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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

cinema

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame historique, #Jonathan English
Le Sang des Templiers (Ironclad - Jonathan English, 2011)

Les Templiers sont de retour !

Enfin, surtout l’un d’entre eux : Thomas Marshal (James Purefoy – ça ne s’invente pas), un tantinet las de ces années passées sous la bannière d’Ordre.

Cet Ordre qui a combattu Jean Sans Terre (Paul Giamatti) en Angleterre, jusqu’à la signature de la Magna Carta (1215).Mais Jean est revenu sur sa signature et le baron William d’Aubigny (Brian Cox) lève une armée pour tenir une place stratégique en attendant l’arrivée des troupes du roi Louis.

Tout se joue dans le château de Rochester, possession du baron de Bornhill (Derek Jacobi) et sa charmante femme Isabelle (Kate Mara, la sœur de).

Marshal sur les injonctions de l’archevêque Langton (Charles Dance) a rejoint d’Aubigny.

Ce qui n’est pas sans laisser indifférente la belle Isabelle…

 

Donc, c’est au tour de Jonathan English de surfer sur la vague templière, qui déferle depuis le retour des Pauvres Chevaliers du Christ, grâce entre autres, au roman de Dan Brown, le Da Vinci Code.

Bien entendu, le titre français insiste beaucoup plus que l’original sur la participation de l’Ordre dans l’intrigue. « Ironclad » signifie – tout simplement – « cuirassé », en armure, quoi. Enfin surtout en cotte de maille. Et Thomas Marshal est un Templier exemplaire, dévoué totalement – fanatiquement ? – à l’Ordre.

Mais, heureusement, nous avons droit à une fin heureuse, un brin prévisible en ce qui le concerne. Il en va presque de même pour Jean qui ne survivra pas longtemps, terrassé par la dysenterie, comme on peut le lire dans les livres d’Histoire.

 

Pour le reste, nous sommes au cinéma, et l’Histoire pourra repasser : ce n’est pas ce qui nous intéresse le plus.

Par contre, le « sang des Templiers » dont il est question est une chose avérée dans l’intrigue (1) : les chevaliers dont il est question ici sont les compagnons de Marshal qui seront massacrés par les hommes de Jean (toujours lui !) pour lui permettre de s’enfuir.

Bien entendu, comme tous les Templiers, Thomas est partagé entre la religion et les armes, bien que ces dernières semblent – ou tout du moins nous sont présentées ainsi – avoir sa )préférence. Et, à l’instar de leur réputation, Marshal est un guerrier invincible, connaissant toutes les techniques permettant de se défaire de n’importe quel assaillant.

 

Et Jonathan English en plus de s’être adjugé les services de David Egby (le chef-op’ du Mad Max original !) pour le rendu esthétique de l’énergie viscérale qui anime tous ces guerriers, s’appuie sur les stéréotypes médiévaux, mis au goût de notre jour.

EN effet, le Moyen Age est considéré comme un âge sombre, alors il n’hésite pas à jouer sur l’absence de couleur, filmant dans un faux noir et blanc parfois émaillé de teintes colorées.

Bien sûr, la croix sur le tabard de Marshal est rouge –è condition sine qua non de l’appartenance à l’Ordre – mais c’est quasiment la seule véritable couleur qui perdure dans un tableau plutôt grisâtre.

Et cette absence de couleur est la marque de cette rébellion (qui a commencé avant le début de l’intrigue proprement dite), amenant malgré tout une distance par rapport à la violence des combats.

 

Et si le film se laisse regarder agréablement, c’est avant tout parce que English a respecté le précepte inamovible qui veut que le méchant – le roi Jean, donc – soit bien caractérisé ainsi. C’était plutôt facile, puisque depuis Allan Dwan et son Robin des Bois (1922), Jean a toujours le mauvais rôle. Difficile alors pour Paul Giamatti de passer après Sam DeGrasse (1922) ou Claude Rains (1938), Alan Rickman ou encore Jason Isaacs en 2010...

Rassurez-vous, il y arrive très bien, et nous propose un Jean tout aussi haïssable que les autres !

 

  1. Pour une fois (?), le titre n’est pas trop racoleur…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Epouvante, #Thriller, #James Wan
Conjuring 2 : Le Cas Enfied (Conjuring 2 - James Wan, 2026)

Délaissant Annabelle qui a fait parler d’elle après le premier opus, James Wan se penche sur un nouveau cas élucidé par les Warren (Vera Farmiga & Patrick Wilson) : la maison des Hodgson dans le comté d’Enfield, partie septentrionale du Grand Londres.

Nous sommes en 1977, et Janet et ses quatre enfants – encore de nombreux enfants ! – ont remarqué des phénomènes étranges dans la maison qu’ils occupent.

A un moment, une seule solution s’impose : l’intervention des deux démonologues.

Et ça tombe bien, parce que Ed et Lorraine sont le jouet d’une apparition récurrente : une nonne (Bonnie Aarons) inquiétante (euphémisme).

Ca tombe bien, parce que c’est cette même nonne qui tourmente les Hodgson. Lorraine et Ed se rendent donc en Angleterre…

 

On prend les mêmes, et on recommence. Enfin le même duo vedette et une grande partie de l’équipe technique. Pour le reste, beaucoup de nouveaux, surtout dans la distribution des rôles, ce qui est logique. Nous sommes à nouveau aux prises du Mal, personnifié par deux protagonistes très réussi : la nonne donc, mais aussi l’Homme Tordu (1) – « The crooked Man » (Javier Botet) – qui personnalisent ce Mal envahissant.

Mais, hélas, nous sommes dans une suite, et n’est pas Irving Kershner ou Francis Ford Coppola qui veut : le film de James Wan est à nouveau très bien léché, mais on y ressent une baisse d’intensité. Ce qui faisait la force de l’opus s’est émoussé et on frissonne beaucoup moins. Nous avons droit aux mêmes ressorts dramatiques – laideur des monstres, lévitation, phénomènes paranormaux (etc.) – mais on y croit moins.

 

Il faut dire que Wan avait fait très fort trois ans plus tôt et il était difficile de reprendre tout ce qui faisait le sel de la première intrigue sans tomber dans une espèce de répétition, évidemment lourdingue. Un point tout de même a été changé : l’exorcisme (un tantinet empesé la fois précédente) – inévitable – est expédié rapidement, avec toutefois le même effet : le monstre retourne d’où il vient, libérant à la fois la maison anglaise et les esprits des deux personnages principaux.

Mais si l’introduction précise que l’intrigue s’inspire d’une histoire vraie, on a du mal à pleinement entrer dedans. Même la musique de Joseph Bishara, qui avait beaucoup d’importance dans le premier film a tendance à seulement accompagner ce qu’il se passe, comme reléguée au second plan. Pire : on ne sent aucune tension dramatique dans sa présence – ou son absence.

Et c’est peut-être là qu’il faut chercher cette baisse générale de l’intensité du film.

 

Quoi qu’il en soit, on suit tout de même avec intérêt –moindre, donc – cette histoire de possession, encadrée tout de même par quelques fugaces clins d’œil à des éléments antérieurs :

La séquence d’ouverture se situe dans une maison aux fenêtres en forme de quarts de disque (eh oui, Amityville…) ; quand Ed dépose son trophée parmi ceux de ses chasses précédentes, on retrouve la boîte à musique de l’épisode 1, et bien sûr, fidèle au poste dans sa cage de verre, la terrible Annabelle, et sourire figé plus qu’énigmatique !

 

PS : Aïe, aïe, aïe, ils ont tourné un troisième opus…

 

  1. « Tordu » physiquement et moralement.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Epouvante, #Thriller, #James Wan
Conjuring : Les Dossiers Warren (The Conjuring - James Wan, 2013)

Avant Annabelle, donc, il y avait déjà Annabelle. C’est elle qui ouvre le film, dans une histoire à vous dresser les cheveux sur la tête : deux jeunes femmes ont autorisé sa possession spirituelle. Depuis, c’est un enfer qu’elles vivent.

Heureusement, Ed (Patrick Wilson) et Lorraine Warren (Vera Farmiga) sont intervenus pour les débarrasser de cette poupée maléfique.

Mais une autre tâche attend ce couple hors du commun : la maison des Perron.

Roger (Ron Livingston), Carolyn (Lili Taylor) et leurs cinq filles viennent d’emménager dans une maison isolée du Rhode Island. Ce sont des gens tout ce qu’il y a d’ordinaire, comme toujours. Par contre, la maison l’est beaucoup moins : une entité y séjourne, faisant de ce foyer (doux foyer…) un véritable enfer. Normal, elle en vient. Elle s’appelle Bathsheba (Bethsabée), et n’a absolument rien à voir avec celle du roi David…

 

Il y a eu l’Exorciste, puis Amityville : La Maison du diable, Evil Dead, et toute cette sorte de choses. Alors oubliez tout ce que vous avez vu et plongez-vous dans les dossiers du couple Warren. Enfin surtout celui qui concerne cette famille américaine. C’est absolument magnifique. Certes, ce n’est pas pour tous publics, mais si, comme moi, vous aimez frissonner de temps en temps, vous allez être servi(e) !

Nous avons la maison isolée d’Evil Dead, elle est habitée par une créature démoniaque comme dans Amityville, et nous avons droit à un exorcisme de toute beauté, pratiqué – pour la première fois – par Ed, faute de temps avant l’arrivée du père Gordon (Steve Coutler), le seul habilité dans ce domaine.

Et comme nous sommes dans l’ère numérique, les effets spéciaux sont encore plus époustouflants, donnant à ce film une qualité supérieure pas très loin derrière celle du film de Friedkin…

 

Il faut dire que James Wan est dans son élément (pas aquatique…), lui qui a lancé la phénoménale série des films Saw… Mais alors que le sang y était omniprésent, nous en avons beaucoup moins ici. De toute façon, pas besoin d’hémoglobine pour faire frissonner son public, ce qu’il réussit fort bien. Bien sûr, le choix d’une telle maison nous nous indique tout de suite que des choses peu naturelles vont s’y passer. Mais, et c’est là qu’est le talent de ce réalisateur, il réussit malgré tout à nous surprendre, et même nous faire sourire (1) !

Et surtout, il n’a pas une bande d’adolescents désœuvrés qui passent leur temps à se séparer au lieu de rester groupés pour affronter ensemble le Mal(éfice). (2)

Par contre, l’utilisation des différentes portes est toujours très pertinente, et avec la musique (angoissante, évidemment !) de Joseph Bishara, cela devient grandiose. Surtout que l’absence de musique joue son rôle à fond, avant les cris perçants attendus. Attendus mais là encore très bine placés !

 

Seul l’exorcisme n’atteint pas le haut niveau du reste : difficile de faire mieux que Friedkin. D’ailleurs, il ne dure pas trop longtemps et ne nous fait pas oublier pour autant le reste. Il est là parce qu’inévitable dans l’intrigue.

Pour le reste, les interprètes sont réellement à la hauteur de l’enjeu, les Warren, bien sûr, mais surtout Lily Taylor, elle aussi une habituée du genre. Même les cinq (jeunes) filles de la maison sont impeccables, dans cette histoire qui ne semble pourtant pas de leur âge ! Surtout April (Kyla Deaver), la plus jeune, qui a un rôle assez intéressant, et permet )à Wan de jouer avec les nerfs du spectateur. De toute façon, comme il le fait à longueur de film…

Pas sûre que la petite Kyla l’ait vu à sa sortie…

 

Au fait, vous avez repéré la véritable Lorraine Warren (86 ans quand le film sort) ?

 

PS : quand la famille Perron s’installe dans sa nouvelle maison, nous avons droit à la chanson Time of the Season, écrite et interprétée par… The Zombies ! Ca ne s’invente pas... Ca se provoque !

 

  1. Un petit peu de détente ne nuit pas… Surtout dans une telle intrigue !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Epouvante, #Thriller, #John R. Leonetti
Annabelle (John R. Leonetti, 2014)

Quand une intrigue fonctionne à Hollywood (et aussi ailleurs…), on la décline sous toutes ses formes, usant la trame jusqu’à la corde, cela va de soi. C’est donc le cas pour cette Annabelle, poupée maléfique, qui entre dans la vie de Mia (Annabelle Wallis) et John (Ward Horton), un beau jour de 1967.

Mia est enceinte et John lui offre une poupée de porcelaine pour compléter sa collection, cadeau de premier enfant. Bien évidemment, Mia est comblée et cette poupée prend immédiatement une place privilégiée dans la collection.

A partir de ce jour, des choses étranges vont se produire, toujours plus terribles les unes des autres…

 

D’abord, il y avait Conjuring : Les Dossiers Warren  (2013), qui relatait l’histoire des époux Warren, chasseurs de démons. Mais ne l’ayant vu, je passe. Annabelle est donc une poupée que ces deux personnes ont enfermée dans une prison de verre, prison n’étant pas un terme usurpé tant elle présente une dose maléfique. C’est une histoire de cette poupée que John R. Leonetti avec l’aide de Gary Dauberman au scénario, a choisi de nous présenter.

Et progressivement, ils vont créer l’atmosphère nécessaire de ce thriller, soutenu par une musique originale de Joseph Bishara, qui tranche avec son absence : Leonetti fait alterner comme il se doit les moments sans musique afin d’augmenter le suspense indispensable à ce genre de film.

 

Nous sommes ici essentiellement dans l’épouvante, une sorte de super thriller, où la présence d’un être inanimé va concentrer toute l’attention du spectateur, l’absence normale d’émotion sur le visage figé de la poupée la rendant d’autant plus effrayante qu’elle est souvent cadrée en gros plan, avec parfois une goutte de sang (comme sur l’affiche originale).

Et cette menace représentée par cette poupée va grandissante, à mesure que le film avance, amenant inévitablement le frisson (en anglais, « thrill ») attendu.

Mais, et c’est très certainement le véritable intérêt du film, cette poupée est immobile. Ce n’est pas Chucky qui, en plus d’un visage disgracieux, se meut dans son univers : Annabelle est toujours figée. Par contre, on a beau essayer de s’en débarrasser ou la changer d’endroit, elle revient toujours et se déplace à sa guise quand on a le dos tourné.

 

Bien entendu, on est obligé de songer au Rosemary’s Baby de Polanski, surtout que les actualités télévisées parlent de la Famille Manson qui va assassiner la femme de ce dernier, Sharon Tate, alors qu’elle était enceinte, comme Mia. Bref, la référence est posée dès le début. Mais si le bébé de Rosemary est l’enfant du Diable, la petite Leah qui va naître n’en a aucun attribut. Par contre, elle va devenir, malgré elle, évidemment, l’enjeu de ce démon bien singulier. Parce que le doute n’est pas possible : la poupée est démoniaque.

Bien entendu la comparaison avec le film de Polanski s’arrête là, Leonetti se contentant de faire le job : l’atmosphère est là, les frissons aussi.

 

C’est tout ce que demandent les habitués du genre, et ils ne sont pas déçus.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Peplum, #Sidney Olcott
Ben Hur (Sidney Olcott, 1907)

Ben Hur (Herman Rottger) revient à Jérusalem le jour où le procurateur arrive. Malencontreusement, une tuile se détache et blesse ce dernier. Ben Hur et sa famille sont arrêtés et il est envoyé aux galères. Quand il revient, c’est pour affronter Messala dans la course de chars. Il gagne.

 

Quand sort le film, voilà déjà vingt-sept ans que le roman est paru et c’est un événement que ce film de Sidney Olcott, qui adapte un monument de la littérature ! Et cette toute première adaptation vérifie pleinement l’adage qui veut qu’au cinéma, tout est permis.

Les événements marquants de l’intrigue sont là, au nombre de huit (un plan chacun) :

  1. Le peuple se rebelle (et Ben Hur arrive) ;
  2. Un accident malheureux qui annonce la tuile qui va tomber avec son emplacement bien en évidence ;
  3. La blessure du procurateur qui voit l’accident se produire ;
  4. Ben Hur aux galères où on le voit y être emmené ;
  5. Ben Hur sauveteur d’Arrius, adopté et affranchi, où Ben Hur retourne à Jérusalem ;
  6. Ben Hur et Messala (William S. Hart) : le défi ;
  7. La course de chars ;
  8. Ben Hur vainqueur.

Et tout ça en treize minutes environ.

Inutile de dire, donc, que certains épisodes sont fortement tronqués voire omis. C’est le cas de celui des galères qu’on ne voit absolument pas : l’intertitre sert de repère narratif. Et d’une certaine manière, les différents épisodes annoncés sont essentiellement montrés de façon symbolique : pas de véritable jeu d’acteurs ni de caractérisation des personnages.

Le tout devant un décor de fond, en général un tissus peint (qui plisse un tantinet).

 

Mais n’oublions pas que nous ne sommes qu’en 1907 et que comparé à la production de l’époque, le film n’est pas si ridicule. Si les foules sont composées d’une vingtaine (voire une trentaine) de personnes, c’est beaucoup plus que dans la plupart des autres productions. Certes, le public de la course de chars l’est (ridicule en terme de nombre), inévitablement. Et je ne parle pas de la tribune.

Enfin si, pour dire qu’il n’y en a pas vraiment, seulement un siège qui trône sur lequel semble être assis le procurateur. Quand au public venu nombreux, s’il y cinq spectateurs, c’est un grand maximum.

Par contre, question décors, c’est assez pitoyable. Certes, les tentures sont éloquentes et fort bien exécutées, mais elles ne donnent pas l’épaisseur et surtout la profondeur indispensable à une telle épopée. De plus, la brique pose problème.

En effet, si elle est identifiée immédiatement, elle devient rapidement un parasite de l’intrigue : on ne voit plus qu’elle. Pire : quand elle tombe, son absence est tellement flagrante qu’elle nous propose un mur partiellement édenté, centre de toute l’attention.

Et en plus, quand les Romains emmènent Ben Hur et sa famille, nous retrouvons le plan 3… Avec la brique à nouveau en place !

 

Bien sûr, il y a le moment de bravoure : la course de chars. Trois attelages vont défiler devant nos yeux sans pour autant nous permettre de savoir qui est qui : les chevaux appartenaient la brigade d’incendie et avaient tous la même apparence. Et quand Ben Hur est victorieux, on ne comprend pas vraiment pourquoi. Quant à Messala, on se doute qu’il a été blessé, puisqu’il est amené sur une civière. Mais nous ne saurons pas ce qu’il s’est passé pendant la course.

 

Heureusement, dix-huit ans plus tard, Fred Niblo va nous proposer l’une des meilleures adaptations qui soit (1), que je préfère à celle de Wyler, même si cette dernière reste la version de référence !

 

Alors faut-il voir le premier Ben Hur ? Si vous voulez, mais si vous ne le faites pas, je ne vous en voudrai pas.

 

  1. Vu qu’il n’y en a eu que cinq dont une en dessins animés (2003)…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fantastique, #George Miller
Trois mille Ans à t'attendre (Three thousand Years of longing - George Miller, 2022)

Alithea (Tilda Swinton) est narratologue depuis de nombreuses : elle étudie spécialement les contes, qu’ils soient de fées, des Mille et une Nuits ou d’ailleurs. En déplacement à Istanbul pour une conférence, elle achète un flacon rayé qui semble l’interpeller.

Et ce flacon renferme un occupant fort singulier : un djinn (Idris Elba).

Et comme toujours dans ces cas-là, il lui propose trois vœux, faute de quoi, il retournera inévitablement dans sa prison, jusqu’à une prochaine tentative…

Bien entendu, trois vœux à exaucer, c’(est très tentant. Mais quand on est une spécialiste des contes, la circonspection est de mise.

S’ensuit alors un drôle de huis clos, entrecoupé de l’histoire de ce djinn, commencée voilà près de trois mille ans…

 

George Miller est un cinéaste à part, dans la su(pe)r production cinématographique. En effet, en quarante-cinq ans d’activités, il n’a réalisé que 11 longs métrages (1), dominés par sa saga fétiche (?), Mad Max (cinq films !).

Déjà à la fin des années 1990 et dans la décennie suivante (et même 2011), on le découvrait dans des films animaliers fort éloignés de la violence déchaînée du monde de Max Rockatansky). Et entre les deux derniers opus de cette saga, il nous propose encore une perle à contre-courant de ses habitudes. On imagine très bien John Cleese dans le Monty Python ‘s Flying Circus présenter le film lors de la première comme il l’a fait de nombreuses fois dans l’émission (culte) : « Et maintenant quelque chose de complètement différent. » (2)

 

Nous voici donc plongé dans un univers duel, celui de la réalité et celui du merveilleux mais avec un lien tangible quoique fort discutable en tant que tel : le djinn. En effet, c’est le personnage qu’on qualifie d’office d’imaginaire qui va relier son monde à celui d’Alithea (le nôtre, quoi) pour arriver à ses fins : sa libération.

Et quel monde. Miller nous plonge totalement dans l’univers de ce qui ressemble aux Mille et une Nuits avec ravissement, tout en maintenant une dose de vraisemblance, utilisant des personnages (plus ou moins) réels, de la Reine de Saba (Aamito Lagum, magnifique…) et son roi Salomon (Nicolas Mouawad) à Soliman le Magnifique (Lachy Hulme) et son fils Mustafa (Matteo Bocelli). Parce que ce djinn improbable a eu – et a donc toujours – une réalité dans notre monde : Mustafa a bel et bien été étranglé par une corde à arc !

 

Et au-delà des liens – ténus – entre la réalité et la fiction (3), c’est la présentation de ces deux mondes qui nous importe (nous emporte ?) le plus et nous enchante. Le monde d’Alithea nous est on ne peut plus familier, alors quand des djinns (il y en a deux autres) surviennent, ils se démarquent totalement, nimbés ou non d’un halo d’étrangeté (dans la salle de conférence surtout).

Par contre, le monde du djinn est par essence merveilleux et dès la première évocation, on voit (et ressent) tout de suite la différence d’avec notre réalité. Outre l’aura qui entoure ce même djinn, c’est la qualité de l’image qui nous transporte. A l’instar de The Fall de Tersam Singh (2006), les images qui nous sont proposées ont une qualité supérieure, accentuant l’aspect merveilleux de cet univers qu’on qualifierait aujourd’hui de « réalité augmentée ».

 

Et puis il y a le duo vedette, impressionnant de professionnalisme et donc de justesse. Tilda Swinton est, comme toujours, formidable, et Idris Elba joue à son (haut) niveau, donnant une dimension surréaliste à ce huis clos particulier. Parce que seule leur dernière séquence se déroule en extérieur, une fois que l’intrigue est réalisée, une sorte d’épilogue comme on en trouve à la fin des contes : « ils vécurent heureux jusqu’à la fin de leurs jours », a-t-on l’habitude de lire, et si le film ne va pas jusque là, il ne l’interdit pas…

Et ce qui est le plus fantastique (dans tous les sens du terme, bien évidemment), c’est cette espèce de contradiction entre l’aspect merveilleux du djinn et le pragmatisme de la narratologue. Alithea, au contraire des victimes (4) précédentes, est toujours consciente de la gravité de ce triple choix, reculant jusqu’à l’extrême limite le moment où elle dira « je souhaite… » (“I wish”…).

Et malgré tout, c’est cette personne rationnelle qui va résoudre l’intrigue, amenant la transfiguration (merci Vladimir Propp) du génie et le libérer définitivement…

 

PS : J’ai utilisé le terme surréaliste à dessein à propos de ce huis clos. En effet, tout comme le mouvement issu du dadaïsme, c’est essentiellement d’amour (fou ?) et de rêves qu’il est constitué.

 

  1. Complets : il a participé à La quatrième Dimension en 1983) pour un segment.
  2. “And now for something completely different.”
  3. D’autant plus ténus que nous sommes au cinéma où, nous le savons bien, la réalité est celle du film et rien d’autre : tout est possible !
  4. Qu’elles l’aient voulu ou non, les personnes à qui on a donné le pouvoir des trois vœux en ont été leur propre victime !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Cecil B. DeMille
Pacific Express (Union Pacific -Cecil B. DeMille, 1939)

Pour les petits Français que nous sommes, et surtout ceux de 1940 (1), la compagnie Union Pacific (UP) ne veut pas dire grand-chose, alors mes amis traducteurs ont jugé préférable de garder le terme Pacific et de lui accoler un terme plus parleur et un brin racoleur, Express. Pourtant les engins que nous voyons arpenter ma voie ferrée ne sont pas spécialement rapides, puisque les chevaux vont plus vites qu’eux !

Quoi qu’il en soit, la UP est donc la compagnie qui se chargea d’amener le train vers l’Ouest, pendant que la Central Pacific l’amenait vers l’Est, pour se rencontrer à Ogden – au début – ou plutôt à Promontory Point lieu mythique de rencontre des deux locomotives, ce lundi 10 mai 1869. C’est d’ailleurs le même clou que 70 ans plus tôt qui a servi à la jonction…

Bref, après les légendes de l’Ouest Calamity Jane (Jean Arthur) et Wild Bill Hickock (Gary Cooper) dans The Plainsman, voici l’épopée du chemin de fer, quinze ans après le chef-d’œuvre de John Ford, Le Cheval de fer.

Et il est clair que non seulement DeMille a vu le film de Ford, mais surtout qu’il a beaucoup aimé le microcosme créé par cet autre maître du cinéma. Mais nous sommes chez DeMille et l’ambiance familiale qui règne chez Ford ne se retrouve pas ici. Même s’il y a tout de même beaucoup d’Irlandais !

 

Lincoln est donc mort mais son vœu perdure : le chemin de fer va continuer. Bien entendu, cela ne plaît pas à tout le monde, et en particulier à Asa M. Barrows (Henry Kolker) qui mise sur la Central. Il va donc engager un desperado pour l’aider à saboter l’avancée de l’UP. C’est Sid Campeau (Brian Donlevy, spécialiste des rôles de méchant) qui va s’en charger, amenant avec le train des sources de plaisir qui vont fortement ralentir la progression.

Le général Dodge (Francis McDonald) fait alors appel à Jeff « Bucko » Butler (Joel McCrea) pour « sécuriser la ligne », comme on dit de nos jours. En clair : se débarrasser des voyous – et donc de Campeau – par tous les moyens possibles, définitivement s’il n’y a pas d’autre choix.

Mais le second de Campeau n’est autre que l’ancien frère d’armes (la Guerre Civile s’est arrêtée peu de temps auparavant) de Bucko, Dick Allen (Robert Preston).

En prime, Allen est amoureux de  Mollie Monahan (Barbara Stanwick), la fille du conducteur de la locomotive (J.M. Kerrigan). Mais Mollie n’a d’yeux que pour Jeff…

 

Ce nouveau retour au western de DeMille est encore plus brillant que le précédent. Il faut dire que Cecil réussit ici un film parfaitement équilibré : entre l’épopée historique, la comédie et l’inévitable tragédie, le tout mâtiné des codes du western, c’est un régal que de passer ces 135 minutes le long de la voie ferrée. Nous avons même droit au duel final qui, s’il ne se passe pas au (ou sous le) soleil, reste tout de même un duel marquant avec une résolution presque inattendue !

Comme nous sommes chez DeMille, et malgré le résumé ci-dessus, c’est encore une fois la femme qui tient le haut de l’affiche. Et Barbara Stanwick prend son plus bel accent irlandais pour camper cette jeune femme un tantinet délurée, dont le seul intérêt reste le chemin de fer : normal, c’est dessus qu’elle a grandi !

Alors oui, Joel McCrea et Robert Preston sont une très belle garde d’honneur pour elle, mais elle demeure l’élément central de l’intrigue, relançant à chaque fois cette dernière pour arriver à cette fin, attendue, certes, mais tellement logique.

 

Parce que de nouveau, DeMille, à l’instar de Dick Allen, ce joueur invétéré, sort de sa manche la carte inévitable (elle aussi) de la rédemption. C’est d’ailleurs ce même Dick Allen qui va en profiter : normal, il en avait bien besoin. De toute façon, Campeau est irrécupérable, et comme c’est Brian Donlevy, on n’est pas étonné, encore une fois, de lui voir faire les frais de ce salut (moral) final.

D’ailleurs, Donlevy est encore une fois à la hauteur de l’enjeu, annonçant (toujours) le personnage de Bradwell dans Le Fil qui chante de Morris & Goscinny.

Mais là ne s’arrête pas l’évocation des bandes dessinées. En effet, la première aventure de Lucky Luke scénarisée par René Goscinny avait pour thème l’évolution de la ligne de chemin de fer de la UP. Et le cow-boy solitaire n’est pas sans rappeler Bucko Butler, l’amour de la femme en moins, cela va soi. Même l’intrigue de album reprend certains éléments du film, dont le personnage qui enfonce le clou, le presque infâme Barrows.

 

Mais DeMille épargne ce commanditaire peu scrupuleux grâce à une formidable trouvaille : un duo de choc qui va épauler le justicier : Leach Overmille (Lynne Overmann – tu parles d’un nom de personnage !) et Fiesta (Akim Tamiroff). Ils sont absolument dissemblables mais totalement inséparables, se complétant à la perfection dans leurs rôles de seconds du chef. Et si Fiesta est plutôt le comique des deux larrons, il n’en demeure pas moins dangereux et craint.

Et ce duo – improbable – me ramène encore une fois à la bande dessinée : ne cherchez pas plus loin les modèles de Redi Neck et McClure, les deux acolytes de Blueberry (de Gir et Charlier) : ils sont là. Et l’analogie est d’autant plus forte que les deux partenaires de Blueberry lui sauvent la mise plus d’une fois !

 

Bref, avec ce western, DeMille nous montre toute l’étendue de son talent du genre, secondé par une distribution magnifique pour nous faire revivre un moment historique et rassembleur des Etats-Unis. Et ça tombe bien, parce que les nuages s’assombrissent en cette fin de décennie : l’Amérique – enfin une grosse partie des Etats du Nord du continent – ont bien besoin de se sentir « unis » et de mériter cette appellation !

 

  1. Le film est sorti l’année suivante en France…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Gangsters, #Julien Leclercq, #Gilles Lellouche
Gibraltar (Julien Leclercq, 2013)

Marc Duval (Gilles Lellouche) est un type ordinaire, avec ses problèmes ordinaires. Enfin en apparence parce qu’il ne vit pas à Gibraltar sans raison : autrefois, il a obtenu un prêt de 100.000 francs qu’il n’a jamais remboursé…

Mais malgré tout ça, il a des problèmes de trésorerie (un bar et un bateau à rembourser). Il est alors embauché par Redjani Belimane (Tahar « Aznavour » Rahim) pour servir d’aviseur de la douane française : il signale des trafics contre rétribution, c'est-à-dire 10 % des saisies.

Mais la douane anglaise (nous sommes à Gibraltar) entre dans la danse, et comme si cela n’était pas suffisant, un caïd de la drogue, Claudio Lanfredi (Riccardo Scamarcio) le prend sous son aile, faisant de lui un narcotrafiquant d’(envergure internationale.

A ce moment-là, les soucis pécuniaires du début ont des relents de paradis perdu…

Et en plus, c’est d’après une histoire vraie, celle de Marc Fievet, qui fut aviseur pour la douane française avant de se retrouver en prison…

 

Deux ans après L’Assaut, qui racontait la prise d’otages d’un avion en 1994, Julien Leclercq revient avec une autre histoire vraie qui a défrayé la chronique : celle de cet informateur des douanes qui est tombé pour trafic de drogue, abandonné – lâchement ? – par ses commanditaires originels… Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Leclercq s’en sort avec les honneurs, réalisant un film qu’on pourrait qualifier d’efficace si ce terme n’était pas teinté d’une certaine violence. Non pas que le film est calme, mais la violence n’y est pas l’élément le plus déterminant. L’intrigue – et l’action – se concentre(nt) sur Duval, et surtout comment il en est arrivé là.

Et le scénario d’Abdel Raouf Dafri se déroule en deux parties séparées par un long flash-back, avant d’arriver à al dernière opération, celle qui va faire tomber ce caïd bien singulier.

 

Et Gilles Lellouche interprète (encore une fois avec talent) magnifiquement le rôle de cet homme contraint à mentir pour vivre, au début, puis survivre, quand les choses se compliquent. Il est un Duval très convaincant, un homme qui risque un doigt dans un engrenage et va y perdre plus que son bras, malgré l’avertissement initial de son mentor… Ce mentor qui est lui aussi dépassé par l’ampleur du lièvre soulevé par celui qui ne devait être qu’un petit informateur.

On suit avec intérêt cette accumulation de mensonges obligés que cet homme bien isolé doit entretenir afin de rester en vie. Et on se demande encore comment il a réussi à survivre à cet incroyable imbroglio. Comme quoi, parfois, la réalité dépasse de loin la fiction !

 

Bien entendu, l’institution en prend pour son grade, surtout avec les derniers intertitres, mais Leclercq aurait tout de même pu préciser que son modèle – dans la réalité – avait tout de même obtenu gain de cause (1) auprès de la justice française.

Mais on ne va pas s’offusquer sur ce détail qui n’empêche pas d’apprécier à sa juste valeur ce film maîtrisé de bout en bout.

Et puis au cinéma, vous savez bien que tout est permis, même d’arranger la vérité

Vérité et cinéma ne vont pas toujours bien ensemble (2), et de toute façon, ce n’est pas ce que l’on recherche quand on va voir un film !

 

  1. Non, il ne meurt pas à la fin !
  2. Sauf chez Clouzot, bien sûr, mais ceci est une autre histoire…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Orson Welles
La Splendeur des Amberson (The magnificent Ambersons - Orson Welles, 1942)

Etre invité chez les Amberson, dans cette petite ville américaine, c’est comme l’être chez les Vanderbilt à New York à la même période. Il faut dire qu’ils possèdent une immense demeure aux hauts plafonds, sont immensément riches et surtout ont une fille belle comme le jour, Isabel (Dolores Costello). Mais son cœur est déjà paris par le jeune et beau Eugene Morgan (Joseph « Jed » Cotten), brillant inventeur dont le prototype, l’automobile, va faire parler de lui.

Malheureusement, il suffit d’un coup du sort pour tout contrecarrer : un verre de trop. Un verre de trop et on titube un petit peu plus, alors on tombe… Sur la contrebasse ! La sérénade attendue par Isabel n’aura donc pas lieu, et Eugene devient persona non grata.

Isabel se marie avec Wilbur Minafer (Don Dillaway) et Eugene quitte la ville.

Vingt ans plus tard, Eugene revient : il est veuf et a une fille, Lucy (Anne « Eve » Baxter), pendant qu’Isabel un fils, George (Tim Holt).

Et quand Wilbur va mourir, George va tout faire pour éviter que sa mère épouse Eugene, la rendant malheureuse…

Bien sûr, il y a aussi une histoire (presque) d’amour entre George et Lucy, mais comme celle des parents, elle n’est pas résolue quand se termine le film.

 

Orson Welles (qui assure ici la narration) avait fait très fort pour son premier film. Il revient un an plus tard avec un film encore plus fort, porté par une partie de ceux qui étaient déjà là avant, et pas seulement les interprètes !

Malgré tout, ce fut un échec retentissant. Il faut dire que la guerre était passée par là et cette histoire malheureuse du siècle passé (pour les spectateurs de l’époque) devait certainement moins intéresser que les exploits guerriers de « nos p’tits gars ».

Toujours est-il que Welles démontre à nouveau son talent, jouant avec la caméra de Stanley Cortez et de fabuleux éclairages qui soutiennent à la perfection cette intrigue très noire.

La maison Amberson, du fait de ses dimensions et surtout cet éclairage, devient l’autre personnage principal de ce film : un immense manoir qui en devient étouffant par la présence du dernier – en titre – de la lignée, le jeune George.

 

Et Welles, à travers cette incroyable fresque familiale, nous plonge dans le déclin aristocratique qui a précédé la première Guerre Mondiale. Ce déclin est bien sûr accentué par la personnalité répugnante du benjamin, tandis que le peuple se construit ses propres héros valeureux (moralement et financièrement) en la personne de Morgan.

Et on peut d’autant plus dire que l’ascension de Morgan va causer la (presque) perte de George, puisqu’il est – ironiquement ? – renversé par une voiture.

La voiture est d’ailleurs un élément central de cette intrigue : alors qu’elle va se développer – nous en sommes les témoins quotidiennement – George va persister à vivre dans cette « splendeur » passée, annoncée par le titre français (1). La ville, les gens – et donc le monde – évoluent pas George régresse, encouragé par une mère (trop) aimante qui lui sacrifie tout jusqu’au bout, jusqu’à son bonheur mérité, que de toute façon il aurait piétiné !

 

Parce que George est le « méchant » de ce film. Mais comme nous évoluons dans un milieu distingué, sa méchanceté se noie dans son statut : il est riche donc égoïste et arrogant, ce qui semble un pléonasme chez lui. Et la prestation de Tim Holt est à souligner, tout comme celle des différents interprètes principaux. Et si Joseph Cotten tient (enfin) de l’affiche avec Dolores Costello, il ne faut pas non plus oublier les deux autres actrices primordiales : Anne Baxter bien entendue, et surtout Agnes « Endora » Moorehead (Fanny Minafer). Cette dernière, un petit peu plus qu’aperçue dans Citizen Kane, interprète une superbe vieille fille, avec le dépit qui va avec. En effet, alors que George pense que Morgan est revenu pour Fanny, il n’y a aucun doute pour cette dernière. Et sa relation avec ce neveu insupportable donne lieu à deux très beaux affrontements, l’un sur le palier de la cage de l’immense escalier, l’autre contre la chaudière froide. A chaque fois, le cynisme se mêle au tragique (voire au pathétique) dans leur relation. Pour des spectateurs comme moi qui avons découvert cette actrice dans Bewitched, c’est assez étonnant (la première fois !).

 

Et Welles déroule, comme on dit, brossant le paysage américain de fin de siècle (et de lignée…), avec beaucoup de justesse et surtout beaucoup de talent, parsemant tout de même quelques touches ironiques bienvenues : les styles vestimentaires décrits et illustrés au tout début par Joseph Cotten, et surtout le clin d’œil à son précédent film : Eugene Morgan est un lecteur de l’Inquirer. Or l’Inquirer était le journal de départ de Charles Foster Kane ! De plus, on peut y apercevoir une annonce (en première page et avec illustration) pour la revue théâtrale de Jed Leland (2) !

 

  1. Certes, ce n’est pas une traduction littérale, mais elle convient très bien au film.
  2. Rappel pour les rares personnes qui n’ont pas encore vu Citizen Kane : Jedediah « Jed » Leland est l’ami de Kane à ses débuts et tient une rubrique théâtrale dans son journal !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Musique, #Dudley Murphy
Black and Tan (Dudley Murphy, 1929)

 

 

 

 

Harlem, 1927 (?)

Edward Kennedy Ellington, qu’on appelle déjà « Duke », vivote dans un (tout) petit appartement, composant sans relâche. Sa dernière œuvre : Black & tan Fantasy (1). Mais à quoi bon composer, s’il n’y a pas de travail. Heureusement, sa bonne amie Fredi (Washington) va retourner sur scène et elle lui a décroché un contrat au prestigieux Cotton Club.

Malheureusement, si elle s’était arrêtée, c’était pour des problèmes cardiaques. Et son retour est fatal : elle fait une dernière crise et mourra dans son lit, entourée du Duke, de certains de ses musiciens et d’autres chanteurs, reprenant le morceau qui donne son titre au court-métrage…

 

Si ce film est resté – fort justement – dans les annales, c’est pour deux choses : la première parce qu’on y voit ce qu’on appellerait aujourd’hui un « clip vidéo » avec une véritable intrigue, et surtout parce que c’est la première apparition du Duke au cinéma !

Et nous pouvons le voir dès l’ouverture, derrière son piano, expliquant au trompettiste (Arthur Whetsol ?) sa nouvelle composition. Mais il faut tout de même attendre la quatrième minute pour (enfin) voir son visage !

Et le contexte n’est pas très reluisant : son piano a des traites de retard et des gros bras viennent le récupérer. Mais heureusement pour le Duke, Fredi a du gin et les deux déménageurs repartent chargés, mais pas d’un piano !

Eh oui, nous sommes encore pendant la Prohibition (Volstead Act) qui ne prendra fin qu’un peu plus de trois ans après la sortie du film. Et comme le Code Hays n’est pas encore écrit, montrer des gens qui boivent librement de l’alcool est toléré.

 

Et puis il y a le Cotton Club, avec son orchestre de jazz (celui du Duke, bien entendu), ses danseurs de claquettes et son sol lustré qui sert de miroir pour certains plans. Parce que les plans de Dal Clawson sont très importants, devenant un véritable soutien à la musique (et non le contraire comme nous en avons l’habitude). Des gros plans sur les différents protagonistes, bien sûr, mais aussi des danseurs de claquettes dans une formation qui peut nous sembler incongrue à notre époque : ils sont cinq et évoluent l’un derrière l’autre dans tous leurs déplacement. Le sol miroir du Club permet aussi d’avoir un plan des pieds heurtant le sol tout en montrant les (bouts de) visages de leurs propriétaires.

Et Ce reflet bienvenu va aussi nous permettre un bel aperçu du dessous de la jupe de Fredi qui n’est déjà pas très vêtue… Là encore, l’absence du Code Hays sert très bien l’intrigue.

Dernier effet notable du chef opérateur, une caméra subjective qui nous permet de voir ce que ressent Fredi alors que son mal progresse : vue brouillée puis altérée donnant à voir une répétition d’un même plan sur l’écran, un kaléidoscope vivant qui s’empare de ce même écran jusqu’au moment fatal de la perte de connaissance.

 

Et cette intrigue, surtout sa dimension tragique sert parfaitement ce standard ellingtonien inspiré d’une marche funèbre : la dernière séquence qui voit Fredi agoniser, soutenue par les musiciens (instrumentistes & chanteurs) possède une force incroyable : c’est déjà l’enterrement de la jeune femme et les adieux de ses proches.

Et bien sûr, c’est le Duke qui conclut la vie de Fredi : un visage qui pleure et qui se brouille, interrompu par son dernier soupir.

 

Un must !

 

  1. Coécrite avec Bubber Miley

 

 

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