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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

alfred hitchcock

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Drame, #Alfred Hitchcock
La Loi du silence (I confess - Alfred Hitchcock, 1953)

Cette « loi du silence », c’est le secret de la confession : ce qu’entend un prêtre dans ce cadre reste entre lui et le pécheur. Rien ne peut être révélé, quoi qu’il en soit, et surtout quoi qu’il en coûte.

C’est le cas pour le père Michael Logan (Montgomery « Monty » Clift), qui reçoit son serviteur, Otto Keller (O. E. Hasse), en confession : ce dernier a tué l’infâme Vilette (Ovila Légaré) pour le voler. Ensuite, il a quitté les lieux vêtu d’une soutane, pour détourner les soupçons.

Très vite, ces mêmes soupçons se portent sur le prêtre : Vilette faisait chanter celle qu’il a aimée avant la guerre, Ruth Grandfort (Anne « Eve » Baxter).

Pour l’inspecteur Larrue (Karl Malden), cela ne fait aucun doute : Logan est le meurtrier.

 

Comme (presque) toujours chez Hitchcock, nous savons qui a fait le coup : normal, il n’est pas intéressé par cet aspect de la vérité. Il va, encore une fois, développé l’erreur judiciaire jusqu’au paroxysme, afin de mieux sortir son héros de son enfer. Et comme en plus, son héros est un prêtre, nous ne pouvons que mieux savourer cette situation paradoxale.

Nous sommes dans ce qui est pour moi (et d’autres) dans l’un des films les plus personnels du maître. En effet, on y retrouve tout ce qui constitue son monde, au cinéma comme dans la réalité.

Hitchcock, malgré qu’il fût anglais, était catholique, et cette histoire de secret de la confession l’a beaucoup marqué, comme il l’expliquait à François Truffaut dans son livre indispensable, même s’il y enrobe beaucoup les choses (1).

 

Logan se trouve dans une situation qui annonce celle de Manny Balestrero (Henry Fonda) dans Le faux Coupable (1956) : il n’a pas tué. Mais à cela s’ajoute le cas de conscience qui fait basculer la vie du prêtre : il sait qui a frappé. Et il va porter sa croix jusqu’au bout – le procès – comme l’illustre Hitch en insérant un plan du Chemin de Croix pendant que Logan se déplace.

Et la référence religieuse est prégnante, entourant sans cesse le prêtre, jusque dans le prétoire où, interrogé, Robert Burks (le chef-op’) le cadre avec un crucifix qui le regarde ( le cadre avec un crucifix qui le regarde (surveille ?). Et ce plan ne concerne qu’un seul point : savoir ce qu’il s’est véritablement passé. Et bien entendu, il ne peut pas répondre, même pour sauver sa vie.

Outre la religion, Hitchcock vit avec un souvenir fort de son enfance : il fut enfermé, sur demande de son père, dans une cellule d’un poste de police. Cette expérience traumatisante – elle le serait à moins – va hanter ses films où ses personnages vont être accusés régulièrement à tort, voire enfermés malgré leur innocence.

Et ce qui arrive à Logan est un véritable condensé des angoisses du grand Alfred.

 

Bien entendu, on ne peut pas non plus ignorer les différentes références au sexe qui émaillent le film : entre le négligé d’Anne Baxter, et la mine un tantinet concupiscente quand on annonce au procureur Robertson (Brian Aherne) qu’il va recevoir des « filles » : hélas pour lui, ce sont deux enfants…

Bref, Hitchcock, en plus de nous faire part de sa réflexion quant à la religion, s’amuse tout autant avec les spectateurs et ses personnages. Mais cela ne dure pas : le sujet est sérieux.

De même, à l’instar de Psychose, son apparition est vite expédiée (dès la première minute, quand nous entrons dans Québec : le film lui tenait à cœur et il voulait que les spectateurs évitent de le chercher et ainsi survoler le cœur de l’intrigue.

 

Et puisque nous sommes au Québec, nous allons faire un petit arrêt sur l’aspect authentique du film. En effet, malgré le fait que nous sommes dans la partie francophone du Canada, peu de paroles sont échangées en français, et quand elles le sont, on ne retrouve pas cet accent que nous trouvons charmant de ce côté de l’Atlantique (2). Mais comme nous sommes au cinéma, tout est possible ; de plus, il n’y a aucune pertinence dans cette absence.

Par contre, le couple Keller est interprété par deux véritables allemands : Hasse & Dolly Haas. Cela donne plus de force à leurs personnages qui se sont réfugiés au Québec depuis un peu plus de cinq ans.

D’ailleurs, on pourrait se demander comment et pourquoi ils ont émigré : nous apprenons que cinq ans plus tôt, Logan a été libéré de ses obligations militaires, à la fin de la dernière guerre.

Qui étaient ces deux immigrés avant d’arriver ? Des Juifs qui ont fui l’Allemagne après la guerre ? Peut-être. Etait-il soldat dans l’armée du Reich, ou pire ? On ne le saura pas, mais on pourrait le croire : Vilette est tué de plusieurs coups de matraque jusqu’à la fracture du crâne. Ca me rappelle malheureusement des choses…

 

Quoi qu’il en soit, Hitchcock réussit magnifiquement son film, soutenu par une interprétation impeccable : Monty est merveilleux et beaucoup de choses passent dans son regard si doux. Et Karl Malden, interprète un véritable policier hitchcockien : il fait son travail même s’il a tendance à devenir lourd…

 

A revoir !

 

PS : J’oubliais, Anne Baxter, de passage chez Hitchcock, est blonde ! Encore une !

 

  1. Le Cinéma selon Hitchcock (1966) réédité Hitchcock/Truffaut (1985)
  2. De l’autre côté, ce sont les Québécois qui trouvent que nous en avons un…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Suspense, #Alfred Hitchcock
L'Homme qui en savait trop (The Man who knew too much -Alfred Hitchcock, 1934)

Jill & Bob Lawrence (Edna Best & Leslie « Zaroff » Banks) sont à Saint Moritz avec leur fille Betty (Nova Philbeam). Jill (Edna Best, donc) y participe à un concours de tir aux pigeons (d’argile). Il y a aussi un concours de ski où un ami des Lawrence fait une descente remarque, Louis Bernard (Pierre Fresnay).

Plus tard dans la soirée, Bernard est tué et laisse un message étrange à Jill : il était agent secret et quelque chose de terrible se tramait. Mais Jill et Bob n’ont pas le temps d’avertir qui que ce soit : leur fille est enlevée et ne leur sera rendue vivante que s’ils se taisent…

 

Après le terrible Chant du Danube (Waltzes from Vienna), Hitchcock est de retour dans son domaine de prédilection : le suspense. Et malgré l’acharnement du producteur C.M. Woolf qui n’aimait pas le film, Hitchcock non seulement s’en tire magnifiquement, mais en plus le film fut un succès (mérité). Il faut dire que le grand Alfred fait montre ici d’une grande maîtrise, utilisant les différents éléments qui font son cinéma : des mouvements de caméra, détails pertinents et bien sûr, une héroïne blonde.

De plus, on y découvre un méchant plutôt réussi : Abbott (Peter Lorre) avec cicatrice et mèche de cheveux blancs. Et ce méchant est d’autant plus réussi que Lorre ne parlait pas vraiment l’anglais, ayant appris une version phonétique de son rôle. Et grâce à lui, Hitchcock confirme que la réussite du méchant entraîne celle du film. Mais Abbott ne suffit pas, puisqu’il lui a été adjoint quelques acolytes dont Ramon Levine (Frank Vosper), champion du concours de tir face à Jill.

 

Et ce concours de tir, qui ne semble qu’anecdotique va devenir la séquence primordiale du film. Non seulement on y rencontre tous les protagonistes importants, mais en plus, se met en place toute l’intrigue criminelle qui commencera par l’assassinat de Bernard et se terminera par l’exécution du même Abbott, après l’attentat raté contre un dignitaire étranger (Arnold Lucy), par le même Ramon Levine.

En effet, l’accident de Bernard (il tombe pour éviter la jeune Betty) va mettre ce dernier en contact avec Abbott qui le reconnaîtra, et par conséquent le fera abattre (on devine alors par qui), amenant cette famille sans histoire dans un complot de dimension internationale.

 

Ce concours va aussi permettre la résolution finale : le sauvetage de la jeune Betty. Sa mère, qui est donc une championne de tir – elle perd à cause d’Abbott – sera à même d’atteindre celui qui menace sa fille sans toucher cette dernière.

Et que fait Abbott pour déconcentrer Jill ? Sa montre va sonner, amenant Jill à décaler sensiblement sa visée et manquer le projectile. Ce manqué annonce celui de Levine au Royal Albert Hall : elle va crier pendant le soupir (1) qui précède le coup de cymbales, faisant dévier à son tour le tir de Levine.

On peut alors dire que la montre d’Abbott est le mcguffin (2) du film : outre ces deux utilisations pertinentes, c’est elle qui permettra à la police de débusquer définitivement ce répugnant personnage, sonnant au mauvais moment et le révélant alors aux policiers.

 

Et Hitchcock ?

Il faut de bons yeux, mais surtout savoir que c’est lui : après la demi-heure du film, Bob sort de chez un dentiste accompagné de Clive (Hugh Wakefield), et parmi les personnes qu’ils croisent, on trouve un (gros) homme dans un manteau de pluie. On devine plus qu’on ne voit qu’il s’agit d’Hitchcock…

 

  1. Un temps de silence.
  2. Non, celui-ci ne sert pas non plus à chasser les lions dans les montagnes d’Ecosse.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Thriller, #Alfred Hitchcock
La Main au collet (To catch a Thief - Alfred Hitchcock, 1955)

Côte d’Azur, 195…

Le Chat fait à nouveau parler de lui !

Le Chat, c’était John Robie (Cary Grant). Mais ça c’était avant. Avant quand il était un voleur prestigieux et habile. Mais une fois la guerre venue (la deuxième mondiale), il s’est engagé dans un réseau de résistance et s’est racheté.

Alors entendre qu’il aurait repris du service ne lui plaît pas beaucoup. C’est pourquoi il va mener sa propre enquête et essayer de savoir qui se cache derrière ce nouvel avatar.

 

Encore une fois, Hitchcock s’intéresse à un innocent qu’on poursuit pour un crime qu’il n’a pas commis. Mais si nous savons que Robie n’a rien fait, Hitchcock ne cesse de semer le doute dans l’esprit du spectateur, comme s’il voulait nous dire : « vous croyez qu’il n’a rien fait ? Pourtant tout prouve le contraire ! »

Mais ce qui nous empêche de tomber dans ce piège, c’est bien la présence de Cary Grant : depuis Soupçons, on sait qu’il est incapable d’être du côté obscur. Alors on savoure ces fausses pistes à leur juste valeur : nous savons que la vérité est ailleurs.

 

Alors on se régale en retrouvant quelques têtes déjà vues chez Hitch ces dernières années. Outre Cary Grant, on y croise la (très) belle Grace Kelly (Francie Stevens) et John Williams qui avaient déjà tourné ensemble dans Le Crime était presque parfait. Et pour compléter le tout, on retrouvera Jessie Royce Landis (Jessie Stevens, la mère de Francie) dans La Mort aux trousses avec le même Cary Grant.

Côté distribution, la présence d’un casting à moitié français donne une touche plus réaliste à l’intrigue et surtout, ce ne sont pas des acteurs américains qui essaient de contrefaire un accent français où baragouinent  la langue de Molière avec un accent tout aussi bizarre comme c’est souvent le cas.

 

Bien sûr, Cary Grant est tout à fait à l’aise dans le rôle de ce voleur repenti, et comme toujours chez Hitchcock, les personnages féminins ne sont pas ternes. Entre la cuisinière Germaine (Georgette Anys) et son rôle pendant la guerre, la jeune Danielle (Brigitte Auber, dernière survivante du film qui va sur 96 ans…) qui n’a pas froid aux yeux et la riche héritière Stevens, sans oublier la mère alcoolique mondaine de celle-ci, nous avons un large panel de femmes singulières. Sans oublier la sensualité récurrente chez Hitchcock : les décolletés de Grace Kelly et celui de la joueuse au casino en sont deux beaux exemples (le second surtout).

Et on sent chez Hitchcock une fascination pour Grace Kelly : chacune de ses apparitions est un enchantement pour les yeux. Elle est extraordinairement belle, portant avec distinction les superbes tenues d’Edith Head qui semble s’être surpassée.

 

Bref, Hitchcock déroule et nous admirons : nous sommes aux dernières étapes d’une série de films formidables qui s’arrêtera avec Mais qui a tué Harry ?, Hitch passant temporairement à la télévision.

Et si la légende (fausse) veut que Grace Kelly ait rencontré son futur mari lors du tournage, on ne peut s’empêcher de penser que la séquence qui la voit avec Cary Grant dans la voiture lancée à grande vitesse a un côté prémonitoire involontaire (1).

 

(1) Autre légende, elle n’a pas eu son accident au même endroit…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Sacha Gervasi, #Alfred Hitchcock, #Anthony Hopkins
Hitchcock (Sacha Gervasi, 2012)

Tout juste sorti de North by Northwest, Alfred Hitchcock (Anthony Hopkins) se lance dans un nouveau film, et ce malgré certains journalistes qui lui conseillent de se retirer alors qu’il est arrivé à son plus haut niveau.

Certes, ce film était son plus haut niveau… En 1959.

Un an plus tard, il montrera qu’il pouvait encore aller plus haut : Psycho.

 

Ce film est celui de la genèse et de la réalisation de l’un des plus grands films du cinéma (1), et très certainement le meilleur de son auteur. Nous assistons à l’élaboration de cet immense chef-d’œuvre, avec ses moments d’exaltation, tout comme ceux de doutes et de découragement, avec en point d’orgue l’attaque qu’essuie le maître qui va l’éloigner quelques jours du tournage, au profit de son épouse Alma (Helen Mirren) qui va le remplacer le temps qu’il se remette (2).

 

Sacha Gervasi nous propose ici un très bel hommage à l’un des plus grands cinéastes de tous les tons, le maître incontesté du suspense (3), nous plongeant dans l’univers créatif de son chef-d’œuvre absolu (ça, c’est mon point de vue). Et comme nous sommes au cinéma, tout est possible, même d’inventer quelques épisodes, voire carrément faire d’Hitch celui qui fait semblant de poignarder Janet Leigh (Scarlett Johansson) pour les besoins du tournage.

Inventé ? Oui, pour les besoins de l’intrigue et une de ses créations : Ed Gein (Michael Wincott). Gein serait le véritable modèle de Norman Bates (Anthony Perkins – James d’Arcy), mais là encore, la vérité est ailleurs.

 

Si nous suivons avec beaucoup de plaisir les affres du tournage et retrouvons une magnifique adaptation de ce qu’il fut, c’est encore une fois ailleurs qu’il faut regarder, dans les relations – compliquées plus ou moins pour les besoins du tournage – entre Hitch et sa complice et épouse Alma. Et comme nous chez le grand Alfred, il faut ‘attendre à le voir réellement : ‘est chose fait à un moment : je vous laisse le découvrir.

 

Sacha Gervasi nous livre une vision – sa vision ? – de ce qui a(urait) dû se passer pendant le tournage, stimulant l’intérêt des fans de cet immense réalisateur dont je fais partie, mais le fait de façon toute britannique – c’est normal Hitch et Alma, tout comme lui viennent de Grande Bretagne – avec l’humour qui va avec et rappelle celui des films. Bien entendu, aucun suspense, nous savons que le film fut réalisé et le succès qu’il remporta, mais qu’importe : passer un peu plus de temps auprès de ceux qui l’ont créé est inappréciable. ON en redemande.

 

Question interprétation, Anthony Hopkins est presque méconnaissable – les yeux sont bine les siens ! – et campe un Alfred Hitchcock très convenable, même si on remarque une propension à jouer de son profil un tantinet exagérée. Ca peut lasser…

Helen Mirren est encore une fois magnifique dans ce rôle de femme de l’ombre qui, comme c’est toujours le cas, est la véritable patronne : la séquence où elle vient remplacer son mari sur le plateau est un magnifique exemple de l’aura que le réalisateur (Gervasi) a pu lui donner pour les besoins de son film.

Quant à Scarlett Johansson et James d’Arcy, il y a un véritable travail de ressemblance avec leurs modèles originaux qui va au-delà de l’aspect physique. Et d’une manière générale, la diction et la démarche (l’attitude) sont privilégiés dans ce biopic particulier, dont la structure n’est pas sans rappeler celle des épisodes de la série Alfred Hitchcock presents. Avec même la musique (4) !

 

Nous sommes de retour chez Hitchcock, et ça, ça n’a pas de prix !

 

  1. Je l’ai déjà dit ici…
  2. Bien sûr, ceci n’est jamais arrivé. Mais comme toujours, ça aurait pu…
  3. Hitchcock-Hopkins y fait référence de manière fort pertinente, d’ailleurs.
  4. Faut-il préciser que celle du film, signée par Danny Elfman est formidable ? Tiens, c’est fait.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Thriller, #Alfred Hitchcock
Psychose (Psycho - Alfred Hitchcock, 1960)

Unique.

Hitchcock au sommet de son art.

Dans son film précédent – North by Northwest (1959) – il était déjà arrivé à un très haut niveau, mais avec ce « petit film » (1), il arrive au sommet (2), réalisant l’un des plus grands films du cinéma mondial, merveille de direction et de cadrages, autour d’une intrigue proprement diabolique (3), servi par des interprètes à la hauteur de l’événement, Anthony Perkins en tête.

 

« A boy’s best friend is his mother. (4) » (Norman Bates)

Cette réplique pourrait presque résumer le film à elle toute seule tant la relation entre Norman (Anthony Perkins) et sa mère est fusionnelle, jusqu’à l’impensable. Mais ce n’est- pas Norman que nous suivons au début du film, c’est Marion Crane (Janet Leigh), secrétaire d’un agent immobilier qui vient de conclure une transaction de 40.000 dollars (une somme en 1960 !). La tentation est trop forte : Marion, au lieu d’aller déposer l’argent à la banque s’enfuit rejoindre son amant Sam Loomis (John Gavin). En chemin, exténuée, elle s’arrête dans un motel à l’écart de la grand route ; le motel Bates, tenu par Norman (Anthony Perkins) qui y vit avec sa mère.

 

Je le répète : ce film est extraordinaire. Pas un seul élément à enlever. Tout est pensé, planifié et exécuté avec une incroyable précision, maintenant un suspense des plus impressionnants, mettant les nerfs des spectateurs à rude épreuve, dans une période où le cinéma d’horreur et d’épouvante avait encore du chemin à faire avant d’arriver à une telle tension.

Comme toujours chez Hitchcock, c’est une accumulation de détails qui vont accompagner une intrigue parfaite, le réalisateur se concentrant sur chacun d’entre eux pour lui donner l’importance nécessaire pour l’insérer à son scénario, comme un immense puzzle qu’il va ensuite assembler sous nos yeux et qui sera ensuite corroboré par la séquence d’explication finale un tantinet agathachristien (5).

 

Un journal de Los Angeles, une page de carnet, des oiseaux empaillés : tels sont les accessoires indispensables de cette intrigue que le réalisateur met à notre disposition pour résoudre ce mystère. Ajoutez à cela un sens du cadrage fantastique, alternant travellings et plongées et vous aurez tous les éléments nécessaires pour comprendre ce qu’il se passe au motel Bates. Parce que tout est là : Hitchcock ne cache rien au spectateur. Ou plutôt si : la poitrine de Janet Leigh. En effet, la seule fausse note de ce film, et Hitchcock est longuement revenu dessus, c’est la présence de ce soutien-gorge dans la séquence d’ouverture. Certes, le Code Hays est encore en vigueur et surtout, mademoiselle Leigh n’a pas l’intention de dévoiler ses charmes au monde entier !

 

Et au-delà de ce détail pittoresque, il faut aussi voir dans cet interdit qu’Hitchcock va enfreindre onze ans  plus tard (pas avant !). La séquence incontournable de la douche est marquée par cette volonté de l’actrice de ne rien révéler : chaque plan est conçu pour ne rien montrer et quand cela aurait pu être possible, une main ou/et un bras se place devant la partie interdite. Bref, Hitchcock nous montre tout sans jamais rien dévoiler : du grand art !

Quant à la performance d’Anthony Perkins, elle tout bonnement admirable : il possède l’allure du jeune homme comme on peut en croiser à cette époque, au contact facile et au sourire charmant, mais dès qu’on commence à gratter la surface, il se met à perdre ses moyens. On découvre alors un autre personnage, inquiétant et lié maladivement à une mère impotente mais tyrannique.

On sent des pulsions chez ce jeune homme qui arrive presque à la cacher, amenant seulement une méfiance chez ses interlocuteurs mais pas beaucoup plus : vivre seul, à l’écart, dans une grande maison avec une mère invalide n’engendre pas la joie de vivre. Bien sûr, on retrouve des pulsions sexuelles – chez Hitchcock, le sexe est très présent – mais si Norman a tout du voyeur, il n’ira pas au-delà de ce qu’il aura pu apercevoir dans le trou qu’il a percé entre son bureau et la chambre de Marion. Est-ce de l’impuissance ?

Quoi qu’il en soit, Perkins joue avec beaucoup de brio sur son visage, servi par un éclairage parfait, mis en valeur par le noir et blanc du film (6).

Parce que le format noir et blanc amène beaucoup au film, créant une atmosphère inquiétante comme le souhaitaient les studios Universal dans les années 1930.

Mais la terreur qui se dégage de ce film est sans comparaison avec ces films d’avant : non seulement Hitchcock mène la tension à son paroxysme, mais il réussit à surprendre – et effrayer – les spectateurs de manière plus efficace que les réalisateurs de Universal.

 

On a, depuis, fait d’autres films d’horreur, avec un suspense haletant, mais jamais dans de telles proportions. Et surtout, ceux qui vont venir après vont se souvenir de ce que fit Hitchcock. A nouveau on sursautera, mais la force du maître, c’est d’avoir été le premier et surtout, d’avoir créé un suspense époustouflant sans jamais tomber dans le grandiloquent, ni utiliser une forme d’humour pas toujours bienvenu comme on peut le voir chez certains spécialiste de l’horreur. Oui, cette histoire est horrible et la violence est forte, Hitchcock n’épargnant pas le spectateur en lui proposant des images choc. Mais il le fait à bon escient, gardant toujours la bonne distance, étant spectaculaire sans devenir outrancier, et en restant sérieux sans toutefois se prendre lui-même au sérieux.

La classe, quoi.        

 

  1. Seulement 806.947 dollars.
  2. Même son film suivant, Les Oiseaux, n’atteindra pas cette perfection : quand on arrive au sommet, il ne reste plus qu’une chose à faire, descendre.
  3. « La meilleure amie d’un garçon, c’est sa mère. ».
  4. A l’instar du film du même nom de Clouzot, il est demandé aux spectateurs de ne pas raconter la fin après la projection. On comprend pourquoi.
  5. Je sais, je néologise : que voulez-vous, on ne se refait pas…
  6. Pour deux raisons : le sang est moins choquant et surtout, ça coûte moins cher !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Policier, #Alfred Hitchcock
Les Cheveux d'or (The Lodger: a Story of the London fog - Alfred Hitchcock, 1927)

TO-NIGHT GOLDEN CURLS : « Ce soir boucles blondes ».

Cette accroche pour un spectacle de music-hall avec perruques blondes peroxydées est surtout un leitmotiv du film, revenant (donc) à plusieurs occasions, et jusqu’à la toute dernière séquence (1). Ces trois mots sont aussi annonciateurs de malheur, et en particulier de meurtre puisque que le Vengeur (« The Avenger ») tue des femmes, et pas n’importe lesquelles : des blondes.

Tout commence par le visage en gros plan d’une femme – blonde – qui crie, une autre femme au regard effrayé, un bobby qui prend des notes, un journaliste qui en fait autant : voici le premier grand meurtre des films d’Alfred Hitchcock.

Nous sommes en 1927, et l’année faste du cinéma qui vient de s’ouvrir (2) compte ce qui fut le premier grand film de Hitchcock. Tout est là : le crime, le sexe, la religion (Hitchcock était un catholique élevé chez les jésuites), l’innocence maltraitée.

Oui, c’est du grand Hitchcock, à mon avis son premier très grand film.

 

Mais reprenons : chaque mardi soir, un dangereux et insaisissable criminel – Le Vengeur, donc – tue une femme. Une autre femme l’a aperçu et décrit : il est grand et il porte une écharpe qui lui cache le bas du visage.

Londres a peur.

Chez les Bunting – la mère (Mary Ault), le père (Arthur Chesney) et la fille Daisy (June Tripp) – arrive un nouveau locataire (3). C’est un jeune homme bien singulier (Ivor Novello) qui porte une écharpe qui lui cache le bas du visage (tiens, tiens…) et demande d’enlever les gravures de sa chambre parce qu’il ne les aime pas du tout : ce sont toutes des jeunes femmes blondes (tiens, tiens. Encore.)

J’ai oublié de préciser : la belle Daisy a les cheveux blonds…

 

A l’origine, Hitchcock voulait que ce locataire ne soit pas identifié, que le doute subsiste jusqu’au bout : il serait reparti – dans la nuit, cela va de soi – sans qu’on en sache plus. Mais vous connaissez les producteurs, il leur faut du tangible et finir un film sur une nouvelle énigme n’est pas très vendeur. Et pourtant, quelle fin cela aurait été !

Le film commence sur les chapeaux de roue, sur ce visage hurlant (silencieux pourtant) et la suite va démontrer le talent de Hitchcock : bien que nous n’ayons rien vu du meurtre qui vient de se commettre, nous savons qu’il s’agit d’un événement dans l’intrigue : on voit alors se mettre en branle la presse et le retentissement que les journaux vont faire de ce meurtre auprès de la population. C’est mené de main de maître, avec un montage dynamique qui suit avec frénésie la transmission de l’information pour arriver là où il le souhaitait : chez les Bunting.

Les images que nous avons vues vont conditionner l’arrivée du locataire. Ajoutons qu’au moment où il arrive, la maison est plongée dans l’obscurité du fait de l’épuisement du gaz (4), accentuant l’aspect inquiétant du personnage.

 

Je l’annonçai plus haut, nous sommes pleinement chez Hitchcock, avec un crime (il y en aura même deux), de la religion et du sexe. Pour le crime, c’est tout vu, mais question religion, on trouve deux belles références qui sont liées : le jeune homme qui regarde à la fenêtre et le sauvetage de dernière minute (merci Griffith !).

En effet, alors qu’il regarde par la fenêtre, la croisée de la vitre s’inscrit sur son visage parfaitement : une croix prémonitoire en plein milieu du visage, la barre horizontale sur ses yeux.

Prémonitoire ? Nous retrouverons le thème christique de l’innocent maltraité quand la foule va se ruer sur le jeune homme qu’on soupçonne d’être le meurtrier, et qui sera décroché d’une grille (où il s’était coincé) et porté à terre, rappelant sans équivoque une pietà.

Et puis le sexe : Hitchcock était fasciné par les femmes (5), et on retrouve régulièrement des références à leur corps, voire à la nudité qu’il ne pourra pas révéler avant Frenzy (en 1971 !).

Si Psychose a sa scène de la douche (et quelle scène !), ici, ce serait celle de la baignoire : Daisy se fait couler un bain et Hitchcock, par l’intermédiaire du montage va aller le plus loin possible dans la révélation du corps féminin sans jamais outrepasser les critères des bonnes mœurs de l’époque. Il va faire se déshabiller la jeune femme alors que la vapeur s’installe dans la pièce, jusqu’à la coupe avant qu’elle ôte tout à fait son haut. Puis il en ira de même lors de la sortie de la baignoire, la jeune femme s’enveloppant d’un peignoir cachant bien ses formes sans pour autant empêcher la suggestion. Avec en prime le visage excité de Novello qui lui parle à travers la porte : est-ce du désir, est-ce son état normal, on ne sait pas.

Du grand art !

 

Ajouter à tout cela des surimpressions habiles – les pas que l’on voit en transparence – et toute une gamme de regards et vous aurez une idée de ce grand film. Sans oublier les éclairages – et les différents filtres pour illustrer les lieux ou/et les moments de la journée – qui ne sont pas sans rappeler l’école allemande, Murnau surtout, avec des jeux d’ombre accentués par le brouillard annoncé dans la deuxième partie du titre original.

Certes, on peut tout de même reprocher une certaine lenteur dans l’action, voire un certain statisme des personnages, mais au regard du film en entier, cela s’intègre parfaitement au reste, lui donnant une teinte très particulière par rapport à ce qui se faisait à l’époque en Angleterre.

 

Bref. Un chef-d’œuvre.

 

  1. Si, si, regardez bien !
  2. Le film sort le 14 février : quelle belle façon de célébrer la saint Valentin…
  3. D’où le titre original.
  4. En Angleterre, les maisons possédaient un compteur qui n’ouvrait la vanne de gaz une fois qu’une pièce y était introduite.
  5. Les blondes certes, mais pas que…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espionnage, #Alfred Hitchcock
Cinquième Colonne (Saboteur - Alfred Hitchcock, 1942)

 

Barry Kane (Robert Cummings) travaille dans une usine d’armement. Malheureusement, elle est victime d’un saboteur et son meilleur ami périt dans l’incendie dû aussi à la présence d’un extincteur rempli d’essence (ça brûle mieux ainsi).

Mais comme c’est Barry qui a tendu l’extincteur à son ami, il est rapidement soupçonné d’avoir fomenté cet attentat et se retrouve alors recherché par la police.

Barry sait qu’il n’a rien fait, mais il est très difficile de convaincre les autres, et en premier lieu la police.

Il se lance alors sur la piste de l’éventuel saboteur : Frank Fry (Norman Lloyd).

 

Cinquième film de Hitchcock aux Etats-Unis, il s’agit du premier qui sort pendant la guerre et surtout en parle. Bien sûr, on n’évite pas le couplet patriotique et la propagande inévitable surtout quand l’intrigue colle à cette actualité guerrière.

Et malgré le budget un tantinet serré (que voulez-vous, on est en guerre), Hitchcock réussit un très beau film, reprenant quelques éléments de soin  travail antérieur effectué dans les studios anglais (1), ainsi que certaines situations qu’il affectionnait.

 

Tout d’abord, le fait que Barry Kane soit accusé à tort est un élément récurrent dans l’œuvre du maître, qui culminera avec Le faux Coupable presque 15 ans plus tard.

A ce faux coupable est ajoutée l’élément féminin : une jeune femme volontaire (comme toujours) mais qui se méfie de ce criminel en puissance. Elle est jeune et belle (elle est modèle) et s’appelle Patricia « Pat » Martin (Priscilla Lane). Mais surtout, elle n’est pas sans rappeler Erica Burgoyne (Nova Pilbeam) dans Young & innocent cinq ans plus tôt. A moins que ce soit Pamela (Madeleine Carroll) dans The 39 Steps (1935).

 

C’est d’ailleurs ce dernier film qui semble servir de base à cette intrigue, puisque nous sommes dans une histoire qui rappelle plus le monde des services et sociétés secret·e·s. Et à nouveau, nous trouvons un chef des méchants qui a une très bonne situation (riche, vivant dans un ranch avec piscine).

Mais les emprunts ne s’arrêtent pas là. En effet on retrouve deux références évidentes au cinéma américain de la décennie précédente : La Fiancée de Frankenstein et Freaks.

 

  • a Fiancée de Frankenstein parce que notre héros, trempé (bain forcé + pluie battante) trouve refuge dans la maison isolée de Philip Martin (Vaughan Glaser) : à l’instar monstre de James Whale (Boris Karloff), celui qui l’accueille est aveugle, le considérant avant tout comme un être humain malgré son handicap passager (les menottes) et ce qu’il signifie. Cette rencontre, de plus, est on ne peut plus déterminante car non seulement elle redonne courage à Barry qui se sent enfin entendu, mais aussi parce que Martin est l’oncle de Pat et d’une certaine façon va consacrer leur union.
  • Freaks parce que notre duo va rencontrer un cirque et se retrouver dans la caravane des « monstres » comme on les appelle : Esmaralda (Annie SharpBolster) une femme à barbe ; Bones (Pedro de Cordoba) le bien nommé, l’homme-squelette ; les sœurs siamoises Marigold & Annette (Jean & Lynn Romer) ; la femme montagne (Marie LeDeaux) et le désagréable nain Major (Billy Curtis). Cette rencontre est à nouveau une belle leçon d’humanité, et ce malgré le malentendu de la situation : Esmeralda pense que Pat est là de son plein gré et soutient pleinement le jeune homme en fuite. Le discours d’Esmeralda va enfin faire basculer Pat du côté de Barry et offrir à ce dernier l’aide dont il avait besoin.

 

Et puisque nous sommes chez Hitchcock, nous avons droit à nouveau à une belle tension dans l’intrigue, amenant l’indispensable suspense qu’il maîtrisait. A nouveau, nous vivons pleinement la fuite de Barry et ses efforts pour faire triompher la vérité, et bien sûr, la séquence finale dans la main de la Statue de la Liberté reste l’un des grands moments du cinéma : Barry qui retient Fry par la manche alors qu’elle est en train de se découdre. Inoubliable.

 

PS : Et Hitchcock là-dedans ? J’avoue qu’une fois sur deux j’en oublie qu’il apparaît tant je suis captivé par ce film. Je vous laisse donc le soin de le (re)découvrir.

 

  1. Là, déjà, le budget n’était pas extensible.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Thriller, #Policier, #Alfred Hitchcock
Le Crime était presque parfait (Dial M for Murder - Alfred Hitchcock, 1954)

Pourquoi tuer sa femme ?

Parce qu’elle est riche. C’est la première raison et très certainement la plus importante. La seconde, elle a une relation avec un autre homme. Bref, deux raisons solides pour s’en débarrasser.

Comment tuer sa femme ?

Faire appel à une vieille connaissance, un tantinet truand afin de se couvrir et de détourner les soupçons. Ensuite, il suffit de motiver cette personne – en la faisant chanter un brin- afin qu’elle vienne vous débarrasser de cet importun fardeau pendant que vous n’êtes pas là.

C’est ce que décide Tony Wendice (Ray Milland) à propos de sa femme Margot (Grace Kelly) qui a en outre une relation avec Mark Halliday (Robert Cummings).

Le quidam pour la basse besogne ? Charles Swann (Anthony Dawson), ancien camarade de promotion. Sauf que…

Sauf que c’est Swann qui est tué. Par Margot.

 

Nous sommes ici à un tournant dan l’œuvre d’Hitchcock, l’un de ses plus grands films policier par la même occasion. En effet, cette fois-ci, il prend comme base le point de vue du tueur – Tony Wendice – et articule son intrigue autour de sa volonté » de se débarrasser de sa femme pour les raisons évoquées ci-dessus.

Et si le titre original fait référence au coup de téléphone passé par ce même Wendice (il commence par un 6 correspondant à la lettre M), le titre français est plus explicite quant à la démarche de Wendice.

Mais bien sûr, c’est le « presque » qui est le plus intéressant : tout d’abord parce que la victime n’est pas celle escomptée, et aussi parce que sa démarche est au moins aussi intéressante – pour le réalisateur comme pour le spectateur – que le résultat attendu.

 

Tourné en pleine vogue 3D, on pouvait, à sa sortie, muni de lunettes spéciales, apprécier certains éléments du film avec un effet de relief saisissant, accentuant les effets, et surtout la main de Grave Kelly cherchant un moyen de se défendre de son agresseur : la paire de ciseaux.

Cette arme inopinée amène l’une des morts les plus crues filmées par son réalisateur, essentiellement parce qu’on voit comment la blessure devient létale, tuant assurément cet assassin occasionnel.

 

Mais avec ce film, c’est un personnage et surtout un concept de série qui vont germer pendant près de 14 ans : Columbo. N’en déplaise à Wikipédia, l’inspecteur Hubbard (John Williams) est l’archétype du policier qui donnera naissance au policier interprété par le grand Peter Falk. Tout comme lui, il possède un imperméable, mais surtout, il veut passer pour plus idiot qu’il n’est auprès d’un criminel sûr de lui et un tantinet arrogant, afin de mieux le confondre.

La grande différence entre Hubbard et Columbo réside tout de même dans leur origine : Hubbard est définitivement anglais, comme le prouve le dernier plan du film.

Pour le reste, les différents épisodes de la série fonctionnent à peu près comme ce film : on sait qui a fait le coup et l’intérêt réside dans la faculté de déduction du policier à débrouiller l’intrigue.

 

Mais à la différence de la série, nous sommes ici chez Hitchcock (il apparaît, bien sûr) et il vient de découvrir une interprète qui, si elle ne va tourner que trois films avec lui, n’en gardera pas moins une certaine auréole, devenant l’une des actrices fétiches de ce réalisateur : Grace Kelly.

On la connaît surtout pour son rôle aux côté de Gary Cooper dans High Noon (1952), mais sa rencontre avec le grand Hitch va donner un autre – et final – tournant à sa carrière : suite à To catch a Thief (1955), elle épousera Rainer de Monaco et tirera un trait sur le cinéma après seulement 11 films.

 

Quoi qu’il en soit, ici elle interprète une femme abusée avec beaucoup de conviction, même si on peut lui préférer les rôles suivants que lui proposera Hitchcock.

Bien sûr, Ray Milland est – encore une fois – extraordinaire, assassin par procuration d’une habileté diabolique et John Williams fait partie de ces policiers du cinéma qui ne laissent pas indifférent, interprétant un personnage beaucoup plus sagace qu’on ne pouvait l’imaginer, véritable ascendant du petit inspecteur « imaginé » par Richard Levinson et William Link (voir plus haut).

 

Inoubliable.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Thriller, #Alfred Hitchcock
L'Ombre d'un doute (Shadow of a Doubt - Alfred Hitchcock, 1943)

Charlie (Teresa Wright) s’ennuie dans la petite ville de Santa Rosa (Cal.). Les jours se répètent inlassablement entre sa mère (Patricia Collinge) au foyer, son père (Henry Travers), banquier passionné de crimes, et ses frère et sœur Roger et Ann (Edna May Wonacoff).

Alors elle souhaite que son oncle Charlie (Joseph Cotten les visite pour leur remonter le moral.

Ca tombe bien, Charlie (l’oncle) a besoin de changer d’air et a prévu de quitter la côte Est pour aller les voir.

Mais qui est donc cet oncle secret et pourquoi a-t-il besoin de changer d’air ? Surtout que dans le même temps, un tueur de « veuves joyeuses » sévit, éliminant ses riches victimes avant de disparaître avec leur argent.

Et pourquoi la valse Heure exquise (1) vient-elle résonner dans la tête de l’autre Charlie ?

 

Sixième film américain d’Hitchcock (en trois ans !), L’Ombre d’un doute est très certainement l’un de ses meilleurs, son préféré s’il faut en croire le maître lui-même. Il faut dire que c’est avant tout l’atmosphère qui prime dans ce film, amenant une tension de plus en plus palpable, dans une intrigue très inquiétante.

La présence de Joseph Cotten dans le rôle de l’oncle mystérieux y est pour beaucoup. Il faut dire que son physique de jeune homme très bien accentue la noirceur présumée (2) de son personnage.

Et Hitchcock joue longtemps avec le spectateur avant de lui révéler la vérité, amenant certaines réparties qui font pencher la balance d’un côté plus que de l’autre, ainsi que certaines attitudes qui ne trompent pas.

 La grande idée du scénario vient de la dualité des Charlie : d’un côté l’oncle sombre et de l’autre la jeune nièce très vivante qui semble renaître à l’arrivée de ce dernier.

Et Hitchcock insiste sur le lien qui les unit, jouant sur la coïncidence (?) qui l’amène alors qu’elle voulait l’inviter, et la complicité qui s’installe à nouveau (pour eux mais pas pour nous qui découvrons). Sans oublier les deux plans qui nous présentent ces deux personnes : pour chacun d’eux, nous les découvrons allongé sur leur lit, découragé (désabusé ?), avec un désir inextinguible de changement.

 

Mais l’ombre du doute dont parle le titre va détendre le lien entre ces deux personnes, et progressivement ils vont s’éloigner mais sans pour autant se perdre de vue : s’il s’agit du tueur, Charlie va devenir une menace pour lui. Et s’il ne l’est pas, comment pourra-t-elle revenir ?

 

[Je ne peux continuer sans donner la résolution de l’intrigue. Si vous n’avez pas vu le film, revenez plus tard (demain par exemple). Pour les autres, je continue :]

 

Bien sûr, elle ne reviendra pas : Charlie est le tueur de veuves. Et dès la révélation – pour l’autre Charlie – commence ce qu’on aime chez Hitchcock : l’installation d’un suspense, ici motivé par le danger qui guette Charlie face à cet homme sans scrupule et qui n’hésitera pas à la tuer pour s’en sortir.

Nous avons alors droit à des plans fixes qui accentuent la menace pour la nièce, ainsi  que la culpabilité de l’oncle. On retrouve ces mêmes plans dans le reste de l’œuvre du maître : une réalisation simple, minimale mais aux effets des plus intenses. C’est l’oncle le long de la maison qui attend la jeune femme, ou une caméra subjective qui suit la marche de Charlie (la fille) s’approchant de cet être dangereux. Sans oublier un jeu d’ombre et de lumière (bien sûr !) indispensable dans une telle intrigue : le noir l’emporte souvent mais malgré tout on ne peut négliger l’aspect lumineux des personnages, même l’oncle qui aime sincèrement sa nièce. Mais ça, c’était avant.

 

Et comme nous sommes chez Hitchcock, nous retrouvons un humour de bon ton qui fleurit tout le long du film : le père et son voisin Herb (Hume Cronyn) férus de romans policiers et autres histoires de meurtres (irrésolus aussi !) qui passent leur temps à imaginer la meilleure façon de s’éliminer l’un et l’autre, dans un souci criminel autant qu’esthétique ; la jeune Ann qui lit beaucoup et retient. Sans oublier le célèbre McGuffin : c’est une bague d’émeraude que Charlie offre à Charlie. Et Charlie apparaît, la bague au doigt en descendant l’escalier, tout comme était apparue la nouvelle Mrs de Winter dans les habits de Rebecca presque trois ans plus tôt.

 

Du grand Hitchcock. Encore !

 

  1. Tirée de l’opérette La Veuve joyeuse de Franz Lehár…
  2. On ne sait pas tout de suite s’il est ou non un tueur.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espionnage, #Suspense, #Alfred Hitchcock
Les 39 Marches (The 39 Steps - Alfred Hitchcock, 1935)

Que dire de nouveau sur ce film archiconnu, vu plus de mille fois depuis son premier passage à la télévision ?

Tout d’abord que (presque) 90 ans après, cela fonctionne toujours aussi merveilleusement bien.

On y retrouve tous les thèmes chers à Hitchcock, de l’espionnage, en passant par l’innocence accusée sans oublier la sexualité, véritable leitmotiv de ses films jusqu’au « passage à l’acte » de Frenzy. Et j’allais oublier : l’humour!

 

Nous avons donc un jeune Canadien qui répond au nom de Richard Hannay (Robert Donat), enfin pas trop depuis l’assassinat de la mystérieuse Mrs. Smith (Lucie Mannheim) dans son appartement.

Qui l’a tué ? Une bande de malfaiteurs spécialisés dans le vol de secrets d’état répondant au nom de « 39 Marches ».

Nous assistons alors à une traque double : d’un côté un homme innocent poursuivi par la police pour ce crime qu’il n’a pas commis ; de l’autre cet innocent qui poursuit  « le professeur » (Godfrey Tearle), responsable de la situation et surtout chef du sinistre réseau.

 

Tout commence et se finit au music-hall, là où Hannay regarde un numéro « exceptionnel » : Mr. Memory (Wylie Watson) qui a mémorisé (d’où son nom) des informations (50 par jour !) et se propose de répondre aux questions (sérieuses) des spectateurs.

Entre les deux interventions de ce personnage fort étonnant, une aventure pleine de rebondissements où Hitchcock s’amuse et amuse le spectateur, jouant avec les différentes possibilités qu’offre le cinéma : visuelles et sonores.

 

Passons vite sur « l’effet spécial » : un hélicoptère (rudimentaire) qui est utilisé dans la traque d’Hannay. A moins que ce ne fût pour montrer l’éventail des différents moyens de Scotland Yard, cet engin volant est clairement incrusté, et surtout ne sert pas beaucoup l’intrigue.

Par contre, l’utilisation du son est des plus remarquables, une constante depuis Blackmail : la gardienne (concierge) qui découvre le cadavre de Mrs Smith et qui crie alors que nous entendons la sirène du train reste à ce jour (et à mon avis) l’une des plus belles utilisations du son au cinéma.

 

Bien sûr, l’association Robert Donat-Madeleine Carroll (Pamela), fonctionne à merveille : une opposition qui se transforme en jeu amoureux dans une situation de crise contribue au succès du film et à ce qu’on appellera alors la « Hitchcock touch ».

Outre son obsession de l’innocence accusée (1), on retrouve cette sexualité larvée qui émaille son œuvre.

C’est d’abord Mrs. Smith (encore elle), qui s’invite chez elle, sans occulter quelque sous-entendu qui ne sont alors plus équivoque. Mais ce sont aussi les vendeurs de gaines et autres articles féminins qui parlent de leur marchandise avec aisance pendant qu’un voyageur troublé les quitte.

Et puis il y a Pamela. Elle se retrouve enchaînée à Hannay et doit partager son intimité (2), sous l’œil bienveillant d’une aubergiste (Hilda Trevelyan) qui les prend pour un couple d’amoureux qui s’est enfui. Cette histoire n’en est pas vraiment une : ils sont en fuite mais certainement pas un couple d’amoureux. Enfin pas encore.

Alors quand Pam doit enlever ses bas, on voit la main de Hannay qui suit ses mouvements et par la même occasion caresse (involontairement ?) ses jambes.

 

Et puis il y a l’humour, indissociable des films du maître. Il est de plusieurs sortes : du plus vulgaire (l’âge de Mae West, et autres réflexions des spectateurs du music-hall) au plus subtile (les réflexions autour des cantiques), c’est une bonne dose de cet humour anglais si particulier.

 

Bref, Les 39 Marches est un film réussi à plus d’un titre : non seulement il est réalisé de main de maître, mais en plus, le pari des producteurs se révèle payant. Hitchcock confirme qu’il est un grand directeur et que le succès de L’Homme qui en savait trop l’année précédente n’était pas un accident.

Hitchcock est un grand et cela va se savoir. Au point qu’il sera bientôt demandé à Hollywood.

Mais vous vous en doutez bien : ceci est une autre histoire…

 

  1. Enfant, Hitch fut enfermé (très) brièvement au poste de police à la demande de son père : cette expérience traumatisante le poursuivra toujours, et peut expliquer ses nombreux héros qui doivent se disculper, en plus de sauver leur entourage ou leur pays.
  2. Jusqu’à un certain point défini par la morale (stricte) anglaise : et de toute façon, les personnages de cinéma n’ont pas besoin d’aller aux toilettes.

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