipper) a une conscience, qu’il piétine allègrement tout de même dans ses sermons aux ordres des Blancs.

Cette séquence de prêche est d’ailleurs l’une des plus pénibles du film, les personnages décrits étant essentiellement des caricatures de Noirs soumis à la vindicte partiale d’un pasteur lui-même vendu à un système qu’il abhorre.

Les Blancs apparaissent aussi dans ce film, étant de deux natures différentes : les bons et les méchants. Et du côté des bons, on ne trouve qu’une personne : la vénérable Elena Warwick (Mrs Evelyn), philanthrope antiraciste qui n’hésite pas à baiser le front de Sylvia convalescente.

Parce que les autres sont tous, à des degrés divers, de méchantes personnes : Gridlestone (Ralph Johnson) qui est comparé à Néron, et Geraldine Stratton (Bernice Ladd) –véritable Lady du Sud – qui ne souhaite qu’une chose, c’est que les Noirs restent à leur place ; sans oublier la foule des anonymes qui s’en va lyncher sans vergogne les parents de Sylvia, menés par Armand Gridlestone (Grant Gorman), le frère de l’autre.

 

Ce qui marque aussi dans ce film, ce sont les intertitres. Une séquence introductive nous explique la renaissance du film (retrouvé en 1993) et la manière de recréer les cartons explicatifs. On y trouve à différents endroits le terme Negro (« nègre ») qui n’était alors pas autant connoté qu’aujourd’hui. Et Micheaux, qui évite ainsi le manichéisme facile, va utiliser les différentes prononciations dans les paroles de ses personnages afin de montrer le manque cruel d’éducation qui règne dans la population noire, afin de donner – encore – plus de force à son propos.

 

Et au final, Within our Gates n’a rien perdu de sa force documentaire, et appelle même à une égalité totale entre les Américains, rappelant qu’ils sont tous les citoyens d’un même (et grand) pays duquel ils doivent se sentir aussi fiers que les Blancs.

Et il faudra du temps avant que toute la population (ou presque, il y aura toujours des extrémistes) en vienne à cette même idée.

 

  1. Sans oublier le parangon de racisme qu’est Naissance d’une Nation
  2. Il est fait référence indirectement à la Guerre qui vient de se terminer.
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