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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Tod Browning, #Lon Chaney
Le Club des trois (The unholy Three - Tod Browning, 1925)

Hercules (Victor McLaglen) le colosse, Echo (Lon Chaney) le ventriloque et Tweedledee (Harry Earles) la petite merveille du XXème siècle (c’est un nain) végètent dans une foire aux monstres (et autres attractions), chacun dans sa spécialité, répétant à l’envi les mêmes gestes, les mêmes phrases pour gagner de quoi subsister, mais guère mieux. Pour arrondir ses fins de mois, Echo a une partenaire pickpocket très habile, la belle Rosie (Mae Busch).

Sous l’impulsion d’Echo, les trois hommes s’associent et vont écumer les maisons riches, sous couvert d’une boutique d’animaux tenue par Mrs O’Grady (Lon Chaney), une charmante vieille dame qui vit là avec sa petite fille Rosie et le bébé Willie (Harry Earles). Chose curieuse, les perroquets vendus ne parlent que quand c’est Mrs. O’Grady qui est là…

 

Première grande incursion dans le domaine de prédilection de Browning : les phénomènes de foire (il aurait travaillé dans sa jeunesse pour un cirque). La séquence d’ouverture annonce Freaks, bien sûr, et le personnage de Mrs. O’Grady celui de Madam Mandilip dans The devil Dolls. Bref, nous sommes pleinement dans l’univers du réalisateur.

 

Voilà une histoire bien scorsesienne que nous propose ce même Browning Browning, avec l’aide de Valdemar Young au scénario (1) : Echo est un homme ambitieux qui veut s’enrichir vite et mener grand train mais terminera somme toute là où il a commencé : un phénomène de foire qui répète à l’envi les mêmes gestes, les mêmes phrases pour gagner de quoi subsister, mais guère mieux…

Et comme Scorsese quelques décennies plus tard, Browning s’appuie sur une distribution solide, l’immense Lon Chaney en tête, cela va de soi. Pas de maquillage compliqué comme dans The Phantom of the Opera (sorti la même année) ou The Hunchback of Notre-Dame deux ans plus tôt : une perruque de cheveux blancs, des bésicles, un dos vouté et voilà une brave Mrs. O’Grady à qui on donnerait le bon Dieu sans confession. Mais si le maquillage n’est pas vraiment l’atout de Chaney ici, c’est encore une fois son visage qui retient toute notre attention.

Nous retrouvons, bien sûr, ce visage menaçant que nous avions découvert dans The Penalty (surtout, mais ailleurs aussi), d’une dureté incroyable, mais surtout il joue de la transformation de ce même visage pendant que l’intrigue se noue ou se dénoue. La discussion entre Echo et Rosie sur fond champêtre en est un magnifique exemple : ce visage dur va progressivement se transformer pour s’adoucir à mesure qu’il va prendre conscience de ce que lui dit Rosie.  Toujours aussi splendide.

 

A ses côtés, on trouve un colosse qui va faire parler de lui dans les années qui vont suivre (surtout chez John Ford) : Victor McLaglen. McLaglen était un acteur formidable et dont la truculence va s’épanouir chez ce dernier, mais face à un monstre tel que Chaney, il ne peut pas rivaliser. Il suffit de voir, pour s’en convaincre, A Girl in every port (Howard Hawks, 1928) : le muet ne l’a pas empêché d’être un grand acteur.

Autre « curiosité » du film, les débuts d’un acteur malheureusement sous-employé au cinéma (2) : Harry Earles. Plus jeune que dans Freaks où il sera véritablement reconnu, il possède encore l’aspect juvénile qui lui permet de se faire passer pour un bébé. Mais un bébé qui fume le cigare… (3)

Quant à la femme, Mae Busch possède ce qu’il manquait à Priscilla Dean quand elle jouait les mauvaises filles chez Browning : une attitude, une œillade qui font d’elle une partenaire crédible à ce personnage singulièrement maléfique (Echo).

Quant à Matt Moore, qui joue Hector McDonald, le candide de l’histoire, il a tout à fait le physique de l’emploi, ses lunettes épaisses chargeant son portrait de grand benêt trop gentil. Mais c’est d’ailleurs cette caricature de personnage qui rend l’intrigue un tantinet bancale : comment une fille comme Rosie peut-elle s’enticher d’un « grand bedas » (3) pareil ?

 

Autre élément qui gâche un peu le plaisir du film : outre le raccord raté avec le manteau d’Hector, la séquence champêtre mentionnée ci-dessus se passe devant une très belle tenture peinte qui a l’inconvénient de renvoyer les ombres des deux acteurs. Et une fois qu’on l’a vu, difficile de ne plus y penser…

Mais malgré cela, Browning réussit deux beaux moments de suspense : chez Mrs. O’Grady quand le policier (Matthew Betz) vient questionner la vieille dame est ses curieux colocataires, et au moment du procès d’Hector, accusé à la place du trio infernal (5).

Si la première séquence est un peu trop attendue (le mouvement de Tweedledee amène la montée en puissance de la tension), celle du tribunal est autrement plus réussie. Plus longue, tout d’abord, elle est amenée plus naturellement et bénéficie d’un montage à la hauteur : la caméra ne cesse d’aller d’Echo à Hector en passant par le juge qui fait ses dernières recommandations au jury avant la délibération. Et cela jusqu’au point culminant qui verra…

Mais je vous laisse découvrir, si ce n’est déjà fait, ce film de haute volée de Tod Browning.

 

Un film tellement réussi qu’il en fut fait un remake cinq ans plus tard (et dont j’ai déjà parlé ici), amenant ce qui manquait – mais pas trop quand même – à cette intrigue criminelle : la parole.

Normal, pour une histoire de ventriloque, non ?

 

  1. . D’après une histoire d’un certain Tod Robbins qui sera à nouveau adapté par le même Browning 7 ans plus tard avec encore une fois Harry Earles : Freaks. Mais ceci est une autre histoire.
  2. Sa stature peut expliquer facilement cette rareté.
  3. Robert Zemeckis s’en souviendra pour le personnage de Baby Herman dans Who framed Roger Rabbit ?
  4. C’est comme le bédas tourangeau, mais sans accent et accessoirement l’une des répliques favorites de ma grand-tante à mon encontre quand je ne savais pas ce qu’il fallait faire…
  5. La traduction française du titre original évacue l’aspect noir de ce trio : « le Trio infernal » aurait pu être une traduction acceptable, tout comme « le trio malsain » et autre(s) acception(s) de ce style.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Eric Lartigau, #Alain Chabat
Prête-moi ta Main (Eric Lartigau, 2006)

Luis « Pipou » Costa (Alain Chabat) a 43 ans, est le frère de frère de 5 sœurs et le fils d’une mère veuve. Ces 6 femmes n’ont qu’un seul souhait : que leur Pipou se marie.

Seulement voilà : Pipou ne veut pas se marier. Il préfère les aventures d’un soir. Mais comme il veut la paix, il va louer la présence d’Emma (Charlotte Gainsbourg) le temps de préparer un mariage qi va capoter au dernier moment.

Mais le dernier moment arrivé, Maman Costa (Bernadette Lafont) fait un malaise et demande après cette belle-fille idéale. Elle va donc revenir, et essayer de devenir imbuvable, histoire d’être oubliée.

Mais si c’était si simple… Il n’y aurait pas de film !

 

Jouissif.

Une histoire de famille comme on les aime (1), avec une distribution impeccable, avec en tête le duo vedette, cela va de soi. Le principe même du marché passé entre Luis et Emma est d’avance un marché gagnant pour les deux parties puisque nous savons que cette présence formalisée (et contractuelle) ne pourra pas s’en tenir aux différentes clauses négociées. Et c’est aussi cela qui est jouissif : comment va évoluer cette situation singulière vers une relation durable inévitable.

Et c’est là qu’est tout l’enjeu de ce film au final très subtil réalisé par Eric Lartigau.

 

Il était normal qu’à un moment Lartigau et Chabat se rencontrent, ayant tous les deux fait leurs armes à Canal Plus, du temps où  cette chaîne avait encore une réputation intacte (ou presque). D’ailleurs, on sent la patte du grand Alain dans le scénario, ainsi que dans une tenue particulière qui n’est pas sans rappeler un JTN calamiteux qui se termina par un « petit-suicide ». Mais il faut tout de même avouer que Chabat porte très bien les bas résilles.

 

Oui, c’est un film subtile, et ce malgré les réflexions d’Emma qui ne le sont pas toujours, dont l’extraordinaire «  je vais faire caca » qui est au final très peu utilisé sur grand écran. Mais qui s’en plaindrait ? Et je ne parle pas du choix (judicieux ?) du prénom Hercule dont la rime évidente ne nous est pas épargnée.

Il n’empêche, Eric Lartigau signe (déjà) une comédie agréable et pas si anodine au final. La relation de Luis avec sa famille n’est pas simple : comment faire le poids face à des décisions démocratiques prises par une majorité féminine quand on est le seul homme qui a voie (et donc voix) au chapitre ? A ce propos, la première décision prise par le G7 (3) après la mort du père en est une illustration parfaite.

Mais derrière cette situation que va progressivement compliquer Luis se cache une réalité toujours de mise : ceux qui ne veulent pas se marier mais qui sont sans cesse pressés voir pressurés par les autres, ceux qui croient que… Bref, un enfer pour ceux qui ne pensent pas comme tout le monde. On retrouvera ce traitement de la différence dans un autre film de Lartigau dont j’ai déjà parlé ici : La Famille Bélier.

Alors faites-vous plaisir, et laissez-vous aller à cette comédie pas si innocente que ça, une de ces comédies qui se déguste avec gourmandise. Et le duo Chabat-Gainsbourg est vraiment irrésistible.

 

  1. Enfin, comme je les aime…
  2. Seuls les initiés comprendront, désolé pour les autres…
  3. Rassemblement des membres de la famille autrefois présidé par le père et dont le G semble signifier « Gynécée ».

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Robert Z. Leonard
Mademoiselle Minuit (Mademoiselle Midnight (Robert Z. Leonard, 1924)

La jeune et belle Renée de Quiros (Mae Murray) est frappée d’une malédiction ancestrale : sa grand-mère Renée de Gontran (Mae Murray) était une jeune femme fantasque exilée au Mexique par l’impératrice Eugénie (Clarissa Selwynne) pour sa conduite scandaleuse : ses frasques nocturnes l’avaient fait surnommer « Mademoiselle Minuit » (d’où le titre).

Aujourd’hui, l’aïeule est morte depuis longtemps, mais la jeune Renée est tout de même cloîtrée dans sa chambre quand vient la nuit.

Un soir qu’elle fait le mur, l’hacienda familiale est attaquée par le bandit Manuel Coralles (Robert McKim) qui tue son père (Robert Edeson).

Elle est alors recueillie par son oncle Jose (Nick de Ruiz) qui fait partie d’un groupe de conspirateurs prêts à renverser le régime pour lequel le père de René a donné beaucoup.

Mais le jeune diplomate Jerry Brent (Monte Blue), amoureux de la jeune femme va tout faire pour la récupérer.

 

Après un prologue un tantinet convenu voire inutile, nous entrons dans le vif du sujet (ou plutôt de l’intrigue) avec cette jeune fille semble-t-il normale mais qui aurait des crises la nuit. Et c’est là que le bât blesse. A aucun moment on ne la voit se déchaîner, comme contrôlée par une puissance démoniaque et lubrique comme on pouvait l’imaginer. Au contraire, les quelques références à son ancêtre sulfureuse viennent de surimpressions fugaces qui voit une Mae Murray légèrement vêtue. Rien de bien méchant que tout ça. Et c’est bien dommage parce qu’on aurait attendu quelques élément véritablement parlants (ou du moins visuels) de cette conduite si extravagante. Mais Robert Z. Leonard n’est pas Stroheim et le spectateur reste sur sa faim.

Peut-être aussi que la présence de Mae Murray – madame Leonard à la ville – a découragé le metteur en scène d’exposer sa femme dans des attitudes (soi-disant) choquantes.

 

Toujours est-il qu’au lieu d’une folle, nous avons droit à une jeune femme tout à fait normale, avec les envies de son âge (1). Rien dans sa conduite ne laisse présager cette folie annoncée. La première séquence qui nous la montre donne d’ailleurs le ton : c’est une jeune fille courageuse mais pas téméraire et la teinte du film est à la comédie.

Oui, mais voilà : cette comédie ne fera que poindre dans cette intrigue politique avec ces conspirateurs de tous poils, oscillant sans cesse entre les deux tendances, la seconde prenant le pas sur la première.

Et c’est là que Leonard, encore une fois, rate l’occasion. Sa constante hésitation de ton entre le sérieux de l’intrigue politique et le potentiel comique de Mae Murray fait basculer le film vers le premier au détriment du second, et ce n’est pas la présence de Monte Blue (impeccable toutefois) qui rattrape le film.

 

On reste constamment sur sa faim devant cette comédie dramatique qui ne trouve jamais le véritable ton indispensable au bon fonctionnement du film. Seule (petite) consolation : une collection de méchants de toute beauté. Outre l’oncle qui est une malfaisant de la pire espèce, on trouve parmi ses sbires une domestique familière, la formidable Mathilde Comont (2), et le non moins talentueux Nigel de Brulier, habituels des rôles du genre, interprétant ici un docteur des plus inquiétants.

Mais ça ne suffit pas.

Dommage.

 

  1. Mae Murray, qui interprète ici une (très) jeune femme, va sur 35 ans quand le film sort.
  2. Elle interprète le prince perse dans le magnifique Voleur de Bagdad

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Gangsters, #Jacques Becker
Casque d'Or (Jacques Becker, 1952)

Amélie Elie était une prostituée du Paris de la Belle Epoque, tiraillée entre deux hommes : Joseph Pleigneur dit « Manda » et Eugène François Leca. Ces deux hommes vont se disputer la jeune femme jusqu’à ce que Manda et Leca soient arrêtés et envoyés en prison. Jugés et condamnés, ils sont envoyés au bagne de Cayenne, où seul Manda fera sa peine complètement (Leca s’est évadé et ne sera jamais retrouvé. De son côté, Amélie se range et épouse un bonnetier et vit en bourgeoise jusqu’à sa mort en 1933.

Ca, c’est (à peu près) la vraie histoire de Casque d’Or.

Ici, elle s’appelle Marie, et elle est interprétée avec beaucoup de brio par nulle autre que Simone Signoret qui la fera entrer dans la légende. Ou plutôt qui les fera rentrer dans la légende : Amélie pour une histoire romancée et romanesque, Simone pour le plus grand rôle de sa carrière.

Ici, Georges « Jo » Manda (Serge Reggiani) est un ancien repris de justice qui s’est rangé et donne dans l’honnête. Fortuitement, il rencontre un vieux compagnon de correction, Raymond « Le Boulanger » (Raymond Bussières) qui le présente à ses collègues, des Apaches comme lui, tous membres de la bande à Félix Leca (Claude Dauphin). Il fait en même temps la connaissance de marie dont il tombe amoureux. Mais tous les hommes sont amoureux de Marie, alors ce nouveau venu va chambouler la situation et amener la mort, inévitable.

 

Comme le fera dire dix ans plus tard John Ford dans The Man who shot Liberty Valance, si la Légende dépasse la réalité, on imprime la légende. Et cette légende de Casque d’Or est aussi enluminée et brillante que les cheveux blonds qui donnent à Marie/Amélie son surnom. Manda devient le héros de cette histoire d’amour tragique (1) et Leca le salaud dans tous les sens du terme : quel retournement alors que ce fut plutôt le contraire !

Mais peu importe la vérité, nous sommes au cinéma, et tout est permis, même de faire d’un tueur un héros, et d’une prostituée une femme vertueuse et fidèle en amour (2). Il faut dire que l’interprétation de Simone Signoret – qui avait été révélée avec Dédée d’Anvers trois ans plus tôt, est formidable. Elle est une femme pour qui on a envie de se battre, de risquer sa vie, rien que pour pouvoir la regarder dans les yeux. Et ici, les deux hommes (2) ne se contentent pas du sourire, surtout Leca.

Et c’est bien connu : en amour comme à la guerre, tous les coups sont permis. Alors Leca ne se gêne pas, devenant progressivement une véritable raclure.

 

Mais le centre de l’intérêt de ces deux hommes est le même que celui du spectateur : Marie. Elle n’est jamais appelée Casque d’Or par ses fréquentations, mais c’est normal : Jacques Becker donne à cette chevelure, dès que l’éclairage (3) le permet, une flamboyance et une brillance extraordinaire, traduisant d’une autre manière la passion qui illumine cette jeune femme. Même au moment le plus tragique, ces cheveux brillent de tout leur éclat, alors que l’éclairage est au minimum. Magique.

Et comme toujours, pour que des acteurs et actrices soient grands, il faut une distribution secondaire à la hauteur de l’enjeu. Et c’est le cas ici : outre Bussières toujours égal à lui-même, on retrouve la encore jeune Dominique «  Madame Mado, j’présume » Davray dans un  rôle de prostituée (étonnant, non ?), et toute une collection de gueules plus ou moins pittoresques, que ce soit du côté de la truande comme chez messieurs les argousins.

 

Bref, nous sommes à la fête et Becker signe ici un véritable chef-d’œuvre, recréant ce Paris de la Belle Epoque (5), avec ce far-west évoqué par les journaux aux apaches rudes et gouailleurs, où va se mêler la bonne bourgeoisie le soir, histoire de s’encanailler.

Ce film est tout à fait dans la lignée de ce qui se faisait avant la guerre, ces histoires réalistes (mais romancé »es tout de même) où la fatalité et le pessimisme l’emporte, et ce malgré tous les ingrédients d’une belle histoire d’amour.

Un film à voir et revoir, pour Simone Signoret d’abord, mais aussi pour (re)découvrir ce qu’était le cinéma français de qualité avant le bouleversement que va apporter la nouvelle vague, que d’aucuns qualifieront de vaguelette (6).

 

  1. Normal, c’est du cinéma français.
  2. Loin de moi de critiquer les « filles de joie » chères à Brassens, qui savent aussi bien aimer que les autres, même si leur métier les contraint à « vingt fois par jour ».
  3. En fait trois, avec Roland « Belle Gueule » Dupuis (William Sabatier), son premier régulier dans le film.
  4. Naturel selon l’intrigue, et donc artificiel, soutenu par la superbe photographie de Robert Lefebvre.
  5. Une mention pour Maurice Barnathan et son équipe pour cette recréation.
  6. N’est-ce pas, professeur Allen John ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fantastique, #Stephen Sommers
La Momie (The Mummy - Stephen Sommers, 1999)

Il n’est jamais bon de réveiller une momie qui sommeille. Surtout celle d’Imhotep (Arnold Vosloo), grand prêtre coupable d’avoir aimé Anck-Su-Namun (Patricia Velásquez) la femme de Pharaon (Aharon Ipalé), et d’avoir, avec elle, tué ce dernier. Enterré vivant (ou plutôt momifié vivant, il fut, tout comme son aimée, maudit par ceux qui l’ont condamné et oublié dans un tombeau à Hamunaptra.

C’est donc ce déplaisant personnage qui vient d’être réveillé en 1926 – en pleine saison archéologique égyptienne – et qui va tenter de se reconstituer et réveiller la femme qu’il aime, dont il retrouve les traits dans la jeune égyptologue anglaise Evelyn Carnahan (Rachel Weisz). Mais le beau et ténébreux Rick O’Connell (Brendan Fraser) veille sur elle, tut comme son frère Jonathan (John Hannah).

 

Bien sûr il s’agit du remake de l’excellent The Mummy (1932), et quel que soit le talent de Stephen Sommers, il est difficile de passer après un génie de l’image du calibre de Karl Freund. De même, difficile pour Arnold Vosloo de succéder à Boris Karloff.

Certes, les effets spéciaux numériques (encore un tantinet balbutiants) sont impressionnants, et en particulier cette momie décharnée qui laisse passer le jour à travers ce qui reste de son corps, mais malgré tout, je préfère  - et de loin – le film original. La débauche d’effets spéciaux enlève l’aspect inquiétant dû aux éclairages et aux cadrages du film de 1932.

Et la profusion finale de ces mêmes effets spéciaux lors de la destruction du tombeau atteint ses limites : cette destruction perd de son aspect spectaculaire recherché pour n’être pas mieux rendue qu’une quelconque destruction dans un film de la décennie ci-dessus mentionnée.

Dommage.

Dommage aussi de ne pas avoir conservé la personnalité double Evelyn/Anck-Su-Namun du film original qui ajoutait une dimension plus humaine à cette momie maudite.

 

Deux ans plus tard, Sommers et une grande partie de la distribution originale se sont attaqués à une suite (presque) inévitable du fait du succès du premier film. Si une suite n’est pas souvent judicieuse, ici, elle est quasiment vouée à l’échec : le premier opus ne remplissant pas toutes les garanties d’un film exceptionnel. Je n’en parlerai donc pas. Aujourd’hui.

Quant à ce remake, son essence même en dicte les limites : annoncé à grand son de trompette comme le remake du film de Freund, il n’en est qu’une pâle copie et n’atteint jamais la dimension de l’original.

Ca se laisse voir. Oui. Mais pas plus.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Carl Theodor Dreyer
Les Fiancés de Glomdale (Glomdalsbruden - Carl Theodor Dreyer, 1926)

Il n’y a pas à dire : le cinéma de Carl Theodor Dreyer est magnifique !

A partir d’une histoire toute simple et courue d’avance, il arrive à créer un grand moment cinématographique, superbement filmé par Einar Olsen, un petit bijou comme on aime en découvrir.

Tore Braaten (Einar Sissener) revient de la ville où il servait les autres. Il est revenu s’occuper de la ferme familiale qui tombe en ruine, son père (Harald Stormoen) n’ayant pas les moyens de payer un aide. Il retrouve par la même occasion la belle Berit Glomgaarden (Tove Tellback) avec qui il a grandi et qu’il a toujours aimée. Tout comme elle, mais son père, Ola Glomgaarden (Stub Wiberg) veut la marier à un riche héritier, Gjermund Haugsett (Einar Tveito). Ce que, bien entendu, elle refuse. Profitant d’une inattention de son père qui s’en va la marier, Berit s’enfuit mais chute de cheval. Elle est recueillie par les Braaten.

 

Comme je l’ai écrit plus haut, pas besoin d’être grand druide pour savoir qu’ils vont se marier et être heureux. Mais s’ils sont heureux, c’est après le film, puisque nous nous arrêtons au mariage. Et d’ailleurs, peut nous chaut à ce moment-là puisque nous avons eu la résolution heureuse attendue. Encore une fois, c’est dans l’élaboration de cette résolution que réside le talent de Dreyer. Rien ne nous est épargné dans cette histoire : les amoureux contrariés par un père un tantinet obtus, un prétendant jaloux et violent, un pasteur (Rasmus Rasmussen) à lunettes et gros cigare, sans oublier un sauvetage de dernière minute très griffithien.

Et bien que cette intrigue se situe au début du XXème siècle, nous n’avons que très peu d’indication temporelle, ce qui donne une dimension éternelle à cette intrigue.

 

Le seul élément qui nous permet de dire que nous ne sommes pas au XIXème siècle, voire plus tôt, c’est une réflexion du pasteur quant au consentement de la jeune promise qui est indispensable pour la célébration d’un mariage : s’il dénonce les menteurs (Ola et Gjermund), ils iront en prison. Normal, nous ne sommes plus au temps où les hommes décidaient tout pour leur fille ou leur future femme. Autre élément : Tore caresse l’idée de fuir en ville pour échapper à cette société rurale un brin archaïque. L’arrangement entre Ola et le père de Haugsett (Oscar Larsen) en est une très belle illustration, immédiatement contrebalancé par l’attitude rebelle de la jeune femme. Il y a dans ce Danemark décrit par Dreyer le poids de la tradition et un ancrage fort dans le passé. La révolution industrielle n’est pas arrivé »e jusqu’à Glomdal et on y retrouve les éléments communs à n’importe quelle paysannerie de ce début de siècle, que ce soit au Danemark ou aux Etats-Unis et ailleurs. Mais la grande différence se voit aussi aux amusements des jeunes gens le soir : ils vont danser sur la plaine (la lande ?) pendant que les jeunes américains vont dans des saloons et autres débits de boisson.

 

Mais malgré tout, l’histoire reste universelle et atemporelle. Et Dreyer sait y faire dans ce domaine, réussissant çà allier la tradition – costumes, pratiques ancestrales (etc.) – et le modernisme naissant avec les deux amoureux : non seulement Berit refuse Gjermund, mais en plus elle clame au monde qu’elle aime Tore, ce qui n’était pas spécialement courant à cette époque, le qu’en-dira-t-on étant ce qu’il est.


Et alors que l’histoire semble pliée et le mariage inévitable – que nous attendons depuis la rencontre entre les jeunes gens – Dreyer relance le film en ajoutant ce sauvetage de dernière minute, alors que Tore est emporté par les flots tumultueux d’une rivière à fort courant. Mais à la différence de Griffith, dont on sent planer l’esprit tout au long de cette séquence, Tore se sauvera lui-même. Mais il faut dire que les rapides n’ont rien à voir avec la cascade de Way down East !

Il n’empêche, Dreyer fait monter progressivement la tension pendant que Tore se débat, aidé puis desservi par les souches autonomes, sous le regard de plus en plus déconfit de Gjermund, responsable de cette séquence périlleuse. Et à nouveau, Dreyer se démarque du maître américain : Gjermund ne sera pas châtié comme le sont très souvent les méchants griffithiens : le mariage qui aura lieu est son seul châtiment.

 

Je terminerai en ajoutant que Dreyer a émaillé son intrigue de quelques moments comiques, dont les interventions pastorales sont la plus grande partie : ce pasteur qui chausse ses lunettes à chaque fois qu’il a quelque chose de grave à annoncer à ses interlocuteurs ne manque pas de sel. Pour le reste, je vous laisse découvrir…

 

NB : les parents de Tore (Harald et Alfhild Stormoen) étaient mari et femme dans la vraie vie.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #William Dieterle, #Charles Laughton
Quasimodo (The Hunchback of Notre-Dame - William Dieterle, 1939)

Encore un effort, on y est presque !

Après l’adaptation mémorable de Wallace Worsley en 1923, mémorable surtout pour la performance phénoménale de Lon Chaney, Hollywood nous propose une nouvelle mouture, tournée par un Allemand, le non moins talentueux William Dieterle, qui nous rappelle ici qu’il vient du pays où l’éclairage cinématographique doit ses lettres de noblesses.

Mais malgré tout cela, nous sommes encore bien loin de l’intrigue hugolienne qui reste plus que jamais (en 1939) taboue et surtout qui ne peut être proposée telle que l’avait voulu l’immense auteur, le Code Hays réprouvant certains éléments allant à l’encontre des bonnes mœurs. Enfin surtout de celles que le Code juge « bonnes ».

 

Nous retrouvons donc le sonneur de cloche, toujours aussi bossu, sous les traits – déformés – de Charles Laughton qui, reconnaissons-le, interprète un sonneur tout à fait acceptable, si ce n’était son élocution un tantinet trop fluide pour un tel personnage : comment Quasimodo peut-il s’exprimer avec une telle fluidité, n’ayant jamais eu les stimuli intellectuels nécessaires ? Passons.

Côté Esmeralda, c’est la superbe Maureen O’Hara qui prête ses traits à la Bohémienne, toujours aussi dansante mais un peu moins accompagnée de sa chèvre (1). Quoi qu’il en soit, elle a beaucoup plus de corps que Patsy Ruth Miller chez Worsley (2), mais demeure encore loin de l’archétype du personnage comme nous le montrera Jean Delannoy 17 ans plus tard avec la sublime Gina Lollobrigida.

 

Puis vient Frollo. Et c’est là que les choses se gâtent. Certes, comme le dit mon ami le professeur Allen John, nous sommes au cinéma, et il faut prendre le film pour ce qu’il est : une vision d’après un scénario. Mais on ne peut adapter impunément un tel classique de la littérature mondiale : le Frollo, personnage maléfique de l’histoire est ici Jehan (Cedric Hardwicke), frère de Claude (Walter Hampden) qui est pour sa part l’archevêque de Paris et donc le « patron » de et dans la cathédrale. Que Jehan soit le méchant de la partie est plus commode pour contourner le code Hays (toujours lui) qui ne peut accepter qu’un homme de Dieu devienne un assassin. D’ailleurs, même Delannoy respectera cet état de fait puisque son Frollo (Alain Cuny) ne sera pas identifié comme prélat ou autre robin.

Mais cela n’empêchera pas ce même Frollo de subir le même destin : précipité dans le vide du haut de la cathédrale. Mais j’anticipe.

Autre personnage haut en couleur : Clopin Trouillefou (Thomas Mitchell), qui ne conserve que son surnom, mais campe un roi d’argot (ou des gueux) truculent à souhait, n’évitant pas, lui non plus, son destin funeste.

 

Mais derrière la caméra, nous trouvons un William Dieterle très inspiré, soutenu par le travail magnifique de Joseph H. August qui est tout sauf un débutant, aidé d’un éclairage très inspiré qui amène es cadrages splendides et un jeu d’ombre et de lumière du plus bel effet.

Mais voilà : on ne peut claironner qu’on adapte le chef-d’œuvre de Victor Hugo et effectuer de tels changements. Certes, c’est un film, mais il ne faut pas trop prendre les spectateurs pour des imbéciles. Les changements – mineurs, tout compte fait – sont une chose, dénaturer l’intrigue en est une autre. Dieterle, avec l’aide active de Sonya Levien, nous refait le même coup que Worsley seize ans plus tôt en sauvant Esmeralda pour une happy end, certes, mais totalement en contradiction avec l’intrigue originale.

 

Est-ce à cause de cette trahison (3) que le préposé à la traduction des titres (4) de films n’a pas voulu que le film s’intitule tout naturellement Notre-Dame de Paris ? En effet, le titre original est celui qui fut imposé à la traduction du roman d’Hugo. Et même en 1923, le film fut traduit ainsi.

Toujours est-il que malgré ces défauts, Quasimodo reste une adaptation brillante d’un réalisateur inspiré, servi par une distribution à la hauteur de l’événement, grâce aussi au travail de maquillage formidable de Perc Westmore qui n’est même pas crédité au générique.

 

Alors oubliez ce que je viens décrire, et précipitez-vous sur cette nouvelle adaptation du roman d’Hugo – la sixième si je ne m’abuse (comme dirait Fritz Lang) – rein que pour Charles Laughton. Et puis aussi Maureen O’Hara…

 

  1. Il semble que le nom de cette chèvre – Djali – n’ait pas conquis les grâces de Sonya Levien (qui signe le scénario) puisqu’elle se fait appeler ici Aristote (en VO : « Aristotle »).
  2. D’un autre côté, qui en aurait moins ?
  3. C’est peut-être un peu fort comme terme. Encore que…
  4. Il devait y en avoir un, c’est sûr.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Delmer Daves
3 h 10 pour Yuma (3:10 to Yuma - Delmer Daves, 1957)

Yuma (Arizona) est une ville célèbre pour deux choses :

  1. C’est la ville la plus ensoleillée au monde (plus de 4000 heures de soleil par an) ;
  2. On y trouve un pénitencier modèle qui fut en activité entre 1876 et 1909, et qui sert ici de but ultime de l’intrigue.

Mais reprenons.

Ben Wade (Glenn Ford) et sa bande écument l’Arizona, dévalisant les diligences sans faire trop de détail. Un jour, près de Bisbee, ils attaquent la diligence de trop. Ils sont reconnus par Dan Evans (Van Heflin) qui menait son troupeau avec ses fils. Ben Wade est arrêté à Bisbee et doit être emmené à Contention pour prendre le train : celui de 3 h 10 pour Yuma (d’où le titre). Mais personne ne veut s’occuper d’un prisonnier aussi dangereux, surtout que sa bande est tout proche, attendant la moindre occasion pour délivrer son chef.

Acculé par la sécheresse qui fait rage, Dan Evans accepte de l’emmener contre récompense.

Si l’arrivée à Contention se passe sans encombre, l’attente va se révéler terrible, surtout que Charlie Prince (Richard Jaeckel) a retrouvé son chef et convoqué quelques-uns de ses complices.

 

Delmer Daves voulait tourner un western différent, changer de ton. Il y parvient avec brio, signant l’un de ses plus beaux films, servi par un duo de talent en la personne de Glenn Ford et Van Heflin. Les deux acteurs s’opposent avec beaucoup de subtilité, dans leurs personnages comme dans leurs physiques : on y retrouve une part du manichéisme traditionnel, accentué par la « belle gueule » de Glenn Ford en opposition avec le physique singulier de Van Heflin. Le « beau méchant » contre le gentil quelconque. Mais cette opposition physique n’est qu’une petite partie de l’affrontement qui est lui-même une sorte de huis clos élargi.

Huis clos parce que c’est dans la chambre d’hôtel que les deux protagonistes vont réellement s’affronter, mais que pendant ce temps, il se passe des choses en dehors et que ces mêmes choses vont tenter d’entrer : le frère (Sheridan Comerate) du conducteur de la diligence que Wade a tué, les complices de ce même Wade qui veulent abattre Evans, ou encore les incursions de Butterfield (Robert Emhardt), le propriétaire de la ligne de diligence et accessoirement celui qui offre la récompense.

Mais ce huis clos ne dure pas puisqu’il faut bien sortir de l’hôtel pour aller prendre le train. Et cette sortie finale correspond à l’affrontement incontournable – et lui aussi final – entre Evans et la bande de Wade.

 

Bien sûr, on retrouve des similitudes avec le formidable High Noon de Fred Zinnemann – un train qu’on attend, des soutiens qui lâchent le héros – mais la grande différence vient de l’opposition entre celui qui est estampillé comme le méchant et son opposant. Et ce méchant, à l’instar des principes hitchcockiens, est très réussi. Tout d’abord parce que c’est Glenn Ford, en contre emploi de ses rôles habituels. D’ailleurs Daves lui avait de prime abord proposé le rôle d’Evans qu’il avait décliné, préférant celui de Wade. Et ce choix est des plus judicieux, l’aura de Ford amenant une dimension ambiguë dans son personnage.

Parce qu’il ne faut pas s’y tromper : Wade est un bandit de grand chemin. Si l’attaque de la diligence ne concerne que la cargaison d’or qu’elle transporte, elle se solde tout de même par la mort de deux personnes, le conducteur de la diligence (Boyd Stockman) et un membre de la bande de Wade, les deux tués par ce même chef.

 

Mais malgré cet aspect dangereux, on ne peut, en tant que spectateur, haïr le personnage. Tout d’abord parce que c’est Ford, mais aussi parce qu’il présente certaines qualités évidentes : une certaine éducation couplée à un charme irrésistible. Et ce charme opère aussi sur les rares femmes du film : Alice Evans (Leora Dana) la femme de Dan, et Emmy (Felicia Farr), la serveuse du saloon de Bisbee. Cette dernière est d’ailleurs la raison pour laquelle Wade va se faire pincer : le charme de la jeune femme le fait s’attarder dans la ville, erreur fatale bien connue.

Et ces deux femmes sont elles aussi très différentes : d’un côté la femme fidèle qui endure les mêmes souffrances que son mari ; de l’autre la femme qu’on qualifierait de « facile », mais dont le passé tumultueux explique son attitude envers Wade. Et Daves va jusqu’au bout de la relation entre elle et Wade puisqu’une ellipse évidente nous montre qu’ils couchent ensemble, peu avant l’arrestation de Wade.

 

Et le tour de force de Daves dans ce film, c’est l’attente qui fait monter crescendo la tension, jusqu’à l’explication finale, avec une formidable opposition entre ces deux hommes. Avec en prime une distinction pertinente d’avec le film de Zinnemann : alors que Will Kane (Gary Cooper) qui attend dans High Noon a de bonnes raisons d’attendre le train parce que représentant de la loi et un passé commun avec celui qu’il attend, Evans n’a aucune inimitié envers Wade. On sent même une certaine attirance vers cet homme si différent de lui pour qui la vie semble si facile et surtout très riche (financièrement mais pas seulement). Et les différentes insinuations de Wade pour amener Evans à le laisser partir complètent l’aspect particulier de ce personnage « pas si méchant que ça », donnant l’impression qu’Evans lui aussi tombe peu à peu sous le charme de Wade.

 

Je ne me prononcerai pas sur la résolution de l’intrigue – pour laisser ceux qui n’ont pas vu le film la découvrir – mais sachez tout de même que la morale est sauve malgré tout, Glenn Ford ne pouvant interpréter un salaud absolu, sans oublier une happy end inévitable.

En conclusion je me contenterai de citer Les Sept Mercenaires en disant tout simplement : « seuls les paysans gagnent ».

 

 

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Michael Crichton
La grande Attaque du train d'or (The first great train Robbery - Michael Crichton, 1978)

 

Londres, 1855.

Victoria est au pouvoir depuis maintenant dix-huit ans et la Guerre de Crimée fait rage, loin, là-bas, à l’Est. Et toutes les semaines, la banque d’Angleterre envoie 25.000 livres en lingots d’or pour l’entretien des troupes. Ces 25.000 font des envieux mais voilà : ils sont emmenés par le train et un vol n’a encore jamais été commis sur un train en mouvement.

C’est donc à ce nouvel exercice que l’élégant Edward Pierce (Sean Connery) va se livrer, aidé pour cela par un maître-pickpocket, Robert Agar (Donald Sutherland), et sa compagne la belle Miriam (Lesley-Ann Down).

 

Je l’ai déjà écrit ici, les films où les protagonistes montent un casse ont toujours beaucoup de succès. C’est le cas de celui-ci, dirigé par Michael Crichton qui a aussi signé l’adaptation… De son propre roman (1). Et ce vol audacieux se couple d’une reconstitution du Londres de 1855, avec ses belles dames aux beaux atours, et ses beaux messieurs en haut-de-forme. Mais pas seulement : on a aussi droit à quelques visites dans le Londres plus populaire, où les truands côtoient les prostituées, et où le chaland étourdi le sera encore plus dans une ruelle sombre, par un voleur opportuniste. N’oublions pas que Londres est alors une ville très criminelle et encore, je ne parle pas des hommes politiques (2). Et notre trio est habitué à ces bas-fonds, où les lupanars fleurissent et où sont aussi organisées des courses de rats (3).

Dernier détail pittoresque : la présence d’un troupeau de moutons : si la « révolution » industrielle bat son plein, n’oublions pas que l’Angleterre est encore très rurale.

 

Bien entendu, on pense – du fait du titre – au film primitif d’Edwin S. Porter, auquel Crichton a ajouté un first (première) devant : le temps de l’intrigue lui est antérieur. Et bien sûr, le format – 110 minutes – permet de régaler les spectateurs en exposant les différents stratagèmes employés par le duo vedette – comment récupérer les quatre clés indispensable à l’ouverture du coffre – et aussi le casse en lui-même qui permit à Sean Connery d’effectuer de belles cascades : sauter d’un wagon à l’autre pendant que le train file tout de même à près de 60 km/h (4), sans oublier la fumée et les cendres… Bref, du grand spectacle, servi par un trio bien assorti, dont Donald Sutherland avec de magnifiques favoris.

 

Crichton prend le parti de la comédie et nous montre des truands qu’on pourrait facilement qualifier de gentlemen-cambrioleurs si le terme n’était pas déjà utilisé par quelqu’un d’autre. Edward Pierce est un formidable menteur, mais son allure et son style en font un véritable homme du monde. Pour agar, c’est un peu moins flagrant : c’est un homme de la rue – c’est là qu’il exerce ses talents – et il n’a pas la même classe que son acolyte. Certains diront que c’est normal : Connery était un Britannique, alors que Sutherland vient des colonies (Canada).

Troisième élément du trio, Miriam est actrice, ce qui permet à Lesley-Ann Down de nous montrer son talent : entre grimage et jeu sur les différents accents anglais ou étrangers, elle excelle dans cette petite mise en abîme de la comédie.

 

Mais si comédie il y a, il ne faut pas oublier la place de la tragédie. N’oublions pas que Pierce et agar sont avant tout des brigands et celui qui les trahit a intérêt à disparaître de lui-même, s’il ne veut pas qu’ils s’en chargent. Définitivement. Autre élément moins drôle : l’exécution d’une femme par pendaison, avec le public venu en nombre pour voir le spectacle. La foule scande tout le long de cette « cérémonie » un lancinant : « oh my, I think I’m gonna die » (5) qui ne sera interrompu que par la bascule de la potence, amenant les applaudissements nourris de ces spectateurs comblés. Terrible.

 

Par contre, on peut reprocher quelques petits détails à Crichton : la surimpression n’est pas toujours très bien faite, et surtout, la cathédrale Saint-Paul fait vraiment fausse. Et puis il y a les fils électriques. ILS sont tout le long de la voie de chemin de fer, et dès qu’on les a remarqués, on ne voit plus qu’eux. Pas sûr qu’ils étaient là à cette époque, et surtout aussi nombreux…

Pour le reste, on appréciera à sa juste valeur la photographie de Geoffrey Unsworth dont c’est le dernier film, et on savourera avec gourmandise cette histoire (tout de même) pour rire où l’alliance Connery-Sutherland fonctionne parfaitement.

 

  1. On n’est jamais mieux servi que par soi-même.
  2. Elle était facile, celle-là. Désolé.
  3. Un chien doit tuer un nombre précis de rats dans un temps imparti : les parieurs misent sur la réussite ou non du challenge. Vous avez dit barbare ?
  4. 40 miles par heure au lieu des 20 prévus…
  5. « Mon Dieu, je crois que je vais mourir. »

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Jean Delannoy
Notre-Dame de Paris (Jean Delannoy, 1956)

Paris, 1482 : crépuscule de Louis XI (Jean Tissier)…

Sur le parvis de Notre-Dame, Esmeralda (Gina Lollobrigida) dans et chante, pendant que les spectateurs l’admirent amoureusement. Parmi eux, deux personnages particuliers : Claude Frollo (Alain Cuny), dévot tourmenté, et le sonneur des cloches de la cathédrale, Quasimodo (Anthony Quinn).

Autour d’eux, c’est un Paris qui enterre le Moyen-âge, avec ses mendiants menés par Clopin Trouillefou (Philippe Clay), et ses soldats menés par Phœbus de Châteaupers (Jean Danet), sous l’égide gigantesque de l’édifice gigantesque consacré

 

C’est à un double monument que Jean Delannoy s’est attaqué : la cathédrale d’un côté et le roman de Victor Hugo de l’autre. Et si l’un est très bien exploité, l’adaptation de l’autre est tout de même plus fidèle que la version de Wallace Worsley. Mais comme toujours dans le cas de cette histoire, c’est vers le personnage le plus spectaculaire qu’on se tourne : Quasimodo.

Et on peut l’avouer, à nouveau nous avons un Quasimodo repoussant à souhait, au corps difforme et au visage cyclopéen très impressionnant. Certes, ce n’est pas Lon Chaney, mais on peut tout de même saluer le travail de Louis Bonnemaison et/ou Georges Klein dans l’élaboration du personnage.

De plus, la performance d’Anthony Quinn dans ce rôle ô combien emblématique est à la hauteur de l’événement : la première adaptation en couleur du roman de Hugo.

 

Il y a dans cette adaptation l’élan épique des nombreuses superproductions françaises – en couleur ou non – qui ont émaillé les décennies 1950-1960, où les distributions sont aussi prestigieuses que les intrigues traitées. Avec aussi le revers de la médaille : on néglige un peu ce qu’il se passe pour reconnaître tel où telle interprète. Et ce film ne fait pas exception : on s’amuse à voir Boris Vian dans un rôle d’ecclésiastique haut gradé (le cardinal de Paris, excusez du peu), ou encore Daniel Emilfork (Andry le Roux), pour ne citer qu’eux.

 

Et puisque nous en sommes à l’interprétation, arrêtons-nous sur l’autre personnage principal : Esmeralda. Gina Lollobrigida est une parfaite Esmeralda. Et le fait qu’elle ne soit pas doublée accentue l’aspect exotique de son personnage (1), mais surtout apporte une touche de réalisme bienvenue (2).

Patsy Ruth Miller (dans le film de 1923) fut une Esmeralda plutôt quelconque, débordée par un Quasimodo (Lon Chaney) trop spectaculaire pour ses partenaires. De son côté, Maureen O’Hara (en 1939 chez William Dieterle) est superbe mais n’a pas le physique attendu du personnage (pas assez brune, ni les yeux noirs indispensables).
Et Gina réunit toutes les caractéristiques et la sensualité du personnage, même dans sa robe austère de condamnée à mort.

 

De son côté Anthony Quinn est un Quasimodo fort acceptable et le handicap de son personnage justifie pleinement qu’il ne soit pas non plus doublé. Par contre, on peut se dire que Quasimodo parle beaucoup dans ce film… Le seul reproche qu’on peut faire au jeu de Quinn, c’est de se tenir trop droit : on en oublie presque qu’il est bossu !

Dans l’ensemble, les personnages sont bien campés, mais encore une fois, le jeu (trop) lisse d’Alain Cuny laisse à désirer. Il me paraît évident que ce dernier aurait eu beaucoup de mal dans la période muette du cinéma : son visage n’offre que très peu de variétés, affaiblissant de ce fait le personnage interprété.

De son côté, Jean Danet est un Phœbus lui aussi très acceptable ne serait-ce son physique plutôt commun face à une Esmeralda aussi magnifique : on aurait préféré (3) un jeune premier plus caractéristique, voire plus séduisant (4).

 

Au final, Jean Delannoy s’en tire plutôt bien dans cette adaptation, mais on peut tout de même regretter plusieurs choses :

  • le format du film (115 minutes) qui ne permet pas de retranscrire la richesse du roman original ;
  • une mise en scène plutôt sage à laquelle manque un véritable souffle épique, surtout dans l’attaque de la cathédrale par les troupes du Royaume d’Argot.

 

Mais rien que pour Esmeralda et Quasimodo, on ne va pas bouder son plaisir…

 

  1. On l’appelle « Egyptienne » bien qu’elle ne le soit pas du tout…
  2. J’ai déjà parlé ici des doublages systématiques des vedettes étrangères (cf. Paris brûle-t-il ?).
  3. Enfin, « on », c’est surtout moi.
  4. Au hasard (?) : Gérard Philipe.

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