La loi de Zeus est connu de tous dans le monde hellène : nous devons accueillir tout visiteur avec les mêmes égards, même le plus humble des mendiants pourrait être un dieu déguisé…
C’est pourquoi Télémaque (Tom « Spider-man » Holland) accueille un nouveau hère qui se présente dans la grande salle du palais d’Ithaque, malgré la désapprobation des commensaux, tous prétendants à la main de la belle Pénélope (Anne Hathaway), prétendants emmenés par l’infâme Antinoos (Robert « Batman » Pattinson).
Il faut dire que depuis le départ du roi d’Ithaque, Ulysse (Matt Damon), l’île est à la merci du « peuple de la mer », ces envahisseurs terribles qui sèment la ruine et la désolation partout où ils passent.
Et près de vingt ans ont passé depuis le départ du roi : il est temps de le remplacer.
Phénoménal.
A tout point de vue. C’est un formidable souffle épique qui nous est offert dans ce film, Christopher Nolan alliant la maîtrise technique et une superbe adaptation de la (plus que) classique épopée homérique. Avant, il y avait le film de Mario Camerini (1954) où Kirk Douglas interprétait le héros rusé, maintenant, il y a celui de Nolan.
Il faut dire que les moyens à disposition de ce dernier ne sont pas comparables avec la version antérieure : le budget colossal allié aux techniques cinématographiques (et numériques) actuelles font de ce film un sommet du genre.
Et ce qui hisse ce film vers les sommets, c’est avant tout le traitement de l’intrigue, allant au-delà de la simple narration épique.
En effet, Nolan ne se contente pas d’enchaîner les épisodes – mythiques, c’est le cas de le dire – témoin éloigné du long retour à la maison d’un héros antique. Il va se rapprocher de son personnage, tentant (et réussissant ?) de pénétrer son esprit, cette odyssée physique devenant mentale, jusqu’à la Révélation, parce qu’il y en a une !
Et comme nous sommes dans un film américain, ces deux odyssées participent d’une même quête : la rédemption (toujours elle !).
En effet, c’est avant tout vers son salut que voyage Ulysse, expiant pour la fin de Troie : dix années de frustration aux portes de la ville qui vont plus que galvaniser les Achéens lors de sa prise, grâce à la ruse… De ce même Ulysse !
Et ce déferlement de violence est l’un des nœuds du film, expliquant en (grande) partie l’errance maritime décennale qui va suivre.
Bien entendu, la chute de Troie n’est pas la seule raison des égarements du bateau d’Ulysse : la mutilation du cyclope Polyphème (Bill Irwin), fils de Poséidon, en est la cause majeure. Et cet épisode clef de l’Odyssée est traité avec beaucoup de brio. Et surtout, le rendu du visage du personnage est on ne peut plus habile : il devient un visage hybride redéfinissant ce que nous connaissons du visage humain.
Autre moment mythique du récit : les sirènes. Certes, elles ne ressemblent pas à celles du poète grec (mi-femmes, mi-oiseau), mais on peut les apercevoir (ce qui n’était pas le cas chez Camerini) sans toutefois véritablement les distinguer. Et cet épisode – incontournable – prend lui aussi une dimension épique accentuée par une utilisation sonore des plus pertinentes : en effet, à l’instar des marins compagnons d’Ulysse, nous n’entendons rien et voyons ce dernier réagir aux chants qui l’appellent, cette écoute devenant une véritable torture. Et quand le son revient – Euryloque (Himesh « Yesterday » Patel) enlève les bouchons de cire l’un après l’autre – c’est un côté après l’autre, à chaque oreille libérée.
Bien sûr, à nouveau Hollywood réécrit un récit classique universellement connu, et Nolan se permet des libertés. Si vous êtes un habitué du blog, vous savez ce que je pense : il a totalement raison, au cinéma tout reste possible. Et ce qui compte avant tout, c’est de rester dans l’esprit du récit initial. Et là, pas de problème, nous baignons dans ce monde grec antique et surtout mystique où le surnaturel est la norme. Et même cette dimension paranormale (divine ?) est traitée de façon réaliste, les dieux et déesses qui s’amusaient des humains dans le récit originel devenant seulement des références : on sent qu’ils interviennent dans l’intrigue, mais à aucun moment on ne les voit, excepté Athéna (Zendaya), même si on peut douter de sa présence (faites-vous votre propre idée).
Et Christopher Nolan réussit magnifiquement son film : réaliser une épopée classique somme toute fidèle et nous proposer un spectacle de presque trois heures qui passe sans lasser.
PS : J’oubliais : si L’Odyssée s’appelle ainsi, c’est parce que le personnage principal se nomme Odysseus. Le nom Ulysse est son appellation latine. Si les Anglo-saxons ont droit à ce nom original, pourquoi insister, dans la traduction, à l’appeler Ulysse ? Les spectateurs francophones sont-ils trop idiots pour faire le rapprochement ?
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