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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie horrifique, #Kevin Smith
Tusk (Kevin Smith, 2014)

Déroutant.

C’est le mot qui me vient à l’esprit en pensant au film de Kevin Smith.

Alors qu’on a classé ce film dans le genre horreur, j’ai du mal à m’y faire. Tout d’abord parce qu’il n’y a aucune hémoglobine et surtout parce qu’on est dans une intrigue fort particulière.

« Tusk », ça veut dire défense, à propos d’un morse. Et ça tombe bien, parce que le morse est l’élément central du film.

 

En effet, Wallace Bryton (Justin Long) anime une radio sur internet avec son complice Teddy Craft (Haley Joel Osment, qui a beaucoup changé depuis A.I.). Ensemble, ils commentent les différentes vidéo de youtube, essentiellement celles qui ont un côté sensationnel voire spectaculaire. Alors qu’il se rend à Winnipeg pour rencontrer un de ces vidéastes, il découvre que ce dernier est mort et tombe sur une annonce étonnante : un homme qui a des anecdotes à revendre. Wallace saute sur l’occasion et va rencontrer ce Howard Howe comme il se fait appeler. Mais ce dernier n’est pas ce qu’il prétend, et rapidement le voyage de Wallace tourne au cauchemar, pendant que la petite amie de Wallace et Teddy le recherche.

Ils rencontrent alors un policier particulier : Guy Lapointe (1).

 

C’est donc un bien curieux film que nous propose Kevin Smith, oscillant sans cesse entre le sensationnel et l’humour, ce dernier tout de même moins important.

Bien sûr, on ne croit pas une seconde à cette histoire improbable, si ce n’est l’enthousiasme des différents interprètes qui croient à ce qu’ils font. Justin Long possède une magnifique moustache qui sera moquée par deux employées d’une quelconque station-service (2).

Mais c’est peut-être cette accumulation d’improbabilités qui nuit au film : à force de trop en faire, on a tendance à détourner l’attention du spectateur.

Pourtant, on a Michael Parks dans le rôle principal : c’est lui qui tient les rênes de l’intrigue et emmène son invité (Wallace) dans une histoire absolument incroyable, émaillée d’éléments littéraires et historiques qui endorment ce même Wallace.

 

Et bien sûr, il y a la justification du titre : Tusk.

Mais cette explication a beau plus ou moins tenir la route, on ne peut pas prendre au sérieux un seul instant cette histoire absolument absurde. ON a l’impression d’être constamment baladé tout le long de cette histoire et si les numéros d’acteurs (Long, Parks et Lapointe) sont à la hauteur, on a du mal avec les autres personnages. Surtout le couple improbable (encore une fois) Ally Leon (Génesis Rodríguez) et Teddy Craft qui profite de l’absence de Wallace.

 

Quant aux différentes séquences avec le morse, on ne sait si on doit prendre ceci au sérieux ou éclater de rire devant un tel spectacle.

Je le répète : les différents interprètes jouent avec conviction. Mais l’intrigue est trop foutraque pour vraiment être prise au sérieux et emporter complètement l’approbation du public.

Dommage.

 

Quoi qu’il en soit, je préférerai toujours le morse qui fait : « goo goo g’joob ».

 

 

  1. Ce dernier n’a pas d’autre nom d’interprète au générique, mais si on sait qu’une certaine Lily-Rose Depp apparaît, on peut facilement en déduire que ce mystérieux Guy Lapointe est son père…
  2. Aux côtés de Lily-Rose, on découvre Harley Quinn Smith, elle aussi une « fille de » : celle du réalisateur et scénariste Kevin.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Glen Ficarra, #John Requa
I love you Phillip Morris (Glen Ficarra - John Requa, 2009)

Ce Phillip Morris (Ewan McGregor), malgré son nom, n’a rien à voir avec un quelconque fabricant de cigarettes : il s’agit d’un jeune homme réservé dont tombe amoureux l’impressionnant Steven J. Russell (Jim Carrey), escroc notoire et homosexuel totalement assumé.

Et si ce film du duo Glen Ficarra & John Requa s’appuie sur une histoire vraie (1), il n’en demeure pas moins un très beau film d’amour, montrant en outre qu’on peut faire rire avec l’homosexualité sans pour autant tomber dans une parodie lourdingue et stéréotypée.

 

Il faut dire que l’association Carrey-McGregor est une sacrée trouvaille : d’un côté l’’extraverti Jim Carrey au visage élastique ; de l’autre le maître Jedi Obi-Wan Kenobi.

Si McGregor est un tantinet à contre-emploi, il n’en va pas complètement de même pour Carrey.

En effet, Jim Carrey donne l’impression de s’éclater dans le rôle de cet homme hors norme, mystificateur de génie mais surtout amoureux comme jamais il ne l’a été. Et bien que son personnage ait un fort côté fantasque, Carrey – une fois n’est pas coutume – nous propose un jeu plutôt sobre, et ce malgré les diverses occasions qui auraient pu se présenter de surjouer.

Il faut dire que l’intrigue suffit amplement dans la démesure sans avoir besoin d’en rajouter.

 

La grande originalité du fait vient surtout des séquences de prison. Alors qu’on a longtemps eu des intrigues où l’homosexualité est dans le meilleur des cas suggérée sinon carrément occultée dans les films sur les univers carcéraux, ici elle est totalement assumée par les deux hommes, qui l’affichent sans vergogne aucune. Cela nous change des rapports empreints de sadisme comme on peut en voir dans certains films.

Mais cela n’empêche pas qu’on y trouve référence à la sexualité habituelle des films de prison : la visite de l’établissement que Steven fait à son nouveau compagnon de cellule – Arnie (Clay Chamberlin) est des plus savoureux, surtout parce que cette homosexualité n’est pas latente mais bel et bien assumée. Et aussi un sésame pour accéder à certains avantages dans cette même prison.

 

Mais surtout, c’est cet amour qui est le moteur du film, plus que les acteurs. On assiste à des situations qui rappellent celles des couples hétérosexuels – tendresse, colère, émotion – sans pour autant amener une quelconque pointe de moquerie, montrant à ceux qui n’ont toujours pas compris que l’amour ne se commande pas et qu’il n’y a pas de différence fondamentale entre les homosexuels et les autres sinon ce que dicte la bêtises des gens obtus.

 

John Requa et Glen Ficarra réussissent avec ce film à aborder un thème plutôt tabou au cinéma – l’homosexualité en prison – sans pour autant le dévoyer, en faisant une magnifique histoire d’amour entre deux hommes totalement différents mais tout de même complémentaires. Ces deux hommes sont interprétés par deux acteurs formidables qui amusent sans se moquer et émeuvent sans pour autant verser dans le mélo. Bref, un grand moment de cinéma.

 

Avec une petite note un tantinet pessimiste quand on sait que Steven J. Russell est en prison depuis 1998 : il reste enfermé pendant 23 heures sur 24 dans sa cellule, passant la dernière heure à se laver et faire de l’exercice.

On ne plaisante pas avec la loi au Texas.

Mais surtout, on n’apprécie pas qu’on se moque de cette même loi et de ses exécutants comme a pu le faire Russell. Il est fort probable que ce dernier finisse sa vie dans cette situation, la dernière condamnation lui rapportant 144 années de prison.

144 ans ? Normal, les peines s’additionnent, aux Etats-Unis…

 

 

(1) Avec insistance sur cet aspect véridique dès l’ouverture.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Anatole Litvak
La Nuit des généraux (The Night of the generals - Anatole Litvak, 1967)

Cette nuit des généraux, c’est celle du 12 décembre 1942 à Varsovie.

C’est la nuit où une prostituée – en outre agent de renseignement allemand – fut tuée abominablement par un général de l’armée allemande.

Et cette nuit-là, seuls trois hauts gradés n’ont pas d’alibi : le général Gabler (Charles Gray) ; le général Kahlenberge (Donald Pleasence) ; et surtout le général Tanz (Peter O’Toole), qu’on surnomme aussi « le Boucher » surtout pour sa participation aux combats sur le front de l’Est où il entraîna un nombre incalculable de soldats dans la mort.

Bien sûr, c’est ce dernier le meurtrier, et l’annoncer n’est pas vraiment raconter la fin : on le sait très rapidement.

Non, l’intérêt est l’enquête, commencée par le major Grau (Omar Sharif) en Pologne et achevée par l’inspecteur Morand (Philippe Noiret) à Hambourg.

 

Nous sommes toujours dans la décennie qui vit un grand nombre de superproductions internationales avec des vedettes prestigieuses autour de la seconde guerre mondiale. Et pour une fois, la Grande Histoire (1) sert de toile de fond à des petites histoires. En effet, on a souvent vu différentes sous-intrigues émaillant un grand moment historique (Débarquement, Libération de Paris…) et rarement un de ces grands événements passer au second plan pour privilégier une petite histoire qui pourrait presque relever de l’anecdote si on les comparaît.

 

Mais c’est cette anecdote qui nous tient en haleine, révélant un criminel fort peu commun.

Encore une fois, Peter O’Toole est magnifique dans cet officier absolument déséquilibré, surtout quand on sait qu’il tourna une de ses scènes alors qu’il était ivre ! (2).

C’est d’ailleurs son personnage qui est le plus complexe parce que d’une dualité assez étonnante. Et quand je dis « dualité », c’est parce que je n’arrive pas à trouver un terme mettant en scène une personnalité triple (3) : d’un côté c’est un général on ne peut plus efficace, tirant manifestement vers le sadisme (un général, quoi) ; d’un autre, il est un homme sensible aux enfants (son intervention dans Varsovie est plutôt déconcertante) ; et troisième aspect, c’est un prédateur sexuel aux pratiques d’une barbarie terrible.

De plus, c’est un Nazi dont les goûts picturaux n’ont rien à voir avec ceux du parti : les Impressionnistes portent très bien leur surnom quand il va visiter par deux fois un local rassemblant leurs toiles et attendant que Göring les transfère chez lui.

L’autoportrait de Van Gogh – Portrait de l’Artiste, 1889 – déclenche chez lui une réaction des plus impressionnante, le lien cérébral qui les unit expliquant sa fascination.

Bref, Tanz est un fou dangereux, mais n’est-ce pas ce qu’on attend d’un général nazi ?

 

Ce film est aussi l’occasion d’apprécier une distribution riche et talentueuse (comme quoi il n’y a pas que Peter O’Toole…) : outre les têtes d’affiche, on retrouve quelques figurants qui ont trouvé leur place dans le cinéma français de la décennie suivante (Pierre Mondy & Tornade, Raymond Gérôme ou encore Jacques Seiler), mais aussi c’est d’une certaine façon les retrouvailles de Sharif & O’Toole qui avaient partagé la vedette dans l’immense Lawrence d’Arabie.

Les cinéphiles auront aussi remarqué qu’on retrouve quelques participants à La grande Evasion. J’en oubliais presque Juliette Gréco qui chante dans un cabaret alors qu’nue descente de la Gestapo a lieu.

 

Bref, une Nuit des généraux agréable à (re)voir, mettant en scène une affaire sordide, bien loin des fresques historiques de cette période sombre, précédentes et à venir…

 

 

PS : on retrouve l’inévitable – et talentueux – Maurice Jarre pour signer une  nouvelle bande originale…

  1. La conspiration visant à éliminer Hitler et qui connut une issue malheureusement inespérée pour ses participants et le reste du monde, le 20 juillet 1944.
  2. Yves Boisset raconta qu’il arriva ivre, interpréta comme il faut son rôle et retourna directement à son état alcoolique…
  3. Si vous avez le terme, n’hésitez pas à me le laisser en commentaire. A moins que ce soit « trinité »…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Tate Taylor, #Drame
La Couleur des sentiments (The Help - Tate Taylor, 2011)

Jackson, Mississipi, 196…

Eugenia « Skeeter » Phelan (Emma Stone) revient de l’université et découvre que sa nourrice, la vieille Constantine (Cicely Tyson) est partie vivre chez sa fille, à Chicago.

Rapidement, elle est embauchée par le journal local, alors qu’elle vise – bien entendu – un poste dans un grand quotidien national.

Coincé dans la rubrique d’aide à la ménagère, elle entreprend d’écrire un livre sur le sort des bonnes noires, dans un état on ne peut plus ségrégationniste voire carrément meurtrier envers les Noirs.

Mais ces femmes n’ont pas l’habitude de parler, et encore moins à une femme blanche.

 

Il est clair que l’enjeu est la couleur de la peau. Et Tate Taylor – ami d’enfance de Kathryn Stockett qui a écrit le livre dont est tiré le film – met en avant deux femmes emblématiques parmi tant d’autres. D’un côté on trouve Aibileen (Viola Davis), qui a passé sa vie à élever des enfants qui n’étaient pas à elle – pendant que son propre fils mourait des traitements inhumains réservés aux gens de couleurs – et Minny Jackson (Octavia Spencer), cuisinière hors pair et femme vindicative s’il en est, malheureusement mariée à un homme qui boit et la frappe.

 

En face, on trouve une communauté blanche des plus traditionnelles, sinon traditionnalistes, pour qui les gens de couleur ne sont bons qu’à les servir, tout en les payant (mal) puisque l’esclavage a été aboli.

Cette communauté ordinairement (1) raciste est illustrée par une brochette de jeunes femmes au foyer, riches et on ne peut plus pétries de préjugés raciaux. Leur dirigeante étant l’infâme Hilly Holbrook (Bryce Dallas Howard).

 

Et au milieu, Skeeter, rejetant les préjugés de celles qui furent ses amies, prise entre deux feux dans une société on ne peut plus sclérosée.

Si le film traite d’une émancipation, c’est avant tout celle de Skeeter qui s’affranchit de ses racines sudistes et racistes (2), pour épouser une cause qu’elle considère on ne peut plus juste, sachant qu’elle fut elle-même élevée par une de ces bonnes noires.

Les femmes dont elle raconte l’histoire dans son livre n’acquièrent alors aucune émancipation (le dernier indice temporel du film concerne les obsèques de JFK) : elle viendra plus tard, grâce aux combats incessants menés par les Noirs d’Amérique à la même période.

Je trouve alors un tantinet déplacé le procès d’intention qui fut fait à la sortie du film à ce propos.

 

Il s’agit avant tout d’une chronique qui se base sur des éléments authentiques et qui permet surtout de réaliser à quel point ces femmes furent maltraitées par une gentry on ne peut plus méprisante et surtout fort ingrate. Le rapport entre Aibileen et la jeune Mae Mobley (Eleanor & Emma Henry) résumant magnifiquement cette relation pleine d’affection et de paradoxe entre une femme noire et une future femme blanche qui aura certainement intégré les préjugés raciaux de sa famille en grandissant, ce que n’a pas fait pas Skeeter.

On retrouve alors des situations on ne peut plus connues de brimades et d’injustice, le spectateur s’indignant régulièrement devant l’attitude de ces mégères racistes : la séparation jusque dans les toilettes qu’on construit à l’écart – c'est-à-dire dehors – ou encore l’accusation de vol qui a toujours été bien pratique pour se débarrasser d’une personne indésirable.

C’est d’ailleurs à la suite de l’arrestation de l’une d’entre elles – Yule Mae Davis (Aunjanue Ellis) – qu’a lieu le tournant du film : accusée par la toujours haïssable Hilly, elle est arrêtée sans ménagement aucun par une police gagnée à la cause ségrégationniste, est-il besoin de le rappeler (3).

Cela nous amène donc à parler de la distribution. Bien sûr, Viola Davis est magnifique, tout comme l’irrésistible Octavia Spencer, qu’on retrouvera dans un film un peu similaire cinq ans plus tard (Dark Figures).
En face d’elles, Bryce Dallas Howard joue elle aussi avec beaucoup de justesse cette femme désagréable, et si Emma Stone campe une Skeeter qu’on a envie de suivre, on ne peut pas ignorer la performance de Jessica Chastain (Celia Foote) dans un rôle de belle idiote, absolument en décalage avec son époque et bien sûr celles qui furent (peut-être un jour) ses amies.

 

Oui, l’émotion est là. Mais et alors ? On a le droit d’avoir un film avec de beaux sentiments (en couleur, bien sûr) où le ton et le jeu des actrices sont à la hauteur de l’enjeu.

Alors prenez le temps d’aller voir une belle histoire, où  les méchants sont tout de même (un peu) châtiés à la fin. C’est manichéen (4) certes, mais qu’importe.

C’est beau.

 

  1. Il est parfois difficile pour une grande frange de la population actuelle que le racisme fut longtemps considéré comme normal, que ce soit aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en France ou ailleurs. Malheureusement, beaucoup n’ont toujours pas évolué et continuent de trouver cela tout à fait normal.
  2. C’était alors une forme de pléonasme.
  3. Oui. Ne jamais l’oublier.
  4. On peut difficilement faire plus…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jim Jarmush, #Horreur
The Dead don't die (Jim Jarmush, 2019)

Ca commence par deux policiers qui vont interroger un ermite – Bob (Tom Waits) – suite à la disparition d’une des poules de Miller (Steve Buscemi). Alors que le jeune flic – Ronald Peterson (Adam Driver) – est partisan d’une application stricte de la loi, son supérieur – le chef Cliff Robertson (Bill Murray) – est plus coulant et préfère aller prendre un café.

Sur le chemin du retour, ils remarquent que le temps a une drôle de façon de passer : il fait bien trop jour pour une heure si avancée.

Cette anomalie est le premier signe d’un dysfonctionnement général : depuis qu’on a un peu trop manipulé la nature – et la calotte glaciaire – le chaos s’installe petit à petit…

 

Attention : nous sommes ici dans un film de Jim Jarmush, et si vous n’êtes pas fan de ses précédentes productions, passez votre chemin et revenez demain.

Il faut dire que ce film a de quoi décontenancer les spectateurs, même les plus acquis à l’œuvre du réalisateur. En effet, nous assistons à un constant aller-retour entre le film d’horreur des plus violents et des éléments de parodie avec en prime des références cinématographiques multiples que ce soit dans les situations, dans les personnages et même dans le nom de certains personnages.


Bien sûr, on n’a pas vraiment le temps de tout remarquer : les différentes références interférant avec une intrigue pimentée d’une bonne dose d’absurdité. Mais quand même, on passe un très bon moment en compagnie de ces personnages absolument improbables impliqués dans une situation qui ne l’est pas moins.

Le tout avec une distribution (1) dont certains ne sont pas des inconnus du cinéaste. Outre le quatuor susmentionné, on retrouve Tilda Swinton (la croque-mort samouraï) ou encore Chloë Sevigny (Minerva « Mindy » Morrison, la policière).

En prime, on a droit à deux « poids lourds » : Danny Glover et Iggy Pop (mort-vivant au café).

Bref, nous sommes en territoire connu, alors il faut se laisser faire et savourer.

 

Il est clair que ce film est un hommage à George Romero (qui est d’ailleurs nommé dans le film) et son inoubliable Nuit des Morts-vivants, mais on trouve aussi des ingrédients de films qui ne sont pas toujours dans le même thème. Le porte-clefs de Ronald Peterson en est un exemple frappant. Tout comme la première intervention de Danny Glover (Hank le quincailler) alors qu’on mentionne les Amishs n’est pas sans rappeler qu’il a joué dans Witness !

 

Mais malgré ces références (trop ?) abondantes, on retrouve tout de même les canons du genre avec résurrection des cadavres – les mains qui sortent de terre comme sur l’affiche d’Evil Dead, les déambulations des morts-vivants et même la voiture du film de Romero (voir ci-dessus).

A cela s’ajoute un trio d’ados qui débarquent dans la ville et qui va donc se retrouver embarqués dans cette tragédie – mais pas comme d’habitude – et surtout l’adjoint Peterson qui ne cesse de répéter que tout va mal se finir (2).

La fin prévisible (2) allant au-delà des espérances du spectateur dans ce genre de film : ça se termine vraiment mal !

 

En outre, Jim Jarmush joue avec le temps : celui de l’intrigue et celui du lieu.

En effet, les différentes composantes du film ne cessent de nous embrouiller. Alors que Ronald consulte son téléphone portable (nous sommes donc au 21ème siècle), l’intérieur du Diner lui nous renvoie plus aux années 1950s voire 60s. Il en va de même pour les médias : la télévision montre Posie Juarez (Rosie Perez, autre habituée de Jarmush) qui annonce une plus grande catastrophe naturelle que ce que nous connaissons actuellement ; dans le même temps, le transistor utilisé n’est pas des plus récents.

 

Quant à la solitude, thème récurrent chez Jarmush, elle s’exprime de différentes façons : Hermit Bob – solitaire volontaire (?) ; et Centerville.

Cette bourgade a priori sympathique, outre la référence à Zappa, a la particularité de compter 738 âmes. Mais de ces âmes, on ne compte que très peu de vivants qui ne sont pas morts. Cette ville est isolée – les portables ne passent pas – mais surtout quand Robertson demande à Mindy de disperser la foule, il n’y a que 3 badauds…

 

Et tout ça avec en leitmotive la chanson The Dead don’t die écrite et interprétée par Sturgill Simpson qui apparaît tenant en laisse une guitare…

 

Un film jubilatoire (3), ou pas.

 

 

  1. Prestigieuse, cela va sans dire…
  2. Non seulement il a raison, mais en plus il nous explique pourquoi.
  3. Je hais ce mot, mais c’est tout de même le plus approprié pour exprimer mon sentiment par rapport à ce film.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Alfonso Cuarón
Les Fils de l'homme (Children of Men - Alfonso Cuarón, 2006)

Décidément, le XXIème siècle est favorable au cinéma anglais – même si Alfonso Cuarón ne l’est pas – l’intrigue se situe dans le sud-est de l’Angleterre, entre Londres et la côté, objectif final de ce film dystopique étonnant. Et puis on a le plaisir de retrouver Michael Caine dans un rôle ma foi bien sympathique…

 

Nous sommes en 2027, soit une vingtaine d’années après la sortie du film, et le futur qui est proposé est chaotique mais d’une manière fort différente des représentations habituelles : l’humanité est devenue stérile et alors que de nos jours on suit avec beaucoup d’attention le/la doyen/ne de l’humanité, ici c’est le plus jeune qui est le centre de l’attention terrestre.

Et quand le film commence, on apprend que le dernier-né (18 ans et quelques) a été tué, amenant une immense vague d’émotion auprès des autres.

Mais rapidement, on entre dans la véritable intrigue du film avec Thelonious « Theo » Faron (Clive Owen) qui est impliqué contre son gré dans une aventure extraordinaire et on ne peut plus symbolique : escorter Kee (Claire-Hope Ashitey), une jeune femme enceinte de huit mois.

Le problème, c’est qu’elle n’est pas anglaise alors que la société britannique a mis en place un système anti-immigration fort sévère.

 

Ce qui frappe le spectateur actuel, c’est l’actualité de cette histoire où le thème central – outre la fertilité – est l’immigration. On y trouve des références qui sont malheureusement fort actuelles : les contrôles d’identité, les arrestations et les regroupements dans des camps, quand ce n’est pas derrière des grilles au vu et au su de tout le monde.

Or c’est justement de cette immigration que va venir l’espoir, et qui plus est d’une jeune femme d’origine africaine. Et là encore, ce n’est pas un hasard : rappelez-vous que le berceau de l’humanité se situe en Afrique, n’en déplaise aux racistes de tous poils.

 

Et le tour de force d’Alfonso Cuarón, c’est de réussir là où on ne l’attend pas : créer une émotion incroyable dans une situation des plus violentes qui soit.

Alors que le camp (de concentration ?) de migrants de Bexhill est pris d’assaut par un groupuscule armé, amenant des scènes de guerre civile très véhémente, la jeune Kee, secourue par Theo, réussit à s’exfiltrer du champ de bataille : c’est d’abord un rebelle armé qui baisse son arme en voyant le bébé, puis ce sont ses compagnons, et alors qu’ils sortent sains et saufs de l’immeuble où ils étaient, ce sont les soldats de l’armée régulière qui s’arrêtent, subjugués par ce petit bout d’homme (1), amenant un moment de grâce d’une rare intensité, surtout dans de telles conditions.

 

Alfonso Cuarón, comme d’autres avant et après lui ne néglige à aucun moment la dimension humaine de son intrigue. Nul héros véritable, nul personnage extraordinaire si ce n’est Kee et à travers elle sa fille (2). Et ce n’est pas parce qu’elle a des pouvoirs spéciaux ou accompli des actes glorieux qu’elle l’est : elle ne fait que ce que seule une femme peut faire, donner la vie.

Et cette fille qui naît, c’est l’espoir inespéré : alors que l’extinction est programmée faute de fertilité, cette toute petite fille réussit à faire taire les armes, apportant un fragile instant de paix que les hommes, bien sûr, ne peuvent que détruire, relançant le combat qui est alors encore plus inutile que d’habitude (3).

En effet, l’enjeu militaire ne peut que s’effacer devant l’enjeu humain, mais les hommes sont ce qu’ils sont : c’est toujours celui qui a le plus gros pistolet qui gagne, si vous voyez ce que je veux dire…

 

Et puis il y a Theo. En grec, « theos » veut dire « dieu ». Mais Théo n’est pas le Dieu tout puissant, et c’est – pour une fois – dans la traduction française qu’on peut trouver un indice. Alors que le titre original s’intitule (Les) Enfants des Hommes, la référence en français aux « Fils de l’homme » est des plus pertinentes. En effet, celui qui se fait appeler ainsi dans l’Evangile n’est autre que Jésus : « Fils de l’Homme » pour avoir  été enfanté par une femme tout ce qu’il y avait d’humaine. Mais Jésus est aussi un passeur d’âmes tout comme Theo aide Kee à traverser les différents obstacles pour accomplir son destin. Theo aussi annonce une nouvelle vie pour l’humanité et sa mort est on ne peut plus christique puisqu’elle se fait prémices d’une aube nouvelle, sauvant par son sacrifice cette même humanité qui court à sa perte, faute d’avoir de nouveaux enfants.

 

Superbe.

 

 

PS : petit clin d’œil : la présence d’un cochon volant auprès des tours de la Battersea Power Station, London SW11.

  1. Qui est une fille, et donc Aragon avait raison : « la femme est l’avenir de l’homme » !
  2. Ne comptez pas sur moi pour vous donner son nom…
  3. Une guerre est par essence inutile, même avec de beaux idéaux : il n’y a pas plus bel idéal que la liberté, indissociable de la paix.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Charles Chaplin
Monsieur Verdoux (Charles Chaplin, 1947)

Monsieur Verdoux (Charles Chaplin) est antiquaire à Paris. Il vit à la campagne avec sa femme (Moda Correll) et son fils Peter (Allison Rodan). Enfin, ça c’est sa véritable identité, parce qu’en même temps, il est aussi Monsieur Varnay, monsieur Floray et même le capitaine Bonheur.

Chacun de ses personnages doit régulièrement se déplacer pour son travail, ce qui fait qu’il peut vivre différentes identités en même temps, et surtout s’enrichir.

J’oubliais : en trois ans, il a tué quatorze femmes qu’il avait épousées pour leur argent…

 

C’est après une discussion avec Orson Welles que Chaplin a décidé de réaliser ce film. Welles sera presque gêné de voir son nom au générique, lui ayant suggéré de faire un film sur Henri Désiré Landru, tueur de femmes français qui a été exécuté 25 ans avant la sortie du film.

On retrouve d’ailleurs certains détails du modus operandi du terrible Barbe-Bleue français et son incinérateur qui lui permettait de se débarrasser définitivement des cadavres des femmes qu’il avait tuées.

 

Nous sommes à un tournant dans l’œuvre de Chaplin. Après un Dictateur un tantinet décevant, il abandonne définitivement le vagabond pour un personnage totalement parlant. Mais Chaplin étant Chaplin, il ne peut résister à intégrer certains ressorts du cinéma muet ou certaines attitudes qui rappellent énormément ce petit personnage sympathique et inadapté à la vie en société.

De plus, Verdoux lui aussi n’est pas adapté à cette société post-crise de 1929 (l’action commence en 1932), remercié (1) après plus de trente ans de bons et loyaux services dans une banque.

 

Et surtout, Chaplin développe ici un personnage rempli d’amertume et très cynique, peu habituel pour les spectateurs.

Certes, on reste dans la comédie, mais elle est bien acide, e(t encore une fois, la fin n’est pas favorable au héros.

Mais Verdoux est aussi un prétexte pour continuer à faire passer le message pacifique qu’il avait commencé à formuler à la fin du Dictateur. Alors que le petit barbier, grimé en Adenoid Hynkel portait un message d’espoir pour le monde, Verdoux agit en réaction contre la guerre qui s’est terminée deux ans plus tôt (2).

Et encore une fois, c’est à la fin du film que nous avons ce discours, les dernières déclarations d’un accusé avant le verdict fatal attendu.

 

Bien sûr, un tel film fut un colossal échec : le public ne retrouvait pas les éléments comiques habituels, mais surtout, traiter cette histoire de manière humoristique n’était pas vraiment dans l’ère du temps, tout comme la critique à demi-mots des marchands de canons difficile à entendre.

Mais surtout, le message universaliste de Chaplin a eu du mal à passer aux Etats-Unis (où fut produit et tourné le film) : la guerre froide venait de commencer, et d’une certaine façon les ennuis du maître, qui devra même s’exiler quelques années plus tard.

 

Mais ceci est une autre histoire…

 

PS : Bien que se situant en France, les différents éléments officiels (mariage, procès…) sont calqués sur le modèle américain. En effet, on n’imagine aucun couple se mariant seulement religieusement (interdit) et surtout que le prêtre se déplace chez eux…

 

  1. Licencié, mais le terme remercié ajoute une dose d’hypocrisie dans une pratique patronale peu respectueuse des travailleurs.
  2. Bien que l’action se situe dans les années 1930s, le propos découle de cette guerre qui vient de se terminer : le nombre vertigineux des victimes justifiant à lui seul la diatribe contre les vendeurs d’armes et les différents chefs d’états impliqués dans cette guerre.

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Publié le par Djayesse
Marche pour le Climat (Saint-Nazaire, 20-09-2019)

Une fois n'est pas coutume, je vous partage ce discours qui fut prononcé le 20 septembre 2019 à Saint-Nazaire dans le cadre de la Grève mondiale pour le Climat.

 

« Messieurs les industriels,

Levez les yeux de vos écrans d'ordinateur et venez écouter ce que disent les personnes que vous osez appeler "le petit peuple. Ce petit peuple qui représente environ 7 milliards de personnes et en comptera 11 milliards d'ici 2050

A chaque seconde où je m'adresse à vous, ce sont 8,7 millions de litres de calotte glaciaire qui fondent. Chaque seconde, c'est l'équivalent d'un terrain de football de forêt qui disparaît. 

Tous les ans, ce sont 26.000 espèces végétales ou/et végétales qui disparaissent, et pas moins de 1 000 nouvelles substances chimiques qui voient le jour.

En 1960, la Mer d'Aral couvrait 68.000 km², aujourd'hui elle n'en compte plus que 30 000.

Et cette catastrophe « naturelle » n’est malheureusement pas un cas isolé.

Je pourrais vous parler aussi du naufrage du pétrolier Prestige au large de l’Espagne, mais malheureusement je pense que cela ne vous intéresse pas. Car je pense que vous n’avez que la bourse en tête.

Mais savez-vous combien de tonnes de CO2 sont lâchées dans l’atmosphère chaque minute ?

Savez-vous combien d’animaux sont tués chaque minute ?

Bien sûr que non vous ne le savez pas : vous êtes bien trop occupés à détruire le monde entre vous, industriels sans scrupules.

Mais sachez, messieurs les industriels, que cette ère est finie.

Vous m’entendez : FINIE !

 

Les chiffres que je viens de vous donner ne sont-ils pas assez alarmants comme ça ? Faut-il attendre le point de non-retour pour changer les choses ?

Non. Il est, à mon sens, impossible d’attendre ce point de non-retour sans rien faire.

Si on faisait ça, ce serait un crime aussi grave qu’un génocide.

Parce que là, messieurs vous êtes en train de faire un génocide. Mais le seul problème, c’est que vous en faites partie.

Et là, vous ne pourrez y échapper.

Si nous mourons, vous mourrez avec nous.

Gardez cela à l’esprit quand vous devrez signer un contrat qui fera abattre la moitié de la forêt amazonienne, ou augmenter la production de gaz à effet de serre, ou toute autre chose nocive.

 

Je profite d’avoir la parole pour m’adresser à vous, chers politiciens :

Arrêtez votre pseudo-politique écologiste.
Arrêtez de faire semblant de vous intéresser à l’écologie.

Laissez place au concret, laissez place aux vraies mesures qui vont préserver la planète.

Malheureusement pour vous, ces mesures prennent du temps et de l’argent. Beaucoup d’argent.

Mais qu’est-ce que l’argent quand la planète est en train de mourir à petit feu ?

Qu’est-ce que l’argent quand les animaux sont en jeu ?

Qu’est-ce que l’argent quand des vies humaines sont en jeu ?

Car l’argent ne vaudra plus rien face à des vies humaines.

Allez donc expliquer aux gens qui vivent en Afrique que votre argent ne les empêchera pas de mourir de faim.

Messieurs les politiciens, vous avez le pouvoir de changer les choses. Vous êtes une partie de la solution.
Nous sommes tous une partie de la solution.

Regardez-nous : nous sommes tous réunis dans un seul but : celui de faire changer les choses en faveur du climat.

A l’heure qu’il est, nous sommes des millions dans plus de 1770 villes à travers le monde à manifester notre désaccord face à votre inaction, mais aussi nous tirons la sonnette d’alarme.

Cependant, n’est-il pas inquiétant que ce soit à nous de nous occuper de ces problèmes environnementaux, nous qui n’avons pas le droit de vote ?

N’est-ce pas grave que nous soyons ici en train de manifester alors que certains pourraient en cours à réviser pour le Bac ?

 

Une chose que j’aimerais souligner dans cette prise de parole, c’est que ce qui est en train de se passer est historique. Ce qui est en train de se passer est nouveau dans notre histoire.

Qui aurait cru, il y a dix ans, que tous les jeunes de la planète s’associeraient pour lutter ensemble contre le réchauffement climatique ?

E(t pourtant nous voilà, nous les jeunes, unis dans un seul combat : celui de la préservation de la planète.

Alors arrêtez de vous battre contre nous, arrêtez de donner de l’argent aux gros pollueurs.

Mais plutôt agissez avec nous.

Encore une fois : nous ne sommes pas vos ennemis.

 

Je terminerai cette prise de parole par dire que si vous ne faites rien maintenant, il n’y a pas de plan B. »

 

Hadrien Jahény

(élève de Terminale ES)

 

 

Marche pour le Climat (Saint-Nazaire, 20-09-2019)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Oliver Stone
Platoon (Oliver Stone, 1986)

L’affiche était claire : un soldat, à genoux, la tête en arrière et les bras étendus vers le ciel. C’est la guerre, la sale guerre, celle qui a montré au monde que les Etats-Unis, cette superpuissance, n’était pas si invincible que ça.

Et les images que nous voyons vont dans ce sens voire beaucoup plus loin : non seulement cette guerre était perdue d’avance, mais en plus, des exactions y furent commises, relevant plus du crime contre l’humanité (1) que d’une simple opération de commando.

 

Et Oliver Stone, trois ans après Salvador, nous propose un nouveau film coup de poing, montrant encore une fois les exactions américaines à l’étranger.

Mais surtout, il met en scène de la pus belle des manières cette sale guerre, montrant comment ceux qui on pu en revenir ont eu leur vie gâchée, le traumatisme ne les quittant qu’une fois morts.

Si Salvador avait fait découvrir Stone en tant que réalisateur engagé, Platoon va lui permettre d’accéder à la consécration, recevant même l’Oscar du meilleur film en 1987.

 

Tout commence à l’arrivée de Taylor (Charlie Sheen) au Viêtnam en 1967. Il est affecté à un peloton (en anglais : platoon) qui va partir en expédition du côté de la frontière cambodgienne. Elle est dirigée par un lieutenant novice et réservé, mais ce sont surtout Barnes (Tom Berenger) et Elias (Willem Dafoe) qui dirigent les hommes : Barnes est un guerrier, il y croit toujours autant qu’à son arrivée ; Elias est sceptique, il n’y croit plus, allant jusqu’à dire que la guerre – qui va durer encore quelques années – est irrémédiablement perdue.

 

C’est cette opposition, cette dualité qui va baigner le film – presque toujours montré selon le point de vue de Taylor, le narrateur – amenant les autres membres de ce peloton à adopter une attitude plus ou moins tranchée en faveur d’un de ces deux hommes.

Bien sûr, cette dualité inclut une forme de manichéisme : Elias le Bon et Barnes le Méchant, mais nous savons tous que la vérité n’est pas aussi tranchée.

Car si Elias est moralement défaitiste, cela ne l’empêche pas d’intervenir contre l’ANV (2) et de tuer des hommes (même si ce sont des militaires) comme n’importe quel autre soldat.

Quant à Barnes, c’est un véritable salaud, mais à sa décharge, avoir vécu cet enfer n’aide pas à conserver un esprit sain.

 

On va alors suivre ce peloton, régulièrement attaqué par une armée supérieure en nombre sinon en technologie avec en point d’orgue un assaut de l’ANV contre une position américaine, laissant derrière elle un carnage incroyable avec corps poussés dans une fosse par un bulldozer, à l’instar des images de libération des camps de concentration en 1945.

Nous ne sommes pas dans un cadre de génocide, mais le résultat est le même : des hommes sont morts, mais aussi des femmes et des enfants, comme le montre l’expédition menée contre un village favorable aux V-C (2).

Et comme le dit Taylor – à propos de Barnes, mais cela s’applique à tous les autres Barnes qui sont allés là-bas – ils font leur guerre impunément, personne ne leur dit rien.

 

Tout comme Willard dans Apocalypse Now (3), cette expérience ne pourra pas laisser Taylor inchangé. Mais alors que le premier reste silencieux une fois sa mission accomplie, Taylor nous emmène jusqu’au bout de son enfer, partageant les enseignements qu’il en a tiré, insistant sur ce côté sombre qu’ont dû rejoindre à un moment où à un autre tous ces soldats, qu’ils soient engagés volontaires (c’est le cas Taylor entre autres) ou simple troufion victime de la conscription mise en place par Robert McNamara. Nous assistons d’ailleurs à une discussion entre Taylor et certains jeunes noirs qui ont eux été obligés d’y aller, alors que Taylor l’a choisi : seuls les riches s’engageaient, puisqu’ils étaient capables d’échapper à la conscription d’une manière ou d’une autre.

 

Et puis il y a la photo de l’affiche, j’y reviens parce qu’elle est tout de même d’une grande pertinence, que ce soit à propos du film ou du conflit lui-même : C’est donc Elias qui est tué par l’ANV, alors qu’il essaie de rejoindre ses pairs.

Sa position à genoux, juste avant le coup de grâce qui le couchera définitivement, lui donne une dimension christique les bras en croix au-dessus de la tête. Mais si le Christ est le Rédempteur et de par ce fait sauve les hommes, la mort d’Elias n’est pas un sacrifice, ou alors si elle en est un, il ne sert à rien, les autres sont soit morts, soit déjà évacués.

 

De toute façon, personne n’est sauvé quand se termine le film, comme le souligne Taylor, lors de sa dernière intervention.

C’est un sacrifice inutile (encore un pléonasme quand on parle d’une guerre) auquel ont participé ces hommes morts à qui est dédié le film : personne n’en est revenu grandi.

 

 

PS : A noter la présence d’un petit jeune (23 ans) dans le rôle de Lester : Johnny Depp.

 

  1. Pléonasme à mon avis quant on parle d’une guerre, mais cette expression montre qu’il y a différents niveaux d’interventions militaires mais surtout d’acceptation d’un massacre…
  2. ANV = Armée nord-vietnamienne (de Ho-Chi-Minh) ; V-C = Viêt-Cong
  3. Apocalypse Now est celui qui a lancé toute une série de films qui remet en cause la suprématie américaine, montrant les ravages d’une sale guerre, sacrifiant une partie d’une génération. Dans le film de Coppola, c’est à travers le personnage interprété par Martin Sheen, le père de Charlie, que nous est présentée cette guerre.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Anthony Mann
Les Affameurs (Bend of the River - Anthony Mann, 1952)

C’est une caravane qui arrive à Portland, guidée par Glyn McLyntock (James Stewart). En chemin, Glyn a sauvé Emerson Cole (Arthur Kennedy) qui allait être pendu pour un vol de chevaux.

Ils se séparent à Portland, Glyn poursuivant son voyage pendant que Cole reste à Portland.

Mais alors que l’automne est arrivé, les vivres promis de Portland n’arrivent pas. Glyn décide d’aller voir ce qu’il se passe : la fièvre de l’or a bouleversé la ville et les marchandises sont restées à quai.

Et les gens de Portland n’ont pas l’intention de les laisser partir avec.

 

Nous sommes en plein âge d’or du western et Anthony Mann nous propose ici une grande fresque – malgré la durée relativement courte du film (1) – illustrant le thème mis à l’honneur par James Cruze dans son magnifique The covered Wagon. Mais alors que Cruze mettait beaucoup en avance les colons, ici c’est Glyn le guide qui nous intéresse. On comprend tous les aspects de son travail et surtout ce pourquoi il a été engagé : protéger ces voyageurs dont la plupart ne sait pas se servir d’une arme (2).

Et la rencontre avec Cole est déterminante pour la suite : ce dernier connaît Glyn de réputation, la même que la sienne.

 

En  effet, Cole et Glyn sont d’anciens desperados qui ont sévi dans le Missouri et le Kansas.

Mais alors que Glyn s’est amendé (3), Cole lorgne toujours vers son ancien emploi où  il était facile de se faire beaucoup d’argent, si on sait se servir d’un pistolet.

La relation duelle entre Glyn et Cole est le nœud de l’intrigue et un véritable combat entre le Bien (Glyn, bien sûr) et le Mal (4). Mais pas seulement : d’une certaine manière, Cole et Glyn sont les deux faces d’une même personne : Glyn lui-même.

 

S’il n’y avait le nombre impressionnant de morts par balles, on pourrait presque se demander si Cole existe réellement : la lutte entre les deux hommes ressemble beaucoup à un combat intérieur entre deux forces contraires d’une même personne.

Cette dualité rappelle sur certains points la paire Jekyll & Hyde tant ces deux hommes qui à un moment étaient semblables sont devenus très différents.

En effet, alors que Glyn est en quête d’une vie normale et respectable, Cole a toujours les mêmes manières de soudard qu’a pu avoir Glyn autrefois.

 

L’un des révélateurs est bien sûr la femme – Laura (la belle Julie Adams qui nous a quittés en février dernier) – dont les deux hommes sont amoureux. Avant toute chose, Cole a la délicatesse de demander à Glyn s’il est avec elle. Et comme la voie est libre, il va la séduire, allant même jusqu’à proposer de l’épouser… Plus tard !

C’est certainement ce qu’aurait fait Glyn avant, mais comme il a changé, il n’ose plus, de peur de décevoir. Mais aussi parce que son passé terrible a tendance à le rattraper : Cole sait qui il est et a tendance lui rappeler que les fermiers qu’il convoie ne seraient pas obligatoirement heureux de découvrir ses frasques.

Mal à l’aise par rapport à ça, on retrouve le James Stewart de chez Capra 15 ans plus tôt, un tantinet mal à l’aise avec les jeunes femmes.

 

Là encore, nous assisterons à une résolution – attendue certes, mais la morale l’exigeait – qui va se faire dans la douleur. On pourrait presque parler – avec Hugo – d’une « tempête sous un crâne » tant l’affrontement physique entre Cole et Glyn est violent.

Sin on se place du côté de l’intrigue, nous avons la lutte entre le bon et le méchant avec le méchant qui est défait et le bon qui s’en va vers un avenir heureux. Mais si on repense au combat intérieur, la résolution n’en devient que plus passionnante.

En effet, la lutte se termine dans la rivière avec la disparition du corps de Cole qui coule – alourdi par ses péchés ? – alors que ses nouveaux amis le sortent de l’eau et le ramène vers eux. La métaphore est explicite : Glyn s’est débarrassé de son côté sombre et a été sauvé grâce à sa nouvelle vie et ses choix réformateurs.

 

Si c’est pas de la rédemption, çà !

 

 

PS : La présence d’un vieux marin d’eau douce le capitaine Mello (Chubby Johnson) et de son ami et complice Red (Jack Lambert) n’est pas sans rappeler le duo Ned & Sam qui manœuvre le Daisy Bell dans En remontant le Mississipi (Morris & Goscinny, 1959). Surtout que Mello ne cesse de répéter qu’il n’aurait jamais dû quitter ce fleuve…

 

PPS : par contre, le spectateur de 1952 n’a pas l’air d’être dérangé qu’on tue aussi facilement des Indiens (5 en tout)…

 

  1. 91 minutes.
  2. Pour tuer quelqu’un.
  3. D’une façon radicale comme on l’apprend à la fin…
  4. Toujours ce manichéisme indispensable (pour l’époque).

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