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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Terrence Malick
The Tree of life (Terrence Malick, 2011)

 

Fascinant.

Fascinant et déroutant.


La vie à travers les yeux d’une petite fille, qui devient femme (Jessica Chastain), se marie et enfante : trois garçons. Une vie somme toute heureuse avec cette famille bien masculine.

Et puis survient le drame : l’un de ses fils – le cadet (Laramie Eppler) - meurt, à 19 ans.

C’est le chaos dans sa vie.

C’est aussi le retour au chaos originel, à l’autre bout de l’univers, celui qui amena la vie. Cette vie qui s’arrête tôt. Toujours trop tôt.

 

Il y a du Kubrick dans ce film de Terrence Malick, où la référence à 2001, a space Odyssey est plus qu’évidente. Mais alors que le grand Stanley avait joué sur les couleurs en filtrant ses images et sur la vitesse (vertigineuse) pour son voyage vers l’infini, Malick ici prend son temps, et utilise des couleurs qui semblent plus naturelles (1), émaillant ces images de voix conversant avec le disparu.

Mais là s’arrête la comparaison, Malick repartant pour les années 1950s, quand les trois fils étaient enfants, sous la coupe d’un père (Brad Pitt) à l’éducation (très) stricte.

 

Encore une fois, le film est un très bel objet, d’une grande recherche artistique et donnant du panache à une histoire assez ordinaire : le monde à travers les yeux d’un enfant, jack (Hunter McCracken), l’aîné de ce père sévère et injuste, et qui ne sait pas vraiment comment aimer ses fils (comme la plupart des pères de cette époque)…

Mais cette histoire qui pourrait être banale est construite magnifiquement pour devenir une réflexion sur la vie, - et la mort bien entendu – amenant de nombreuses ruptures dans la ligne narrative qui n’a rien d’une droite !

 

Certes, la mort du frère/fils reste omniprésente, et le dialogue entamé au début va se prolonger pendant tout le film, espoir illusoire de faire revivre l’être aimé parti (beaucoup) trop tôt.

Et les différents sites choisis pour le tournage donnent à cette évocation un poids mystique fort, mélangeant la réalité et une éventuelle fiction – un fantasme ? (2) – jusqu’à une hypothétique réunion.

Et alors que ce film traite avant tout de la mort, c’est bel et bien la vie qui l’emporte, par les images, et par les sons.

 

Malick nous ramène sans cesse à l’eau, voire la mer, cette base de la vie terrestre, mais aussi le feu, que ce soit celui du soleil ou d’un volcan actif. Mais sans cesse il y a activité. Sans oublier la musique d’Alexandre Desplat et de ses illustres et glorieux prédécesseurs qui accentue le côté beau de la vie inhérent aux images montrées.

Et quand la vie semble avoir disparu – le voyage de Jack adulte (Sean Penn) – elle sera tout de même là à l’arrivée, avec le paradoxe qui va avec.


Oui, il y a un paradoxe dans ce film : d’un côté la mort qui fauche et de l’autre cette activité trépidante qui fait la vie : les relations familiales, le travail, et l’amour, ingrédient indispensable quand on parle de la vie.

Et ce paradoxe débute avec la mort du jeune frère/fils : le chaos engendré par la perte nous ramène au big bang et à l’arrivée de cette vie.

Il se poursuit ensuite avec l’opposition entre le père, son (ses ?) fils et son épouse, incapable de leur dire et surtout leur montrer correctement qu’il les aime. Et cette incapacité prend toute sa saveur quand on sait le destin tragique qui attend ce deuxième fils, celui qui, comme son père avait des prédispositions pour la musique : là encore, c’est celui qui est le plus vivant (3) qui s’en ira.

 

Un film tout en subtilité, d’une puissance et d’une beauté incroyables.

Mais je comprends qu’on ne puisse pas l’aimer.

 

  1. nous sommes au cinéma, difficile de parler vraiment de « naturel ».
  2. N’oublions pas que « fantasme » et « fantôme » ont la même étymologie.
  3. Un artiste est toujours plus vivant que les autres.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Mel Gibson
Tu ne tueras point (Hacksaw Ridge - Mel Gibson, 2016)

Mel Gibson nous revient avec un film de guerre plutôt singulier. En effet, après avoir filmé l’épopée – tragique – de Robert Bruce (Braveheart – ou s’être encore perdu dans les arcanes et surtout l’origine du christianisme – il nous propose ici un film de guerre en total accord avec le premier commandement (1) : « tu ne tueras point ». Ceci explique d’une part le titre français, mais surtout justifie le parcours de Desmond Doss (Andrew Garfield), objecteur de conscience et pourtant volontaire dans la seconde Guerre Mondiale.

 

Ce n’est pas la première fois que l’objection de conscience fait l’objet d’un film, mais après Howard Hawks (Sergeant York, 1941), qui voyait Gary Cooper refuser de tuer mais n’était pas contre le fait de se débarrasser d’ennemis légitimes, Mel Gibson ôte tout élément comique et nous propose ici un film de guerre des plus réalistes et authentiques, se basant sur l’expérience – et la vie – de Desmond Doss, qui a réellement vécu tout ça.

 

Alors que Hawks jouait sur l’ambigüité, Gibson ne fait aucune concession, et la seule fois où son héros a un fusil en mains, c’est pour créer un brancard de fortune, permettant au sergent Howell (Vince Vaughn) de se sortir de l’enfer de Hacksaw Ridge (le titre original) vivant.

 

Pourtant, Doss n’est pas un personnage des plus extraordinaires. Fils d’un ancien de la Grande Guerre, alcoolique (Hugo Weaving) – et donc violent – il se distingue par une bonté naturelle, et ce malgré la violence paternelle. C’est cette bonté qui lui fera rencontrer Dorothy (Teresa Palmer) et d’une certaine façon le poussera à s’engager dans l’armée américaine, avec la ferme détermination de ne jamais tenir en main une quelconque arme.

Et coup du sort, ou plaisanterie du destin, c’est son père, voir plus haut, qui lui permettra de jouir du statut décrié d’objecteur de conscience sans être taxé de lâcheté ou quelque qualification similaire et censée dégradante.

Bien sûr, la religion joue un grand rôle dans la conviction de Doss, mais sans pour autant faire du film un pamphlet religieux contre la guerre.

J’aurais même tendance à dire que ce film permet à deux conceptions totalement antinomiques de coexister : le fait que Doss refuse de porter arme(s) n’est pas incompatible aux assauts prévus.

 

Et c’est là, à mon avis que le bât blesse dans ce film.

Le dernier assaut, que nous ne verrons pas, Gibson choisissant – à juste titre – de terminer son film avant, prend en compte la différence de Doss, voire en fait d’une certaine manière une arme pour les soldats qui s’en vont mourir glorieusement pour leur pays (2) : l’assaut est différé afin de permettre à Doss de prier.

Et d’une certaine façon, on retrouve une situation des plus médiévales : Doss prie pour ceux qui n’en ont pas le temps, leur assurant de ce fait un quelconque salut, tout comme le faisaient les clercs pour les nobles guerroyant ou les paysans travaillant.

 

Je ne pense pas que Desmond Doss ait eu cette idée en tête quand il priait pour ceux qu’il allait éventuellement secourir, mais soixante-quinze ans après (environ) on ne peut s’empêcher d’y penser.

Quoi qu’il en soit, Mel Gibson nous livre un nouvel aspect de la guerre, allant beaucoup plus loin que Hawks. Il n’y a pas ici quelque élément comique dans la guerre de Doss, ce qui n’était pas vraiment le cas de York. Et cela ne vient pas du changement de conflit.

Gibson nous livre ici la guerre d’un pacifiste – un vrai – mais avec la conviction que ce sont ces gens qui peuvent réellement influer sur les conflits et – par extension – la bêtise humaine (ça, c’est de moi).

 

Oui, Desmond Doss fut un vrai héros. Mais pas un héros de guerre, un héros de la paix. On a l’habitude de considérer les soldats en héros quand ils ne reviennent pas du conflit.

Avec ce film, Mel Gibson nous montre qu’il existe d’autres héros, certainement pas célébrés part quelque chantre anonyme, mais tout de même indispensables voire responsables de la vie des autres, de ces anonymes – comme toujours – qui par leur action ont permis de sauver des vies, sans avoir pour autant à se salir les mains dans un tourbillon mortifère.

 

Pour une fois qu’un film de guerre glorifie (dans une certaine mesure, le terme est un tantinet fort) l’action de ceux qui sauvaient les autres, tout en sachant qu’ils pouvaient mourir aussi facilement qu’eux, on ne va pas bouder son plaisir…

 

  1. Tout du moins est-ce certainement le plus important.
  2. C’est ça, il me semble, la raison de mourir d’un soldat, non ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Bertrand Blier
Buffet froid (Bertrand Blier, 1979)

Gare de RER de la Défense, un soir.

Alphonse Tram (Gérard Depardieu) est seul sur l’immense quai et rencontre un quidam (Michel Serrault) (1) assis sur un banc.

Plus tard, il retrouve ce même homme – un comptable avec la tête de l’emploi – dans le couloir qui le ramène chez lui, poignardé avec son propre couteau.

Et si c’était lui qui l’avait tué ? Tram n’en est pas vraiment sûr, ni de son contraire d’ailleurs.

 

Noir et absurde.

Pas étonnant que le public – en 1979-80 ait boudé ce film à sa sortie. Il ne ressemble à rien de connu à l’époque. Ou plutôt si, à quelque chose que beaucoup de spectateurs n’avaient pas non plus compris une dizaine d’années plus tôt : les Shadoks. Ou alors qui viendra quelques années plus tard : La Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède.

En quoi ? Tout simplement parce que là encore, c’est surtout l’incompréhension qui a primé à la sortie, des spectateurs interloqués demandant même le remboursement de leur entrée !

Le film est avant tout une comédie où les dialogues (ciselés, cela va de soi) prennent une grande place, prononcés par des interprètes à la hauteur, le père du cinéaste en tête, Bernard Blier.

Et le tour de force de Bertrand Blier, ici, est de faire rire avec un sujet crucial dans ces années 1970s : la solitude des grands ensembles.

 

En effet, Tram vit à Créteil dans une immense tour (presque) vide, dans un grand ensemble urbain. Et pourtant, on ne voit que très peu de personnages pendant l’heure et demie que dure le film. L’une des deux séquences où il y a foule qui nous est proposée se constitue d’une brigade de policiers envoyée par Morvandiau pour débusquer un troisième locataire dans leur tour. L’autre « foule » concerne des invités à un concert privé où débarquent nos « héros » improbables.

A ce duo de locataires, vient se greffer un troisième larron lui aussi improbable : c’est un étrangleur de femmes compulsif (Jean Carmet). Mais comme Morvandiau est policier, ce n’est pas un problème.

  

Mais cette solitude froide qui nous est montrée est fort relative. En effet, alors que nous ne voyons que très peu de personnages à la fois (sauf dans les deux cas mentionnés ci-dessus), nos protagonistes ne sont pas seuls : outre le violoniste (Michel Fortin) qui essaie de s’installer), on sent des présences dans l’ombre. Le couteau de Tram disparaît alors que personne n’a été vu pendant l’échange entre ce dernier et le comptable assassiné au début : cette mort va déclencher plusieurs petits faits qui vont amener à la résolution finale de l’intrigue et qui nous confortent dans cette impression de présences.

Deux personnages vont apparaître qui feront suite à cette mort stupide et inutile : Eugène Léonard (Jean Rougerie) et un tueur à gage fort civil (Jean Benguigui).

 

Et nous spectateurs, somme autant déboussolés par cette histoire absolument absurde qui arrive à Alphonse Tram et ses deux acolytes. On pourrait même y trouver une pointe de surréalisme tant la référence au rêve est présente, Tram ayant toujours cette même impression de rêver à longueur de film, tant la situation est incongrue et lui échappe. Et de la même façon, la séquence dans le manoir où à lieu un concert privé n’est pas sans ressembler un cauchemar – pour Morvandiau alité sous un édredon démesuré – avec en point d’orgue (c’est le cas de le dire) l’installation des musicien pour lui jouer une sérénade (Brahms), lui qui hait les instruments à cordes. Cette séquence se termine d’ailleurs par des coups de feu et Morvandiau apparaît tirant (au hasard ? Presque) des coups de feu pendant que la « foule » des invités s’égaille paniquée (2).

Et les femmes ? Parce qu’il y a aussi des femmes. Elles sont quatre et ont chacune un rôle fort différent.

La première, c’est la femme de Tram (Liliane Rovère) qui sera étranglée (devinez par qui). Sa relation avec son mari n’est pas sans rappeler les relations qui lient les autres protagonistes avec le monde extérieur : Tram et elle sont deux étrangers qui cohabitent mais ne s’aiment pas vraiment.

La seconde est la veuve Léonard (Geneviève Page, elle aussi formidable), nymphomane hystérique qui sera elle aussi étranglée, une pulsion se contrôlant difficilement semble-t-il.

La troisième accueille le concert et semble appartenir à une organisation qui a décidé de l’élimination de nos « héros ».

Quant à la dernière, elle est jeune et (très) belle (Carole Bouquet) et semble complètement  étrangère à ce qu’il se passe, jusqu’à la révélation finale. Sa jeunesse pourrait lui faire endosser le rôle de l’espoir et de la vie, mais à nouveau, c’est une personne mortifère, comme toutes celles qu’on a pu rencontrer depuis le début du film.

Toutes ces femmes, habituellement symbole de la vie (car la donnant) sont des symboles de mort, parce qu’elles la reçoivent, ou la donnent.

 

Bref, Buffet froid est un film qui n’a rien perdu de son mordant ni de son humour noir. Et jamais la définition de l’humour n’aura autant convenu à un film : « la politesse du désespoir. »

Car le désespoir est partout dans ces petites vies simples et qui se terminent toutes de la même façon, inéluctablement.

Mais un désespoir aussi drôle, on en redemande.

 

      1. Qui n'apparaît pas au générique

      2. « L'acte surréaliste le plus simple consiste, revolver aux poings, à descendre dans la rue et à tirer au hasard, tant qu'on peut, dans la foule (André Breton, Second Manifeste du Surréalisme, 1930)

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Alberto Cavalcanti
Went the Day well? (Alberto Cavalcanti, 1942)

Bramley End, Royaume-Uni, Pentecôte 1942.

Une troupe de soldats britanniques débarque dans le petit village anglais pour des manœuvres.

Mais rapidement la vérité se fait jour : ce sont des soldats allemands parachutés qui annoncent l’invasion de l’île.

Après avoir maîtrisé la population, les nazis mettent en place cette invasion, avec la complicité d’un notable du village, Wilsford (Leslie Banks).

Mais même sur le sol anglais, la résistance s’organise et l’armée intérieure va venir déloger ces envahisseurs.

 

Il s’agit avant tout d’un film de propagande, tourné par le grand Alberto Cavalcanti (qui n’a pas son prénom au générique, d’ailleurs), et qui joue sur un des fantasmes anglais de cette deuxième guerre mondiale : l’invasion des troupes hitlériennes sur le sol anglais.

Et Cavalcanti nous entraîne avec brio dans cette histoire somme toute fort plausible, surtout pour les spectateurs de l’époque pour qui cette anticipation pouvait très vite (1) devenir une réalité.

Et alors que Hollywood de son côté nous proposait d’autres films de propagande avec des héros formidables et des nazis des plus ignobles, ici ce qu’on peut retenir, c’est le réalisme des situations.

 

En effet, aucun de es différents protagonistes ne répond aux critères hollywoodien (2), et surtout, Cavalcanti ne s’embarrasse pas de choquer ou non son public. La violence y est présente et surtout des plus justifiées : les nazis ne sont pas des enfants de chœur et s’il veut convaincre ce public, il doit jouer la carte de la vraisemblance.

Et tout semble bien se passer jusqu’au premier mort : le pasteur (C.V. France), qui meurt pour avoir voulu sonner l’alarme à la cloche de son église.

Les autres morts seront beaucoup moins belles mais sont parfois d’une sauvagerie assez crue : Mrs Collins (Muriel George) est tuée d’un coup de baïonnette après avoir tué un soldat d’un coup de hachette.

 

Bref, c’est un film de guerre très particulier qui nous est ici présenté, où nous sommes bien loin de la gloriole habituelle des productions cinématographiques de la même période. Cavalcanti reste au niveau des spectateurs, entretenant le mythe qui n’est alors pas seulement une chimère mais bel et bien la menace la plus réaliste qui puisse arriver quand le film sort (3).

Et avec cette histoire somme toute très simple, le but est atteint : il faut rester vigilant, on ne sait pas ce qui peut arriver (4).

Et si la Home Guard (armée de réservistes) intervient à temps pour éliminer les intrus, la démonstration est tout de même éloquente : une invasion est possible.

 

Outre cet aspect menaçant, ce qu’on retient du film, ce sont ces différents personnages embarqués malgré eux ans la guerre : les spectateurs de l’époque n’étaient en général confrontés à la guerre que dans les grandes villes, du fait des bombardements incessants de la Luftwaffe. Cette bataille de Bramley End, c’est la réalité du front qui arrive chez eux, au milieu de nulle part, là où la situation est réputée plus sûre.

Et cette situation extrême est accentuée par une armée allemande plus vraie que nature, une fois les apparences trompeuses effacées : ce sont des nazis aux manières barbares, capables de tout pour faire triompher leur idéologie mortifère.

A cela s’ajoute le personnage de Wilsford, traître des plus réussis (5), dont on peut toutefois se demander quelles sont ses motivations ou son contexte.

Il n’empêche, c’est un salaud bien campé par Leslie Banks, qu’on avait découvert dans Les Chasses du comte Zaroff : encore une fois, c’est un personnage peu sympathique qu’il interprète. Mais à nouveau avec beaucoup de savoir-faire.

 

Et puis il y a les autres, les petits qui vont permettre à la Home Guard de sauver le village, en ralentissant la progression des Allemands : le garde-champêtre (Johnnie Schofield) qui tente une sortie, ou même le braconnier. Sans oublier le sacrifice de Mrs Fraser (Marie Lohr), parce qu’il y en a toujours un : mais celui-ci est magnifique.

 

PS : ce film fut considéré – en 2005 – comme l’un des 100 meilleurs films de guerre par suite à une enquête de Channel 4. Ce n’est, à mon avis, pas usurpé.

 

  1. Enfin, pas si vite que ça tout de même…
  2. Normal : ce sont les Ealing Studios qui produisent
  3. Avant et après aussi, d’ailleurs.
  4. Cf. Matthieu, 25:13
  5. Rappel : il faut un méchant réussi pour un bon film. Ce film est donc très bon !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Heroic Fantasy, #Ron Howard
Willow (Ron Howard, 1988)

Willow Ufgood (Warwick Davis) est un Nelwyn : un nain si vous préférez. Un jour, ses enfants découvrent un bébé sur la rivière : c’est Elora Danan (Ruth & Kate Greenfield), qui doit précipiter la chute de la reine sorcière Bavdora (Jean Marsh).

Il va devoir protéger ce bébé de sa vie, aidé par un aventurier de grand chemin, Madmartigan (Val Kilmer), et un duo improbable de lutins, Rool (Kevin Pollack) et Franjean (Rick Overton).

 

Derrière cette histoire merveilleuse se trouve un grand nom du septième art : George Lucas. Non seulement il a imaginé l’histoire, mais il produit. Donc, ça va bien se passer. Il fait appel à Ron « Richie Cunningham » Howard pour la réalisation et on peut même trouver dans l’équipe un futur réalisateur : Joe Johnston qui sortira son premier long métrage l’année suivante.

Mais revenons à l’intrigue.

Lucas recycle : un peu de bible, un peu de mythologie grecque, et vous obtenez un bébé qui menace l’ordre établi et dont il faut se débarrasser.

En plus, si vous faites dériver cet enfant sur l’eau, vous n’êtres pas loin d’avoir un petit Moïse à l’arrivée. Mais (heureusement ?), c’est une fille et il n’y a aucune intervention divine dans cette histoire. Il faut dire que la magie suffit à rendre cette intrigue merveilleuse, même si on aurait pu espérer quelques éléments un tantinet plus sérieux.

 

En effet, nous spectateurs de 2020 qui avons vu le formidable Seigneur des Anneaux (les trois opus), avons l’habitude d’un peu plus de panache dans un film d’heroic fantasy. Parce que si visuellement, c’est plutôt magnifique (1), certaines réactions de personnages ne sont pas obligatoirement à la hauteur des espérances. Le combat des deux sorcières en est un exemple parlant : si Jean Marsh reste convaincante dans ce rôle de méchante, il n’en va pas de même pour Patricia Hayes (Raziel, la bonne sorcière) qui joue un bon ton en-dessous.

Par contre, le duo Willow-Madmartigan fonctionne très bien, Warwick Davis jouant avec brio de sa petite taille, flanqué d’un grand pendard au grand cœur, le plus souvent faire-valoir : c’est un changement notable, habituellement, c’est le nain qui sert de faire-valoir.

Et Davis est magnifique dans ce rôle, nous faisant presque oublier sa petite taille pour apparaître tel que doit être Willow : le gardien de la vie de la princesse.

 

Pour le reste, un film plaisant où la patte de Lucas reste tout de même présente. A cela s’ajoute la générosité de Ron Howard (2) pour une belle histoire, convenue certes, mais malgré tout bien rendue.

Alors, ne boudons pas notre plaisir.

 

PS : à noter la présence de Gavan O’Herlihy (Airk Thaughbaer) qui interpréta le rôle furtif de Chuck Cunningham, frère de Ritchie dans la série Happy Days (tiens, tiens…).

 

  1. Nous sommes en 1988 et nous en sommes alors aux débuts du « morphing ». Ce film, d’ailleurs, fera beaucoup pour le développement de cette technique, stade ultime avant l’introduction des effets numériques qui vont inonder le marché du cinéma dans la décennie suivante, moins de dix ans après.
  2. N’oublions qu’avant, il fut d’abord un acteur, ce qui explique cette générosité qu’on retrouve généralement chez les acteurs passés de l’autre côté de la caméra.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Chevalerie, #Guy Ritchie
Le Roi Arthur : la Légende d'Excalibur (King Arthur: Legend of the Sword - Guy Ritchie, 2017)

Oubliez tout ce que vous savez sur la légende arthurienne : Guy Ritchie nous propose ici un nouvel avatar du roi Arthur (Charlie Hunnam), avec épée dans le roc, magie et archi-méchant, l’usurpateur Vortigern (Jude Law).

Nous sommes bien loin des romans de la table ronde et du cycle du Graal cher à  Chrétien de Troyes.

En effet, nous sommes dans les âges sombres qui suivirent la chute de Rome (1), et le (faux) roi Vortigern a éliminé son frère Uther Pen-Dragon (Eric Bana) pour prendre sa place.

Mais son fils Arthur grandit loin de Camelot où il reviendra chasser son oncle et prendre la tête de l’Angleterre.

 

J’ai beau être un amateur du cinéma de Guy Ritchie, je n’arrive pas à sauver ce film. Pourtant, on y retrouve la même façon de filmer, alternant les rythmes et (ab)usant du ralenti pendant les temps forts, mais malgré tout ça, ça ne prend pas.

Dès l’ouverture ça ne va pas. On se retrouve plongé dans une sorte de resucée du Seigneur des Anneaux visitant Harry Potter.

Et la présence de l’immense Jude « Dr. Watson » Law – un habitué de Ritchie – n’y change rien : non seulement l’intrigue est poussive, mais en plus on se prend à bailler devant une telle débauche d’effets visuels.

Pare que c’est spectaculaire. Un peu trop d’ailleurs, à mon goût, Ritchie retrouvant les travers du cinéma du début des années 2000 : une multitude de plans séquences sur une minimum de temps amène rapidement une indigestion visuelle.

Et en plus il n’y a même pas Merlin !

 

D’une certaine façon, ce film est à la légende arthurienne ce que Gods of Egypt (l'année précédente) est à la mythologie égyptienne : un objet pompeux – très esthétique – mais qui n’a plus grand-chose à voir avec l’original.

J’ai déjà parlé ici de la version que John Boorman tira de cette même légende, la trouvant insipide et datée. Je dois avouer que grâce à la version Ritchie, je dois réviser mon jugement.

Mais, heureusement, il reste celle de Richard Thorpe, qui reste, à mon humble avis, la version cinématographique de base, même si elle n’est pas obligatoirement très respectueuse du cycle arthurien.

 

Bref, ne vous dérangez pas pour cette nouvelle adaptation et reprenez les essentiels : 1953, Robert Taylor (Lancelot), Ava Gardner (Guenièvre), Mel Ferrer (Arthur) & Felix Aylmer (Merlin), le tout réalisé par Richard Thorpe au meilleur de sa forme…

 

  1. Un beau cirque romain trône au milieu du Londinium qu’on n’appelle pas encore Londres.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Thriller, #Alice Winocour
Maryland (Alice Winocour, 2015)

Vincent (Mathias Schoenaerts) revient d’Afghanistan avec des fêlures dans la tête. En attendant le feu vert pour une nouvelle mission, il accepte une sécurité proposée par son ami Denis (Paul Hamy). Il s’agit d’une fête organisée par un riche Libanais, Imad Whalid (Percy Kemp).

Comme la soirée se déroule bien, on propose à Vincent de continuer pendant une semaine, assurant la protection de la femme de Whalid, Jessie (Diane Kruger) et leur fils Ali (Zaïd Errougui-Demonsant).

Mais si la soirée s’est déroulée normalement, le « baby-sitting » annoncé tourne au cauchemar : ils sont attaqués lors d’une sortie et on a cambriolé la maison pendant leur absence.

 

Avec Maryland, Alice Winocour réalise un film doublement « américain » : un thriller haletant (un peu quand même) ainsi qu’une incursion dans le stress post-traumatique des soldats, thème qu’on retrouve plus facilement outre-Atlantique.

Vincent revient d’Afghanistan ce qui ne fut pas une partie de plaisir : la liste de ses séquelles étant à elle seule une contre-indication pour effectuer la sécurité qui lui est proposée.

Et Winocour va suivre les événements essentiellement du point de vue de Vincent, utilisant une bande-son adéquate pour nous faire ressentir les émotions de ce soldat abîmé par les conflits : le travail de Gesaffelstein suit très bien l’évolution du personnage principal dont la perception est faussée par le stress déjà mentionné.

 

Progressivement, l’ambiance va se tendre, et ce qui semblait une chimère va devenir une réalité : la première alerte que ressent Vincent était bonne, n’en déplaise à ce que pensait sa cliente.

A partir de la première agression, Alice Winocour va continuer à faire monter la tension jusqu’à l’affrontement final – il y en a un, bien sûr – et amener progressivement la violence à un paroxysme.

Mais malgré tout cela, c’est bien la condition dans la tête de Vincent qui reste le fil rouge du film : la bande-son, mélangeant bruits réels et musique électro de Gesaffelstein ajoute au désordre qui y règne.

De plus, Mathias Schoenaerts s’est mis dans des conditions extrêmes – comme Matt Damon dans Courage under Fire – allant jusqu’à mettre sa propre santé en danger.

 

Il faut croire que cela valait le coup de le faire puisque son interprétation de Vincent est des plus convaincantes.

A ses côtés, Diane Kruger n’est pas seulement belle : nous assistons progressivement à une forme de décadence de son personnage. En effet, elle est absolument magnifique pendant la fête initiale mais à mesure que la tension s’installe, son apparence se dégrade : ses priorités ne sont plus les mêmes, elle apparaît alors telle qu’elle est vraiment, une femme qui n’a d’autre but dans la vie que de s’occuper de son fils, son mari – pas toujours présent – gagnant largement de quoi les faire vivre confortablement.

 

Leur relation est aussi intéressante car on assiste à une relation amoureuse fort étrange : à aucun moment ils ne vont faire l’amour, et si on se rappelle l’état d’esprit de Vincent cela n’est aucunement étonnant. Comme le confie Denis à Jessie : « Vincent est encore un peu là-bas ». Ajoutez à cela les réponses qu’il a faites au psy qui l’interrogeait, et vous comprendrez rapidement l’incapacité amoureuse.

Mais cela ne l’empêche pas de désirer cette femme, alors que dans le même temps il la terrorise : qui pourrait rester de marbre face à un tel individu ?

 

Et la toute dernière – et brève – séquence, avant les crédits de fin, constitue alors l’aboutissement de l’état d’esprit de Vincent : j’espère que vous n’y avez pas cru…

 

PS: Et « Maryland » dans tout ça ? C'est le nom de la villa.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Stephen Daldry
The Reader (Stephen Daldry, 2008)

Berlin, 1958.

Michael Berg (David Kross) rentre chez lui, malade. Il est secouru par une femme jeune, qui le sèche et le raccompagne.

Quelques mois plus tard, il retourne la remercier et tombe amoureux d’elle. Elle s’appelle Hanna Schmitz (Kate Winslet) et travaille dans les tramways.

Rapidement, ils deviennent amants, lui fougueux comme tout jeune homme de quinze ans, elle comme une femme gagnée par le retour d’âge et à qui la vie offre une nouvelle occasion d’aimer.

Mais Hanna a ses secrets : pourquoi laisse-t-elle Michael lui lire les livres qu’il étudie en classe ? Pourquoi ne veut-elle pas consulter l’itinéraire qu’il a préparé pour leur escapade ?

Mais s’il n’y avait que cela…

 

Il y a dans le cinéma de Stephen Daldry une subtilité qu’on avait beaucoup aimée dans Billy Elliott et qu’on retrouve ici dans cette histoire allemande. Mais alors que B.E. était une comédie, ici c’est plus d’une tragédie qu’il s’agit, où le passé se mêle aux sentiments et surtout où les vieux démons des « Années de Chien » (1) ressurgissent, rappelant sans cesse les responsabilités dans ce qui fut l’une des pages les plus noires de l’histoire de l’humanité.

Et ce qui fait la force du film, c’est bien sûr l’interprétation des différents protagonistes, avec en tête l’immense Kate Winslet dans ce rôle ambigu.

 

Ambigu parce que le personnage est complexe et renferme des secrets inavouables. Inavouables et de deux natures très différentes. Le premier, le plus évident, c’est son analphabétisme. On s’en doute rapidement quand on reconnaît certaines des tactiques employées par ses compagnons d’infortune frappés par ce même handicap (2).

L’autre secret concerne son passé : née en 1922, elle a vécu la période nazie comme enfant au début et comme adulte à la fin. Ses choix – « malheureux » serait un euphémisme – en découlent et pourraient s’expliquer par cette incapacité à lire. Mais à aucun moment la relation n’est officiellement exprimée : Hanna se refuse à avouer qu’elle est incapable de lire ni d’écrire.

 

D’où ce « liseur » (3) qui vient l’aimer et lire pour elle, lui permettant d’apprécier toutes ces grandes histoires. Et ce lien amour-livre est réciproque : d’un côté il lui apporte l’émotion artistique, de l’autre elle lui enseigne le plaisir amoureux, le temps d’un été.

Ce mélange sera aussi un révélateur de désespoir quand Michael apprendra le deuxième secret d’Hanna.

 

[Encore une fois, ce qui suit va révéler une partie de la résolution de l’intrigue. Si vous n’avez pas vu le film, vous savez quoi faire…]

 

En effet, Hanna a été une des gardiennes d’Auschwitz entre 1943 et 1944. Sa participation à la « solution finale » peut d’ailleurs être envisagée lors de la dispute qui se tient entre elle et Michael : ce n’est pas une certitude, certes, mais on sent cette vérité effleurer dans l’attitude et les propos d’Hanna.

Et on ne peut s’empêcher d’avoir un pincement quand Hanna est accusée par ses anciennes collègues d’avoir écrit le rapport qui va la condamner plus lourdement : sa honte de ne savoir lire l’emportant sur son salut, si on peut parler de salut dans cette situation.

 

Stephen Daldry réussit – encore une fois – à nous emmener dans une histoire forte et il est grandement aidé par ses interprètes.

Kate Winslet est – encore une fois – époustouflante de justesse et de naturel : elle est Hanna, cette femme complexe. Et quand on sait que Schlink l’avait en tête comme une interprète possible de son personnage, on comprend pourquoi. Elle joue sans fard ni artifice une femme terrible : capable d’amour et aussi d’une intransigeance criminelle comme on le voit pendant son procès.

Sans oublier ses scènes de nu avec David Kross (4) : là encore, ce sont des moments chargés d’émotion et d’une grande subtilité. La différence d’âge ne facilitant pas les choses.

Et surtout, Kate Winslet se livre dans toute sa « natureté » comme on disait autrefois : pas de doublure corporelle, des formes assumées et généreuses qui seront saluées à leur juste valeur par Oprah Winfrey dans son show incontournable.

 

Pas étonnant alors qu’elle ait décroché un Oscar – mérité, bien sûr – pour son interprétation.

 

PS : outre Kate Winslet et David Kross, on trouve Ralph Fiennes dans le rôle de Michael âgé. Encore une fois, Fiennes nous montre qu’il est un grand acteur, ajoutant par son jeu à la subtilité et la sensibilité qui baignent ce film.

 

  1. « Hundejahre » : 1933-1945
  2. Oui, c’est un handicap dans notre société où tout s’écrit et se lit.
  3. Traduction du titre du roman de Bernhardt Schlink (Der Vorleser).
  4. Ces scènes furent d’ailleurs tournées une fois que Kross eut 18 ans, histoire d’éviter des complications juridiques…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Drame, #Spike Lee
BlacKkKlansman (Spike Lee, 2018)

Ron Stallworth (John  David Washington, le fils de Denzel), jeune recrue, arrive à la police de Colorado Springs. S’il a été engagé, c’est aussi, et surtout, parce qu’il est noir.

Après un passage aux archives, il est envoyé sur le terrain en infiltration. Il rejoint alors Flip Zimmerman (Adam Driver), Jimmy Creek (Michael Buscemi, le frère de Steve) et le sergent Trapp (Ken Garito) qui les dirige.

Alors qu’il consulte le journal, il tombe sur une annonce du Klan : par jeu ou par sens de la provocation (ou autre ?), il appelle et se retrouve alors en bonne position pour devenir membre de cette terrible « organisation ».

Le seul problème : il est noir.

 

Comme l’annonce l’affiche, il s’agit d’une histoire vraie, celle de ce policier qui infiltra le triple K, avec l’aide de son équipe : les rencontres avec les membres ne pouvant avoir lieu avec Stallworth, c’est donc Zimmerman qui s’y rend, donnant alors le change à ces racistes ô combien dangereux.

Au début, cela semble relever de la gageure, voire de la plaisanterie. Mais rapidement, Stallworth rentre dans le jeu et convainc ses collègues.

C’est donc une descente dans ce milieu des plus malsains où les hommes et les femmes sont inégaux, et où la haine est de mise. Haine anti-noir tout d’abord et antijuive ensuite.

Et Spike Lee ne fait pas dans la demi-mesure (1), nous présentant froidement cette organisation néfaste : ses membres et surtout ses idées, exposées régulièrement par celui qui était leur chantre : David Duke (Topher Grace).


Et cette descente en enfer va définitivement éliminer l’élément comique original. Cette infiltration n’a rien de drôle : au contraire, les deux policiers sont constamment en danger – Zimmerman surtout – au milieu de ce groupuscule de ravagés qui sont en outre armés.

Mais alors qu’on a l’habitude de voir de la violence dans les films de Spike Lee, ici, pas une seule fois ces Américains dits « supérieurs » ne recourent à la violence physique : ce sont plus des échanges oraux entre les membres ou encore les réflexions de Stallworth qui nous intéressent ici. Il faut dire que le discours nauséabond de Duke est suffisamment violent pour éviter d’avoir en prime des images chocs.

Mais ces images ne nous seront pas épargnées : une fois l’intrigue terminée, Spike Lee termine sur ce qui faisait partie de l’actualité du film : Charlottesville. Et en particulier l’attaque à la voiture-bélier qui fit une victime, dans le cadre des manifestations des suprémacistes blancs qui protestaient contre l’enlèvement de la statue de Robert Lee, le célèbre héros du Sud.

 

Ce rappel historique est des plus pertinents quand il s’agit de parler du Klan : c’est au sortir de la Guerre de Sécession qu’est né cette organisation comme on peut le voir dans deux films-phares américains : Naissance d’une Nation et Autant en emporte le Vent. Ce n’est pas non plus un hasard si ces deux films sont cités ici : le film s’ouvre sur Atlanta et ses blessés pendant que Scarlett O’Hara (Vivien Leigh) recherche le docteur Meade. L’autre est projeté après la cérémonie d’intronisation des nouveaux membres (1).

Mais malgré la démonstration que représente ce film, nous sommes au cinéma, et Spike Lee mène son film de façon magistrale, réservant quelques grands moments d’émotion – c’est avant tout ce qu’on recherche dans une salle obscure, non ? – tout le long du film.

 

Lee premier, c’est le discours de Stokely Carmichael/Kwame Ture (Corey Hawkins) où Lee insère des plans des visages attentifs, isolés sur fond noir, donnant une solennité à son discours qui, n’en déplaise aux policiers, n’est pas un véritable appel au meurtre : il s’agit juste de changer de point de vue et de se dire « Black is beautiful ».

Autre moment de grâce (non, je n’en fais pas trop !) : le récit par Jerome Turner (Harry Belafonte) du lynchage d’un jeune homme noir en 1916. La voix de Belafonte va nous hypnotiser et nous allons nous imprégner de ce qu’il raconte, de cette injustice raciste flagrante qui amena la mort de ce jeune homme coupable – semblait-il, mais je n’y crois pas du tout – de viol su une jeune femme blanche. Et Turner remet ce lynchage dans son contexte : l’année précédente avait vu le retour du Klan, grâce à la projection du film de Griffith déjà mentionné plus haut.

Mais ce qui donne encore plus de force à l’histoire que nous avons entendue, ce sont les photos qui ont été prises de ce triste événement, lançant crûment à nos regards les effets de ce genre d’auto-justice.

De plus, cette histoire se tient dans une séquence de montage parallèle : l’autre sous-intrigue concerne l’intronisation des nouveaux membres de cette société, accentuant la force de ce qui nous est raconté.

 

Si Spike Lee réussit à nous tirer un sourire lors de l’une des dernières interventions de Ron Stollworth, ce sourire disparaît très vite quand surgissent les images de Charlottesville. Cette histoire qu’on aurait pu croire enterrée dans les années 1970s retrouve toute son actualité dans les événements d’août 2017. Et la violence qu’on n’a pas vue pendant le film se retrouve pleinement étalée dans les extraits d’actualité : ces gens du Klan ne sont pas des orateurs mais bel et bien des personnes d’action, prêts à tout pour imposer leurs idées sordides.

A ces images sont ajoutées celles du président américain actuel qui ne semble pas beaucoup dérangé par ces citoyens particuliers, renvoyant les deux camps sans les distinguer ni exprimer une quelconque préférence. Abject.

 

PS : David Duke, en 2017, tient toujours le même genre de discours, comme le confirme la dernière séquence du film.

 

  1. En va-il autrement avec lui ?
  2. Et une première fois au tout début alors qu’on assiste à la répétition d’un discours haineux prononcé par le docteur Kennebrew Beauregard (Alec Baldwin) en 1957.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Rouben Mamoulian, #Greta Garbo
La Reine Christine (Queen Christina - Rouben Mamoulian, 1933)

La caméra (1) se rapproche du visage de Greta Garbo, à la proue du navire qui l’emmène en Espagne : un visage lisse ni triste, ni gai, mais où les yeux ont cette étincelle d’espoir qu’on trouve malgré tout quand tout est perdu, mais qu’on ne peut pas descendre plus bas.

 

Garbo retourne en Suède.

En fait, elle interprète la reine Christine du titre, cette reine qui abdiqua au profit de son cousin Charles (Reginald Owen).

Et comme nous sommes à Hollywood, Rouben Mamoulian, par l’intermédiaire de son équipe de scénaristes (2), explique l’abdication par une volonté de liberté et surtout un amour magnifique avec l’envoyé de Philippe IV – Antonio (John Gilbert) – venu lui demander sa main pour le souverain.

 

Encore une fois, l’introduction du personnage interprété par Garbo est retardée au maximum, la découverte aiguisant l’envie du spectateur de découvrir la star dans un nouveau grand rôle.

Si nous rencontrons Christine dès le début, elle n’est qu’une enfant (1) !

Par contre, il faut attendre que la sixième minute soit entamée pour voir enfin la belle Greta. Voir est un tantinet exagéré puisqu’on ne peut que la distinguer, à cheval d’abor puis à pied et dans des habits d’homme (plus pratiques pour chevaucher). Et alors que la caméra la suit à travers le palais, son visage reste toujours occulté : la caméra est derrière et en plus, elle porte un chapeau.

Et quand enfin son visage va nous être révélé, c’est encore avec un léger temps d’attente, le chapeau s’effaçant au tout dernier moment.

Et croyez-moi, l’attente valait le coup : Greta Garbo est magnifique dans le rôle de cette femme libre au destin peut-être trop grand pour elle (4).

 

Mais surtout, ce film, ce sont avant tout les (dernières) retrouvailles de Garbo et Gilbert au cinéma. Je passerai sur leur histoire d’amour compliquée qui amena d’une certaine façon la déchéance de Gilbert, grâce surtout au gros Mayer, et me concentrerai sur ce duo extraordinaire qu’étaient ces deux immenses stars.

Certes, John Gilbert a été oublié, son souvenir se cantonnant au cinéma muet. Mais sa prestation – sonore – est tout à fait convaincante. On retrouve d’ailleurs la même intensité que dans les films communs antérieurs qu’il a tournés avec Garbo.

Sa voix n’est pas désagréable, mais surtout son regard n’a pas perdu de son éclat, et on sent bine qu’il n’a pas dû beaucoup se forcer pour interpréter ce gentilhomme amoureux de la belle Christine.

De son côté, la Divine porte encore une fois très bien son surnom, interprétant un personnage qui lui tient beaucoup à cœur – elle était suédoise, ne l’oubliez pas ! – une femme avant d’être une souveraine. Une femme, ce que Garbo était avant tout !

 

Bien sûr, ce fut l’un des plus gros succès de l’année pour la MGM, et même l’Impératrice rouge qui sortira quelques mois plus tard n’arrivera pas à le détrôner (c’est ce qu’on dit dans ce cas-là, non ?).

La Reine Christine est avant tout un film qui se savoure. Tout d’abord pour Garbo, toujours aussi magistrale, mais là aussi pour son partenaire naturel le grand Jack Gilbert, où leurs confrontations ne sont pas sans rappeler celles du temps où le cinéma était silencieux (5), et où tout passait – comme ici – par le regard.

Mais c’est aussi une très belle histoire d’amour, tragique bien sûr, où Garbo dégage la même sensualité que d’habitude. La séquence d’adieux dans la chambre que Christine a partagée avec Antonio est un grand moment sensuel du film : ses différents sens y sont mis à contribution afin qu’elle se remémore éternellement cet endroit : magnifique.

 

PS : Aussi curieux que cela puisse paraître, et la séquence d’intronisation le confirme, Christine portait le titre de « Roi de Suède ».

 

  1. De William H. Daniels, bien sûr !
  2. Dont l’ami de Garbo, Salka Viertel, qui collaborera à l’écriture de plusieurs films de la Divine à partir de celui-ci.
  3. Cora Sue Collins, qui aura 93 ans le 19 avril prochain…
  4. Toujours est-il que c’est ainsi que cela nous est proposé.
  5. Traduction littérale de « silent cinema », qu’on appelle chez nous « cinéma muet ».

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