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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Sam Wood, #Gloria Swanson, #Rudolph Valentino
Le Droit d'aimer (Beyond the Rocks - Sam Wood, 1922)

Elle est jeune, elle est belle, elle est brune, elle a de magnifiques yeux bleus.

Elle, c’est Theodora Fitzgerald (Gloria Swanson).

Il est jeune, il est beau, il est brun, il a le regard sombre des latin lovers.

Il, c’est le Lord Hector Bracondale (Rudolph Valentino).

 

A leur première rencontre, il la sauve de la noyade.

A leur deuxième rencontre, il la sauve d’une chute en montagne.

Alors ils tombent amoureux l’un de l’autre.

Mais entre-temps, elle s’est mariée à Josiah Brown (Robert Bolder), un riche homme d’affaire.

Riche, mais beaucoup plus âgé qu’elle.

Et le devoir commande.

 

Longtemps considéré comme perdu, une copie teintée de ce film fut retrouvée aux Pays-Bas. Restaurée autant que faire se peut – des passages ont été irrémédiablement abîmés par le temps, la faute à la pellicule de nitrate –  on a ajouté une musique originale (2005), et, hélas, on n’a pas pu s’empêcher de sonoriser une partie !

Qu’un film tourné en 1928 soit sonorisé s’explique facilement : le sonore étant en plein essor, nombre de studios ont voulu mettre leurs production un petit peu au goût du jour. Mais en 1922, il n’était pas question d’une quelconque sonorisation.

Passons.

 

Le grand intérêt de ce film, c’est la réunion des deux plus grands stars des années 1920 : Gloria Swanson et Rudolph Valentino. Ces deux personnes étaient de véritables légendes vivantes, et je vous engage à visionner la sixième partie de Hollywood, the Pioneers (Kevin Brownlow, 1980) afin de vous rendre compte de qui étaient ces deux personnes.
Alors on savoure cette rencontre au sommet, en regrettant tout de même que ce ne soit pas un grand réalisateur qui les ait dirigés. Sam Wood n’est pas un mauvais metteur en scène, mais il manque cruellement d’envergure. Cecil B. DeMille aurait donné plus de faste à cette histoire d’amour et d’honneur qui se passe dans les milieux aisés voire aristocratiques. Dommage.

Et cette rencontre est tout de même décevante. On attendait plus que ce rôle d’homme d’honneur de celui qui fut Julio Desnoyer (Les quatre Cavaliers de l’Apocalypse) ou le Cheik dans le film éponyme.

 

Parce que finalement, celui qui tire son épingle du jeu, c’est le mari plus ou moins trompé : Robert Bolder. C’est un homme d’un certain âge (voire d’un âge certain), aux yeux bleus, rattrapé par les problèmes de santé de son âge, et ainsi incapable d’apporter à sa femme la vie qu’elle aurait pu rêver d’avoir.

Alors son attitude est d’une grande noblesse quand il décide de s’effacer devant la jeunesse et des sentiments d’amour vrai.

Son sacrifice ultime nous permet de retrouver les sables du désert que Valentino avait arpenté l’année passée, ainsi qu’une horde de méchants Arabes (comme Hollywood savait les faire) bataillant, là encore, à l’aide de fusils aux canons incroyablement longs. Une autre époque.

Autre écho aux films de la même époque : la scène de montagne nous renvoie, dans une certaine mesure à Blind Husbands (1919) du grand Erich von Stroheim.

 

Une curiosité, à voir pour le duo de stars…. Ou pas !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Roy W. Neill
Les Vikings (The Viking - Roy W. Neill, 1928)

Les cheveux longs, la moustache tombante voire la barbe, habillés de fourrures, voici les Vikings et leur terrible chef Leif Ericsson (Donald Crisp). Ce sont de farouches marins et guerriers, pillant les côtes européennes.

Leif est le fils du célèbre Eric le Rouge (Anders Randolf), et comme son père, il veut découvrir de nouvelles terres.

Il fait alors voile vers l’ouest, accompagnée de la belle Helga (Pauline Starke), une « orpheline de noble lignée » et Alwin (LeRoy Mason), un esclave devenu son bras droit.

Mais avec eux, il emmène aussi Egil le Noir (Harry Woods), amoureux lui aussi de la belle Helga, et surtout ennemi à mort d’Alwin : le ver est dans le fruit.

 

Une mer bleue sur laquelle se déplace un drakkar à la voile rouge et blanche, telle est la première vision de ces Vikings. Oui, le film est en couleur : en Technicolor trichrome pour être plus précis. On monte d’un cran en couleur par rapport au Pirate noir deux ans plus tôt. Mais, arrivée du parlant oblige, on ajouta au film une partition musicale enregistrée ainsi que la sonorisation de quelques scènes (surtout de foule : combat, réjouissances…).

 

Pourquoi est-on passé du titre original au singulier à un titre français au pluriel ?

  • Pour faire vendre : parler des Vikings excite l’imagination populaire. On pense tout de suite à des hordes de barbares se livrant à des exactions spectaculaires (le sang a toujours fait vendre…) ;
  • Ou alors, le déterminant « the » en anglais, n’étant pas marqué (ni masculin ni féminin), il était difficile de savoir si le titre se référait à Leif, ou à Helga, dont le rôle dans le film (surtout la première partie) est loin d’être négligeable (ex : la bande musicale reprenant la Chevauchée de Walkyries quand elle monte).

 

Mais puisque c’est un film de Vikings, on ne lésine pas sur les effets sanglants : la hache d’Eric ou l’épée de Leif ne ressortent pas immaculées des corps qu’elles viennent de meurtrir, comme celles sera le cas dans les décennies suivantes. Mais là encore, les scènes de combat ne sont pas très longues. La seule digne d’intérêt est celle opposant le fils à son père, dont la conclusion ne manque pas de panache.

 

Ce film est aussi une occasion de donner la vedette à un second rôle éternel d’Hollywood : Donald Crisp. Et en plus, il n’est ni un vieil homme, ni soutien de famille. C’est un Viking dans la force de l’âge, amoureux lui aussi de la belle Helga. Mais si son père est violent et cruel, il en va tout autrement de lui. Il n’arrive pas à tuer celui qui lui vole Helga à sa barbe (enfin, plutôt à sa moustache !), ayant embrassé la foi chrétienne contre la foi des dieux de ses pères.

 

Mais surtout, ce film est un film très américain :

  • Le thème : cette terre nouvelle à découvrir est l’Amérique, bien sûr.
  • Quand Leif y arrive, ce n’est plus une horde de Vikings qui y posent le pied, mais plutôt Colomb et sa suite.
  • De même, quand ils négocient avec les Indiens, c’est à Joseph Smith et aux Pères pèlerins qu’on pense ;
  • Enfin, cette poignée d’hommes qui va rester sur ce continent représente, bien entendu, tous ces Américains fuyant les persécutions religieuses et venus chercher la Liberté.

 

Un mot enfin sur l’affiche : on peut voire une horde de Vikings avec une femme blonde (Helga) aux seins nus – seins dissimulés sous sa chevelure ou par un poing opportun, le tout sur fond jaune.

Bien entendu, rien de tout ceci dans le film : Pauline Starke reste toujours vêtue.

Comme quoi, la nudité pour faire vendre est un procédé bien ancien…

 

 

* Et toujours ces seconds rôles qu’on retrouve au hasard du film. On trouvera, entre autres : Angelo Rossitto, Claire McDowell et surtout Dick Sutherland et son faciès de brute !

Les Vikings (The Viking - Roy W. Neill, 1928)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #George Melford, #Rudolph Valentino
Le Cheik (The Sheik - George Melford, 1921)

Quelle idée ! Non mais, quelle idée de vouloir voyager dans le désert, sans autre escorte que les gens du crû !

C’est l’idée qu’a eue Diana Mayo (Agnes Ayres), une jeune Anglaise indépendante et farouche.

Surtout que le désert, c’est avant tout le fief du terrible cheik Ahmed ben Hassan (Rudolph Valentino) : un riche prince redoutable à la tête d’une armée de fiers guerriers.

Alors évidemment, le prince Ahmed l’enlève pendant sa sortie.

Depuis qu’il l’a rencontrée, le prince est subjugué et n’a qu’une envie : en faire sa femme.

Mais ça n’est pas si facile que ça. Il faudrait avant tout que la jeune femme soit d’accord.

 

Depuis mars et les quatre Cavaliers de l’Apocalypse (avec la scène du tango), Rudolph Valentino est passé au statut de sex-symbol, voire de mythe. Alors quand le Cheik sort, c’est à nouveau le délire chez les spectatrices.

 

Il faut dire qu’il entretient son personnage : le cheik est racé, bien éduqué, son intérieur est un savant mélange d’éléments orientaux et de disposition occidentale (n’oublions pas qu’il a fait ses études à Paris). Mais malgré cela, il conserve quelques tendances barbares (et surtout un regard lubrique) inévitables dans un film des années 1920.

En effet, les Arabes présentés ici sont un tantinet caricaturaux, mais passons. Valentino, pour sa part, nous propose un cheik intéressant : en effet, son personnage de brute lubrique (après l’enlèvement) se civilise au contact de la jeune femme. C’est quand il la voit pleurer et prier qu’il prend conscience du mal qu’il a pu faire. Et il se met à changer. Si le premier baiser, arraché de force reflète sa bestialité, le second devient plus humain. Il est pris, certes, mais une forme de tendresse commence à s’installer.


Mais c’est l’intervention de son ami Raoul de Saint-Hubert (Adolphe Menjou) qui amène une possibilité de résolution heureuse (et puis avoir Adolphe Menjou dans un rôle sympathique, c’est toujours bon à prendre…).
Diane se laisse doucement prendre au charme de ce bel Arabe, et l’amour s’installe. Seulement voilà : il n’était pas question qu’une femme blanche embrasse un homme de couleur (les Etats-Unis, pays de la Liberté, mais pas de l’Egalité…). Alors on s’en tire par une pirouette et tout est bien qui finit bien.

 

Enfin presque, parce qu’il y a un méchant : Omair (Walter Long). Omair est l’antithèse d’Ahmed : barbu quand ce dernier est glabre, sournois quand l’autre est franc, et surtout, c’est un bandit. Walter Long nous propose un méchant un peu différent de ce qu'on aurait pu attendre : pas de cruauté ni de perversion. En effet, il prend soin de lui, et on n’a pas le temps de voir en quoi il était vraiment mauvais, dès qu’il entreprend de violer Diane (qu’il a enlevée), Ahmed et son armée interviennent.

 

D’ailleurs, cette intervention – la prise d’une forteresse et la libération de la femme – est menée tambour battant. En peu de temps, les méchants sont tués et tout le monde rentre à la maison.

Il est dommage que cette dernière partie de l’intrigue n’ait pas été un peu plus développée : donner un peu plus d’épaisseur à Omair aurait donné un peu plus de crédibilité à son personnage.

En effet : qu’a fait Omair pour mériter un tel châtiment, sinon la même chose qu’Ahmed au début du film ?

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille
Le Fruit défendu (Forbidden Fruit - Cecil B. DeMille, 1921)

Afin de réaliser une affaire, Mr et Mrs Mallory (Theodore Roberts & Kathlyn Williams), font passer Mary Maddock (Agnes Ayres) – leur couturière – pour la plus belle jeune femme de New York, et la présentent à Nelson Rogers (Forrest Stanley), un beau jeune homme très riche lui aussi.

Et ce qui devait arriver arrive : c’est le grand amour. Sauf que.

Sauf que Mary est mariée à Steve (Clarence Burton). Et ce Steve a beau n’être qu’un bon à rien paresseux, il n’en reste pas moins son mari.

 

Ca aurait pu être un vaudeville : une femme, un mari, un (futur) amant. Mais ici, pas de porte qui claque, ni d’homme dans le placard. Nous sommes dans l’univers riche et feutré de Cecil B. DeMille. Alors de la dignité, et de l’honneur.

Et pourtant, Mary a beaucoup de mérite pour vouloir rester fidèle à un tel mari. Non seulement il ne travaille pas – et n’a pas l’intention de s’y mettre – mais en plus, il est prêt à tout pour trouver de l’argent, même (surtout ?) à  voler.

Sauf que la personne qu’il veut voler, c’est sa femme…

 

Bref, c’est un imbroglio sentimental dans lequel on retrouve avec plaisir Agnes Ayres, ainsi que d’autres habitués des films de DeMille (Burton, Roberts, Kosloff…). On s’amuse un peu de cette situation. Mais alors que le vol aurait pu être traité de façon légère, on reste dans l’ordre de la morale. Tant pis si Mary doit être malheureuse et si son mari est vraiment en dessous de tout.

Mais comme on est au cinéma, et qu’on aime bien les histoires qui se terminent bien, le scénario offre une porte de sortie radicale certes, mais satisfaisante.

 

Et puis il y a le faste. Pas de salle bain, tout de même (donc pas de prétexte pour femme dévêtue…), mais des décors luxueux où l’analogie avec Cendrillon, présentée dans le film, prend toute sa dimension. Et c’est d’ailleurs dans la scène du bal de ce conte que ce faste prend toute sa mesure : dans une teinte rouge orangée, Cendrillon/Mary pénètre dans une immense salle lumineuse où tout le monde est magnifiquement habillé. Bref, de la pure féerie (normal, non ?).

 

Ce n’est pas le meilleur film de DeMille, mais on se laisse prendre à cette histoire faussement vaudevillesque où finalement, même les méchants – Steve et le majordome (Theodore Kosloff) – sont intéressants.
 

Et puis Agnes Ayres, juste avant Le Cheik.

 

 

[NB : le film, dans le domaine public, nous est proposé dans une belle version teintée]

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jean Renoir, #Jacques Prévert
Le Crime de monsieur Lange (Jean Renoir, 1936)

Renoir et Prévert.

Une seule fois ensemble, mais quelle fois !

Nous sommes dans l’univers de Prévert comme jamais on ne le sera au cinéma. Tout Prévert, résumé en un film : l’amour, l’amitié, les jolies femmes, une société sans patron, la liberté…

Et puis une chanson (Au Jour, le jour, à la nuit, la nuit) avec celui qui sera plus qu’un collaborateur : Joseph Kosma vient d’entrer au cinéma.

 

Le Crime de monsieur Lange, c’est avant tout la revanche des petits sur les patrons combinards comme Batala (Jules Berry, formidable). Il faut dire que ces derniers ne sont pas à la noce. Batala est un odieux personnage : escroc, voleur, coureur, menteur, hypocrite…

Alors quand on annonce sa mort, il n’y a pas de quoi pleurer.

Par contre, quand il revient pour tout détruire et reprendre sa place, c’est une autre histoire.
Ce n’est donc pas une surprise si la plupart des interprètes appartenaient au groupe Octobre, troupe de théâtre itinérante fortement ancrée à gauche, qui donne un ton plus vrai à cet engagement.

 

Nous sommes dans la lignée du cinéma réaliste français des années 1930. La même année, Julien Duvivier nous offre La belle Equipe, qui raconte l’histoire de copains qui montent une affaire. Ici aussi, d’une certaine façon, c’est la même histoire. Mais comme nous ne sommes pas chez Duvivier, nous avons plus de chance que ça se termine bien. Pas de collaborateurs qui disparaissent les uns après les autres. Non, mais un fantôme qui revient : celui d’avant, celui de l’exploitation. Batala.

 

Nous ne sommes pas chez Duvivier, certes, mais le ton mélancolique cher à Prévert subsiste : Lange (René Lefèvre), l’auteur à succès est bien celui du titre. Il tue. Et en plus – circonstance atténuante ? – il tue un patron. Et même si Batala était une magnifique ordure, il y a tout de même crime.

C’est d’ailleurs comme ça que s’ouvre le film : un gendarme recherche Lange, qui rôderait dans les environs d’une auberge du Nord – mais le film est tourné au Tréport, lieu mythique de l’époque, synonyme de congés et de liberté pour les travailleurs – dont l’un des clients n’est autre que René Génin, second rôle récurrent de cette période.
Puisqu’on parle de la distribution, on reconnaîtra celui qui fut Mazamette dans la série des Vampires de Feuillade : Marcel Lévesque, dans le rôle du concierge.

 

Mais si Lange est celui qui donne son nom au titre, c’est tout de même Batala qui marque le spectateur. Jules Berry est en pleine forme, sans trop en faire – un peu quand même, sinon, ce n’est plus Jules Berry – et nous offre un Batala des plus répugnants. On applaudirait presque au geste de Lange tellement ce personnage est abject. Mais c’est aussi parce qu’il l’est qu’on a un tel film. Batala annonce, bien entendu, Valentin dans Le Jour se lève : un autre affreux qui se fait tuer, sans laisser beaucoup de regrets.

 

Et le grand moment du film, c’est la mort de Batala, près de la fontaine. Une sorte de mort dans le ruisseau pour un homme qui fut au plus haut dans la hiérarchie de la maison d’édition. Cette mort, logique et salutaire, est avant tout dérisoire : Batala, habillé d’une robe d’ecclésiastique demande un prêtre, que réclame ensuite à corps et à cri le concierge, ivre, que personne – évidemment – ne prend au sérieux.

Juste avant cette mort, il y a le long panoramique qui amène Lange à le tuer. On passe d’un plan d’ensemble à une caméra subjective dans un effet formidable, mais je ne m’étendrai pas plus, allez (re)lire André Bazin.

 

Il y a dans ce film une liberté de ton rare au cinéma. Et cette liberté est signifiée par la prise de contrôle de la revue par une coopérative de travailleurs. Et la première action de cette coopérative est aussi très symbolique : ôter le tableau d’affichage qui était sur une fenêtre, empêchant Charles (le jeune Maurice Baquet) de se rétablir en plein jour. Cette fenêtre qui s’ouvre, c’est aussi cette liberté chère à Prévert et ses amis, ainsi qu’une ouverture vers le monde, vers autre chose.

C’est cette même liberté qui conclut le film quand Lange et Valentine (Florelle) quittent les gens de l’auberge qui les ont mené à la frontière.

 

Peu importe (et même tant mieux ?), finalement, que Lange ne soit pas pris : ce qu’il a fait, il l’a bien fait, et surtout, il l’a fait pour le bien.

 

 

Un petit bonus :

« Ca ne te ferait rien de ne pas parler entre guillemets ? » (Valentine à Batala)

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Pierre Chenal
Crime et Châtiment (Pierre Chenal, 1935)

Que de beau monde !

 

L’auteur : Dostoïevski. On pourrait faire pire.

Le réalisateur : Pierre Chenal, réalisateur éclairé des années 1930 (L’Homme de nulle part, la Maison du Maltais…).

Le dialoguiste : Marcel Aymé, qui retrouve Chenal après La Rue sans nom.

Le compositeur : Arthur Honneger (excusez du peu).

La distribution : Pierre Blanchar (Raskolnikov) et Harry Baur (Porphyre) en tête.

 

Bref, tout pour faire un film de qualité. Et c’est le cas. Il s’agit d’une adaptation honnête du chef-d’œuvre de Fiodor Mikhaïlovitch. Entre une mise en scène sobre mais efficace, une musique soutenant l’action et des dialogues ciselés (comme toujours dans ces cas-là), les acteurs sont à la fête.


Et le duo Blanchar-Baur est phénoménal. Entre un Raskolnikov aussi tourmenté que dans le roman – le regard de Blanchar, extraordinaire, est à lui seul à la fois de folie et de conscience. Quant au jeu subtil de Baur, on est loin des rôles parfois un tantinet outré qu’on lui a connu dans cette décennie.

Il y a un jeu d’équilibre, voire d’équilibriste entre ces deux acteurs. D’un côté le délirant conscient, de l’autre le sournois calculateur. Chacun campant sur ses positions, essayant de (con)vaincre l’autre, à coup d’arguties, sûr de sa position et prêt à déstabiliser l’autre (surtout Baur).

Chaque rencontre est prétexte à une joute verbale et par là même démonstration du talent des deux acteurs. Un régal à chaque fois.

 

Bien entendu, force reste à la Loi, et le matois Porphyre Pétrovitch est le plus fort.
Mais cette victoire n’est due qu’à l’intervention du Destin : la rencontre entre Raskolnikov et Sonia (la belle Madeleine Ozeray). Cet homme sans foi ni loi se retourne. Il ne le sait pas encore : il est amoureux. Et c’est cet amour qui va causer sa perte, à moins que cette perte soit le juste châtiment qui lui faisait défaut pour se révéler. Mais là, je sors du film…

 

Blanchar, on l’a vu, rend très plausible un personnage comme Raskolnikov. Mais c’est la façon de montrer sa prétendue folie qui rend ce personnage attirant et juste : pas une seule fois la caméra ne flanche, prenant la place de son esprit tortueux et torturé, ce qui aurait été facile. Au contraire – il ne faut jamais oublier la conscience aiguë du personnage – à aucun moment, il ne perd de vue son acte et ses conséquences*. Au contraire, même dans ses délires les plus forts, il continue d’assumer son geste.

 

Quant à Baur, il a l’assurance d’avoir raison et en joue. Il sait qu’il arrêtera Raskolnikov en fin de compte. Mais sa raison d’être réside dans la façon d’y arriver. Il y a du Hercule Poirot dans cet homme-là : il sait, et va tout faire pour le démontrer. Et comme Poirot, il prend son temps, semble s’éloigner du sujet. Mais c’est pour mieux y revenir d’où la déclaration naturel qu’il lance à la figure de Raskolnikov (tiré directement du livre) : « Comment qui a tué ?, mais c’est vous. »

 

Parmi la distribution, notons la présence d’Alexandre Rignault, dans le rôle de Razoumikhine, l’ami fidèle, tout en truculence ; de Sylvie, la malheureuse Catherine Ivanovna ; et de Marcelle Géniat, qui sera l’année suivante la Grand-mère de La belle Equipe.

 


Et puis dans un petit rôle, Paulette Elambert (Polia, la sœur de Sonia), 95 ans en novembre prochain…

 

 

 

* Le très attendu châtiment, qui ne dure même pas une minute du film. Comme dans le livre, c’est le crime le plus important !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #King Vidor, #Lillian Gish
La Bohème (King Vidor, 1926)

Paris, Quartier Latin, hiver 1830.

Les jeunes artistes, en attendant la gloire, crèvent de faim. Mais qu’importe, ils continuent à vivre leur rêve, même si les débuts de mois (loyer à payer) sont difficiles.
C’est le cas de Rodolphe (John Gilbert), jeune dramaturge, qui vit avec Marcel (Gino Corrado), peintre, et d’autres.

Et puis il y a Mimi (Lillian Gish). C’est une petite main, dans tous les sens du terme : elle est brodeuse et essaie de survivre dans un taudis froid, jouxtant celui des artistes.

Le printemps arrive avec les sorties à la campagne, et Mimi et Rodolphe tombent amoureux.

 

La Bohème, c’est surtout la rencontre de deux monstres sacrés du cinéma : Lillian Gish et John Gilbert. Tourné entre La grande Parade et Bardelys le Magnifique, c’est plus qu’une histoire d’amour : c’est celle d’un sacrifice amoureux ultime, interprété de façon magistrale par l’immense et magnifique Lillian Gish. Si John Gilbert est toujours impeccable, la moustache fine et le regard intense, c’est elle qui est la plus grande star du film. Elle y est époustouflante.

Le film est une suite de situations plus émouvantes les unes que les autres.

 

La première, c’est quand les artistes, invités par Musette (Renée Adorée) – une femme légère comme on disait dans ce temps-là – la convient à leur repas, sachant qu’elle meurt de faim elle aussi. Il faut voir le visage de Lillian Gish se décomposer au fur et à mesure qu’ils lui proposent des mets pour se rendre compte de son immense talent. Très émouvant.
La dernière, bien entendu, c’est quand Mimi meurt – eh oui, c’est une tragédie – entourée de ceux qui furent ses amis, près d’un Rodolphe enfin heureux de la retrouver : exsangue, les traits tirés, allongée sur son lit de mort, elle savoure tout de même ces derniers instants comme des instants de bonheur.

 

Encore une fois, Lillian Gish interprète un rôle éprouvant : il faut voir la déchéance de Mimi pour s’en apercevoir : comment elle peine à actionner sa machine dans une fabrique de tissus des bas quartiers est tout bonnement pathétique. Elle n’a ni la condition (elle est atteinte de la tuberculose), ni la force d’effectuer les tâches qui lui incombent Et pourtant, elle les fait. Jusqu’à en mourir.

 

Et Lillian Gish avait préparé cette fin et il n’y eut pas beaucoup recours au maquillage pour cette dernière partie : elle s’alimentait peu et s’entraînait à moins respirer en vue du final. Même King Vidor a eu peur, tellement Mimi paraissait réellement morte.

A l’instar de Lucy (Le Lys brisé, 1919) et Letty (Le Vent, 1928), Mimi fait partie des plus grands rôles de Lillian Gish, qui ont fait d’elle l’une des plus grandes actrices (voire LA plus grande) du cinéma, muet comme parlant.

 

D’une manière générale, on peut dire que King Vidor, avec La Bohème, réussit un magnifique film tragique, rempli d’émotions, parce que servi par une distribution de qualité. Outre les personnes citées, notons la présence de Roy D’Arcy, autre séducteur, mais du côté obscur, la plupart du temps et Karl Dane, autre interprète de La grande Parade, toujours ce grand échalas jovial. Ici, il est le concierge de l’endroit et amène Mimi mourante à Rodolphe. Il est accompagné par Mathilde Comont, plus connue pour son rôle de prince (!) perse dans Le Voleur de Bagdad (Raoul Walsh, 1924).

 

Un film inoubliable.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #George Hill, #Clarence Brown
Les Cosaques (The Cossacks - George Hill, Clarence Brown - 1928)

A l’Ouest de la Russie (éternelle, bien sûr), vivent les Cosaques : fiers et farouches, toques en fourrure moustaches fournies et tombantes, le crâne plus ou moins rasé, leur bravoure n’a d’égale que leur cruauté.

Pendant que leurs femmes travaillent la terre, ils vont se battre pour la grandeur de la Russie.

Tous ? Non, Lukashka (John Gilbert), le fils de leur chef (Ernest Torrence), n’aime pas se battre. Il reste avec les femmes, se plongeant dans l’oisiveté, au grand dam de son père et de Maryana (Renée Adorée), sa promise.

Lassé d’être victime des brimades guerriers il se rebelle et se révèle tel qu’il est : un garçon courageux, prêt à partir en guerre contre les Turcs.

C’est pendant cette campagne que débarque Olinen (Nils Asther, aux yeux bleus et à la fine moustache : un magnifique séducteur !) – un prince moscovite – avec pour mission d’épouser une Cosaque.

Et bien entendu, c’est Maryana qu’il choisit…

 

Si le film est signé George Hill, il faut tout de même préciser que son travail ne fut pas apprécié par la MGM et Brown retourna de nombreuses scènes jusqu’à obtenir ce résultat.

On retrouve encore une fois – la troisième si on met de côté la Bohême où elle n’a pas le rôle principal – le couple vedette John Gilbert/Renée Adorée pour un film mêlant action et amour. Et avec, comme d’habitude, un peu d’humour.

 

Quoi qu’il en soit, ces Cosaques ont fière allure, leur chef en tête. Ernest Torrence, le crâne rasé est tout à fait dans son élément : sa stature imposante nous offre un Cosaque terrible, chef incontesté d’un peuple de cavaliers émérites et audacieux (les festivités du film nous permettent d’admirer des numéros de haute voltige dans le plus pur style cosaque).

Mais ces Cosaques ont tout de même leur côté moins glorieux :

  • ils ne savent ni lire, ni écrire (on assiste à une scène comique avec le prince moscovite) ;
  • quand la paix arrive, ils sont malheureux parce qu’ils ne savent plus quoi faire pour s’occuper.

 

Et puis il y a la raison d’être de ces Cosaques : le combat. Nous assistons à une lutte farouche entre les Turcs et les Cosaques, en plans rapprochés pour permettre au spectateur de vivre l’action (et aussi parce que ça évite d’avoir un nombre astronomique de figurants !) où tous s’en donnent à cœur joie, Lukashka le premier, prenant goût à l’odeur du sang. Du grand spectacle !

 

Enfin, il y a l’histoire d’amour. C’est plus le jeu du chat et de la souris : ils s’aiment mais sont fiers, alors il y a à chaque fois un décalage entre leurs sentiments et leurs actions. Mais ce décalage amène aussi l’intrigue avec le prince moscovite et ses fiançailles indéfectibles avec Maryana, au grand désespoir de Lukashka. [Rassurez-vous, ça se termine bien !]

Encore une fois, John Gilbert et Renée Adorée sont impeccables : lui avec son regard noir et son allure de séducteur à fine moustache ; elle avec ses grands yeux bleus et son air mutin.

 

Victor Tourjansky avait été pressenti pour ce film, mais cela ne se fit pas : certaines scènes, d’ailleurs, rappellent son Michel Strogoff, la couleur en moins.

Qu’importe, le souffle épique est là, on savoure avec beaucoup de plaisir cette histoire russe, élaborée par la grande Frances Marion, d’après le non moins grand Léon Tolstoï.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Dorothy Arzner, #Clara Bow
Il faut que tu m'épouses (Get your Man - Dorothy Arzner, 1927)

C’est un grand jour pour deux grandes familles françaises : ce sont les fiançailles de Robert (Charles Rogers), fils du duc d’Albin (Josef Swickard), avec mademoiselle Simone (Josephine Dunn), fille du marquis de Valens (Harvey Clark).

Mais Charles doit avoir sept ans (David Durand, qui interprète le garçon a eu sept ans cette année là), alors que Simone est un bébé !

Dix-sept ans plus tard, cet engagement est toujours d’actualité. Sauf que les goûts des deux jeunes gens ont évolué, et surtout, Robert a rencontré une jeune Américaine, Nancy Wothington (Clara Bow) avec qui le courant passe vraiment très bien…

Mais le mariage doit avoir lieu très, très bientôt…

 

Six mois (environ) après, on retrouve le couple vedette de Les Ailes (william Wellman), dans une nouvelle comédie où, là encore, Charles « Buddy » Rogers est mal apparié, et Clara Bow essaie de le conquérir. Mais cette fois-ci, ce n’est pas le jeune homme qu’elle doit convaincre. De plus, Rogers n’est pas le jeune naïf qu’était Jack Powell.

 

Le titre original, Get your Man (« Attrape ton bonhomme »), est non seulement mal traduit* (encore une fois) mais en plus résume très bien l’intrigue : oui, il est question de mariage, mais c’est plutôt comment on y arrive qui est le plus intéressant. Et surtout, c’est une des répliques de Nancy à Simone, l’encourageant à choisir son véritable amour.

Parce que tout le sel de la comédie réside dans la volonté d’annuler ce mariage arrangé, afin que les deux jeunes gens puissent épouser l’élu(e) de leur cœur.

 

Bien entendu, il s’agit d’un rôle sur mesure pour Clara Bow : elle y est espiègle, mutine et séduisante, le tout rehaussé d’une pointe d’hypocrisie. Mais c’est bien connu : « à l’amour comme à la guerre, tous les coups sont permis ».
Il faut dire qu’elle est tout le contraire de Simone : brune alors que l’autre est blonde, exubérante quand l’autre est réservée, et surtout habillée court quand Simone ne laisse dépasser que le strict minimum autorisé (la différence est flagrante dans la scène de nuit où Nancy porte un négligé quand Simone a revêtu une chemise de nuit austère et couvrante).

 

Mais si Clara est toujours aussi belle, Nancy n’est pas seulement un objet de désir. Elle sait se montrer « à la hauteur », comme on dit, batifolant avec Valens père afin de faire capoter ce mariage arrangé. C’est aussi une bouffée d’air frais dans un microcosme guindé et strict ; non seulement elle casse l’étiquette, mais en plus, tout le monde lui en sait gré. D’une certaine façon, elle représente cette jeune Amérique amenant un souffle de modernité sur le vieux Continent.

 

Et tout ceci ponctué de gags subtiles (on est en 1927 !) où Clara Bow étale son talent : les rencontres successives, le marivaudage avec le marquis, et surtout le moment où elle joue son futur rôle de belle-mère de Robert. Un régal.

 

Malheureusement, il s’agit d’une version où la pellicule est fort abîmée, voire tronquée : on passe du musée de cire au château de Valens sans raison apparente, les rencontres répétées de Robert et Nancy étant escamotées ; certains moments du film sont dans un tel mauvais état qu’on ne voit plus rien, seulement un écran noir.

 

 

* D’un autre côté, la pièce originale (de Louis Verneuil) dont est tiré le film, s’intitule Tu m’épouseras ! Elle fut créée en février de cette année-là à Paris…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Maurice Tourneur, #Mary Pickford
Une pauvre petite Fille riche (The Poor little rich Girl - Maurice Tourneur, 1917)

Le titre – bien traduit cette fois-ci, précisons-le – résume bien l’intrigue du film : Gwendolyn (Mary Pickford) est une petite fille riche seule. Ses parents n’ont pas de temps pour elle : le père (Charles Wellesley) est homme d’affaire à Wall Street, la mère (Madlaine Traverse) engluée dans des réceptions mondaines. Bref, rien que de très sérieux : ils n’ont pas de temps à accorder à cette petite jeune fille qui aura onze ans demain !

 

Et c’est là que se justifie le titre. Gwendolyn a tout ce qu’elle pourrait désirer. Tout, sauf l’essentiel : l’amour. Pas étonnant alors que Gwendolyn fassent tout pour attirer leur attention.

Mais l’amour ne s’achète pas, en 1917 pas plus qu’aujourd’hui, cent ans après.

Combien de parents pensent acheter la paix à la maison en achetant leur enfant ? Mais nous sortons du cadre cinématographique (encore une fois !).

 

Encore un film où Mary Pickford joue le rôle d’une gamine, me direz-vous. Oui. Que répondre d’autre ? Il faut dire que le gabarit de l’actrice permettait ce jeu sur l’âge (elle va avoir 25 ans quand sort le film aux Etats-Unis) : à chaque plan, les adultes la dominent largement, accentuant son statut de petite fille.

 

Malgré tout, elle nous gratifie d’un jeu de petite fille assez juste – malgré parfois des plans rappelant qu’elle est tout de même femme – et avec beaucoup d’humour. Il faut dire que le scénario de Frances Marion lui fait la part belle, multipliant les situations drôles, où la petite riche prisonnière se sent pauvre et libre. Ce sont bêtises sur bêtises contre des adultes qui s’ils ne sont pas absents (les parents), sont hostiles : la gouvernante (Marcia Harris) – la vipère – et Jane (Gladys Fairbanks) la femme de chambre à la personnalité double (donc fausse).

 

Cette hostilité va loin puisque, pour avoir la paix, Jane lui fait avaler un calmant à forte dose, mettant en péril sa vie.

On assiste alors à une belle dernière partie plus onirique, due au délire de Gwendolyn sous l’effet de la drogue. Elle va vivre un long voyage qui l’amènera aux limites de sa vie, rencontrant même la mort, donnant alors un tour grave au film, heureusement rapidement abandonné pour le côté joyeux de la vie.

 

Il y a un aspect initiatique à ce long délire enfantin : elle vient d’avoir onze ans et se considère comme une grande personne, et ce périple qu’elle accomplit, accompagné de deux figures amies – le jouer d’orgue de barbarie (Emile Lacroix) et le plombier (Frank McGlynn Sr.) -  lui permet d’affronter et vaincre ses opposants (la vipère et la femme double).

 

C’est donc aussi la séquence de résolution de l’intrigue : devant l’imminence du danger, les parents vont prendre conscience de leur rôle et changer.

 

Tout est donc bien qui finit bien, mais on s’en doutait un peu dès le début !

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