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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Mervyn LeRoy, #Prison
Je suis un Evadé (I am a Fugitive from a chaingang - Mervyn LeRoy, 1932)

1919. Les soldats américains reviennent d'Europe, couverts de gloire, et sont accueillis en héros à leur descente de bateau. Ils rentrent chez eux pour reprendre leur ancienne activité. James Allen (Paul Muni) est de ceux-là. Mais la guerre l'a changé. Il veut devenir quelqu'un d'autre. Il a des projets. Alors il essaie de les réaliser. Mais de petits boulots en petits boulots, il décline progressivement. Jusqu'à sa rencontre avec Pete (Preston Foster). Pete invite James dans la gargote du coin. Affamé, il accepte. Sauf que Pete n'a pas l'intention de manger. C'est l'argent du resto qui l'intéresse. Le braquage tourne mal, James, entraîné malgré lui est arrêté et condamné à dix ans de travaux forcés. Au bout de deux ans de conditions inhumaines, il s'évade et refait sa vie.

 

Moins de trois semaines après la sortie de Scarface, Paul Muni est de retour sur les écrans. Cette fois-ci, il est un honnête homme. Mais malgré tout, victime des circonstances. Quel changement !

Il y a une véritable culture du film pénitentiaire aux Etats-Unis. Ca a commencé avec Charlot s'évade, et ça continue encore de nos jours, la télévision ayant même pris le relais, nous proposant des séries se passant en prison.

Ici, Mervyn LeRoy dénonce. Comme le feront d'autres cinéastes après lui. On est très loin des gags de Chaplin. C'est aussi une autre conception de la prison que Big House (George W. Hill) ou encore Le Code criminel (Howard Hawks) qui sont sortis un peu avant.

Dans ce film (tiré d'une histoire vraie), LeRoy dénonce le traitement inhumain infligé aux bagnards. A travers James Allen - Jean Valjean - moderne, c'est le système pénitentiaire de certains états du Sud américain qui est remis en cause. Le quotidien éveillé (seize heures d'une journée) est exposé de façon objective. Le dur labeur, comme les à-côtés : nourriture, punition, mort...

Le constat est terrible. Mais malgré tout, il existe encore des bagnes aux Etats-Unis, et je ne suis pas persuadé que les conditions aient beaucoup évolué.

Pour faire passer ce message, la vérité fut un tout petit peu arrangée : en effet, Robert E. Burns (celui qui a vraiment vécu ces conditions et les a décrites) avait réellement volé avant d'aller au bagne. Ici, afin que la critique porte et que l'identification soit totale, on montre James Allen comme le jouet des circonstances, le pauvre type au mauvais endroit, au mauvais moment. Il paraît évident que s'il n'avait pas été totalement innocent, l'impact aurait été moindre. Il fallait un héros propre (sans compter les films de gangsters qui fleurissaient à la même période !). Et Paul Muni est extrêmement convaincant. Son personnage a tout pour réussir. Et on y croit à un moment. Après son évasion, il trouve un boulot dans la construction et gravit peu à peu les échelons jusqu'à devenir l'un des responsables de l'entreprise. On assiste au rêve américain. Celui qui nous dit qu'avec de la volonté, de la persévérance et du courage, on peut réussir. Et c'est quand la consécration arrive que tout s'écroule : il est dénoncé par Marie (Glenda Farrell, qui retrouve LeRoy après Little Caesar), une femme qu'il n'a jamais aimée.

C'est à ce moment que LeRoy balance son deuxième missile : en plus d'être inhumain envers les bagnards, l'institution judiciaire se montre fourbe. Alors que James revient de son plein gré - avec la promesse d'être rapidement gracié - il est à nouveau emprisonné dans un centre pire que le premier sans aucune perspective de libération !

Il y a un autre aspect social dans ce film. James Allen est un vétéran de la Grande Guerre. Quand il revient, la société - son ancien patron, sa famille - s'attend à ce qu'il reprenne sa vie d'avant. Mais Allen est changé. La guerre l'a transformé. Comme beaucoup de rescapés de ce conflit, il n'est plus comme avant. Beaucoup ont complètement changé de vie, abandonné leur famille, l'esprit parfois ravagé par ces années passées au front. Et si sa mère l'accepte. Son frère - un pasteur - pas du tout. Au contraire. Il l'encourage, après avoir été soldat à la guerre,  à devenir un « soldat de la paix », obéissant sagement à ce merveilleux patron qui a l'obligeance de le reprendre. Bref, une belle alliance entre le patronat et l'Eglise, mais je ne fais pas de politique...

Quoi qu'il en soit, au vu de ce qui lui est arrivé en Europe puis aux Etats-Unis, il y a de fortes chances à parier que James Allen a basculé dans l'anarchie. Il n'aspire plus qu'à une chose : la liberté.

Et si ce souhait était purement idéaliste au début du film, il devient une absolue nécessité quand la lumière s'éteint sur sa dernière réplique. Réplique que je ne vous dévoilerai pas, allez voir ce magnifique film !

 

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