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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Espace, #Damien Chazelle
First Man (Damien Chazelle, 2018)

 

Tout commence en 1961, quand Neil Armstrong (Ryan Gosling) effectue un vol supersonique hors de l’atmosphère, avec les difficultés inhérentes à son retour sur terre. Et si ce vol ne fut pas complètement une réussite, cela ne l’empêcha pas de participer aux programmes Gemini puis Apollo qui avaient comme objectif le premier alunissage : ces messieurs de la NASA en avaient assez d’être à la traîne derrière les Russes dans la course à l’espace…

Nous assistons alors aux différentes étapes de ce challenge incroyable. Incroyable à un tel point que des gens aujourd’hui encore, plus de 52 ans après qu’il se soit déroulé, pense que tout a été monté de toute pièce.

Ce « premier homme », c’est donc Neil Alden Armstrong, celui qui posa le premier le pied sur la Lune, énonçant l’une des citations les plus connues depuis. Je vous en fais grâce, rassurez-vous.

 

Mais ce premier homme, s’il fut le premier, reste avant tout un homme. Et c’est ce que montre le film de Damien Chazelle, qui retrouve l’interprète principal de son film précédent. Et cette association est encore une fois gagnante, Gosling étant un Armstrong fabuleux, homme avant héros, comme l’illustre bien la conférence de presse qui précède la mission Apollo 11. Et Chazelle insiste sur l’aspect humain de cet homme devenu depuis le 20 juillet 1969, une légende mondiale (1). Et aidé de Linus Sandgren (lui aussi sur son film précédent, il va prendre le parti de rester très proche de son personnage principal, usant (et abusant ?) de la caméra sur l’épaule. Ce parti pris accentue la dimension humaine du personnage et si la prouesse reste gigantesque pour l’humanité, elle ne prend que très peu cet état, seulement quand on voit que l’événement fut suivi partout dans le monde (ou presque).

 

Utiliser la caméra sur l’épaule pendant presque tout le film a un côté parfois agaçant (2), mais elle fait partie d’un tout et se justifie une fois l’espace atteint : le calme s’installe alors et la caméra se stabilise, accompagné d’un silence incroyable qui tranche abruptement avec les secousses éprouvées le reste du temps.

Mais ce calme s’explique de deux manières :

  1. Le module s’est posé sur la Mer de la Tranquillité ;
  2. Son escapade lunaire est l’occasion de faire totalement le deuil de sa fille Karen (Lucy Stafford).

Et quand il revient, la caméra a fini de bouger et surtout tressauter. Même le décollage de la Lune s’effectue sur un plan fixe, avec aucun retour dans la cabine : cela aurait été en outre plutôt redondant, voir lourd.

 

Bien sûr, on pense à Kubrick et son 2001, a space Odyssey pendant le projet Gemini, surtout avec l’arrimage des deux parties de la fusée. Et la musique de Justin Hurwitz a le bon goût de ne pas reprendre Le beau Danube bleu : les images suffisent. Autre référence, le film de Philip Kaufman, The right Stuff. D’ailleurs, on retrouve les mêmes personnages, à un niveau moindre cela va de soi : c’est une autre génération d’explorateur qui est arrivée, même si peu d’années les séparent et que leurs progrès ont été contemporains, et que les dirigeants sont les mêmes !

 

Bref, Chazelle réussit son pari en nous retraçant cette conquête spatiale américaine, et ce malgré les images cent fois vues à la télévision ou ailleurs : on y croit encore une fois, et on applaudit à cet exploit hors du commun. Mais à la différence de Kubrick et Kaufman, Chazelle reste au niveau humain et ne s’en éloigne que pour mieux y retourner : (très) gros plans, caméras subjectives, visages incomplets où ne se voient que les éléments les plus importants…

C’est beau. C’est grand.

C’est du cinéma.

 

  1. Un mythe, bien entendu, pour ceux qui n’y croient pas…
  2. L’image est rarement table, la mise au point pas toujours nette, et toute cette sorte de choses…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Bertrand Tavernier
Dans la Brume électrique (In the electric Mist - Bertrand Tavernier, 2009)

 

Nous sommes quelques temps après le passage de l’ouragan Katherine (2005) et la Louisiane porte encore les traces de cette tempête phénoménale et meurtrière. A New Iberia, le policier Dave Robicheaux (Tommy Lee Jones) se retrouve à la poursuite d’un tueur de femmes particulièrement sadique, mutilant ses victimes.

Mais les langues ne se délient pas beaucoup dans cet état au passé chargé. Et cette affaire rappelle à Robicheaux une autre qui s’est déroulé une quarantaine d’années auparavant : l’acteur Elrod Sykes (Peter Sarsgaard) a découvert le corps d’un homme enchaîné. Cet homme que le jeune Robicheaux avait vu se faire abattre, de l’autre côté du marais où il se trouvait.

A première vue, pas de lien entre ces deux affaires.

Et pourtant…

 

Bertrand Tavernier était un très grand réalisateur. Avec ce film américain, il nous démontre qu’il est à l’aise partout, menant de main de maître ce projet – contre l’avis des producteurs – et dirigeant avec brio Tommy Lee Jones, qui s’est investi personnellement dans ce film. Et ça fonctionne très bien, Tavernier réussissant un film totalement américain, avec son propre savoir faire. Alors que les superproductions s’enchaînent rivalisant d’effets spéciaux numériques et de montages au rythme effréné, il reste dans un cinéma plus traditionnel et prend le temps de placer sa caméra, der filmer ses interprètes. Le résultat est superbe : un film efficace, halluciné où la violence – inévitable – n’est pas pour autant gratuite et surtout jamais racoleuse.

 

Il y a une parenté évidente avec Coup de Torchon, dans le rythme  tout d’abord mais aussi dans le temps atmosphérique : si l’air n’est pas étouffant comme en Afrique, les intempéries restent très présentes et marquent le film de leur empreinte. Outre la tempête mentionnée ci-dessus, l’orage est un élément important de par sa violence (encore une) et le bruit qu’il amène, rappel des canons de la Guerre de Sécession. Parce que cette guerre qui vit le Sud (dont la Louisiane) et le Nord s’affronter, est très présente, surtout avec les soldats confédérés commandés par le général Hood (Levon Helm). Ce dernier est un personnage énigmatique (il est mort cent trente ans plus tôt environ) qui n’est pas visible par tous : outre Robicheaux, seul Sykes a pu lui parler. Et c’est là que le côté halluciné du film se développe : les deux personnages sont presque toujours sous l’emprise de substances – alcool la plupart du temps ou LSD – et dans un état (très) proche de l’inconscience voire carrément dedans (quand Robicheaux est assommé par la balle de baseball).

Et nous entrons en plein dans la psychanalyse puisque ces moments d’inconscience plus ou moins volontaire sont les moteurs de l’intrigue. C’est à ces moments-là que Robicheaux (toujours lui) &avance dans ses réflexions, aidés par ce général d’un autre âge qui l’assiste dans sa propre introspection : la solution est là, il « suffit » juste de bien regarder.

 

C’est un film un tantinet poisseux où se télescopent le passé et le présent, voire les passés : celui de 1965 et le lynchage en règle d’un homme noir ; celui de 1865 et avant et cette guerre fraternelle qui divisa un pays ; et celui encore avant, pendant l’occupation française, encore présente dans les différents patronymes des autochtones (Robicheaux, Doucet, Girard…) ou encore les enseignes Chez Narcisse et autres pancartes (Messieurs – Men).

 

Superbe.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #William C. De Mille
La Montée du passé (Conrad in quest of his Youth - William C. De Mille, 1920)

Conrad (Tom « Crichton » Meighan) revient de guerre (1). Seul son majordome, Dobson (Charles Ogle) l’attend. Pour le reste, personne. Pas de famille, à part quelques cousins plus ou moins éloignés (et pas seulement dans l’espace). Et Conrad gamberge : qu’est devenue sa jeunesse.

Il invite alors ceux avec qui il a passé son enfance, une vingtaine d’années avant. Mais c’est un fiasco. Il se tourne alors vers son premier amour, la belle Mary Page (Sylvia Ashton), qui est depuis devenue une grosse dondon mère de quatre enfants et surtout épouse d’un jaloux.

Reste son grand amour de jeunesse, la belle Mrs Adaile (Kathlyn William), qu’il aimait quand il avait dix-sept ans.

Là encore…

 

C’est une belle histoire d’amour que nous propose ici William C. De Mille (le frère de), dirigeant en outre le grand Thomas Meighan qui avait bien réussi à ce même frère. Et c’est une histoire qui part mal : comment peut-on retrouver sa jeunesse, une fois 35 ans passés (2) ?
Et Conrad va de déconvenue en déconvenue, jusqu’au coup de pouce du Destin qui va (enfin) le favoriser.

Mais c’est une belle histoire d’amour parce qu’elle se termine bine, malgré les différents signaux d’alarme qui nous sont montrés : le dernier indiquant que Conrad va visiter le cimetière de la ville où il est bloqué. Et comme nous sommes au cinéma, et que le Destin nous a été indiqué dans un intertitre (favorablement), nous savons que tout se terminera bien.

 

Il n’empêche : le sujet traité est plutôt lourd et triste : la fuite du temps. Et, cette fuite du temps est d’autant plus accentue que Conrad, sujet britannique revient de guerre (nous sommes donc en 1919) et qu’il a déjà environ 37 ans (voir plus haut). Et De Mille traite ce sujet avec le recul nécessaire, usant à bon escient des ressorts comiques voire tragiques : le premier amour, quand elle apparaît, même si cela est prévisible, ne peut nous empêcher le sourire (voire plus) : s’attendait-il à ce qu’elles l’aient toutes attendu ? Certes, Conrad est un beau parti (il ne travaille pas et a un majordome qui lui est resté fidèle malgré la guerre (3), mais malgré tout, il demeure seul, et l’éloignement guerrier n’est qu’un piètre argument.

 

Alors oui, William C. De Mille traite à son tour un sujet bourgeois voir un peu plus haut, mais il n’y a aucune ostentation et son sujet – la fuite du temps – est la chose la plus importante. Et ce traitement est très bien réussi : il oppose à merveille l’engouement de Conrad face à sa volonté de rattraper le temps perdu et l’impression de temps perdu des gens qu’il a invités (ses cousins). Et cette impression est d’autant plus justifiée que la maison qui les accueille a vieilli en même temps que ses anciens occupants…

 

Bref, une recherche du temps perdu très réjouissante et qui se conclut par une belle histoire d’amour : il faut dire que Margaret Loomis est irrésistible.

Alors on savoure de bout en bout, le sourire constamment aux lèvres. Le seul moment véritablement émouvant est le retour de Conrad et surtout ses retrouvailles avec Dobson. On pouvait même craindre un film un tantinet « guimauve » en se basant là-dessus.

Il n’en est rien. Tant mieux.

 

  1. Tout doux.
  2. Il retrouve lady Adaile et lui annonce qu’ils se sont connus quand il avait 17 ans, vingt ans auparavant.
  3. Au vu de son âge (avancé ?), il a certainement enduré les cinq années de cette guerre…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #James Cruze
Le Capitaine Blake ! (The fighting Coward - James Cruze, 1924)

 

Le Sud traditionnel : les steamers qui remontent (et descendent) le Mississipi, les maisons à colonnades, les jeunes filles courtisées – dans les règles – par les jeunes garçons, les inévitables esclaves (hélas), le bourbon et l’honneur. Le général Rumford (Bruce Covington) possède tout cela, mise à part les grands bateaux à aubes. Et le jeune Tom (Cullen Landis), son fils est amoureux de sa jeune cousine Elvira (Phyllis Haver), pendant que sa jeune sœur (à elle), Lucy (Mary Astor), n’a d’yeux que pour ce jeune homme.

Seulement voilà : ce jeune homme – qui plus est élevé dans le Nord ! – n’a guère de courage et quand le Major Patterson (Noah Berry) sort de prison et revient réclamer Elvira qu’il courtisait avant son séjour, Tom refuse de se battre. Et pour cause : il ne sait pas. Il est alors chassé de chez lui et part de Magnolia – ça ne s’invente pas (ou plutôt si !).

Il se retrouve dans le tripot du Colonel Jackson (Ernest Torrence), homme fier et farouche (du Sud lui aussi)…

 

Ernest Torrance était un acteur phénoménal De par sa stature tout d’abord puisqu’il dépasse au moins d’une tête ses partenaires à l’écran, et aussi parce qu’il a tourné avec les plus grands, alternant des personnages différents, tous en rapport avec son physique, cela va de soi, mais surtout parce qu’il était capable d’interpréter n’importe quel genre d’homme : Jackson (déjà) dans The covered Wagon (déjà avec Cruze), un bougon ami du jeune premier ; le formidable Capitaine Crochet dans le Peter Pan de Brenon ; le père de William « Bill » Canfield (Buster Keaton) dans Steamboat Bill, Jr. ; Sans oublier l’affreux Luke Hatbum dans Tol’able David.

Ici, il est un formidable « colonel », alliant manières – c’est un homme du Sud, ne l’oublions pas – et rudesse : toujours tiré à quatre épingles, même s’il conserve la manie des marins de mettre son mouchoir dans sa manche, il n’hésite pas à abattre ceux qui lui cherchent querelle, ou plutôt qui essaient le voler.

Mais comme vous vous en doutez, c’est un dur de façade et on a facilement raison de lui : il suffit d’être réputé plus fort pour que cela marche !

Mais malgré tout, c’est un personnage attachant – et comique – qui va rapidement gagner l’affection des spectateurs et de notre héros singulier : un lâche patenté qui va retenir les leçons de ce faux dur pour se faire justice et arriver à ses fins.

 

Et à ses côtés, le jeune premier n’est pas terne voire insipide : il est dans la lignée de Bannion (J. Warren Kerrigan dans The covered Wagon) et sait gagner sa revanche et surtout le cœur de celle qu’il aime (Lucy, puisque Elvira est mariée). Et cette victoire est des plus réjouissantes, s’appuyant sur des apparences, mais pas que : le fameux Colonel Blake qui donne son titre à la version française, n’est pas qu’un fier-à-bras comme Jackson, comme le montre l’explication qu’il a avec ceux qui l’ont déshonoré (les frères Patterson). Et cette vengeance est à la mesure du personnage : sans violence excessive.

 

Bref, James Cruze signe ici un western atypique où on y retrouve certains ingrédients, enveloppés dans ce milieu aristocratique sudiste pour qui l’honneur est la plus haute des valeurs. Mais ce Sud si traditionnel n’est guère reluisant : Noah Berry n’est pas ce qu’on peut considérer une jeune premier svelte et délicat, et surtout les frères Patterson – « Pattuhson » dans les intertitres) – ne sont rien d’autres que des criminels à la gâchette facile : ils tuent ici un homme qui les avait dénoncé parce qu’ils avaient tué son frère.

Et Cruze pousse la satire le plus possible en truffant les intertitres de mots prononcés à la Sudiste : « Majoh » pour Major ; « Mistah » pour Mister… Des intertitres qui s’inscrivent sur une carte à jouer marquée : un as de pique, bien entendu.

 

Un film superbe qui se déguste – encore une fois – comme une friandise : c’est tellement bon, alors on en redemande !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Animation, #Brad Bird
Le Géant de fer (The iron Giant - Brad Bird, 1999)

1957.

Nous sommes en pleine Guerre froide. C’est ce moment que choisissent des extraterrestres pour envoyer sur terre un géant de fer (voix de Vin Diesel). Mais c’est Hogarth (voix d’Eli Marienthal) qui le découvre. Aidé de Dean McCoppin (voix de Harry Connick Jr.), il va survivre à l’ombre de l’armée et surtout de Kent Mansley (voix de Christopher McDonald), agent de renseignement du gouvernement qui ne voit en ce robot qu’une menace plus ou moins envoyée par les Rouges (URSS, Chine) dans un but de destruction du « Monde libre ».

Bien évidemment, il n’en est rien : ce géant de fer est bon, comme essaie de le prouver Hogarth.

 

C’est beau comme du Disney, comme le confirme le style, mais avec une dimension réaliste – et surtout sérieuse – qu’on ne trouve que très rarement chez le studio créé par le descendant des soldats normands d’Isigny. Le trait rappelle sans hésitation celui de l’époque dorée des studios, mais le propos est réaliste, et surtout : on n’y chante pas ! (1)

Et Brad Bird réussit à nous proposer une magnifique fable antimilitariste avec, encore une fois, un éloge de la différence : ce géant n’est pas la menace que Kent veut faire croire, gonflé qu’il est des résidus du maccarthysme qui régna au début des années 1950.

Parce que le véritable méchant de cette histoire, c’est Kent. Il est l’archétype de l’agent « spécial » du gouvernement qui traque ceux qui ne sont pas comme lui (ou/et qui ne pensent pas comme lui).

 

On suit alors avec plaisir cette relation entre cet enfant un tantinet seul et ce robot qui l’est encore plus, débarqué dans un monde entièrement différent de ce qu’il peut (a pu ?) connaître. Et cette relation nous ramène au monde de Disney : ces deux extrêmes s’attirent comme Peter et Elliott (film homonyme), ou encore Rox et Rouky (The Fox & the hound). Parce que malgré tout, c’est de la différence que naît la richesse, et le film de Brad Bird n’y fait pas exception.

Et comme l’intrigue se situe en pleine guerre froide, on n’hésite pas à utiliser ce que les acteurs de l’époque n’ont jamais voulu utiliser : la bombe H. Comme nous sommes au cinéma, je rappelle que tout est possible. Mais cette utilisation extrême (voire extrémiste) se retourne bien entendu contre son instigateur, et c’est tant mieux.

Certes tout est possible, mais il faut aussi savoir rester raisonnable.

 

Au final, un très beau film d’animation (2), avec un message d’espoir (nous sommes au Etats-Unis, ne l’oublions pas). On peut juste relever que le personnage de Dean, dans son apparence, n’a pas grand-chose à voir avec les gens qu’on croisait à cette époque.

Mais là encore : au cinéma, tout est possible…

 

  1. Si je suis un grand amateur des films du studio, les chansons inhérentes ont une certaine tendance à m’irriter.
  2. J’ai toujours eu du mal avec cette désignation : comme si un film était statique…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Anthony Mann
Winchester '73 (Anthony Mann, 1950)

La Winchester ’73 est ce qui se fait de mieux dans l’Ouest, en cette période troublée qui a vu très récemment la défaite (méritée) de Custer à Little Bighorn. On dit même qu’un Indien vendrait son âme pour l’avoir (1). Et de temps e temps, la firme Winchester en fabrique une particulière, qui est encore mieux que les autres : « une sur mille ». C’est cette dernière qui est l’enjeu d’un concours de tir à Dodge City, sous l’œil bienveillant – mais vigilant – du légendaire Wyatt Earp (Will Gear). Parmi les participants, on trouve Lin McAdam (James Stewart) qui est à la poursuite de celui qui a abattu son père (d’une balle dans le dos) : « Dutch » Henry Brown (Stephen McNally), alias Matthew McAdam, son propre frère.

 

Vous me pardonnerez la révélation finale, mais si vous ouvrez n’importe quel site de cinéma, on vous précisera qu les deux ennemis sont bel et bien deux frères, dont l’un a (très) mal tourné. Nous avons donc une situation Abel Vs Caïn, mais à la différence de la Bible, c’est le gentil (Abel) qui l’emporte. Parce qu’en 1950, il n’est pas question de faire la part belle au méchant. Et Mann nous indique tout de suite cet élément : la rencontre entre les deux frères avorte : le marshal de Dodge City ne veut pas d’arme dans sa ville. Par contre, une fois le concours remporté par Lin (étonnant, non ? Non.), La première chose que fait Dutch, c’est de lui voler la récompense. Mais c’est ce vol qui est la base du film.

En effet, le titre l’annonce : c’est avant tout la carabine qui est le centre du film. Et par un superbe concours de circonstances, elle va passer de main en main, avec à chaque fois une mort violente pour celui qui l’a acquise (2). Et les tribulations de l’arme sont l’occasion pour Anthony Mann de nous montrer son Ouest qui, sil rappelle ceux des autres réalisateurs de son temps, n’en demeure pas moins le sien : si les personnages possèdent des éléments truculents, on n’est loin de l’univers familial de John Ford : la preuve, c’est que nous avons deux frères qui veulent s’entretuer, inconcevable chez le grand Jack. L’univers de Mann est plus sérieux, et peut-être plus réaliste.

 

Les personnages sont à chaque fois très caractérisés et portent en eux une part sombre.  Joe Lamont (John McIntire), qui traite (commercialement) avec les Indiens, est un tricheur aux cartes et a tendance à arnaquer ses clients ; Jack Riker (John Alexander) tient un saloon hôtel tranquille au milieu du désert mais n’hésite pas à user de la gâchette pour conserver sa tranquillité ; jusqu’à la belle Lola Manners (Shelley Winter) qui nous apparaît alors qu’elle est expulsée de Dodge City par Earp. Sans oublier ceux qui sont du côté obscur : outre Dutch, on fait la connaissance de « Waco » Johnnie Dean (Dan Duryea), dont la réputation de plus rapide tireur du Texas n’a rien d’usurpée, et Steve Miller (Charles Drake) qui n’est pas étouffé par le courage.

Et de la même façon, Lin, en tuant son frère, acquiert sa part d’ombre…

 

Les seuls personnages qui ne sont pas véritablement caractérisés sont les Indiens. Seul Young Bull (Rock Hudson) se distingue des autres : c’est le chef et c’est lui qui devient propriétaire (temporaire) du fusil.

Les Indiens d’ailleurs, ne sont pas à la fête : outre les pertes importantes qu’ils essuient lors des assauts contre les visages pâles, ils se débandent (très) facilement une fois leur chef éliminé. Bref, on ne passe pas à côté des préjugés tenaces de l’époque qui voulaient, avant

 Tout, qu’un bon Indien était un Indien mort. Heureusement, les choses vont changer dans les décennies suivantes.

 

Et dans ce film, la violence est plus crue que chez Ford (ou Walsh, ou Hawks…), comme on peut le voir à chaque nouvelle occasion. Certes, les hors-la-loi ont la gâchette très facile, mais c’est dans le rendu visuel que Mann se distingue de ses contemporains. Le sang apparaît plus clairement, sortant de la bouche d’un tué, accentuant l’effet désiré. Mais surtout, Mann ne ménage pas ses effets, donnant à la mort son aspect tragique intrinsèque et surtout accentuant l’aspect réaliste du western.

 

Avec ce film, Anthony entame une collaboration pour cinq westerns avec James Stewart qui sont devenus depuis de grands classiques

Alors savourons…

 

PS : on reconnaîtra un jeune acteur brun aux yeux bleus dans la séquence de siège des tuniques bleues : Tony « Danny Wilde » Curtis.

 

  1. « On », c’est l’intertitre de présentation du film.
  2. Sauf Lin, bien sûr, c’est le héros et aussi parce qu’il n’y aurait pas de film…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Christian-Jaque
Boule de Suif (Christian-Jaque, 1945)

 

1870.

Les armées françaises battent en retraite. Seuls quelques francs-tireurs continuent de lutter contre l’ennemi prussien qui prend ses quartiers en France. A Rouen, par exemple, où les notables – louis-philippards – et leurs dames veulent quitter la ville. Et quand ils y parviennent, c’est pour se retrouver dans la même diligence que Boule de Suif (Micheline Presle), fille de mauvaise vie, comme ils disent.

Mais cette « fille de mauvaise vie montre qu’elle a des manières : elle offre le repas aux voyageurs inconséquents et montre une résistance farouche à cet envahisseur bien peu délicat.

Le tout sous l’œil ironique de Cornudet (Alfred Adam), libre penseur mais surtout « démocrate », au grand dam de ces mêmes notables.

 

Quand le film sort, la guerre est finie, et on commence à régler certains comptes (1), de ceux qui ont eu une certaine complaisance (voire une complaisance certaine) avec l’occupant. Et le film, tourné dans cette époque troublée (la fin de la guerre et de la Libération) s’en fait l’écho : ces officiers prussiens ne sont guère différents de ceux qui déambulaient dans les villes de France, seul l’uniforme a changé. Bien sûr, nous ne sommes plus chez Maupassant à ce moment-là, mais c’est ça, le cinéma. Et Christian-Jaque s’y entend très bien dans ce rayon.

Son film est impeccable de bout en bout, actualisant les nouvelles de l’écrivain avec habileté.

Il faut ajouter qu’il est aidé par ses interprètes qui se prennent au jeu et nous offrent une très bonne prestation. Bien sûr, Micheline Presle est non seulement belle mais aussi très talentueuse, symbolisant d’une certaine façon la France résistante. Et son statut de prostituée nous ramène aux attaques des nationalistes de tout crin : la République française a souvent été qualifiée par ces personnes abjectes de « Gueuse ». Quelle meilleure illustration alors que de la représenter sous les traits de Boule de Suif.

L’autre grand rôle du film est interprété par Louis Salou : le lieutenant prussien surnommé Fifi. Il est d’une grande abjection lui aussi, sous des dehors civilisés, dehors qui ne tiennent pas longtemps  pour le spectateur : cet homme est un salaud de la pire espèce. Et Salou, qui est un homme d’une grande délicatesse est presque à contre emploi : c’était un homme sensible et fin, comme le racontait Micheline Presle.

 

Et Christian-Jaque déroule son film, attaquant sans relâche les Collaborateurs, représentés par les trois notables « anti-démocrates » : Auguste Loiseau (Jean Brochard), Edmond Carré-Lamadon (Pierre Palau) et le comte de Bréville (Marcel Simon). On retrouve dans ces trois hommes, d’une certaine façon, ceux qui ont permis l’Occupation (2) : Loiseau représente les commerçants qui se sont enrichis pendant l’Occup’ ; Bréville la frange monarchiste qui se réjouissait de la chute de la République (3) ; et Carré-Lamadon les parlementaires qui ont abandonné le pouvoir au maréchal. Et tous trois s’accordent pour dire que la défaite était logique et que l’envahisseur a tous les droits : tout ce genre de fadaises qui fut servi pendant ces quatre années terribles.

 

Bref, un très beau film en costumes sous lequel point la critique de ceux qui ont fait le lit de l’Ennemi. Et la fin n’en est que plus symbolique : après avoir résisté aux avances de l’ignoble officier prussien, Boule de Suif – comme les résistants 70 ans plus tard – va se sacrifier et céder, permettant alors à ses « compagnons » de voyages de pouvoir reprendre leur route.

Magistral.

 

  1. Pierre Laval sera fusillé deux jours après la sortie du film (ou 2 jours avant selon les sources).
  2. Celle de 1940, bien sûr.
  3. Sans oublier le fait que Pétain était un monarchiste convaincu.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Justice, #Richard Eyre
My Lady (The Children Act - Richard Eyre, 2017)

 

« My Lady » c’est ainsi qu’on l’appelle : Fiona Maye (Emma Thompson) est juge pour enfant pour
la Couronne d’Angleterre et doit statuer dans des affaires plus ou moins sordides relevant du bien être des enfants. Entre des siamois qu’on doit séparer et une fille enlevée à sa mère, elle n’a pas vraiment le temps de penser à elle. C’est d’ailleurs ce que lui reproche son marie Jack (Stanley Tucci), qui se sent délaissé depuis « onze ans » : il songe alors à avoir une aventure extraconjugale.

C’est à ce moment que lui arrive L’affaire : Adam Henry (Fionn Henry) est atteint d’un cancer qu’on pourrait guérir grâce à une transfusion sanguine. Seulement voilà, il a été élevé dans le respect des règles des Anciens : il est témoin de Jéhovah et donc refuse la transfusion.

 

Etre juge n’empêche pas d’être humain, n’en déplaise à certains ex-prévenus qui ont été jugés contrairement à leur(s) conviction(s).  Et Fiona Maye ne déroge pas à cette règle : dédiée totalement à son métier – très prenant, cela va sans dire – elle est passée à côté de son mariage, favorisant le destin des autres au sien. Mais le cas d’Adam va la remettre en face de ses réalités, cette histoire débordant du cadre judiciaire, et s’imposant à elle jusque dans son intimité.

Et le choix d’Emma Thompson pour interpréter cette juge est des plus judicieux : seule une actrice de sa trempe pouvait mener ce rôle à son terme sans tomber dans le pathologique.

Mais comme toujours, pour qu’une actrice soit grande, il faut que son entourage le soit avec elle. C’est le cas ici : de Stanley Tucci à Fionn Henry, en passant par Jason Watkins (Nigel, son greffier ultra dévoué), tous sont au service de cette grande dame et contribuent à faire du film un grand moment de cinéma.

 

Et Richard Eyre filme avec beaucoup de subtilité et de discrétion cette histoire singulière : Fiona est de bout en bout humaine, avec ses interrogations, ses doutes mais aussi ses certitudes. Interrogations par rapport à l’état d’esprit de ce jeune homme qui épouse sans condition le mode de vie de ses parents ; doutes quant à savoir si les décisions de justice qu’elle rend sont véritablement justifiée ; certitudes par rapport à sa vie conjugale et l’écart exceptionnel de son mari. Mais dans ce dernier cas, elle ne peut que retomber dans de nouveaux doutes : si aventure (passagère : deux jours) il y a, quelle en est sa responsabilité ?

Quoi qu’il en soit, et malgré tout ce qu'on peut enseigner en école de magistrature, sa situation – tendue – avec son mari affecte ses décisions, ou tout du moins son attitude dans diverses affaires.

 

Et c’est en cela qu’Emma Thompson est une grande actrice : elle réussit à faire de Justice Maye (1) une femme normale avant tout, avec ce qui a été décrit plus haut. Et on suit avec attention et une certaine dose plaisir (2) le cheminement de cette femme qui, en sauvant ce jeune homme par autorisation de la transfusion, va acquérir d’autres responsabilités inattendues, mais d’une certaine manière inévitables : « Avec un grand pouvoir viennent de grandes responsabilités. »

Ce n’est pas moi qui le dis, mais Churchill en 1906. Et avant lui le député William Lamb en 1817. Et bien sûr, n’oublions pas l’Oncle Ben, dans Spider-Man

 

Un beau film quand même.

 

  1. Quand on est juge, en Grande-Bretagne, on a un nouveau prénom, le même pour chacun.
  2. Voire une dose certaine de plaisir…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Georges Lautner
Arrêtez les Tambours (Georges Lautner, 1961)

Courdimanche, charmante petite bourgade de Normandie : ses maisons à colombage, son maire débonnaire (Bernard Blier) qui est accessoirement le docteur, ses petites échoppes habitées par des commerçants pittoresques, et son Occupation par l’armée allemande. Parce que nous sommes en juin 1944…

Une nuit, un parachutiste anglais tombe juste à côté. Il se tente de se réfugier chez l’habitant, mais à chaque fois, il est renvoyé de maison en maison : on n’aime pas les Boches, ici, mais on ne va pas non plus se mettre en danger pour un rosbif !

L’Anglais atterrit chez le docteur Leproux qui va non seulement le soigner, mais aussi le cacher. Lui qui ne voulait pas prendre partie dans le conflit est servi : entre les Allemands qui le réquisitionnent pour soigner leurs blessés et les Résistants qui s’arrangent avec lui, le voilà au centre de ce conflit qu’il voulait éviter.

 

Lautner et Blier, c’est une belle collaboration qui a duré plusieurs années, pour notre plus grand plaisir. Et surtout, c’était l’occasion pour Blier de se retrouver tout en haut de l’affiche, ce qui n’arriva pas très souvent. Et comme toujours, il est formidable. Tout en nuance et sobriété, il incarne un personnage victime de l’époque, tiraillé entre son devoir de maire, responsable de ses concitoyens, et ses penchants patriotiques, tout cela venant après son devoir de médecin qui l’amènera à son destin tragique. Parce que c’est malgré tout une tragédie qui nous est proposée ici. Tragédie doublée d’amertume, comme on la retrouvera dans la collaboration suivante entre le réalisateur et son interprète : Le 7ème Juré (1962).

Tragédie aussi par sa structure, avec le moment d’espoir indispensable déclenché par le Débarquement, annoncé par les vers de Verlaine.

 

Parce que le docteur Leproux annonce Grégoire Duval : c’est un bon bourgeois, un tantinet jouisseur – bonne chère et bonne bouteille sont à sa table – et qui ne boude pas son plaisir quand une jeune femme s’offre à lui. Mais ici, l’époque est trouble et troublée, et ses fréquentations ne sont pas du goût de tout le monde, comme en témoignent les différentes réflexions de ses concitoyens qui ne cessent de tourner avec le vent. Bien entendu, la liaison – totalement platonique – entre le médecin officier allemand (Lutz Gabor) et la fille de Leproux (Lucile Saint-Simon) met de l’huile sur le feu et de fausses idées dans la tête de ces mêmes villageois.

 

Avec Arrêtez les Tambours, Georges Lautner réussit le pari de traiter de la guerre avec une belle objectivité. Nous sommes bien loin du tous résistants qui a prévalu longtemps, et la position de Leproux et ses administrés illustre très bien la position d’une très grande partie de l’opinion publique en 1944 : on n’aime pas les Allemands, mais on ne va pas non plus se mouiller. Ou alors quand tout danger sera écarté : ici, on n’ira pas jusqu’à l’épuration, mais certaines réflexions – celles de la veuve (joyeuse, cela va de soi) – laissent présager le pire.

Mais Lautner n’insiste pas sur cet élément, de même qu’il n’y a aucun collaborateur dans toute cette histoire (1). Par contre, le traitement de la guerre est impeccable, Lautner utilisant à bon escient des images d’archives pas toujours bien connues. Et ça un an avant Le Jour le plus long !

Evidemment, le grain de la pellicule n’est pas toujours le même, mais l’utilisation est pertinente et le montage impeccable, alors il n’y a pas de raison de se plaindre.

 

Arrêtez les Tambours n’est que le troisième film de Lautner. Et déjà, c’est un grand réalisateur.

 

PS : encore une histoire de traduction. Mais cette fois-ci, c’est dans l’autre sens. Le titre américain est plutôt étonnant : Women and War (« Les Femmes et la guerre »). Certes, les femmes ont un rôle important, mais c’est tout de même éluder la prestation de Blier. Sans oublier l’affiche (voir ci-dessous) qui accompagnait l’exploitation. A pleurer. De rire, peut-être, mais à pleurer tout de même !

 

  1. Parler de Collaboration, en 1961 était encore très marginal, surtout avec le Préfet de Paris qui était alors en poste et qui s’illustrera dans les mois qui vont suivre (le 17 octobre pour être plus précis…)
Arrêtez les Tambours (Georges Lautner, 1961)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Epouvante, #Paul Leni
La Volonté du mort (The Cat and the canary - Paul Leni, 1927)

 

Cyrus West, un riche excentrique pressé par des héritiers avides, décède. Mais il émet une condition pour que ces gens touchent quelque chose : vingt ans doivent passer avant l’ouverture du testament.

Vingt ans après, ils sont six à répondre à l’appel de maître Crosby (Tully Marshall) qui doit ouvrir le coffre renfermant le nom de l’heureux élu qui en plus aura droit aux fameux diamants West : ses neveux Harry (Arthur Edmund Carewe) et Charles (Forrest Stanley), sa sœur Susan (Flora Finch), sa nièce Cecily (Gertrude Astor), son autre neveu Paul Jones (Creighton Hale) et sa petite-nièce Annabelle (Laura La Plante). Et tout ce petit monde est sous la surveillance de Mammy Pleasant (Martha Mattox).

 

Le titre (original) tout d’abord : la référence au chat et au canari s’explique par la position intenable de Cyrus West vis-à-vis de ses héritiers : il est cerné et enfermé dans une cage (virtuelle), ce qui le fait mourir à petit feu. Cette métaphore sera reprise par Crosby à l’adresse de la nouvelle héritière. Nous sommes bien d’accord que la traduction française rejette cette image, mais le rapport avec le film reste tout de même pertinent.

 

Quoi qu’il en soit, nous assistons ici aux débuts de Paul Leni à Hollywood. Fort de son magnifique Cabinet des Figures de cire trois ans plus tôt, il commence sa carrière américaine par un coup de maître : non seulement le film est parfait, mais en plus il ouvre la voie au cinéma d’épouvante qui va s’épanouir dan la décennie qui approche. D’ailleurs, Frank R. Strayer s’inspirera beaucoup de ce film quand il réalisera The Monster walks cinq ans plus tard. Mais n’est pas Paul Leni qui veut et son film n’atteindra jamais le niveau de celui du réalisateur allemand.

 

Tout d’abord parce que Leni est allemand. Et cela se ressent dans sa façon de filmer ainsi que dans les décors (1). On retrouve le même genre de plan que dans son long métrage précédent (Le Cabinet), et la demeure (immense) de Cyrus West nous est présentée comme un bâtiment tout droit sorti de cette période post-expressionniste dans laquelle s’inscrit la production germanique. On y retrouve même la menace chère à Siegfried Kracauer à travers ces grandes mains poilues aux ongles longs et affûtés. Mais ne nous y trompons pas : nous sommes ici dans une comédie et si menace il y a, elle concerne surtout l’héritière qui emporte la mise : Annabelle (2).

 

Oui, il s’agit d’une comédie, et de haute volée, Leni réussissant admirablement à nous faire frissonner et rire en même temps. Il faut dire qu’il joue avec bonheur avec les éléments à sa disposition. Ses décors sont angoissants, enrobés de toiles d’araignée (indispensable) et fouettés par un vent violent qui fait voler les rideaux des fenêtres ouvertes. De plus, l’utilisation de plans très rapprochés voire très gros, accentue la tension qui ne fait que monter, à mesure que l’intrigue s’embrouille : un cadavre qui disparaît, des mains qui sortent du mur, comment ne pas de venir folle ? (3)

Mais l’angoisse qui se dégage est sans cesse tempérée par le ton comique résolument voulu par le réalisateur. Et le ressort comique, c’est Creighton Hale. Dès son apparition à l’entrée du manoir, on a le sourire aux lèvres qui ne nous quittera qu’un instant, quand il rencontrera le spectre qui mène la danse (j’y reviendrai plus bas). D’ailleurs, Annabelle enfonce le clou en rappelant que la dernière fois qu’elle l’a vu (20 ans plus tôt donc), la nurse l’avait fait tomber sur la tête…

Autre personnage comique : la tante Susan. C’est comme de bien entendu l’archétype de la vieille tante acariâtre, sans cesse distillant son fiel, mais qui reste surtout très ridicule. Autre archétype, la servante qui en plus de s’appeler Pleasant (« agréable », comme on dit par chez nous) a tout d’une vieille fille sèche, de type Frau Blücher (4), les hennissements en moins, bien sûr.

Et puis il y a le méchant (je ne vous dirai pas qui c’est). C’est le plus longtemps possible qu’une paire de main qui sort vraiment du mur, jusqu’à son apparition dans les souterrains de la demeure (qui ont aux aussi leurs toiles d’araignées) garnis de couloirs et d’escaliers : œil de verre et dents proéminentes, il est lugubre et surtout inquiétant à souhait.

 

Au final, c’est un film magnifique qui nous est proposé là, alliant la maîtrise technique à une interprétation irréprochable : Leni, pour son premier film américain, confirme qu’il est un très grand. Et son émigration hollywoodienne n’a en rien altéré son savoir faire : entre les décors et surtout l’utilisation de l’ombre (et DES ombres) et de la lumière, son film s’inscrit totalement dans le courant cinématographique allemand de la période de Weimar (1919-1933).

Un chef-d’œuvre à (re)voir absolument !

 

  1. Leni est entré au cinéma par le département décor.
  2. Oui, je révèle. Mais pas tant que ça, surtout que Laura La Plante est en haut de l’affiche, devant Creighton Hale.
  3. Autre clause du testament : l’héritière doit attester de sa bonne santé mentale, ce qui n’est pas gagné au vu de l’intrigue.
  4. Young Frankenstein (Mel Brooks, 1974)

 

 

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