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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Navets, #David Lynch
Dune (David Lynch, 1984)

Une planète de sable.

Un jeune homme doué qui apporte un nouvel espoir.

Un empereur galactique qui compte bien le rester.
Une guilde toute puissante.

Et l’espace infini (enfin presque) comme décor.

Non, ce n’est pas une resucée de Starwars mais bien l’adaptation d’une œuvre plus ancienne : le roman de Frank Herbert (1965). Et comme je ne l’ai pas lu, je ne vous dirai certainement pas ce que je pense de cette adaptation en tant que telle, mais plutôt du film lui-même, ce qui me semble beaucoup moins périlleux.

Encore que.

 

Arrakis, qu’on appelle aussi Dune est donc la planète centrale de cet univers : on y trouve – et donc extrait – une substance précieuse : l’Epice. Cette Epice est une sorte de drogue aux vertus multiples dont la longévité pour celui qui en prend, ainsi qu’un élargissement de la conscience (1). L’empereur Padishah Shaddam IV (Jose Ferrer) va alors intriguer en montant deux peuples l’un contre l’autre (sans beaucoup les pousser, rassurez-vous) afin de contrôler encore plus la substance précieuse.

Seulement voilà : Lady Jessica Atreides (Francesca Annis) a mis au monde (contre toute attente) un fils aux pouvoirs spéciaux : Paul (Kyle McLachlan).

Et si ce dernier était le Messie attendu par les Fremen, les véritables maîtres d’Arrakis ?

 

Il s’agit ici d’un pur produit des années 1980. En effet, outre la musique (électro) qui le baigne, on y retrouve une façon de filmer très répandue à cette époque. Et David Lynch est tombé dans le piège de cette adaptation. Certes, il a rassemblé autour de lui une distribution impressionnante, mêlant quelques vieilles gloires (La Mangano, José Ferrer) et des jeunes talents du moment (Sting, Sean « Rachel » Young, Kyle McLachlan…) et même Freddie Jones qui se trouvait déjà là sur son film précédent.

 

Et c’est quand on mentionne ce film précédent qu’on a l’impression d’appuyer où ça fait mal. Après l’extraordinaire Elephant Man, n’être capable de réaliser que ça !

On sait tous que David Lynch n’est pas un réalisateur prolixe et qu’un film lui demande du temps. Celui-ci, bien sûr en a demandé beaucoup pour la post-production, mais pour le reste, on a de quoi être déçu.

 

Les décors sont certainement les éléments les plus réussis du film, essayant justement de se distinguer de l’influence Starwars (le troisième épisode concluant la trilogie originale est sorti l’année passée) : les intérieurs sont magnifiques, rappelant par certains aspects les péplums d’antan (années 1950). Ce sont d’ailleurs les premiers intertitres de présentation qui induisent cet effet : le lettrage rappelle celui des 10 Commandements (Cecil B. DeMille, 1956)… Et la première séquence qui voit l’empereur recevoir un membre de la guilde n’est pas sans rappeler Ramsès (Yul Brynner) dans une situation similaire de réception.

Et d’une certaine mesure, l’impression générale du film est celle d’un péplum steam punk, où Paul serait le Moïse des Fremens, luttant contre l’infâme pharaon Padishah Shaddam IV, avant d’être exilé dans le désert d’où il reviendra semer la justice – et ici la violence en prime.

 

Mais voilà, ça ne fonctionne pas aussi bien, et surtout, le film a pris un sérieux coup de vieux depuis l’avènement du numérique. On peut encore une fois souligner le très bon travail de Matt Whitlock, mais cela ne suffit pas. La déferlante numérique a tout balayé sur son passage, et Dune en est une victime toute désignée.

Ce fut un échec à sa sortie.

Normal.

 

  1. Peut-on dire qu’elle ouvre les « portes de la perceptions » ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #James Mangold
Walk the Line (James Mangold, 2005)

Tout commence à Represa (Californie), 1968.

Johnny R. Cash (Joaquin Phoenix) va entrer en scène. Avant cela, il se remémore comment il en est arrivé là. De son enfance à sa déchéance due à la drogue (des cachets qui ne rapportent que des ennuis), en passant par ses débuts avec d’autres jeunes gens comme lui : Jerry Lee Lewis (Waylon Payne), Roy Orbison (Johnathan Rice), et bien sûr l’incontournable Elvis (Tyler Hilton).

Mais c’est avant tout sa relation – compliquée – avec celle qui sera son grand amour qui est au centre de cette vie qui a failli être ratée : June Carter (Reese Witherspoon).

J’oubliais : le public enthousiaste est constitué dans sa presque totalité de prisonniers… Normal, Represa, c’est la fameuse prison de Folsom.

 

Géant.

Encore une fois, James Mangold nous a gâtés. Quinze ans avant Baz Luhrmann et son formidable Elvis, il dresse un portrait magnifique d’un des précurseurs du rock blanc américain : l’immense J.R. Cash. Et permettez-moi ce (mauvais) jeu de mots : il est cash !

Pas de fioriture ni de délire ou d’éléments pathétiques. Un homme – quel homme ! – tout simplement, avec ses qualités et ses défauts, marqué par un père injuste ( Robert « T-1000 » Patrick) et surtout la mort trop tôt d’un frère aimé et considéré comme meilleur que lui (surtout par ce même père).

Mais c’est avant tout sa musique qui fait tout le sel de cette intrigue prévisible – on sait qu’il meurt à la fin (le 12-9-2003) – mêlant avec bonheur la country et le rock. Mais surtout son intérêt pour la Prison en tant qu’institution, qu’il transcrira avec beaucoup de talent à travers Folsom Prison Blues bien sûr, mais aussi I got Stripes (1).

Certes, Johnny Cash n’a pas eu le même succès  qu’Elvis, mais il a déjà duré plus longtemps. Mais c’est sans doute son aspect country qui ne lui a pas permis d’avoir la même notoriété mondiale que le King : c’est un genre très américain qui ne fait pas toujours l’unanimité (2). Et Cash fut une grande star outre atlantique, ce qui n’est que justice : ses chansons – à texte ! – et sabelle voix grave ont beaucoup fait pour son succès.

Et James Mangold fait de ce film un superbe hommage à cette grande star, choisissant un duo tout aussi superbe pour interpréter ces deux amis-amants-mais-pas-trop.

 

Encore une fois, Joaquin Phoenix est époustouflant. Lui aussi n’est pas Johnny Cash, mais c’est tout de même ce dernier qu’on voit évoluer avec plus ou moins de bonheur sur ces différentes scènes, pas toujours sobre non plus. Il cerne très bien le personnage, sa façon de chanter (les deux acteurs ne sont pas doublés), et sa tenue particulière de guitare (horizontale). Bref, finalement, il est Johnny Cash (3). Décidément, cet acteur sait vraiment tout faire. Tant mieux.

De son côté, la belle Reese Witherspoon est une June Carter fort appréciable (euphémisme), jouant dans le même registre que son partenaire (notez la performance !) et interprétant celle qui fut plus qu’une muse pour le chanteur. Elle s’impose dans le film autant que son personnage dans la vie de Cash. Et les récompenses qu’elle en tira ne furent certainement pas imméritées.

 

Bref, un biopic comme on les aime – enfin comme moi je les aime – avec une bande originale qui vous les poils au garde-à-vous, et pas besoin de connaître le répertoire ce grand artiste pour apprécier ses diverses création : l’émotion est là.

Du cinéma, quoi !

 

PS : Si Johnny Cash et June Carter sont morts tous les deux en 2003, on oublie de dire que Sam Philips (Dallas Roberts dans le film) est lui aussi mort cette année-là, le 30 juillet : c’est lui qui a enregistré – entre autres – le premier disque de Cash.

 

  1. « J’ai des rayures » : celles de l’uniforme de prisonnier.
  2. J’aime bien, mais sans en abuser non plus…
  3. D’un autre côté, c’est ce qu’on demande à un acteur…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Monta Bell, #Marion Davies
Lights of Old Broadway (Monta Bell, 1925)

Décidément, Marion Davies était une très grande actrice ! Ce n’est pas la première fois que je le dis, mais tout de même, il y a chez elle un jeu qui, même s’il se rapproche de Mary Pickford, lui reste malgré tout très personnel. Alors que Mary interprétait des très jeunes filles, les personnages de Marion paraissent un tantinet plus âgés, presque comme si l’une interprétait l’autre plus tard. D’ailleurs, Marion étant arrivée après Mary, c’est un peu cela qu’il s’est passé… Alors si on ne peut que reconnaître le talent de Pickford, ne négligeons pas celui de Davies qui s’exprime différemment, mais avec autant de force.

Mais revenons.

 

Anne De Rhonde (Marion Davies) est une jeune femme de bonne famille : fille d’un banquier de l’aristocratie new-yorkaise, elle passe des journées paisibles et oisives, à l’abri du besoin, en attendant d’épouser un fils d’une autre bonne famille.

Fely O’Tandy (Marion Davies), est une jeune fille rugueuse des bas-fonds new-yorkais, vivant au croisement entre la 5ème rue et la 59ème. A Broadway donc, avant que ce quartier devienne prestigieux.

Adulte, elle est danseuse chez Pastor (George Bunny) et fait la rencontre du jeune (et séduisant) Dirk De Rhonde (Conrad Nagel), le frère d’Anne. Mais pour De Rhonde père (Frank Currier), il n’est pas question d’une telle mésalliance. Et en plus, les O’Tandy occupent illégalement le terrain des De Rhonde.

L’affrontement est donc inévitable.

J’oubliais : si les deux jeunes femmes se ressemblent autant (et pour cause !), c’est avant tout parce qu’elles étaient sœurs jumelles et que les deux familles les ont adoptées à la mort de leurs parents pendant la traversée qui les mena en Amérique.

 

Bien sûr, l’affrontement n’est pas le véritable enjeu du film : c’est avant tout l’histoire d’amour entre Anne et Dirk. Même la sororité entre Anne et Fely n’est pas exploitée autant qu’elle aurait pu : elle ne constitue pas un véritable enjeu dans l’intrigue et Monta Bell ne l’exploite que très peu, préférant suivre la truculente Fely plutôt que la mièvre Anne. Cela ne l’empêche pas de faire se rencontrer deux fois les deux jeunes femmes, mais sans pour autant en faire des séquences de prouesse technique : tout est dans le montage puisqu’on ne voit jamais les deux visages en même temps, l’utilisation des champ/contrechamp est suffisante.

Non, la prouesse est ailleurs : Monta Bell réussit à réaliser une belle comédie avec un sujet somme toute assez tragique.

 

En effet, outre l’expulsion des Irlandais de leur taudis, nous assistons à des scènes de violence – une émeute dirigée contre les « aristocracks » comme dit O’Tandy père (Charles McHugh) une tentative d’assassinat et un crack boursier qui va plonger les De Rhonde dans la pauvreté – sans pour autant perdre le sourire né de la première apparition de Marion Davies.

Parce que Monta Bell traite ces différentes étapes du scénario avec la rigueur nécessaire pour en tirer pleinement les effets comiques (1). De plus, les différents interprètes utilisent pleinement leur potentiel comique pour faire de ce film une réussite. Outre Marion Davies qui est irrésistible (dans la joie ou la tristesse), on savoure la prestation de Charles McHugh dans le rôle de cet Irlandais vindicatif, grand consommateur de briques, surtout celles qui rebondissent sur le nez des riches. Devenu riche lui-même, sa nouvelle apparence n’a pas grand-chose à voir avec celle de son ennemi juré : il ressemble plutôt à un leprechaun, surtout avec son chapeau à ruban.

 

Bien  sûr, l’affrontement aura lieu, mais il sera, comme dans une autre bagarre célèbre (2) entre deux autres Irlandais – Sean Thornton (John Wayne & Red Will Danaer (Victor McLaglen) dans L’Homme tranquille – l’occasion d’une solide amitié qui en plus sert l’intrigue amoureuse parfaitement.

 

Bref, une très belle comédie qui voit réuni pour la première fois le duo Davies-Nagel (il y en aura deux autres), où Marion Davies est (encore une fois) magnifique. Il est tout de même bien réducteur de la comparer à la Susan Alexander (Dorothy Comingore) de Charles Foster Kane (Orson Welles), parce qu’elle eut une liaison avec Hearst qui a inspiré Citizen Kane.

Parce que si Susan Alexander n’avait aucun talent, Marion Davies en avait à revendre !

 

  1. La comédie, c’est sérieux !
  2. Robert Israel, qui signe ici une nouvelle partition pour le film, en reprend d’ailleurs un thème…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fanstatique, #Aleksandar Petrovic
Le Maître et Marguerite (Majstor i Margarita - Aleksandar Petrovic, 1972)

Le « Maître » Nikolaj Afanasijevic Maksudov (Ugo Tognazzi) fait répéter sa nouvelle pièce de théâtre : Ponce Pilate. Il aperçoit puis rencontre une jeune femme, Marguerite (Mimsy Farmer), de qui il tombe amoureux. Et c’est réciproque.

Mais nous sommes dans l’URSS de l’entre-deux guerres, et une pièce au contenu religieux est très mal vue des autorités qui vont tout faire pour la saboter.

Heureusement (?), le Maître à un ange gardien qui veille sur lui : le professeur Woland (Alain Cuny), spécialiste en Magie Noire. Sauf que c’est un ange déchu connu sous d’autres noms, Lucifer étant le plus emblématique (1).

 

C’est un film halluciné qui nous est ici proposé. Nous naviguons dans les eaux troubles du fantastique, mais malheureusement sans le savoir faire américain, ce qui se fait ressentir à différents moments. Du roman de Mikhaïl Boulgakov (écrit entre 1927 et 1939), l’intrigue en est (très) librement inspirée, mais le film reste malgré tout un pur produit de son époque : les années 1970.

Entre hallucinations et racolage, Aleksandar Petrović tente de mener à bien son film dont les effets spéciaux laissent tout de même à désirer.

 

On peut établir un parallèle entre ce film et Les Visiteurs de Soir de Marcel Carné. En effet, l’un des personnages centraux est là aussi le Diable, accompagné de deux acolytes singuliers : Azazello (Pavle Vuisic) et Korovjev (Velimir « Bata » Zivojinovic). Et, cerise sur le gâteau, c’est cette fois-ci Alain Cuny qui interprète le Diable, alors qu’il n’était qu’un démon de seconde zone trente ans plus tôt.

Mais à la différence du film de Carné, Cuny est ici beaucoup plus convaincant (2) : il possède le flegme et la retenue indispensable au rôle pour en faire un personnage fascinant.

 

Et d’une certaine manière, c’est l’interprétation qui sauve ce film pas toujours très bien fichu : comme je l’ai déjà écrit plus haut, les effets spéciaux ne sont pas convaincants (pas toujours très bien réalisés surtout), et le final dénudé (3) qui ajoute à la confusion de l’intrigue.

Outre Alain Cuny, on relèvera la très belle interprétation d’Ugo Tognazzi et on regrettera quand même la sous utilisation de Mimsy Farmer, dont le personnage qui partage le titre est beaucoup moins visible que son partenaire.

Mais on retiendra surtout les prestations des deux démons, avec, pour ma part, une préférence pour Pavle Vuisic, truculent à souhait (son allure joue beaucoup dans ce sens…).

 

Dernier point qui fait que ce film, malgré les réserves avancées plus haut, restera dans les mémoires : la musique d’Ennio Morricone. Encore une fois, le Maestro (4) nous gratifie d’une très belle musique. C’est d’ailleurs parce que je la connaissais que je me suis laissé tenter à regarder ce film…

 

  1. « Celui qui apporte la lumière. »
  2. D’un autre côté, l’être moins était difficile !
  3. Grande tendance des années 1970 depuis le renouveau du cinéma pornographique (1969) : il fallait du nu (d’où l’idée de racolage énoncée plus tôt)
  4. N’est-ce pas lui le véritable « Maître » du film ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Laurent Tuel
Jean-Philippe (Laurent Tuel, 2006)

Fabrice (Luchini) est un fan inconditionnel de Johnny (Hallyday) : il ne vit que par et pour son idole. Un soir, ivre, il sort du pub et chante (à tue-tête, évidemment) un tube de son idole (des jeunes). Et comme il est bien tard, un voisin (Christophe Rouzaud) descend lui expliquer qu’i est temps d’arrêter son tapage. Mais comme Fabrice enchaîne les chansons comme son idole les tubes, il prend le poing de ce voisin.

C’est alors le trou noir. Quand il se réveille, non seulement il ne sait pas ce qu’il lui est arrivé, mais en plus, personne autour de lui ne connaît Johnny.

Mais il reste un espoir : le patron du bowling où il emmène sa fille Marion/Laura (Elodie Bollée) n’est autre que Jean-Philippe Smet, qui n’a pas pu faire carrière dans la musique, ayant eu un grave accident alors qu’il devait faire ses débuts à la télévision…

Evidemment, Fabrice n’a qu’une seule envie : faire de ce Jean-Philippe le Johnny qu’il connaît.

 

13 ans avant Danny Boyle et son extraordinaire Yesterday, Laurent Tuel posait la question existentielle : peut-il y avoir un monde sans Johnny ? Pour ma part, j’aurais tendance à dire oui, mais je ne suis pas objectif : ce n’est pas mon chanteur préféré. Et de loin. Mais je dois tout de même avouer que Tuel mène très bien sa barque, réussissant presque à faire aimer ce monument de la chanson française. On s’amuse, comme c’est toujours le cas dans ce genre de scénario décalé, mais hélas, on n’atteint pas la maîtrise de Boyle. On s’amuse aussi des nombreux clins d’œil que le scénario accumule mêlant cet univers parallèle et celui que nous connaissons. Sans oublier la présence étonnante de Bernard Frédéric (le véritable sosie de Claude François).

 

Mais je l’ai déjà dit ici, de bonnes intentions ne suffisent pas à faire un grand film. Loin de moi tout de même de vouer aux gémonies celui-ci, il manque une dimension universelle que Johnny, malgré son talent, n’avait pas : la barrière de la langue ne lui a pas permis cet aspect international, et même s’il fut reconnu (justement) par ses pairs anglophones, le public lui, fut moins au rendez-vous. Et ce qui va convenir à Yesterday un peu partout dans le monde sera plus circonscrit pour Jean-Philippe.

 

Restent tout de même 92 minutes de plaisir (coupable pour ma part, on a sa fierté !), formidable hommage pour cette bête de scène qu’était le chanteur. L’émotion demeure, même chez un Béotien comme moi.

De pus, Luchini est en pleine forme, bien dirigé, et on sent la complicité entre les deux acteurs. Et si Johnny était avant tout un chanteur et donc beaucoup moins un acteur, n’oublions pas que jouer son propre rôle est très certainement la chose la plus difficile qui soit (1), alors jouer son propre rôle qui est celui qu’on aurait pu être mais qui n’est pas et courir en même temps après celui qu’on est tout en l’étant pas (2), devient un véritable tour de force.

 

Quoi qu’il en soit, cinq ans après, je comprends que Johnny manque toujours à ses fans…

 

  1. On le fait tous, tous les matins, en sortant de chez soi.
  2. Ce n’est pas clair ? Ce n’est pas grave, je me comprends !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Joel & Ethan Coen, #George Clooney
O'Brother, where art thou? (Joel & Ethan Coen, 2000)

Mississipi, Grande Dépression.

Ulysses Everett McGill (George Clooney), Pete (John Turturro) & Delmar O’Donnell (Tim Blake Nelson) s’évadent du bagne afin de retrouver le trésor du premier, avant son engloutissement  prévu une semaine plus tard (1).

Les trois hommes vont déambuler pendant ces quelques jours, poursuivis par la police, s’insérant dans une élection (celle du gouverneur de l’état), rencontrant des personnalités plus ou moins recommandables – Pappy O’Daniel (Charles Durning), George « Baby Face » Nelson (Michael Badalucco) – et bien sûr Penny Wharvey/McGill (Holly Hunter), la femme légitime d’Ulysses (2).

 

A nouveau, c’est le début d’une nouvelle collaboration fructueuse : celle des frères Coen et d’un de leurs acteurs fétiches, George Clooney. Et dès ce premier film ensemble, le ton est donné : ne cherchez pas un personnage distingué aux manières élaborées et à l’intellect supérieur. Ulysses Everett McGill n’est rien d’autre qu’un abruti, aussi intelligent que ses deux comparses. Le seul atout de cet homme, c’est son bagout. Mais c’est aussi son défaut : il faut qu’il parle, quitte à ne faire que du vent, ce qui est tout de même souvent le cas.

Sans oublier l’autre aspect indispensable des personnages de Clooney pour les Coen : le ridicule. Ici, cela passe par l’usage continuel de brillantine (de la Dapper Dan, pas une autre !) pour être bien coiffé, ainsi qu’un filet pour protéger ses cheveux la nuit.

 

D’une manière générale, McGill n’est pas vraiment ce qu’il prétend, et ce sera un immense mensonge qui va se dérouler sous nos yeux, entrecoupé de moments de vérité : ils sont tout de même recherchés par la police parce que prisonniers en fuite. Ce long mensonge a aussi d’autres collaborateurs eux aussi hauts en couleurs : Big Dan Teague (John « Walter » Goodman), Homer Stookes (Wayne Duvall).

Mais si McGill est ainsi, c’est surtout parce qu’il est inspiré d’un personnage beaucoup plus célèbre et lui aussi beau parleur : Ulysse (3), celui d’Homère. Mais cette Odyssée est passée à la moulinette des frères Coen pour en devenir l’une des plus belles parodies. Et on va s’amuser à retrouver les éléments mythologiques dans cette comédie débridée (et absurde, cela va de soi) : les Lotophages, le Cyclope, les Sirènes (les plus faciles à identifier) ou encore le passage chez Circé (plus dur, déjà)…

 

Et on s’amuse d’un bout à l’autre, les Coen jouant sur tous les niveaux de comiques sans toutefois sortir de la période qui elle, n’encourageait pas vraiment la rigolade. Et à travers ces pérégrinations, on va retrouver les éléments du Sud traditionnel : les bayous, la musique noire, et le Klan ! C’est l’occasion d’une séquence un tantinet déjantée elle aussi avec chorégraphies inspirées de celles qu’on pouvait hélas voir quelques milliers de kilomètres plus à l’Est à la même époque (Le Triomphe de la volonté, 1935).

Et à l’arrivée, nous avons un road-movie inoubliable, avec en prime la Rédemption inévitable et donc le salut. Mais une question demeure tout de même : ont-ils vraiment changé entre leur départ précipité (et pour cause) et cette drôle de happy end ?

Pas sûr…

 

  1. Il est sur la zone inondable d’un barrage.
  2. Penny, pour Penelope, bien entendu.
  3. D’Où son premier prénom.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Florian Zeller, #Anthony Hopkins
The Father (Florian Zeller, 2020)

Ce « Père », c’est Anthony (Hopkins). Il vit dans son grand appartement londonien, avec sa fille Anne (Olivia Colman) et son conjoint, Paul (Rufus Sewell).

On attend Laura (Imogen Poots) qui doit venir s’occuper de lui dans la journée, quand Anne part travailler. Mais quand elle arrive, ce n’est pas celle qu’il attendait : il se souvenait qu’elle ressemblait à sa plus jeune fille Lucy.

C’est normal : Anthony est un vieil homme malade, atteint de sénescence (il a plus de 80 ans), sa mémoire s’efface progressivement l’amenant vers une solitude désespérée, se demandant même qui il est réellement.

 

Adapter une pièce de théâtre au cinéma n’est pas une chose très aisée, le lieu de la représentation étant la plupart du temps unique, et puis surtout, les dialogues sont omniprésents, amenant aussi parfois une bavardage aussi lourd qu’inutile. Alors quand Florian Zeller a décidé d’adapter sa propre pièce au cinéma, on pouvait craindre le pire. Et c’est le meilleur qui est arrivé. Non seulement ce film fut primé à de très nombreuses reprises, mais surtout, c’était justifié !

Zeller réussit à sortir de la scène et à réaliser un véritable film, servi par une distribution impeccable, avec en tête l’incroyable Anthony Hopkins, extraordinaire (encore une fois) dans ce rôle là encore emblématique.

 

Il est un autre Anthony – celui du rôle – absolument fabuleux. Il ne joue pas cette déliquescence mentale qui lui arrive, il la vit ! Et l’intrigue profite du travail de Christopher Hampton qui coécrit le scénario avec Zeller : non seulement les dialogues (nombreux dans la pièce) sont réduits, mais le travail d’acteur et les différentes prises de vue vont illustrer encore mieux la désorientation totale d’Anthony dans ce monde familier qui a tendance à devenir étranger.

Et le maître mot de cette intrigue, c’est le temps. Il va s’illustrer de différentes façons : la montre et le déroulement de la vie du vieil homme.

 

La montre parce qu’il ne cesse de l’égarer, accusant même son entourage de la lui voler. Cette montre, c’est le seul marqueur temporel qu’il lui reste, mais comme il l’a sans cesse égarée, elle ne lui est d’aucune utilité, ce qui amène une forme de désespoir : comment se rattraper à quelque chose si le temps n’est pas maîtrisé (1).

De même, le déroulement des journées est aussi confus pour le spectateur que pour Anthony et ce n’est que grâce à quelques indices récurrents qu’on comprend que le vieil homme n’arrive plus à maîtriser son environnement : on assiste même à une boucle temporaire qui met mal à l’aise. Tout comme ces visages différents qui représentent une même personne et illustre parfaitement cet effacement de la mémoire.

 

Bref, c’est un film très fort sur la vieillesse, sans véritable concession ni pathos : et Anthony Hopkins est bouleversant dans le corps de cet homme que son esprit abandonne. Avec ses moments de lucidité tout comme ceux de détresse voire d’agressivité : cette méchanceté involontaire (?) qui blesse à tous les coups. Et Olivia Colman donne la réplique magnifiquement à Hopkins, tout en subtilité, se hissant au niveau du grand acteur.

 

C’est superbe, fort, prenant.

A voir.

Absolument.

 

  1. “The time is out of joint” (Hamlet, I, 5)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Henri Verneuil
I comme Icare (Henri Verneuil, 1979)

22 mai 1977. Le président Jary (Gabriel Cattand) est acclamé par une foule en liesse à son passage en auto. Et quand il s’arrête pour saluer cette même foule, il est abattu. Par Karl Eric Daslow (Didier Sauvegrain), un tireur isolé. Enfin ça, c’est ce que conclut le rapport Heiniger (Michel Etcheverry) un an après. Mais au moment de le signer, le procureur Henri Volney (Yves Montand) remet en cause ces conclusions : il va devoir reprendre l’enquête à zéro afin d’essayer de trouver la vérité sur cet assassinat pas si simple que ça.

Seulement voilà : les témoins capitaux ont tous disparu, et de manière pas toujours très naturelle. Et Daslow lui-même a été exécuté juste après son geste qui n’en était pas même pas un : son fusil était vide.

 

Bien sûr, on ne pense qu’à l’assassinat de Kennedy, à travers celui de Jary, et à une des théories qui circule concernant l’implication de la Mafia, ainsi que du second tueur. Bref, Verneuil et Didier Decoin ont surfé sur la vague conspirationniste pour pondre un scénario béton, soutenu par l’interprétation impeccable d’un Yves Montand en pleine forme.

Et au final, c’est un film foisonnant qui nous est offert : foison de détails que le procureur va donc tenter d’expliquer ; foison de personnages plus ou moins importants qui vont donner du corps à cette minutieuse enquête.

Et ça marche !

 

Ce n’est pas la première fois que Verneuil fait un film politique. On se souvient de son formidable Président qui permit à Gabin un grand moment d’acteur, mais c’était là de la politique politicienne. Ici, c’est de la politique d’arrière-cuisine, celle qu’on évite d’exposer au grand jour, avec les inévitables Services Secrets dont les pratiques en eaux saumâtres (quand elles ne sont pas troubles) accentuent l’aspect conspirationniste ici développé. Et à leur tête, Verneuil a choisi Jacques Sereys (Mallory) qui s’adapte parfaitement à cette intrigue : il a un aspect très bien mis mais on sent poindre en lui une efficacité impitoyable, ne s’embarrassant ni de principe, ni de témoins. Un superbe méchant, quoi.

 

Mais au-delà de l’aspect un tantinet manichéen du film (le gentil procureur Volney contre les méchants Services Secrets), on savoure avec bonheur cette quête de la vérité d’un homme solitaire – malgré ses collaborateurs – qui va progressivement s’approcher de la vérité recherchée. On s’en amuse aussi parce qu’il y a une dimension sarcastique dans les propos du procureur quand il s’adresse à certains acteurs du drame : l’interrogatoire de Nicky Farnese (Henry Djanik) qui a « tout vu » est caractéristique de la méthode Volney. Et cette façon de faire le rend même encore plus humain à nos yeux, face à cet être protéiforme qui a mis en place une telle machination.

Volney est un personnage passionné. Passionné de vérité et tel un bouledogue il ne lâchera pas sa proie sans en avoir tiré tout ce qu’il peut. C’est le cas avec le témoin mystère (Jean Lescot), le seul qui a survécu à la vague de décès qui a touché ceux qui l’entouraient le jour fatidique… Ce dernier nous donne l’occasion d’une séquence à suspense intéressante, Verneuil jouant avec ses nerfs – et donc les nôtres – pas bien originale certes, mais bien menée.

Et d’une manière générale, Verneuil mène son film avec beaucoup de maîtrise, servi aussi par une belle distribution – on a plaisir à reconnaître quelques figures habituelles des seconds rôles de la période (Louis Navarre, Robert « Fouché » Party, etc.), et même, une jeune actrice qui dévoile une grande partie de ses charmes et qui prendra une direction un brin parallèle : Brigitte Lahaie (Ursula Hoffmann, témoin « suicidée »).

 

Bref, un film qui, s’il comporte tous les éléments de son époque (la technologie est la première des choses qui devient obsolète avec le temps qui passe), reste l’un des meilleurs de son réalisateur. Son sujet est malheureusement toujours d’actualité et encore plus à cette époque où l’information circule à grande vitesse : on apprend de temps en temps que certains organismes à vocation confidentielle ont aidé à mettre en place des opérations pas toujours nécessaires ni très orthodoxes, avec à l’arrivée des situations qui n’ont fait qu’envenimer celles déjà en place avant…

 

A (re)voir !

 

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