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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Costa-Gavras
Z (Costa-Gavras, 1969)

22 mai 1963.

A la suite d’un meeting politique pour la paix à Thessalonique, le député Grigóris Lambrákis (1) est renversé par un triporteur motorisé. Cinq jours plus tard, il meurt des suites de l’accident.

 

« Le Docteur » (Yves Montand), député d’opposition est en ville pour un meeting pour le désarmement nucléaire. A la sortie de ce meeting, il est frappé par un homme placé à l’arrière d’un triporteur motorisé. Quelques heures après, il succombe à sa blessure. Une autopsie est effectuée qui met en évidence le coup mortel. Ce n’est plus un accident de la circulation mais cela devient une affaire d’état quand on sait que les deux hommes qui ont commis cet attentat font partie d’un groupuscule d’extrême droite qui a ses entrées à la police.

C’est un juge d’instruction (Jean-Louis Trintignant) proche du pouvoir qui doit mener l’enquête.

 

Glaçante. C’est ce qui caractérise le plus l’attitude du pouvoir dans ce film choc d »e Costa-Gavras. Et en particulier la prestation de Pierre Dux, dans le rôle du grand commanditaire de cet attentat politique. Et ce qui est le plus terrible dans cette intrigue, c’est le rapport avec la réalité grecque : Jorge Semprun et Costa-Gavras, qui ont signé le scénario ne s’en cachent pas, les similitudes sont volontaires et annoncées en ouverture.

Attention toutefois : si Lambrákis a été assassiné, les conditions relatées dans le film ne sont pas celles de sa mort.

 

Quoi qu’il en soit, la situation qui a amené le Régime des Colonels est très bien décrite, ces mêmes colonels – entendez par là les militaires – interprétés (entre autres) avec justesse par le duo Pierre Dux–Julien Guiomar sont d’une abjection totale dans leur façon de mentir et de suborner les témoins.

Mais ce film, c’est aussi le cheminement de deux personnes qui sont, au début, totalement étrangères à ce milieu de gauche, voire en totale opposition : le journaliste (Jacques Perrin) et le juge d’instruction.

Le premier se trouve là un peu par hasard et regrette de ne pas être au spectacle du Bolchoï. Mais il va tout de même avoir droit à du spectacle, et cette affaire va éveiller sa conscience politique : lui qui n’était qu’un photographe mineur, cantonné aux spectacles va se découvrir une vocation – et un talent – d’investigateur qui le propulseront à la présentation des informations à la télévision (la dernière séquence : « que sont-ils devenus ? »).

Le second, par contre, n’est pas là par hasard : c’est un jeune magistrat aux ordres du pouvoir, un tantinet ambitieux. C’est le personnage idéal pour les militaires : il obéira à la version officielle énoncée en préambule de l’enquête par l’infâme général de la gendarmerie.

 

Mais ce complot va rapidement être mis à jour : à force de vouloir faire taire les éventuels témoins de cet assassinat, les ficelles vont se voir et le juge va se retrouver confronté à un cas de conscience. Doit-il ou non poursuivre cette enquête qui met à jour des responsabilités haut placées ? Et Costa-Gavras, qui place son film sur la dénonciation d’un régime gangrené par l’extrème-droite, ne s’attarde pas sur les scrupules du juge mais va enchaîner sur les inculpations des sinistres individus impliqués dans ce scandale. Ces inculpations sont accompagnées par le brillant morceau Pios de Mila yia ti Lambri, introduit par des roulement de caisse claire qui ne sont pas sans rappeler la musique traditionnelle des militaires impliqués : le rythme soutenu de cette œuvre s’intègre parfaitement dans cette séquence, amenant l’exaltation partagée par les spectateurs qui voient que justice est faite.

Mais cette exaltation sera hélas brisée par la dernière séquence qui rappelle ce qui advint quelques années plus tard (1967) : l’instauration du Régime des Colonels.

 

Je terminerai (presque) sur l’interprétation. Si Trintignant est magnifique (comme toujours, aurai-je tendance à ajouter), on notera la prestation courte mais intense de Montand dans ce personnage qui n’a pas de nom mais en impose, même à ses adversaires. Et du côté des « méchants », encore une fois, Marcel Bozzuffi est formidable dans ce personnage d’extrémiste un tantinet simplet (il veut son nom dans le journal pour ce qu’il a fait) mais véritablement criminel : en plus d’être violent, il a des pulsions pédophiles.

Quand au reste de la distribution, on y retrouve de nombreuses figures du cinéma français, essentiellement des seconds rôles solides : Charles Denner (Manuel), Bernard Fresson (Matt), Georges Géret (Nick) ou encore Magali Noël (la sœur vindicative de Nick).

 

Bref, Costa-Gavras, avec Z, entame une série de films politiques forts dont le suivant, L’Aveu, laissera cette fois une part primordiale à Montand. Mais ceci est une autre histoire.

 

PS : Un dernier mot enfin sur la (formidable) musique de Mikis Theodorakis (3) : le compositeur était alors emprisonné (2) mais a réussit à autoriser Costa-Gavras à piocher dans son œuvre pour illustrer son film. Theodorakis faisait partie de l’entourage de Lambrákis et a été de ceux qui ont démarché le gouvernement pendant l’agonie de leur leader.

 

Il a fallu attendre presque trente ans pour que le film soit enfin projeté à Athènes (24/11/1997).

 

  1. Il était médecin et ancien athlète sportif.
  2. C’est indiqué à la fin du film.
  3. On peut entendre ce dernier chanter To Palikari echi Kaimo et Safti ti Gitonia sur la bande originale du film.
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