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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

ridley scott

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Science-Fiction, #Alien, #Ridley Scott
Alien: Romulus (Fede Álvarez, 2024)

Retour aux fondamentaux :

  • Un vaisseau spatial ;
  • Un équipage de cinq personnes plus un androïde ;
  • Un autre vaisseau abandonné ;
  • Des créatures polypodes agressives ;
  • Et bien entendu des xénomorphes !

Voici Alien tel que nous le connaissons – et que nous aimons (enfin, moi, oui) – est de retour, et toujours pas besoin de crier : dans l’espace, on ne vous entend pas.

 

Ridley Scott a passé le relais à Fede Álvarez, et on peut dire qu’on ne perd pas au change. Nous nous retrouvons dans un univers connu où, à nouveau l’infâme « Compagnie » veut à tout prix élever des Aliens, afin d’améliorer la race humaine. Et à nouveau, c’est une femme qui va réussir à se sauver et faire disparaître cette sale engeance.

Elle est jeune et se nomme Rain (Cailee Spaeny) et elle est accompagnée par l’androïde de l’épisode : Any (David Johnson). Enfin, l’un des androïdes puisque nous avons la surprise (?) de retrouver le capitaine Rook (Ian Holm & Daniel Betts) qui, lui, connaît bien l’affaire et va à nouveau jouer le rôle du méchant (1), comme avec Ripley (Sigourney Weaver) la première fois.

 

Mais, heureusement, Álvarez ne propose pas un remake du premier opus. Tout d’abord, parce que nous sommes quelques temps après ce premier épisode, et aussi parce que la moyenne d’âge des différents protagonistes a prodigieusement baissé. Tellement qu’on se retrouve avec une situation qui correspond plus à un autre genre : l’horreur. Il faut dire que les agissements de l’Alien ont tendance à se rapporter un peu plus sur ce domaine. Alors une bande de jeune qui se retrouve isolée et à la merci d’une créature hostile, si ça ne vous rappelle pas The evil Dead, je ne peux pas faire plus…

Et Álvarez fait d’une pierre deux coups : il relance Alien et renouvelle le film d’horreur.

 

Mais ce n’est pas ce dernier domaine qui retient notre attention. C’est, encore une fois, le rapport entre les humains et la Bête, , et surtout entre les humains et les machines. Et cette dernière opposition est plus développée, surtout avec le rapport entre Rain et Andy qui, même s’il est une machine, obéit à la première loi d’Asimov : « Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger. »

Bien entendu, nous qui connaissons la série de films – enfin au moins moi, vous, je ne sais pas où vous en êtes – connaissons l’esprit retors de Rook et anticipons sur son effet néfaste à l’encontre d’un gentil robot comme Andy. Et le scénario joue habilement sur l’ambiguïté de cette machine quant à sa loyauté : La Compagnie ou Rain ?

 

Bref, c’est une très bonne suite à ce que nous avons déjà connu, même si on peut espérer qu’il n’y aura pas de suite. Parce que, d’abord, Rook n’est plus là et aussi parce qu’on va vraiment arriver à des redites, voire des remakes.

Par contre, on peut s’amuser à retrouver certaines analogies dans la structures du film, ainsi que certains éléments antérieurs qui, malgré une volonté de coller au décor – surtout informatique – du premier film, donnent quelques précisions un tantinet plus réalistes : quand Tyler (Archie Renaux) fume une cigarette (2), c’est autre chose que ses aînés de 1979…

De même on peut retrouver quelques petits détails qui n’échappent pas toujours au regard : l’espèce d’oiseau balancier qui plonge dans un verre, quand Rain prend son petit déjeuner par exemple…

 

Mais, parce qu’il y a toujours un (autre) mais, on remarque que la saga prend le tournant actuel qui veut que les personnages principaux soient jeunes et se débrouillent tout seuls. On avait une Rey jeune et néophyte (Starwars VII), ou encore Vesper dans le film éponyme, et bien d’autres…

Et là non plus, on n’y coupe pas : les adulescents ont pris le pouvoir chez les (super) héros !

 

Mais qu’est-ce que ça peut faire, puisque nous avons droit à presque deux heures de plaisir visuel (du cinéma, quoi), avec en prime la magnifique musique de John Williams dons certains passages ne sont pas sans rappeler quelques éléments un tantinet ligetiens

Alors oui : j’aime !

 

  1. NB : Les xénomorphes sont des super méchants !
  2. Eh oui, on fume dans les vaisseaux spatiaux (je sais, c’est très mal !).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Ridley Scott
House of Gucci (Ridley Scott, 2021)

Sur l’affiche, on ne voit qu’elle : Lady Gaga. Ou plutôt Patrizia Reggiani épouse Gucci. C’était la femme de Maurizio (Adam Driver), le dernier membre de cette famille illustre à diriger le groupe du même nom. Jusqu’au 27 mars 1995, quand il a été assassiné, 17 ans après avoir rencontré la belle Patrizia qui l’a aidée – malgré lui ? – à prendre le contrôle de cette entreprise familiale créée en 1921.

Ce sont ces dix-sept années qui vont nous être présentées : l’ascension d’un couple hors norme parce que certainement mal apparié, comme le suggère Rodolfo Gucci (Jeremy Irons), le père de Maurizio.

Toujours est-il qu’ils s’aiment, se marient, se séparent, et puis il est tué. Sur sa demande à elle. Je ne vous révèle pas l’intrigue en écrivant tout ça : c’est sur n’importe quel site qui parle de cette affaire.

 

Bien sûr, l’intérêt est ailleurs puisqu’on sait déjà comment cela va se terminer. Dans la direction de Ridley Scott, bien entendu, qui mène demain de maître cette histoire presque vraie (1), ayant à sa disposition des interprètes à la hauteur de l’enjeu, et surtout Lady Gaga qui confirme tout le bien qu’on a pu dire d’elle après A Star is born (2018). Elle crève l’écran, et si la véritable Patrizia n’a pas du tout apprécié qu’elle l’ignore, ce n’est peut-être pas si mal parce que, ainsi, elle a pu se faire sa propre idée du personnage, sans autre influence que celle du scénario (et du réalisateur cela va de soi). A ses côtés, Adam Driver est un Maurizio très convaincant : grand échalas un tantinet hésitant, il n’a que la stature physique d’un chef de famille (2). Pour le reste, il campe avec beaucoup de justesse ce grand personnage peu sûr de lui sauf en ce qui concerne son amour pour Patrizia. C’est d’ailleurs la seule fois qu’il impose sa volonté.

Bien sûr, on se régale de la performance (encore une fois) de Al Pacino (Aldo Gucci), cet oncle légendaire un brin encombrant. De même Jared Leto est tout bonnement incroyable en Paolo Gucci, le cousin idiot, difficilement reconnaissable grâce au prothèses de Frederica Castelli qui lui transforme totalement le visage.

 

Et puis Ridley Scott joue avec le temps. Les dix-sept années passent devant nous et seules les coiffures – et donc les cheveux gris – nous indiquent qu’il passe plus vite qu’on pourrait l’imaginer. Seules deux repères temporels nous sont donnés : 1978 quand on rencontre pour la première fois Patrizia, et le 27 mars 1995, quand l’histoire Gucci se termine pour la marque qui continuera indépendamment de la famille. Rien en transpire qui ne soit pas du monde de Gucci : souvent, les scénaristes glissent quelques éléments du contexte politique voire historique lors de reconstitutions. Ici, à part ces deux dates, on doit se contenter d’une seule référence aux années 80. J’oubliais : l’année 1994 est mentionnée, mais elle appartient déjà au passé.

 

Mais surtout ce qui est remarquable (3), c’est l’utilisation de la couleur tout au long du film. Malgré quelques touches colorées, l’impression générale du film est le noir et blanc. Cela commence par la rencontre entre Patrizia et Maurizio mais cela continue jusqu’au bout, donnant une autre dimension esthétique au film : on pense aux clichés en noir et blanc que l’on retrouve sur les publicités de la marque. Mais sans pour autant donner un aspect suranné : nous sommes toujours dans l’actualité puisque quand le film est sorti, la marque fêtait ses 100 ans. Et se portait très bien !

Bref, Ridley Scott est toujours là, qu’on l’y attende ou non. Tant mieux.

 

Et entre nous soit dit, je ne comprends pas comment la famille Gucci a trouvé que Patrizia était présentée comme une victime…

Ou alors, je n’ai pas vu le même film.

 

  1. Comme le dit l’introduction : « d’après une histoire vraie ».
  2. Et surtout les lunettes !
  3. Dans tous les sens du terme.
Maurizio Gucci (1948-1995)

Maurizio Gucci (1948-1995)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Télévision, #Série, #Histoire, #Michael Caton-Jones, #Ridley Scott, #Tony Scott
Un Monde sans fin (World without End - Michael Caton-Jones, 2012)

Retour à Kingsbridge, deux siècles (environ) après Les Piliers de la Terre.

La cathédrale est toujours debout et le prieuré a beaucoup prospéré, devenant alors la proie des convoitises de certains frères qui n’en ont que le titre. C’est le cas de Godwyn (Rupert Evans) qui rêve de devenir prieur. Et comme il peut compter sur sa mère, Petranilla (Cynthia Nixon) qui connaît certaines poudres, il va y arriver. Dans le même temps, les enfants du comte de Shiring voient leur père être exécuté pour trahison et se retrouvent livrés à eux-mêmes : Ralph (Oliver Jackson-Cohen) va tout de même devenir chevalier quand Merthin (Tom Weston-Jones) va devenir bâtisseur.

A cela se greffe la Grande Histoire : la Guerre de Cent Ans qui commence et la Peste Noire qui va s’étendre sur l’Europe. Sans oublier les procès en sorcellerie dont les femmes (déjà) feront les frais.

 

A nouveau, les frères Scott (Ridley et Tony) ont eu le nez creux en investissant dans ce deuxième opus de Ken Follett. Tout comme dans le premier, on retrouve ce même mélange savamment dosé entre la petite et la grande histoire, avec des personnages très bien caractérisés, se positionnant du bon ou du mauvais côté de la morale afin de donner toute sa puissance à cette nouvelle fresque médiévale. Et donc, encore une fois, ça fonctionne : on est à nouveau happé par cette épopée haute en couleur où les enjeux (économiques) sont synonymes de puissance (politique) et où les méchants le sont vraiment, même si on s’éloigne progressivement du roman initial.

Qu’importe, le spectacle est là et on en profite pleinement.

 

Il faut dire que Godwyn et sa mère sont des affreux rarement rencontrés, donnant véritablement le ton dans cette série. Si vous avez aimé haïr Waleran dans la première série, vous n’allez que vous complaire à abhorrer ces deux protagonistes, avec en prime (« jamais deux sans trois », c’est bien connu) sir Ralph, un chevalier qui ne s’embarrasse pas vraiment du code qui régit cet ordre. Bref, là encore, le succès de la série est porté par des méchants de première force, ce qui ne gâche rien.


Ce qui est bien rendu aussi, ce sont les différentes sous-intrigues qui émaillent cette histoire :

  • l’antagonisme entre Godwyn, ce clerc fanatique et frustré, et sa cousine Caris (la belle Charlotte Riley) qui doit renoncer à son amour pour Merthin afin d’échapper au bûcher ;
  • Celui entre ce même Godwyn et la mère supérieure du couvent pour contrôler les richesses de l’Eglise ;
  • Celui entre Ralph et Merthin, frères ennemis du fait des circonstances et dont l’apparentement avec Abel et Caïn est d’ailleurs mentionné ;
  • Celui entre Ralph et Wulfric (Tom Cullen) qui été injustement dépossédé et doit survivre en serrant les dents ;
  • Et bien sûr celui opposant un fils – Edward III (Blake Ritson) – et sa mère – Isabelle de France (Aure Attica), né après l’exécution d’Edward II, père du premier.

Et au milieu de toute ces oppositions, la présence de Thomas Langley (Ben Chaplin), dont le rôle autour de cette même exécution n’est pas très clair, surtout qu’il possède un secret qu’on aimerait bien voir disparaître.

 

Donc, n’hésitez pas et plongez-vous dans cette fresque formidable, portée par des interprètes à la hauteur de l’enjeu, même s’ils n’ont pas obligatoirement la même notoriété que ceux qui étaient là dans la série précédente.

On en redemande !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Chevalerie, #Ridley Scott, #Ben Affleck
Le dernier Duel (The last Duel - Ridley Scott, 2021)

D’un côté le challenger : Jean de Carrouges (Matt Damon), chevaler du roi Charles VI (Alex Lawther), guerrier terrible et fruste, marié à la belle Marguerite (Jodie Comer). De l’autre, Jacques Le Gris (Adam Driver), écuyer aux manières sophistiquées (il sait lire !), et au charme sûr, au service du comte Pierre d’Alençon (Ben « Batman » Affleck). Tous deux s’affrontent dans l’immense lice de Paris. Nous sommes le 29 décembre 1386.

Pourquoi s’affrontent-ils ? Pour faire éclater la vérité : Marguerite accuse Le Gris de l’avoir violée. Et ce dernier nie en bloc, évidemment.

Et quand le premier assaut se produit, le film commence réellement : comment en est-on arrivé à cette ordalie (1) ?

 

Ridley Scott, après Kingdom of Heaven et Robin Hood, retourne au Moyen-âge, avec un film qui ne peut que résonner dans la tête de ses admirateurs : on se souvient que c’est avec The Duellists qu’il s’est fait connaître et apprécier, presque 45 ans plus tôt. Pour ce nouveau film, il retrouve son Martien, qui interprète ici un personnage fort éloigné de l’étonnant survivant de l’espace. Et surtout, Matt Damon n’est pas venu seul : il retrouve son vieux complice Ben Affleck avec qui il avait déjà co-écrit le scénario de Good Will Hunting, vingt-cinq ans plus tôt. Associés à Nicole Holofcener, ils signent donc un scénario intéressant et, malgré l’époque, d’actualité, propice à l’exposition du savoir-faire de Scott.

Et bien sûr, ça fonctionne !

 

Bien entendu, nous sommes au cinéma, alors la vérité historique n’est pas obligatoirement respectée (la construction de Notre-Dame, par exemple), mais il n’empêche que le film est remarquable de bout en bout, Scott resserrant son intrigue entre les trois personnages principaux : la femme et les deux hommes.

D’un côté, nous avons donc un chevalier un tantinet barbare (Carrouges), indiscipliné et sans descendance, qui accepte d’épouser la fille d’un ex-félon (Nathaniel Parker), et aussi pour renflouer son trésor. De l’autre on trouve donc un jeune écuyer valeureux (Le Gris) lui aussi mais beaucoup plus raffiné et surtout au charme qu’il considère lui-même irrésistible.

Entre les deux, Marguerite va être l’enjeu de ce duel à mort entre deux hommes qui auraient dû rester amis.

 

Et Scott va découper son film en quatre parties, s’attardant sur le ressenti de ses personnages, donnant à voir pour chacun sa vérité : on suivra tout d’abord celle de Carrouges puis celle de Le Gris pour finir sur celle de Marguerite, la plus complète des trois : normal, c’est elle la victime. Et bien sûr, tout ne va être qu’une question de point de vue, certaines séquences se répétant jusqu’à trois fois – la rencontre/présentation entre Marguerite et Le Gris qui est l’un des moments-clés du film, entraînant le reste – avec des changements de cadrage en fonction du point de vue exposé.

Et ces changements font tout le sel de la narration, amenant des parallèles entre les différentes versions ou les comportements : Le Gris tel qu’il se montre (2) n’est pas bien différent avec Marguerite d’avec les autres femmes qu’il courtise (et besogne après), et on peut se poser la question de sa sincérité, même si la réponse est évidente dans la partie de Marguerite.

 

Et c’est dans le rapport entre Le Gris et Marguerite que le film prend toute son actualité : Marguerite a décidé de parler, de ne pas garder son viol pour elle, malgré les conséquences (dont certaines qu’elle découvrira une fois qu’il sera trop tard) que cela va déclencher. Et on retrouve dans son entourage les mêmes positions que de nos jours et son entrevue avec sa belle-mère (Harriet Walter) est très significative. Cette dernière a elle-même été violée mais n’en a pas fait tout un cas, ce qu’elle reproche  sa belle-fille qui met en danger la vie de son fils (Jean). Le procès qui s’ensuit, présidé par le Roi lui-même, est à nouveau un écho de ce que peuvent vivre les femmes violées aujourd’hui, les (autres) juges essayant de minimiser le geste de Le Gris en essayant de découvrir une faille dans le témoignage de Marguerite : y a-t-elle pris du plaisir ?

 

Et puis il y a le dernier duel, celui qui va décider du sort des Carrouges et de Le Gris. C’est un moment crucial du film mais aussi très spectaculaire : les assauts à la lance puis le combat à pieds entre les deux protagonistes sont magnifiques. Et si on y retrouve le même engagement que dans celui de Maximus contre Commode (Gladiator), on pense aussi (et comment !) à une autre ordalie cinématographique célèbre : Ivanhoe. Surtout que comme chez Richard Thorpe, Carrouges porte une hache de combat. Est-ce un signe de victoire ?

Rendez-vous dans le film pour le savoir…

 

  1. On appelle ça aussi le « Jugement de Dieu ».
  2. Ce n’est pas lui qui raconte, je sais, mais c’est sa vérité.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Ridley Scott
Black Rain (Ridley Scott, 1989)

Nick Conklin (Michael Douglas) est un policier de New York, impliqué dans une affaire de détournement d’argent de la drogue.

Témoin d’une agression dans son restaurant, il poursuit et met la main sur le tueur, un yakuza : Koji Sato (Yusaku Matsuda).

Il va l’extrader avec son collègue Charlie Vincent (Andy Garcia) au Japon mais le remet par erreur à ses complices.

Nick et Charlie vont alors prêter main-forte à la police japonaise, chapeautés par l’inspecteur Masahiro « Mas » Matsumoto (Ken Takakura).

 

La pluie noire don parle le titre est celle qui a suivi le largage de la bombe atomique d’août 1945. Laquelle ? Peu importe : c’est le « parrain » local Sugai (Tomisabura Wakayama) qui le raconte à Nick lors d’une entrevue.

Et cette pluie noire qui fut amenée par les Américains est le nœud de l’intrigue si on se place du point de vue de Sugai : dons cette histoire de fausse monnaie (des dollars), il est question de rendre la monnaie de sa pièce (1) à l’Oncle Sam en inondant le marché de devises vertes.

Mais pour Nick, il s’agit avant tout de réparer son erreur (ses erreurs).

Oui, encore une histoire de rédemption, même si elle ne dit jamais son nom.

 

Quatre ans après Year of the Dragon (Michael Cimino), Ridley Scott nous propose à nouveau un policier en butte  une culture qu’il ne connaît ni ne comprend pas. Il y a la barrière de la langue, certes, mais aussi la méthode et surtout cette notion d’honneur qui fait beaucoup défaut à Nick comme il le raconte à Mas.

Et cette collaboration internationale qui va lier les deux hommes va leur profiter çà tous les deux, amenant à Mas la reconnaissance et à Nick la rédemption attendue. Mais pour se faire, il va falloir passer par des moments de découragement voire de crise, avec des morts à la clef.

Et de ce côté-là, Scott ne fait pas dans la dentelle, puisqu’on a même droit à une décapitation sous les yeux effarés de Nick.

 

Bref, c’est un film policier qu’on peut qualifier d’efficace tout en restant un film de Scott, tant on retrouve l’atmosphère du réalisateur. La séquence qui a lieu près des forges n’est d’ailleurs pas sans rappeler l’atmosphère de Blade Runner : sombre et étouffante, telle est l’ambiance qui règne dans toute cette partie. Et n’oublions pas que Deckard (Harrison Ford) mange asiatique quand nous le rencontrons…

Certes, Ridley Scott a fait de meilleurs films, mais celui-ci se laisse regarder avec beaucoup de plaisir, le choc de cultures et surtout l’héritage latent de la seconde Guerre Mondiale donnant une dimension particulière à cette histoire qu’i n’aurait pu qu’être une banale intrigue policière, ou une resucée du film de Cimino, tant certains aspects sont communs.

 

Alors, ne boudons pas notre plaisir…

 

PS : c’est le dernier film de Yusaku Matsuda qui mourut un mois et demi après la sortie du film.

 

  1. C’est le cas de le dire, non ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Histoire, #Drame, #Ridley Scott
Duellistes (The Duellists - Ridley Scott, 1977)

Entre 1800 et 1816, en pleines guerres napoléoniennes (et même après), deux hussards se sont livré un combat sans merci dès que l’occasion se présentait. En quel honneur (1) ? On ne sait pas trop. Il se trouve que Gabriel Féraud (Harvey Keitel) a été contrarié par une démarche de D’Hubert (Keith Carradine) à son encontre suite – déjà – à un duel au résultat funeste.

AU gré des occasions, les deux hommes vont donc se rencontrer et s’affronter, à m’épée puis au pistolet, pour laver un affront plus ou moins réel, alors que le monde autour d’eux change, ramenant la monarchie en France pendant que l’Ogre (2) s’en va à Sainte-Hélène.

 

C’est curieusement dans sa quarantième année que Ridley Scott est révélé au public avec ce film en costumes situé au début du 19ème siècle. En effet, Scott vient de la publicité où il travaille depuis une vingtaine d’années. C’est d’ailleurs avec des spots publicitaires qu’il fait ses débuts derrière une caméra. Mais de là à passer au long métrage, ce fut un pari osé et parfaitement réussi.

Pour le scénario étonnant, il s’appuie sur le travail de Gérald Vaughn-Hughes qui adapte une nouvelle de Joseph Conrad, elle-même inspirée d’une histoire vraie : les différents duels qui virent s’affronter Fournier (Féraud) et Dupont (D’Hubert) à la même période. Le tout est vu selon de point de vue de D’Hubert, avec de très rares incursions du point de vue de Féraud.

 

Et malgré le titre, les duels ne sont pas des plus spectaculaires, comme on a pu en avoir l’habitude pendant les décennies précédentes. Certes, on assiste à des assauts impressionnants, mais on n’y retrouve pas la touche chorégraphique habituelle. Au contraire, Scott filme avec un souci d’authenticité voire de réalisme qui détonne par rapport canons du genre. Mieux : l’un des affrontements qu’il nous est donné de voir montre les deux adversaires dans un état d’épuisement très avancé, les différents témoins devant interrompre les assauts devant le spectacle devenu lamentable qui leur était offert.

Et d’une manière générale, mis à part le premier et le dernier affrontement, on sent que les différentes rixes ne sont pas les éléments les plus importants du film. Le premier parce qu’il pose les bases des autres rencontres, et le dernier parce qu’il solde définitivement les comptes, même si ce n’est pas de la manière dont on aurait pu l’imaginer.

 

Féraud, pour D’Hubert, fonctionne comme une sorte de scrupule, dans le sens premier du terme (3) : D’Hubert vit sa vie militaire normalement mais est à chaque fois gêné par l’intervention de Féraud ou ses seconds qui remettent sur le tapis la querelle originelle.

Quelle querelle ? Trois fois rien, mais Féraud est un être fruste et borné qui ne se complaît que dans le duel, comme le montre sa première apparition dans le film.

Mais si Féraud est une espèce d’abruti vindicatif, il ne faut pas non plus considérer D’Hubert seulement comme une victime. En effet, ce dernier, bien que conscient de l’absurdité sur laquelle repose leur opposition, semble apprécier cet antagonisme, ou tout du moins ne fait pas grand-chose pour l’éviter, et ce malgré le danger évident que représente son adversaire.

A propos de cet adversaire, il y a une analogie entre Féraud et Bonaparte, à mesure que le film avance. Comme l’empereur, le soldat est tenace et revient sans cesse à la charge, jusqu’à la résolution finale qui possède quelques similitudes entre les deux hommes. De plus, le fait que Féraud est coiffé d’un bicorne accentue cette ressemblance.

 

Je terminerai en parlant de la photographie de Frank Tidy qui faisait lui aussi ses débuts au cinéma. Les images sont vraiment très belles et rappellent celles de Barry Lyndon (et donc John Alcott, le chef-op’) sorti deux ans plus tôt. On y retrouve la même lumière et les mêmes références à la peinture britannique du 18ème siècle : Hogarth bien sûr, mais aussi Constable Reynolds ou encore Gainsborough. L’influence est là, mais de là) à dire que Scott a copié Kubrick, je n’ose même pas l’imaginer. Scott a d’ailleurs reconnu l’influence de Kubrick et de son film, mais il faut en rester là : c’est avant tout le travail des artistes du 18ème et 19ème siècle qui est la véritable source d’inspiration iconographique.

 

  1. C’est le terme qui convient.
  2. Surnom de Napoléon par les royalistes.
  3. Du latin scrupulum qui signifie « petit caillou » : celui qu’on avait dans la chaussure et qui gênait la marche.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Ridley Scott
American Gangster (Ridley Scott, 2007)

Un homme qui geint en espagnol pendant qu’on répand du liquide sur lui. La caméra s’éloigne : c’est de l’essence qu’on verse sur lui sous les yeux d’un homme âgé – Bumpy Johnson (Clarence Williams III) – et un plus jeune – Frank Lucas (Denzel Washington) – qui allume un cigare avant de jeter le briquet sur l’homme imbibé. Après quelques cris, le jeune homme abat le grand brûlé.

L’entrée en matière du film est forte, elle en donne le ton : comme annoncé par le titre, c’est le parcours d’un gangster que nous allons suivre, et après ces images choc, il faut s’attendre à un portrait sans concession.

 

Il s’agit d’une histoire inspirée de faits réels : Frank Lucas est mort l’année passée, alors que Richie Roberts (Russell Crowe), le policier qui l’a traqué, a fêté pour sa part ses 82 ans.

Et Ridley Scott déroule implacablement cette histoire dont l’affiche est un raccourci plutôt judicieux.

On y voit les deux têtes d’affiche sur fond noir, l’un habillé en sombre (Washington) et l’autre en clair (Crowe), amenant une sorte de manichéisme symbolisée par les deux côtés de la Loi : Frank est le méchant gangster alors que Richie est le gentil policier.

Bien évidemment, il n’en est rien, nous savons tous que le monde n’est pas manichéen et si Frank est vraiment un gangster dangereux – donc un « méchant » - Richie n’est pas non plus un enfant de chœur !

Mais une chose est sûre à propos de Richie : c’est un flic honnête et intègre, et en plus de l’histoire de ce gangster particulier, nous assistons au démantèlement d’un réseau de corruption dans la police de New York.

Cette opposition va aussi se traduire, pendant la première moitié du film, par une progression en parallèle de ces deux hommes, jusqu’à la première confrontation (de loin) qui a lieu pendant le « match du siècle » qui opposa Muhammad Ali et Joe Frazier.

 

Mais qu’on ne s’y trompe pas : Frank Lucas était un gangster redoutable, assassinant de sang-froid ses adversaires. On en a un très bon exemple en pleine rue devant le monde.

Il faut dire que Lucas est avant tout un homme d’affaire, loin de l’image des truands un peu trop voyants qu’on peut rencontrer autour de lui. Il est toujours impeccablement habillé, ce qui ne l’empêche nullement de tuer des gens. Dans cette même scène, l’exécution se fait entre deux bouchées – il est en train de déjeuner avec ses associés – et la conversation va reprendre là où elle s’était interrompu, le temps de régler un compte.

 

Mais ce redoutable criminel est interprété par le grand Denzel Washington, et il est difficile de ne pas vibrer pour cet acteur, et ce malgré le contexte meurtrier.

A cet effet, Scott insère des plans de coupe où la drogue continue d’être vendue et consommée, et on a même une grande réjouissance avec en toile de fond des overdoses fatales, résultat du trafic de Lucas : c’est sordide à souhait, mais une vision tout de même très réaliste du fléau que représente l’héroïne.

Alors oui, on admire l’acteur, mais certainement pas le personnage qu’il interprète. Encore que (1)…

Face à lui, on a un Russell Crowe dans un rôle de justicier singulier : certes, il est un incorruptible forcené et un pourfendeur de corruption. Mais à quel prix ? ON retrouve alors l’image classique du flic solitaire dont le métier a tué la vie de famille. Mais là encore, Richie assume, refusant une nouvelle fois la facilité.

Entre les deux, on retrouve – entre autres – Josh Brolin, chef du réseau corrompu : répugnant à souhait, à aucun moment on ne peut s’identifier à ce policier qui « bouffe à tous les râteliers », roulant dans une très belle voiture, au-delà de ses moyens de policier, cela va de soi…

Au final, un film de gangsters de très bonne facture où Scott réussit à faire un portrait assez formidable (2) de Frank Lucas mais sans pour autant faire de lui un héros au sens noble. Et Washington prend le relais de cet élément : comme je l’ai déjà dit plus haut, on admire l’acteur, pas le rôle.

 

  1. Je vous renvoie à la biographie de Frank Lucas qui ne fut pas un gangster toute sa vie.
  2. Bien sûr, ce n’est pas la réalité. Tout ceci est inspiré d’une histoire vraie.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Ridley Scott
La Chute du Faucon noir (Black Hawk down - Ridley Scott, 2001)

Le niveau de maîtrise d’un réalisateur se mesure aussi à son aisance à passer d’un genre à l’autre sans pour autant que sa technique en pâtisse.

Nouveau défi pour Ridley Scott, donc : un film de guerre efficace et réaliste, sans pour autant tomber dans une glorification facile et attendue.

Pari réussi, mais en doutait-on ?

 

Nous sommes en 1993, le 3 octobre pour être précis, à Mogadiscio qu’on appelle alors « Mog », et le général Aidid (1934-1996) mène le pays d’une main de fer et surtout en l’affamant.

Les Nations Unis ayant envoyé des troupes, elles vont alors combattre les milices armées d’Aidid et ce qui ne devait être qu’une opération de routine – arrêter des membres du gouvernement pour faire pression sur le dictateur – va tourner au fiasco et surtout au massacre, suite à la chute d’un « Black Hawk » (Faucon Noir), un de ces hélicoptères de transports des soldats.

 

Ce seront d’ailleurs deux Black Hawks qui vont s’écraser au sol et que les soldats américains vont tenter se sécuriser (1), repoussant alors les différentes vagues d’attaques des miliciens somaliens.

Et au final, alors que 19 soldats américains trouveront la mort (dont deux seront décorés à titre posthume (2)), on comptera plus de 800 victimes somaliennes.

Mais ici, bien sûr, ce sont les victimes américaines qui sont à l’honneur et parfois à l’horreur.

En effet, tout comme l’avait magistralement montré Spielberg dans sa vision du Débarquement (Save Private Ryan, 1998), la guerre est une entreprise mortelle et toute glorification ne tient pas  face à la citation de Platon (3) qui ouvre le film : « Seuls les morts ont vu la fin de la guerre. »

Et ici, ça en fait des gens qui ont vu la fin de la guerre. Et de quelle manière !

 

C’est un déferlement, une pluie continue de balles qui fauchent – avec discernement (19 vs 800 et plus) – avec une violence rare : des corps déchiquetés, du sang qui coule lui aussi à flot, et des situations spectaculaires mais pas toujours supportables.

Bref, c’est un film de guerre sale (la guerre, pas le film) ce qui ne m’empêche de penser qu’on a à nouveau une forme de pléonasme (4) : qu’on me présente une guerre propre, et on en reparlera.

 

De plus, la distribution est constituée de personnalités qui ont depuis (pour certains) pris une plus grande part dans le cinéma actuel

 

De plus, la distribution est constituée de personnalités qui ont depuis (pour certains) pris une plus grande part dans le cinéma actuel (Orlando Bloom, Ioann Gruffudd, ou encore Nikolaj « Jaime » Coster-Waldau…) avec en prime le vétéran (c’est le cas de le dire !) Sam Shepard : il y interprète le général Garrison qui prit l’entière responsabilité de ce demi-fiasco à son compte.

On assiste même de sa part à une image rare qui n’est pas sans annoncer les derniers intertitres : alors que le sang d’un soldat blessé coule et se répand sur le sol de l’hôpital (de fortune, comme toujours), il prend un tissu et s’en va éponger le sang dont il est, d’une certaine manière, responsable d’avoir fait couler.

Cette attitude étonnante (pour un général) va un (tout) petit peu racheter cet homme qui fit tuer près d’un millier d’hommes, sans pour autant le dédouaner de ses responsabilités.

 

Le succès – mérité à mon avis – du film tient aussi au contexte dans lequel il sortit : trois mois après le terrible 11 septembre qui vit cette fois –ci le nombre de victimes américaines autrement plus élevé que dans ce film.

N’oublions pas tout de même qu’il n’y a aucun lien de cause à effet, le film ayant été programmé indépendamment de cet événement.

 

Mais il trouve tout de même un écho dans cette histoire d’intervention américaine à l’étranger, sous couverture des Nations Unies comme ici ou non (5), et qui était l’un des arguments d’Al-Qaïda pour justifier (6) ses frappes aériennes sur le sol américain.

Et quand le film se termine, sur le bilan évoqué ci-dessus, on en revient toujours à se demander quelle fut l’utilité de cette intervention : en quoi fut-elle pertinente et salutaire pour les Somaliens – qui vont subir encore trois ans le général Aidid – et surtout pour quel résultat ? Quand on sait qu’une fois l’ONU partie, la situation en 2006 (soit 15 ans après « Restore Hope » qui avait amené » ce dispositif militaire) était peu différente de celle connue sous le régime d’Aidid.

 

Quoi qu’il en soit, Ridley Scott film au plus près cette guerre « moderne » (la deuxième partie du titre du récit de Mark Bowden dont est tiré le scénario : elle est « moderne » dans son exécution et du fait de l’évolution des armes à disposition, mais ses effets n’ont rien de modernes quand on les compare aux guerres « d’autrefois »…

 

  1. En clair : récupérer les éventuels survivants et détruire cette source de matériel potentiel pour l’ennemi.
  2. La fameuse « Medal of Honor », rappelez-vous Courage under Fire (Edward Zwick, 1996).
  3. Citation douteuse du philosophe dont on retrouve difficilement quelque trace dans son œuvre. Par contre, McArthur (le général) la lui a attribuée dans son discours d’adieu à West Point (1962).
  4. De même nature que la « guerre inutile ».
  5. De nom essentiellement : l’armée américaine avait une liberté d’action qui allait au-delà de ramener la paix dans ce pays, comme le montre le film.
  6. Comment justifier un tel acte ? On ne peut pas.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Ridley Scott, #Science-Fiction
Seul sur Mars (The Martian - Ridley Scott, 2015)

En VO, c’est « Le Martien ».

Si la traduction française explicite le film, il faut tout de même se rendre à l’évidence que mark Watney (Matt Damon) est bel est bien abandonné sur la planète rouge par ses collaborateurs de la mission Arès 3 (1).

Mais qu’on se rassure, il n’est pas abandonné parce qu’il est pénible : c’est une tempête qui les sépare et troue son équipement. Et comme on ne peut durer plus d’une minute dans un équipement endommagé...

Sauf que le sien ne l’est pas tant que ça…

 

Vous l’avez compris, nous allons assister à la survie d’un individu dans un milieu franchement hostile. Mais si le film est fortement gourmand en effets spéciaux, Ridley Scott se borne à n’utiliser que des effets normaux dans la résolution de son intrigue martienne (2).

Les ressources matérielles et surtout humaines sont d’une pertinence absolue, la survie de Watney étant conditionnée à sa spécialité : il est botaniste. En plus d’être botaniste, il a dans un frigo, des pommes de terre sous vide, denrée rare dans l’espace où les nourritures sont la plupart du temps (dans les films) des infâmes bouillies énergétique et synthétisées, bref, de la m… Enfin, ce n’est pas terrible.

Et les patates étant des tubercules, il va bien évidemment les planter, pour en avoir d’autres, etc…

Sauf que sur Mars, il n’y a ni eau (3) ni atmosphère respirable, la tâche s’annonce ardue.

Mais comme Watney est américain et que le film dure deux heures vingt et une, on se doute qu’il va y arriver.

 

Et c’est là que la magie (4) opère et qu’on assiste émerveillé à une entreprise de survie extraordinaire. Parce que ses pratiques ont beau être antiques (voire préhistoriques), le milieu dans lequel il les mène est tout sauf encourageant.

On va alors s’émerveiller de voir un tubercule pousser : donner une tige sur laquelle se développent des feuilles… Des trucs qu’on voit en école primaire mais qui prennent tout leur sens dans ce film.

Et les commentaires de Mark sur sa situation et ses progrès amène une dédramatisation indispensable pour le personnage. Et même si parfois, on a l’impression qu’il commence à débloquer, un élément nous ramène à sa situation initiale et rend pertinent chacun de ses gestes et chacune de paroles.

 

Encore une fois, la solitude lui pèse et tel Robinson, il ne peut s’empêcher de parler : à lui-même pour rompre le silence - assourdissant cela va de soi, ou pour éviter de trop entendre la bouillie (encore une) disco - et aussi pour laisser une trace dans un journal de bord filmé. Mais il n’y aura pas de Vendredi pour le rejoindre.

Par contre, la communication avec la Terre va tout de même s’(e r)établir : le célèbre Pathfinder qui s’était tu fin septembre 1997, vestige de la seconde mission du programme Discovery de la NASA.

Ce sera alors la possibilité d’avoir une véritable communication avec le centre de Houston et d’envisager alors un retourouston et envisager alors un

 Sur Terre.

 

Cette dimension linguistique va clore la véritable exploration de Mars par Watney. En effet, pendant son séjour martien, ce dernier nous reproduit l’évolution de notre propre planète. En effet, après avoir réinventé le feu (5) et l’agriculture afin de se sustenter, de respirer et s’hydrater, il va développer un langage : la caméra de Pathfinder envoyant des images (un petit quart d’heure par voyage pour ces images), permettant une communication basique au début – questions fermés les unes après les autres – puis qui se développe jusqu’à l’écriture – qui se fait par ordinateurs interposés.

Bref, en quelques mois (années) terrestres, Watney est passé de l’âge des cavernes à la période contemporaine technologique.

 

Et tout ça avec des images magnifiques, dans des décors somptueux – qui s’ils sont pour la plupart jordaniens et filtrés, n’en demeurent pas plus vrais que ceux de Mars. Il est clair que la postproduction fut longue et couteuse, mais le fait est que le résultat est magnifique, que ce soit sur Mars ou dans le vaisseau Hermès.

Les détails sont foisonnants et donnent une dimension réaliste à l’entreprise, amenant un film d’espace absolument à contre-courant des films habituels : si les déplacements des différents engins et vaisseau sont bien entendu le résultat d’effets numériques époustouflants, l’intrigue, quant à elle, reste on ne peut plus ordinaire. Le parcours de Watney sur Mars n’est finalement pas très éloigné de celui de Hugh Glass (Leonardo Di Caprio) dans un film qui sortit la même année mais trois mois plus tard : The Revenant. Pour ces deux aventuriers, la survie est la condition sine qua non de tout ce qu’ils entreprennent, dans des milieux différents certes, mais pas moins hostiles l’un que l’autre. 

 

Avec ce film, d’une certaine façon, on peut dire que Ridley Scott revient à la base du film qui a fait son succès : Alien. En effet, comme l’annonçait l’affiche, « dans l’espace on ne vous entendra pas crier ». Ici, personne n’est là pour entendre Watney se lamenter, mais son expérience  va profiter à ceux qui ouvriront les voies vers une hypothétique colonisation spatiale. Et donc, un vaisseau cargo qui, un jour se met en éveil à l’approche d’une étrange planète avec des objets qui ressemblent à des œufs…

Vous voyez ce que je veux dire…

 

 

P.S. : Sans oublier bien sûr David Bowie et son Starman

 

  1. Arès est le dieu grec pendant du Mars romain.
  2. Pour la partie sauvetage, les effets spéciaux sont inévitables.
  3. Je n’entrerai pas dans le débat, je parle de l’eau courante ou au moins liquide comme nous la connaissons sur terre.
  4. C’est de la science, c’est sûr, mais au cinéma, ça devient magique !
  5. Chose ardue, la NASA n’aimant pas le feu dans ses vaisseaux, ce qui se comprend aisément…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Ridley Scott
Mensonges d'Etat (Body of Lies - Ridley Scott, 2008)

Le Proche-Orient, du point de vue de la CIA.

Ferris (Leonardo DiCaprio) est  un agent de la CIA. Il travaille directement pour Ed Hoffman (Russell Crowe), qui est en liaison continue avec lui.

Ensemble (donc), ils traquent Al-Saleem (Alon Abutbul), un des chefs de la tentaculaire Al-Qaïda.

 

Ridley Scott est vraiment un réalisateur phénoménal. Après avoir  réformé le film de science-fiction (Alien et dérivés), tâté de la reconstitution historique (Kingdom of Heaven) adapté la légende (Robin des Bois) ou le mythe (Exodus: Gods & Kings), il nous propose un film d’espionnage mâtiné de terrorisme djihadiste époustouflant.
Nous sommes constamment au cœur de l’action, des tractations, des exécutions, avec parfois quelques moments de répit, pour Ferris comme pour nous.

 

C’est un film qui, dix ans après, reste très actuel de par son thème et son intrigue : si Ben Laden a été définitivement éliminé du plateau, son action continue, imperturbablement, pour le malheur de ses victimes.

On retrouve, d’une certaine façon, les éléments de deux films de son frère Tony : Ennemi d’Etat et Spy Game.

Ennemi d’Etat pour la surveillance continue dont est sujet Ferris et les autres protagonistes ; Spy Game pour les rapports entre Hoffman et Ferris, qu’ils soient directs ou non, avec des rapports hiérarchiques tout de même beaucoup plus malmenés entre les deux hommes.

Mais là où Tony mettait l’accent sur des ralentis et des déplacements de points de vue – une constante dans ses films – Ridley, lui reste toujours au même niveau, se concentrant plus sur ce qu’on voit plutôt que comment on le voit.

 

En plus de l’action inévitable, on assiste à une immense partie de jeu de dupes où celui qui est piégé n’était pas obligatoirement celui qui était prévu.

On retrouve aussi les ingrédients incontournables à ce genre de film : poursuite, séances de torture ou encore surveillance illégale, le tout dans la plus parfait opacité : jusqu’au bout, on n’est à peine sûr du résultat de ces démarches, et ce qui est le plus important, et attise donc encore plus notre curiosité, c’est la confidentialité dans laquelle se déroule toutes les manœuvres, que ce soit d’un côté ou de l’autre, avec en prime des coups franchement tordus, voire carrément ignobles : l’utilisation de l’architecte Omar Sadiki (Ali Suliman) est tout bonnement révoltante.

 

Avec ce film, comme dans celui de Kathryn Bigelow quatre ans plus tard – Zero dark thirty – on a le sentiment de pénétrer dans des arcanes secrets voire illégales, et on ne peut que s’offusquer de pareilles pratiques, semble-t-il nécessaires.

Mais ce qui fait le sel de l’intrigue, ce sont les rapports entretenus entre Ferris et ses deux interlocuteurs privilégiés : Hoffman, bien sûr, du côté américain ; mais aussi Hani Salaam (Mark Strong), intermédiaire du roi de Jordanie.

Ce ne sont que coups fourrés teintés d’ironie – il est souvent rappelé que ces gens-là sont partenaires, voire amis – avec un fossé entre d’un côté Ferris, et dans une moindre mesure Hani, en plein milieu des conflits et donc du danger ; et de l’autre Hoffman à quelques milliers de kilomètres de là, en direct-radio, comme on dit, mais qui vit tout naturellement sa vie personnelle, s’occupant de ses enfants.

Mais le pire dans tout cela – le plus cynique, dirions-nous ? – c’est de voir que finalement, il a le plus souvent raison !

 

Car au bout du compte, Hoffman a une vie à peu près normale,et est totalement détaché de ce qui se passe, perdant peu à peu de l’humanité que ressent de plus en plus Ferris, dans un jeu qui devient toujours plus dangereux, et qui surtout n’est pas un jeu.

 

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