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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Ted Kotcheff, #Sylvester Stallone
Rambo (First Blood - Ted Kotcheff, 1982

A l’origine, c’est un roman : Premier Sang (1).

Ecrit par David Morell et publié 10 ans avant la sortie du film, il raconte l’errance d’un vétéran du Vietnam qui revient au pays et a du mal à s’intégrer, étant avant tout rejeté par ce pays qu’il est allé défendre, à 20.000 kilomètres de chez lui.

David Morell était professeur et a eu des élèves qui sont revenus du Vietnam. Ce roman cristallise la difficulté pour ces jeunes anciens  combattants dans une société qui a changé et ne les reconnaît pas comme des héros, et a tendance à les blâmer d’être allés se battre et surtout de revenir en vaincus.

 

John Rambo (Sylvester « Sly » Stallone) est donc un vétéran de la guerre du Vietnam (« Nam », comme ils disent) et s’en va visiter n compagnon d’arme à Hope, dans le nord-ouest des Etats-Unis. Malheureusement son « frère » d’armes est mort et Rambo décide donc de continuer sa route, passant par le centre de Hope.

C’est là qu’il fait la connaissance du shérif Teasle (Brian Dennehy) qui insiste pour l’accompagner hors de la ville, ne voyant pas d’un bon œil ce vagabond aux cheveux longs.

Mais comme Rambo veut malgré tout se rendre dans le centre-ville, Teasle l’arrête et le fait mettre en cellule.

Sauf que Rambo, dans un passé proche (10 ans environ) était prisonnier dans un camp vietnamien avec les tortures et autres sévices que cela inclut.

Alors évidemment, les choses se passent (très) mal.

Mais comme le dit Rambo à son chef, le colonel Trautman (Richard Crenna) : ce sont eux qui ont commencé. Ils ont répandu le « premier sang. »

 

Les différentes suites de ce film ont jeté beaucoup de discrédit sur cet opus originel (et original). A aucun moment il ne s’agit d’une épreuve de force ou de démontrer que Rambo est le plus fort ; Au contraire, Rambo est ici avant tout une victime, mais à plusieurs degrés :

  1. Il est la victime d’une injustice flagrante due au shérif Teasle qui n’aime pas les étrangers, qui plus est à cheveux longs. L’arrestation et les mauvais traitements justifient alors la révolte de Rambo et la course-poursuite qui s’ensuit.
  2. Il est la victime de cette guerre, traumatisé par le traitement inhumain vécu dans un camp de prisonniers (2) : le rasoir lui rappelant la lame qui lui fit une de ses cicatrices.
  3. Il est enfin la victime du système militaire, qui l’a entraîné à devenir un tueur sans avoir à aucun moment anticipé son retour à la vraie vie, comme il l’exprime dans sa longue tirade finale à celui qui fut son ancien chef.

 

Avec Rambo, Ted Kotcheff  dénonce autant que Coppola une guerre inutile (3) qui, en plus de mutiler une région et son peuple, abîme irrémédiablement l’esprit de ceux qui l’ont faite. Le traumatisme d’après-guerre étant là accentué voire sublimé par le rejet de l’ancien soldat par ceux pour qui il était allé se battre.
En effet, alors que les vétérans de la Deuxième Guerre Mondiale étaient allés se battre (4) au nom d’un idéal démocratique valable (le refus du nazisme), ils en sont revenus vainqueurs avec les honneurs : vaincre la barbarie étant tout de même un motif valable (4).

 

Mais les pauvres « purotins » qui sont revenus de Nam, en plus d’avoir participé à une sale guerre, en sont revenus vaincus, ce qui était absolument impossible quand les Etats-Unis sont entrés dan ce conflit local qui devint international par le jeu des alliances – comme d’habitude – mais surtout grâce à une médiatisation beaucoup plus importante qu’autrefois. Sans oublier une opinion publique menée par la jeunesse de ce pays engagé, comme en témoignent les différentes manifestations et événements de la même époque.

 

Rambo n’a eu aucune chance : non seulement il revient traumatisé part une guerre qu’il n’a pas obligatoirement choisie, mais en plus, il souffre du mépris et de l’hostilité de ceux pour qui il croyait être allé se battre.

 

Bref, un film pas si primaire que ça, dans la droite lignée de la vague qu’a engendrée l’extraordinaire Apocalypse Now, trois ans plus tôt. (5)

 

  1. First Blood, titre original du film.
  2. Rappelez-vous The deer Hunter (Michael Cimino, 1978).
  3. Pléonasme. Il me semble l’avoir déjà dit…
  4. Officiellement ! Nous savons tous qu’il est surtout question d’argent et de richesses.
  5. En 1978 (encore une fois), Hal Ashby signait déjà un film exposant le retour des soldats du Vietnam. Ce film s’inspirait déjà un peu de l’expérience de Ron Kovic, dont Oliver Stone a raconté le parcours éprouvant (calvaire ?) dans son très beau Born on the 4th of July.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Michael Apted, #Histoire
Amazing Grace (Michael Apted, 2006)

1797.

William Wilberforce (Ioan Guffud) arrive chez son cousin Henry Thornton (Nicholas Farrell) et son épouse Marianne (Sylvestra Le Touzel), épuisé, malade et en proie à ses démons.

Quinze ans plus tôt, il avait lancé une grande campagne pour l’abolition de l’esclavage en Grande Bretagne, proposant inlassablement au vote de la Chambre cette grande loi humaniste mais surtout humaine.

Et inlassablement, la Chambre a rejeté cette loi.

C’est le récit de ce parcours que raconte ici le film de Michael Apted.

 

C’est d’ailleurs un beau film en costume qui nous est offert, avec une distribution (prestigieuse, cela va de soi) impeccable, les personnalités importantes montrées étant fort convaincantes.

Autant le dire tout de suite : oui, il y a des erreurs historiques et factuelles. Mais je vous rappelle (1) que nous sommes au cinéma et que, outre que tout est permis, l’intrigue et la façon de la raconter son les éléments les plus importants. Le reste n’est que détail, n’influant que très peu sur les deux éléments susmentionnés. Alors que les personnages se serrent autant les mains ne me semble pas un véritable reproche qu’on puisse faire au film…

 

Parce que malgré ces « erreurs », Michael Apted nous offre un film des plus honnêtes avec des interprètes solides. A sa manière, Apted contribue au renouveau cinématographique anglais depuis le début de ce siècle.

De plus, Apted entraîne le spectateur vers un film qui n’est pas sans rappeler ceux produits par les Américains, prouvant que les Anglais eux aussi savaient remettre en cause leur passé un tantinet honteux : oui, l’Angleterre fut un état esclavagiste, à l’économie basée sur la traite des Africains. N’oublions pas que Liverpool fut la plus grande ville portuaire négrière, loin devant la ville de Nantes, la première en notre « beau pays de France » (2).

 

Michael Apted retransmet très bien la lutte de Wilberforce contre ce parlement conservateur et réactionnaire, représenté par la paire Clarence (Toby Jones) & Tarleton (Ciarán Hinds) farouches adversaires à cette idée libertaire, dans un monde en (r)évolution :

A la même période (1782), les Etats-Unis d’Amérique sont près de renvoyer les troupes anglaises chez elles et de mettre (enfin) en place leur république ; quelques années plus tard, la Révolution Française va mettre en péril la souveraineté anglaise, son idée de liberté résonnant mal dans les oreilles de ces même conservateurs acharnés : la lutte de Wilberforce pour la liberté des esclaves se transformant en appel antimonarchique !

 

Et puis il y a cet hymne mondialement connu, Amazing Grace, écrit par John Newton (Albert Finney, encore une fois magnifique), ce négrier repenti. Ce chant Nous avons trois fois le plaisir de l’entendre : la première quand Wilber la chante à la face de Clarence, comme un défi à son esprit réactionnaire. La seconde, c’est quand Wilber se marie (enfin) avec la belle Barbara Spooner (Romola Garai), son pendant féminin.

Parce que les femmes ont leur rôle à jouer dans cette lutte. Elles sont trois : outre Barbara Spooner, on trouve Marianne Thornton et Hannah More (Georgie Glen). Si Marianne n’a somme toute qu’un rôle de soutien et d’entremetteuse, Lady More est une femme qui annonce le mouvement des suffragettes qui fleurira une centaine d’année plus tard dans cette même Angleterre, avec le même résultat : la victoire.

 

Alors quand le film se termine sur cette victoire inéluctable des abolitionnistes, c’est avec une grande émotion que nous voyons la valeur de Wilberforce reconnue et louée par Sir Charles Fox (Michael « Dumbledore » Gambon) qui, même s’il n’était pas Lord dans la réalité n’en prononce pas moins un très bel hommage à ce grand philanthrope.

Cette fin n’est pas sans nous rappeler celle du film de Spielberg traitant du même sujet – l’esclavage – dans un autre contexte : Amistad.

 

Alors savourons…

 

  1. Encore une fois…
  2. Etant nantais de naissance, ce n’est pas un aspect de cette belle dont je suis le plus fier. Bien au contraire.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Edward Zwick
Les Insurgés (Defiance - Edward Zwick, 2008)

C’est d’abord une main, au bout d’un bras tendu qui ouvre le film. Mais cette main et ce bras ne sont pas destinés à aider quiconque : il s’agit de ceux d’Hitler, alors que la Wehrmacht et les SS envahissent la Biélorussie, le 22 juin 1941.

Avec la guerre, c’est aussi la répression et le massacre des Juifs qui s’installent dans ce pays.

Parmi les Juifs de Biélorussie, les frères Bielski ont organisé un camp dans la forêt, sauvant jusqu’à 1200 personnes d’une mort assurée, résistant par la force à l’ennemi allemand.

C’est la création de ce camp et de sa vie pendant une année qui nous est racontée ici.

 

Après Steven Spielberg (Schindler’s List, 1997), Roman Polanski (The Pianist, 2002), ou encore Jon Avnet (Uprising, 2004), c’est au tour d’Edward Zwick de participer à la mémoire des Juifs pendant la Deuxième Guerre Mondiale au cinéma.

A nouveau, c’est un épisode tragique qui nous est décrit ici, d’une résistance désespérée mais pourtant pleine d’espoir : celui de vivre toujours comme des êtres humains.

Et dans sa façon de diriger le film, Zwick illustre la survie de ce peuple déraciné au milieu de nulle part, avec le sort du peuple juif dans l’Ancien Testament.

 

La première référence concerne les deux aînés : la Genèse.

D’un côté nous avons Tuvia (Daniel « My name is Bond » Craig), et de l’autre Zus (Liev « Cotton » Schreiber). On ressent tout de suite une barrière entre ces deux hommes qui semble remonter à loin mais doit s’estomper dans cette heure grave où les deux autres plus jeunes frères – Asoel (Jamie « Billy Elliott » Bell) et Aron (George « Bedovan » McCay) – ont plus que besoin d’eux puisque leurs parents sont morts.

Mais l’affluence toujours plus forte des réfugiés juifs renforce leur différent et on arrive alors à un combat fratricide. Si Tuvia peut être identifié à Abel de part son côté accueillant et donc Zus à Caïn du fait de son « égoïsme » compréhensible, c’est tout de même Tuvia qui manque de tuer Zus, et comme son prédécesseur biblique à l’aide d’une pierre.

 

Autre référence importante : l’Exode.

Alors que l’Exode concerne le départ des Juifs d’Egypte, menés par Moïse, ici ce sont les membres du camp qui sont emmenés loin du fait de l’arrivée des Allemands qui viennent liquider le camp. On retrouve alors l’analogie avec le peuple hébreu quand ils se retrouvent arrêtés par des marais à perte de vue, leur « Mer Rouge ». On retrouve à ce moment le même découragement devant cette barrière naturelle semble-t-il infranchissable. Mais si Tuvia ne va pas partager les flots, ils réussiront tout de même à passer.

La dernière partie de ce « passage » (1) concerne la nouvelle menace allemande qui les attend de l’autre côté : alors que Tuvia-Moïse est las de tout cet effort, c’est Asoel qui prend sa suite, remotivant ses compagnons d’infortune, à l’instar de Josué qui prit la suite de Moïse.

 

Autre référence biblique : le bouc émissaire.

C’est un soldat SS allemand qui est capturé peu avant l’exode qui va payer pour tous les autres qui, comme lui, ont tué les autres Juifs de Biélorussie, leurs familles, leurs amis, leurs coreligionnaires. Les membres du camp vont s’acharner et le tuer, lui rappelant leur peine et leur désespoir engendré par l’arrivée de ces méchants hommes (étaient-ce encore des hommes ?).

Cet épisode, malgré tout, amène un certain malaise : il n’est jamais agréable de voir des hommes et des femmes s’entretuer, et par cette action, l’humanité s’efface tout de même un peu, malgré les circonstances – ô combien – atténuantes dont peuvent bénéficier ces meurtriers occasionnels.

 

 

Mais malgré tout, Edward Zwick, malgré ces références bibliques évidentes, continue son récit, illustrant les différents états d’esprit qu’on put voir ou lire pendant cette période sombre :

  • le Judenrat (Conseil juif) de Baranavitchy qui refuse de croire à l’élimination totale des Juifs par les Nazis, persuadés de leur importance dans ce système avant tout barbare ;
  • la supplique un tantinet blasphématoire de Shamon Haretz (Alan Corduner) à la mort de deux hommes, qui demande à Dieu de ne plus être considérés comme le « Peuple béni », cette bénédiction n’amenant que des catastrophes ;
  • L’attitude plus qu’ambiguë de l’Armée Rouge vis à vis des Juifs.

 

Cette dernière assertion s’illustre dans le film par le passage à tabac d'un de ses compagnons dans le camp des partisans russes.

Il ne faut pas oublier que les Juifs furent beaucoup persécutés en Europe de l’Est et en Russie : pogrom est d’ailleurs un mot russe qui signifie détruire. On retrouve d’ailleurs mention de cet antisémitisme dans l’un des premiers dialogues entre Shamon (encore lui) et Isaac Malbin (Marc Feuerstein) quand ils comparent les deux dictateurs à moustaches : à l’ouest celui qui a une petite et à l’Est celui qui en a une grosse.

 

Au final, nous avons une fresque humaine d’un épisode fort méconnu de l’histoire juive pendant la deuxième guerre mondiale. Et Edward Zwick filme avec beaucoup de conviction cette histoire atypique : rarement on n’a vu les Juifs résister au cinéma, si ce n’est dans le cadre du Ghetto de Varsovie.

On retrouve aussi dans ce film l’engagement qui est cher à Zwick et qui s’exprimait dans son film précédent Blood Diamond (2006). Ici l’engagement des frères est le moteur du film et donne un sens à leur vie, les faisant se révéler : aux autres comme à eux-mêmes.

 

 

(1) le terme hébreux « Pessa’h » peut être ainsi traduit, même si je ne suis pas spécialiste.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #John Avnet, #Robert de Niro
La Loi et l'ordre (Righteous Kill - John Avnet, 2008)

Si John Avnet est producteur au nez creux, il est aussi un cinéaste talentueux, nous proposant ici une nouvelle rencontre entre deux monstres hollywoodiens : Robert De Niro et Al Pacino.

C’est d’ailleurs la troisième fois qu’ils se partagent l’affiche, même si dans la première – The Godfather part II – ils ne se rencontraient pas.

Et à nouveau, ils sont réunis dans une histoire policière particulière, mais cette fois-ci en tant que partenaires (1).

 

Dans une vidéo, Tom « Turk » Cowan (De Niro) confesse avoir tué quatorze personnes dans les quatre années passées : ces personnes étaient des criminels qui avaient pu échapper à la justice et qui méritaient de mourir pour l’ensemble de leur œuvre, comme on dit dans ces cas-là.

Nous allons alors assister à ces différentes exécutions, souvent suite à des affaires qui ont été résolues par son partenaire David « Rooster » Fisk (Pacino).

S’ensuit alors l’illustration de cette confession, de l’élément déclencheur – le maquillage d’un meurtre non résolu imputé à un tueur et violeur d’enfant – jusqu’à la conclusion – sanglante cela va sans dire – de cette affaire.

 

Bien sûr, le duo Pacino-De Niro est l’élément le plus important du film. Cette réunion fonctionne merveilleusement bien et John Avnet mène son intrigue avec assurance, ces deux stars étant des plus fiables. On sent en même temps la complicité qui lie les deux hommes, contents de travailler ensemble à cette énième intrigue policière.

Enième certainement, mais cette intrigue possède une originalité qui tient dans le basculement final : pourquoi cette confession.

 

Et Avnet nous surprend dès le début : alors que Turk raconte les différents meurtres perpétrés au nom d’une justice immanente qui supplante la Justice des hommes (légale donc), il n’y a à aucun moment de débat plus ou moins contradictoire sur cette pratique. Le fait est là : ces hommes méritaient leur sort.

Et Avnet préfère se concentrer sur l’élaboration et surtout l’exécution (c’est le cas de le dire) de ces châtiments, se concentrant sur l’enquête qui suit chaque mort.

Et ces enquêtes se passent dans des conditions très particulières avec trois partis en action : Turk & Rooster d’un côté ; Perez (John Leguizamo) & Riley (Donnie Wahlberg, le frère de Mark) d’un autre ; et au milieu de cette réunion la belle Karen Corelli (Carla Gugino), membre de la police scientifique.

 

Les deux duos de policiers sont en concurrence dans cette enquête malgré la collaboration – forcée – qui les fait se réunir et échanger.

Et cette concurrence a plusieurs aspects :

  • l’âge : comme le souligne leur supérieur – le capitaine Hingus (Brian Dennehy) – Turk et Rooster sont en fin de parcours, et doivent penser à leur avenir en dehors de la Force, ce qui peut être remis en cause en fonction de leur travail et surtout leur implication. Et la confession initiale de Turk lui donne raison.
  • Le tempérament : chacun des deux duos est composé d’un policier emporté et d’un modéré qui refrène l’autre, amenant des tensions qui ne facilitent pas les différentes enquêtes ;
  • La jalousie entre Turk et Perez qui, en plus d’être les plus sanguins, ont tous les deux un rapport amoureux avec Karen Corelli : l’un (Perez) l’a connue autrefois alors que l’autre sort avec (Turk). Cette jalousie va donc desservir l’enquête, Turk se retrouvant inévitablement en minorité et surtout en ligne de mire comme coupable.

A cela s’ajoute un élément qui pimente la situation : la belle Karen a des tendances masochistes, se repaissant des scènes de crime en imaginant ce qui a pu s’y passer.

 

Bref une histoire pas si simple que ça, surtout quand on connaît l’issue du film : mais si vous êtes attentifs, vous avez tous les éléments pour anticiper la résolution de cette intrigue policière – élaborée par Russell Gerwitz – plutôt habile.

 

PS : Avnet s’amuse aussi avec les acteurs et surtout les films dans lesquels ils ont tourné. Un exemple ? Hingus-Dennehy parle du meurtre d’un proxénète nommé Rambo (le champion de skateboard Rob Dyrdek) : quand on sait que Dennehy joue dans First Blood (2)…

 

 

  1. La fois précédente, Hanna-Al Pacino, le policier poursuivait le truand McCauley-De Niro dans le formidable Heat de Michael Mann.
  2. Film de 1982 réalisé par Tef Kotcheff, dont la traduction (trahison) française est Rambo

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Aventures, #Robert Zemeckis, #Danny DeVito
A la Poursuite du diamant vert (Romancing the Stone - Robert Zemeckis, 1984)

Angelina (Kathleen Turner) est menacée par l’infâme Grogan (Ted « Jason » White) : il veut son or et plus car affinités. Mais heureusement, elle portait dissimulé un couteau qu’elle envoie dans le cœur de son opposant, et une fois sauvée des frères de Grogan, le beau Jessie la sauve et l’emmène vers le bonheur.

Fin.

 

Enfin, fin du roman que Joan Wilder (Kathleen Kennedy) vient d’écrire et va porter à son éditrice (Holland Taylor).

A la poste ce matin, une lettre renfermant une carte que des méchants veulent à tout prix récupérer, si Joan veut pour sa part récupérer sa sœur (Mary Ellen Trainor, Mme Zemeckis à la ville) en échange.

Voilà donc Joan Wilder qui n’a jamais quitté New York sur la router de l’aventure, mais aussi sur celle de Jack T. Colton (Michael Douglas), ainsi que du dangereux Zolo (Manuel Ojeda) colonel et chirurgien mais surtout boucher notoire.

 

Avec ce film, Robert Zemeckis fut projeté en avant de la scène, enchaînant ensuite de nombreux succès dont le suivant Retour vers le Futur est emblématique de son cinéma : mêlant humour et scénario solide et un très bon sens du timing comme le montre dans ce film la descente forcée de Joan et Jack.

Bien sûr, ce film n’est pas sérieux. Mais sans tomber dans l’outrance du trio Abrahams, Zucker & Zucker (Top Secret cette année-là), Zemeckis réussit une très belle parodie du film d’aventure, mélangeant les ingrédients susnommés avec bonheur.

 

Il faut dire qu’on retrouve, outre l’emprunt au western d’introduction, tous les éléments des films d’aventure : un chasseur (Jack) solitaire (1) ; un méchant sadique (Zolo) ; deux truands à la petite semaine – un grand mince (Ira/Zack Norman) et un petit gros (Ralph/Danny DeVito) – et une belle nunuche (Joan) obligée, malgré elle, de vivre le destin de son héroïne la belle Angelina. Mais il faut avouer que traverser la jungle colombienne en talons aiguille n’est pas une très bonne idée (2).

 

On s’amuse beaucoup de cette intrigue qui (elle aussi) mêle avec bonheur les éléments des romans de Joan et sa véritable aventure, et quand se termine le film, on se demande alors quelle est la vérité entre ce qu’on a pu voir et ce qu’elle a pu écrire (3). Rassurez-vous, l’ultime séquence remet les choses au point et la fin est – pouvait-on en douter ? – heureuse.

Quoi qu’il en soit, Zemeckis nous emmène là où il veut et comme il le veut, le spectateur étant alors séduit par cette histoire qui en outre recèle des narcotrafiquants et des poursuites en voiture (avec une 4-L, s’il vous plaît) ainsi qu’une cascade et comme si cela ne suffisait pas des crocodiles. Ai-je parlé du pont qui enjambe une vallée avec rivière tout en bas ?

Bref, nous sommes gâtés et nous ressortons du film un sourire aux lèvres, comme c’est très souvent le cas avec les films de Zemeckis.

 

Par contre, le succès (mérité) amena des producteurs (dont Michael Douglas) à en faire une suite, avec le trio Kennedy-Douglas-DeVito. Et comme Zemeckis travaillait sur Retour versle futur, il ne put y participer : le résultat s’en fait sentir.

Et on en revient à la question habituelle : Une suite était-elle nécessaire ?

Franchement ?

Non.

 

  1. Il chasse les oiseaux pour les revendre.
  2. Un argument publicitaire du film à sa sortie.
  3. D’où le titre original qui allie l’émeraude et le métier de Joan qui mélange aventure et romance dans ses livres.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Carl Franklin
Out of Time (Carl Franklin, 2003)

Il y a des semaines, on devrait rester couché.

C’est le cas pour le chef Whitlock (Denzel Washington) pour qui les choses se compliquent sérieusement.

Tout d’abord, le divorce d’avec Alex Diaz-Whitlock (Eva Mendes) a été prononcé et il n’a plus qu’à signer les papiers pour que tout soit en règle. Sauf qu’il l’aime toujours.

Ensuite, sa « bonne amie » Ann Merai Harrison (Sanaa Lathan) est retrouvée morte avec son mari dans l’incendie de leur maison. Nouveau problème donc, mais surtout double : il couchait avec elle et l’autopsie pratiquée sur les corps retrouvés indique qu’il s’agit d’un double meurtre. Et en plus, il a été vu dans les environs ce soir-là.

Et pour terminer ce tableau lamentable (pour lui) : c’est sa future ex-femme qui mène l’enquête.

 

Bien sûr, nous spectateurs savons qu’il n’a rien fait et qu’il est le jouet d’une machination mâtinée de fraude à l’assurance-vie, le mari ayant découvert le pot-aux-roses en ce qui les concernait tous les deux.

Mais évidemment, si l’enquête montre tout ça, il ne va pas pouvoir s’en sortir, étant beaucoup trop impliqué dans cette affaire…

Mais l’intrigue de David Collard réserve quelques coups de théâtre (et de feu, ne vous en faites pas) pour Whitlock en même temps que pour le spectateur avant de déboucher sur une fin heureuse, inévitable.

 

Comme toujours, Denzel Washington est impeccable. Il nous emmène dans cette histoire sans nous forcer – ni se forcer lui-même (1) – entouré de quelques seconds rôles solides : Chris Harrison (Dean Caine), le mari ou encore Stark (Terry Loughlin), le responsable pète-sec du DEA (2), et bien sûr Chae (John Billingsley), ami indéfectible de Whitlock, le seul qui comprenne vraiment tous les enjeux du moment.

Ce Chae est l’un des rares personnages à nous tirer un sourire dans cette histoire tant les ennuis de Whitlock vont s’accroissant : Billingsley campe très habilement un personnage étonnant, mélange de pauvre type et de tête pensante au physique quelconque, mais d’une grande loyauté et d'un potentiel comique évident.

 

Bref, nous sommes dans un polard-blockbuster efficace et habile mais on peut tout de même lui en préférer d’autres : Déjà vu ou The bone Collector avec le même Denzel Washington.

Mais on passe malgré tout un bon moment et les cent minutes du film s’égrènent plutôt rapidement, l’intrigue nous tenant en haleine jusqu’au bout (ou presque).

                                                    

  1. Il reste encore des acteurs « cool » en vie…
  2. Drug Enforcement Administration : sorte de Brigade des Stups américaine.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #John Hillcoat
Des Hommes sans loi (Lawless - John Hillcoat, 2012)

Les frères Bondurant – Howard (Jason Clarke), Forrest (Tom Hardy) et Jack (Shia LaBeouf) qui est le narrateur – ont une petite affaire qui marche très bien dans leur comté de Virginie : ils distillent de l’alcool qu’ils revendent à la ville et à ceux qui en ont besoin.

Et ce n’est pas parce que l’Amérique est en pleine Prohibition que les choses changent : on arrose la police – c’est doublement le cas de le dire – et tout va pour le mieux (pour tous) dans le meilleur des mondes (possibles).

Mais leurs affaires font des jaloux : le nouveau DA (1) veut « en croquer » et dépêche sur place son envoyé, l’agent spécial Rakes (Guy Pearce) qui a la ferme intention de mettre ce comté au pas.

Si la plupart des bootleggers rentrent dans le rang, ce n’est pas le cas des trois frères : ils n’ont pas l’intention de changer d’un iota leurs pratiques. De toute façon, tout le comté sait qu’ils sont indestructibles…

 

Pour quelqu’un comme moi qui suis né à la fin des années 1960s, la première illustration de la prohibition qui nous fut offerte était la série Les Incorruptibles (The Untouchables).

Alors le film de John Hillcoat est bien éloigné de cet univers où les gentils étaient les hommes d’Elliott Ness (Robert Stack), et les règlements de comptes plutôt édulcorés même si on pouvait compter quelques cadavres.

 

Puis ce fut (pour moi) la découverte du cinéma américain des années 1930s et son cocktail de mauvais garçons (Rico Bandello, Rom Powers et bien sûr Tony Camonte pour ne citer que ceux-là), dont les frasques restent dans les mémoires des cinéphiles.

Là encore, la violence est présente et le sang coule. Mais, époque oblige, les films étaient en noir et blanc, et l’absence de couleur permettait encore une certaine distanciation : le sang était noir.

 

Alors pour revenir au film de John Hillcoat, il n’est pas question de gangsters citadins comme ces aînés. Les frères Bondurant ne sont rien d’autre que des paysans qui distillent de grandes quantités de gnôle (une sorte de whisky qui permet der faire démarrer les moteurs…) parce que nous avons tous que le Volstead Act n’a en rien freiner la consommation d’alcool en 1919 et 1933 : au contraire, on n’a jamais autant bu !

Mais surtout, ici les gentils sont les trafiquants ! Ceux que la police devrait pourchasser au lieu de s’arranger avec.

Certes, avec l’arrivée de Wardell (Tim Tolin), le nouveau DA, on pouvait penser que les choses changeraient : au contraire, la situation empire surtout grâce à la présence de Rakes. Encore une fois, Guy Pearce est un salaud magnifique, reléguant le personnage de Forrest – certainement le plus dangereux des trois frères parce que toujours gardant son sang-froid, ce qui n’est pas souvent le cas d’Howard, le plus fort des trois – à celui de victime et ce malgré les échantillons de violence qu’il a pu nous montrer.

Nous assistons donc à une situation classique pour un film en pleine Prohibition, mais avec un cadre peu exploité : la campagne profonde.

Si les Bondurant sont les hommes sans loi du titre, il ne faut surtout pas oublier de leur associer les autres, Rakes en tête de liste.

Et si nous avons droit à un règlement de compte en pleine rue avec mitraillette (apparition de Gary Oldman en gangster désinvolte), le reste se règle essentiellement à coups de poings ou d’objets contondants.

 

Et surtout, il y a le basculement. Oh, ce n’est pas un  retournement de situation ou un deus ex machina qui apparaît tout d’un coup. Le basculement se fait autrement : d’un film de gangsters, on passe à un western !

Dans ce western, on a un étranger qui vient semer le désordre et surtout la mort, accumulant les méfaits sans vergogne, menaçant les petits producteurs s’ils ne rentrent pas dans leur organisation.

Et c’est là que la Bondurant, à l’instar des Earp à Tombstone (Arizona) vont ramener l’ordre dans le comté de Franklin, lors d’un règlement de compte final qui ne se passe pas comme prévu mais ramène tout de même l’ordre, qui de toute façon serait tout de même revenu : la Prohibition prenant fin en 1933…

La fin de la Prohibition amène l’inutilité des affaires des Bondurant, et par là même l’acceptation de la Loi. La Civilisation a encore gagné.

 

Et les femmes dans tout ça ? Elles sont deux : Maggie Beauford (Jessica Chastain) et Bertha Minnix (Mia Wasikowska). Elles sont toutes les deux très dissemblables, voire opposées dans leur personnalité. Alors que Maggie est une ancienne effeuilleuse lassée de la vie citadine et ses excès, Bertha est une jeune fille de pasteur au sermon facile et aux allures qui ne sont pas sans rappeler les Amishs (par l’apparence vestimentaire), l’époque « moderne » étant assumée ici.

Pourtant, elles vont trouver leur place dans cette maisonnée rude où violence et alcool sont les deux composantes, majeures et ce malgré l’illégalité des activités des trois frères.


Alors, les Bondurant sont-ils indestructibles ? Réponse dans le film, qui vaut tout de même le coup d’œil…

 

 

PS : les frères Bondurant ont réellement existé et l’histoire racontée ici se base sur des faits – hélas – véridiques, racontés dans le livre The wettest County in the world, écrit par Matt Bondurant, le petit-fils de Jack…

 

  1. District Attorney : sorte de procureur de la république aux Etats-Unis.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western, #John Emerson, #Douglas Fairbanks
Wild and woolly (John Emerson, 1917)

De grands espaces, des Indiens belliqueux, un méchant à moustaches, l’attaque d’un train, un square dance, l’enlèvement d’une belle et un héros sans peur bondissant comme Douglas Fairbanks (1) : pas de doute possible, nous sommes dans un western !

Sauf…

Sauf que ce n’est pas un vrai western (2) puisque tout est arrangé.

 

Je m’explique.

Jeff Hillington (Douglas Fairbanks) est le fils d’un roi du chemin de fer et se dirige vers sa succession le temps venu. Mais il y a un petit problème à cela : Jeff est passionné par le Far-West et cette période mythique qui a accompagné l’histoire de son pays. Il est habillé comme un cow-boy, chique comme un cow-boy et parcourt les rues de New York (le dimanche) à cheval dans son costume adéquat, le faisant tout de même passer pour un fou.

Et quand son père l’envoie pour affaire à Bitter Creek (Arizona), c’est le suprême bonheur : il va enfin vivre cette vie de l’Ouest qu’il a tant parcouru dans ses nombreuses lectures.

Mais voilà quelques décennies que l’Arizona ne vit plus au rythme des six-coups et autres attaques de desperados.

Qu’importe, les habitants de Bitter Creek vont le recevoir en lui permettant de vivre son rêve.

Mais bien sûr, il y a un vrai méchant qui va en profiter…

 

Bien sûr, il s’agit d’un western, et les éléments énoncés ci-dessus sont tout à fait valables. Mais sans pour autant se prendre au sérieux : on rit de bon cœur de ce jeune Don Quichotte au Far-West, vivant son rêve, aveugle aux ricanements sous cape de ses hôtes, et attiré par Nell (Eileen Percy) la fille de l’homme d’affaires (Calvert Carter) qu’il est venu voir.

Et tout se passerait bien s’il n’y avait ce véritable méchant qui profite des Indiens pour s’enrichir : Steve Shelby (Sam De Grasse), agent des affaires indiennes.

 

Et bien sûr, l’Ouest qui est offert à Jeff est bourré de stéréotypes et de préjugés dont la maxime (hélas) archiconnue « un bon Indien est un Indien mort » est bel et bien présente.

Et fait exprès, les Indiens ici sont hostiles aux Blancs, excités par Shelby et le whisky qu’il leur fournit. Il n’empêche : les Indiens sont – encore une fois – montrés sous un triste jour, comme c’était de coutume à l’époque.

Autre personnage mauvais : Pedro (Charles Stevens). C’est un Mexicain complice de Shelby, montrant par là une certaine discrimination qui était faite au cinéma de cette époque (3). Et pourtant Stevens avait des origines mexicaines (sa maman était mexicaine).

Fort heureusement, ces conceptions n’ont plus cours à Hollywood depuis un moment déjà, même si on peut en douter quand on voit qui dirige ce même pays (3).

 

Dès l’introduction, Emerson donne le ton : ce qui va suivre n’est pas sérieux et pas seulement dans les images. Nous assistons à une comparaison des lieux et habitudes, mais sans pour autant que soit annoncé que « c’était mieux avant ». L’intrigue prend tout de suite ses distances et promet de nous montrer que l’âme de l’Ouest n’est pas encore morte.

Il faut dire qu’avec Douglas Fairbanks, cela devenait plus facile d’illustrer cette idée.

Comme toujours, il bondit et brave le danger, que ce soit à cheval ou à travers un plafond (mais de bas en haut !), on sent que le grand Douglas est dans son élément et il nous partage facilement et rapidement cet engouement. De plus il nous apporte une certaine jubilation quand on le voit tourmenter son majordome ou un de ses clercs, deux personnages qui évoluent avec une certaine dignité.

 

Mais bien sûr, Emerson et Anita Loos (au scénario, sur une idée de Horace B. Carpenter) ne pouvaient passer à côté d’une intrigue où le western allait l’emporter. En effet, alors que le spectateur se demande comment Jeff va redescendre sur terre, l’intrigue se charge de le ramener dans la réalité mais sans pour autant revenir à une intrigue plus moderne : d’accord, nous sommes en 1917, mais puisque on a sorti les effets western, autant aller jusqu’au bout.

La résolution – heureuse, cela va sans dire – se fera avec les moyens du Western.

Et si le film ne se termine pas dans le soleil couchant, peu importe, nous avons eu un film qui jongle avec beaucoup de bonheur entre le rêve (que vit Jeff) et la réalité de l’intrigue (les méfaits réels de Shelby).

 

Et tout le monde s’amuse, le spectateur y compris !

 

  1. Normal : c’est lui !
  2. Enfin si, quand même.
  3. Il faut croire que certaine(s) personne(s) n’ont pas dépassé cette notion archaïque et un tantinet raciste, considérant toujours, cent ans après, les Mexicains comme nuisibles.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Biopic, #Richard Attenborough
Cry Freedom (Richard Attenborough, 1987)

Pour moi, Steve Biko était un nom qu’on entendait dans la chanson Asim Bonanga du regretté Johnny Clegg (1). Et encore, j’ai reconnu ce nom après avoir (enfin) vu le film de Richard Attenborough.

Tout comme pour ses autres films en tant que réalisateur, le grand Richard nous expose un personnage humain, avec ses forces et ses faiblesses, avec ce qui fait de lui qu’on s’intéresse ici.

 

Et Steve Biko mérite amplement qu’on s’arrête un moment pour l’évoquer.

Biko (Denzel Washington) était un leader sud-africain qui menait cette lutte pacifiste contre le gouvernement inique qui était en place en Afrique du Sud. Mais alors que Nelson «  Madiba » Mandela croupissait dans une geôle, Biko était libre – dans ce que cela signifie en 1975-1977 – et pouvait dispenser sa parole proche de celle de l’immense Nelson.

Et si Mandela a survécu à son traitement – lui aussi inhumain – il n’en fut pas de même pour Biko et nombre d’autres personnalités politiques qui sont morts pour cette cause : l’abolition de l’apartheid qui faisait que des Africains descendants de ceux qui ont toujours vécu ans cette région étaient considérés comme des sous-hommes par une poignée de colons d’origine européenne (Pays-Bas, France, Allemagne ou encore Scandinavie) qui se considéraient comme supérieurs et ce malgré les différentes mutations internationales et sociétales qu’on pût voir après la seconde guerre mondiale.

 

Donald Woods (Kevin Kline) est le rédacteur en, chef d’un journal proche du pouvoir qui considère Steve Biko comme un trublion plus ou moins inoffensif mais surtout un ennemi du système qu’il n’a aucune raison de dénoncer (le système, pas encore Biko).

Alors quand le docteur Mamphela Ramphele (Josette Simon) lui propose une entrevue avec Biko, il saisit cette opportunité de se forger sa propre opinion sur ce leader noir si sulfureux (2).

 

Et comme nous nous y attendons : Woods va devenir un chantre de cette lutte pour l’abolition de l’apartheid.

Mais surtout, il sera celui qui annoncera au monde qui était Steve Biko et remettra de facto en question la mort de tous ces leaders emprisonnés par un système raciste et inique et qui, constitutionnellement n’avait pas à justifier outre mesure la mort d’un de ses prisonniers.

La preuve ? Steve Biko est mort d’une grève de la fin, après avoir été frappé sans retenue par ses geôliers.

 

Nous allons donc assister à la mutation d’un personnage, Donald Woods. Alors qu’il est bien conditionné pour obéir au système, il va découvrir progressivement cet homme proscrit, comprenant puis soutenant sa lutte pour l’égalité sans pour autant prôner quelque vengeance contre les tenants de ce gouvernement injuste.

Et on va retrouver d’une certaine façon ce point de vue quand Nelson Mandela arrivera – avec raison – au poste suprême de ce pays : il n’y aura pas véritablement de règlement de compte. Et pourtant, il y avait de quoi !

 

Quoi qu’il en soit, le film de Richard Attenborough ne s’arrête pas à Biko, mais raconte le périple de Donald Woods qui devra prendre de grands risques pour échapper à ce système injuste et faire publier son livre racontant le calvaire puis la mort de Biko, éveillant alors les dernières consciences mondiales à ce fléau qu’est le racisme, et ce système politique désuet. Désuet bien qu’abandonné récemment (nous sommes en 1977) par les Etats-Unis (3).

 

Et tout comme pour Gandhi (1983), Attenborough montre le ^parcours de son martyr, en y adjoignant un système inique (comme déjà écrit pus haut) justifiant à lui seul le combat de cet apôtre de la paix : à aucun moment Biko n’appelle au soulèvement armé ni à quelque action violente. Tout comme Gandhi ou Luther King avant lui, il est un pacifiste convaincu de la force de son engagement et de ceux qui le suivent.

 

Mais si Biko a prôné toute sa (fin de) vie l’action pacifiste, Attenborough ne peut passer outre les exactions de ce gouvernement abject qui n’hésita pas à tirer sur la foule de Soweto en 1976, tuant hommes, femmes ET enfants pour la sauvegarde d’un modèle obsolète autant que meurtrier.

 

  1. Son album The third world Child sort la même année que le film.
  2. Tellement dangereux qu’il n’avait pas le droit de côtoyer plus d’une personne à la fois !
  3. Une dizaine d’années, sans parler du racisme ordinaire subi par les Noirs dans le Sud, et malheureusement ailleurs.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Robert Altman
Nous sommes tous des Voleurs (Thieves like us - Robert Altman, 1974)

Ils sont trois.

Trois hommes qui s’évadent d’un pénitencier.

Trois hommes qui dévalisent des banques.

Trois hommes qui doivent donc mourir.

 

Nous sommes dans les années 1930s, en pleine dépression, et pendant que les files de chômeurs s’allongent, que le pays s’enfonce dans la Dépression et la pauvreté, quelques « citoyens » essaient de s’enrichir.

C’est le cas de ce trio : T-Dub (Burt Remsen), Chicamaw (John « Painless Pole » Schuck) et Bowie (Keith Carradine), sempiternellement sur les routes, écumant les banques du Mississipi, tuant si nécessaire (pour eux).

 

Bien sûr, on pense à Bonnie & Clyde, dans cette fuite en avant vers une issue fatale. Mais alors qu’il y avait un aspect provoquant dans ce couple terrible, ici aucune provocation : des braqueurs de banque sans foi ni loi, portant revolver avec l’intention de s’en servir.

Mais la comparaison porte plus sur la période de l’intrigue, pendant cette Dépression terrible où le meilleur moyen de se faire facilement beaucoup d’argent était le crime : la contrebande d’alcool jusqu’en 1933, les hold-up dans le même temps et après, cette dernière activité se pratiquant quelle que soit la situation d’un état.

 

Il y a dans ce film d’Altman une touche réaliste très marquée, qu’elle soit vestimentaire ou dans le choix des lieux, comme dans le choix de ses différents interprètes. Les différents rôles principaux sont tenus pour la plupart par des habitués d’Altman ou comme Keith Carradine par des acteurs qui ont déjà tourné avec lui.

Et le parti pris d’avoir choisi des physiques ordinaires – sauf pour Carradine et Shelley Duvall – accentue ce réalisme.

A côté de ces physiques communs – T-Dub et Chicamaw, mais pas seulement eux : Mattie (Louise Fletcher), malgré ses beaux yeux clairs n’est pas ce qu’on peut appeler une femme séduisante – on trouve d’un côté Keith Carradine avec son physique de jeune premier qui attire presque immédiatement la sympathie du public ; et de l’autre Shelley Duvall et ses yeux globuleux et son sourire denté. Une association presque contre-nature : Shelley possédant un charme fou, et jouant avec beaucoup de justesse cette jeune femme naïve et mal dégrossie, inéluctablement attirée par ce beau jeune homme, et ce malgré son passé (et présent) criminel.

 

Mais si nous sommes en pleine Crise de 1929 (qui s’étend jusqu’à la deuxième Guerre Mondiale), on ne trouve que très peu de référence politique, et ce alors qu’un élément primordial est utilisé pendant tout le film : la radio.

Cette radio que Woody Allen célèbrera dans Radio Days (1987) et qui accompagne les Américains à chaque moment de leur journée, alternant informations, musique et pièces radiophoniques.

Et il faut attendre la toute fin du film pour entendre un discours politique – réactionnaire de surcroît – évoquant le New Deal de Roosevelt.

 

Cette radio est un élément essentiel de la narration car elle commente d’une certaine façon les événements auxquels est associé le trio criminel. On y apprend leurs méfaits, mais pas seulement : alors qu’ils écument les banques, ce médium diffuse des feuilletons policiers qui sont plutôt similaires, à ceci près que les criminels ne s’en sortiront pas. Eux non plous, me direz-vous, mais on n’en est pas encore là.

Autre feuilleton qu’écoutent Bowie et Keechie (Shelley Duvall) alors qu’ils font plus ample connaissance (pardonnez cet euphémisme), Roméo & Juliet, qui se conclut inlassablement par la même phrase : « Thus did Romeo and Juliet consummate their first interview by falling madly in love with each other. » (1)

Bien sûr (comme écrit plus haut), l’issue sera fatale, et on retrouvera dans l’exécution finale – les méfaits des trois hommes étant impardonnables – le même acharnement des représentants de la loi que dans Bonnie & Clyde.

A cela s’ajoute le sang qui s’écoule de la couverture où est enveloppé le troisième homme (les deux autres ayant disparu du film), déposé sur un sol boueux, sous une pluie qui accentue l’aspect tragique du moment.

 

 

(1) « [C’est] ainsi que Roméo et Juliette conclurent (?) leur première entrevue en tombant follement amoureux l’un de l’autre. » (Pardonnez cette traduction maladroite, mon aptitude à la version étant un tantinet rouillée).

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