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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

douglas fairbanks

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Comédie, #Victor Fleming, #Douglas Fairbanks
Cauchemars & Superstition (When the Clouds roll by - Victor Fleming, 1919)

Le docteur Metz (Herbert Grimwood) est un scientifique bien singulier. En effet, il a décidé, au nom de la science, de faire mourir un homme en l'acculant au suicide. Cet homme, c'est Daniel Boone Brown (Douglas Fairbanks). Ce dernier n'est certes pas un homme irréprochable, mais il ne mérite tout de même pas de mourir. Surtout de désespoir. Mais rien n'y fait, les malheurs s'accumulent au-dessus de sa tête. Il faut dire qu'il est très superstitieux et que le docteur en use voire abuse !

Pourtant, au milieu des nuages noirs qui s'amoncellent, Daniel Brown est près de toucher au bonheur : il a même rencontré Lucette Bancroft (Kathleen Clifford), aussi superstitieuse que lui et surtout très attirée par ce jeune homme athlétique et séduisant.

Mais le docteur Metz veille au grain et organise tout pour nuire à son « patient ».

 

Avec ce film, Victor Fleming gravit l'ultime échelon de sa carrière: il devient cinéaste. En effet, il s'agit de son premier film en tant que réalisateur, et pour une première, c'(est une belle réussite. Il faut dire que la présence de Douglas Fairbanks y est pour quelque chose. En effet, l'acteur est ici aussi à l'origine du scénario de TJG (Thomas J. Geraghty), fournissant l'idée de l'intrigue. Intrigue sur mesure, cela va de soi.

Et Fairbanks fait ce pour quoi il excelle : il douglasfairbankse joyeusement (nous sommes dans une comédie). Il bondit et se livre à moult exploits acrobatiques et athlétiques pour notre plus grand plaisir, dont un exploit qui ne sera réédité que 32 ans plus tard par Fred Astaire (Royal Wedding, 1951) : il marche sur les quatre plans d’une pièce !

Certes, c’est un rêve, mais il passe tout de même du sol au mur, puis du mur au plafond, avant de rejoindre l’autre mur et de retourner sur le sol. C’est absolument époustouflant, et cela ajoute à la couleur farfelue du film. Les rêves sont aussi une occasion d’utiliser de nombreuses techniques d’effets spéciaux avec en prime la présence de Bull Montana et son physique lui aussi particulier.

 

Mais si le film fonctionne aussi bien, c’est avant tout parce que les différents personnages sont aussi bien interprétés que définis. Si Fairbanks se taille la part du lion (normal !) les autres interprètes campent des personnes très stéréotypés (la jeune femme vertueuse, l’oncle irascible…) mais indispensable au fonctionnement de l’intrigue.

Et surtout, Fleming – grâce au travail de TJG – utilise trois types de méchant patentés :

-          Curtis Brown (Ralph Lewis), l’oncle irascible qui traite son neveu comme un moins que rien (il faut dire aussi que l’attitude de ce même neveu – toujours en retard – n’est pas spécialement susceptible de le rassurer) ;

-          Ulrich Metz : ce docteur particulier est on ne peut plus dangereux pour Daniel, mais heureusement pour ce dernier, une pirouette du scénario va l’éloigner de sa victime ;

-          Mark Drake (Frank Campeau) est celui qu’on peut considérer comme le véritable méchant de l’intrigue : fourbe et retors, dénué de scrupule et opportuniste, il possède toutes les qualités requises pour endosser le rôle de l’ignoble, chose qu’il réussit à merveille.

Bref, tous les ingrédients sont là pour nous faire apprécier le film, avec en prime une catastrophe (presque) naturelle : un barrage qui rompt, entraînant des scènes tragiques attendues, bien que tout de suite traitées sur le ton de la comédie, dédramatisant complètement la situation.

Sans oublier la fin heureuse, indispensable.

 

A trente ans, Victor Fleming fait une entrée remarquée dans le monde de la réalisation. Malheureusement, cela ne durera que trente ans...

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Lloyd Ingraham, #Douglas Fairbanks
Parvenus américains (American Aristocracy (Lloyd Ingraham, 1916)

Bienvenue à Narraport-by-the-Sea, charmante localité balnéaire (imaginaire), où les riches se retrouvent pour parler affaires, comparer leurs fortunes et surtout s’ennuyer.

C’est le cas de la jeune (et belle) Geraldine Hicks (Jewel Carmen), fille de Leander (C.A. de Lima), roi de l’épingle à chapeau (1). Elle s’ennuie tellement qu’elle embrasserait le premier venu ! Et le premier venu, c’est un entomologiste venu rechercher quelque spécimen rare : Cassius Lee.

Mais Cassius ne sait pas que c’est une plaisanterie. Et il tombe amoureux d’elle. Fatale erreur : un autre riche s’intéresse à elle, le roué Percy Horton (Albert Parker). Roué parce qu’il prépare des activités criminelles sous couvert d’une laiterie…

 

Si le titre original parle d’aristocratie américaine, il faut plutôt comprendre cela comme ploutocratie, américaine : ces aristocrates sont avant tout, comme le présente l’intertitre d’introduction, de gros industriels qui ont fait fortune avec des accessoires pas toujours indispensables, comme le vieux Hicks, ce que confirmera la toute dernière séquence…

Il est clair que ces riches Américains se conduisent comme des aristocrates, se mêlant seulement entre eux et refusant ceux qui ne leur ressemblent pas. Et cela va aussi pour les nouveaux riches – les parvenus du titre français ? – qu’ils regardent de haut. On a une très belle illustration de cette différence (voire différenciation) avec la femme qui arrive de Milwaukee (Wisconsin) : son mari est dans la bière et a fait fortune grâce à sa « brasserie » ; les autres, qui sont aussi dans l’alcool, « distillent »…

 

Alors : une jeune fille/femme qui s’ennuie dans son milieu très huppé, une « provinciale » parvenue qu’on bat froid parce qu’inférieure, un jeune homme qui va apporter de la joie et de l’excitation, ça ne vous rappelle rien ?

Oui, quatre-vingts ans avant James Cameron, Lloyd Ingraham dresse un portrait peu flatteur de ces « aristocrates » qui s’ennuient et surtout nous ennuient. Mais Ingraham a choisi la comédie – dramatique, tout de même – pour les fustiger, et surtout, la présence de Douglas Fairbanks va beaucoup compter pour faire évoluer les choses.

Certes, Cassius n’est pas un pauvre, même s’il connaît un revers de fortune : il a un serviteur – noir, il arrive de Virginie – et son occupation n’est pas spécialement considérée (par les intertitres) comme un véritable métier.

 

Et comme Fairbanks est là, c’est aussi une nouvelle occasion pour l’acteur de nous montrer sa forme physique. C’est donc un entomologiste bien singulier qui nous est proposé puisqu’il ne recule devant rien pour attraper sa proie : saut, roulade, escalade d’arbre… Tout est prétexte à bondir, pour notre (enfin, mon) plus grand plaisir. Même sa façon de s’asseoir sur un banc est acrobatique.

Et encore une fois, Fairbanks va au-delà des préjugés de son époque.

En effet, son serviteur est noir mais il y a un lien très fort qui les unit : Cassius n’hésite pas à le prendre dans ses bras, voire à l’embrasser sur les joues.

 

Mais, malgré tout, le racisme reste présent. Si Percy Horton est le méchant patenté de cette histoire, il est tout de même accompagné par un homme présenté comme un « dark-skinned foreigner », un étranger à la peau foncée, dont les idées sont en totale accord avec sa couleur.

Encore une fois, c’est le « mal blanchi » qui est le méchant, et ici, c’est le Mexicain Delgado (Artie Ortego).

 

PS : les méchants de cette intrigue sont appelés flibustiers (« filibusters »). Et quelques années plus tard, Albert Parker tournera un vrai film de flibuste avec le même Douglas Fairbanks, qui bondira encore plus (et mieux !) : Le Pirate noir.

 

PPS : je suppose qu’il vous fait penser à la même personne que moi, à la fin, Fairbanks.

 

PPPS : Au fait,vous avez vu Douglas Fairbanks Jr. ? C’est lui qui amène le journal, au début !

 

  1. Comme le disent les intertitres, il a inventé un moyen de maintenir le chapeau sur la tête des dames, attaché à leurs cheveux : la bosse. Le moyen en lui-même sera montré pendant le bal.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #John Emerson, #Douglas Fairbanks
L'Ile du salut (Down to Earth - John Emerson, 1917)

Le duo Fairbanks-Emerson est de retour, et en pleine forme (normal, vu l’intrigue).

Ensemble, ils ont concocté ce petit film (71 minutes) où les spectateurs se sentent (presque) aussi bien que les interprètes.
Mais reprenons.

 

Bill Gaynor (Douglas Fairbanks) et Ethel Forsythe (Eileen Percy) se connaissent depuis l’enfance. Ils ont grandi ensemble, et bien sûr, se sont chamaillés plus d’une fois. Mais maintenant qu’ils sont adultes, Bill a bien compris qu’Ethel était la femme de sa vie, et il voudrait bien l’épouser. Mais Eileen est une orgueilleuse et les chamailleries continuelles l’ont dissuadée d’épouser Bill. Elle préfèrerait passer sa vie avec Charlie Riddle (Charles K. Gerrard), une longue vie mondaine de réceptions et de fêtes sans lendemain.

Pendant que Bill parcourt le monde pour oublier Ethel, elle a un avant-goût de cette existence riche et oisive. Mais cette vie est usante et Ethel craque : elle est internée à la clinique du docteur Jollyem (Gustav von Seiffertitz), au milieu d’autres pensionnaires un tantinet trop écoutés plutôt que soignés. Qu’importe, Bill revient et achète la clinique et ses patients : il les emmène en croisière mais ils se retrouvent naufragés sur une île déserte…

 

Situé juste après Wild & Woolly, ce film est à nouveau l’occasion de démontrer les qualités athlétiques de Douglas Fairbanks. Mais sans pour autant y retrouver son côté bondissant (1). Mais on comprend vite qui est dans le vrai entre Eileen qui se laisse aller, fume et boit pour tenter (mollement) de sortir de sa dépression et Bill qui enchaîne les prouesses (escalade de glacier, expédition dans la jungle)…

Aussi la prise en main des différents pensionnaires de la clinique (sanatorium) ne peut-elle que s’accomplir dans l’exercice. Et l’exercice est aussi pour le spectateur qui va muscler avec plaisir ses zygomatiques. Le traitement du « docteur » Gaynor est profitable pour les patients et ceux qui les regardent.

 

Ces patients, d’ailleurs, ne sont pas épargnés par le scénario qui en plus les affubles de patronymes en rapport avec leur (pseudo) affection : Fuller-Jermes (Ruth Allen) une hypocondriaque), A.D. Speptic (Herbert Standing) ou encore Gorden Jinny (Fred Goodwins). Sans oublier le chef premier du sanatorium, Jollyem qui pourrait se traduire par « Réjouis-les ».Et on sent que tout le monde s’amuse dans cette comédie, Fairbanks le premier. Il faut dire que son traitement de gymnastique appliqué à cette bande de « Ladies & Gentlemen » (comme ils se nomment eux-mêmes) a de quoi réjouir : c’est foutraque, c’est ridicule, c’est tout ce que vous voulez, mais surtout, c’est très drôle.


Bref, rien de très sérieux dans cela, si ce n’est l’amour de Bill pour Ethel. Parce que tout ça, c’était avant tout pour qu’ Ethel se rapproche de Bill. Et bien entendu, ça marche !

Que ne ferait-on pas par amour ?

 

  1. Il est tout de même grimpé à un grand arbre et s’y meut avec aisance. On est Douglas Fairbanks ou pas.
  2. Respectivement « Pleine de germes », « Dyspeptique » quant au troisième, on reconnaît une marque d'alcool de genièvre toujours d’actualité…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Alexander Korda, #Douglas Fairbanks
La Vie privée de Don Juan (The private Life of Don Juan - Alexander Korda, 1934)

Don Juan est de retour ! Et comme Don Juan, c’est Douglas Fairbanks, vous imaginez l’émoi suscité par ce retour inespéré pour les femmes de Séville et la crainte d’éventuelles cornes qui hantent les esprits de leurs maris.

C’est alors une succession d’ascension de balcons avec distribution de roses aux belles Sévillanes.

Seulement voilà : le vrai Don Juan (Douglas Fairbanks, donc) n’a pas passé la nuit à distribuer des fleurs. Il s’agit d’un admirateur-imitateur : Rodrigo (Barry MacKay).

Et comme Rodrigo n’est qu’une pâle copie du séducteur, il est tué dans un duel provoqué par un mari jaloux, don Alfredo (Gibson « McTeague » Gowland).

S’ensuivent évidemment des funérailles quasi nationales où les pleureuses sont légion, mais qui sont une bonne occasion pour le vrai Don Juan de s’éloigner et donc de « faire le mort ».

Mais l’éloignement lui pèse et il s’en retourne à Séville. Seulement voilà, Don Juan est mort, et qui va croire cet inconnu à l’âge un tantinet avancé qui se prétend être le défunt regretté ?

 

C’était un pari pour Douglas Fairbanks : revenir au premier plan. Malheureusement, ce pari risqué fut un échec et on ne revit plus jamais ce grand acteur au cinéma (1). Il s’éteignit même cinq ans plus tard, terrassé par une crise cardiaque. Il avait 56 ans.

On peut déceler une certaine analogie entre Fairbanks et ce personnage emblématique qu’il interprète. Depuis Le Masque de fer (1929), son dernier muet, il n’a tourné que trois fois, et son style bondissant n’est plus d’actualité : le parlant a remplacé l’action par des dialogues et sa voix n’est peut-être pas à la hauteur de son physique. En effet, on aurait imaginé une voix plus forte et plus profonde. Attention, il n’y a aucun problème avec, mais il y a tout de même un décalage avec ses personnages d’« avant ».

 

Mais la véritable analogie, c’est l’âge de l’artiste et de son personnage. Fairbanks a passé la cinquantaine et ce qui faisait son charme et son empreinte devient ici très accessoire : il ne bondit plus beaucoup et l’humour inhérent à ses personnages a presque totalement disparu. Fairbanks est vieux, et il le sait, engageant ce pari – osé – sur un personnage célèbre certes, mais vieillissant. Et la séquence qui illustre le mieux cette idée le voit en présence d’une jeune femme qui lui a donné rendez-vous. Pour qu’il passe un message à son amant, un homme beaucoup plus jeune que lui. Et elle lui explique qu’il pourrait être son père. Le baiser d’adieux qu’elle lui demande doit aussi être celui d’un père, et donc pas d’un amant fougueux…

 

Quant au retour de Don Juan  à Séville, il est aussi réussi que celui de Fairbanks au cinéma : un fiasco total dû aussi à la parution d’un livre posthume (2) racontant ses frasques supposées : La Vie privée de Don Juan. Ce livre décrit un jeune homme fougueux séducteur en diable et continuellement en mouvement (d’un balcon à l’autre…), bien loin de l’image qu’offre cet homme qui a vieilli et n’est plus que l’ombre de lui-même. Le public le refuse préférant la légende à la réalité.

C’est bien connu : « Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende. »

 

Un bel adieu (involontaire) au cinéma de celui qui fut l’un de ses plus grands acteurs.

 

  1. Enfin pas exactement : il apparaît dans Ali-Baba goes to Town (1937) de David Butler mais n’est pas crédité au générique.
  2. Qui donne son titre au film

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #John Emerson, #Douglas Fairbanks, #Erich von Stroheim
Amour et Publicité (His Picture in the papers - John Emerson, 1916)

Prindle est une marque de produits végétariens dont on dit beaucoup de bien. Dans les journaux végétariens.

Par contre, on ne parle pas de Pete Prindle (Douglas Fairbanks), le fils du magnat du même nom (Clarence Handyside). Et pour cause : ce rejeton est un jeune homme oisif, incapable et plus intéressé par la boxe que les affaires. Et surtout, le régime végétarien, il en a soupé !

Mais son avenir n’est pas brillant : s’il ne réussit pas à faire parler de lui (en bien) et avoir sa photo dans les journaux (1), il peut dire adieu à son héritage : le végétarisme est peut-être contraignant à son niveau, mais il paye bien !

Pete va donc tout tenter pour se distinguer. Et bien sûr, il va y arriver.

 

Si l’intrigue est convenue et de temps un temps un tantinet brouillonne, le film n’en demeure pas moins un repère dans la filmographie de Douglas Fairbanks. C’est alors seulement son troisième film en vedette, mais c’est surtout sa première collaboration avec John  Emerson avec qui il tournera six autres longs métrages en deux ans qui le mèneront, avec l’aide aussi d’Allan Dwan au premier plan du cinéma américain. La légende de Douglas Fairbanks se met en place, mêlant comédie et prouesses athlétiques pour le plus grand bonheur des spectateurs.

 

Ici, à nouveau il est un homme de la haute bourgeoisie, un de ces jeunes oisifs qui ne savent pas trop quoi faire pour se dérider. Mais il est surtout le fils (indigne) du roi du végétarisme : dès qu’il le peut, il s’en va déguster d’immenses steaks !

Cette opposition paternelle est un des thèmes du film et s’exprime par une conduite à l’opposé des valeurs prônées par le vieil homme. Dans le même temps, on découvre Christine Cadwalader (Loretta Blake) dont le père (Charles Butler) est un autre farouche végétarien, associé de Prindle. Christine, tout comme Pete a une légère tendance à rejeter le régime alimentaire paternel et préfère, au fiancé mièvre (Homer Hunt) et végétarien que son père lui a choisi, le même Pete avec qui elle s’offre quelques repas pantagruéliques et surtout bien fournis en viande.

Mais nous retrouvons la même équation : pour épouser Christine, Pete doit devenir l’héritier indiscutable de son opère, et donc avoir sa photo dans les journaux !

 

Douglas Fairbanks est donc en train de monter (et pas seulement à la façade de la maison de Christine) et on commence à trouver ce qui fera sa marque de fabrique : un personnage athlétique de la bonne société, plein de ressources qui est entraîné dans des aventures rocambolesques avec une histoire d’amour (vrai) qui se termine bien. Ici, outre les végétariens décrits ci-dessus, on trouve une bande de hors-la-loi, les bien nommés Weazels (2) dont un élément est un jeune acteur et futur immense réalisateur : Eric von Stroheim. On appréciera son personnage « différent » : il est borgne.

Bien entendu, on s’amuse autant que Douglas à suivre les pérégrinations de ce jeune homme un brin truqueur qui essaie par tous les moyens de faire parler de lui et on se dit que de tout temps, ce genre de personnage a existé.

 

Mais on se dit aussi que ce film aurait beaucoup de mal à être tourné aujourd’hui. En effet, les végétariens ne sont pas à la fête dans le film, en témoigne le personnage de Melville (le « fiancé » de Christine), qualifié de cinglé (« nut »), tout comme son hypothétique futur beau-père.

De la même façon, il faut voir ce que pense des produits Prindle le fils héritier pour comprendre que ce mode alimentaire n’a pas le vent en poupe à cette époque.

C’était un temps où on se riait de tout et de tous, mais pas toujours avec la main heureuse.

Quoi qu’il en soit, le film reste très plaisant et Fairbanks est irrésistible (même Christine se laisse prendre) et on passera sur les maladresses de l’intrigue et certains de ses raccourcis un peu limites : ça foisonne un peu trop pour les 62 minutes (seulement) que dure le film.

 

  1. Le titre original.
  2. Le mot « weasel » désigne habituellement la fouine, la belette ou tout autre personnage sournois

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #John Emerson, #Douglas Fairbanks
Douglas dans la Lune (Reaching for the Moon - John Emerson, 1917)

« Douglas dans la Lune ».

Vous imaginez bien ma déprime quand j’ai découvert le titre français de ce film de John Emerson, Reaching for the Moon (1).

Surtout qu’une séquence (brève) d’introduction nous montre Douglas Fairbanks sur un escabeau tenant d’attraper l’astre nocturne.

Je ne sais pas qui a dit pour la première fois Traduction=Trahison, mais il devait connaître les traducteurs du cinéma français…

 

Quoi qu’il en soit, nous retrouvons Douglas Fairbanks dans une comédie un tantinet absurde (comme d’habitude, j’aurais tendance à dire…), où il est Alexis César Napoléon Brown (2), fils d’une femme morte en couche qui avait quitté la Vulgarie (« Vulgaria » en VO), le laissant avec ses trois prénoms prestigieux (3).

Alexis travaille chez Mr. Bingham (Richard Cummings) qui fabrique des boutons. Mais cet emploi ne le satisfait pas : il aspire à de grandes choses.

Alors quand le premier ministre de Vulgarie, Sergius Badinoff (Eugene Ormonde) lui propose le trône vacant du pays, Alexis saisit sa chance et part pour cet état lointain.

Bien sûr, cet état n’est rien d’autre qu’un pays d’opérette où  les méchants sont facilement identifiables, et en particulier leur chef, Boris le Noir (Frank Campeau), qui ne rêve que d’une chose : la couronne pour lui, et ce malgré ses sollicitudes fausses.

 

Douglas Fairbanks, ici, est encore dans la construction de son personnage : ça ne bondit pas encore beaucoup, même si ça brette un peu.

Il est avant tout un idéaliste rêveur qui n’a besoin que d’une chose : garder les pieds sur terre. Mais on retrouve déjà la fougue qui ne le quittera plus. John Emerson est lui aussi au début d’une carrière prolixe (7 films) avec la future star, et comme avec Christy Cabanne ou encore Allan Dwan, on sent que le courant passe bien entre les deux hommes.

 

Evidemment, le scénario de John Emerson et Anita Loos – sur une histoire de Joseph Henabery (on est vraiment bien entouré !)– n’est absolument pas réaliste. Mais cela tombe bien : nous sommes au cinéma.

On retrouve la tendance à l’exotisme des années 1910s qui déplace cette intrigue dans un pays méditerranéen qui n’est pas sans rappeler Venise du fait de son canal. De plus, les personnages stéréotypés amènent un aspect comique indispensable dans ce genre d’intrigue : à peine débarqué dans cet état, Alexis devient la cible de conspirateurs qui, heureusement, sont très maladroits : il se fait tirer dessus sans discontinuer, et sans jamais être touché ; agressé dans les souterrains, il se défait aisément de ses adversaires…

Sans oublier un décalage là aussi inévitable entre la fonction et l’homme : Alexis, malgré ses racines, est avant tout américain et règle ses problèmes à l’Américaine, bousculant alors l’étiquette, comme dans la scène du bal et surtout son after party.

 

Cette séquence est l’occasion d’un autre moment comique : l’arrivée de la princesse Valentina (malheureusement, je ne sais pas qui l’interprète).

Promise dès la naissance au futur roi, elle se découvre lors d’un bal en son honneur. Emerson joue jusqu’au bout sur l’anonymat de cette princesse, retardant le plus possible son apparition.

Et l’effet est là : elle apparaît accompagnée d’une suite de laiderons dont elle est – naturellement – la cheffe : grande, maigre et aux formes peu rebondies, c’est un cauchemar pour Alexis. Cette apparition sera le début de a déchéance qui le ramènera à New York.

Par contre, je ne vous dirai pas comment tout cela se passe. Gardons un peu de mystère, que diable !

 

Décrocher la Lune (désolé, mais je préfère ce titre) est une autre de ces curiosités dont recèle le cinéma muet et dont la (re)découverte apporte beaucoup de plaisir au spectateur, montrant que le cinéma muet, ce n’était pas que des tartes à la crème et des coups de pieds au cul (4), le tout dans un rythme effréné.

 

PS : à noter la présence derrière la caméra du jeune Victor Fleming, et aux côtés de Eugen Ormonde, un autre grand, Eric von Stroheim.

 

  1. Décrocher la Lune.
  2. Notez la grandeur des prénoms associée à un nom des plus communs.
  3. Si César et Napoléon sont facilement identifiables, Alexis est le prénom du roi de Vulgarie.
  4. Ces deux éléments comiques n’étant pas non plus à bannir : Keaton Chaplin ou encore Lloyd ayant usé de ces artifices pour faire rire.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western, #Allan Dwan, #Douglas Fairbanks, #Victor Fleming
Paria de la Vie (The good Bad-Man - Allan Dwan, 1916)

Passin’ Through (Douglas Fairbanks) est un bandit singulier.

Un jour il attaque un train d’or et repart avec la poinçonneuse du contrôleur ; un autre, il vole des victuailles dans une épicerie qu’il va ensuite offrir à un jeune garçon orphelin ; etc.

On pourrait continuer à raconter longtemps les exploits de Passin’ Through (1), s’il n’était pas recherché par le marshall Bob Evans (Pomeroy Canon) : voler des victuailles, même pour une raison noble reste un délit.

Un jour, il fait la connaissance de la jeune et jolie Sarah May (Bessie Love), qui vit près du repaire de l’infâme Bud «  The Wolf » Frazer. Ce dernier a l’intention d’épouser la jeune fille, et ne voit pas d’un bon œil le rapprochement entre ce bandit de passage et celle qu’il s’est promise.

 

Avec ce film, c’est un tandem qui se reforme et se retrouvera dans quelques autres films : Douglas Fairbanks et Allan Dwan. Fairbanks en est encore à ses débuts de star de cinéma, alors que Dwan n’est pas à son premier film, ayant commencé à réaliser cinq ans plus tôt, dont beaucoup de courts-métrages, ce qui fait une somme vu qu’à cet époque, les tournages étaient plutôt rapides.

Ce film est aussi la première incursion de Fairbanks dans l’écriture puisque l’intertitre de présentation nous apprend qu’il a conçu cette histoire.

On peut alors comprendre pourquoi le scénario est un tantinet bancale, passant d’une situation absurde – le bandit qui vole les commissions ou une poinçonneuse (et d’autres choses) – à une sombre histoire de vengeance.

On retrouve dans cette première partie ce qui fera le sel de son premier film en tant que réalisateur, l’inoubliable Mystery of the leaping Fish (qui sort à peine deux mois plus tard) dans lequel on retrouve la belle Bessie qui n’a encore que 17 ans (2).

 

J’aurais tendance à dire que ce film est un premier jet si on le compare avec la collaboration future entre Fairbanks et Dwan. Le scénario pêche, comme je l’ai dit, mais sa première partie est tout à fait dans le ton des futures comédies dans lequel Douglas F. va exceller. De plus, on y voit une volonté de chevauchée avec l’indispensable bond pour se mettre en selle comme on le verra souvent par la suite.

En outre, derrière la caméra se trouve un jeune homme qui va lui aussi aller loin (mais malheureusement pas assez longtemps) : Victor Fleming, qui a alors 25 ans. (3)

A ces prises de vue audacieuses (de jolis plans rapprochés voire gros), ajoutez un montage dynamique qui amène une tension indispensable au film et son intrigue, et vous avez un film qui n’est au final pas si mineur que ça.

 

Une de ces curiosités comme on en trouvait beaucoup dans ce cinéma américain des années 1910s où l’expérimentation était aussi importante que le reste, où chacun essayait de maîtriser ce qui allait véritablement devenir un art et qui va toujours se perfectionner jusqu’à l’arrivée du parlant, une dizaine d’années plus tard.

Mal(?)heureusement, il ne s’agit pas de la copie originale de 1916, amis d’une restauration d’après la version qui fut reprise, avec de nouveaux intertitres, dont une copie subsiste à la Cinémathèque française.

 

A voir, donc.

 

PS : on n’échappe malheureusement pas au « mauvais Indien » qui tente d’abuser de la jeune fille. Heureusement, elle est sauvée par notre héros.

Ce stéréotype raciste aura la vie dure, hélas ! Et ce malgré The Half-Breed qui sortira le 30 juillet de cette même année. 

 

  1. Littéralement : « qui passe à travers », un nom pertinent pour un bandit qui ne se fait jamais attraper.
  2. Elle aura 18 ans le 10 septembre.
  3. C’est Douglas Fairbanks l’aîné de tous ces jeunes gens, il va sur 33 ans et Dwan en a 31. A noter la présence du « vétéran » Sam de Grasse (40 ans) qui tournera lui aussi plusieurs fois avec Fairbanks et/ou Dwan.

 

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western, #Allan Dwan, #Douglas Fairbanks
Le Métis (The Half-Breed - Allan Dwan, 1916)

Lo Dorman (Douglas Fairbanks) est un parai : né d’une mère indienne et d’un père blanc (1), il est rejeté de tous pour son appartenance à l’ethnie ennemie dans chaque camp.

A la mort de son bienfaiteur, chassé de ce qui fut son foyer, il arrive en ville où il est à nouveau rejeté, surtout que la belle Nellie n’est pas insensible à son charme.

Mais le père de cette dernière, le révérend Wynn (Frank Brownlee), ne voit pas d’un si bon œil cette relation inintéressante.

Surtout que le shérif Dunn (Sam De Grasse) et le jeune Brace (George Beranger) ont des vues sur la jeune fille ;

Ajoute2 à cela que Dunn est le père biologique de Lo, et vous avez un western fort particulier,

 

Avant toute chose, il nous faut remercier la Cinémathèque française et le Festival du film muet de San Francisco qui ont permis la restauration de ce film qui fut longtemps incomplet. Si quelques fragments sont malheureusement irrémédiablement abimés, la copie présentée est de toute beauté et l’image très nette.

Bref, une petite perle comme Hollywood savait en faire, et surtout un duo gagnant Fairbanks-Dwan pour notre plus grand plaisir.

 

Alors qu’on connaît Fairbanks pour ses comédies menées à bâton rompu où ses aptitudes athlétiques sont mises en valeur, ce film est d’un tout autre genre, mêlant à ce qui aurait pu être une comédie endiablée une touche d’amertume due essentiellement au statut bancale de notre métis.

La toute première séquence donne tout de même le ton : la jeune squaw abusée par l’homme blanc confie son fils à un botaniste ermite avant de se suicider du fait de son exclusion du monde des hommes.

 

On retrouve dans cette intrigue un élément des plus importants de la culture américaine : le statut incommode de métis. En effet, la société américaine a tendance à mettre ses citoyens dans des classes plutôt définies, qu’elles soient physiques ou morales (religieuses surtout), tenant les métis dans un espace en marge de cette société, étant incapable de le ranger dans une de ces classes du fait de son identité physiologique.

Et dans le cinéma muet, on retrouve souvent les métis dans des rôles sournois ou/et mauvais, rappelant d’une certaine façon qu’il n’est qu’un bâtard, avec toute la morgue que cela comporte.

 

Le fait qu’on trouve Fairbanks dans ce rôle atypique est assez courageux de sa part ainsi que de celle d’Allan Dwan (sur un scénario de la grande Anita Loos). En effet, avec ce film, ils nous montrent l’injustice faite à tous ces métis qui ont de tout temps été rejetés du fait de leur naissance (2).
Et en plus de cette injustice, on retrouve une certaine hypocrisie de cette même société à travers le révérend Wynn, qui prêche la tolérance envers ceux qui sont différents sans pour autant accepter que sa fille puisse avoir une relation amoureuse avec cet Indien-là !

 

Il n’est donc pas étonnant que Lo soit montré comme un personnage des plus sympathiques, considéré par de nombreuses personnes comme un homme (de) bien, loin des clichés de l’époque (3), mais sans pour autant amener ce métis à être accepté par la bonne société de la ville d’Excelsior, à l’écart de laquelle notre métis vit, dans le renfoncement d’un de ces séquoias qu’on peut admirer en Californie.

Parce que de toute façon il ne sera jamais accepté, le film se termine sur une touche plutôt amère, Lo Dorman (4) se retrouvant forcé à l’exil, toujours en mouvement tant qu’il n’aura pas trouvé un lieu assez accueillant pour s’y installer.

Pas étonnant non plus qu’il trouve une alliée dans le personnage de Teresa (la belle Alma Rubens), qu’on imagine d’origine mexicaine, et par là-même ostracisée elle aussi.

 

Il est étonnant par contre, après avoir vu ce film tout compte fait fort humaniste, de retrouver l’année suivante Douglas Fairbanks dans Wild and Woolly : les Indiens y étant décrits de façon peu flatteuse.

 

  1. Non, ce n’est pas un missionnaire !
  2. Il est clair qu’on ne choisit pas la famille dans laquelle on arrive, encore plus quand il s’agit d’une relation considérée pour l’époque comme honteuse.
  3. J’en ai déjà parlé dans Wolfblood (1925).
  4. De son vrai nom « L’Eau Dormante » (« Sleeping Water » est-il appelé dans le film) : la prononciation française étant fort compliquée pour les anglophones, donne ce patronyme étrange.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western, #John Emerson, #Douglas Fairbanks
Wild and woolly (John Emerson, 1917)

De grands espaces, des Indiens belliqueux, un méchant à moustaches, l’attaque d’un train, un square dance, l’enlèvement d’une belle et un héros sans peur bondissant comme Douglas Fairbanks (1) : pas de doute possible, nous sommes dans un western !

Sauf…

Sauf que ce n’est pas un vrai western (2) puisque tout est arrangé.

 

Je m’explique.

Jeff Hillington (Douglas Fairbanks) est le fils d’un roi du chemin de fer et se dirige vers sa succession le temps venu. Mais il y a un petit problème à cela : Jeff est passionné par le Far-West et cette période mythique qui a accompagné l’histoire de son pays. Il est habillé comme un cow-boy, chique comme un cow-boy et parcourt les rues de New York (le dimanche) à cheval dans son costume adéquat, le faisant tout de même passer pour un fou.

Et quand son père l’envoie pour affaire à Bitter Creek (Arizona), c’est le suprême bonheur : il va enfin vivre cette vie de l’Ouest qu’il a tant parcouru dans ses nombreuses lectures.

Mais voilà quelques décennies que l’Arizona ne vit plus au rythme des six-coups et autres attaques de desperados.

Qu’importe, les habitants de Bitter Creek vont le recevoir en lui permettant de vivre son rêve.

Mais bien sûr, il y a un vrai méchant qui va en profiter…

 

Bien sûr, il s’agit d’un western, et les éléments énoncés ci-dessus sont tout à fait valables. Mais sans pour autant se prendre au sérieux : on rit de bon cœur de ce jeune Don Quichotte au Far-West, vivant son rêve, aveugle aux ricanements sous cape de ses hôtes, et attiré par Nell (Eileen Percy) la fille de l’homme d’affaires (Calvert Carter) qu’il est venu voir.

Et tout se passerait bien s’il n’y avait ce véritable méchant qui profite des Indiens pour s’enrichir : Steve Shelby (Sam De Grasse), agent des affaires indiennes.

 

Et bien sûr, l’Ouest qui est offert à Jeff est bourré de stéréotypes et de préjugés dont la maxime (hélas) archiconnue « un bon Indien est un Indien mort » est bel et bien présente.

Et fait exprès, les Indiens ici sont hostiles aux Blancs, excités par Shelby et le whisky qu’il leur fournit. Il n’empêche : les Indiens sont – encore une fois – montrés sous un triste jour, comme c’était de coutume à l’époque.

Autre personnage mauvais : Pedro (Charles Stevens). C’est un Mexicain complice de Shelby, montrant par là une certaine discrimination qui était faite au cinéma de cette époque (3). Et pourtant Stevens avait des origines mexicaines (sa maman était mexicaine).

Fort heureusement, ces conceptions n’ont plus cours à Hollywood depuis un moment déjà, même si on peut en douter quand on voit qui dirige ce même pays (3).

 

Dès l’introduction, Emerson donne le ton : ce qui va suivre n’est pas sérieux et pas seulement dans les images. Nous assistons à une comparaison des lieux et habitudes, mais sans pour autant que soit annoncé que « c’était mieux avant ». L’intrigue prend tout de suite ses distances et promet de nous montrer que l’âme de l’Ouest n’est pas encore morte.

Il faut dire qu’avec Douglas Fairbanks, cela devenait plus facile d’illustrer cette idée.

Comme toujours, il bondit et brave le danger, que ce soit à cheval ou à travers un plafond (mais de bas en haut !), on sent que le grand Douglas est dans son élément et il nous partage facilement et rapidement cet engouement. De plus il nous apporte une certaine jubilation quand on le voit tourmenter son majordome ou un de ses clercs, deux personnages qui évoluent avec une certaine dignité.

 

Mais bien sûr, Emerson et Anita Loos (au scénario, sur une idée de Horace B. Carpenter) ne pouvaient passer à côté d’une intrigue où le western allait l’emporter. En effet, alors que le spectateur se demande comment Jeff va redescendre sur terre, l’intrigue se charge de le ramener dans la réalité mais sans pour autant revenir à une intrigue plus moderne : d’accord, nous sommes en 1917, mais puisque on a sorti les effets western, autant aller jusqu’au bout.

La résolution – heureuse, cela va sans dire – se fera avec les moyens du Western.

Et si le film ne se termine pas dans le soleil couchant, peu importe, nous avons eu un film qui jongle avec beaucoup de bonheur entre le rêve (que vit Jeff) et la réalité de l’intrigue (les méfaits réels de Shelby).

 

Et tout le monde s’amuse, le spectateur y compris !

 

  1. Normal : c’est lui !
  2. Enfin si, quand même.
  3. Il faut croire que certaine(s) personne(s) n’ont pas dépassé cette notion archaïque et un tantinet raciste, considérant toujours, cent ans après, les Mexicains comme nuisibles.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cape & épée, #Donald Crisp, #Douglas Fairbanks, #Zorro
Don X, Fils de Zorro (Don Q, Son of Zorro - Donald Crisp, 1925)

Trente ans ont passé, Don Diego de Vega (Douglas Fairbanks) a eu un fils Don Cesar (Douglas Fairbanks) qui est parti se former en Espagne, terre de ses ancêtres.

C’est un jeune homme bien bâti, courageux et bon chanteur, et surtout habile avec son fouet.

C’est cet instrument qui lui permet de devenir le protégé de l’Archiduc Paul (Warner Oland), et l’ennemi numéro 1 de l’officier de la Reine (Stella de Lanti) : Don Sebastian (Donald Crisp).

De plus, il fait la rencontre de la belle Dolores de Muro (Mary Astor), que ce même officier convoitait. Bien sûr, il tombe amoureux d’elle et va la souffler à son rival.

Sauf que ce rival est un infâme : il va tuer l’archiduc et faire accuser Don Cesar.

Ce dernier entre dans la clandestinité espérant laver son honneur.

 

Bien que Zorro soit mentionné dès le titre, il faut attendre longtemps avant que ce dernier entre en scène et le dernier quart d’heure pour le voir de pied en cape, accompagné de son fidèle et muet serviteur Bernardo (Tote Du Crow).

Mais ces deux personnages ont vieilli : les cheveux sont gris et les traits marqués. Pour le reste, ils sont identiques à eux-mêmes, toujours alertes et prêts à en découdre.

 

Mais le vrai héros est bien sûr Don Cesar, qui est tout à fait le fils de son père, ce qui est un peu normal vu que c’est Douglas Fairbanks qui interprète les deux.

On a alors droit à la rencontre entre ces deux hommes, vers la fin, mais sans jamais se toucher avec les deux visages visibles : quand ils s’embrassent, on ne voit qu’un seul visage, l’autre est de dos. Qu’importe, on a la réunion et c’est tout ce qui compte.

 

A nouveau, nous avons des méchants plutôt réussis : outre l’infâme Sebastian, on suit l’ascension d’un personnage fourbe et menteur, Fabrique Borusto (Jean Hersholt). Encore une fois, Hersholt est un méchant crédible, dont l’obséquiosité a d’égale la fourberie. C’est un devoir alors pour le spectateur de détester un tel personnage.

L’union entre ces deux hommes – forcée, Fabrique fait chanter Sebastian – est des plus réussies et leur élimination n’en devient que plus méritée.

 

Ce deuxième opus des aventures (éloignées) de Zorro est des plus réjouissants. On avait aimé le premier pour la découverte de ce nouveau personnage de justicier, on ne peut qu’aimer ce second volet.

En effet, on y retrouve les traits principaux du Renard – sans le masque – mais d’une certaine manière on retourne à la source de cette famille : les ruines du château des ancêtres. On peut admirer à cette occasion de très beaux décors de ruines qui servent pour l’explication finale – la bagarre, quoi !


Certes, le niveau du film n’atteint pas d’autres productions où apparaît Douglas Fairbanks, mais la présence de Donald Crisp derrière et devant la caméra donne une autre teinte : la place belle est faite aux acteurs. Fairbanks brille, bien sûr, mais Hersholt est à nouveau magnifique dans un rôle d’infâme et la jeune Mary Astor (19 ans, mais sur les écrans depuis plus de quatre ans), après avoir donné la réplique à John Barrymore (dans Beau Brummel, rien que ça), se retrouve aux côtés d’une autre grande figure du muet (si ce n’est la plus grande), dans une scène de rencontre dans le même esprit espiègle des prestations de Fairbanks.

 

Alors oui, on s’amuse encore une fois grâce à ce petit film réjouissant : n’est-on pas au cinéma pour ça ?

 

 

PS : pourquoi Don X. (Don Q. en VO) ? La réponse dans le film.

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