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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Western, #John Ford
Vers sa Destinée (Young Mr. Lincoln - John Ford, 1939)

Près de 75 ans avant Spielberg (1) et son formidable Lincoln, ce même président apparaissait pour la seconde fois chez John Ford, cette fois-ci sous les traits d’Henry Fonda. On y trouvait déjà la silhouette longiligne et un tantinet dégingandée de ce président hors norme, mais dans une intrigue somme toute très fordienne, inspirée des débuts du grand homme. Inspirée – nous sommes au cinéma ne l’oublions pas – et non recréée, puisque cet épisode n’est jamais arrivé.

C’est la troisième fois que ce grand personnage historique s’invite dans les films du maître (2).

 

En marge de la Fête Nationale, et alors qu’on brûle les tonneaux goudronnés – la fin des réjouissances – deux hommes se battent : Matt Clay (Richard Cromwell), un jeune paysan, et Scrub White (Fred Kohler Jr.), un bon à rien qui traine du côté de Springfield (Illinois) avec son acolyte pas spécialement mieux que lui, J. Palmer Cass (Ward Bond). Lors de l’échauffourée, Scrub sort un revolver, amenant Adam Clay à intervenir. Le coup de feu part. Scrub reste allongé. Les deux frères sont alors incarcérés en attendant un procès équitable (3). Leur avocat est un jeune homme plein d’avenir : Abraham Lincoln.

 

L’histoire des Etats-Unis est un thème récurrent dans l’œuvre de John Ford, et spécialement l’histoire autour de la Guerre de Sécession. Et ce film n’échappe pas à la règle puisqu’on y trouve celui qui, indirectement, sera à l’origine de cette guerre : Abraham Lincoln. Et on trouve, malgré les arguments que le réalisateur a adressés à Fonda pour qu’il accepte le rôle, un grand respect pour cet homme exceptionnel qu’était Lincoln (4). Et le jeu subtil, voire discret de ce même Fonda, accentue ce respect, faisant de chacune de ses interventions un moment de solennité et parfois même d’émotion. La diction de Fonda s’accorde très bien avec son personnage, retenant l’attention de son auditoire, pendant le procès comme dans chacune de ses interventions. La meilleure illustration en étant celle qui le voit réfréner l’ardeur de ses concitoyens qui veulent lyncher les deux frères.

 

Et comme nous sommes chez John Ford, nous retrouvons le microcosme dans lequel baigne ses films, où la famille a un rôle important, et la fête, primordial. Le 4 juillet et ses festivités est l’occasion de retrouver la truculence habituelle des membres de la communauté fordienne – celle de Springfield ici – dans des situations où l’humour a sa place, Lincoln n’étant pas le dernier pour participer aux réjouissances.

Mais on retrouvera aussi cette même communauté un brin exubérante pendant le procès : les spectateurs vivent le procès, réagissant fortement à chaque nouveau coup de théâtre, sans oublier les hommes qui se désaltèrent, en plein prétoire, directement au goulot d’une jarre remplie d’un quelconque tord-boyaux.


Et bien entendu, on retrouvera parmi cette communauté quelques têtes connues : outre Ward Bond, on reconnaît Donald Meek (le procureur John Felder), Russell Simpson («  Brother » Woolridge), l’indéfectible Jack Pennick (Big Buck Troop), et bien sûr Francis, le frère de John Ford, dans un rôle encore une fois de (très) peu de mots.

N’oublions pas non plus la séquence de danse : elle n’est pas populaire cette fois-ci. C’est un square-dance très particulier qui nous est proposé puisque c’est lors d’une soirée donnée par un notable de la ville qu’il a lieu. C’est l’occasion pour le jeune avocat de danser avec une jeune femme qui va compter dans sa vie : Mary Todd (Marjorie Weaver).

 

Et comme toujours chez Ford, les femmes ont un rôle très important. Outre Mary Todd, qui deviendra madame Lincoln en 1842, on trouve les femmes de la famille Clay, avec en tête la mère Abigail (Alice Brady). C’est elle aussi une de ces femmes fortes qui jalonnent l’œuvre de Ford, déchirée par cette affaire de meurtre qui voit ses deux fils menacés de la corde. Et comme toutes les autres (avant et après ce film), elle fait front face à l’adversité, spécialement dans son affrontement avec le procureur Felder, un tantinet abject quant à lui.

A ses côtés, les deux autres femmes (Arleen Whelan et Dorris Bowdon) sont des soutiens de la même trempe pour Abigail autant que pour les deux hommes avec lesquels elles sont liées. Ce lien trouve son apogée dans la prison où les trois femmes sont venues réconforter les deux frères.

 

Et Lincoln ?

Henry Fonda est – encore une fois – magnifique dans un rôle à la mesure de son talent. Même s’il lui manquait quelques centimètres pour atteindre la taille de son modèle (il porte des bottes spéciales pour le rehausser), il interprète un Lincoln très convaincant, de par son jeu et surtout sa diction comme je l’ai dit plus tôt. Le choix de Fonda, préféré à Tyrone Power un moment envisagé, fut crucial dans le résultat : la séquence du procès en est la meilleure illustration de par ses déplacements et ses différentes interventions, alternant l’humour et le sérieux avec pertinence pour arriver à ses fins. Un grand moment.

On notera aussi la position de Fonda-Lincoln, assis dans la même pose que sa statue dans son Mémorial à Washington comme nous le confirme le dernier plan du film.


Quant au titre français, il pourrait n’illustrer que la dernière séquence qui voit Lincoln sortir du palais de justice, franchissant une porte ouverte (5) qui mène à la lumière. En la franchissant, il prend cette stature nationale qu’on lui connaît, l’aboutissement de tout le film. Et cette destinée prestigieuse est soulignée par le déclenchement d’un orage, prémonition évidente de celui qui va secouer le pays après son élection de 1860, la terrible Guerre Civile qui va enflammer les états pendant quatre ans.

 

Un très grand film, par un très grand réalisateur, pour un TRES grand personnage.

 

PS : il s’agit du dernier film d’Alice Brady, terrassée par un cancer le 28 octobre de cette même année. Elle avait 46 ans.

 

  1. 73 ans seulement, mais 75 ça marque plus !
  2. The iron Horse (1924) ; The Prisoner of Shark Island (1936) furent les deux précédentes. Lincoln apparaîtra une dernière fois dans le segment de How the West was won dirigé par Ford.
  3. C'est-à-dire : qui devrait se terminer par une pendaison légale.
  4. Fonda ne voulait pas interpréter Lincoln, le comparant au Christ. Mais Ford lui expliqua qu’il s’agissait du même homme, jeune et pas encore bien dégrossi : « C'est uniquement un sacré plouc d'avocat de Springfield ! »
  5. Ford se souviendra-t-il de cette porte ouverte pour le plan final de The Searchers ? Poser la question, c’est déjà y répondre, non ?
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