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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Alfred Hitchcock, #Espionnage

Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Hitchcock :

D’habitude, dans les films noirs, on donne rendez-vous la nuit (sans lune si possible), sous la pluie. Alors, une voiture noire passe et on entend une mitraillette qui fauche tout le monde.

Mais là, pas de nuit, c’est en plein après-midi, ensoleillé. Pas un nuage. Une première voiture noire passe, mais ne s’arrête pas, malgré les attentes du héros. Une seconde voiture apparaît, comme surgie de nulle part. Noire, aussi. Un homme descend.

Manque de pot (pour notre héros qui lui parle), il est venu attendre le bus. D’ailleurs, le bus l’emmène. Toutefois, il a eu le temps de remarquer que l’avion qui désherbe les récoltes intervient là où il n’y en a pas…

Alors notre héros se retrouve seul, et bing ! C’est le moment que l’avion a choisi pour lui foncer dessus, avec mitrailleuse à l’appui !

Notre héros, répondant à son instinct, se réfugie dans les cultures, à l’abri.

N’oubliez pas que c’est un avion qui désherbe. Alors évidemment, il passe au-dessus et lâche son désherbant, faisant sortir notre héros…

Et ensuite ? Ensuite, l’avion s’écrase et la musique reprend. Toute cette scène, mis à part l’échange avec l’usager du bus fut muette, voire silencieuse.

Du grand art.

 

Nous sommes ici dans l’un des sommets d’Hitchcock. Depuis son arrivée aux Etats-Unis, il ne cesse de monter en puissance. Le film précédent, c’était Sueurs froides, son dernier film avec James Stewart. Cette fois-ci, il dit adieu à Cary Grant en lui offrant l’un de ses rôles emblématiques : Roger Thornhill/George Kaplan. Le film suivant ? Rien de moins que l’incomparable Psychose.

Nous sommes, là encore dans un film de confusion d’identité. Après Le faux Coupable, où Henry Fonda était pris pour un autre, Sueurs froides où Kim Novak se faisait passer pour une autre, nous avons Cary Grant qui est pris pour celui qu’il n’est pas, mais cette fois-ci pour un malheureux concours de circonstance : on appelle M. Kaplan au moment où Thornhill cherche un téléphone… La méprise peut s’expliquer, et le génie de Hitchcock fait le reste.

Tout l’accuse, même la femme qu’il aime (et qui l’aime).

 

A propos d’aimer, Hitchcock est arrivé à un cap. Alors que ces personnages précédents s’embrassaient à bouche-que-veux-tu (Les Enchaînés), ici, les références sexuelles sont claires. Il n’est jamais question d’amour platonique. Eva (Marie Saint) couche avec VanDamme et a couché avec Thornhill.

Qu’importe, la société américaine est en train de changer, et Hitchcock évolue avec elle.

Il suffit de voir son film suivant pour s’en convaincre : Psychose et la scène extraordinaire de la douche (voir critique ultérieure).

 

Mais il faudra attendre encore cinq films avant que cet ancien élève des jésuites franchisse le pas et filme une vraie femme nue dans Frenzy.

Pour le reste, nous trouvons un casting qu’on qualifierait « de luxe » avec pas moins que James Mason et Martin Landau dans les rôles des méchants. Et en guest star, les quatre présidents américains du Mont Rushmore.

Que du beau monde !

 

Et pour ceux qui ne croiraient pas à mes élucubrations sexuelles autour du film, je pose la question :

Pourquoi, une fois que cette nouvelle Mme Thornhill a réussi à grimper sur le lit, le train entre-t-il dans le tunnel ? Hein ?

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Sturges, #Steve McQueen, #Western

Bien entendu, il s’agit du remake des Sept Samouraïs. Et comme nous connaissons les Américains – ceux qui n’ont pas daigné ajouter Victor Hugo au scénario du Bossu de Notre-Dame (1996) – pas besoin de signaler que le grand Kurosawa avait déjà traité cette histoire.

Malgré tout, ne boudons pas notre plaisir.

Nous retrouvons donc la même histoire, transposée dans un village mexicain où un bandit de grand chemin – Calvera (Eli Wallach, merveilleux de grandeur canaille) – passe et emporte tout. McDo avant l’heure.

Mais quand Kurosawa prenait le temps de suivre les paysans, Sturges, lui, s’occupe essentiellement des mercenaires.

Ici aussi, ils sont sept, et leurs caractéristiques sont parfois très similaires :

  • Chris (Yul Brynner) est leur chef, c’est un homme d’honneur et un bon juge de la valeur des gens. (Kanbei chez Kurosawa)
  • Vin (Steve McQueen), est le bras droit de Chris, et s’il n’est pas ami de prime abord avec Chris, il va le devenir. Il correspondrait à Gorobei, l’ami de Kanbei.
  • Chico (Horst Buchholz) est le plus jeune. Il est aussi d’origine paysanne. Il fait partie des gagnants de la fin. Son personnage est un mélange de Kikuchiyo et de Katsushiro : Kikuchiyo pour le côté paysan-guerrier et Katsushiro pour l’histoire d’amour.
  • Britt (James Coburn) est – à mon avis – le personnage le plus fascinant, comme l’était Kyuzo dans la première version. Là encore, il tue un homme en duel, malgré lui, pour prouver sa véritable valeur.
  • Bernardo O’Reilly (Charles Bronson), le seul à avoir un nom de famille, est recruté alors qu’il coupe du bois pour manger, comme le faisait Heihachi.
  • Harry (Brad Dexter) est le seul vrai ami de Chris, mais il ne correspond pas vraiment à un personnage de Kurosawa. De même que Lee (Robert Vaughn) est un pistolero qui a peur, ce qu’on ne trouve pas auparavant.

 

Le recrutement se fait assez rapidement, sans rentrer dans les détails, que ce soit sur le passé des mercenaires ou de la vie des paysans dans la ville frontière.

Il faut dire que le film de Sturges possède une heure vingt minutes de moins. Il est donc évident que tout le contexte des personnages, paysans et guerriers, est accessoire. On se concentre sur le principal : comment arriver au règlement de compte final. Mais sans pour autant exclure les péripéties dans le village : absence de filles, gens qui meurent de faim, aménagement et préparation du siège. C’est dans cette partie villageoise qu’il faut retrouver la plus grande fidélité au film de Kurosawa, avec toutefois une expéditivité plus flagrante. Là où Kurosawa prenait son temps, Sturges enchaîne les scènes avec plus de diligence.

 

Il faut dire aussi que tuer un adversaire au pistolet prend beaucoup moins de temps qu’au sabre, surtout si les ennemis entrent un par un dans le village.

Malgré tout, nous sommes dans un western de qualité, avec une violence assez marquée (une quarantaine de morts violentes tout de même !), avec des détails pas toujours très propres : traces de sang, hache dans le dos… Là où Kurosawa suggérait plus qu’il ne montrait les mises à mort.

 

Et puis il y a la musique de Bernstein (Elmer), qui souligne l’action (les accords dramatiques quand Harry se fait tuer, par exemple), ou exalte le côté magnifique (« magnificent » dit le titre) de cette aventure.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espionnage, #Comédie, #Georges Lautner, #Michel Audiard
Les Barbouzes (Georges Lautner, 1964)

Dans un opéra, pendant l’ouverture, le compositeur expose les thèmes de l’intrigue. Il en va de même ici, Lautner nous présentant les forces en présence ainsi que leurs caractéristiques techniques. Ouverture, donc : Dans un train, des gens s’entretuent : poussée hors du train, poignard, flingue, gaz. Rien que de très banal, quand il s’agit d’espionnage. Ce qui est notable, toutefois, c’est la ressemblance des protagonistes avec les acteurs principaux. Mais le ton est donné, et en plus des agents (très) spéciaux habituels, il y aura des orientaux.

Pour le reste, des espions plus vrais que nature. Des rois du mensonge, de l’assassinat et des bons mots.

 

Francis Lagneau, (« dit Petit Marquis, dit Chérubin, dit Talon rouge, dit Falbala, dit Belles Manières ; mais aussi dit Requiem, dit Bazooka, dit La Praline, dit Belle Châtaigne. ») est un homme simple. Il part en vacances avec sa femme et ses enfants, comme d’habitude, sauf que cette fois-ci, ils devront partir sans lui, service de la France oblige (Lino Ventura). L’abbé Cafarelli, chanoine de renom, spécialiste des arthropodes de la classe des arachnéides (des scorpions, quoi), citoyen helvétique (Bernard Blier). Boris Vassiliev, prolétaire notoire, dit TriNitroToluène (Francis Blanche). Le bon docteur Müller, enfin, célèbre praticien allemand (Charles Millot). Le Commodore O’Brien, enfin, agent américain, grand nageur (Jess Hahn). Et au milieu de tout ce beau monde, la belle Amaranthe, femme d’un magnat décédé, Antoinette Dubois à la ville (Mireille Darc).

 

Tourné à la suite des Tontons flingueurs, on y retrouve beaucoup de monde : en plus des trois têtes d’affiche, on peut reconnaître Philippe Castelli et sa diction traînante de titi parisien (le standardiste à Istanbul…), Jean-Pierre Moutier (le chef de cabinet) et Robert Dalban (le futur retraité).

 

Bien entendu, on s’amuse des péripéties improbables de ces agents à la manque, dont le seul intérêt réside dans les répliques de Michel Audiard. Même si toutefois, on n’atteint pas les sommets des Tontons flingueurs. Tout de même :

« Un chinois vient de tomber de la terrasse, il est mort ! - Du calme mon enfant, un client part, un autre arrive... » (Castelli)

« Enfin écoutez Mme Pauline, faut tout de même voir les choses en face ! La chambre des glaces, le boudoir chinois, les fillettes au salon... dans ma jeunesse ça s'appelait un bordel... - Oh bien sûr, si vous jouez sur les mots ! On leur fait dire c'qu'on veut, aux mots ! » (Ventura & Françoise Giret)

« …la retraite faut la prendre jeune. - Faut surtout la prendre vivant. » (Dalban & André Weber)

« Vous savez, quand un monsieur inconnu ramène chez vous votre mari mort, dynamite la salle de bains et jette les visiteurs par la fenêtre, on prend l'habitude de ne plus s'étonner de grand chose... »

Et bien entendu, l’incontournable « Un barbu, c'est un barbu...Trois barbus, c'est des barbouzes ! » (Ventura)

Alors, accrochez vos ceintures, et en route pour 1 h 47 de plaisir, et « si on vous demande l’heure, du feu, ou le chemin de la mer… - On flingue ! »

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Hal Roach, #Aventures

Décidément, ce n’est pas le jour de Tumak (Victor Mature). Après avoir tué sa proie, il est chassé du clan des Pierres. Puis, il est chassé par un mammouth mécontent. Comme si ça ne suffisait pas, le mammouth déracine l’arbre dans lequel il s’était réfugié et l’envoie dans la rivière. Alors il dérive… Jusqu’au campement du clan des Coquillages, où il est recueilli par Loana (Carole Landis) et les autres coquillages.

Alors que les Pierres sont individualistes, les Coquillages sont organisés. Mais Tumak ne s’intègre pas et est à nouveau chassé, suivi par Loana, qui le trouve à son goût…

Mis à part la coexistence entre les dinosaures et les humains, on pourrait dire que ce film d’Hal Roach résume bien ce qu’on savait des temps préhistoriques en 1940 : chasse pêche et cueillette pour se nourrir, les pierres taillées, les bijoux, la musique, le rire… Evidemment, nous sommes loin d’Yves Coppens, et ce film n’est pas un documentaire.

Pourtant, si on fait abstraction de ce qui vient d’être mentionné, le film est plaisant à voir, universel (pas de parole intelligible), et tout de même impressionnant. Que de chemin parcouru depuis King Kong !

Les animaux préhistoriques sont, certes, des lézards magnifiés, mais il faut reconnaître que le rendu est plus fluide que lors du chef-d’œuvre de Cooper & Schoedsack.

L’éruption volcanique est le sommet du film. Ce qui commence comme une colline qui pète se révèle une magnifique catastrophe. Tout s’écroule, la terre s’ouvre et engloutit les prédateurs, la lave (en fusion, ça va de soi) se répand comme un tsunami inéluctable, visqueuse et enflammée, qui à son tour engloutit tout ce qui est sur son chemin. Hal Roach va même jusqu’à faire périr un de ses protagonistes dans cette marée incandescente !

Pour le reste, nous sommes au moment où l’homme apprend la socialisation, et les deux clans, si différents au début, après l’épreuve ne feront plus qu’un.

Alors ne boudons pas notre plaisir, et savourons cette (fausse) chronique préhistorique, en souriant à propos du code Hays : Tumak et Loana – à l’instar de Tarzan & Jane – s’en vont dans le soleil couchant avec le fils que la nature leur a donné, celui de la femme qui fut engloutie par la lave.

Ce qui règle une bonne fois pour toute les histoires sexuelles éventuelles ! [Même si Tumak et Loana passent une nuit ensemble au sommet d’un arbre…]

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Robert Aldrich, #Noir

Une femme court sur la route, pieds nus, essayant d’arrêter les voitures : Christina (Cloris « Frau Blücher » Leachman).

Elle en arrête une, celle de Mike Hammer, détective. Alors évidemment, il va l’aider.

C’est le deuxième film avec le héros créé par Mickey Spillane.

C’est un nouveau privé. Ce n’est plus Marlowe, avec son éternel imperméable et son feutre.

Hammer, n’a pas de chapeau, n’a pas de pardessus, mais il tombe quand même les filles.

Toutes succombent : Velda, la régulière, Friday & Carver, les occasionnelles.

Seule Christina n’a pas succombé : elle est morte avant.

Mais Hammer, c’est tout de même un dur-à-cuire, un buveur de Bourbon, un grand fumeur. Mais pour ce qui est de se fournir en cigarettes, c’est chez les autres qu’il les préfère…

Il n’est, bien entendu, pas contre une bonne bagarre et le montre à différents moments.

Aldrich signe ici son cinquième film. Dès le début, on se rend compte que c’est un film à part : le générique se déroule à l’envers. Ensuite, les cadavres s’empilent régulièrement. Christina, Nick, Carl Sugar, Soberin, Carver (sans compter ceux dont on apprend la disparition…). Même Hammer est touché.

La violence est omniprésente dans ce film. En plus de la liste des morts, on trouve une scène dans la morgue pas piquée des hannetons. Le récit de la mort de Kowalski renversé, par le chauffeur routier, à table, devant ses enfants, est lui-aussi assez inhabituel.

Non, ce n’est plus le film noir des années 40. Pas voiture noire, la nuit, sous la pluie.

Mais cela n’empêche pas Hammer de ne rien comprendre dans un premier temps et d’avancer dans les ténèbres. Mais la lumière jaillira, au sens figuré, comme au sens propre.

La fin est typique des années cinquante quand on incrustait « The End » alors que l’action continuait de se dérouler.

L’autre intérêt du film est de retrouver avec plaisir plusieurs seconds rôles marquants du cinéma américain* : Ralph Meeker qui a le premier rôle (The naked Spur, Paths of Glory, The dirty Dozen), Nick Dennis (A streetcar named Desire, East of Eden), Paul Stewart (Citizen Kane, The Cobweb), Jack Elam (Vera Cruz, Gunfight at OK Corral, C'era una volta il West)… Un régal.

Dois-je ajouter que la traduction française du titre est toujours aussi minable ?...

*Pour le professeur Allen John : il y a même John George…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Aljandro Amenabar, #Drame

23 août 1968. Ramon plonge. Mais il n’y a plus assez d’eau. Alors évidemment, c’est l’accident. On le tire de l’eau. Hélas.

Vingt-neuf ans après, il désire toujours mourir. Vingt-neuf ans de lit, avec deux positions : sur le dos ou sur le côté, vers la fenêtre et le panorama.

Pour le reste ? Rien. C’est sa famille qui s’en charge : nourri, lavé, rasé… Mais pas de sensation.

Alors pas étonnant qu’il veuille en finir. Mais si on a le droit de vivre, on n’a pas beaucoup le droit de mourir librement…

Ce film, ce sont les deux dernières années de vie de Ramón Sampedro, comment il en arriva au geste final, celui de sa libération.

Mais surtout, c’est un film sur la vie. Parce que c’est la vie elle-même, ce qu’elle représente, qui est la véritable raison du choix de Ramón.

Alors on vit avec Ramón, et on espère que ce sera possible. Mais à chaque fois, c’est non. Légalement, d’abord, puis à travers une avocate qui n’y arrivera pas non plus. Et l’envie reste. Et pour une fois, dans un film, on souhaite la mort du héros.

Et ce héros, c’est Javier Bardem. Tout en nuance et méconnaissable, nous sommes loin du tueur psychopathe de No Country for old men.

Javier Bardem est formidablement humain. Ce n’est pas parce qu’il est tétraplégique qu’il n’en est pas désagréable. Il était un jeune homme plein de promesses qui, un jour, n’a pas eu les idées claires et l’a payé toute sa vie. Mais s’il est immobilisé, cela ne l’empêche pas de rêver et de désirer. Alors il rêve qu’il assouvit ses désirs. Et la limite est tellement ténue entre ses fantasmes et son immobilité, que le changement se fait naturellement : il se lève, s’élance, s’envole, et se réveille… Dans les bras de l’avocate qu’il désirait.

Ce large (« mar adentro »), c’est cette mer vers laquelle il se réfugie et vit pleinement ses rêves. Comme il le dit, cette mer lui a apporté la vie, mais la lui a reprise…

A travers cette histoire, c’est l’euthanasie qui est le véritable enjeu du film. Cette possibilité d’être aidé pour mourir, quand on ne peut plus le faire soi-même. Et quand Ramon y parvient, alors la libération est partagée. Pour tant, s’il y a beaucoup d’émotion dans ce film, on ne trouve aucune pitié. Aucune pitié de Ramón pour lui-même, quant à celle des autres, de toute façon, il n’en veut pas. Dans sa maison, seuls son père et son frère sont contre. Le père parce que ce n’est pas naturel de voir son fils partir en premier – surtout volontairement ; le frère pour des raisons d’ordre moral, un peu comme la Justice qui refuse de l’écouter.

Mais quel bel argument que ce film d’Alejandro Amenabar. Malgré tout, il y aura toujours des gens qui objecteront que « la vie ne nous appartient pas (etc) ».

Peu importe, le choix de Ramón est assumé, et tellement grand.

On n’est pas triste pour Ramón, mais pour Julia, qui est restée.

Deux singularités pour ce film : contre toute attente, aucune vraie photo de Ramón à la fin du film, comme souvent dans un biopic ; la mort de Ramón est filmée, jusqu’au bout, sans ellipse…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Marcel Carné, #Henri Jeanson, #Comédie dramatique
Hôtel du Nord (Marcel Carné, 1938)

Le Canal Saint Martin, un soir de communion. Deux amants désespérés : Renée (Annabella) et Pierre (Jean-Pierre Aumont). Tellement désespérés, qu’ils ratent leur suicide.

Deux autres amants, en bout de course, eux aussi : Raymonde (Arletty) et Edmond (Louis Jouvet).

Mais eux, seule la rupture peut les sauver.

Et puis d’autres couples : les Lecouvreur qui tiennent l’hôtel ; les Trimaux, lui (Bernard Blier) est éclusier, sorte de chef de gare sur le canal, si vous voyez ce que je veux dire…

 

Le suicide, c’est l’élément du destin, celui qui va amener le changement.

Edmond quittera Raymonde, Mme Trimaux quittera son Prosper (« Propro »), Renée quittera le quartier.

Mais finalement tout le monde reviendra à l’Hôtel du Nord et le film se finira comme il a commencé, par une autre mort et la vue sur le canal Saint Martin.

Finalement, il ne se passe pas grand-chose dans ce film. Juste des tranches de vie. Des petites gens qui évoluent. Mais ils sont tous importants dans la vie de cet hôtel. Alors évidemment, ils fêtent tout ensemble : communion, 14 juillet…

 

Et les acteurs sont servis par Henri Jeanson, qui accentue ce microcosme mais le rend proche, véritable. En un mot réaliste.

Parce que c’est le réalisme qui transparaît dans tout le film. Tout est possible, plausible.

Et enfin l’actualité est présente tout le long de l’histoire :

  • quand l’orage gronde, le petit Manolo, rescapé de la guerre d’Espagne se réfugie dans les bras de Mme Lecouvreur, à cause des souvenirs ;
  • quand Kenel (Andrex) – l’amant de Mme Trimaux – doit débrayer (crise oblige) ;
  • quand les Trimaux ont organisé leurs vacances à Dieppe, une nouveauté ;
  • quand Renée visite Pierre au parloir de la Santé ;
  • quand Adrien (François Périer) a du mal à cacher son homosexualité (un peu comme Carné)…

Carné observe ses personnages qui vont à un moment se croiser, s’aimer, se quitter, disparaître, mourir…

Son film est structuré en miroir :

  • l’ouverture se fait sur les amants sur le canal et se termine sur eux ;
  • la fête du début (communion) a son pendant à la fin (14 juillet) ;
  • la mort ratée de Renée au début, celle réussie de Robert à la fin. Dans les deux cas, il s’agit d’un suicide.

Et puis il y a les dialogues. Ce n’est pas la poésie de Prévert, mais les répliques sont, là encore, très justes : elles font mouche. Et puis la gouaille d’Arletty fait le reste…

Alors régalons-nous :

« Ils ne ratent jamais une occasion de me faire sentir qu’ils ne peuvent pas me sentir. » (Jouvet)

« Il y a autre chose qui n’est pas à sa place ici ! - Quoi donc ? - Une femme comme moi auprès d’un type comme toi ! » (Arletty & Jouvet)

« Ma vie n’est pas une existence.

- Ah, bah, si tu crois qu’mon existence, c’est une vie. » (Jouvet & Arletty)

« A une première communion, on peut pas manger des religieuses, ce s’rait pas convenable. (Andrex)

« Les uns donnent leur sang, les autres versent le sang des autres. « (Blier)

« Regarde-moi çà ! Je ne vois plus de l’œil gauche ! J’ai l’impression que je suis manchote ! » (Arletty)

« J’ai besoin de changer d’atmosphère, et mon atmosphère, c’est toi. - C’est la première fois qu’on me traite d’atmosphère ! Si je suis une atmosphère, t’es un drôle de bled ! Les types qui sortent du milieu sans en être et qui cranent à cause de ce qu’ils ont été on devrait les vider ! Atmosphère ! Atmosphère ! Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? Puisque c’est ça, vas-y tout seul à la Varenne ! Bonne pêche et bonne atmosphère ! » (Jouvet & Arletty)

« Depuis votre histoire, M. Edmond travaille du cerveau. Il a le cafard… Il emploie des expressions d’avant moi… Votre mort, ça lui a gâté sa vie ! Avant, il ne pensait pas ; maintenant il pense et ça le dégoute ! […] Ah vous êtes une atmosphère pas ordinaire ! » (Arletty)

« Avec nos deux malheurs, on peut faire…

- Une grande catastrophe. » (Anabella & Jouvet)

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Buster Keaton, #Donald Crisp, #Muet, #Comédie
La Croisière du Navigator (The Navigator - Buster Keaton & Donald Crisp, 1924)

 

Le Navigator est un navire acheté par une puissance obscure en guerre contre une autre puissance obscure. Comme il ne faut pas que cette première puissance obscure ait un avantage, des espions de l’autre puissance obscure décident de s’en débarrasser (du navire).

Et puis il y a aussi Rollo Treadway (Buster Keaton), un jeune fils de famille, qui a décidé de se marier. Sauf qu’il n’a pas prévenu la jeune femme (Kathryn McGuire). Quand il le fait, elle refuse – évidemment. Alors il part en croisière tout seul. Mais il se trompe de quai et s’embarque sur un navire que nous connaissons bien.

D’ailleurs, ce navire appartenait au père de la jeune femme. Et comme ce père (Fredrick Vroom) a des trucs à récupérer dessus, il s’y rend. Avec sa fille. Il est enlevé – par les espions de tout à l’heure – et emporté. Sa fille qui a entendu du bruit embarque, et là, les espions – encore eux – larguent les amarres et le navire dérive, avec à son bord deux personnes qui auraient pu se marier…

C’est bien entendu sur le bateau que tout le sel et le comique de Keaton se révèlent. La rencontre qui n’arrive pas, le premier petit déjeuner, la première nuit… Tout est un festival de gags. Il faut dire que les deux jeunes gens, tous deux enfants de grandes familles, sont de véritables empotés. Il faut la voir préparer le premier café… A l’eau salée !

Finalement, la vie à bord va s’organiser et les éléments détournés pour leur confort.

Jusqu’à l’arrivée chez les Cannibales. Parce que, bien entendu, il y en a. Ce sont des cannibales de pacotille, effrayés par un scaphandrier. Peu importe, c’est aussi prétexte à une belle scène : le siège du navire. Comme dans n’importe quel film de chevalerie, nous avons un assaut en règle contre le navire, avec utilisations d’échelles et attaques par surprise, qui n’a rien à envier à une prise de château fort. On fait donner l’artillerie (des feux d’artifices) ; les sauvages utilisent un palmier pour monter ? Qu’importe, on les bombarde avec les noix !

Une heure de plaisir dans un film maritime qui en annonce d’autres : Steamboat Bill Jr et surtout Spite Marriage.

P-S : Un plan magnifique exprime le désir du jeune homme d'enlacer la femme et l'embrasser. Tout en laissant la distance entre eux, leurs ombres forment un couple s'enlaçant... (voir photo)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Tod Browning, #Lon Chaney, #Muet, #Drame

Au cirque Zanzi, deux grandes vedettes : Malabar (Norman Kerry) et Alonzo (l’immense Lon Chaney).

Malabar, comme son nom l’indique, c’est l’homme fort du cirque : il soulève des haltères phénoménaux, tord les barres de fer, bref, un vrai malabar !

Alonzo, c’est un manchot. Mais pourtant, il est adroit : il sait tirer à la carabine, lancer des couteaux, jouer de la guitare, fumer et boire… Avec ses pieds !

Entre eux deux, Nanon (Joan Crawford), la fille de Zanzi, la partenaire d’Alonzo, l’élue du cœur de Malabar.

Sauf que… Nanon ne supporte pas d’être touchée. Alors évidemment, pour Malabar, c’est un gros problème. Pas pour Alonzo. Sauf que… Alonzo n’est pas manchot. C’est un criminel recherché. Signe distinctif : il possède un pouce double.

Autre problème : un soir, le directeur le surprend les bras libres. Alonzo le tue, sous les yeux de Nanon, lui révélant son pouce.

Septième collaboration entre Chaney et Browning, ce dernier nous emmène dans son milieu de prédilection : le cirque. Il s’agit encore d’un rôle de transformation pour Lon Chaney. Browning : le voilà manchot. Ne pouvant s’exprimer par gestes, il utilise son visage avec virtuosité. Pas de maquillage comme dans le Fantôme de l’Opéra, seulement son visage et son regard.

Et tous les sentiments sont là :

  • la sincérité quand il annonce à Nanon qu’il sera toujours là pour elle ;
  • la tristesse quand Nanon reproche aux hommes leurs mains ;
  • l’amour quand Nanon le prend dans ses bras ;
  • la jalousie quand Malabar s’approche de Nanon ;
  • la rouerie quand il encourage Malabar à prendre Nanon dans ses bras ;
  • la moquerie quand il propose au policier de prendre ses empreintes digitales ;
  • la joie quand elle lui annonce qu’ils vont se marier ;
  • le désespoir quand il comprend que Nanon ne va pas l’épouser lui ;

Mais c’est surtout la méchanceté sous toutes ses formes qui domine dans sers expressions. Il passe de l’aménité à la haine avec beaucoup de rapidité et de naturel, et inversement, afin de cacher ses véritables intentions.

Il était difficile pour Norman Kerry de rivaliser face à un tel monstre – dans tous les sens du terme (Lon Chaney était un monstre sacré du cinéma, et son personnage est un véritable monstre qui n’a rien de sacré) – mais il reste tout de même le gentil de l’histoire. Le beau gosse qui récupère la fille à la fin. Et quelle fille : rien de moins que Joan Crawford (22 ans), qui n’en était pas à ses débuts (seizième film).

Grande scène du film : quand Nanon apprend à Alonzo qu’ils vont se marier, la joie inonde le visage de Chaney, mais quand il prend conscience que « ils » signifie Malabar et elle, sa joie s’efface progressivement vers la haine, puis l’absurdité de la situation le fait éclater de rire, mais c’est un rire désespéré, comme Chaney savait en composer avec l’un de ses mille visages.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Fritz Lang
J'ai le droit de vivre (You only live once - Fritz lang, 1937)

Eddie Taylor (Henry Fonda) sort de prison. Pour la troisième fois. La prochaine visite sera la dernière. Mais Eddie, en sortant retrouve Jo (Sylvia Sidney), sa fiancée, l’assistante de son avocat.

Alors ils essaient de construire quelque chose.

Mais comme c’est Fritz Lang, nous savons que ce ne sera pas possible, et puis il n’y aurait pas de film.

Le premier indice nous est donné pendant la nuit de noces. Dans le jardin de l’auberge, On entend les grenouilles coasser. « Si une grenouille meurt, l’autre meurt aussi » déclare Eddie. Peu après, ils sont chassés par les propriétaires à cause du passé d’Eddie.

Première fuite.

Puis, Eddie est viré de son boulot. Et quand il arrive dans la nouvelle maison que Jo a aménagée, c’est pour fuir encore : un ancien compagnon de cellule a fait un coup en utilisant son chapeau.

Deuxième fuite.

Mais Jo l’encourage à se rendre. Ce qu’il accepte. Malheureusement, s’il n’a rien fait cette fois-ci, ce n’est pas l’avis du tribunal qui le condamne à la peine capitale.

Au bout de cinq mois de couloir de la mort, on n’a plus rien à perdre. Alors il tente le tout pour le tout. Avec des complicités, il se procure une arme et prend un otage pour s’évader.

Troisième fuite.

Jo le rejoint. Elle part avec lui, blessé.

Quatrième fuite

Il se remet. Elle accouche. « Bébé » naît. Ils le confient à la sœur de Jo et repartent.

Dernière fuite.

 

Encore du grand Lang. Mais en est-il autrement ? Encore un homme accusé à tort. Et la scène de sortie du tribunal rappelle le lynchage de Fury. Mais la police, ici, empêche la foule de se faire « justice ».

Et cette fois-ci, pas de fin (presque) heureuse. Quoi que fasse Eddie, le destin veille et contrecarre ses plans :

  • Lors de l’évasion (voir ci-dessous) ;
  • Au moment de partir, Jo achète des cigarettes. Elle est reconnue et dénoncée, la police retrouvant ainsi leur trace.

 

La scène la plus emblématique du film est très certainement celle de l’évasion. Eddie veut fuir, mais le directeur n’est pas de cet avis, appelant même les gardes à « tirer pour tuer ». Il y a du brouillard, c’est une nuit de mort. Et c’est précisément cette nuit que choisit le destin pour intervenir : un câble annonce que Taylor a été reconnu innocent et va être libéré.

Mais Eddie ne peut pas entendre une telle annonce. Même si c’est l’aumônier qui la prononce.

 

L’aumônier apparaît nimbé dans le brouillard, archange annonciateur d’une grande nouvelle. Mais Eddie ne veut pas croire cette nouvelle trop pratique. Il tire. Le prêtre fait ouvrir les portes. Ce ne sont plus les portes de la prison, elles sont devenues les portes d’un paradis, celui d’Eddie : la liberté. Mais comme le destin veille, des coups de feu sont échangés et Eddie est touché.

 

Mais la libération est proche et Eddie et Jo accompliront la prophétie des grenouilles.

 

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