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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Comédie dramatique, #Peter Farrelly
Green Book (Peter Farrelly, 2018)

Ca commence comme un film de gangsters, de type Cotton Club : nous sommes au Copacabana, en 1962. Tony « Lip » Vallelonga (Viggo Mortensen) est chargé des relations publiques. En clair, il s’occupe de ceux qui font du scandale dans le club, n’hésitant pas à user d’arguments frappants.

Mais le club doit fermer pour travaux, alors Tony doit trouver du travail pendant ce temps-là. Avec ses relations, ça ne devrait pas poser de problème. Seulement voilà, Tony a beau être un véritable Italien de New York, il n’accepte pas n’importe quoi. C’est pourquoi il est embauché pour conduire Don « Doc » Shirley (Mahershala Ali) dans sa tournée de concerts dans le Sud. Le seul problème, c’est que Don Shirley est noir, et en 1962, il ne fait pas bon d’être « de couleur » dans le Sud, et ce malgré la présence des frères Kennedy au sommet de l’Etat.

 

Quand Peter Farrelly se lance en solo derrière la caméra, il ne fait pas semblant, et en plus, il y réussit divinement. Ce livre vert (1) en est un exemple magnifique. Il s’agit d’un formidable road movie, avec tous les codes attendus du genre : les pérégrinations de deux voyageurs – très dissemblables – qui vont s’enrichir mutuellement de leur expérience, et aussi (et surtout) de celle de l’autre. Et en plus, c’est d’après une histoire vraie.

 Peter Farrelly, avec ce film, réussit à recréer ces années 1960 qui ont vu l’imposition – dans la douleur quand ce n’était pas la mort – de ces fameux Droits civiques qui se résumaient essentiellement aux droits des Noirs, alors considérés comme des citoyens de seconde zone (dans le meilleur des cas), voire plus bas que des chiens (2).

Et Shirley est le digne héritier de Luther King, refusant l’affrontement à chaque occasion, et ce malgré ce qu’en pense son chauffeur si singulier.

 

Pourtant, Tony n’est pas un type extraordinaire. Mais c’est avant tout un homme loyal, qui a été embauché pour un travail et qui l’intention de l’effectuer jusqu’au bout, malgré ce qu’il peut penser.

Parce que Tony n’st ni pire ni meilleur qu’un autre. Quand des ouvriers noirs viennent effectuer un travail chez eux et que sa femme leur offre un verre, son premier réflexe, c’est de jeter les deux verres « souillés », au grand dam de cette dernière. Oui, Tony est raciste, comme la majorité des gens de l’époque. Même dans le Nord.

 

Alors ce boulot de chauffeur, c’est aussi une révélation pour lui : les Noirs, quoi qu’il en pense, sont avant tout des gens comme lui, voire meilleurs que lui. Parce que Don est cent fois supérieur à Tony : mieux éduqué, maîtrisant le piano comme peu, il est tout ce que Tony n’est pas. Tony es un être ordinaire, je l’ai déjà dit, fruste et plutôt vulgaire, il n’a absolument rien de commun avec ce pianiste distingué. Et leur première entrevue insiste sur ce point : non seulement Don est assis sur un trône, mais en plus, ce trône est (très) surélevé par rapport au fauteuil où se trouve Tony. Mais cette supériorité n’y fait rien : Tony ne se laisse pas démonter et impose ses règles, que Don va accepter. Mais a-t-il le choix ? (3)

 

Mais si Don est supérieur – tout au long du film, il est ce que Tony ne sera jamais – il n’en demeure pas moins redevable de cet homme qui va lui apporter autant que lui va donner en retour : Don est un homme seul – son frère ne lui parle plus, sa femme l’a quitté. Et l’emplacement de son appartement – au-dessus du Carnegie Hall (vrai ou non) – n’est pas anodin. Il est véritablement dans sa tour d’ivoire, ne sortant que pour ses concerts, mais surtout dominant ce qui se fait de mieux du point de vue musical à New York. Et ce périple dans le Sud va faire vaciller ce piédestal : les lieux qui vont l’accepter, au-delà de la Ligne déjà mentionnée n’ont plus rien à voir avec ce qu’il connait dans le Nord. Ce sont des bouges miteux ou des motels minables qu’il doit accepter, et avec le sourire (4).Ce sont ces lieux que recommande le fameux Livre vert du titre : The Negro motorist Green book. Ce livre écrit par Victor H. Green qui eut cours de 1936 à 1966. Un guide de voyage pour ne pas faire de scandale ni s’attirer des ennuis dans le Sud (ou ailleurs aux Etats-Unis).

 

Et ce film, s’il est un choc entre deux hommes, est aussi un choc culturel pour les deux hommes. Pour Tony, je l’ai déjà dit, c’est une révélation : cet homme noir lui est infiniment supérieur et il devient prêt à tout pour lui, devenant, malgré lui, un défenseur des Droits civiques, même si on peut se demander s’il sait que cela existe.

Mais le choc le plus fort est pour Don. Ce n’est pas la rencontre de Tony qui le marque le plus dans ce voyage, mais cet arrêt pour cause de radiateur vide. Alors que Tony s’affaire pour le remplir d’eau, juste à côté, des Noirs travaillent le champ. Rapidement, ces derniers s’arrêtent pour contempler un tableau absolument incongru pour eux : un Noir conduit par un blanc et qui en plus lui tient la portière pour qu’il s’installe.

Autre choc culturel : l’entrée de Don et Tony dans un bar « pour gens de couleurs » à Birmingham. Non seulement Tony est accepté par les clients malgré sa différence évidente, mais il faut voir Don monter sur la scène et se positionner derrière le piano (droit, bien loin d’un Steinway) et jouer.

Un grand moment.

 

Un grand film.

 

PS : suis-je le seul à avoir vu Tim Robbins ?

 

  1. « Green book » en VO.
  2. Sous la Mason-Dixon Line, cette frontière qui marquait la différence entre le Nord et le Sud pendant la Guerre Civile.
  3. Le film ne répond pas à cette question.
  4. Ca, c’est moi qui le dis, mais je ne suis pas bien loin de la réalité.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Navet, #James Franco, #Bruce Thierry CHeung
Future World (James Franco & Bruce Thierry Cheung, 2018)

On n’attendait pas James Franco dans ce registre. Depuis Spiderman de Sam Raimi, on a eu l’habitude de le voir dans des rôles très intéressants, voire très humains. Alors le retrouver à codiriger un film post-apocalyptique était une surprise.

Malheureusement, ce n’en fut pas une bonne.

Mais reprenons.

 

C’est une androïde qui parle : Ash (Suki Waterhouse). Elle raconte – brièvement – la fin du monde des hommes, celle d’après du « monde d’avant » (1). Des hordes de motards écument les rares concentrations humaines, semant la mort et la désolation. A l’écart de ce monde ravagé se trouve l’Oasis où la reine (Lucy Liu) se meurt des suites de la « fièvre rouge ». Son fils, Prince (Jeffrey Wahlberg, le neveu de), va entreprendre un périple pour lui rapporter le traitement capable de la sauver. Il va devoir affronter les hordes de motards pour y parvenir. Mais s’il n’y avait qu’eux…

 

Dès les premières images, on a une sensation de « déjà vu » (2) : ces hordes de motard rappellent les barbares de la route de Mad Max 2, et la narration post-apocalyptique a déjà été utilisée (3). Et les images qui nous sont proposées sont très prometteuses. Les décors choisis sont très pertinents et très bien cadrés. Mais voilà, c’est tout. Le reste n’est qu’un road movie pas toujours très cohérent et l’intrigue proposée, si elle part d’une situation intéressante bien qu’un tantinet éculée, ne tient pas la distance, accumulant les incohérences et la complaisance racoleuse.

C’est une suite d’images de violence gratuite où le même James Franco semble n’avoir qu’un seul but : rire afin de nous exposer sa gencive remplie de chicots pourris. Les personnages sont très (trop) superficiels et les affrontements cruels ne proposent aucun recul voire second degré : ça flingue, ça poignarde, ça décapite à qui mieux mieux jusqu’à l’écœurement.

 

Bref : répugnant.

A fuir.

 

  1. Avec leur manie de nous parler du « monde d’avant » (la COVID-19), on en perd la continuité temporelle au cinéma (surtout avec les salles fermées). Ici, c’est donc le monde d’après du monde d’avant. C’est clair ? Non ? Tant pis. Ca n’a pas beaucoup d’importance.
  2. Comme disent les anglophones.
  3. Je ne sais plus où et je n’ai pas envie de chercher. N’hésitez pas à me renseigner

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Ruben Alvès
La Cage dorée (Ruben Alvès, 2013)

Maria Ribeiro (Rita Blanco) et son mari Jose (Joaquim de Almeida) sont arrivés à Paris il y a bien longtemps. Ils ont deux enfants – Paula (Barbara Cabrita) et Pedro (Alex Alves Pereira) – et vivent dans la loge de Maria. Parce que Maria est concierge d’une belle copropriété parisienne où la distinguée Mme Reichert (Nicole Croisille) fait la pluie et le beau temps.

Tout va bien pendant plus de trente ans quand arrive une tuile de taille : le frère de Jose meurt. Ce n’est pas la mort e ce frère (très) éloigné qui pose problème : Jose et lui ne parlaient plus depuis belle lurette à cause d’une histoire d’héritage.

Le problème, c’est un nouvel héritage : le frère leur lègue tout. Tout, c’est la maison mais aussi les vignes et l’usine d’exploitation qui va avec.

Bien sûr, cette manne tombée du ciel est inespérée. Mais la vraie tuile, c’est pour les autres, ceux qui ont eu tendance à les exploiter pendant ces décennies : les copropriétaires qui abusent de leur gentillesse pour leur faire faire toutes les (basses) besognes ; le patron de José – Francis (Roland Giraud – qui ne peut supporter de voir partir un travailleur de la classe de Jose, alors qu’un gros contrat se négocie.

 

Ca commence comme des cartes postales de Paris, mais très rapidement, on entre dans le vif du sujet et on suit la vie de Maria, concierge inamovible d’une belle résidence cossue. Mais aussi celle de son mari Jose, travailleur infatigable, toujours le cœur sur la main.

Et la cage ? C’est la loge. Celle où ils vivent depuis si longtemps malgré sa taille aussi modeste que les copropriétaires sont riches. Et Ruben Alves (Miguel) insiste sur cet enfermement. Non seulement la loge est exiguë, mais elle ne possède aucune fenêtre ouverte : si ce n’est pas un grillage solide qui s’offre aux regards, ce sont carrément des barreaux qui accentuent cet effet d’enfermement.

 

Mais cet enfermement n’empêche pas Maria et Jose d’être heureux : ils sont habitués à cette situation et ne s’en rendent même pas compte. Pire, cet héritage (vraiment) inespéré va faire leur malheur (1). C’est alors que ce qui devait être une bénédiction va devenir un cauchemar, avec festival de mesquinerie et surtout d’hypocrisie. C’est un véritable déferlement qui va (presque) emporter ce couple qui n’a rien demandé et à qui on propose de devenir riche.
Mais qu’on ne s’y trompe pas : nous sommes dans une comédie. Et Ruben Alves s’en tire à merveille dans ce domaine. Il faut dire aussi que la distribution est à la hauteur du challenge, la présence

 

Il réussit le pari de faire un film estampillé « portugais » sans tomber une seule fois dans la caricature ni l’outrance, se moquant (brièvement) des clichés (2), avec un immense respect pour ces gens qui, comme bien d’autres ont dû venir en France pour survivre. Et dans une certaine mesure, on retrouve le même ton employé par Philippe Le Guay dans son formidable Les Femmes du 6è étage, mais de l’autre côté de la péninsule ibérique.

C’est vrai aussi que les deux personnages principaux sont attachants : prévenants, attentionnés et ne comptant pas leur temps. Et l’explication que Maria en donne à ses employeurs le résume très bien, même si on a tendance à penser qu’ils sont quand même un peu trop bons (3).

 

Et puis il y a la musique.

Si la musique a plutôt pour habitude de soutenir l’intrigue du film, ici elle va plus loin, devenant un ingrédient indispensable du film. Bien sûr, la musique traditionnelle portugaise tient une grande place, ce qui est tout à fait normal. C’est d’ailleurs pendant deux chansons que le film prend toute sa dimension émotionnelle.

C’est L’Etrangère de (et chantée par) Linda de Suza (4) qui illustre à la perfection la condition de Maria, à croire que le film a été élaborée à partir d’elle (la chanson) : c’est très court, quelques vers seulement, et nous comprenons alors pourquoi Maria ne voit plus les barreaux de sa cage.

L’autre, c’est Prece, un fado (5) interprété avec beaucoup de talent par Catarina Wallenstein, et qui va accentuer l’émotion de la résolution de l’intrigue vers la conclusion inévitable et (presque) prévisible.


Bref, une belle comédie. Une grande.

 

  1. L’argent ne fait pas le bonheur, c’est bien connu.
  2. Une histoire de moustaches que je vous laisse découvrir.
  3. Avec un grand C.
  4. Pourtant, ce n’est pas vraiment ma tasse de thé (ou de Ricoré).
  5. Inévitable, bien entendu…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #James Bond, #Espionnage, #Sam Mendes
Skyfall (Sam Mendes, 2012)

Saviez-vous que la mère de James Bond (Daniel Craig) s’appelait Monique Delacroix ?

C’est en tout cas l’une des informations de cet énième épisode (1) de l’agent secret le plus célèbre au monde, puisque Skyfall désigne l’endroit où James a grandi et où ses parents ont été enterrés. C’est d’ailleurs là que se situe l’affrontement final avec le super méchant de service : Raoul Silva (Javier Bardem). Parce que nous avons affaire à un méchant patenté, l’un de ces personnages qui font – comme disait Hitchcock – le succès du film.

Mais reprenons.

 

James Bond est mort. Encore.

James Bond était à Istanbul pour tenter de récupérer une liste d’agents sur le point d’être démasqués. Malheureusement, il a été abattu par sa coéquipière, une jeune femme très belle (comme d’habitude) qui répond au doux prénom d’Eve (Naomie Harris). Suite à ce faux pas et avec l’annonce de la disparition du super agent, M (Judi Dench) se retrouve sur la sellette.

Mais bien sûr, Bond n’est pas mort et quand il apprend que le siège du MI6 (Vauxhall) a été attaqué, il se fait connaître et reprend du service.

Sa mission : protéger M et surtout mettre hors d’état de nuire Silva avant qu’il s’en prenne à sa cheffe.

 

Après l’intermède Quantum of Solace, les scénaristes ont décidé de reprendre la base de Casino Royale : une remise à zéro des aventures de l’espion. Alors que ce 21éme épisode nous montrait comment Bond a acquis sa licence 00, ce nouvel opus installe de nouveaux éléments qui vont peupler l’environnement de ce personnage hautement singulier. C’est tout d’abord l’apparition du Quatermaster, appelé plus simplement Q (Ben Whishaw), et qui est – pour une fois – très jeune, mais comme ses illustres prédécesseurs ne craint qu’une chose : que Bond ne ramène pas le matériel entier. Et comme ses prédécesseurs, sa semonce restera lettre morte puisque Bond ne ramènera que l’émetteur radio…

 

Autre personnage qui fait son apparition : Eve. Il faut attendre la fin du film pour savoir quel est le nom de famille de cette personne, et si vous ne le savez pas encore, je vous conseille de passer au paragraphe suivant. Elle ne s’appelle plus Jane comme l’avait conçu Ian Fleming, mais bien Eve et n’est autre que Moneypenny. Certains ont été choqués par cette révélation (2) parce qu’ils ne l’imaginaient pas sur le terrain. Pourtant, l’intrigue (très) bien ficelée de Neal Purvis, Robert Wade et John Logan nous éclaire sur son passé et surtout le contexte dans lequel elle entre au service de M. Mais pas le M qu’on connaît parce que « Ma’am » meurt (hélas) dans cette nouvelle aventure : le monde a changé et surtout elle a vieilli, n’ayant peut-être plus les mêmes réflexes. Par contre, elle demeure une grande admiratrice de son agent exécré préféré, comme le suggère leur relation tellement british. Le nouveau M est une vieille connaissance des spectateurs puisqu’il s’agit du grand Ralph « Voldemort » Fiennes, mais on ne l’apprendra, là aussi, qu’à la fin.

 

[Je retrouve donc ceux qui ne voulaient pas savoir l’intrigue.]

Sam Mendes réalise ici l’une des plus belles aventures de James Bond, dosant avec le juste équilibre les différents éléments qui ont fait le succès de la série : action, spectacle, humour et jolies femmes, ainsi qu’une part personnelle plus grande dans le personnage de Bond. Son passé est non seulement mentionné et mais aussi revisité lors de la dernière séquence d’action.

Cette séquence porte d’ailleurs la marque du chef opérateur Roger Deakins qui retrouve pour la troisième fois Mendes. C’est une séquence où l’action est bien sûre omniprésente, mais les différentes bombes incendiaires et autres explosions donnent un éclairage de toute beauté à ce grand moment d’explication. C’est un jeu d’ombres et de lumière magnifique. Encore une fois.

 

Bref, un nouvel opus à placer dans les tout meilleurs de la série, avec, comme conclusion de cette remise à zéro des aventures deux éléments pour l’asseoir définitivement : la réapparition de l’Aston Martin DB5 et la séquence finale au bureau, avec l’indispensable perroquet (3).

Avec la destruction du véhicule et la mort de M/Judi Dench, c’est l’ancien Bond qui disparaît : il n’y a plus de lien avec les autres épisodes, si ce n’est Bond lui-même. Et le final au bureau de Moneypenny, c’est le véritable signe du renouveau des aventures de Bond.

 

Alors, prêt (à nouveau) à sauver le monde ?

 

  1. le 23ème des productions EON, les seules « habilitées » à traiter des aventures du héros.
  2. Et d’autres encore plus parce qu’elle était noire. Comme si Moneypenny devait avoir une couleur de peau attitrée !
  3. Celui où James/Sean Connery lançait son chapeau.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Sam Mendes
1917 (Sam Mendes, 2019)

6 avril 1917, quelque part à l’arrière des lignes.

Les caporaux Blake (Dean-Charles « Tommen Baratheon » Chapman) et Schofield (George MacKay) se reposent quand un supérieur les envoie chez le général Erinmore (Colin Firth) : ils doivent franchir les positions allemandes (censées être abandonnées) pour rejoindre une division afin de l’empêcher d’attaquer.

Contrariés, ils doivent accepter, surtout que le frère de Blake fait partie de cette division.

Le périple commence alors, et il semble que les Allemands soient réellement partis.

 

Ordinaire. Non pas le film, mais la situation. Pas de grand moment de bravoure ni de combats acharnés pour reprendre un bout de terrain dont l’enjeu stratégique est inversement proportionnel au nombre de tués pour y parvenir. La plupart du temps, il n’y a que très peu de protagonistes : les deux soldats au début et leurs rencontres, plus ou moins fatale, voire létale. C’est le parcours de deux soldats, ni meilleurs ni pires que les autres (1), à travers une campagne française ravagée par le conflit. On notera d’ailleurs les superbes décors de ruines d’une grande sobriété de Niall Moroney et son équipe.

 

Et Sam Mendès, avec l’aide de son chef-opérateur Roger Deakins, va concentrer son point de vue narratif sur ce duo qui se défera pour ne rester que sur le survivant, toujours à une (très) proche distance, nous faisant voir sa guerre, avec même un écran noir de quelques secondes quand il perd connaissance.

Et même quand a lieu l’assaut (2), la caméra reste sur MacKay jusqu’à la fin, faisant de cet assaut un élément de décor comme les autres. Il n’est donc pas étonnant que la photographie ait été récompensée (Deakins a accumulé les distinctions) : elle est magnifique. Ce sont avant tout des tons très pales qui dominent ce film, jusqu’aux teints quasi cadavériques des deux caporaux, renforcés par les teintes de la terre environnante : alors qu’on a surtout l’habitude de voir une terre boueuse noire comme la mort, ici elle est très claire, même quand elle est humide (3).

Et cette rupture colorée ne diminue pas l’impact mortifère des images.

 

Parce que ce qui occupe la plupart du temps les lieux, c’est la mort. Tout est mort. Ce qui était des villes, des villages, des habitations sont détruites, ne laissant que des ruines, squelettes de ce qui voyait la vie s’organiser. Bien sûr, les êtres vivant ont été tués. Les premiers cadavres qu’on peut voir sont des chevaux, dans des états de décomposition avancés, mais rapidement nous aurons droit aux humains dans des situations parfois gênantes : une tête qui sort de terre, des cadavres flottants… Sans oublier les inévitables charognards : les corbeaux et surtout les rats.

Même les végétaux ont été tués : non seulement plus rien ne pousse, mais la découverte de tous les arbres abattus dans un verger ajoute un élément singulier sur l’absurdité de la guerre. En effet, alors qu’un arbre près d’une route a été coupé pour ralentir la progression d’un convoi, on ne comprend pas pourquoi avoir abattu tous ces cerisiers. Etait-ce l’incongruité de leur existence dans un lieu désolé et ravagé par la guerre ? (4).

 

Bien sûr, le début du film nous ramène aux Sentiers de la Gloire, avec ce travelling arrière qui voit les deux soldats avancer dans la tranchée, avec la même détermination que Kirk Douglas (mais pour d’autres raisons). Mais là s’arrête le parallèle : il n’y a ici aucune dénonciation. De même, on pense aussi à Gallipoli mais avec un résultat différent, Schofield renvoyant au personnage de Frank Dunne (Mel Gibson) lui aussi envoyé pour arrêter un assaut. Là encore, je n’irai pas plus loin, nous sommes dans une configuration très différente.

 

Au final, nous avons un film magnifique d’une très grande sobriété où la guerre reste à un niveau très humain, évitant l’aspect grandiose des plans d’ensemble montrant des assauts que nous avons l’habitude de voir dans les films de guerre. Nous restons au niveau de Schofield, ce soldat ordinaire qui s’acquitte de sa mission naturellement.

Mais malgré tout, le film est spectaculaire (voir le troisième paragraphe), et si Deakins en est un artisan primordial, il ne faut pas non plus oublier le travail d’éclairage qui donne une dimension surréelle à cette guerre : le passage à Ecoust de nuit avec l’utilisation des feux de détresse donne une impression de rêve aux épreuves de Schofield. Et d’autant plus qu’il vit alors l’un des moments les plus dangereux de son parcours, pris pour cible par différentes ennemis. On en vient presque à douter de la réalité de ce qu’il vit.

 

Superbe.

 

NB : avec la nouvelle pratique qui veut que le générique ne soit exposé qu’à la toute fin, si on ne se penche pas sur la distribution avant de voir le film, on a quelques surprises en découvrant les différents personnages qui jalonnent le parcours de Schofield (et Blake). Outre Colin Firth, on reconnaîtra avec plaisir quelques figures connues comme Mark Strong ou Benedict « Sherlock » Cumberbatch, sans oublier Richard « Robb Stark » Madden.

 

  1. On pourrait croire que Schofield est un soldat d’exception puisqu’il a été décoré. Mais ce qu’il a fait de sa médaille nous rappelle qu’il n’est qu’un soldat ordinaire avec des envies très humaines.
  2. Parce qu’il y en a un, difficile d’imaginer un film sur la Première Guerre Mondiale sans un quelconque engagement.
  3. Et boueuse, cela va de soi, il semble que cet élément de texture terrestre soit incontournable dans les films de tranchées.
  4. D’ailleurs, comment ont-ils pu survivre après trois ans et demi de conflit ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espace, #Ron Howard, #Tom Hanks, #Bill Paxton
Apollo 13 (Ron Howard, 1995)

 

Quand sort le film, 25 ans après les faits (et aujourd’hui encore, un peu plus de 25 ans plus tard), les spectateurs connaissent déjà la fin de l’intrigue : Jim Lovell (Tom Hanks), Fred Haise (Bill Paxton) et Jack Swigert (Kevin Bacon) sont revenus sains et saufs de leur voyage spatial après avoir fait le tour de la Lune, à défaut de s’y être posés.

Mais malgré tout cela, Ron Howard réussit à nous faire douter de l’issue de cette aventure spatiale bien singulière. Singulière parce que nous n’avons pas l’habitude, nous spectateurs, de voir un fiasco en œuvre dans un film sur l’espace.

 

Parce que cette fois-ci, rien ne se passe comme prévu : non seulement il n’y aura pas d’alunissage, mais en plus, les trois hommes vont frôler la mort. Certes, beaucoup comme moi ont encore en tête l’explosion terrible de Challenger (22-1-1986), mais nous n’en sommes pas là : il s’agit ici de 1970.

Du 11 au 17 avril, le monde va donc suivre avec angoisse le sort de ces trois hommes coincés à des milliers de kilomètres de toute vie humaine, dans un engin qui n’était prévu que pour alunir et repartir. Bref, autant dire un vol impossible.

Et ce qu’il y a de bien avec les choses impossibles, c’est que ça donne des ailes au cinéma, lieu où tout est possible, et surtout ce qui ne l’est pas.

 

Certes, l’impossible ne l’est pas tant que ça puisque nous savons comment tout cela s’est terminé. Mais le talent de Ron Howard et de tout ceux qui l’entourent sur cette aventure (à plus d’un titre) c’est de nous relancer dans cet impossible et de nous amener à ce dénouement (heureux) malgré tout, comme s’il s’agissait un tout nouvel exploit(1). Nous nous retrouvons dans les mêmes conditions que les acteurs d’alors, tendus devant cette situation qui semble inextricable.

Comme d’habitude, on trouvera quelques esprits forts pour nous signaler qu’il y a certaines approximations et que certaines choses ne son pas possibles ou ne se sont pas passées (2). Et comme toujours je dis : certes, mais on s’en fiche, on est au cinéma. Ce qui compte, ce n’est pas ce qui a été, mais ce qui se passe sous nos yeux.

 

Et de ce côté-là, la mission de Ron Howard est bel et bien accomplie, recréant un grand moment de tension cinématographique en mettant en présence les différents acteurs de ce qui aurait pu être une tragédie : les astronautes bien entendu, mais aussi le centre de contrôle de Houston (3), inévitable, et enfin ceux qui ont vécu tout cela peut-être aussi intensément que les trois hommes, leur(s) famille.

Et tout cela, en jouant avec astuce sur le chiffre 13, censé porté malheur : non seulement le numéro de la mission est celui-là, mais ils s’élèvent à 13 h 13 et doivent alunir le 13 avril !

Tout est prêt pour un film catastrophe et la catastrophe arrive : Marilyn Lovell (Kathleen Quinlan) perd sa bague de fiançailles dans la douche !

 

Sérieusement, Ron Howard réussit un très beau film sur la conquête spatiale américaine, dans la lignée du non moins superbe The right Stuff de Philip Kaufmann une dizaine d’années plus tôt, avec en commun Ed Harris (Gene Kranz) (4), mais avec un handicap de choix : l’échec de la mission.

Et c’est aussi là qu’est la magie du cinéma : réussir à tourner cet échec en une incroyable réussite, avec résolution finale émouvante. Et il faut avouer que les Américains savent le faire.

 

C’est ça, le cinéma.

 

  1. Exploit qui fut réel à cette époque.
  2. C’est bien la musique de 2001, a space Odyssey qui fut jouée !
  3. De ce côté-là, pas de problème !
  4. Avec des cheveux !

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Irvin Willat
The Michigan Kid (Irvin Willat, 1928)

Alaska, aux alentours de 1898 (ruée vers l’or).

Le Michigan Kid du titre, c’est Jimmy Rowan (Conrad Nagel), un aventurier qui a fait fortune grâce à sa maison de jeu où les prospecteurs viennent dépenser leur argent après une longue période de prospection.

Et aujourd’hui, il retourne dans le Michigan pour retrouver la femme qu’il aime : Rose Morris (Renée Adorée). Enfin ça, c’est ce qui est prévu, parce que Frank Hayward (Lloyd Whitlock) vient d’arriver : il doit retrouver sa fiancée qui arrive avec le prochain steamer. Et sa fiancée n’est autre que Rose Morris.

Et Jimmy se souvient de son enfance – turbulente – auprès de la jeune Rose et avec les tourments que lui faisait endurer le même Frank Hayward.

 

Voici un petit western (64 minutes) fort intéressant, sorti pendant l’avènement du parlant (1), se déroulant, une fois n’est pas coutume, en Alaska. On y trouve bien sûr les grands espaces et l’atmosphère viciée des saloons (2), avec bagarre incontournable au revolver. C’est d’ailleurs Hayward qui en est le responsable, blessant le croupier qu’il accuse d’avoir triché.

Mais voilà : non seulement il n’y a pas eu de triche, mais en plus Hayward est un type franchement louche qui a perdu au jeu la paye de ses mineurs.

Dès cette première partie (3) chez Jimmy, Willat expose clairement la situation : si Jimmy était considéré comme un petit voyou enfant, il a très bien évolué, devenant riche tout en étant honnête. Par contre, Hayward, qui était déjà roué quand il était petit, l’est devenu encore plus, à la limite de la légalité (et même au-delà !).

 

Et l’arrivée de Rose va complètement changer la donne, surtout que Hayward doit se faire oublier et retourner à la mine, laissant Rowan amener la jeune femme. Bien sûr, on se doute que ce dernier espère que Rose ne l’a pas oublié, et qu’il a peut-être encore une petite chance. Et nous, spectateurs n’en doutons pas, surtout que Hayward ressemble de plus en plus à un méchant. Cette ressemblance est parfaite quand ce dernier va retrouver le couple au refuge et décide d’abandonner Rowan ligoté pendant que la forêt s’embrase et menace la cahute.

Parce qu’à ce western, Willat ajoute un soupçon de film-catastrophe, avec descente de la rivière bordée de flammes avec chute d’eau à l’arrivée. Bref, du grand spectacle.

 

Et de ce côté-là, c’est vraiment du grand spectacle. Certes, le côté western est un peu atténué avec cette histoire d’amour, mais on y retrouve un affrontement final qui n’a pas lieu à la toute fin du film, mais avant la fuite sur la rivière.

Et Willat utilise à merveille la caméra de Charles J. Sumar pour les différentes parties du film. Nous sommes bien loin des débuts du western  avec Edwin S. Porter : la caméra est mobile et accompagne avec beaucoup de pertinence les différentes péripéties. Travellings, gros plans et autres flashbacks sont les maîtres mots de cette réalisation, sans oublier des transitions intéressantes dont la première qui voit une batée (4) se transformer en roulette (celle de Rowan).

 

Bref, un petit film qui se déguste avec gourmandise, surtout qu’en plus on y retrouve la belle Renée Adorée, dont c’est l’un des derniers films. A voir ? Oh oui.

 

  1. Les intertitres sont très lisibles sur les lèvres des différents interprètes.
  2. Dans l’établissement de Jimmy, on joue aux cartes et mais aussi du revolver, et des filles lèvent les jambes en musique.
  3. Du film, pas de cartes.
  4. Le récipient rond qui permet de séparer les paillettes des cailloux.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Germaine Dulac
La Cigarette (Germaine Dulac, 1919)

Pierre Guérande (Gabriel Signoret) est conservateur du musée des arts d’Orient. Il est marié à la belle Denise (Andrée Brabant), qui a à peine la moitié de son âge (1). Et cette différence d’âge entraîne aussi des différences d’intérêt : plus jeune, elle pense à s’amuser alors que lui passe son temps à son musée.

Et puis il y a le jeune Maurice Herbert, dont les seuls occupations sont la danse (le tango est sa spécialité semble-t-il) et le golf. Tout naturellement, il va proposer une leçon de son sport préféré à madame Guérande pour lui faire passer le temps (2).

Dans le même temps, le musée a acquis la momie d’une jeune princesse égyptienne pour qui un prince lui aussi égyptien s’est suicidé par jalousie et parce que, à l’instar de Guérande, il était beaucoup plus avancé dans la vie.

Guérande a choisi une cigarette empoisonnée, cachée parmi d’autres, qui le tuera quand l’occasion viendra.

 

C’est un très beau drame de la jalousie que nous propose ici la grande Germaine Dulac, une des trop rares réalisatrices française du jeune cinéma (3). Rare parce que la production est essentiellement masculine, en France comme ailleurs : pas question de parité, surtout à cette époque. Mais qu’importe, Dulac nous offre un beau film jouant avec bonheur sur une tension dramatique mortifère : « quand va-t-il fumer la cigarette fatale ? » nous demandons-nous tout au long du film, une fois l’artifice prêt.

Et Germaine Dulac va jouer sur cette tension, ce suspense – on ne parle pas encore de ce terme – étant entretenu par diverses péripéties : un serviteur trop zélé qui vole une cigarette à l’insu de son patron ; le médecin qui veut fumer ; la jeune femme qui décide de s’en griller une petite… Tout est prétexte à fumer (4) !

 

Mais si cette cigarette donne avec justesse son titre au film, il ne faut pas non plus minimiser le drame de la jalousie qui est déclencheur de cette singulière tentative de suicide.

Dulac prend son temps pour mettre en place les fausses pistes dans lesquelles Guérande va s’engouffrer : certes Denise n’est pas toujours très honnête avec son mari, mais à aucun moment elle ne fait de mal. Pour Herbert, le cas est différent : c’est ce qu’on appelle alors un « séducteur », et les rares fois où Guérande aperçoit ce monsieur avec sa femme, l’équivoque est réelle. Ce monsieur est très intéressé par la femme de Guérande mais nous ne verrons jamais autre chose que quelques baisers passionnés sur la main de la jeune madame Guérande, plutôt embarrassée par cet amour inopiné.

 

Mais si Guérande gamberge, la faute revient surtout à sa façon de percevoir sa femme, surtout depuis l’acquisition par son musée de cette momie de princesse frivole. Et Dulac insiste : l’histoire est contée une première fois, nous avons droit au début d’une seconde, et pour souligner le tout, on nous parle d’un monarque persan à qui il était arrivé la même mésaventure, et lui aussi mettant fin à ses jours de façon presque aléatoire. Il s’identifie à ces deux monarques, au point de vouloir en finir de la même façon (plus moderne, on ne fumait que le narguilé en Perse).

Et là encore, le talent de Dulac, c’est de multiplier malentendus et non-dits, afin d’amener la tension de la seconde partie.

 

De plus, le jeu d’une grande sobriété des différents interprètes renforce son propos : pas de geste grandiloquents ni de bavardages inutiles : seule l’intrigue compte, servie par un montage impeccable mettant en valeur la caméra de Louis Chaix. Des plans fixes, mais entrecoupés de séquences pertinentes (5), ainsi que d’un mouvement latéral pour souligner l’irréversibilité du destin de Guérande : c’est la dernière cigarette – donc celle qui est empoisonnée – et il jette un dernier regard à ce qu’il aimait autour de lui.

Sans oublier non plus le rôle primordial de Denise Guérande dans l’intrigue : c’est Denise l’élément déclencheur de la résolution de l’intrigue, avec au passage l’insert de flashbacks, et qui va amener une fin (presque) inattendue. Denise est très belle certes, mais elle n’a rien d’une idiote !

Alors, pour une fois qu’une femme a un rôle de cette importance (en France, en 1919), il ne faut pas bouder.

 

Par contre, la copie disponible est tout de même très abîmée.

 

  1. Ca se faisait beaucoup en ce temps-là…
  2. Et plus si affinités…
  3. Moins de 25 ans se sont écoulés depuis La Sortie de l’usine Lumière à Lyon (1895).
  4. Une hérésie depuis la loi Evin (1991).
  5. Parler de « plans de coupe » aurait alourdi la syntaxe de la phrase.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Guerre, #William Wyler
The stolen Ranch (William Wyler, 1926)

Tout commence bien loin des Etats-Unis, en 1918. Et pour cause : c’est la Première Guerre Mondiale. Breezy Hart (John Humes) et Frank Wilcox (Ralph McCullough) sont frères d’armes dans les plaines de Flandre.

Breezy est un soldat courageux, qui ne sait pas pourquoi il se bat mais le fait de bon cœur. De son côté, Wilcox craque : le tumulte sonore des bombardements a raison de sa santé, et seule l’intervention de son compagnon le sauve d’une mort certaine.

Démobilisés, ils s’en retournent au ranch de l’oncle de Frank. Mais l’oncle est mort et aurait légué le ranch à son homme de main, l’ignoble (1) Sam Hardy (William Bailey), grâce à un faux testament.

Mais le vrai existe toujours, et Breezy va à nouveau sauver la vie de son frère d’armes.

 

Ca chevauche beaucoup dans ce film du débutant William Wyler (2), et c’est d’ailleurs comme cela que Breezy va être engagé par Hardy sur le ranch… Comme aide-cuisinier ! Mais qu’on ne s’y fie pas : si Breezy n’a pas réussi son premier test (dompter un cheval sauvage sans avoir jamais fait d’équitation), il apprend vite et se montre un cavalier hors pair.

Et puis bien sûr, il y a les éléments féminins. Elles sont deux – une chacun – et vont, à leur façon, aider nos deux héros dans leur entreprise : Mary Jane (Louise Lorraine) et June Marston (Nita Cavalier). Qu’ils se marient avec elles à la fin, c’est plus que probable mais le film s’arrête avant.

 

William Wyler nous propose ici un western moderne : nous sommes en 1919 pour la plus grande partie du film, ce qui est moins de dix ans avant la sortie du film. Et le souvenir de la guerre reste fortement ancré dans les esprits : on a pu déjà voir de superbes films traitant de cette période, et d’autres vont venir. Mais comme nous sommes dans un ranch, que les occupants ont de grands chapeaux et sont de véritables cowboys – ils chevauchent sans répit, le six-coups dans son holster, sur le côté – et que les paysages sont vastes et grandioses (3), nous sommes complètement dans le domaine du western.

Donc, nous avons droit à quelques bagarres inévitables autant que pertinentes : celle qui voit Breezy se débarrasser d’un importun qui « veut du bien » à Mary Jane ; celle pour récupérer le vrai testament ; et bien évidemment, la lutte finale (4) à laquelle même Wilcox participe.

 

Si Wyler n’a pas encore atteint la plénitude de son art – ce qui ne tardera pas – on peut tout de même lui reconnaître une maîtrise certaine sur ce film, soutenue par un montage impeccable de Ray Curtiss, avec en point d’orgue la montée de la tension amenant l’explication (presque) finale, et surtout le sauvetage de Wilcox qui devient – enfin – acteur de sa vie.

Bref, une curiosité à (re)découvrir, par celui qui deviendra l’un des plus grands réalisateurs américains de sa génération.

 

  1. Le méchant à fines moustaches de l’intrigue.
  2. C’est alors son neuvième film et seulement son deuxième (plus) long métrage (56 minutes).
  3. Tellement grandioses qu’une jeune peintre est là pour les immortaliser
  4. Où tout le monde ou presque se regroupe…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #DC Comics, #Batman, #Tim Burton
Batman (Tim Burton, 1989)

Un couple et leur fils s’est perdu dans les rues de Gotham City. Et à force de se perdre, ils se retrouvent out les trois dans une partie mal famée et sont inévitablement agressés : lui est frappé, elle volée et l’enfant assiste en témoin impuissant…

Mais ce n’était pas l’histoire de Bruce Wayne (Michael Keaton) : les aficionados du vengeur masqué le plus célèbre (après Zorro) en sont pour leurs frais !

Tim Burton donne le ton dès cette séquence d’ouverture : il faudra aller chercher ailleurs  Batman. Enfin pas tellement loin puisqu’il intervient et fait arrêter les deux agresseurs.

 

Si on pense de suite à la mort des parents de Wayne, ce n’est que dans le troisième tiers du film que Burton nous livre les origines de ce héros singulier : comment ses parents sont morts et pourquoi lui a réussi à survivre. Mais contrairement à Christopher Nolan treize ans plus tard, Burton ne base pas son film sur cet épisode traumatique : quand le film commence, Batman est déjà une menace pour les criminels de tous poils de Gotham City. Et bien sûr, parmi ceux-ci, il en existe des beaucoup plus redoutables que d’autres : Carl Grissom (Jack Palance) et son bras droit Jack Napier (Jack Nicholson). Tellement redoutables que l’un commence à faire de l’ombre à l’autre, mais surtout à lui piquer sa petite amie Alicia (Jerry Hall).

Pendant une opération qui tourne mal – normal, Grissom avait prévenu les policiers – Jack (1) termine dans un bain d’acide. Opéré par un chirurgien plastique, il ne peut faire mieux que lui laisser un sourire éternel : il sera le Joker.

 

Il est clair que Batman devait rencontrer Tim Burton : un héros sombre, un tantinet misanthrope et qui vit dans une grande bâtisse isolée. Et Tim Burton, qui se régale – en même temps que ses spectateurs – des ombres fait se dérouler la plupart de son intrigue la nuit, jouant à l’envi avec la lumière, rehaussée par les différentes formes architecturales que possèdent les différents édifices de Gotham City.

Cette Gotham City, d’ailleurs, n’est pas sans rappeler une autre grande ville moderne : Metropolis. Oui, celle de Fritz Lang. On y retrouve le même gigantisme ainsi qu’une teinte industrielle très prononcée. Ce ne sont que rivets et tuyaux dès que nous entrons quelque part (sauf chez Wayne : normal, sa famille n’est pas spécialement prolétaire !).

 

Et bien sûr, on retrouve une dimension fantastique dans le héros lui-même et surtout ses accessoires et autres gadgets qui le font apparaître majestueusement en battant des ailes (2).

Et comme toujours dans ce genre de film, il faut aller voir du côté du méchant : encore une fois, nous sommes servis !

Jack Napier-Nicholson est un méchant à l’allure pas fière du tout, qui bascule dans une folie criminelle (et onc meurtrière) suite à son bain forcé. On appréciera au passage le travail de maquillage de Nick Dudman qui a élaboré ce visage souriant à l’extrême. Jack Nicholson est dans son élément, un peu de cabotinage par ci, un peu de grandiloquence par là, et vous avez un psychopathe comme il faut, ou plutôt comme on pouvait l’attendre, même si à un moment son jeu outré a tendance à lasser.

 

Quoi qu’il en soit, Tim Burton réussit ici une belle adaptation des aventures du héros de Bob Kane et Bill Finger, jouant la carte du spectaculaire tout en restant dans ses thèmes de prédilection, avec une pointe d’humour qui manquera parfois aux adaptations du siècle suivant (Christopher Nolan ou surtout Zack Snyder). Par contre, le personnage du Joker sera autrement plus impressionnant sous les traits du regretté Heath Ledger (The black Knight, 2008) ou de l’extraordinaire Joaquin Phoenix (Joker, 2019).

Que voulez-vous, on ne peut pas tout avoir…

 

  1. Vous avez remarqué que Nicholson interprète souvent un personnage qui s’appelle Jack (Napier, Torrance…) ?
  2. Oui, ça donne parfois un effet un brin grotesque, mais que demander à un type qui se balade masqué et en collants noirs ?

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