Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #George Roy Hill, #Robert Redford
Butch Cassidy et le Kid (Butch Cassidy & the Sundance Kid - George Roy Hill, 1969)

Nous sommes deux ans après Bonnie & Clyde, et à nouveau nous assistons à une fuite en avant de dangereux bandits.

Mais premièrement, il s’agit d’un western ; et deuxièmement, à aucun moment le film n’est vraiment sérieux.

Pourtant, ce duo a lui aussi réellement existé et ses exactions n’étaient pas anodines.

 

D’un côté Butch Cassidy (Paul Newman) – de son vrai nom Robert Leroy Parker – et de l’autre the Sundance Kid (Robert Redford) – de son vrai nom Harry Alonzo Longabaugh.

L’un (Butch) est un cérébral (enfin ce qui y ressemble le plus), l’autre un pistolero (Kid).

Mais une chose les caractérise clairement dans ce film : ce sont deux bandits minables.

Pas une seule fois ils n’apparaissent comme deux grands desperados de la trempe des Jesse James ou autre Bob Dalton (etc.), mais plutôt comme deux gros nases incapables de réussir correctement quelque chose (1). Et au milieu de ce duo magique : Etta Place (Katharine Ross).

 

Le film se divise en deux parties inégales : la première traitant des dernières aventures des deux brigands aux Etats-Unis ; la seconde leur périple criminel en Bolivie. Le tout sur une musique de Burt Bacharach dont le célèbre Raindrops keep falling on my Head. Cette chanson intervient pendant une démonstration du véhicule de demain – le vélo – par Paul Newman.

Autre grand moment musical, le périple bolivien. Il s’agit là d’une musique vocale typique de la période de sortie du film et des années suivantes, où des voix féminines et masculines se répondent et se chevauchent essentiellement en disant « padapadapa ».

 

Si le film n’est absolument pas sérieux – malgré la fin tragique – on peut apprécier le côté début 20ème siècle qui est accentué par l’usage d’images rappelant les photos sépia de la période.

Le court-métrage qui accompagne le générique est dans la même teinte et voit le gang Hole in the wall (2) attaquer un train, tuant diverses personnes, ce qui ne sera pas le cas pendant le film en lui-même, les morts n’auront lieu que dans ola partie bolivienne.

 

On retrouvera des photos sépia pendant l’intermède new-yorkais : mélangées à de véritables photos de l’époque, on retrouve des images du trio Cassidy-Sundance-Etta dans des décors d’époque. Ces décors sont ceux de Hello Dolly qu’ils n’ont pu utiliser que pour les poses, d’où cet intermède musical qui annonce les morceaux choisis dans le prochain film Hill-Newman-Redford : l’Arnaque (1973).

 

Bien sûr, c’est le duo Newman-Redford qui fait tout l’intérêt du film, au-delà de l’intrigue à proprement parler. Cela fonctionne magnifiquement : d’un côté Newman qui joue le rôle du concepteur et Redford en exécutant, ce qui peut aussi s’expliquer par la différence d’âge entre les deux acteurs (11 ans). Il en sera de même pour leur prochaine collaboration (voir ci-dessus), Newman étant l’instigateur et Redford son bras droit.

 

J’exagère un peu quand je dis qu’ils ne font rien de bien. Il y a une chose qu’ils réussissent magnifiquement, c’est leur sortie. On y trouve tout le panache et la grandeur qui leur ont manqués pendant le reste du film.

 

  1. Qu’on ne s’y trompe pas : nous sommes au cinéma et les deux réels personnages étaient de redoutables bandits. Mais comme l’annonce le générique : « presque tout ce qui suit est vrai… »
  2. Le véritable nom de leur bande était The wild Bunch, mais quelques mois plus tôt, Sam Peckinpah avait utilisé cette même désignation pour un autre western, lui aussi mythique. Il fallut donc en changer.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Mike Newell, #Comédie dramatique
Quatre Mariages et un enterrement (Four Weddings and a funeral - Mike Newell, 1994)

25 ans.
Voilà déjà 25 ans que cette fabuleuse comédie est sortie. Et je ne me lasse pas de la visionner : retrouver cette bande d’adulescents inséparables mais qui n’ont (presque) qu’un seul but, se marier.

Mais si c’était si simple que ça, il n’y aurait pas de film.

 

Ils sont six – Charles (Hugh Grant), Scarlett (la regrettée Charlotte Coleman), Matthew (John Hannah), Fiona (Kristin Scott Thomas), Tom (James Fleet) et bien sûr le truculent Gareth (Simon Callow) – ont une petite trentaine, mais surtout ils recherchent (presque) tous l’âme sœur.

Nous allons alors les suivre dans une série de célébrations matrimoniales dont l’une d’elle amènera la proposition solitaire du titre.

Mais surtout, c’est Charles que nous allons voir évoluer pendant que le monde autour de lui change, et que le cercle de ses connaissances célibataires se restreint.

 

Il faut dire que Charles est un célibataire non pas endurci mais plutôt militant. A chaque fois qu’une occasion se présente, il ne peut s’empêcher de botter en touche quand on arrive aux choses sérieuses mais surtout à un quelconque engagement. Il y a en lui des forces qui l’empêchent de pleinement assumer une quelconque relation.

La retenue britannique tout d’abord qui lui fait perdre ses moyens quand une belle femme s’approche. Il l’explique bien en expliquant qu’il lui faut parfois trois semaines pour faire un pas en avant, et cela malgré son physique d’apollon brun aux yeux bleus.

D’une certaine façon, c’est cet héritage ancestral qui veut que les Britanniques cachent leurs émotions en toute circonstance. Et c’est le cas quand apparaît la belle Carrie (Andy McDowell) : c’est elle qui prend toujours l’initiative, le sortant d’un certain embarras. Normal : elle est américaine !

 

Mais au-delà de ces réjouissances, c’est avant tout un film d’amis, où chacun a sa place et son rôle. Si Charles est irrésistible, il n’en va pas de même de Tom, qui n’a pas le même physique avantageux que le premier. Mais son rôle dans l’intrigue et surtout dans le groupe n’est pas négligeable comme le montre l’après enterrement. Son avis et surtout sa philosophie renferment quelque chose que n’aura jamais Charles : son opiniâtreté et la certitude d’un avenir en couple, plus ou moins heureux.

La preuve : il trouvera l’âme sœur, là où il ne l’attendra plus, à un mariage, bien entendu.

 

Et puis il y a l’enterrement de Gareth (1).

Avec ce terrible événement, c’est le début de la fin de ce groupe d’amis : Charles va enfin s’engager ! Enfin il va essayer, mais son attitude ne varie pas d’un poil : il ne veut pas s’engager dans un mariage aux limites incertaines.

Et cet enterrement est aussi l’un des moments les plus poignants du film : le discours de Matthew. Et personne n’a oublié sa déclamation du poème Funeral Blues de W.H. Auden (2).

Avec la mort de Gareth, c’est la fin de l’insouciance et le grand saut dans la vie de couple comme le révèlent les images finales.

Et bien sûr, Charles réussira tout de même à ne pas se marier, mais est-ce si important en fin de compte ?

 

Le film est aussi une occasion de décrire les différentes phases d’un jour de mariage. Les deux premiers abordent différents étapes de la journée : le premier s’appesantit plus sur les réjouissances après la cérémonie alors que le second s’intéresse plus particulièrement à la cérémonie elle-même. Il faut dire que la présence de Rowan Atkinson en jeune Ministre du culte est franchement drôle : il n’est pas prêt d’oublier  ce premier mariage qu’il conduit, l’émotion amenant des perles langagières là encore irrésistibles.

Quant au dernier mariage, il ne fait qu’amener un élément qui n’est présent dans aucun des autres : le refus.

Mais c’est normal, c’est celui de Charles…

 

  1. Si vous n’avez pas encore vu le film, désolé de vous l’annoncer…
  2. https://allpoetry.com/Funeral-Blues

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Marvel, #Anthony & Joe Russo, #Avengers
Avengers: Endgame (Anthony & Joe Russo, 2019)

Il fallait bien que cela se termine. C’est fait. Les Avengers ont été.

Comme le laissait entendre Infinity War, Thanos (Josh Brolin) allait revenir et les autres aussi. Enfin seulement ceux qui avaient terminé.

Le film commence à peu près là où on avait laissé l’action voilà quasiment un an jour pour jour : la moitié de toutes les espèces vivantes sur terre a disparu. Nous retrouvons d’ailleurs deux personnages qui n’apparaissaient pas dans le premier volet : Clint « Hawkeye/Ronin » Barton (Jeremy Renner) et Scott « Antman » Lang (Paul Rutt).

C’est d’ailleurs ce dernier qui trouve le moyen de sauver la journée (comme disent les Anglo-saxons) : le voyage dans le temps.

 

Bien sûr, le tournant dans l’épisode premier sous-entendait cette éventualité, surtout une fois que Steven « Doctor » Strange a cédé la Pierre du Temps à l’omnipotent Thanos.

Les Studios Marvel vont donc utiliser le voyage dans le temps et les paradoxes qui en découlent : comment modifier le passé sans vraiment altérer le présent, sachant que malgré tout il sera altéré. C’est bien compliqué tout ça et heureusement qu’Antman, Bruce « Hulk » Banner (Mark Ruffalo) et Tony « Ironman » Stark s’y connaissent un tantinet en physique quantique et toute cette sorte de choses…

Et bien entendu, le monde sera sauvé et les disparus reviendront. Mais ce n’est pas si simple que ça.

 

C’est une véritable apothéose qui nous est offerte ici, rassemblant tous les personnages qui ont participé à cette épopée gigantesque. Outre les Avengers, on retrouve aussi certains personnages plus ou moins oubliés et surtout le voyage dans le temps nous amènent de curieux paradoxes quand d’une façon ou d’une autre les voyageurs spatio-temporels (les Avengers, quoi) se retrouvent confronté à leur passé mais surtout eux-mêmes…

C’est d’ailleurs lors de l’un de ces voyages qu’apparaît l’incontournable Stan Lee, que je vous laisse chercher par vous-mêmes.

 

Bien sûr, ce sont ces voyages qui nous intéressent le plus, même si nous assistons à un  affrontement inévitable et absolument grandiose.

Mais surtout, on voit enfin la formation à l’intérieur de ce monde de justiciers d’une escouade de type Girl Power, avec tout ce que compte les éléments féminins du groupe (1) : Pepper Potts (Gwyneth Paltrow), Nébula (Karen Gillian), Gamora (Zoe Saldana), Okoye (Danai Gurira), Wanda Maximoff (Elizabeth Olsen), Hope « The Wasp » van Dyne (Evangeline Lilly), Mantis (Pom Klementieff), Valkyrie (Tessa Thompson), Ramonda (Angela Bassett), Shuri (Letitia Right) et Ancient One (Tilda Swinton) sans oublier la nouvelle venue décisive, Carol « Captain Marvel » Danvers (Brie Larson).


Encore une fois, le cahier des charges est rempli et les frères Russo terminent ce qu’ils avaient commencé avec un film peut-être en-dessous du précédent. Mais on y retrouve tout de même avec beaucoup de plaisir des personnages un tantinet oublié depuis Ironman, le premier d’une série de 22 films.

Et si Chris Evans avait annoncé que c’était sa dernière apparition en Captain America, il n’est pas le seul à disparaître de la série. Là encore, je vous laisse découvrir qui ne sera plus là.

Toujours est-il que celui qui était apparu à la toute fin du précédent est encore là au même moment.


L’une des plus grandes réjouissances du film, c’est bien sûr Thor (Chris Hemsworth) : le « bellâtre » se joue encore une fois de son physique pour notre pus grand plaisir. Décidément, j’aime beaucoup cet acteur capable de se moquer ouvertement de lui, comme ce fut aussi le cas dans Ghostbusters (2016) où il interprète un secrétaire/standardiste assez réussi…

 

La boucle est bouclée, et les Avengers disparaissent presque en même temps que leur créateur (scénario) aux apparitions très attendues : Stan Lee.

 

PS : Qu’on se rassure, certaines séries commencées vont nous revenir…

 

(1) Ayant déjà regretté la faible proportion de femmes de la série, je me devais de les citer (presque) toutes. Je présente mes excuses aux oubliées. Mais vous pouvez passer directement au paragraphe suivant.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Michael Cimino
La Porte du Paradis (Heaven's Gate - Michael Cimino, 1980)

Deux ans après The deer Hunter, Michael Cimino s’attaque à l’une des bases du cinéma américain : le western.

Et là encore, le film est sans concession. Tellement qu’il sera boudé par le public et éreinté par la critique.

Et pourtant…

 

Tout commence en fanfare – qui joue The battle Hymn of the Republic – le jour de clôture de l’année universitaire 1870 à Harvard. Parmi les diplômés, James « Jim » Averill (Kris Kristofferson) et William « Billy » Irvine (John Hurt).

Puis nous sautons dans le temps et nous retrouvons dans le Wyoming, à Sweetwater où Averill est marshal, et Irvine l’un des membres de l’association des éleveurs qui veut se débarrasser des immigrants de l’Est qui ne cessent d’arriver dans leur région.

 

 

La Porte du Paradis, c’est avant tout un lieu de loisir où les immigrants aiment à se retrouver pour danser et faire du patin à roulette, voire les deux en même temps. Mais c’est aussi là que se rassemblent ces mêmes gens pour organiser la résistance face aux éleveurs qui ont décidé de la mort de 125 d’entre eux avec la bénédiction du gouverneur de l’état et même du Président Benjamin Harrison.

Bref, nous sommes ici avec un film qui fait polémique : loin de la vieille tradition qui montrait les cow-boys tuer les Indiens, on est ici dans un cas de massacre entre blancs, ce qui n’a pas beaucoup fait pour assurer le succès de cette œuvre.

Et pourtant…

 

Cimino prend son temps pour arriver au massacre, et surtout, il ne donne pas la possibilité au public de choisir un camp bien clairement. Si les éleveurs sont menés par Frank Canton (Sam Waterston), on trouve tout de même parmi eux Irvine qui est un vieil ami de Jim Averill, qu’on peut identifier comme le bon de l’histoire.

Et si les immigrants sont les premiers touchés par cette opération meurtrière, leur riposte n’est pas des plus sportives puisque ces mêmes éleveurs ont exterminés à coup de dynamite !

Bref, on est dans un usage de la force qui n’a plus rien de raisonné et encore moins raisonnable : c’est une violence brute qui guide les différents camps dans ce massacre.

Et quand la cavalerie intervient – enfin ! – pour arrêter les hostilités, il ne reste plus grand monde debout.

 

Cette anecdote meurtrière est aussi un rappel au public de ce qu’était réellement l’Ouest américain à une période où la civilisation semblait l’avoir emporté sur l’ère des pistoleros.

Le début du film fait d’ailleurs penser à John Ford, avec ce microcosme qui se retrouve pour fêter l’anniversaire Ella – Isabelle Huppert – la tenancière du bordel de Sweetwater : en effet, son activité professionnelle n’est pas un frein aux réjouissances, bien au contraire.

Par contre, dès que les intérêts particuliers entrent dans la danse (1), le ton change brusquement et surtout l’Etat et ses représentants ne se comportent pas comme on aurait pu l’espérer.

En effet, l’Etat, garant de la Constitution devrait être du côté des opprimés – les Immigrants qui n’ont pour toute richesse que leur dignité et quelques vêtements – et non pas encourager leur élimination.

Encore une fois cet aspect peu glorieux n’a pas favorisé l’exploitation du film qui fut retiré des salles au bout d’une semaine.

 

Peut-on voir dans le rejet du public une influence politique ?

En effet, à la même époque (deux semaines avant la sortie) Reagan est élu à la présidence. Et d’une certaine façon, les éleveurs décrits dans le film ressemblent beaucoup à ces patrons-voyous eurent la belle vie pendant les deux mandats de l’ex-acteur.

Je ne dis pas que Cimino critique cet aspect déplorable de l’économie de marché. Mais on peut tout de même trouver quelques similitudes entre cette caste issue de Harvard (Averill, Irvine) qui dirige les affaires du pays au moment des faits décrits par le film et ces hommes d’affaire de l’ère Reagan qui ont prospéré alors que dans le même temps les petits s’enfonçaient inexorablement dans la pauvreté.

 

Par contre, ce qui fait la grandeur du film, outre le talent évident de Cimino (2), c’est son actualité. En effet, les Immigrants de l’intrigue ne sont pas sans rappeler ceux qui ont continué d’affluer dans cette terre d’opportunité, ni ceux qui font l’actualité depuis quelques années : déjà, ces femmes et ces hommes sont pourchassés pour leurs différence géographique autant que langagière ou culturelle.

Et avec ce film, Cimino montre aussi que ce grand pays n’est pas toujours celui qu’on croit et surtout qui est écrit sur la statue de la Liberté :

« "Garde, vieux monde, tes fastes d'un autre âge !" crie-t-elle

Donne-moi tes pauvres, tes exténués,

Qui en rang pressés aspirent à vivre libres,

Le rebut de tes rivages surpeuplés,

Envoie-les moi, les déshérités que la tempête m'apporte

J'élève ma lumière et j'éclaire la porte d'or! » (3)

 

Un western flamboyant, réaliste et surtout indispensable dans l'évolution de ce genre qui reste - à mon avis - le pilier du cinéma américain, et l'un des médias les plus importants concernant l'histoire de ce pays. En particulier la deuxième moitié du XIXème siècle qui vit la République s'installer durablement, et le passage d'un Etat sauvage à une société civilisée.

 

     1. C'est le cas de le dire, non ?

 

  1. C’est le cas de le dire, non ?
  2. N’en déplaise aux critiques de l’époque !
  3. « "Keep, ancient lands, your storied pomp!" cries she,

    Give me your tired, your poor,

    Your huddled masses yearning to breathe free,

    The wretched refuse of your teeming shore,

    Send these, the homeless, the tempest-tossed to me,

    I lift my lamp beside the golden door! »

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #André Téchiné, #Drame
L'Adieu à la nuit (André Téchiné, 2019)

C’est une histoire presque ordinaire. Malheureusement.

Muriel (Catherine Deneuve) reçoit la visite de son petit-fils Alex (Kacey Mottet-Klein) avant qu’il parte au Canada.

Sauf qu’il ne part pas au Canada : il a l’intention d’aller en Syrie.

 

On pourrait presque parler d’un film courageux, que celui que Téchiné nous propose ici. L’actualité de son intrigue en est la cause : depuis le 7 janvier 2015, c’est un sujet brûlant en France, et c’est peut-être pour cela qu’il situe son intrigue fin mars 2015 (1). Sinon, pourquoi l’avoir daté ainsi : je ne vois aucune justification pertinente : nul besoin de datation pour rendre son sujet actuel. Au contraire, le circonscrire dans le temps (5 jours) peut – plus tard – en faire un film « daté », et amoindrir son aspect actuel.

 

Il a usé d’un grand soin pour décrire ce jeune homme qui s’est radicalisé sans véritable raison. En effet, nous assistons aux derniers préparatifs – physiques et moraux – de ce garçon qui semble avoir trouvé un sens à sa vie. Parce qu’il ne faut jamais oublier que ses pairs sont persuadés d’être dans le vrai, et que leur combat est on ne peut plus juste.

A ses côtés, la jeune Lila (Oulaya Amamra) est un personnage ambigu très intéressant. Aide à domicile, elle  se trouve confrontée à des situations qui ne rentrent pas toujours dans le cadre religieux qu’elle s’est donné : des vêtements qui ne laisse paraître qu’un minimum de peau, refus de laver les hommes. Mais comme elle dit, elle s’adapte, s’arrange avec ses collègues.

Bref, elle masque le plus possible sa radicalisation.

 

Bien sûr, le déclic vient de Muriel, très rapidement dans le film, quand elle surprend Alex en train de prier en arabe.

Sa première réaction est des plus normales : il n’y a pas de jugement quant à sa croyance, même si on y sent une certaine réticence. Cette réticence va d’ailleurs se développer tout le long du film, jusqu’à la prise de décision inévitable.

Et on a beau entendre parler d’histoires similaires, on n’est jamais prêt à un tel événement. Comme toujours, on croit que « ça n’arrive qu’aux autres »

Et c’est peut-être là qu’il faut chercher la thèse du film : Alex, malgré le fait qu’il ait perdu sa mère quelques années plus tôt (un accident ?), n’a pas le profil qu’on a tendance à imaginer pour ces individus.

 

C’est aussi la rencontre de Muriel avec Fouad (Kamel Labroud), un repenti, qui va être déterminante : ce jeune homme explique avec justesse le processus qui amène à la radicalisation. S’il est d’origine maghrébine, cela n’explique en rien son désir de djihad : c’est le désir d’autre chose qui l’a avant tout motivé. Tout comme Alex, il aspirait à un changement de vie, dû à un rejet de la société qu’il connaissait.

Mais surtout, c’est la promesse d’une autre vie – une assurance-survie ? – qui était le moteur de sa motivation. Sans oublier le prestige inhérent au statut, admiré par celles et ceux qui pensent comme lui.

 

Mais le personnage principal, c’est Muriel.

Le problème avec Catherine Deneuve, c’est qu’elle a interprété si souvent des rôles de bourgeoise plus ou moins parisienne, qu’on a du mal à la considérer comme une propriétaire de chevaux et de cerisiers. Et cela ne vient pas seulement de son manque flagrant d’accent du sud-ouest. D’autant plus que Muriel est née en Algérie qu’elle a quittée quand elle était petite.

Sa prestation est tout de même très juste, même si j’aurais préféré une actrice un peu plus authentique. 

On a du mal à croire qu’elle tient une école d’équitation tant son rapport aux chevaux est distant. Et c’est bien dommage parce que sa personnalité crée une distance avec les autres protagonistes. Sa réponse à Alex qui lui demande si elle est heureuse en est un exemple caractéristique.

 

André Téchiné nous propose un film plutôt ambitieux mais avec certains éléments dont on peut douter de la pertinence. La fête familiale – la famille de Youssef (Mohamed Djouhri), le partenaire de Muriel – en est un bel exemple. Je pense que la présence du jeune Alex aurait donné une autre dimension à cet événement. Youssef est musulman, mais on peut voir sa petite-fille danser en se trémoussant, et la présence du jeune homme à ce moment-là aurait pu amener des réactions ou/et un débat intéressant.

Mais non.

 

On reste alors un peu sur sa faim, regrettant ces occasions ratées qui auraient pu donner une dimension plus importante au film et amener une réflexion au spectateur comme le fait un autre film mettant exergue la religion et qui lui aussi est sorti récemment : Grâce à Dieu.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Henry Hathaway, #John Wayne
Le grand Sam (North to Alaska - Henry Hathaway, 1960)

 

Nome, Alaska (au nord, donc), 1900.

Sam McCord (John Wayne) et son partenaire George Pratt (Stewart Granger) ont découvert un filon : les voilà riches à millions.

Il ne reste plus alors à Sam qu’à aller chercher Jenny (Lilyan Chauvin), la fiancée de George qu’il a quittée voilà maintenant trois ans.

Sauf que depuis, Jenny s’est mariée.

Pour le consoler, Sam ramène Michelle « Angel » Bonnet (Capucine), une fille qu’il a rencontrée dans un saloon…

Bien sûr, avec la femme vont arriver les ennuis…

Que ce soit bien clair : ce n’est pas la belle Angel qui amène les ennuis. C’est plutôt une vieille connaissance de cette dernière – Frankie Canon (Ernie Kovacs) – qui est fraîchement arrivé à Nome, et qui se trouve être un galant escroc (comme on dit).

 

Alors que le western vit ses dernières heures de gloire (1) – avant de renaître (refrain connu) – Henry Hathaway nous en propose ici un bien singulier.

Tout d’abord, nous ne sommes pas dans l’Ouest sauvage traditionnel mais au pied des massifs d’Alaska, chez les prospecteurs de la ruée de 1898 (2). Et surtout, on est dans une intrigue qui ne se règle pas à coup de pistolets, avec une bonne dose d’humour.

Et de l’humour avec le Duke, ça se savoure !

 

Certes nous sommes dans une intrigue on ne peut plus classique avec méchant à fines moustaches, mais tout de même, nous rions de bon cœur.

Il faut dire que John Wayne incarne encore une fois un cow-boy misogyne, mais cette misogynie n’a d’égale que sa bonne éducation. Ses rapports avec Angel sont d’une drôlerie rare dans un film avec John Wayne : même son duo avec Angie Dickinson (Rio Bravo) n’atteint pas ce niveau de comique. La présence de Stewart Granger y est aussi pour beaucoup, cette association donnant d’autres éléments comiques dont des inévitables bagarres – trois – avec ou sans destruction.

 

La première séquence qui voit McCord et Pratt arroser leur (bonne) fortune donne le ton : c’est un festival de torgnoles avec destruction indispensable, avec en prime un limonaire qui réagit – lui aussi – aux coups.

La dernière est un festival qui n’est pas sans rappeler l’ère muette : ça s’étale dans la boue, ça voltige, ça atterrit la tête la première dans un tonneau… C’est absolument délirant, avec en prime un dormeur qui n’arrive pas à dormir et qui prie tous ces gens de faire moins de bruit, le tout sans une seule parole !

Mais surtout, le comique se mélange très bien avec une intrigue pas si drôle que ça : Angel est une fille de saloon, avec ce que cela implique de scabreux, surtout quand on sait qu’elle fut un temps acoquinée avec l’infâme Canon. Le traitement que lui réserve McCord est d’autant plus chevaleresque quand on connaît son passé.

 

Bref, nous sommes dans un western atypique, bien loin de celui qui est sorti deux mois plus tôt (1).

A (re)découvrir de toute urgence !

 

  1. La même année sort Les 7 Mercenaires
  2. Cela nous ramène à la trouée du Klondike après laquelle un prospecteur solitaire a trouvé l’or et l’amour : La Ruée vers l’or.

 

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Francis Ford Coppola, #Gangsters, #Robert Duvall
Le Parrain 3 (The Godfather: Part III - Francis Ford Coppola, 1990)

Le temps a passé. Vingt ans depuis les événements de Cuba narrés dans le deuxième film (1974).

Michael (Al Pacino) a vieilli, ses enfants ont grandi, mais les affaires restent toujours les mêmes.

Tom Hagen (Robert Duvall) est mort, et Kay (Diane Keaton) est partie.

C’est lors d’une cérémonie religieuse en l’honneur de Michael qu’apparaît Vincent (Andy Garcia), le fils – illégitime – de Santino (James Caan).

Avec lui arrivent de nouveaux ennuis et la volonté de Michael de réformer ses affaires est encore une fois interrompue.

 

Avec ce film, Francis Ford Coppola et son complice Mario Puzo, mettent un terme aux activités de Michael Corleone, sans pour autant  en mettre un à cette famille.

Avec ce film, c’est d’une certaine façon un retour aux sources qui est entrepris par les deux comparses autant que par Michael.

Et d’une façon générale, on retrouve une structure similaire à celle du premier opus (1972).

 

Mais tout le monde a vieilli, en particulier Michael et un ancien ami de son père, Don Altobello (Eli Wallach). Altobello c’est donc le lien avec le passé, mais avec l’arrivée de Vincent, c’est l’avenir qui se joue : saura-t-il succéder à son oncle et faire mieux que son père ? La réponse est bine sûr donnée à la fin.

Mais avant d’y arriver, nous allons replonger dans les affaires siciliennes que Coppola et Puzo avaient laissées de côté pour un épisode cubain – avec tout de même une partie de l’ascension de Vito Corleone (Robert de Niro).

On retrouve d’ailleurs Little Italy et ses processions dans ce film, avec la même destinée : la mort au bout. C’était Fanucci (Gastone Moschin) dans l’épisode précédent, vous irez voir qui meurt par vous-même…

 

Et encore une fois la famille Corleone influe sur la situation internationale. Après avoir soutenu Batista, Michael s’introduit dans les affaires du Vatican. Et pour cela, Puzo et Coppola avaient un événement mondial qui se prêtait à toutes les suppositions : la mort de Jean-Paul 1er (Raf Vallone), après quelques semaines de pontificat. Puisque tout est possible au cinéma, pourquoi ne pas intégrer sa mort dans un immense scandale financier.

Mais bien sûr, J-P I n’est pas le seul à tomber et Coppola nous rappelle – comme s’il en avait besoin – qu’il est l’un des maîtres du montage parallèle.

Comme dans la première partie, le final – l’opéra ou chante Tony Corleone (Franc D’Ambrosio) – est prétexte à une grande lessive dans laquelle les ennemis de la famille sont éliminés les uns après les autres.

 

Ce n’est d’ailleurs pas le seul montage parallèle du film : pendant la cérémonie, l’assemblée ecclésiastique récite un Ave Maria : Michael revoit Fredo (John Cazale) en faire de même alors qu’il participe à sa dernière partie de pêche. Les deux séquences fonctionnent comme si Fredo donnait la traduction de ce qu’on entend. Cette partie de pêche funèbre est d’ailleurs l’un des éléments déterminants de la vie de Michael et de ses relations avec le futur pape temporaire.

 

Je parlais de retour aux sources pour ce film et le retour en Sicile y est pour beaucoup. En effet, le film est composé de deux parties bien distinctes : l’une à New York et l’autre dans l’île. Michael (et les autres) vont d’ailleurs en Sicile une fois les affaires américaines réglées – définitivement encore une fois.

Le retour en Sicile, c’est aussi les souvenirs qui remontent et submergent presque Michael : son premier mariage avec la belle Appolonia (Simonetta Stefanelli), et le souvenir de sa mort qu’elle a trouvée parce qu’elle avait pris la place de Michael en voiture.

Le retour en Sicile est aussi l’occasion de retrouver don Tomassino (Vittorio Duse), autre personnage important pour les Corleone.

Et puis surtout, la Sicile est pour Michael un lieu de malheur où à chaque fois une femme qu’il aime – et qui l’aime – meurt pour lui. Là encore, il é »tait la cible du tueur, mais le destin en veut autrement.

Pas étonnant alors que Michael meurt seul, au soleil, vieux et usé par cette vie atypique.

 

Mais Le Parrain III, c’est aussi une entreprise familiale qui va au-delà de l’intrigue : non seulement Coppola y a fait jouer sa fille Sofia, mais en plus on trouve le nom « Coppola » à différents moments du générique de fin, sans oublier Talia Shire (Connie Corleone) et Nicolas Cage (producteur) – nièce et neveu de Francis – et surtout la musique signée par Carmine Coppola, son propre père.

 

Il est bien dommage que Mario Puzo soit mort si tôt (1999, il allait tout de même sur 79 ans) : ils avaient en projet une quatrième partie mettant en scène l’ascension de Vito dans Little Italy, avant que ne commence le premier film.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Richard Lester, #Superman
Superman II (Richard Lester, 1980)

Bof.

Après un premier épisode réjouissant, c’est Richard Lester qui a remplacé Donner pour une deuxième aventure plutôt décevante.

En effet, ce qui faisait le charme du premier a disparu, remplacé par une débauche d’effets spéciaux pas toujours bien maîtrisés, en particulier les incrustations dans le décor futuriste du pole nord.

Pourtant ça aurait presque pu bien commencer si on n’avait pas un générique interminable (encore une fois) permettant au spectateur qui n’a pas vu le premier film de se familiariser avec ce qui s’était passé.

 

D’ailleurs, la première séquence – pré-générique – fait le lien avec ce film : on assiste à nouveau au procès puis à l’incarcération de Non (Jack O’Halloran), Ursa (Sarah Douglas) et surtout du général Zog (Terence Stamp).

La suivante (après le générique, donc) voit Lex Luthor (Gene Hackman) s’évader avec la complicité d’Eve Teschmacher (Valerie Perrine) avec bien sûr l’inévitable Otis (Ned Beatty).

Tous les affreux sont donc là, mais ça ne marche pas. Peut-être d’ailleurs parce qu’une telle (sur)dose de méchants est exagérée et que surtout Luthor ne peut pas partager la première place dans sa catégorie, comme il aime à le rappeler çà Zog à diverses occasions.

 

De plus, Lester est sans cesse tiraillé entre le sérieux et la parodie : certaines répliques sont savoureuses mais tombent presque toujours à plat du fait de cette intrigue on ne peut plus sérieuse, elle.

Autre signe du constant jonglage de Lester entre sérieux et farfelu, le vent terrible créé par Zog et ses complices amène des situations comiques mais qui ne sont malheureusement pas à leurs places dans le contexte de l’intrigue.

 

Et pourtant, c’est Mario Puzo qui est derrière toute l’histoire. Comme quoi, il était certainement plus à l’aise avec les parrains de la mafia qu’avec un tel superhéros.

L’intrigue d’ailleurs est un tantinet confuse voire contradictoire, surtout en ce qui concerne le passage de Superman à un état humain et donc faible, sensé être définitif et impossible à inverser.

Quant au final, nul besoin de s’étaler, on n’y croit pas beaucoup.

 

C’est certainement la relation entre Superman (Christopher Reeve) et Lois Lane (Margot Kidder) qui amène la déception. Il est clair que dans la version comics, Lois découvre la véritable identité de Clark Kent/Superman. Mais ici, cette découverte n’est pas dans le même contexte et surtout elle provoque un déséquilibre qui ne sera résolu qu’à la toute fin et avec une pirouette (voir plus haut).

Mais surtout, on peut se poser la question de la nécessité d’avoir amené cette révélation : elle n’est pas très pertinente et ne sert pas vraiment l’intrigue principale (1).

 

Dommage.

 

 

PS : Deux grandes enseignes font les frais des combats, doit-on y voir un message ?

 

(1) Et on en revient à la faiblesse de l’intrigue qui doit inverser la tendance, ramenant les rapports entre Lois et Clark au niveau de l’amitié professionnelle et rien d’autre.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Oliver Hirschbiegel, #Guerre
La Chute (Der Untergang - Oliver Hirschbiegel, 2004)

Il était indispensable qu’un jour, un réalisateur allemand s’empare d’Hitler et le replace dans son contexte. Ce n’est pas exactement le cas puisque nous n’assistons qu’à la dernière décade de ce triste individu, mais tout de même, on sent l’exorcisme pas loin….

Nous suivons alors l’évolution de Traudl Junge (Alexandra Maria Lara) de son engagement jusqu’à sa fuite du célèbre bunker d’Hitler où ce dernier s’est donné la mort.

 

Les repères temporels sont plutôt flous, car si on se renseigne sur la jeune femme, on s’aperçoit que la toute première séquence aurait eu lieu en 1943 alors que tout le reste du film se situe entre le 20 avril – anniversaire d’AH – et le 7 mai – date de la capitulation sans condition.

Toujours est-il que le premier repère qui nous est donné est le jour de l’anniversaire d’Hitler (Bruno Ganz) : il lui est rapidement souhaité puis on retrouve quelques temps plus tard Eva Braun (Juliane Köhler) entraîner les habitants de la forteresse souterraine à danser.

Le deuxième repère consiste en une lettre écrite par Magda Goebbels (Corrina Harfouch) dans laquelle elle n’envisage pas de survivre si le régime tombe.

Le troisième c’est la mort d’Hitler et Eva, quant au dernier, c’est l’annonce de la capitulation, mais à ce moment, le film est quasiment fini.

 

Oliver Hirschbiegel concentre son récit sur les 10 jours entre l’anniversaire et la mort, à travers les yeux de la jeune secrétaire qui assiste en témoin passif de la déliquescence annoncée du régime. Dans le même temps sont insérés des éléments de la (sur)vie à Berlin, montrant les jeunes garçons et filles assurer une résistance dérisoire autant qu’aveugle, galvanisés par d’autres fanatiques en hommage à un homme qui n’a finalement pas grand-chose à faire de ces sacrifices vains.

 

C’est d’ailleurs cet homme le centre d’intérêt. Et Bruno Ganz est un führer terrible. Non pas pour ce qu’il représente mais avant tout parce qu’il est humain. On a toujours considéré qu’Hitler avait un côté inhumain, voire extra-humain. Or ce n’était qu’un homme, ce qui rend son influence et les exactions commises en son nom d’autant plus condamnables et ses idées combattues sans relâche.

Ganz a beaucoup travaillé pour arriver à ce résultat et on retrouve dans cet homme autant ses qualités humaines qu’inhumaines. Il est clair qu’on voit surtout  Bruno Ganz incarner Hitler. La ressemblance n’est pas là, ce qui semble être un parti pris du metteur en scène : ce sont avant tout les dialogues et certains détails qui indiquent tel ou tel personnage historique.

L’exemple le plus flagrant est bien sûr Goebbels (Ulrich Matthes) : il a la coiffure et le costume de cet autre sinistre individu, mais il ne lui ressemble absolument pas. Tout comme Ulrich Noethen (Himmler) ou encore Mathias Gnedinger (Göring). Le seul qui semble un peu échapper à cette non-ressemblance est Heino Ferch dans le rôle de Speer.

 

Ganz, pour sa part, a de véritables faux airs de son personnage, mais essentiellement dans ses mouvements et surtout dans sa parole. Il n’est pas étonnant d’apprendre que l’acteur a beaucoup visionné et écouté d’archives de ce « modèle ».

On assiste alors à des colères terribles, surtout à l’encontre d’Himmler, et le plus souvent une forme de délire paranoïaque mâtiné d’un optimisme aveugle et irraisonné.

On a alors la possibilité de voir les réactions de son entourage absolument désarmé face à _un tel acharnement. Réactions que ce dernier bien sûr ne voyait pas.

 

Le film suscita de nombreuses polémiques quant aux événements ou encore aux personnages eux-mêmes. Mais ce n’est pas ici que je les relaierai, ça ne m’intéresse pas.

Ce que je peux dire, c’est que la « Chute » (« Untergang » en VO) ne concerne pas seulement Hitler mais bel et bien son régime et ses différentes composantes. On assiste alors à des scènes qui n’ont peut-être rien de véridiques mais qui décrivent bien l’agonie d’un régime qui n’en finit pas de mourir : la fête animée par Eva Braun ou les différentes beuveries des soldats retransmettent très bien cette impression de décadence qui se développe en même temps que le IIIème Reich se meurt.

Et le moment le plus terrible dans cette fresque, c’est très certainement la fin des enfants Goebbels, précédant de peu celle de leurs parents.

 

Un film fort et sans concession avec une distribution toujours juste, qui illustre parfaitement les derniers jours d’un personnage des plus terribles qui ait jamais existé, mais qui n’était rien d’autre qu’un homme.

 

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Kathryn Bigelow
Zero Dark Thirty (Kathryn Bigelow, 2012)

11 septembre 2001 : destruction des Tours jumelles.

2 mai 2011 : mort d’Oussama Ben Laden suite à la prise d’assaut de son repaire.

Entre ces deux dates, près de 10 années de traque menée par la CIA pour le mettre hors d’état de nuire.

C’est cette histoire que nous raconte ici Kathryn Bigelow, essentiellement du point de vue de Maya (Jessica Chastain), une jeune membre de l’Agence, entre Langley (Va) et Abbottabad (Pakistan), en passant par différents états du Proche Orient.

 

La séquence d’ouverture donne le ton : Dan (Jason Clark) procède à un interrogatoire « musclé » auprès d’Ammar al-Baluchi (Reda Kateb), sous les yeux de Maya dont la réaction n’est pas bien claire.

Bien sûr, il s’agit de torture, même si le mot n’est jamais prononcé. Et pas une seule fois cette pratique ne sera remise en cause tant que l’administration Bush Jr. restera aux commandes du pays.

 

Il y a toujours eu dans le cinéma américain une maturité que les Français ont du mal à acquérir : il n’a jamais fallu beaucoup de temps de silence avant d’évoquer un événement historique. Il suffit de se souvenir du traitement de la Guerre du Vietnam pour s’en convaincre. Ici aussi, la traque de Ben Laden (Ricky Sekhon) est encore fraîche dans les esprits quand le film sort, et on peut aussi y trouver une des raisons du succès du film.

L’autre raison – la plus vraisemblable – est que le travail effectué sur ce film est absolument gigantesque et d’une très grande rigueur.

 

On sent que le sujet est maîtrisé et aux où l’information est libérée (sinon totalement libre), les sources sont nombreuses et vérifiables, surtout dans ce domaine. Nous suivons alors les différentes phases de recherche de cet ennemi public n°1, les avancées tout comme les régressions : l’interdiction de l’usage de la torture étant considérée par ces gens-là comme une terrible régression.

Le jeu des différents acteurs et la présence de la caméra aux premières loges donne une dynamique authentique aux images, chaque différente étape faisant l’objet d’un chapitrage jusqu’à la dernière partie : les Canaris (1).

Le montage lui aussi est essentiel au déroulement du film, alternant les phases en fonction de l’intensité et du spectaculaire, et surtout les différents attentats qu’ils soient à Londres (7-7-2005) comme à Islamabad (20-9-2008).

 

D’une manière générale, on retrouve la rigueur du précédent film de Bigelow : Démineurs. Mais alors que ce film traitait du quotidien d’un soldat en particulier réalisant ce qu’on attendait de lui, il n’y avait pas l’aspect national voire international du propos de Zero.

Ici, la petite histoire rejoint la grande. Mais encore une fois à travers des yeux humains : les scènes de torture assumées (surtout avec Dan) ne nous sont pas épargnées, et alors qu’on pouvait attendre d’elle un regard de commisération – c’est une femme – on se rend compte que Maya est rompue à ce genre d’exercice et que pour elle comme pour Dan ou tous les autres qui ont pu pratiquer la torture sous divers régimes et latitudes, seul compte le résultat.

 

Si le film est bien documenté et nous retransmet les différentes phases d’une opération on ne peut plus importante, nous ne pouvons pas oublier qu’il s’agit avant tout d’une exécution légale : pas un instant il n’est question de traduire OSB devant quelque tribunal que ce soit. De plus, un rappel aurait été judicieux à la fin du film : plusieurs des protagonistes d’Al-Qaïda sont toujours retenus prisonniers dans la base de Guantanamo (2).

 

  1. Nom donné aux soldats d’intervention qui ont délogé et tué OBL.
  2. Ils sont actuellement 40.

Voir les commentaires

1 2 3 > >>

Articles récents

Hébergé par Overblog