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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Raymond Bernard
Les Misérables : Liberté, liberté chérie (Raymond Bernard, 1934)

 

Dernier volet de la trilogie, ce troisième film est celui des affrontements.

Affrontement des Parisiens contre le pouvoir royal de Louis-Philippe (1), et affrontement – final – entre Valjean (Harry Baur) et Javert (Charles Vanel).

Les grands absents de cet épisode sont bien sûr les Thénardier (Charles Dullin & Marguerite Moreno), Raymond Bernard et André Lang n’ayant pas retenu l’ultime rencontre entre lui et Valjean dans les égouts.

 

On retrouve ici, avec bonheur, le même principe narratif qui avait prévu dans les deux films précédents, les mots étant le plus souvent remplacés par des regards ou des gestes – héritage du cinéma muet – avec un souci de rester au niveau humain alors que cette fresque pourrait encourager à l’exubérance et au sensationnel.

Mais la barricade de la rue de la Chanvrerie – où est Marius (Jean Servais) – n’en demeure pas moins spectaculaire, sans toutefois tomber dans le grandiose comme dans certaines versions ultérieures.

D’une manière générale, c’est la sobriété qui prime dans les trois films, ramenant le propos au niveau de ses protagonistes : les misérables. Les misérables sont ces « petits », ces « obscurs » ces « sans-grades » – pour paraphraser Edmond Rostand – et n’ont pas accès à la lumière.

Et même la barricade reste à leur niveau, même si le combat fait rage et leur donne temporairement un statut de géant.

 

Cette barricade, c’est l’aboutissement de la violence de l’intrigue qui s’installe progressivement : après un premier épisode où elle est plus morale que physique, elle prend plus de place dans le second volet, avec surtout l’agression de Valjean par Thénardier et ses (louches) acolytes, sans oublier le passage (final) de la chiourme.

Ici, c’est un terrible combat de rue qui nous est proposé, avec charge de l’armée, la caméra de Kruger et Portier alternant les plans d’ensemble (restreint) et les cadrages au cœur de l’action, donnant alors un souffle épique à ce qui n’est malgré tout qu’une petite échauffourée.

Et encore une fois, on retrouve la verve de Hugo dans cet épisode tragique.

Tragique pour les morts qui vont tomber dont l’inévitable Gavroche (Emile Genevois), victime on ne peut plus tragique qu’il n’est qu’un enfant.

On retrouve aussi chez les émeutiers les aspirations de Victor Hugo, né trop tard pour faire la révolution ou participer aux campagnes napoléoniennes, mais surtout cet engagement républicain farouche que l’auteur épousera finalement.

 

Mais il y a surtout l’affrontement entre Javert et Valjean, qui permet au premier de réaliser son rêve – arrêter l’autre – et surtout d’apparaître un peu plus que dans l’opus précédent où il n’était que très peu montré.

C’est à nouveau un duel au sommet, mais sans négliger l’aspect réservé de Valjean qui ne s’avance à aucun moment.

Et Javert, autant que Valjean sont les dernières victimes de l’intrigue. Chacun à sa façon est « victime du devoir » :

  • Javert parce que l’attitude de Valjean est en rupture complète d’avec ce qu’il a pu penser toute sa vie : un forçat reste un homme méchant, et relâcher Valjean (qui le mérite pourtant) est une action en total désaccord avec sa fonction. Et Charles Vanel, même à ce moment tragique conserve l’attitude butée et bornée de son personnage.
  • Valjean parce qu’il n’a cessé tout au long de cette vie d’obéir au commandement – intérieur – de monseigneur Miriel (Henry Krauss), refusant autant que possible les honneurs, n’étant malgré tout qu’un ancien forçat en rupture de ban.

 

Et ce dernier affrontement confirme ce que j’ai déjà dit pour les deux autres films : Harry Baur est un Jean Valjean absolument magnifique, restant à sa (basse) place en tant que personnage, et partageant équitablement la scène avec son partenaire, quel qu’il soit.

Oui, Harry Baur était un grand acteur, malheureusement mort et injustement (2), et réduire sa vie d’acteur à la collaboration cinématographique, c’est faire peu de cas de ce qu’il fut réellement.

 

  1. La réplique de Louis-Philippe à propos des émeutes est assez savoureuse, rappelant 1789…
  2. Dénoncé comme juif aux Allemands, il fut incarcéré, interrogé et torturé pendant plusieurs mois pour rien et mourra des suites de sa captivité six mois plus tard.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Raymond Bernard
Les Misérables : Les Thénardier (Raymond Bernard, 1934)

Ils sont de retour, toujours aussi abjects et hypocrites.

Le temps a passé mais Thénardier (Charles Dullin), qui se fait maintenant appeler Jondrette, et son épouse (Marguerite Moreno) habitent Paris et sont désoeuvrés. Alors ils se sont acoquinés à la truande du quartier, vivant pour le reste de la charité (organisée) publique : les deux filles – Eponine (Orane Demazis) et Azelma (Denise Mellot) ne ratant aucune sortie de messe pour tendre la main.

Mais à Paris vit aussi ce bon monsieur Fauchelevent (Harry Baur) et sa fille Cosette (Josseline Gael) qui vient de fêter ses seize ans.

Vous l’avez deviné, Fauchelevent et Valjean ne font qu’un. Ce dernier est toujours en fuite pour Javert qui veille.

A e petit monde s’ajoute Marius (Jean Servais) qui est amoureux fou de Cosette (qui le lui rend bien), ce qui n’est pas pour plaire à son « père »… D’autant plus que Marius appartient à un groupe de républicains qui n’attend qu’une occasion pour déclencher une nouvelle révolution.

 

Film de transition, tout comme le fait Hugo dans on livre, Raymond Bernard – avec l’aide d’André Lang pour le scénario – installe son intrigue et surtout prépare le troisième volet qui sortira une semaine plus tard.
On y retrouve les mêmes personnages et on en découvre d’autres tout aussi importants : Marius et Eponine, ainsi que le petit Gavroche (Emile Genevois). C’est bien sûr ce dernier qui fait grosse impression, sa gouaille toute parisienne en fait le titi parisien par excellence, véritable personnification du personnage d’Hugo.

Ce film, c’est aussi l’occasion de voir la séquence d’anthologie que tout le monde attendait dès l’épisode précédent : Valjean qui s’en vient sauver Cosette (Gaby Triquet).

C’est d’ailleurs cette dernière qui ouvre le film, devant aller chercher l’eau à la source à l’aide d’un seau presque aussi grand qu’elle. Cette séquence forestière est magnifique (1), les différentes prises de vue de Kruger (et Portier) accentuant la terreur nocturne de la petite fille, les éléments naturels, du fait de l’obscurité ambiante devenant alors des menaces (2).

Et puis il y a LA rencontre : celle de cet homme qui va porter son seau et la tirer des griffes des deux infâmes.

La petite Gaby était déjà une belle Cosette, elle n’en devient que plus magnifique ici, décontenancée par ses bourreaux qui montrent soudainement patte blanche et tiraillée entre sa fidélité envers eux et cet homme inconnu qui débarque pour l’emmener.

 

Encore une fois, Harry Baur est un Valjean/Fauchelevent comme il faut, jouant de la discrétion – obligée – de Valjean avec beaucoup de subtilité, bien loin de la truculence de Champmathieu après le procès.

Mais e sont les Thénardier qui retiennent (presque) toute l’attention, le couple Moreno-Dullin é&tant – à mon avis – le meilleur qu’on ait eu. Certes, Thénardier est plus bavard – c’est a partie, que voulez-vous – mais là encore, Bernard garde la même sobriété qu’au premier opus.

Ces deux personnages sont donc d’affreux particuliers et le maquillage ainsi que la diction des deux interprètes en font de véritables archétypes de la méchanceté et de l’hypocrisie.

On rappelle toujours ce mot d’Hitchcock qui disait que pour qu’un film soit réussi, il faut que le méchant le soit d’abord, et on se dit que Les Misérables est de ce fait un chef-d’œuvre, les deux personnages titulaires y contribuant allègrement.

 

Une dernière chose : la dernière séquence est d’une incroyable pertinence se concluant par une réplique de Valjean qui ne l’est pas moins : on y voit un convoi de forçat, accompagné de la musique (magnifique et) dramatique d’Honegger : c’est un moment de grande violence et d’incommensurable misère, illustrant avec justesse la phrase de Hugo qui ouvre le film. Bien sûr, je vous laisse le soin de découvrir tout ceci si vous ne l’avez toujours pas vu…

 

  1. Encore une fois !
  2. Oui, on pense à Blanche-Neige et les 7 Nains quand on voit cette pauvre Cosette lutter contre sa peur.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Raymond Bernard
Les Misérables : Tempête sous un Crâne (Raymond Bernard, 1934)

« Je suis Jean Valjean ! »

C’est par ces mots que monsieur Madeleine (Harry Baur) va sauver Champmathieu (Harry Baur), qu’on avait pris pour Jean Valjean (Harry Baur).

Jean Valjean ? C’est un homme malchanceux qui pour avoir volé un pain pour nourrir sa famille a fait 19 ans au bagne de Toulon (Cinq ans de condamnation auxquels s’ajoutent quatre tentatives d’évasion).

Depuis huit ans (1), Jean Valjean se cache derrière l’identité de M. Madeleine, philanthrope et maire de Montreuil s/Mer, distribuant de la bonté et de la justice, choses qui lui furent longtemps refusées.

Mais il est talonné par un ancien du bagne, Javert (Charles Vanel), qui était alors de l’autre côté de la barrière, garde-chiourme.

 

Comme je l’ai déjà dit ici, il s’agit de la cinquième adaptation du roman de Victor Hugo, et au vu des suivantes – je n’ai pas vu les précédentes – c'est très certainement la meilleure, que ce soit du point de vue de l’adaptation que du jeu des acteurs et de la manière de filmer.

Raymond Bernard, une fois Les Croix de bois sorti, enchaîne directement sur le chef-d’œuvre (le tournage commence en décembre 1932) de Victor Hugo (enfin, un des chefs-d’œuvre…) et, entouré d’une distribution prestigieuse réalise ce qui reste pour moi la version de référence : Victor Hugo est un de ces auteurs français dont on ne peut pas faire n’importe quoi, même quand il y a Lon Chaney, mais ceci est une autre histoire.

Raymond Bernard va alors partager son film en respectant à peu près le découpage de Hugo, arrêtant la première partie à l’évasion de Madeleine/Valjean et son départ vers Montfermeil où il doit aller chercher Cosette (Gaby Triquet).

 

Il y a dans ce film une alliance formidable entre la mise en scène, le jeu des acteurs et les prises de vue qui fait de cette épopée un grand moment de cinéma, réussissant à recréer l’atmosphère du livre mais d’une manière fort curieuse. Nous connaissons tous les fabuleuses descriptions (5) du grand Victor, que certains peuvent trouver longues et bavardes (moins que celles de Balzac, si vous voulez mon avis), et ce qui retient l’attention dans ce film, c’est le silence qui y est aménagé. Même la musique d’Honegger ne parvient pas à le troubler, étant utilisée avec parcimonie.

Mais surtout ce qui est la scène-clé du film, c’est celle qui donne son nom à ce film : Tempête sous un crâne. On retrouve le combat manichéen que livre Valjean avec sa conscience, combat entre le devoir et l’intérêt particulier : se taire, c’est condamner Champmathieu au bagne à perpétuité ; parler c’est s’enfermer définitivement.

Et c’est là que la caméra de Jules Kruger (et aussi celle de Portier) prend vie et remplace en partie les yeux de Valjean/Madeleine. Ce sont les mots Arras (où a lieu le procès) et Montfermeil (où vit Cosette) qui se livrent une bataille, et s’animent sous nos yeux, accentuant l’enjeu du combat qui se déroule dans la tête de Valjean.

Cette caméra nous amènera aussi des cadrages singuliers, de biais alors que la santé de Fantine (Florelle) se dégrade où que Valjean dépose au tribunal : ce cadrage devenant alors le signe de la tragédie qui se joue devant nos yeux.

 

Et puis il y a les interprètes.

Bien sûr, Harry Baur est – encore une fois – impeccable et campe un Valjean fruste et agressif qui se mue en gentleman avec beaucoup de conviction. Et sa prestation est d’autant plus remarquable qu’on ne se dit à aucun moment que c’est Harry Baur qui interprète Valjean, mais bien que c’est Valjean que nous voyons ici se dépêtrer avec a conscience et Javert.

De la même façon, Florelle est une Fantine tragique, dernier instrument du Destin de Valjean : sa dernière vie pourra alors commencer suite à la promesse qu’il fait sur le lit de mort de la malheureuse. Il va s’occuper de Cosette.

Je continue tout de même à trouver que Charles Vanel, malgré son immense talent n’est pas le meilleur Javert que j’ai vu. Mais il n’en demeure pas moins un personnage indispensable à l’intrigue, et Vanel lui confère un aspect borné qui est indissociable du personnage.

Je garde mes préférés pour la fin : Les Thénardier.

Le choix de Charles Dullin (lui) et Marguerite Moreno (elle) fut une magnifique inspiration tant ils personnifient le couple le plus abject e la littérature française. A leur malhonnêteté s’ajoute une malfaisance ignoble, et leur aspect physique n’est pas pour les rendre plus sympathique. Au contraire. Bref, Moreno et Dullin sont à mon avis les pires Thénardier qui soient, et de ce fait les meilleurs qu’on ait vus au cinéma. Mais cela n’engage que moi.

Je terminerai en parlant de la petite Gaby Triquet (qui a eu 95 ans en novembre dernier), qui est une Cosette fort convaincante : elle a huit ans quand commence le tournage et sa petite taille accentue le malheur qui s’abat sur son personnage.

 

Bref, une première partie qui annonce le chef-d’œuvre, au même titre que le roman dont il s’inspire.

 

  1. Parfois c’est seulement sept.
  2. Ils sortiront les 3, 16 et 23 février 1934.
  3. J’adore ce roman.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Dominic Sena, #Robert Duvall
60 Secondes chrono (Gone in sixty Seconds - Dominic Sena, 2000)

 

Le métier de grand frère est un métier rude : pallier l’absence du père ; être un exemple pour ceux qui viennent après ; et bien sûr s’occuper d’eux.

Mais voilà : être grand frère n’est pas un métier.

Randall « Memphis » Raines (Nicolas Cage) est un de ces grands frères, mais s’il a pu pallier l’absence du père, il n’est pas vraiment un exemple, et de toute façon, il a émigré au Canada où il s’occupe d’un circuit de karting et enseigne aux enfants les rudiments de la conduite.

Parce que la conduite, c’est sa vie : il adore les voitures !

Il les adore tellement qu’il est l’un des plus grands voleurs de véhicules connu. Mais ça, c’était avant.

C’était avant, mais c’est de nouveau d’actualité : Kip (Giovanni Ribisi), son petit frère a décidé de reprendre son flambeau et se retrouve dans une situation des plus désespérées : il s’est engagé à livrer 50 voitures de prestige à Raymond Calitri (Christopher Eccleston), caïd très redoutable. Mais Kip n’est pas Randall, et ce dernier doit s’occuper de la livraison pour éviter que son petit frère soit exécuté par les hommes de mains de Calitri.

 

Dès le générique de présentation, la couleur est donnée : nous allons parler de voitures. Mais pas n’importe lesquelles, celles de luxe, celles dont on n’a en général que la possibilité de rêver, le compte en banque ne suivant pas toujours (voire rarement).

Et de ce côté-là, nous ne sommes pas déçus : Porsche, Ferrari, Lamborghini…

Et bien sûr la star (de Randall) : la Ford Shelby Mustang GT500E, qui répond au doux nom d’Eleanor.

Cette voiture a un passé commun avec Randall, devenant son graal qu’il va s’essayer à atteindre, après quelques tentatives infructueuses antérieures.

 

Mais Eleanor est la voiture de cinéma par excellence parce qu’elle va devenir la raison (le prétexte ?) d’une course poursuite tout aussi impressionnante que celle de Popeye Doyle dans The French Connection.

Cette poursuite permet d’apprécier la virtuosité de Randall, et le côté spectaculaire est accentué par la présence au cœur même de l’action de la caméra : dans l’habitacle, des plans de coupe sont alternés au parcours du véhicule, montrant beaucoup d’accélération et d’embrayage mais très peu de frein.

Bref, nous sommes à la fête parce qu’en plus s’ajoute le facteur temps (1) : un retard, même léger, et l’affaire est abandonnée, Kip exécuté et Randall n’aura plus que ses yeux pour pleurer.

 

Il est clair que si le spectacle est là, on ne peut en dire vraiment autant des acteurs car, outre Nicolas Cage, ce sont essentiellement les voitures les vedettes : si Giovanni Ribisi, dans un rôle un tantinet positif pour une fois, a un rôle important, il n’en va pas vraiment de même pour les autres, dont les apparitions sont tout de même bien courtes, et en particulier Angelina Jolie qui est créditée de la deuxième position dans le générique d’ouverture.

Quant à Robert Duvall, on aurait aimé que son personnage, ô combien riche en promesse, fût un tantinet plus développé.

 

Au final, un film impressionnant, mais qui manque tout de même un peu d’épaisseur.

Nicolas Cage est le centre de l’intérêt, reléguant au second plan (quand ce n’est pas au troisième ou plus) ses partenaires (interprètes et leurs rôles).

Deux ans plus tard, Steven Soderbergh reprendra cette idée d’une équipe réalisant une autre entreprise de vol à grande échelle (avec une équipe hétéroclite), mais à la différence de Dominic Sena, il laissera plus de place à l’entourage de son personnage principal : Ocean’s Eleven (2).

 

  1. Réminiscence lointaine du titre dont on peut se poser la question de la pertinence : mise à part une référence initiale au tout début, on ne voit pas bien pourquoi 60 secondes.
  2. On notera la présence dans les deux films de Scott Caan, le fils de James.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sport, #John G. Avildsen
Rocky (John G. Avildsen, 1976)

Du sur mesure.
Sylvester Stallone, acteur de seconde zone dans les années 1970s, a écrit le scénario de cette histoire on ne peut plus américaine, illustration de ce célèbre – et chimérique – rêve américain : saisir l’opportunité de devenir riche, de devenir quelqu’un (1).

 

Rocky Balboa est une petite frappe de Philadelphie. Petite frappe dans deux sens : petit truand qui sert de coursier à un caïd local et boxeur obscur d’une salle de sport de quartier.

A l’autre bout du sport, on trouve Apollo Creed (Carl Weathers), champion du monde incontesté et qui veut, pour fêter le bicentenaire des Etats-Unis (nous sommes en 1976) donner sa chance à un boxeur inconnu pour un match de gala où sera tout de même mis en jeu le titre.

Et devinez quoi ? C’est Rocky qui est choisi !

Comment ? Par son nom « d’artiste » : The Italian Stallion (2).

 

Si John G. Advilsen a réalisé le film, c’est avant tout parce que Stallone ne se sentait pas de le faire, n’étant pas, à) l’époque, une vedette aussi incontournable que maintenant. Parmi les petits rôles qu’il interpréta auparavant, on notera un voyou qui s’en prend à Woody Allen dans Bananas. D’ailleurs, fort du succès du film, Stallone lui-même réalisera les trois épisodes suivants de la série avant le retour d’Advilsen pour le cinquième.

Bien sûr, comme c’est un film de boxe, ce n’est pas ce sport qui est le plus important dans l’intrigue, mais bien le personnage titulaire.

 

Rocky n’est rien d’autre qu’un minable qui va, par sa persévérance, devenir quelqu’un. Comme je l’ai déjà dit pus haut, nous sommes en plein rêve américain. Mais cette évolution ne se fera pas facilement.

Et ce qui va sauver Rocky, c’est l’amour, cet amour qu’il éprouve pour Adrian (Talia Shire), vendeuse dans une animalerie et surtout sœur de Paulie (Burt Young), vendeur de viande du même quartier.

Sauver Rocky ? Bien sûr, il n’était pas concevable que nous n’eussions pas de rédemption !

En effet, de par ce combat à venir, Rocky va s’éloigner de Gazzo (Joe Spinell), le caïd local. De plus, son entraînement va le voir pratiquer une vie plus saine – ni alcool ni tabac (3) – ce qui est illustré par une séquence devenue depuis « culte », où on le voit monter les marches du Philadelphia Art Museum avec facilité, ce qui nous change de la première fois où il avait plutôt tendance à y cracher ses poumons qu’autre chose !

Cette montée des escaliers est surtout célèbre pour la musique qui l’accompagne : Gonna fly now de Bill Conti.

 

Au final, si le combat est bien sûr l’aboutissement du film, il n’en demeure pas moins accessoire dans l’intrigue. Tout au long du film, Rocky n’a qu’une envie : avoir une vie normale, avec la femme qu’il aime. Mais malgré ses allures de petite frappe, c’est un homme timide avec les femmes, voire carrément gauche : sa soirée avec Adrian est d’ailleurs une bonne illustration de cet état de fait.

Mais une fois l’exploit accompli – tenir 15 rounds et surtout faire vaciller le champion de son piédestal – Rocky n’a qu’une envie : retourner à sa vie quotidienne. Ni match retour (4) ni célébrité passagère (les médias qui couvrent l’événement) ne l’intéressent : la seule chose qui lui importe quand tout est – enfin – fini, c’est de retrouver Adrian, d’où ces appels désespérés devenus eux aussi « cultes », et qui vont au-delà de l’anecdote (5) : Rocky va enfin avoir la vie normale qu’il recherche.

 

  1. C’est bien connu, le monde se divise en deux catégories : « ceux qui ont réussi et ceux qui ne sont rien. » Personnellement, je préfère sans hésiter la distinction entre « ceux qui ont un flingue et ceux qui creusent. »
  2. « L’Etalon italien ». A noter qu’étalon se dit « stallone » en italien… Puisque je vous dis que c’est du sur mesure !
  3. Ni sexe non plus, d’ailleurs…
  4. Mais si, il y en aura un !
  5. La première diffusion à la télévision française nous permit d’entendre à longueur de récréation des adolescents plus ou moins boutonneux – et surtout plus ou moins distingués – hurler le prénom de la fiancée de Rocky. La première fois faisait sourire. La millième fois beaucoup moins.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Claude Miller
Garde à Vue (Claude Miller, 1981)

Rencontres au sommet.

Rencontre entre un inspecteur de police et un notable.

Rencontre entre deux immenses acteurs.

Rencontre avec Romy.

 

Nous sommes le 31 décembre, et pendant que le commissaire divisionnaire (Jean-Claude Penchenat) reçoit le gratin de Cherbourg, l’inspecteur Gallien (Lino Ventura) reçoit pour sa part maître Martinaud (Michel Serrault) en compagnie de son adjoint Belmont (Guy Marchand).
A première vue pour préciser son témoignage à propos de la découverte sans vie du corps d’une petite fille de huit ans, étranglée et violée par un tueur en série.

Mais les réponses de Martinaud, trop évasives vont lui valoir une prolongation de son interrogatoire : il est placé en garde à vue.

 

La garde à vue est un vestige d’une pratique médiévale aux résultats redoutables : l’Inquisition, celle qu’on appelle aussi « sainte ». Et pourtant, de sainte, elle n’en a que le nom, au vu des crimes commis en son nom.

Certes, la question n’a plus la même force qu’autrefois, la torture physique ayant été officiellement bannie des commissariats, mais comme le démontre Belmont, certaines pratiques ont la vie dure.

Et Martinaud a droit à sa période de tabassage en règle, derrière un écran bienvenu, cela va de soi.

Et si la violence est (à peu près ?) sortie des établissements de police, la torture morale y est restée qui, ajoutée au confinement réglementaire, pousse même les plus innocents à avouer. Avouer quoi ? N’importe quoi, plutôt que tout se termine.

Et encore, le film se passant en 1981 (environ), les conditions étaient moins souples que maintenant.

 

Mais revenons à nos moutons.

D’un côté, nous avons un fonctionnaire qui fait son travail, même si sa pratique n’est pas des plus glorieuses. De l’autre, nous avons un homme établi, à la richesse avérée et qui a pour objectif de sauver sa peau, la peine de mort ayant été abolie peu de temps après la sortie du film (1).

Mais cet affrontement, c’est avant tout une forme de lutte de classes : Martinaud, du fait des fortes présomptions qui pèsent sur lui n’est plus « maître », il est un suspect comme les autres, voire presque condamné.

Mais il se défend, avec ce qu’il connaît le mieux : le langage. Il parle – c’est ce qu’on attend de lui avant tout – mais sans se livrer, répondant à cet inspecteur qui remet sans cesse les mêmes éléments sur la table (2).

 

C’est une lutte sans merci où le plus fort gagnera, le temps étant le facteur décisif – la GAV pouvait alors durer 48 heures. Mais si le temps joue en faveur du policier, si aucun résultat ne se fait jour, le suspect ne l’est plus et sort libre.

Bien sûr, de cet affrontement, c’est Michel Serrault qui sort le grand vainqueur : Serrault avait l’immense talent de pouvoir faire rire et émouvoir. Ici, il réussit les deux, ayant de belles sorties – il faut que les dialogues sont d’Audiard, e qui aide un peu – mais surtout un jeu d’une grande sobriété qui tranche avec les rôles qu’on lui connaissait, celui de Zaza (La Cage aux folles) « tant le pus emblématique.

 

Dernière rencontre, dernier affrontement, et pas des moindres : Romy.

Romy Schneider était une actrice magnifique, aucun doute là-dessus. Ici, encore une fois, elle est superbe, interprétant la femme de Martinaud, ce notable pas si respectable que ça.

Il s’agit malheureusement de son avant-dernier film, et on peut s’émouvoir de la prémonition de son rôle.

Quoi qu’il en soit, c’est une femme désespérée qui rencontre Gallien, prête à tout pour ne plus rencontrer son mari.

 

Et Ventura dans tout ça ?

Comme d’habitude, il est impeccable. Mais surtout, son jeu subtil et sobre laisse la place aux deux autres interprètes pour donner le meilleur d’eux-mêmes.

Et si son nom est le premier au générique, il ne faut pas s’y tromper : ce n’est pas Gallien le centre d’intérêt. Mais c'est aussi à cela qu’on reconnaît un grand acteur : il sait s’effacer pour laisser la place aux autres, ce que fait Ventura avec beaucoup de talent.

 

Bref, un grand huis clos, servi par des interprètes de haut niveau.

Incontournable.

 

  1. Quinze jours : le film est sorti le 23 septembre et la loi fut promulguée le 8 octobre.
  2. Le roman dont est adapté le film s’intitule A Table ! (Brainwash - John Wainwright, 1979).

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Michael Cimino
L'Année du dragon (Year of the Dragon - Michael Cimino, 1985)

 

Bien sûr, c’est un dragon qui ouvre le film. Un de ceux qu’on peut admirer lors du nouvel an chinois, période de fête mais aussi – comme en nos carnavals d’antan – une période propice aux règlements de compte.

C’est ce qui arrive à Jackie Wong (Min C. Lee), chef d’une triade puissante dans le Chinatown new-yorkais.

C’est Stanley « White » Wizinski (Mickey Rourke) qui est en charge de ce crime, l’obligeant à affronter les autres chefs de la triade.

Mais comme  Stanley est le flic le plus décoré de New York, ce n’est pas un problème pour lui. Au contraire, il a l’intention de semer une immense pagaille dans le quartier.

Mais si White est un flic hors norme et hors pair, il n’en va pas de même dans sa vie personnelle : son mariage se délite, sa femme Connie (Caroline Kava) passant bien après son boulot.

 

Encore une fois, la critique fut partagée à la sortie du film – ce qui arrivé souvent à Michael Cimino – et c’est bien dommage, parce qu’on y retrouve le même talent qui transpirait dans ses films précédents. Cela faisait cinq ans qu’on ne l’avait pas vu sur les écrans, La Porte du Paradis, échec injuste, l’ayant tenu loin des studios.

Alors on peut se dire, en voyant le film, que Cimino est revenu à des prétentions plus consensuelles, l’histoire de ce flic qui réussit plus sa vie professionnelle que personnelle étant plus fréquente dans la production hollywoodienne (1).

Mais à cette histoire somme toute banale s’ajoute un aspect un tantinet plus complexe dû à la présence aux côtés de Cimino pour l’écriture du scénario de rien de moins qu’Oliver Stone : le Vietnam.

 

Parce que Stanley White est un ancien du Vietnam, traumatisé lui aussi par cette expérience terrible qui a laissé des traces dans sa vie. Et le fait d’être envoyé à Chinatown ne va pas l’aider.

Parce qu’il faut le dire tout de suite : White est raciste. Il est revenu du conflit mais avec la haine de ses vainqueurs, armée invisible et très nombreuse qui réussit à mettre en échec les soldats de l’Oncle Sam.

Pour White, tous les asiatiques se ressemblent, et les Chinois, de par leur couleur de peau sont rapidement assimilés aux Vietnamiens (2).

Le combat contre la triade et ses chefs devient l’occasion pour White de prendre sa revanche de cette guerre perdue.

 

A cela s’ajoute un personnage essentiel : Tracy Tzu (Ariane) née d’un père chinois et d’une mère japonaise. C’est une journaliste qui suit ce qu’il se passe à Chinatown pour une chaîne de télévision. Rapidement, elle va entrer en contact avec Stanley et inévitablement une histoire d’amour va se créer, amenant une situation paradoxale pour ce flic raciste.

Mais nous sommes dans un film américain, et on peut alors espérer une éventuelle rédemption pour ce personnage trouble.

Ce n’est pas à proprement ce qu’il va lui arriver, mais malgré tout on notera un changement dans l’attitude de White tout au long du film.

Malheureusement, sa dernière réplique fut censurée et remplacée par l’actuelle, les studios trouvant l’originale trop politiquement incorrecte.

Incorrecte, peut-être, mais complètement en rapport avec ce personnage malgré tout sympathique : « Je suppose que si vous faites la guerre trop longtemps, vous finissez par vous marier avec l’ennemi. » (3)

 

Question interprétation, Mickey Rourke est au fait de sa popularité, son physique lui permettant encore de jouer les jeunes premiers (il a 33 ans) et il est très convaincant dans ce rôle de flic à demi raté.

A ses côtés, la belle Ariane fait plus que de la figuration, campant cette jeune femme qui est arrivée essentiellement par son talent et sa volonté. Et comme toujours, c’est du côté des méchants qu’il faut se tourner pour prendre la mesure d’un film : John Lone (Joey Tai) est impeccable dans ce rôle d’infâme très habile.

Joey Tai est un méchant distingué dans ses manières et son apparence, mais d’une redoutable efficacité : il tue sans hésiter celui qui se met en travers de son chemin  ou représente une menace à ses affaires. Un vrai méchant quoi !

 

Je terminerai en disant qu’on retrouve une nouvelle fois une forme de solitude qu touche le héros de ce film comme avant ceux des autres films de Cimino.

Ce n’est pas vraiment de l’égoïsme comme le croit Connie, mais le Vietnam est toujours présent dans la tête de White, l’empêchant réellement d’avancer. Ce n’est que quand il aura défait la triade et son redoutable chef qu’il pourra enfin reprendre une vie normale (4).

Mais là encore, à quel prix.

 

PS : l’année du dragon se produisant tous les douze ans (comme pour les autres signes astrologiques chinois), on peut dater l’intrigue à 1976-77. En effet, Stanley est un vétéran du Vietnam qui se termina en 1974 et l’année du dragon précédente étant 1964-65. La suivante fut donc 1988-89.

 

  1. On en trouve avec Clint Eastwood en vedette…
  2. Autre raison de cet amalgame : la Chine fut un allié de poids pour Ho Chi Minh et le Vietcong.
  3. « Well, I guess if you fight a war long enough, you end up marrying the enemy. »
  4. C’est ça, sa « rédemption ».

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Danny Boyle, #Robert Carlyle
Trainspotting (Danny Boyle, 1996)

Pour un vieil angliciste comme moi, le terme Trainspotting me renvoie directement aux Monty Python – encore eux ! – et leur sketch qui voyait John Cleese interviewer Eric Idle qui faisait de l’observation de chameaux – en Angleterre – mais qui en fin de compte avait plutôt observé des trains, espèce plus fréquente au Royaume-Uni.

Mais ne nous y trompons pas, le « trainspotting » dont parle le titre n’est que le titre du roman d’Irvine Welsh dont il est issu.

Quant à un quelconque train, il ne faut pas compter en voir ici, le thème le plus important étant l’héroïne et surtout son addiction.

[Le terme Trainspotting vient du fait que les lieux privilégiés d’échanges (argent contre drogue) se faisaient principalement sur les quais de gare.]

 

Mark « Rents » Renton (Ewan McGregor) est un junkie qui traîne avec une bande de copains presque aussi défoncés que lui : Spud (Ewen Bremner), Sick Boy (John Lee Miller), Tommy (Kevin McKidd) et Begbie (Robert Carlyle).

Et cette dépendance – forte – l’héroïne n’empêche bien évidemment pas les abus qui vont avec comme la délinquance, ni les périodes de sevrage plus ou moins volontaire.

 

Il est bien évident que l’intrigue – minimaliste – importe beaucoup moins que les comportements des différents protagonistes : c’est plus une chronique qu’une narration habituelle qui nous est ici proposée, le temps n’étant que distorsion, surtout dans les esprits plus ou moins ravagés – dont celui de Rents qui est le narrateur – des différents personnages.

Et d’une certaine façon, on peut déceler quelques similitudes avec le personnage d’Alex Delarge (Malcolm McDowell) dans Orange mécanique (1).

En effet, Alex est un drogué de violence (2), qui amènera la même déchéance et le conduira en prison, ce qu’évite de justesse Rents ici.


Et Danny Boyle, dont c’est le deuxième film, ne nous épargne aucun détail de ce qu’est une vie de drogué.

Il reprend d’ailleurs ici Ewan McGregor qu’il avait dirigé dans sa première réalisation : Petits Meurtres entre amis (3). Et McGregor est un Rents formidable, superbe interprète de ce jeune homme ravagé par la drogue et qui passe d’un état à l’autre ave beaucoup de conviction. Ce fut d’ailleurs le film qui lança véritablement l’acteur.

En plus des différents trips de Rents, nous avons droit à une séquence – inévitable – de sevrage avec angoisse à la clé : c’est magnifique et à mon avis peu éloigné de certaines réactions au sevrage. La pièce prend des dimensions terrifiantes et l’apparition de Dawn (Lauren & Devon Lamb), le bébé d’Allison (Susan Vidler) accentue l’effroi de Rents et donne à cette séquence une dimension surréaliste là encore inévitable.

 

Bref, c’est avec un film comme Trainspotting – plus que Petits Meurtres entre amis – que Danny Boyle va s’imposer comme un réalisateur anglais d’importance, participant grandement au renouveau du cinéma anglais qui prendra son véritable essor dans la décennie suivante.

A voir.

 

PS : Je reviens au Monty Python et leur Camel/train Spotting. Une courte séquence nous montre Rents et Sick Boy faisant de l’observation avec jumelles. Mais à la différence d’Eric Idle, ils ont une carabine à plombs qu’ils utilisent pour toucher l’arrière-train (eh oui !) d’un chien, qui va se ruer sur son propriétaire du fait de l’énervement provoqué par la douleur.

 

PPS : Bien sûr, Lou Reed apparaît dans la bande originale du film. Mais ce n’est pas avec Heroin, c’eût été trop facile…

 

  1. La fin du film (dernière intervention de Rents au public) n’est pas sans rappeler la fin du livre de Burgess, différente du film de Kubrick et qui amena une brouille entre les deux créateurs.
  2.  Il prend d’ailleurs lui-même de l’héroïne avant d’écouter le 2nd mouvement de la 9ème de Beethoven.
  3. Et aussi Keith Allen dans le rôle du dealer.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Sam Peckinpah
Pat Garrett & Billy the Kid (Sam Peckinpah, 1973)

 

Alors que le western continue son lent crépuscule (1), Sam Peckinpah nous propose ici son dernier (le sixième), s’attaquant à l’une des plus grandes légendes de l’Ouest : Billy the Kid (Kris Kistofferson).

Peckinpah qui a vu la version de son aîné (de trois ans) Arthur Penn, reprend l’histoire de la fin de Billy the Kid un tout petit peu avant sa capture par Pat Garrett (James Coburn), après un court siège meurtrier de son repère.

Mais qu’on ne s’y trompe pas : c’est bien Pat Garrett qui nous intéresse ici, Billy devenant alors une espèce de chimère qu’il va poursuivre pendant tout le film jusqu’à l’affrontement final et définitif. Le film s’ouvre d’ailleurs par la mort de Garrett, exécuté par un de ses métayers (et ses amis), Peckinpah utilisant un montage parallèle pour nous replonger dans les derniers mois de la vie du Kid, faisant finalement basculer le temps du récit de 1909 (1) à 1881, quelques semaines avant le 14 juillet.

La période entre la capture et l’évasion de Billy est d’ailleurs assez similaire de par les personnages et les situations, et en particulier la mort de Howland (Jack Dodson) abattu par Billy d’un coup de carabine alors que ce dernier est à un balcon.

 

Mais à la différence du film de Penn, celui de Peckinpah jouit d’une liberté de ton et d’action, et surtout d’une exposition de violence fort spectaculaire.

A nouveau, Peckinpah nous gratifie de morts sanglantes au ralenti, une de ses marques de fabrique (2).

Certes, cela ajoute dans le spectaculaire, mais à la longue, c’est un tantinet lassant, cette technique devenant systématique à chaque mort, alors qu’une moindre fréquence aurait permis une gradation dans les différentes morts, selon l’importance du tué.

 

Quoi qu’il en soit, il s’agit d’une version on ne peut plus réaliste, par rapport à celles dont j’ai pu disserter ici, et la présence de James Coburn incarnant le shérif Garrett est un plus, quand on connaît les autres rôles que fit ce grand acteur dans d’autres westerns, dont surtout Britt dans The magnificent Seven.  Ce rôle lui conférant un recul qu’on va retrouver dans ces interprétations ultérieures qu’on va en partie retrouver ici.

Et cette fois-ci, Billy the Kid n’est pas présenté comme une victime des circonstances mais bel et bien pour ce qu’il est : un criminel.

Ce n’est pas un personnage qu’on peut aisément classer d’un côté des bons ou presque. La première fois qu’on le voit, il participe à un entraînement de tir au pistolet : atteindre des têtes de poulets vivants enterrés. Outre et exercice des plus cruels, son duel avec Alamosa Bill (Jack Elam, incontournable second rôle du western) ne brille pas par sa régularité, même si Bill non plus n’était pas un personnage franchement honnête.

 

Mais à la différence d’un western traditionnel, Pat Garrett n’est pas non plus le héros sans tache qu’on avait (un peu) l’habitude de voir (moins chez Penn que chez Hughes) : pas de costume blanc (Garrett/Denher) ni de costume noir (Billy/Newman). Pat Garrett est un ancien bandit et son élection de shérif est surtout due à Chisum (Barry Sullivan), le grand propriétaire qui embaucha Billy autrefois : il n’y a pas vraiment chez lui cette fibre légale qu’on pourrait retrouver même chez Wyatt Earp.

La traque devient alors question d’intérêt pour Chisum, ce que refuse Garrett malgré tout, faisant de tout cela une affaire personnelle.

Et Peckinpah donne une nouvelle raison pour laquelle Garrett ne toucha pas la récompense pour la mort de Billy the Kid, là aussi beaucoup plus réaliste que Hughes.

 

Notons pour finir que Peckinpah eut les mêmes ennuis que Penn une fois le film terminé : les studios Warner Bros sortant une version qui n’était pas vraiment celle voulue par le réalisateur. Il faudra attendre 15 ans (1988) pour que la version « standard » sorte en vidéo. La version 2005 (celle que je possède) reprend ce montage plus adéquat.

 

PS : La présence ET la musique de Bob Dylan (Alias) qui réalisé la BO, dont l’incontournable hit Knocking on Heaven’s Door. Les paroles d’ouverture de la chanson prennent tout leur sel quand elles s’entendent alors que le shérif Cullen Baker (Slim Pickens) s’écarte pour mourir sous les yeux tristes de sa compagne (Katy Jurado) :

« Mama, take this badge off of me / Maman enlève-moi ce badge

I can't use it anymore / Je ne peux plus le porter

It's getting dark, too dark to see / Il fait beaucoup trop noir pour voir

I'm feelin' like I'm knocking on Heaven's door / J’ai l’impression de frapper à la porte du Paradis. »

 

  1. 1908 serait plus juste, année de la mort de Garrett. Mais on ne peut pas toujours avoir raison…
  2. Je plaisante : western et cinéma sont si intimement liés, qu’on n’imagine plus l’un sans l’autre.
  3. Voir à ce propos Salad Days, un faux extrait de film de Peckinpah par les Monty Python. Un régal.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Arthur Penn
Le Gaucher (The left handed Gun - Arthur Penn, 1958)

14 juillet 1881.

Ce jour-là, Billy the Kid (Paul Newman) est abattu par Pat Garrett (John Dehner), alors shérif de Lincoln.

Avant, c’est l’histoire d’un jeune homme qui ne prit pas toujours les bonnes décisions, même si elles paraissaient tout de même fort judicieuses, tout du moins de son point de vue.

Tout commence dans l’Ouest sauvage, quand le jeune Billy rencontre le convoi de Mr Tunstall (Colin Keith-Johnston). Tout de suite, le courant passe très bien entre les deux hommes.

Alors quand Tunstall est tué par le shérif Brady et trois autres hommes, Billy n’a plus qu’une raison de vivre : venger cet homme bon, victime d’un assassinat.

 

Il s’agit ici de la sixième adaptation de la vie (et surtout la mort) de Billy the Kid. C’est aussi la troisième notable – après celle de Vidor et celle de Hughes – mais c’est surtout le premier film d’Arthur Penn en tant que réalisateur, et qui, malheureusement pour lui, devra patienter quatre ans de plus avant de pouvoir à nouveau réaliser un film.

Le Gaucher, c’est aussi le film qui fait entrer Paul Newman dans la légende (de l’Ouest et du cinéma), réalisant ici une belle performance dans ce rôle de hors-la-loi (à nouveau) malgré lui.

Mais à la différence du film de Hughes, ici Penn utilise de véritables éléments de la fin de la vie de Billy. Sans toutefois oublier d’enjoliver des éléments et d’en modifier pour les besoins du film.

 

Toujours est-il que Paul Newman donne une autre épaisseur à ce personnage fascinant qu’était le Kid, fascinant dans le crime du fait essentiellement de sa jeunesse (1). Nous sommes bien loin du Billy interprété par Jack Buetel, Newman donnant une impression de jeunesse et d’insouciance qui manquait à son prédécesseur.

De plus, cet aspect enfantin est accentué par les yeux clairs du grand Paul (2), qui en outre permettent un grand jeu de regards.

A ses côtés, ou en face, cela dépend du moment du film, on trouve John Denher dans le rôle de Pat Garrett. C’est un homme plus trouble que celui interprété par Thomas Mitchell, et aussi beaucoup plus dangereux (3). Denher campe un Garrett certainement plus proche de la réalité que ne le fut Mitchell.

Et on retrouve le lien qui l’unit à Billy, mais à nouveau d’une autre façon : Pat Garrett devient shérif une fois que Billy est allé trop loin. Avant ils se côtoient et s’apprécient, chacun s’occupant de ses propres affaires.

 

Bref, c’est une nouvelle adaptation beaucoup plus intéressante que celle de Hughes, avec des situations beaucoup plus réalistes et des éléments d’authenticité qui aident l’intrigue : malheureusement, ce fut un échec commercial. Echec qui peut s’expliquer par le fait que Gore Vidal était franchement déçu par le scénario que fit de sa pièce Leslie Stevens, mais surtout parce que Penn n’eut aucun accès au film à partir du moment où le tournage fut terminé : la fin qui nous est proposée n’est pas obligatoirement celle qu’il aurait voulue. De plus, Billy, s’il tue des hommes ici, n’est pas montré comme un criminel, mais plutôt comme une victime dans une quête pour la justice – la sienne, qui n’est pas obligatoirement une référence.

 

Il n’empêche, plus de soixante ans après, Paul Newman reste l’un des plus grands Billy the Kid du cinéma, réussissant de par son jeu à retrouver la jeunesse de Billy et jouant des contradictions de l’adolescence : son arrivée à Lincoln où il écoute de la musique en jouant avec un balai en est une très belle illustration. Une de ses colères va aussi dans le sens que Billy n’était pas toujours bien dans sa tête : mais comment peut-on l’être avec un tel pedigree ?

A voir, donc. Oh oui !

 

  1. Billy a 21 ans quand il est tué.
  2. Qui avait 33 ans quand le film est sorti, alors que Billy était supposé n’en avoir que 18. Quoi qu’il en soit, ça passe très bien !
  3. Cette impression tient aussi au passé d’acteur de Thomas Mitchell, qui eut aussi pas mal de rôles un tantinet plus léger.

 

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