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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Justice, #Cédric Kahn
Le Procès Goldman (Cédric Kahn, 2023)

En 1976, Pierre Goldman (Arieh Wortalter) est à nouveau jugé pour différents méfaits qui lui avaient valu la perpétuité : plusieurs braquages dont celui de la rue Lenoir (Paris) qui avait fait deux mortes et deux blessés. Pourquoi le rejuger ? Parce que dans sa prison, Pierre Goldman a écrit un livre clamant son innocence. Cette innocence a été relayée par la gauche française, amenant le cassement du jugement.

Pierre Goldman a choisi de ne pas appeler de témoins, laissant sa défense à ses seuls avocats : Me Chouraqui (Jeremy Lewin), Me Bartoli (Christian Mazucchini) et bien sûr Me Kiejman (Arthur Harari).

Mais Goldman est tout sauf un accusé ordinaire, ce qui va poser évidemment des problèmes à la défense…

 

Autant le dire tout de suite, Goldman a été lavé du crime de la rue Lenoir, seul véritable enjeu de ce procès. Et d’ailleurs les débats se focalisent sur les deux meurtres, avec toutes les contradictions qui en ont émanées, que ce soit du côté des témoins de la défense comme de l’accusation. Bien entendu, ces mêmes contradictions – surtout de la police – offrent un boulevard à Pierre Goldman qui en profite pour tirer à boulets rouges sur les institutions.

C’est à chaque fois ponctué de réactions du public qui ajoute à la confusion. Sans oublier Me Garaud (Nicolas Briançon) qui n’est pas un novice et sait encourager les réactions de l’accusé pour mieux le discréditer.

Bref, c’est un procès à grand spectacle, où malgré l’enjeu l’humour est présent !

 

Mais malgré ce grand spectacle annoncé, Cédric Kahn nous prend à contre-pied dès le début : le format proposé est un 4:3 peu courant actuellement depuis l’explosion du 16:9. Nous sommes dans le format de la télévision de l’époque, et seul manque le noir et blanc (1). Parce que ce format sobre va resserrer l’attention du spectateur sur ce qu’il se passe et surtout ce qu’il se dit. Nous sommes en plein cœur du procès, prenant même parfois place dans le public ou sur la chaise du Président (Stéphan Guérin-Tillié), recevant directement les différents arguments des deux camps. Ce format « télévision » amène aussi un aspect documentaire de ce procès, ajoutant une teinte authentique très présente. Cette authenticité est relayée par la présence de personnalités dans le public : Simone Signoret, Régis Debray et le Jean-Jacques (appelé « jeune homme »), le frère de l’accusé (2).

 

Et pour renforcer (encore plus) l’aspect sérieux du film et empêcher toute intervention extérieure à ce procès, Cédric Kahn a exclu toute musique : de l’ouverture qui voit Kiejamn et Chouraqui revenir sur la dernière lubie de leur client, à la dernière ligne du générique de fin, c’est une bande originale muette que nous avons. Et tout l’art de Kahn, c’est de ne pas le faire remarquer. C’est seulement à la fin, alors que l’écran est noir et que la distribution commence qu’on s’en aperçoit (pas toujours, d’ailleurs). Alors on attend jusqu’au bout pour en être bien sûr. Mais non, pas une seule note. Et le propos du film n’en est que plus fort : nous sommes dans les conditions du procès, celles de Pierre Goldman. Et à chaque fois qu’il quitte la salle, la caméra le suit, délaissant ce qu’il se passe au-dehors, même s’il semble y avoir toujours du spectacle !

 

Et c’est vrai que ce film, malgré ce format réduit, est un formidable spectacle. Mais sans véritable effet (même pas de manche), les différents protagonistes l’assurant brillamment. Et là, je ne parle pas des personnages mais bien des interprètes qui, de par une certaine similitude de traits physiques, incarnent parfaitement leur rôle, Worthalter et Harari bien sûr, mais aussi Briançon et Guérin-Tillié. Il y aune parfaite osmose entre les personnages et leurs interprètes, ce qui renforce l’aspect authentique du film. C’est juste du début à la fin, et ce pour notre plus grand plaisir.

 

Décidément, l’année 2023 est une année judiciaire de qualité pour le cinéma français !

 

  1. Chez moi, c’est l’année où nous avons eu notre première télévision en couleur !
  2. Ces personnages ne s’exprimeront à aucun moment, ce qui rend difficile l’identification de leurs interprètes.
Pierre Goldman (1944-1979)

Pierre Goldman (1944-1979)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Aki Kaurismäki
Les Feuilles mortes (Kuolleet lehdet - Aki Kaurismäki, 2023)

Bien sûr, on pense à Prévert et Kosma. Et d’ailleurs, on a bien raison.

Alors on pense à l’automne. Et là encore, on a raison.

Mais si la chanson était l’histoire d’un amour mort, ici, c’est d’un amour naissant qu’il est question.

Celui de la rencontre entre Ansa (Alma Pöysti) et Holappa (Jussi Vatanen). Deux solitudes sous le ciel de Finlande, alors que les saisons s’enchaînent inlassablement et nous entraînent avec ces deux protagonistes vers l’automne qui verra la résolution de l’intrigue.

Il leur faudra tout de même trois rencontres (et la moitié du film !) pour se parler, alors aller plus loin va prendre encore plus de temps. Surtout que Holappa perd le numéro d’Ansa…

Mais pas seulement.

 

Formidable.

Tout le talent de Kaurismäki, dans ce film, est de faire de cette rencontre – attendue – une histoire d’amour – attendue elle aussi – et surtout un conte de fées (1) ! Et tout dans un format minimaliste : 81 minutes (génériques compris !).

C’est superbe, c’est sobre, et en plus c’est drôle. Pourtant, ce n’est pas gagné quand le film s’ouvre : les vies des deux personnages principaux sont d’une grande banalité et surtout d’un niveau relativement bas : entre Ansa qui travaille dans un supermarché et Holappa qui dérouille du métal avec un compresseur, rien de bien folichon. Et comme en plus chacun des deux est viré de son poste pour « faute professionnelle » (2), on se demande comment on va pouvoir arriver à une issue heureuse, et surtout où va apparaître le merveilleux !

 

Mais justement, c’est dans l’accumulation que réside tout le sel de ce film. Et aussi dans le traitement du temps (pas la météo !).

L’accumulation parce que les vies des personnages est vraiment une petite vie et que les calamités s’enchaînent, les obligeant à trouver encore et toujours un nouveau travail. Que l’alcoolisme de Holappa devient un véritable problème, pour sa relation avec Ansa mais surtout pour lui-même. Mais cet empilement de catastrophes est tellement énorme qu’il en devient comique, basculant le film dans un nouveau genre totalement éloigné de ce à quoi nous pouvions nous attendre.

 

Quant au temps de l’intrigue, Kaurismäki est là encore très habile et nous balade constamment !

Comme l’annonce régulièrement la radio, la Russie est en guerre contre l’Ukraine – donc nous sommes après le 24 février 2022 – mais que ce soit dans l’habillement, les décors et les coiffures, il nous est difficile de dater les personnages. Et qui plus est, on ne voit aucune voiture de tout le film : difficile là encore de dater quelque chose. Au contraire, on pourrait se croire dans une période qui va des années 1950 à 1990 !

Seule concession à la modernité : la possession par les deux protagonistes d’un téléphone portable. Mais comme Holappa perd le numéro d’Ansa…

Mais Kaurismäki va jusqu’au bout et nous révèle même l’année de cette intrigue (3).

 

Et puis il y a le cinéma. C’est là que se termine la première sortie des deux amoureux, qui, chose magnifique (encore une fois) se quittent devant l’affiche de Brève Rencontre ! Et d’une manière générale, les affiches de film émaillent les différents décors de l’intrigue. Quand ce ne sont pas des influences (hommages ?) directes qui nous sont proposées : la première image qu’on a de Holappa dans son travail n’est pas sans rappeler celle de Gabin dans Le Jour se lève, ni la rencontre finale entre eux deux celle de Elle et Lui…

Quant au roi Chaplin, il est cité deux fois : la première de façon homonymique puisqu’il s’agit d’une ville d’Ukraine, bombardée par les Russes ; la seconde de façon très appuyée et cinématographique, concluant ce magnifique film.

 

Il va être temps que je me remette à Kaurismäki : j’ai beaucoup de retard !

 

  1. Si, si ! (je vous laisse découvrir comment)
  2. Elle ramène chez elle des produits dépassés, il boit au boulot…
  3. Vous ne pensiez tout de même pas que j’allais vous la dire !

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Bob & Peter Farrelly
Dumb& Dumber (Peter & Bobby Farrelly, 1994)

D’un côté, il y a Lloyd Christmas (Jim « Truman » Carrey) et de l’autre, Harry Dunne (Jeff « Noone » Daniels). L’un est un abruti fini. L’autre aussi. D’où le titre.

Mais reprenons.

 

Lloyd conduit la belle Mary Swanson (Lauren Holly) à l’aéroport où elle doit déposer une mallette remplie de billets de banque (cela, Lloyd ne le sait pas) puis s’envoler pour Aspen (Colorado). Mais Lloyd ne sait pas que la mallette doit rester, et il décide d’aller la rapporter à sa propriétaire.

Harry a transformé son van en chien (!). Comme il est encore viré d’un petit boulot (convoyer des chiens à un concours), il accepte de conduire son ami – et colocataire – retrouver la jeune femme dont Lloyd est en outre tombé amoureux.

Seulement voilà : la mallette contient la rançon d’un être cher à Mary, et les deux imbéciles sont alors poursuivis par les ravisseurs qui ont vu la rançon leur échapper…

 

Il s’agit ici du premier film des frères Farrelly, et si j’ai déjà parlé ici de leur humour décapant (euphémisme), ce premier opus l’est encore plus. Oui, on s’amuse beaucoup des aventures vécues par ces deux abrutis, dont la bêtise frôle le pathétique. On se dit que ça ne peut pas être pire et les Farrelly nous démontrent que si !

Certes, ces deux imbéciles sont attachants. C’est avant tout leur candeur qui l’est : tout comme Forrest Gump (le film est sorti environ six mois plus tôt), ils ont une intelligence limitée. Mais alors qu’on s’amusait avec beaucoup d’émotion chez Zemeckis, ici, pas beaucoup d’émotion ne transpire des différents échanges de ces deux-là. Ils sont idiots, et c’est tout.

 

Et il n’y en a pas un pour rattraper l’autre !

Et si le titre nous présente un imbécile (Dumb) et un autre qui l’est plus (Dumber), on a du mal à les distinguer. Parce qu’à chaque fois que l’un fait ou dit une énormité, l’autre en rajoute. Et c’est comme ça pendant tout le film, chacun leur tour. Donc ce n’est ni Lloyd ni Harry qui est le plus idiot : cela dépend du moment.

Et le duo Carrey-Daniels fonctionne admirablement : le premier, coupe au bol et dent cassée sur le devant ; le second cheveux ébouriffés et regard vide en (presque) toute circonstance.

Bref de vraies « têtes de vainqueurs ! »

 

Tellement vainqueurs qu’il y aura une suite (qui se passe avant) et un retour des deux susnommés vingt ans plus tard.

Sans oublier la série créée par Hannah & Barbera. Mais ceci est une autre histoire. Enfin pas vraiment.

Bref, un film dingue de dingues.

J’aime !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Gangsters, #Michel Audiard
Faut pas prendre les Enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages (Michel Audiard, 1968)

Surtout pas.

Et encore plus quand ils sont interprétés par ces gens-là.

 

Rita (Marlène Jobert) est une jeune femme qui n’a qu’une passion dans la vie : l’argent.

Charles (Bernard Blier) est un homme d’affaires louches qui travaille pour l’argent.

Fred l’Elégant (André Pousse) est un braqueur de premier ordre, spécialiste des explosifs, et dont l’argent est la seule motivation.

Quant à Léontine (Françoise Rosay), non seulement elle est la tante de Rita, mais elle a un passé (international) très chargé qui la voyait régulièrement visiter les banques quand elles étaient fermées.

Et tout ce petit monde se retrouve autour d’une histoire de lingots volés qui changent de mains.

 

Non, Audiard n’était pas un grand réalisateur. Il le disait lui-même, précisant que ce qui l’intéressait (outre les dialogues, bien sûr) le plus dans la conception d’un film, c’était son titre. Et pour un premier film (en tant que réalisateur), le titre à rallonge est de sortie. Par contre, le format du film est court, ce qui n’est pas trop grave : 80 minutes sont suffisantes pour une telle histoire. C’est absolument foutraque, émaillé – bien entendu – de bons mots, et les cadavres ont tendance à s’accumuler, et pas seulement dans la pension de Ruffin (Paul Frankeur). On sent que tout le monde s’amuse beaucoup dans cette intrigue hautement improbable. Outre Blier et Rosay, on retrouve quelques habitués du monde d’Audiard : André Pousse, beaucoup plus drôle que dans Le Pacha qui est sorti quelques mois plus tôt (avec Audiard aussi), ou encore Robert Dalban (Casimir), et l’incontournable Dominique Zardi qui a droit à un petit peu plus de répliques que d’habitude.

 

Comme souvent chez Audiard, on retrouve quelques critiques sociales, ici en particulier la jeunesse tendance hippie qui a envahi le même hôtel. Cette jeunesse est brocardée par les interprètes (sauf Marlène Jobert), tous ayant un âge plus ou moins avancé (Rosay, 75 ans ; Dalban, 65 ans ; Frankeur 64). Nous avons même droit à un micro-trottoir sur le sort à réserver aux criminels (ceux qui volent des lingots d’or, par exemple). Bref, on retrouve les ingrédients de « l’anar de droite » comme on pouvait le définir…

 

Et pour enrober tout cela, Audiard nous gratifie de quelques saillies dont il a le secret, surtout quand elles sont déclamées par de tels interprètes :

« La connerie à ce point-là, j’dis qu’ça devient gênant. (Fred) »

« J’ai bon caractère mais j’ai le glaive vengeur et le bras séculier. L’aigle va fondre sur la vieille buse. 

- Ca c’est chouette comme métaphore. (homme de main)

- C’est pas une métaphore, c’est une périphrase (autre homme de main – Zardi)

- Ah fais pas chier !

- Ca, c’est une métaphore. »

 

Donc tout le monde s’amuse, le spectateur aussi et les différents interprètes font des adresses à l'écran, rendant complice ce même spectateur, et accentuant par là-même l’aspect absurde de cette histoire de truands pour de rire.

Bref, c’est du Audiard.

Alors on savoure.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Josiane Balasko, #Michel Blanc
Demi-Sœur (Josiane Balasko, 2013)

Nénette (Josiane Balasko) vient de perdre sa maman. Elle se retrouve toute seule avec Totoche, sa tortue. Alors on l’envoie aux Tilleuls, une maison de retraites. Mais dans cet établissement, les animaux sont interdits. Alors Nénette décide d’aller chez son papa, à Angers. Malheureusement, lui aussi est mort et Nénette fait la connaissance de Paul (Michel Blanc), qui se trouve être son demi-frère.

Mais ce demi-frère ne voit pas d’un très bon œil cette sœur qui tombe du ciel et s’invite chez lui.

Il faut dire aussi que Nénette n’est pas une sœur comme les autres. Comme elle le dit elle-même, elle est née « trop petite ». En clair, elle a un handicap et accuse un retard mental qui lui donne l’esprit d’un jeune enfant.

 

A nouveau, Josiane Balasko un rôle remarquable (1), prétexte à une performance encore une fois  inoubliable. Bien sûr, elle en fait beaucoup (trop ?), mais comme je l’ai déjà dit la dernière fois, c’est aussi pour ça qu’on l’aime. Et surtout, elle rend le personnage de Nénette très attachant, soutenue par une nouvelle belle prestation de Michel Blanc. Tout comme dans Je vous trouve très beau, il interprète quelqu’un qui a une vie bien réglée – bien rangée – et qui se retrouve dans l’inconnu parce que une personne qui lui est totalement différente va changer sa vie. En mieux, bien sûr. Mais comment pourrait-il, en être différemment avec une telle sœur ? Sa simplicité (dans tous les sens du terme) est un gage indiscutable de gentillesse, et d’altruisme, choses qui semblent absentes de la vie de ce pharmacien bien établi.

 

Certes, ce film fut un échec commercial, mais on ne peut pas ignorer la tentative de parler autrement du handicap, retransmis ici d’une manière malgré tout très sensible : nous spectateurs comprenons de suite que Nénette est « différente », ce qui n’est pas le cas des autres protagonistes. Et ce n’est qu’après avoir ingéré de l’ecstasy « à l’insu de son plein gré » que Paul va une première fois accueillir à bras ouverts cette femme si différente de lui.

Et il est clair que le ton comique du film n’aurait pas permis d’aller aussi loin avec une actrice véritablement handicapée. Alors on peut saluer la performance de la Balasko. Surtout que Michel Blanc est lui aussi à la hauteur de l’enjeu, tout en retenue, encore une fois.

 

Bref, un film agréable à regarder où on n’échappe pas, une nouvelle fois, à une forme de rédemption. Mais c’est avant tout une très belle histoire d’amour entre deux personnes que tout séparait. Et réunissait.

Merci Josiane Balasko.

 

  1. Dans le sens « qu’on remarque ».

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Justice, #Justine Triet
Anatomie d'une Chute (Justine Triet, 2023)

Si une Palme d’Or, tout comme un Oscar, n’est pas toujours une récompense justifiée (1), celle de Justine Triet l’est pleinement !

C’est un film époustouflant voire bouleversant tant le propos et l’interprétation sont d’une justesse incroyable, le tout mâtiné d’une grande maîtrise technique, ce qui ne gâche rien.

Mais reprenons.

 

Quand Daniel (Milo Machado Graner) rentre d’une promenade avec Snoop son chien (Messi), il découvre une forme allongée par terre, entourée d’une autre rouge. C’est Samuel (Samuel Theis), son père, qui gît là, mort.

Il appelle sa mère, Sandra (Sandra Hüller) qui ne peut que constater le désastre et appeler – inutilement – les secours.

Il semble que c’est un suicide, mais certains éléments laissent à penser que Samuel n’est peut-être pas tombé accidentellement.

Sandra se retrouve alors jugée pour homicide volontaire sur son mari.

 

Bien sûr, on pense à Otto Preminger et son formidable Autopsie d’un Meurtre (Anatomy of a Murder, 1959), au vu de cette intrigue judiciaire, et pas seulement pour le nom. Mais alors que le réalisateur autrichien racontait le jugement d’un meurtre avéré, Justine Triet, qui a aussi coécrit le scénario avec Arthur Harari, nous montre le jugement d’une possibilité de meurtre. Mais à nouveau, c’est une femme qui est accusée, ici d’avoir frappé et poussé son mari dans le vide.

Mais là s’arrête le parallèle puisque c’est surtout l’avocat (James Stewart) qui est suivi dans le film de Preminger, ici c’est surtout Sandra et son fils qui sont le centre de l’attention. L’avocat (Swann Arlaud), ici, n’a pas de vie personnelle sauf les quelques bribes qu’il rappelle à Sandra qu’il connaît depuis longtemps : il reste exclusivement cantonné à sa profession, et ce malgré le lien fort qui l’unit à cette femme.

 

Et Justine Triet prend le temps pour mettre en place son intrigue, et ce malgré la découverte plutôt rapide du mort. Mais cette exposition succincte est tout de même bien amenée puisqu’on est capable dès la première intervention policière d’avoir une idée de ce qu’il s’est passé. Et cette idée va être exploitée avec beaucoup de justesse : qu’on croit Sandra coupable ou innocente de ce qui lui est reproché, jusqu’au verdict final qui sera annoncé à la télévision (oui, nous sommes au cinéma) on ne pourra pas savoir ce qu’il en est. Et j’aurai tendance à dire, même après ! Mais ça, c’est plus personnel. Toujours est-il que la personne qui m’accompagnait était d’accord pour dire qu’il y avait un débat possible après. Débat que nous avons un tantinet commencé…

 

La grande force du film, c’est bien sûr l’interprétation. Sandra Hüller est magnifique dans le rôle de cette femme qui se bat pour prouver son innocence. Outre le ton – très juste, donc – elle nous montre sa capacité physique à exprimer ses différentes émotions, passant parfois de l’une à l’autre sans transition. A ses côtés, le jeune Milo Machado Graner est un Daniel phénoménal : mal voyant, on assiste avec lui aux différentes phases du procès, et ce malgré la réticence de la juge qui considère que ce n’est pas un lieu pour un enfant. Et surtout, on ressent les mêmes émotions que lui : sa mère est accusée d’avoir tué son père. SI ce n’est pas oedipien, c’est tout de même bien proche ! Et Daniel en plus d’être un enfant très fort psychologiquement, est d’une très grande intelligence, en remontrant même à certains adultes de cet entourage judiciaire.

D’ailleurs, les deux principaux protagonistes judiciaires, l’avocat général (Antoine Reinartz) et celui de Sandra se livrent à une joute oratoire en plusieurs reprises, là encore d’une très grande justesse. Il y a une forte dose d’authenticité dans ce procès qui nous change complètement de ce que nous avons l’habitude devoir dans les films américains. Et quand les avocats interviennent, l’hilarité récurrente qu’on retrouve aussi chez Preminger n’a que très peu de place ici. Et aucun effet de manche ! On reste concentré jusqu’au bout sur les débats et le sens des mots : de toute façon, on ne peut rien faire d’autre puisqu’il n’y a aucun témoin de cette chute !

 

Je terminerai en parlant de la façon de montrer cette affaire judiciaire. IL est important de souligner le travail conjoint de prises de vue et de montage qui donnent çà ce film une autre force qui, jointe aux autres oblige de lui décerner la Palme d’Or. Le rythme du montage est très pertinent et le jeu sur les différents points de vue, s’il peut parfois décontenancer (2), l’est tout autant : entre ce que voient Sandra et/ou son fils, les cadrages de la police judiciaire ou de la télévision, on aurait pu s’étourdir de cette profusion.

Il n’en est rien. Justine Triet mène son film d’une main de maître et on ne peut que l’en féliciter.

Tout comme pour sa Palme d’Or !

 

  1. Non, je ne citerai pas de nom !
  2. Parfois on se demande quand même : « pourquoi ce point de vue ? »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Eric Besnard, #Josiane Balasko
Mes Héros (Eric Besnard, 2012)

Maxime (Clovis Cornillac) reçoit un coup de téléphone qui lui apprend que sa maman, Olga (Josiane Balasko), est en garde à vue après avoir tabassé un policier (!). Déjà que son entreprise d’ambulances a tendance à battre de l’aile et que sa femme (Anne Charrier) est allée voir ailleurs, lassée de l’attendre… Et comme si cela ne suffisait pas, sa mère qu’il est allé chercher à Bordeaux (il habite Paris) a décidé de planquer un petit garçon, Tiémoko (Ibrahim Burama Darboe), dont la mère est en cours de reconduite à la frontière.

Maxime décide alors de ramener cette mère singulière et le petit garçon chez elle, envisageant le pire lors de la confrontation avec son père, Jacques (Gérard Jugnot) : elle était partie parce que ce dernier lui tapait sur les nerfs et ne voyait pas d’un bon œil l’arrivée d’un enfant de sans papier chez lui…Et comme si cela ne suffisait pas, Jacques sort d’un AVC…

 

Et bien, malgré ce résumé pessimiste, il s’agit d’une comédie. On s’en serait douté rien qu’avec la présence du duo Balasko-Jugnot et de Pierre Richard (Jean, l’ami de Jacques). Mais, et c’est là tout l’intérêt du film d’Eric Besnard, on arrive à rire d’une situation franchement très difficile (pour Maxime et Tiékomo), grâce à l’intervention de ces deux parents qui ne sont ni pires ni meilleurs que les autres mais réussissent tout de même à démêler cet écheveau. Comment ? Par l’amour, évidemment.

Parce que ce film est aussi une belle histoire d’amour entre deux personnes qui se connaissent par cœur et ne se lassent (presque) pas de la présence de l’autre. Bien sûr, il y a des bas (le départ d’Olga qui amène cette intrigue), mais ce sont surtout les hauts que l’on retient, tant ce couple est attachant.

 

Et ça fait plaisir de retrouver Balasko et Jugnot dans un autre couple que celui des Bronzés (celui que vous voulez), dans un rôle plus tendre, plus intelligent, mais tout de même comique (on ne peut pas renier ses racines !). Et de son côté, Besnard brouille les pistes quand il les présente sur l’affiche : lui bougon et elle complice : Balasko passe (une bonne partie de) son temps à râler tandis que Jugnot cherche par tous les moyens à lui échapper : une balade aux champignons (et autres choses qu’on peut ramasser) est toujours la bienvenue, surtout quand son acolyte est Pierre Richard, toujours aussi lunaire, comme on l’aime. Enfin comme je l’aime.

 

Alors si le film d’Eric Besnard ne casse pas trois pattes à un canard, il se laisse tout de même regarder avec beaucoup d’indulgence, le sourire toujours au coin des lèvres.

Bref unfilm qui fait du bien.

C’est aussi ça qu’on recherche quand on va voir un film…

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