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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western, #Edwin S. Porter
Le Vol du grand rapide (The great train Robbery - Edwin S. Porter, 1903)

Quatre hommes attendent le train.

Ce sont des bandits. Ils ont menacé, assommé et ligoté le chef de gare.

Ensuite, ils se sont placés sous le réservoir.

Là, ils ont embarqué. Ils ont alors dérobé le contenu du coffre ainsi que les voyageurs.

Mais les rangers veillent et partent à leur poursuite.

 

Il s'agit là du premier western américain. On y trouve déjà les ingrédients qui feront la gloire du genre, grâce entre autres à John Ford ou Sergio Leone.

John Ford ? Parce que déjà, on y danse. Les rangers, insouciants des événements tragiques font la fête dans les environs de la gare. Et on n'hésite pas non plus à sortir le pistolet et tirer pour faire danser un pied-tendre de passage. Mais quand le devoir appelle, ils sont tout de suite prêts.

Sergio Leone ? Les bandits, comme ceux de Il était une fois dans l'Ouest attendent un train et se placent aux deux mêmes endroits : le bureau du chef de gare et le réservoir d'eau.

Mais ce qui est frappant (dans tous les sens du terme), c'est l'utilisation de la violence. C'est un véritable festival, en seulement douze minutes !

Les bandits, frappent, menacent et tuent si nécessaire ceux qui se trouvent en travers de leur chemin : le gardien du coffre et un passager font les frais de ces truands qui ont la gâchette facile. Le mécanicien aussi est tué : assommé par un brigand, il est achevé à coup d'objet contondant puis balancé hors du train. Ils font même sauter à la dynamite le coffre trop résistant pour eux.

Les rangers ne sont pas de reste. En effet, ils poursuivent ces méchants bandits et leur réservent un sort peu enviables : un par un ils sont abattus, sans autre forme de procès. Peu importe la sanction, ils ont été punis, la morale est sauve : le crime ne paie pas !

Nous sommes donc bien dans un western, qui s'il n'est pas fondateur - quoi que - offre aux spectateurs de 1903 une grande portion de sensations : cette attaque est très réaliste, tout comme la réaction des hommes de loi.

 

Mais ce qui fait (toujours) la notoriété de ce film, c'est le plan rapproché de Justus D. Barnes : un vrai cowboy, avec chapeau au bord rabattu et moustache bien fournie, vide son chargeur (six coups) en direction du public qu'il fixe sévèrement.

Ce plan aussi rapproché tranche complètement avec le reste du film constitué de plans d'ensemble. Cela donne une impression terrible juste à la fin du film.

C'est ce qu'on pourrait appeler un coup de publicité : les spectateurs ne pouvaient qu'en parler en sortant, encourageant ainsi d'autres personnes à venir voir un film aussi effroyable.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Christian-Jaque, #Erich von Stroheim
Les Disparus de St-Agil (Christian-Jaque, 1938)

St-Agil. Pensionnat de garçons.

A Saint-Agil, on trouve des élèves, bien sûr. On trouve aussi des professeurs : Planet l'insomniaque (Jacques Derives), Lemel l'alcoolique (Michel Simon) dit « Trois-Etoiles », Donnadieu le maître de musique (René Génin), Walter le professeur d'Anglais étrange et étranger (Erich von Stroheim) et Boisse, le directeur (Aimé Clariond).

Mais dans cet établissement, outre le surveillant d'internat (Martial Rèbe) et Mazeau le concierge (Armand Bernard), on trouve un drôle de personnage qui entre et sort à volonté, une espèce d'homme invisible (Robert Le Vigan)...
Et au milieu de tout ce beau monde : les Chiche-Capons. Un trio d'élèves mystérieux - Baume (Serge Grave), Sorgue (Jean Claudio), et Macroix (Mouloudji) qui ne rêvent que d'une chose : aller en Amérique.

Le premier qui disparaît, c'est Sorgue. Il tourne au coin d'un couloir, la caméra le suit et hop, il a disparu ! Après c'est Macroix, et après...

Le mauvais œil plane sur le pensionnat.

 

Les héros sont bel et bien les trois enfants, il n'empêche : ce sont les adultes qui retiennent l'attention. Il faut dire que la distribution est riche et les rencontres grandioses.

A tout seigneur, tout honneur : Erich von Stroheim. C'est avant tout un « étranger ». D'où vient-il ? Certainement d'un pays anglophone, au vu de son accent et de son élocution. Il semble qu'il ait une femme et un petit garçon. Mais c'est un homme seul : ses collègues ne lui parlent que très peu, voire pas du tout, on se méfie des étrangers à St-Agil. Il ferait même peur aux enfants. Pourtant, c'est le seul véritable pédagogue de cette institution, prenant même la défense des enfants contre certain professeur autoritaire et abusif.

Donnadieu et Lemel se méfient des étrangers. Nous sommes à la veille de la guerre (14-18 dans le film, 39-45 à sa sortie !), et les étrangers sont mal vus, la psychose des espions étant une habitude dans les temps troublés.

Mais, comme le dit le directeur : on n'a rien à lui reprocher.

 

Ce n'est pas le cas de Lemel. Michel Simon nous dresse un portrait haut en couleur de cet artiste raté, admirateur de Dürer et de la dive bouteille. Avec une moustache. On pourrait la comparer à celle d'un dictateur qui faisait fureur en 1938, mais si elle est peu soignée, petite et hirsute, trempant régulièrement dans un verre d'alcool, c'est d'abord la moustache d'un homme désespéré par son échec. Son allure lui importe peu. Alors entretenir cette moustache, non. Et il y a une recherche de dignité dans son allure couplée à un éthylisme prononcé qui touche au grandiose. Et en plus, il y a sa voix particulière : une véritable réussite ! Ses rencontres musclées avec Stroheim touchent à l'indigne avec superbe.

 

Le troisième professeur notable, c'est celui de musique. Donnadieu est le seul qui ne pense qu'à l'extérieur et à la guerre - inévitable selon lui - qui doit arriver. Chacune de ses interventions va dans ce sens. Alors évidemment, quand on bat le rappel en pleine nuit pour retrouver les enfants, sa réaction est prévisible (et attendue) : « Cette fois, ça y est ! C'est la guerre ! ».

Parmi les adultes, il est un autre trio qui s'apparente plus aux Pieds Nickelés qu'à autre chose : César (l'homme invisible !), Alexis (Albert Malbert) et Bernardin (Pierre Labry). Ce sont des bandits, mais de petit chemin. Seul César est un drôle de coco. Alexis et Bernardin sont deux pauvres bougres embarqués dans cette histoire plus (Alexis) ou moins (Bernardin) malgré eux.


Et puis il y a les dialogues. Du Prévert, même si ce n'est pas indiqué dans le générique. Et là encore, on n'est pas déçu :

« Bons ou mauvais, c'est toujours avec les étrangers que nous aurons la guerre » (Donnadieu)

« C'est pas marrant d'avoir quelqu'un qui lise derrière votre dos, surtout quand c'est quelqu'un qui sait pas lire ! » (Alexis)

« Il avait la tête des gens qui parlent beaucoup et... Font pas grand chose. » (César)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Landis
Un Fauteuil pour deux (Trading Places - John Landis, 1983)

Pour Max

 

C'est avec l'ouverture des Noces de Figaro (de Mozart, bien sûr) que tout commence.

D'un côté, le monde des riches : belle maison, serviteur, petit déjeuner au lit ; de l'autre misère, ou si ce n'est pas ça, ça y ressemble beaucoup.

Dans ce film, presque tout est à prendre sur un modèle double : d'un côté les riches et de l'autre les pauvres. Les bons et les méchants.

Sauf que les pauvres ne sont pas obligatoirement les bons, ni les riches les méchants. Enfin pas tous.

D'un côté, Louis Winthorpe III (Dan Aykroyd) : bonne famille, éducation irréprochable, Harvard, Yale (etc.). C'est un homme froid. Il aime une femme qui doit lui donner des héritiers. Ce n'est pas de l'amour, c'est du pragmatisme : sur son bureau, la même photo d'elle qu'à la maison.  De l'autre Billy Ray Valentine (Eddie Murphy) : école de la rue, mendicité... Il est le négatif (moral ET physique) de Winthorpe. Tout comme son homologue, il est le jouet d'une situation qui lui échappe totalement. Mais si Winthorpe a beaucoup de mal (qui n'en aurait pas ?), il se moule parfaitement dans son nouveau rôle. Entre les deux : Mortimer et Randolph Duke (Don Ameche & Ralph Bellamy).

 

Parce que le problème, ce sont ces deux vieux schnoques. Ils sont (scandaleusement) riches, et comme tous les riches, immensément radins. Et s'ils ont le même objectif dans la vie (faire de l'argent), c'est du point de vue éthique qu'ils s'opposent.

Pour Mortimer, tout est inné : c'est dans les gênes que se trouve la valeur. On naît du bon côté et tout s'enchaîne.. 

Pour Randolph, par contre, c'est l'environnement qui crée les conditions de réussite (ou non).

C'est sur cette opposition qu'ils vont s'affronter. Pour les départager, deux cobayes : Valentine et Winthorpe. Tout ça parce qu'un jour, Winthorpe, porteur d'un attaché-case de valeur est rentré dans Valentine qui ne demandait rien. Et comme en plus, Valentine est noir...

Parce que la question noire est l'un des cœurs du problème : ces deux vieux tromblons sont racistes : même si Randolph semble nourri d'idées progressistes, il n'est pas mieux que son frère, un petit blanc raciste et mesquin.

 

Nous sommes en 1982 (pendant le tournage). Ce sont ce qu'on appellera les années Reagan : des années où l'argent est le maître, où tout est bon pour en faire. Et tant pis pour ceux qui n'y arrivent pas. Valentine fait partie de cette dernière catégorie, alors que Winthorpe est le fer de lance de cette politique.

Mais avec ce pari, les données changent et Winthorpe passe de l'autre côté : il ne veut plus cautionner le système des Duke. Sauf que...

 

Sauf que Valentine est lui aussi passé de l'autre côté. Et rapidement il a pris conscience de la valeur des choses. Il ne cautionne plus la conduite de ses « amis » qu'il a invités chez son nouveau chez lui (« fuck'em!  dit-il à leur propos). Valentine n'est plus du côté des pauvres. Et le final ne contredit pas cela.

Avec tout cela, nous assistons à une belle comédie où l'argent est - sinon le fer de la guerre, du moins - le maître. Il n'y a pas de morale affichée : l'argent gagne. Et ceux qui avaient n'ont plus, et ceux qui avaient moins ont maintenant.

 

Il n'empêche que cette comédie bénéficie de deux atouts : Dan Aykroyd et Eddie Murphy. Dan Aykroyd, qui a longtemps amusé l'Amérique avec son complice John Belushi (malheureusement décédé d'une overdose) et Eddie Murphy, qui, en plus d'être noir [et qui fournit ainsi un critère d'embauche pour le film (ce fameux principe de tolérance cher aux Américains, mais qu'importe, Murphy est (presque toujours) irrésistible] est formidable dans le rôle de Valentine.

Ces deux stars sont en outre aidées de seconds rôles solides : Ophelia (Jamie Lee Curtis, qui n'a pas seulement une plastique) et Denholm Elliott, valet pas si dévoué que ça.

 

Et à la fin, qui a gagné ? Les hommes ou l'argent ?

 

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Biopic, #Abel Gance
Napoléon (Abel Gance, 1927)

Phénoménal.

Après Les deux Orphelines (David Wark Griffith, 1921) et Scaramouche (Rex Ingram, 1923), il était temps que les Français donnent leur version de leur Révolution.

Et là, on n'est pas déçu. Certes, Robespierre a toujours le mauvais rôle. Mais cette fois-ci, les ténors de la Révolution sont tout de même plus ressemblants. Et c'est aussi l'occasion d'avoir une séquence d'anthologie : La Marseillaise (voir plus bas).

Et c'est avant tout de Napoléon qu'il est question. De 1783 à 1796, nous allons suivre l'évolution dans le temps et dans la tête du dictateur le plus célèbre au monde.

 

Ca commence à Brienne, où Napoléon (Vladimir Roudenko) était interne. Il dirige une bataille de boules de neige, à quatorze ans, (déjà) comme un stratège. Et ça se termine aux portes de l'Italie, avant de commencer la Campagne.

Et entre les deux ? Des épisodes tirés des livres d'histoire. Tout y est : la boule de neige piégée ; la traversée de la méditerranée avec un drapeau tricolore en guise de voile ; la prise de la Redoute de Toulon ; et bien entendu Joséphine de Beauharnais (Gina Manès).

 

En plus d'un biopic, nous avons droit (encore une fois) à une leçon magistrale de cinéma.

Comme dans L'Aurore, nous avons droit à toutes les techniques cinématographiques existant : travellings, panoramiques, gros plans, caméra subjectives, montages parallèles, flashbacks... N'en jetez plus ! Et en prime, une séquence finale constitué par l'assemblage de trois plans côte à côte, accentuant le côté grandiose du personnage et de son destin.

C'est une féérie d'image. En plus de Gance, on note la présence de deux « migrants » russes (et pas des moindres !) : Victor Tourjanski et Alexandre Volkoff.

La caméra est presque toujours en mouvement, le montage est extrêmement rythmé, les images sont parfois teintées (rouge, bleu, jaune...). On en a plein les yeux.

Il y a une frénésie dans ce film que les images traduisent parfaitement : lors de la bataille de boules de neige, pendant la Marseillaise, le 10 août 1792...  C'est incroyable. A cela s'ajoutent des surimpressions d'images - jusqu'à cinq plans différents - qui terminent de nous submerger.

Et puis comme c'est Abel Gance, on a droit à une scène orgiaque : c'est le Bal des Victimes, qui tourne rapidement à la bacchanale, avec vin à gogo et danseuses dénudées. Du pur Gance, quoi !

 

Et Napoléon, c'est aussi - et surtout - celui qui l'interprète : Albert Dieudonné. Il ne joue pas Napoléon, il est Napoléon. Tout, dans son allure, sa démarche, son regard, sont les caractéristiques de « l'Empereur ». L'exaltation de Dieudonné suffit à amener le souffle épique qui manquait aux soldats qui feront la Grande Armée. Il y a dans ses yeux toute l'éloquence que ne nous permet pas d'entendre le cinéma muet. Et c'est pour ça que le cinéma muet est plus riche que le parlant.

Et puis il y a aussi le Napoléon plus intime : celui qui ne sait pas parler aux femmes qu'il désire, celui qui accepte une partie de colin-maillard avec les enfants de Joséphine. Il a autant de gaucherie que d'aptitude stratégique. Il en redevient humain, voire accessible. Ce sont d'ailleurs les seuls moments. Même en famille, il y a chez lui une supériorité que tous lui concèdent. Même avec sa mère, il est au-dessus. Ce n'est pas un fils normal.

 

Et bien sûr, il y a les moments de bravoures : les séquences « cultes », comme ils disent...

- La bataille de boules de neige : certes, elle fait partie de la légende dorée du Corse, mais il faut reconnaître que Gance en fait l'événement fondateur de la carrière de Napoléon. Comme lors de chaque grand moment du film, Gance a choisi d'utiliser une caméra au plus près de l'action, parfois subjective, parfois fixe, mais le plus souvent en mouvement. Cette séquence nous permet en outre de présenter un personnage qui sera témoin de l'ascension du héros, de Brienne à l'Italie : Tristan Fleury (Nicolas Koline).

- La Marseillaise : il y a trois grandes exploitation de cette chanson au cinéma. Celle de Michael Curtiz dans Casablanca, celle de Jean Renoir dans La grande Illusion, et celle-ci. Nous assistons à la naissance d'un hymne. Là encore, le montage de Gance et Marguerite Beaugé crée la magie. L'image est partagée en quatre puis en neuf parties avec tous ces gens qui chantent. Pour un peu, on entendrait Danton (Alexandre Koubitzky) chanter.

- La nuit du 10 août 1792 : c'est un montage parallèle entre la fin de la royauté et la fuite en bateau à travers la tempête. Il y a sans cesse un passage de l'Assemblée Nationale à la Méditerranée avec un mouvement de vagues. Le bateau est secoué par les flots pendant que l'Assemblée est secouée par les événements. Mais en plus, il y a un mouvement pendulaire de la caméra auquel s'ajoute une confusion des images due à la surimpression de cinq plans différents, le dernier apparaissant étant la guillotine !

- La veillée dans la Convention : Napoléon va partir pour l'Italie. Il vient une dernière fois se recueillir dans cette salle vide. C'est là qu'il rencontre les fantômes de la Révolution, Danton, Robespierre (Edmond van Daël), Marat (Antonin Artaud) et Saint-Just (Abel Gance soi-même) en particulier. C'est l'occasion de rappeler les garanties que donnait Napoléon quant à la sauvegarde de la Révolution - on sait ce qu'elles ont valu. Là encore, nous assistons à des surimpressions ( ce sont des esprits avant tout), mais il y a aussi cet homme face à son destin et son héritage.

- Aux portes de l'Italie : on change de format. Au lieu d'un 35mm habituel, on passe à un triptyque 3x35mm avec continuité (ou non) de l'image. Cela permet de grands panoramas mais aussi trois foyers d'actions dans une guerre qui s'annonce. C'est aussi là que Dieudonné-Napoléon prend toute sa dimension.

 

Trois cent trente-deux minutes de grand cinéma : du bonheur et beaucoup d'émotion.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Laurel & Hardy, #Jess Robins
Le Veinard (The lucky Dog - Jess Robins, 1921)

Il vient d'être chassé par sa logeuse : son loyer commençait à atteindre des sommes comparables au budget de la Défense.

Le voilà à la rue : au sens propre comme au sens figuré.

C'est là qu'il fait la rencontre de sa vie : un chien, bâtard magnifique.

Il rencontre aussi une jeune femme (Florence Gilbert), malheureusement accompagnée.

Qu'à cela ne tienne, il engage tout de même la conversation.

Et c'est formidable : elle adore les chiens !

Et comme dans Une Vie de chien, ce dernier est le déclencheur du bonheur du héros.

 

Il - le héros - c'est Stan Laurel, la vedette du film. Oliver Hardy n'est qu'un faire-valoir occasionnel. Il ne s'agit pas de leur première véritable collaboration, comme on l'imagine habituellement, chacun étant complémentaire de l'autre. Il s'agit avant tout d'un film de Laurel dans lequel Hardy a un petit rôle, tout comme Jack Lloyd qui joue l'amoureux de la jeune femme. Mais cela n'empêche pas deux confrontations entre ces deux géants, pour notre plus grande joie.

Leurs apparences sont très différentes. L'unité de costume viendra :

- Laurel est un jeune dandy à la démarche un tantinet alcoolique (ce qui est possible, vu son attirance vers la dive bouteille),  porte un canotier sur une chevelure bien partagée par une raie légèrement à gauche. Ce n'est pas un personnage geignard comme on le découvrira avec Hardy, mais s'il montre un peu de courage, il a facilement peur. Il est entreprenant avec les demoiselles, même si elles sont accompagnées. C'est un personnage tout à fait normal, une espèce de grand échalas aux manières pas toujours bien correctes.

- Hardy n'est donc qu'un personnage secondaire. Vêtu de sombre, il a déjà la moustache et une lâcheté à fleur de peau (voir la scène du pistolet). Il est en outre affublé de sourcils très épais, ce qui accentue son côté méchant (méfiez-vous des gens aux gros sourcils !). Son utilisation subalterne ne lui permet pas de s'exprimer autant que Laurel, mais leurs rencontres laissent présager des possibilités alléchantes.

Leur première rencontre se passe en pleine rue : Hardy est un malfrat qui détrousse les passants. Et ça se conclut chez la jeune femme, avec la belle scène du pistolet chargé qui ne veut pas tirer.

Pour le reste, ce n'est pas une histoire bien rigoureuse, mais que nous importe : il fallait faire rire (même avec une histoire  un peu bancale).

Et de ce côté-là, c'est réussi.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #F. W. Murnau, #Muet, #Comédie dramatique
L'Aurore (Sunrise: A Song of two humans - Friedrich Wilhelm Murnau, 1927)

La lune s'est levée, pleine. Un homme - Ansass (George O'Brien) - avance dans la lande à sa lumière. Il est venu rejoindre sa maîtresse : une femme de la ville (Margaret Livingston). Elle est belle, elle est brune, elle est libre, elle fume, et comble de l'audace : sa jupe monte au-delà de la cheville !

Alors pour cet homme de la campagne, elle personnifie tout ce qui lui est étranger mais le fait rêver : la ville et ses plaisirs, son faste, ses frasques.

Entre eux deux, c'est la passion : elle veut qu'il quitte tout pour elle et vienne la rejoindre à la Ville. Mais il y a sa femme, Indre (Janet Gaynor). Pour elle aussi, c'est la passion. Mais dans le sens premier du terme : la douleur. La douleur d'avoir perdu celui qu'elle aimait, la douleur d'être seule, avec son enfant ou dans son grand lit.

Alors quand il lui propose de l'emmener de l'autre côté du lac, elle veut saisir cette dernière chance de le retrouver. Mais il n'a qu'une idée en tête : s'en débarrasser pour vivre avec l'autre, l'étrangère de la ville.

 

La quintessence du film muet. L'un des plus beaux films jamais réalisés, par l'un des plus talentueux des maîtres du cinéma.

Malheureusement, ce film n'est véritablement connu que des inconditionnels de ce même cinéma muet, parmi lesquels le professeur célèbre Allen John et moi-même. Surtout lui, d'ailleurs. Et malheureusement très rarement programmé à la télévision, encore moins au cinéma.

Quel film, pourtant. C'est justement alors que le cinéma va subir sa pire révolution (le parlant) que s'enchaînent les films parmi les plus aboutis. En 1927, en plus de l'Aurore, on peut voir Metropolis de Fritz Lang, The Lodger d'Alfred Hitchcock, Le Roi des rois de Cecil B. DeMille, L'inconnu et London after Midnight de Tod Browning, Casanova de Volkoff, et l'incontournable Napoléon d'Abel Gance ! (il y en a même qui ont vu Octobre, mais ça, c'est juste pour faire sourire mon ami Allen John !)

Le cinéma est arrivé à maturité. Et Murnau est certainement celui qui le montre à la perfection avec ce magnifique film (euphémisme !).
C'est une féérie d'images, un festival de techniques cinématographique et un jeu impressionnant de deux grands acteurs : George O'Brien et (surtout) Janet Gaynor. Et il y a un côté Lillian Gish chez elle...

 

Tout le cinéma est là :

- La première rencontre entre Ansass et la femme se situe sous la lune (l'autre personnage important du film, révélateur des émotions et des péripéties) , symétriquement à l'astre nocturne, faisant suite à un travelling dans la lande amenant une caméra subjective écartant les branches d'un saule, afin de révéler la présence de la femme.

- Alors qu'Ansass étreint sa maîtresse, dans le même temps, Indre embrasse son enfant, pleurant ses amours mortes, dans un montage parallèle très pertinent.

- Surimpressions lors de la séquence d'ouverture ou pendant la fête foraine donnant un sentiment d'euphorie et de foule, mais aussi dans un moment d'intimité où Ansass repense à cette femme. Ce souvenir nous apparaît alors et le caresse tendrement.

Pour paraphraser Chaplin dans The Kid, il s'agit d'« un film avec une larme, et peut être un sourire. »

 

Parce qu'en plus de nous raconter une histoire d'amour malheureuse, Murnau glisse quelques éléments comiques assez irrésistibles : chez le photographe (J. Farrell McDonald, avec des cheveux !), au bal avec la femme dont les bretelles de la robe tombent...

Mais c'est avant tout la relation entre Indre et Ansass qui nous tient en haleine tout le long du film. Ce retour de flamme - des braises au début, puis un feu de joie - s'il s'inscrit dans une morale de bon ton est tout de même impressionnant.  De bon ton car l'adultère est toujours mal vue, et aussi parce que la femme de la ville a un genre peu recommandable, par rapport à cette jeune paysanne.
Paysanne, mais d'où ?

Murnau, en signant ce premier film américain brouille volontairement les cartes (géographiques). Et il l'annonce dès le début : il s'agit d'une histoire intemporelle et universelle. Elle peut se passer n'importe où, n'importe quand !

 

Quand ils arrivent dans la grande ville, de par sa foule et son effervescence, on se croirait dans Le dernier des Hommes. Alors on pense à Berlin, que Murnau vient de quitter. Mais la séquence dans la fête foraine nous fait penser à Coney Island, et donc les Etats Unis où Murnau vient de débarquer. Le tramway non plus ne nous aide pas : on en trouve un à Berlin comme à San Francisco !

Et les deux protagonistes principaux ne nous aident pas non plus. Si Ansass a plutôt le type américain, Indre, de par sa coiffure et son habillement ressemble plutôt à une jeune Allemande. Alors...

Mais est-ce là le plus important ? Murnau réussit à faire un film allemand en Amérique : le cinéma est bel et bien un art universel.

 

Et quand enfin l'aube paraît... Je n'en dis pas plus, vous irez vous rendre compte par vous-même !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Harold Lloyd, #Fred C. Newmeyer, #Sam Taylor, #Muet, #Comédie
Monte là-dessus ! (Safety Last! - Sam Taylor, Fred C. Newmeyer, 1923)

Un jeune homme, Harold (Lloyd), derrière des barreaux, dit adieu à sa fiancée Mildred (Davis).

Derrière lui, une potence avec une corde.

Il est prêt pour le long voyage.

En effet, il va prendre le train, et la potence n'est autre qu'un relai de poste pour le machiniste.

Dès la première séquence, le ton est donné qui prévaudra pour tout le film : la vérité est ailleurs.

Le film n'est qu'une succession de mensonges : le spectateur en est la première victime, puis ce sont la bien aimée de Harold et les gens qui travaillent avec Harold au magasin, directeur inclus.

Harold fait croire à sa logeuse qu'il est absent, se fait passer pour un mannequin d'exposition, et surtout se fait passer pour un homme fortuné qui a réussi dans la grande ville auprès de sa fiancée.

Alors évidemment, quand elle décide de lui rendre une visite surprise, les choses se gâtent.

Mais comme il n'est plus à un mensonge près...

 

On retrouve le trio Hal Roach, Sam Taylor et Jean C. Havez pour l'une des comédies les plus célèbres avec Harold Lloyd, si ce n'est la plus connue.

Elle est célèbre pour la scène - devenue culte - du jeune homme accroché à l'aiguille d'une horloge murale, en haut du Bolton Building. Elle se situe dans une séquence où Harold se fait passer pour un monte-en-l'air escaladeur de buildings comme on en trouvait à cette époque aux Etats-Unis, un de ces aventuriers des temps modernes qui voulaient faire parler d'eux en prenant des risques insensés.
Et pourtant, cette séquence arrive seulement à la fin du film, pendant les vingt dernières minutes.

Avant cela, on s'en sera donné à cœur joie dans le magasin en suivant Harold se dépêtrer

- d'une bande de mégères venues le harceler à son rayon - textiles - s'arrachant sa présence pour obtenir satisfaction dans leur commande ;

- de sa fiancée venue lui rendre visite, et donc se faire passer pour ce qu'il n'est pas auprès d'elle comme des autres employés !

Les scènes dans le magasin sont toutes plus drôles les unes que les autres, Harold jonglant entre sa fiancée, ses clientes et ses collègues pour notre plus grand bonheur.

Mais bien entendu, c'est tout de même la séquence d'escalade qui marque le plus. Il s'agissait d'un mensonge supplémentaire : se faire passer pour l'escaladeur - en fait son meilleur ami (Bill Strother) - et échanger avec cet ami en cours d'ascension, sans que personne ne s'en aperçoive.

Mais il faut bien que le menteur soit pris à son propre piège. Et c'est bien Harold qui va grimper tous les étages, sous les yeux de la foule ébahie, ainsi que ceux de Mildred, effrayée de le voir prendre tant de risques.

Quels risques, d'ailleurs ? Tomber ? Pas de si haut que ça, si on en croit le documentaire The third Genius (1989) de Kevin Brownlow et David Gill : tout a été fait en studio. Mais c'est là qu'est le sublime : ça ne se voit pas (sauf si on connaît les trucs, et même dans ce cas). C'est magnifique ! Cela n'aurait tout de même pas empêché Harold Lloyd de se casser un membre en cas de chute, tout de même. Et en plus, il avait déjà perdu deux doigts sur un autre film !

En plus d'être le film le plus connu de Harold Lloyd, c'est aussi celui qui verra sa dernière collaboration avec Mildred Davis. Maintenant qu'ils sont mariés, elle ne tournera plus (sauf en 1927 : Too many Crooks, son vrai dernier film).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Tim Burton, #Comédie dramatique, #Danny DeVito
Big Fish (Tim Burton, 2003)

Edward Bloom (Ewan McGregor quand il est jeune, Albert Finney quand il est vieux) ne séduit pas, il envoute. Il a toujours une anecdote pour chaque moment de sa vie. Alors on l'écoute, et on se prend à rêver.

Pour son fils Will (Billy Crudup), c'est avant tout un baratineur. Il faut dire qu'il n'était pas là pour sa naissance, alors ça donne un motif de fâcherie. Et puis ses histoires, il les a tellement entendues qu'il s'en est lassé.

Mais maintenant, Edward est en train de mourir, et Will se dit qu'il serait temps de faire la paix. Même s'il faut pour cela l'entendre à nouveau narrer ses aventures abracadabrantesques.

Il se rend avec sa femme Joséphine (Marion Cotillard), qui elle, ne connaît pas toutes ces histoires...

Alors Edward raconte, une dernière fois, et nous spectateurs, découvrons ce monde (presque) fabuleux qui nous emmène de Ashton, Alabama à... Ashton Alabama. Mais en passant par Le Japon et la mystérieuse ville de Spectre où il n'était pas attendu si tôt ; rencontrant une sorcière (Helena Bonham Carter), Karl - un géant - (Matthew McGrory), Amos - un directeur de cirque - (Danny deVito), Jing & Ping - des siamoises - (Ada & Arlene Tai), et bien sûr celle qui sera sa femme : Sandra (Alison Lohman quand elle est jeune, Jessica Lange, quand elle est âgée).

 

Toutes ces histoires sont des prétextes. Prétexte à raconter pour Edward, prétexte à se fâcher pour Will. Mais Will n'a pas encore compris que son père ne vit qu'e par et pour ses histoires. Pour Will, c'est un tissus de mensonges sans cesse développé, renouvelé, embelli. Il ne supporte plus les élucubrations de ce père à l'imagination débordante. Mais pour Tim Burton, un personnage pareil est une aubaine. Son imagination débridée lui permet un véritable feu d'artifices d'images et de couleurs, dans des décors trop bien arrangés pour être vrais.

Mais c'est aussi l'occasion de s'arrêter sur les relations familiales entre un père encombrant et un fils avide de vérité quant à ses racines.

 

Les enfants ont toujours cette peur d'avoir été abandonnés à la naissance et adoptés par une autre famille. Ils ont besoin d'être rassurés, d'être confortés quant à leurs réelles racines. Et Edward n'est pas un parent très rassurant, racontant chaque épisode de sa vie antérieure comme s'il s'agissait d'une superproduction hollywoodienne, où tout s'enchaîne en dépit de la vraisemblance. Peu importe la vraisemblance, d'ailleurs, pour Edward, qui semble avoir fait sienne la citation de Boris Vian : « Cette histoire est entièrement vraie puisque je l'ai imaginée d'un bout à l'autre. »

Et comme toujours dans ces cas-là, cette réalité virtuelle a une base très réelle. Il a suffi à Edward de grossir très légèrement sa réalité pour la rendre féérique.

 

Mais finalement, ne faisons-nous pas tous un peu comme Edward ? Quand nous racontons une (més)aventure qui nous est arrivée, n'enjolivons-nous pas la réalité (à notre profit, bien sûr) ?

Et pour Edward, raconter sa vie de cette façon, n'est-ce pas finalement faire preuve d'une forme d'altruisme : en sublimant la réalité pour son auditoire, ne la rend-il pas un peu plus facile à affronter, voire à supporter ? 

Quant au gros poisson du titre, il est là. Tout le temps.

Il suffit d'ouvrir son esprit, et il apparaîtra. Tout d'un coup.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Georges Lacombe, #Henri-Georges Clouzot, #Policier
Le Dernier des six (Georges Lacombe, 1941)

Six copains dans un meublé. Un soir, la fortune leur sourit. Enfin.

Alors ils partagent le pactole et se séparent. Rendez-vous dans cinq ans.

D&ans cinq ans, l'argent qui aura fructifié sera redistribué.

Sauf que cinq ans après, un mort, puis un autre, puis un autre...

Heureusement (pour les survivants), le commissaire Wens veille au grain.

 

 « Patient mais... » (vous y ajoutez ce que vous voulez)

L'une des sorties les plus célèbres du commissaire Wenceslas Voroboetchik (Pierre Fresnay), dit Wens.

Il faut dire que vivre avec Mila Malou (Suzy Delair) oblige à la patience. Parce que, si cette jeune femme n'influe pas sur l'intrigue, elle le fait sur son compagnon. Et sur le spectateur !

Quelle emm... !

C'est Georges Lacombe qui dirige, mais c'est bel et bien Clouzot qui adapte. Tout est prêt pour qu'il passe derrière la caméra : Wens, Mila, des cadavres qui tombent comme des mouches, et des petits gestes. Des doigts qu'on tapote sur les carreaux, des accord qu'on plaque sur un piano, des cartes qu'on bat sans cesse, une pipe qu'on tape sur un livre dans le but illusoire de la vider, une feuille de papier qu'on ne cesse de déchirer... L'impatience absolue.

Tous ces petits gestes qui font que ces acteurs sont avant tout des êtres humains. Parce que Clouzot est le cinéaste de l'humain. Et Lacombe est un véhicule habile pour amener les images du (futur) maître. On ne sent presque pas sa patte.

Mais comme tous les êtres humains, ils sont attirés par l'argent. Enfin, surtout un sur six... Celui qui héritera au final !

On pense à Agatha Christie et ses Dix petits Nègres, bien entendu, mais nous sommes dans un film qui n'a absolument rien d'anglais. Il suffit, pour s'en convaincre, de voir le numéro de tireur d'élite de Lolita (Michèle Alfa) - une femme, ça change, non ? - pour en être sûr : parmi les cibles, beaucoup de jeunes femmes dénudées : pas de volonté esthétique. Juste des femmes (presque) nues.

 

L'année suivante, ce même Clouzot, avec Pierre Fresnay et Suzy Delair nous proposera une nouvelle adaptation de Steeman. Et en plus, Jean Tissier sera du voyage.

Mais cette fois-ci, les personnages auront un peu plus d'épaisseur, et l'intrigue un peu plus de surprise...

Et quand Mila déclarera à l'imprésario : « Et pourtant monsieur j'ai du talent. Ca ne sait pas encore, parce que je le retiens, je le renferme, pour pas qu'il s'échappe... », c'est l'impression que nous avons en regardant ce film !

 

Encore un an et Clouzot pourra enfin faire du Clouzot !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Ted Post, #Western, #Clint Eastwood
Pendez-les haut et court (Hang'em high - Ted Post, 1968)

C'est la fête à Fort Grant (Oklahoma).

Tout le monde est venu.

Il y en a qui viennent de loin, qui sont arrivés la veille et ont campé en dehors de la ville.

Ils sont venus en famille, avec les enfants sur les épaules, pour qu'ils voient mieux le spectacle.

Ca chante des cantiques, ça s'amuse, ça rit. Il y a des vendeurs de bière pour les grands (il fait chaud) et de salsepareille pour les petits.

Même le pasteur est là. C'est d'ailleurs lui qui dirige les chants et encadre le spectacle.

Et quel spectacle : une pendaison. Mieux même six d'un coup !

 

Le seul que ça n'intéresse pas, c'est Jed Cooper (Clint Eastwood). Il faut dire que les pendaisons, il en a soupé : il a été pendu (« une erreur judiciaire ») par une bande de justiciers adeptes des principes du juge Lynch.

Depuis, il est marshal pour le juge Fenton (Pat Hingle), surnommé « the hanging judge » (le juge qui pend), personnage créé d'après le juge Isaac C. Parker qui officiait à Fort Smith (Nevada), et était réellement affublé de ce surnom.

Cooper n'est pas marshal par sens du devoir : il veut retrouver et punir ceux qui ont voulu le pendre.

 

Premier western sans Sergio Leone pour Clint Eastwood, après la trilogie de l'Homme sans nom. Son personnage a un nom. Il a même un passé (ancien homme de loi). On pourrait presque rêver qu'il a un avenir.

Et cette fois-ci encore, il la joue personnelle. Accepter l'étoile de marshal, c'est pouvoir se venger légalement. Parce que Cooper n'a que cette idée en tête. Même dans un état désespéré, il ne renonce pas. C'est même ce qui le maintient en vie. Jusqu'à sa rencontre avec Rachel (Inger Stevens), une autre victime en quête de vengeance.

L'action se situe à la fin du XIXème siècle (l'Oklahoma a été ouverte à la colonisation en 1889, alors que la civilisation avait (presque) gagné tous les territoires américains. Malgré tout, Fort Grant est le seul endroit d'Oklahoma où la justice s'exerce légalement. C'est pour lutter contre les dérives expéditives - dont il fut une victime - que Cooper travaille avec Fenton. Mais malgré cela, il ne peut s'empêcher de critiquer cette soi-disant justice. Mais Fenton doit exécuter les criminels. C'est sa façon d'installer la Loi sur ce territoire.

 

Mais quelle justice, tout de même. Le procès est essentiellement à charge, le juge muselant Cooper afin de condamner un maximum de personnes, montrant ainsi la force de son tribunal.

Et pourtant. Il suffit de voir son visage, au moment des pendaisons simultanées pour comprendre que cette justice ne le satisfait pas complètement. Il y a du regret dans ce visage.

Mais le devoir l'emporte, avec les vies des suppliciés, dans une exécution qui devient un spectacle familial, où les citoyens se retrouvent, heureux de partager un moment de réjouissance. [Ce fut longtemps le cas en France, où les exécutions publiques étaient très courues, ne l'oublions pas !]

 

Après Furie (1936) et L'étrange Incident (1943), ce nouveau film décrit cette « justice » sommaire. Mais le ver est dans le fruit : Cooper ne peut pas être partial dans sa traque des responsables de son propre lynchage. De plus, il sait que ceux qu'il ramènera seront condamnés, « pour l'exemple», comme on dit dans ces cas-là.

Est-ce bien là la Justice ?

 

 

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