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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Lawrence Kasdan, #Kevin Costner
Silverado (Lawrence Kasdan, 1985)

Ils sont quatre.

Le premier, c'est Emmett (Scott Glenn). Il se repose dans sa cabane. Malheureusement, des importuns viennent troubler sa sieste. Trois morts.

Le second, lui aussi, se repose. Dans le désert, sans autre habit que ses dessous. C'est Paden (Kevin Kline). On lui a tout pris, et si Emmett n'était pas passé par là, on ne parlerait pas de lui dans ce film.

Le troisième aimerait bien se reposer (et accessoirement boire un whisky. Cela fait dix jours qu'il n'a pas dormi dans un lit. Mais là où il désire se reposer, on ne sert pas les « nègres ». Parce qu'il est noir. Alors ça fait des histoires. Il s'appelle Malachi, mais on dit Mal (Danny Glover).

Le quatrième, enfin, attend le repos... Eternel. Il doit être pendu. C'est Jake (Kevin Costner), le frère d'Emmett.

 

Ce sont ces quatre cowboys qui vont se retrouver dans une ville surgie de nulle part, en plein désert, Silverado. Une ville champignon, où les éleveurs de bétail n'aiment pas les fermiers, où McKendrick fils (Ray Baker) dirige en sous-main. Silverado, une ville qui n'a même pas réussi à s'appeler Eldorado, c'est vous dire (silver/argent). Parce que l'eldorado, c'est (encore) la Californie, là où Emmett et Jake veulent aller. Silverado, c'est l'étape intermédiaire dans le chemin qui y mène.
A Silverado, les noirs sont cantonnés aux faubourgs lointains, c'est à dire, le plus loin possible de la ville, tout en en faisant quand même partie. Silverado, où le saloon est tenue par Stella (Linda Hunt), une femme énergique bien que très petite. Silverado, où le shérif Cobb (Brian Dennehy) - un ancien bandit - possède ce même saloon, et se flatte du calme de sa ville.

Mais maintenant que nos quatre héros sont arrivés, le calme n'existe plus.

 

C'est le grand retour du Western ! Enfin, c'est l'un des arguments de vente du film à sa sortie. Et il faut admettre, que ce n'est pas faux. Pratiquement tous les ingrédients sont là : de grands espaces (certes, ce n'est pas Monument Valley, mais qu'importe), une caravane de colons, un saloon, des prostituées, de l'injustice, des vengeances, une rivalité éleveurs-fermiers, et bien sûr, des duels au pistolet. Il ne manque que les Indiens.
Lawrence Kasdan (scénariste, entre autres, sur Starwars V et VI) a bien revu ses classiques avant de tourner. On retrouve des éléments de ses prédécesseurs (Hawks, Ford, Sturges, ou encore Leone...), avec une touche particulière : la présence d'une famille noire dans une ville perdue blanche, et une tenancière de saloon de 1 mètre 45.

 

Si l'action se situe aux alentours de 1880, le sort des Noirs n'est pas encore bien reluisant. Le père de Mal a eu beau acheter un lopin de terre à l'Etat, il en est dépossédé puis tué, sans procès, évidemment. Et tout ça (bien) à l'écart de la ville. Il n'y a pas de mixité possible... Sauf si vous êtes une prostituée, comme Rae (Lynn Whitfield), la sœur de Mal.
Et puis il y a Stella. C'est, malgré sa taille, une femme forte, véritable pilier de cette ville. Son handicap ne l'empêche pas de diriger l'un des endroits (sinon le seul) les plus en vue de la ville. Elle a les (frêles) épaules pour ça ! Et l'irruption de Paden dans son univers la galvanise.

 

D'accord, n'est pas Ford ou Hawks qui veut (ou qui peut), mais tout de même, ce film a l'avantage de nous ramener à l'âge d'or de ce genre. Le Western n'est pas mort. Mourra-t-il un jour, d'ailleurs ? Il est né avec le cinéma et revient régulièrement pour notre plus grand plaisir. (Sauf peut-être 8 Salopards).

Alors ne boudons pas notre plaisir, et savourons ce film comme il se doit.

 

Et si vous ne croyez pas que c'est le grand retour du Western, sachez que deux semaines avant Silverado, est sorti Pale Rider, de et avec Clint Eastwood.

Mais ceci est une autre histoire.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Walt Disney, #Clyde Geronimi, #Dessins animés
Education for Death: the Making of the Nazi (Clyde Geronimi, 1943)

Moins d'un an après Der Fuehrer's Face, les studios Disney nous proposent un nouveau film de propagande. Mais cette fois-ci, le choix est didactique et le ton sérieux, même s'il subsiste tout de même une pointe de comique.

Cette « éducation à la mort », c'est celle qu'ont subie les jeunes allemands pendant les « années de chien », entre 1933 et 1945.

Nous suivons le destin d'un jeune Allemand - Hans - de sa naissance à sa future mort sur le champ de bataille.

Dès le début, le ton est donné : si les parents nous semblent normaux, voire un peu timorés, quand ils viennent déclarer la naissance de leur enfant, l'officier d'état civil, lui est l'archétype du nazi utilisé pendant tout le film. Grand, imposant, épais, et le verbe fort et même colérique. Il a la même façon de s'exprimer que Hitler pendant ses discours : on sent percer de l'énergie, ainsi que de la fureur (c'est le terme, non ?), voire de l'agressivité. Mais ce que le narrateur (Art Smith) entend souligner, c'est les critères de la déclaration de naissance : être capable de justifier son ascendance « pure », choisir un prénom qui n'est pas dans la liste des proscrits  - prénoms « juifs », ainsi que Ivan (trop slave) et Winston (trop Churchill).

Mais ce qui impressionne déjà, et cela continuera de la même façon pendant tout le film, c'est la façon dont est traité le personnage identifié comme nazi. Ce n'est pas vraiment un homme, ou un surhomme. C'est une ombre qui a pris corps, dans un uniforme militaire, une croix gammée au bras gauche. Cette ombre, comparée aux parents craintifs, est démesurée. Elle renforce l'effet de puissance de ce régime. En prime, le cadeau de naissance fait par l'administration : un exemplaire du « best-seller allemand » (Mein Kampf).

La première chose que les enfants allemands apprennent, c'est que Hitler, prince charmant de tout un peuple, a réveillé l'Allemagne, endormie par une méchante sorcière démocrate, d'un baiser. Cette allégorie est certainement le moment le plus comique du film. Mais vu le contexte, on se contentera de sourire. L'Allemagne est réveillée au son de la Chevauchée de la Walkyrie de Wagner (bien entendu) : il s'agit d'une grosse femme blonde qui porte un casque à cornes. Elle tient à la main une chope de bière vide. Elle a tout de la caricature de cantatrice interprétant Krimhild chez Wagner. Evidemment, Hitler, dans son armure étincelante, a du mal à la porter sur son cheval...

Mais la naissance n'était que le premier pas d'un long parcours destiné à endoctriner puis formater les enfants, afin d'en faire de bons petits soldats nazis bien obéissants.

L'enfant grandit. Il est malade. Qui vient le visiter ? L'Etat nazi, par l'intermédiaire d'une de ses brutes, mi-homme, mi-ombre, qui vient menacer la famille devant ce témoignage de faiblesse dans un pays fort. Là encore, c'est un poing qui s'abat sur une porte, une ombre démesurée et menaçante sur un mur.

Puis vient l'école, où l'enfant apprend qu'il n'y a de place que pour les forts, les faibles étant condamnés à disparaître de par leur nature. Encore une fois, un nazi vociférant est présent, un peu moins ombre, un peu plus homme, mais toujours virulent et agressif. L'enfant n'a d'autre choix que d'obéir et de changer son point de vue naturel pour se conformer à un régime et une idéologie. L('école est encore un e fois l'occasion de glisser une pointe d'humour dans ce film bien sombre. Les portraits (caricatures) de Hitler, Goering et Goebbels évoluent en fonction de ce que pense le petit Hans. A noter que les médailles de Goering sortent du cadre et que Goebbels, du fait de sa petite taille n'occupe qu'un quart de son cadre.

La dernière partie de l'éducation est certainement la plus belle à voir. Non pas pour ce qu'elle nous raconte, mais bien pour la façon dont c'est montré : des rouges flamboyant (normal, le feu tient un grand rôle dans cette partie, des ombres encore plus menaçantes et les changements de la société allemande depuis l'instauration du régime nazi. Ce ne sont que flambeaux qui défilent et brûlent ce que Hitler et compagnie considéraient impurs, voire dégénéré : sont alors brûlées les œuvres de Voltaire (trop démocrate), Spinoza, Einstein (trop juifs), et d'un certain Ma(rx?) pour les écrivains, Mendelssohn (trop juif lui aussi, et aussi très déconsidéré par Wagner) pour les musiciens. Ces autodafés n'ont pour but que de formater cette jeunesse : ils ne doivent voir qu'un objectif (des œillères apparaissent sur le visage de Hans, devenu adulte), ne doivent rien dire (une muselière apparaît), doivent obéir aveuglément (il porte maintenant des chaînes).

Son éducation à la mort est terminée. Ou plutôt son éducation vers la mort !

Je vous laisse découvrir le plan final, magnifique résumé du résultat d'une telle idéologie.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Rex Ingram, #English
Scaramouche (Rex Ingram, 1923)

A year after The Prisoner of Zenda, Rex Ingram shoots another film with more or less the same team. This time, it takes place during the French Revolution. So we can se Alice Terry (Mrs Ingram), Lewis Stone and Ramon Novarro. But when you look closely, you can recognize Edward Snitz, John George, Edward Conelly...

Scaramouche is the film where the story and the History collide.

The story is the one of André Louis Moreau (Ramon Novarro), an orphan whose friend, a fighter for freedom, is killed in duel by the Marquis de la Tour d'Azyr (Lewis Stone). Moreau is also in love with Aline de Kercadiou (Alice Terry), the niece of the man who raised him.

The History is the one of France. But it is rewritten by Hollywood. So, when you are French, you do not recognize your History. Before, there was Griffith's French Revolution (Orphans of the Storm, 1921), now there is Ingram's. This time, Robespierre is not a communist, but we can see a very ugly Danton (George Siegman), with his "pock-marked" face. There is also a very peculiar Parisian crowd: savage, shouting, bloodthirsty and greedy for aristocratic heads to fall. There are also the historic characters: Louis XVI, his wife Marie-Antoinette (and their children), Danton and Marat (Roy Coulson), and a young officer who watches silently, Napoleon (Slavko Vorkapich).

Fortunately, we are interested in the story. Ramon Novarro is young, bold and handsome; Alice Terry is beautiful and cries easily; Lewis Stone is, as usual, very straight-up, and also a sort of villain, for he kills Moreau's friend.

Once more, we have a fencing dual, but this time, it is better than in Zenda.

But what strikes the spectator are the glittering eyes. In the first sequence, a dead man is brought back home. He was killed by the tyranny. We see his wife crying, the tears glittering in her eyes. Later, Moreau's eyes will glitter, when his friend is killed by de la Tour. IN every great moment of the film, we have these glittering eyes.

 

Time and space have a very strange aspect in this film. Indeed, when you know France, you do not understand everything. It seems that the likelihood has been put aside. The events happen in three locations: Gavrillac (a village in Brittany), Rennes and Paris.

Gavrillac is the place where Moreau and Alice grow up .

Rennes is where Moreau speaks about Freedom. This is also where he meets Marat, another famous actor of the Revolution (who does not look like him at all, except the cloth he wears on his head).

Paris is where everything really happens, where everyone meets. This is where the Assembly is meeting; where the play Figaro-Scaramouche (written by Moreau) is performed; where Aline, de la Tour and Moreau finally meet.

Unfortunately, if we recognize very well each location, there is a big problem of space: in 1789, you cannot ride from Rennes to Paris in one day! Nevertheless, the characters of the film can be on Sunday in Gavrillac or Rennes and on Monday in Paris!

As for the Time of the film, I would prefer not to talk about it. One date is right: August the 12th, 1792. When the people of Paris invades the Tuileries Palace, creating in the same time a real bloodbath.

 

Despite all this, this Scaramouche movie has much charm. The fencing duel may be shorter than in George Sidney's movie (Scaramouche, 1952), it is nevertheless a great moment. The final revelation is quite amazing, and the actors were really well chosen.

And, despite the fact that Moreau (and the script) is naive, we feel quite happy for him at the end.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jim Jarmush, #Road Movie, #Comédie dramatique
Broken Flowers (Jim Jarmush, 2005)

Quelqu'un poste une lettre. Le facteur la ramasse et l'apporte au centre de tri. Un avion décolle et l'emporte. Une autre factrice la dépose dans la boîte au lettre de Don Johnston (Bill Murray), informaticien qui vit dans une grande maison d'un quartier plutôt résidentiel.

Don Johnston est habillé d'un survêtement. Il vit seul, sur son canapé à écouter de la musique que lui sélectionne son voisin - et ami - Winston (Jeffrey Wright), lui-même détective à ses heures plus ou moins perdues.

Mais surtout, c'est un ancien Don Juan. Pas si ancien que ça, d'ailleurs, puisqu'il vit avec une jeune femme, Sherry (Julie Delpy). Mais Sherry en a assez de cet homme qui démarre au quart de tour quand une femme paraît. Alors elle s'en va.

Don se retrouve seul dans sa grande maison, assis sur son grand canapé, à écouter sa musique.

Il a alors le temps de lire son courrier, et surtout cette lettre sur papier rose, dans une enveloppe rose elle aussi.

Et là, comme on dit, sa vie bascule : il a un fils. Un fils de (presque) vingt ans.

Mais qui est sa mère ?

 

S'ensuit un road movie dans lequel Don, sous couvert de cynisme et de désabusion (comme dirait Nino Ferrer), va vouloir trouver ce fils. Il erre. De maison en maison, d'état en état. Et il va retrouver ces femmes qui ont meublé sa vie, vingt ans plus tôt. Elles sont cinq. Cinq occasions de mesurer le temps qui passe, inexorablement. C'est d'abord Laura Miller (Sharon Stone), une resucée de Charlotte Haze (Shelley Winters dans Lolita), dont la fille Lolita (Alexis Dziena) - l'allusion est on ne peut plus claire, surtout dans les adieux où elle porte le même bikini à pois - ne peut pas avoir de frère (« vous trouvez que j'en ai besoin d'un ? », lui demande-t-elle...). Puis c'est Dora (Frances Conroy), Carmen (Jessica Lange) et enfin Penny (Tilda Swinton). Mais à chaque fois, pas de garçon à l'horizon, même s'il y a presque toujours un panneau de basket devant la maison. Alors il revient chez lui. Pas plus avancé que quand il était parti.

 

Et c'est, bien entendu, parce qu'il est revenu de son périple que la solution s'offre à lui. Elle était là, chez lui. Elle attendait juste qu'il revienne. C'est un jeune homme qui porte la même veste de survêtement que lui. C'est un garçon pas très sûr de lui, pour qui sa mère est importante. Il ne semble pas avoir de père. Alors cet homme qui vient vers lui, ça peut sembler louche, mais il l'accepte. Et Don s'accroche à ce faible espoir.

Bill Murray est, comme d'habitude, formidable. Son personnage est un Don Juan qui vieillit et qui se retrouve en face de lui-même. Il parle peu, agit peu, et, malgré son attitude faussement désinvolte, est très intéressé par cette recherche. Tout est dans l'attitude. Et c'est là qu'on voit qu'on a affaire à un très grand acteur. Il n'a pas besoin d'en faire trop pour être compris. Magnifique.

 

C'est son passé que Don recherche. Et à travers ce passé, lui-même. Mais ce passé - ces femmes - a vieilli avec lui. Elles ont toute refait leur vie, avec plus ou moins de chance. Et ce qui est étonnant, c'est que même s'il veut retrouver ces anciennes conquêtes, ce sont malgré tout les jeunes femmes qui se retournent vers lui. Chacune - à l'aéroport, au cabinet médical, au magasin de fleurs, ou même la jeune Lolita - n'est pas insensible à l'aura que dégage ce séducteur sur le retour. Un peu comme si, au lieu de découvrir un fils, il découvrait de nouvelles possibilités. Possibilités qui ne se concrétisent pas, il est toujours en déplacement.

 

Et puis il y a cette fin évidente que le spectateur attend, et qui ne vient pas. C'est d'ailleurs au spectateur de se faire sa propre fin.

Celle pour Don est toute tracée. Mais ce n'est pas celle du spectateur : tout est ouvert.

A-t-il retrouvé son fils ? Existe-t-il vraiment ?

Et finalement, qu'est-ce qui est essentiel ?

 

A vous de vous faire votre idée.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Doug Liman, #Science-Fiction
Edge of tomorrow (Doug Liman, 2014)

Encore une attaque extraterrestre !

Encore une bataille décisive !

Encore des soldats surentraînés prêts à en découdre !

Encore l'Amérique prête à sauver le monde (libre ?) !

Encore Tom Cruise le sauveur du monde !

 

Et pourtant, rien de tout ça. Enfin si , mais pas comme d'habitude.
Doug Liman a pris les commandes des opérations et nous emmène dans un film de guerre inhabituel. Inhabituel pas dans le sens film de guerre, mais plutôt dans la façon de le raconter.

Parce que c'est la narration la plus importante.

 

L'Europe est tombée aux mains des envahisseurs. La résistance s'est organisée de Londres et demain doit avoir lieu la grande bataille décisive pour bouter les extraterrestres hors du continent. L'attaque aura lieu là où on ne l'attend pas, sur les plages française, au petit matin. De cet engagement dépend la victoire finale.

Donc, ça commence comme Le Jour le plus long. Et finalement, on n'en est pas si loin. Surtout pour le Major Cage (Tom Cruise). Pourquoi ? En tuant un extraterrestre alpha, il a reçu une partie de son pouvoir qui lui donne la possibilité de revenir dans le temps. Il va donc revivre incessamment la même période, jusqu'à ce qu'il se fasse tuer.

Le major Cage est un drôle de soldat. Il n'a pas envie de se battre et de ce fait s'occupe de la propagande filmée. Sauf qu'il vient d'être transféré sous les ordres du général Brigham (Brendan Gleeson) qui a décidé de l'envoyer en reportage en première ligne. Cage n'est pas beaucoup d'accord et menace même le général s'il l'y envoie. Non seulement le général va l'y envoyer, mais en plus, ce sera en tant que simple troufion, dans la première vague d'assaut !

Et c'est là qu'il va tuer l'extraterrestre alpha, qui lui permettra de revenir dans le temps, au premier jour de sa nouvelle incorporation.

On pense tout de suite à Un Jour sans fin de Harold Ramis (1993). Il faut dire que Cage a une personnalité aussi désagréable que celle de Phil Connors (Bill Murray). Mais alors que Phil revit le même jour afin de s'amender et d'obtenir la rédemption si chère aux Américains, Cage n'est pas là pour s'amender, mais bel et bien pour trouver un moyen de combattre la menace extraterrestre.

Cela nous amène, bien entendu des situations assez cocasses, totalement en décalage par rapport à l'humour militaire - ça ne va pas bien ensemble, je sais - habituel dans ce genre de film.

Alors on suit, avec une certaine jubilation, les avatars de Cage. alors que Cage comprend qu'il doit s'amender pour sortir de son maelstrom, Cage, lui, voit rapidement qu'il doit se concentrer sur l'essentiel. Après avoir - vainement - tenté de sauver tous les autres autour de lui, il se rend à l'évidence. Ce n'est pas ça qui est important. Il laisse donc - cyniquement ? - mourir les autres et évolue égoïstement (en apparence), afin de remplir le grand objectif : éliminer les intrus.

Et, bien sûr, il va y arriver. Au terme d'un film d'action efficace, dont le montage est un tantinet moins rapide que d'habitude. On a le temps de souffler entre deux scènes, et même dans les moments les plus rythmés du film, on passe plus d'un centième de seconde par plan. Une prouesse  ! (?)

Et puis ils s'en sortent, comme d'habitude. Grâce aux soldats américains. Comme d'habitude.

 

A quand un film où les extraterrestres gagnent totalement ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinema, #Silent film, #Charles Chaplin, #English
City Lights (Charles Chaplin, 1931)

This is certainly one of the most sensual films of all time.

Chaplin turned in it a festival of senses.

- Smell: no real reference, but something puzzles me when the elephant crosses the screen (and the street).

- Taste: this is a film where they eat a lot. They eat spaghetti in the restaurant; they eat at the rich man's house; the tramp eats his lunch; and of course, he brings food to the girl.

- Hearing: she hears him passing by, although he tries to be silent. Then she (thinks she) hears him leave in the car. When the statue is revealed, people are talking in a microphone. But we do not understand a thing. Only the tone of the voices are recognizable: a low tone for the man, a high-pitched tone for the woman. This was also the occasion to make fun of the talkies, Chaplin remaining a silent movie director. Nevertheless, Chaplin uses sounds to increase his comical effects: when he swallows spaghetti, or blows against his will the whistle, the boxing gong...

- Touch: this is the sense of communication for the girl. This is how she knows who she is talking to. This is also by touching him that she realizes that he is the man who looked after her. The first time she meets him, she touches his jacket put a flower in his buttonhole. This is also the same thing she does when they finally meet. She wants to give him a flower and money, but he refuses. By touching, one last time, his jacket, she recognizes him, and is filled with emotion (who would not be?).

- Sight: the most important sense, of course. First, we watch. And what do we watch? A blind girl. She has an empty look when we meet her. When he talks to her, he cannot help miming his words. Of course, it is for us spectators that he makes all these gestures. But he is also very enthusiastic when he talks, so he has to mime everything he says. And when he leaves her, he cannot help spying on her through the window, standing on a barrel.

Finally, their last look at each other is one of the most moving I have ever seen. She is sad (is she disappointed?), he seems half-sad/half-annoyed by this situation.

 

Anyway, this film is also a great love story (like in most Chaplin movies). This little man will do whatever he can for the girl he loves. He will even steal - and go to prison - for her. But this is an impossible love. They will not end together. Indeed, when they finally meet, her first reaction to this tramp is mockery. She laughs at him with the other girls. She even offers him money. You cannot love someone you pity. The other reason this ending is quite sad is the role of the flower. This nice flower suddenly dies in his hands. As he realizes she has changed, the petals are falling. This flower, symbolizing their relation (a link between past and present), is no more. He is not what she expected. They do not belong to the same world.

 

Last, their final discussion (which we do not hear):

"You can see now.

- Yes, I can see now."

There is definitely a double meaning in these words.

No luck for him. Unfortunately.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #William Wyler, #Peplum
Ben Hur (William Wyler, 1959)

Une vue en contreplongée de la Croix, sur un ciel noir, un éclair illuminant la scène.

Voici une image qui hante le jeune spectateur que je fus lors de la découverte de ce film au cinéma, sur écran adéquat (format 65mm).

Depuis, j'ai vu celui de Fred Niblo.

 

Ici aussi, l'intrigue est la même : pendant l'entrée des troupes romaines, une tuile tombe du toit des Hur et blesse (presque) le gouverneur. S'ensuit les arrestations et la condamnation aux galères pour Judah Ben Hur (Charlton Heston), prélude à une série d'épisodes mouvementés qui l'amèneront à Rome et lui permettront d'assister à la mort de Jésus.

 

Il n'empêche que cette nouvelle adaptation est impressionnante. Le sous-titre « une histoire du Christ » est reléguée au deuxième plan du générique, tout comme cette même histoire, qui ne prend de l'ampleur qu'une fois la course de char achevée. En effet, on rattrape le temps perdu : on a coup sur coup le Sermon sur la Montagne  (Matthieu 5, 1-16) rapporté par Esther (Haya Harareet) ; le Jugement de Jésus et Pilate qui s'en lave les mains (toujours Matthieu 27, 24) ; le Chemin de Croix ; la Crucifixion.

Et Ben Hur, dans tout ça ? Ben Hur est un témoin de cette époque, rempli de haine contre les Romains mais qui va rencontrer Jésus deux fois, et à chaque fois, cela lui fera un sacré effet.

 

Mais Ben Hur, c'est avant tout le film des solitudes. Solitude de Jésus sur la croix, solitude de Judah Ben Hur dans sa maison après son retour ; solitude de Messalah (Stephen Boyd) une fois Ben Hur emmené.

Tous sont seuls. Ils se croisent, mais finalement font très peu de chemin ensemble.

- Ben Hur est seul de par son arrestation et sa condamnation  aux galères. Mais une fois revenu à Jérusalem, et malgré l'amour d'Esther, il agit seul, au point que cette dernière ne reconnaît plus en lui le Judah qu'elle a aimé.

- Messalah, une fois battu à la course est seul, sur le sable de l'arène. Lui qui était très lié à Judah se retrouve seul du fait de sa nouvelle fonction romaine. Sa façon de raconter ses exploits à la famille Hur l'isole des autres, et il s'en rend compte.

- Esther, une fois Judah parti, ne se marie pas. Elle reste célibataire (« single », disent les Anglais). Il n'y a personne dans sa vie, à part son père invalide. Quand Judah revient après toutes ces années, elle pense le retrouver, mais c'est peine perdue (voir plus haut).

- Quintus Arrius (Jack Hawkins) n'a plus de famille. Quand Ben Hur entre dans sa vie, il se sent revivre, Judah devenant le fils qu'il avait perdu. Mais là encore, c'est la déception. Ben Hur retourne en Palestine, et lui fait même remettre le sceau familial qu'il lui avait légué.

- Balthasar (Finlay Currie, acteur incontournable de péplum) poursuit son chemin - le chemin d'une vie - à la recherche de Jésus, qu'il avait aperçu à sa naissance, et qu'il retrouvera sur la Croix. Il a passé sa vie seul à la recherche du Messie, s'attachant à l'un ou à l'autre, en fonction des circonstances.

- Miriam et Tirzah, oubliées pendant près de cinq ans dans un cul de basse-fosse, et qui en sortent pour être isolées avec les lépreux.

Mais ces solitudes se terminent avec la mort du Nazaréen. Alors que le ciel s'obscurcit, que Jésus meurt (le fameux plan en contreplongée), un orage éclate, suivi d'une pluie diluvienne.

C'est cette pluie qui change tout. Elle enlève la laideur et la corruption - le souhait de Judah - et amène ainsi un autre monde : la fin de la solitude. Les protagonistes qui ont vu Jésus savent qu'ils ne sont plus seuls. C'est le début de la religion chrétienne qui s'installe.

La famille Hur se retrouve et s'agrandit, l'espoir est enfin permis.

 

Pour le reste, c'est du péplum sérieux, avec de belles scènes d'anthologie (combat naval, course de char), et une ambigüité légère dans les rapports masculins. On sait que Messalah et Ben Hur étaient très liés. Et Stephen Boyd joue de cette ambigüité quand il retrouve son ami après plusieurs années. Mais on peut se poser des questions sur les rapports entre Arrius et Ben Hur. D'où vient cette fascination pour ce galérien ? Pourquoi l'avoir choisi ?

 

Malgré tout, je préfère la version Niblo de 1925.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Victor Fleming, #Lionel Barrymore, #Pirates
L'Ile au trésor (Treasure Island - Victor Fleming, 1934)

Un pirate avec une natte et une verrue.

Un pirate aveugle.

Un pirate unijambiste.
Un trio improbable pour un trésor qui doit l'être tout autant. Quoi que...

Au milieu : Jim Hawkins (Jackie Cooper).

 

Depuis la mort de son père, le jeune Jim Hawkins dirige l'auberge de l'Amiral Benbow, avec sa mère et sa petite sœur.

Le jour de l'anniversaire de Mrs Hawkins débarque (c'est le cas de le dire) le capitaine Billy Bones (Lionel Barrymore), avec un immense coffre bien lourd, une natte relevée à l'arrière du crâne, et une immense verrue sur la joue gauche. Ce n'est pas le genre d'invité qu'on attendait. D'ailleurs, tous les autres s'en vont. Mais avec lui, en plus de son lourd bagage, Bones amène un secret : le trésor du capitaine Flint enterré sur une île de l'Atlantique. Il possède en la carte.

C'est d'ailleurs cette carte que Pew, le pirate aveugle, est venu récupérer.

C'est finalement Jim Hawkins qui va récupérer cette carte. Va commencer pour lui une aventure peu commune qui le mènera au milieu de l'Atlantique, à la recherche d'un trésor, et surtout accompagné d'un vieux forban à une seule jambe : Long John Silver (Wallace Beery).

 

Tout comme le livre, le film se déroule du point de vue de Jim. Jackie Cooper est d'ailleurs très convaincant en jeune aventurier un tantinet naïf - mais qui ne le serait pas avec un vieux loup de mer roublard comme Long John Silver ?
Parce que le personnage principal, même s'il n'est pas le héros, c'est bien Silver. Il est fourbe, menteur, meurtrier, voleur... Mais on ne peut pas s'empêcher de l'aimer. Il faut dire que Wallace Beery nous fait une magnifique prestation. Il est un Silver truculent, au-delà de sa nature criminelle. Pas étonnant que Jim se fasse avoir à chaque fois.

Parce que cette association entre le pirate et le jeune garçon est le sel du film. Trois ans après Le Champion (King Vidor, 1931), Beery et Cooper sont à nouveau réunis, pour notre plaisir. On sent une complicité entre ces deux personnages extrêmes. Ce sont les négatifs l'un de l'autre. Silver est un vieux briscard, Jim est un candide ; Jim est un garçon d'honneur, Silver ment comme un arracheur de dent ; Silver est un gros malhonnête, Jim très probe. Bref, Silver est corrompu jusqu'à l'os, quand Jim est un pur, un vrai.

Mais Silver, malgré ce que nous savons, n'en reste pas moins attaché à Jim. Il ira même jusqu'à le défendre contre ses amis pirates. Ce sauvetage est son passeport pour la rédemption. C'est cette bonne action qui lui vaudra d'être sauvé et non pendu à la grand-vergue comme il se devrait.

Parce que Silver est tout sauf un gentil, comme il aime à se qualifier quand Jim le rencontre. Pendant la traversée, les morts se multiplient, toutes plus violentes les unes que les autres. Et ce n'est pas tout. Une fois arrivé sur l'île, les morts violentes continuent, les pirates prenant d'assaut la place tenue par les comparses de Jim. Certes, il n'y a pas beaucoup de sang visible. Mais tout de même : comme dans le livre, on assiste à la mort d'un pirate tué d'un coup de mousquet par Jim. La mort est très présente dans ce film. Ca commence par celle de Billy Bones, terrassé par l'abus d'alcool, et ça continue avec Pew, qui est écrasé - sous nos yeux - par le carrosse du docteur Livesey (Otto Kruger). Par conséquent, le retour de l'île se fait avec un équipage minimal : les pirates qui n'ont pas été tués sont abandonnés sur l'île.

En conclusion : la MGM nous offre une production d'un incontournable de la littérature anglo-saxonne de très bonne facture. Fleming dirige - comme toujours - son équipe d'une main de maître et les acteurs choisis sont très pertinents. De Lionel Barrymore - inoubliable, même si le rôle est court - à Lewis Stone - toujours digne, droit, aristocratique, comme d'habitude - en passant par Otto Kruger et Nigel Bruce, sans oublier le duo Beery-Cooper, tous concourent à faire de ce film une très belle adaptation.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Fred C. Newmeyer, #Sam Taylor, #Harold Lloyd, #Comédie
Faut pas s'en faire (Why worry - Fred C. Newmeyer - Sam Taylor, 1923)

Harold van Pelham (Harold Lloyd) est un hypocondriaque. Pire que ça, est un riche hypocondriaque. Encore pire : c'est un riche hypocondriaque oisif. Avec ses riches amis oisifs, ils se retrouvent dans un club où on ne fait rien, mais ensemble.

Mais comme Harold ne va pas bien, son médecin lui prescrit un séjour dans l'île Paradiso, en plein océan pacifique.

Sur cette île, l'occupation première est la sieste. La seconde, le repos.

Mais c'est sans compter sur James Blake (Jim Mason). Blake est un renégat américain établi sur cette île. Le regard en coin, la moustache fine, bref, une belle tête de méchant, sournois à souhait. Il dirige une partie de l'île à l'aide d'une poignée de révolutionnaires d'opérette, dirigé par un autre méchant - risible, vraiment - Herculeo (Leo White).

On a beau être en plein Pacifique, tous les gens à la solde de Blake portent un sombrero et une moustache, plus ou moins fournie...

C'est un vendredi 13 que Harold, son valet et son infirmière (il est malade, vous comprenez) débarquent sur l'île Paradiso. C'est aussi ce jour qu'ont choisi les rebelles pour fomenter un coup d'état.

 

Il y a dans ce coup d'état manqué un parallèle évident avec ce qui s'est passé (et ce qui se passe encore) au Mexique dans les années 1910-1930. En effet, la Révolution a beau s'être terminée en 1917, les troubles ont continué pendant de nombreuses années. Quand le film sort (début septembre 1923), Pancho Villa a été tué moins de deux mois plus tôt.

Et finalement, la situation (délocalisée, mais nous ne sommes pas dupes) décrite dans le film n'est pas si loin que ça de la réalité mexicaine.

Heureusement, nous sommes dans une comédie. Face à tous ces guérilleros moustachus, Harold Lloyd se débat comme un beau diable, épaulé par un colosse, qui s'appelle d'ailleurs Colosso (John Aasen).
Mais si Colosso est au fait de la situation ilienne, Harold, lui, n'est rien qu'un riche égoïste dérangé dans son petit confort et son traitement médicamenteux.

- Son valet est molesté par les rebelles ? Il lui reproche sa tenue loin d'être nette ;

- les soldats tirent au canon ? Il les empêche, leur arguant qu'il est venu sur cette île pour se reposer et se soigner.

Pour le reste, il évolue au milieu de la violence sans en avoir conscience, imaginant que les gens qu'ils voit gésir un peu partout sont en pleine sieste.

 

Mais quand ces mêmes soldats s'en prennent à son infirmière (Jobyna Ralston), il n'hésite plus et part à l'assaut de ces méchants... Parce qu'il est a-mou-reux ! Il est subjugué, conquis, idiot... Plus elle le dispute, plus il est heureux... Cela donne un autre souffle au film et surtout à sa personnalité. Il prend conscience de l'état d'insurrection, et en oublie - enfin - son hypocondrie. Et c'est tant mieux pour nous, car cela amène encore d'autres gags. Parce que ce film, comme toujours chez Lloyd, est une accumulation de situations burlesques. On part d'une situation convenue pour lui - un riche jeune homme oisif (comme d'habitude) - et on arrive à un point culminant où ce même jeune homme tient tête (presque) seul à une armée. Mais cette accumulation comique ne pourrait être aussi réussie sans la présence du gigantesque John Aasen, véritable bras armé de van Pelham. L'épisode de la dent à arracher étant un des sommets comiques du film. L'autre grand moment, est la lutte finale contre les deux méchants, puis le reste de l'armée, avec effets spéciaux « normaux »... Bref, du grand art.

 

Hélas, ça ne dure que soixante-trois minutes... On en voudrait plus.

Mais quand on aime, on ne compte pas.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Cecil B. DeMille, #Histoire, #Peplum
Cléopâtre (Cleopatra - Cecil B. DeMille, 1934)

Les portes de l'Histoire s'ouvrent... Sur une jeune femme nue ! Mais depuis le premier juillet [1934], le Code Hays est entré en vigueur. Alors elle est filmée en contre-jour, mais ça ne trompe personne... En tout cas, le ton est donné. S'ensuit un film où les femmes sont jeunes, belles et peu vêtues. Et la première, c'est Claudette Colbert qui joue le rôle titre. Elle porte des tenues très « sexy » (terme qui est apparu dans la décennie précédente), voire provocantes.  Cela sera - bien entendu - reproché à DeMille qui devra tout de même enlever quelques éléments.

Autrement, tout est là : César (Warren William), le tapis, le mauvais augure (« méfie-toi des ides de Mars »), l'assassinat de César, ses derniers mots (« toi aussi Brutus »), Antoine et ses chiens, la vipère, et surtout la (trop ?) belle Cléopâtre.

C'est déjà le septième film racontant l'histoire de la reine d'Egypte. Et comme c'est Cecil B. DeMille, c'est une débauche (hum...) de luxe incroyable. Surtout pendant la rencontre entre Antoine (Henry Wilcoxon) et Cléopâtre.

Ca en devient même féérique. C'est à chaque fois un degré d'ajouté dans le luxe. Mais c'est aussi ce qui va faire qu'Antoine aimer Cléopâtre : alors qu'il arrive (avec ses chiens) bien décider à la ramener de force - enchaînée s'il le faut -, elle le reçoit avec faste et grandeur. A chaque argument viril, elle répond par un argument plutôt féminin.

Et , bien entendu, c'est elle qui gagne. Elle va même jusqu'à dévoiler son plan à un Antoine très (trop) sûr de lui : elle sait qu'Antoine veut la ramener de force à Rome. Mais même cet aveu fait partie de son plan. A partir de là, c'est le grand jeu. Nous assistons à une démesure royale. Des danseuses court vêtues, des plats raffinés, des coquillages emplis de pierres précieuses... Et ça marche ! Le visage de ce dernier s'éclaire peu à peu jusqu'à se rapprocher de celui de Cléopâtre. Et finalement, il succombe. Cela nous amène le point culminant de cette scène avec rideaux tirés, pétales et guirlandes de fleurs, danseuse, musiciennes, encens... Le tout dans un travelling arrière qui nous ramène au lieu de cette débauche de luxe : la réale de Cléopâtre aux avirons dorés maniés par des esclaves enchaînés - le pendant moins glorieux de tout ce faste.

Lui qui rêvait de conquérir l'Egypte est conquis par cette reine atypique.

Parce que Cléopâtre était une reine atypique : sa présentation rocambolesque à César (l'épisode du tapis), son affrontement avec Antoine, tout est fait pour nous présenter une personne hors du commun.

Mais la romance prend le pas sur la politique. Et on pourrait presque définir sa relation aux deux chefs de guerre ainsi : elle aima César qui ne l'aimait pas, et n'aima pas Antoine qui lui l'aimait.

Mais fut-ce le cas ? Et en ce qui nous concerne, quelle importance ?
Claudette Colbert est magnifique. Sa plastique ajoute à son charme, mais c'est son esprit un tantinet mutin qui fait tout son charme. Je reviens encore à sa rencontre avec Antoine, la scène clé du film : elle charme Antoine, elle l'imite dans son attitude renfrognée, elle le gâte, mais surtout, elle le maîtrise. Elle sera sa chute.

Et tout cela par calcul : alors qu'Antoine succombe, et avant que soient tirés les rideaux, elle a un regard pour son conseiller Appolodorus (Irving Pichel), un mouvement de tête, et le final de cette scène se met en place. Tout n'était que manœuvre pour attirer Antoine dans son lit.

Mais la fin était écrite. Tous ces gens doivent mourir. Et Cléopâtre, amoureuse par calcul d'Antoine est dépassée par ses sentiments. Ce qui ne fut tout au plus qu'une attirance devient véritable amour.

La mort d'Antoine, couplée avec la prise d'Alexandrie par Octave (!), sonne le glas de ses espérances.

Elle nous montre alors comment meurt une reine.

Les portes de l'Histoire se referment.

 

[Une scène de bataille avec force surimpressions, mêlant suggestion de violence et cadavres sanguinolents nous permet en outre de revoir des images de poursuite tirées des 10 Commandements (1923), du même Cecil B.]

 

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