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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Michael Cimino
L'Année du dragon (Year of the Dragon - Michael Cimino, 1985)

 

Bien sûr, c’est un dragon qui ouvre le film. Un de ceux qu’on peut admirer lors du nouvel an chinois, période de fête mais aussi – comme en nos carnavals d’antan – une période propice aux règlements de compte.

C’est ce qui arrive à Jackie Wong (Min C. Lee), chef d’une triade puissante dans le Chinatown new-yorkais.

C’est Stanley « White » Wizinski (Mickey Rourke) qui est en charge de ce crime, l’obligeant à affronter les autres chefs de la triade.

Mais comme  Stanley est le flic le plus décoré de New York, ce n’est pas un problème pour lui. Au contraire, il a l’intention de semer une immense pagaille dans le quartier.

Mais si White est un flic hors norme et hors pair, il n’en va pas de même dans sa vie personnelle : son mariage se délite, sa femme Connie (Caroline Kava) passant bien après son boulot.

 

Encore une fois, la critique fut partagée à la sortie du film – ce qui arrivé souvent à Michael Cimino – et c’est bien dommage, parce qu’on y retrouve le même talent qui transpirait dans ses films précédents. Cela faisait cinq ans qu’on ne l’avait pas vu sur les écrans, La Porte du Paradis, échec injuste, l’ayant tenu loin des studios.

Alors on peut se dire, en voyant le film, que Cimino est revenu à des prétentions plus consensuelles, l’histoire de ce flic qui réussit plus sa vie professionnelle que personnelle étant plus fréquente dans la production hollywoodienne (1).

Mais à cette histoire somme toute banale s’ajoute un aspect un tantinet plus complexe dû à la présence aux côtés de Cimino pour l’écriture du scénario de rien de moins qu’Oliver Stone : le Vietnam.

 

Parce que Stanley White est un ancien du Vietnam, traumatisé lui aussi par cette expérience terrible qui a laissé des traces dans sa vie. Et le fait d’être envoyé à Chinatown ne va pas l’aider.

Parce qu’il faut le dire tout de suite : White est raciste. Il est revenu du conflit mais avec la haine de ses vainqueurs, armée invisible et très nombreuse qui réussit à mettre en échec les soldats de l’Oncle Sam.

Pour White, tous les asiatiques se ressemblent, et les Chinois, de par leur couleur de peau sont rapidement assimilés aux Vietnamiens (2).

Le combat contre la triade et ses chefs devient l’occasion pour White de prendre sa revanche de cette guerre perdue.

 

A cela s’ajoute un personnage essentiel : Tracy Tzu (Ariane) née d’un père chinois et d’une mère japonaise. C’est une journaliste qui suit ce qu’il se passe à Chinatown pour une chaîne de télévision. Rapidement, elle va entrer en contact avec Stanley et inévitablement une histoire d’amour va se créer, amenant une situation paradoxale pour ce flic raciste.

Mais nous sommes dans un film américain, et on peut alors espérer une éventuelle rédemption pour ce personnage trouble.

Ce n’est pas à proprement ce qu’il va lui arriver, mais malgré tout on notera un changement dans l’attitude de White tout au long du film.

Malheureusement, sa dernière réplique fut censurée et remplacée par l’actuelle, les studios trouvant l’originale trop politiquement incorrecte.

Incorrecte, peut-être, mais complètement en rapport avec ce personnage malgré tout sympathique : « Je suppose que si vous faites la guerre trop longtemps, vous finissez par vous marier avec l’ennemi. » (3)

 

Question interprétation, Mickey Rourke est au fait de sa popularité, son physique lui permettant encore de jouer les jeunes premiers (il a 33 ans) et il est très convaincant dans ce rôle de flic à demi raté.

A ses côtés, la belle Ariane fait plus que de la figuration, campant cette jeune femme qui est arrivée essentiellement par son talent et sa volonté. Et comme toujours, c’est du côté des méchants qu’il faut se tourner pour prendre la mesure d’un film : John Lone (Joey Tai) est impeccable dans ce rôle d’infâme très habile.

Joey Tai est un méchant distingué dans ses manières et son apparence, mais d’une redoutable efficacité : il tue sans hésiter celui qui se met en travers de son chemin  ou représente une menace à ses affaires. Un vrai méchant quoi !

 

Je terminerai en disant qu’on retrouve une nouvelle fois une forme de solitude qu touche le héros de ce film comme avant ceux des autres films de Cimino.

Ce n’est pas vraiment de l’égoïsme comme le croit Connie, mais Vietnam est toujours présent dans la tête de White, l’empêchant réellement d’avancer. Ce n’est que quand il aura défait la triade et son redoutable chef qu’il pourra enfin reprendre une vie normale (4).

Mais là encore, à quel prix.

 

PS : l’année du dragon se produisant tous les douze ans (comme pour les autres signes astrologiques chinois), on peut dater l’intrigue à 1976-77. En effet, Stanley est un vétéran du Vietnam qui se termina en 1974 et l’année du dragon précédente étant 1964-65. La suivante fut donc 1988-89.

 

  1. On en trouve avec Clint Eastwood en vedette…
  2. Autre raison de cet amalgame : la Chine fut un allié de poids pour Ho Chi Minh et le Vietcong.
  3. « Well, I guess if you fight a war long enough, you end up marrying the enemy. »
  4. C’est ça, sa « rédemption ».

 

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