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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

politique

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Politique, #Albert Dupontel
Second Tour (Albert Dupontel, 2023)

Plus que neuf jours. Neuf jours pour que le candidat Pierre-Henry Mercier (Albert Dupontel) fasse la différence contre son adversaire de l’extrême-droite Pajout (Scali Delpeyrat). Nous sommes dans l’entre-deux tours de l’élection présidentielle. Election qui, semble-t-il, n’a pas passionné les foules.

Mercier, est une personnalité lisse, jouet d’intérêts supérieurs. Bref, il n’est pas à sa place.

Ailleurs (pas très loin non plus), la journaliste Nathalie Pove (Cécile de France) remarque certaines anomalies dans l’entourage de ce candidat falot. Mais comme elle a été reléguée aux sports, il n’y a pas lieu d’en faire un scoop. Sauf que la rédaction de la chaîne (France +) la remet en scène dans la politique. Elle va donc suivre cette fin de campagne avec son caméraman attitré, Gus (Nicolas Marié), le spécialiste du football !

 

Certes, nous sommes bien loin du sublime Au-Revoir là-haut, mais nous restons chez Dupontel, et rien que cela, c’est très appréciable. Et à nouveau, il ne déçoit pas, distillant son humour dans un sujet qui pourtant n’en relève pas de premier abord. Surtout qu’il y a des noms qu’on peut mettre derrière ce drôle de candidat !

Robert Kennedy (1925-1968), tout d’abord, lui aussi candidat à la présidence, abattu au sortir d’un meeting, comme le sera Mercier (flûte, je vends la mèche !). C’est d’ailleurs à lui que pensait Dupontel quand il a commencé son film.

Mais nous pensons aussi à un candidat beaucoup plus proche de nous qui lui, est allé jusqu’au bout. Comme lui, il est entouré de financiers qui influent sur sa politique (ou du moins celle qu’il veut mettre en place).

Est-il besoin de dire son nom ? Un indice alors : il découvre l’amour à l’école…

 

Avec ce film, Dupontel entre de plain pied dans la politique en réussissant à nous faire rire. Il faut dire que le duo formé par Cécile de France et Nicolas Marié est irrésistible : la relation entre les deux personnages est totalement improbable (encore que…) et c’est aussi cela qui nous réjouit. Avec en prime quelques interventions d’une rédactrice (Magali Bonnat)  qui tombent au bon moment pour nous, mais pas vraiment pour eux !

Et le seul (enfin l’un des seuls) qui ne nous fait pas spécialement rire, c’est Albert Dupontel. Il faut dire que son rôle ne s’y prête pas vraiment. Et c’est aussi pour cela que le comique ressort.

 

Bref, une comédie sérieuse – normal, l’humour, c’est toujours sérieux – et qui s’ouvre sur une pensée pour trois personnalités qui ont disparu depuis le dernier film (réalisé) de Dupontel : Tavernier, Belmondo et Deville. Trois grands noms, comme toujours avec ce réalisateur.

Et puis on peut presque parler de film familial puisqu’on retrouve, outre Nicolas Marié, des habitués : acteurs, techniciens (Christophe Pinel, Mimi Lempicka, etc.), production (Catherine Bozorgan)… Jusqu’au compositeur de la bande originale qui signe ici sa cinquième partition pour Dupontel.

 

Alors, à voir ?

Ben oui.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Drame, #Teddy Lussi-Modeste
Pas de Vagues (Teddy Lussi-Modeste, 2024)

Julien Keller (François « D’Artagnan » Civil) est professeur de français au collège Paul Eluard. Suite à un début d’étude du poème de Ronsard Pour Cassandre (1), il se retrouve accusé par une élève – Leslie (Toscane Duquesne) Reynaud – de l’aguicher, voire de lui faire des avances.

La famille est avertie, famille dirigée par le frère aîné (Armindo Alves de Sa) du genre brutal, et le cauchemar commence, avec menaces de mort à l’appui.

Mais Julien est fonctionnaire d’état alors il peut compter sur sa hiérarchie pour le soutenir. Enfin il devrait, parce que cette histoire malencontreuse n’est pas une bonne publicité pour l’établissement et son principal (Francis Leplay) qui préfère attendre de voir ce qu’il va se passer avant de prendre une décision : surtout, ne pas faire de vagues…

 

Voilà déjà vingt ans que Teddy Lussi-Modeste traîne sa bosse dans les milieux cinématographiques et enfin, on entend vraiment parler de lui (2) ! Il faut dire que son dernier film a de quoi faire parler, contrairement à son titre emprunté à une tendance qui s’est épanouie dans l’Education Nationale…

De bout en bout, son film et ses différents interprètes sont absolument justes. Tout est plus que plausible. Et pour cause : Teddy Lussi-Modeste est parti de sa propre expérience en tant que professeur de français, injustement accusé de harcèlement par une élève de treize ans.

On trouve dans ce film non seulement les relations professeurs-élèves inévitables mais aussi toutes les autres qui ont tendance à être éludées quand on parle du métier d’enseignant (3) : avec les parents, la hiérarchie et les collègues.

 

Et c’est surtout là que ces vagues ont tendance à se créer : une sorte d’effet papillon contre lequel on ne fait rien. La rumeur, c’est le premier battement d’aile du papillon, il suffit qu’elle soit relayée opportunément et elle devient la tempête décrite par Don Basilio (Le Barbier de Séville, G. Rossini). Et ces relais funestes sont tous contenus dans les relations énoncées ci-dessus.

Et dans le cas de Julien s’ajoute une composante importante : son homosexualité. Parce que si la société dans son ensemble accepte plus les homosexuels qu’autrefois (4), cela ne concerne pas tous les individus : les homophobes sont très nombreux, encouragés de surcroît par certains religieux que je ne nommerai pas, vous le ferez vous-même.

Et cette homosexualité est ici un élément central dans la perception des autres de sa personnalité : on passe de la moquerie des élèves à l’indignation d’une collègue, Claire (Emilie Incerti Formentini), voire la menace du frère de Leslie à l’encontre de ce professeur.

 

La moquerie des élèves pourrait se comprendre : adolescents, le rire est avant tout une protection, surtout à un âge où on se cherche et où l’homosexualité peut-être une tentation quand elle n’est pas une réalité difficile à assumer face au regard de l’autre.

Mais l’attitude de la collègue est, à mon avis, inadmissible. Tout comme les reproches des autres collègues – pas si tendres que ça – qui ne comprennent pas (ou ne veulent pas comprendre, choisissez ; pour ma part, c’est fait) que Julien ait gardé pour lui son orientation sexuelle. C’est d’ailleurs lors de ce coming out forcé qu’ils se révèlent : ils ne le voient plus de la même façon et cette orientation devient un nouvel élément à charge contre lui. On comprend alors sa réticence à en parler.

Les parents enfin, ajoutent à ce climat délétère et suspicieux. En effet, entre celle qui commente sur son téléphone aux autres parents la sortie à laquelle participe Julien et une autre qui encourage sa fille à noter toutes ses interventions en cours, comment rester serein ?

On ne peut pas.

Et puis il y a l’Administration, à travers le principal, qui ne bouge pas. Au contraire, elle freine les velléités de l’enseignant en espérant que tout va se tasser, avec en prime une suspicion envers ce même enseignant. Si le principal ne lui dit pas qu’il l’a bien cherché (refrain très connu), il le reconnaît tout de même coupable d’une certaine façon de cette situation, occultant la réalité.

 

Parce que la réalité de cette situation, c’est avant tout une injustice flagrante née d’une volonté de nuisance avérée mais qui, malheureusement ne possède pas de véritable solution : il est plus facile d’accuser – ou de laisser accuser – un professeur plutôt que de s’attaquer au véritable problème qui gangrène l’Ecole depuis plusieurs décennie : la parole libérée plus ou moins délibérée. Moins ici pour Leslie, qui est entraînée dans cette situation par les véritables coupables (je ne vous dirai pas qui !). Beaucoup plus pour celle qui a amené la mort de Samuel Paty voici maintenant plus de trois ans.

 

Alors, à quand une vague ?

 

  1. « Mignonne, allons voir si la rose… »
  2. Personnellement, je le découvre.
  3. « Le plus beau métier du monde », c’est bien connu !
  4. Un autrefois pas si éloigné que ça, malheureusement…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Edouard Bergeon
La Promesse verte (Edouard Bergeon, 2024)

L’huile de palme. Un fléau pour la biodiversité, une bénédiction pour les industriels de l’agroalimentaire.
En Indonésie, la forêt primaire est régulièrement détruite pour laisser la place à des palmeraies, afin d’y tirer cette huile culinaire.

Martin Landreau (Félix Moati) est étudiant en anthropologie et a décidé d’aller là-bas pour essayer de comprendre et surtout de voir ce processus. Alors qu’il est dans un village dayak, il est témoin d’une expédition punitive contre les autochtones afin de les forcer à quitter leurs terres. Et en plus, il a filmé tout ça.

En danger, il tente de fuir mais est arrêté dans l’avion. Il est alors accusé de trafic de drogue et risque la peine capitale.

Aux Sables-d’Olonne, sa mère (Alexandra Lamy) tombe des nues.

 

Que de chemin parcouru depuis Nanouk l’Esquimau (1922) !

Alors que Robert Flaherty se contentait de nous montrer la vie quotidienne de son héros, Edouard Bergeon, pour sa part va au-delà de la présentation. Cette docu-fiction est avant tout un film engagé, et la part de fiction de son intrigue est des plus réalistes. Il est difficile de ne pas croire à toutes ces informations qui ressortent de cette histoire ordinaire – un étudiant qui vient observer un phénomène – qui se transforme en incident diplomatique, avec les ramifications sous-jacentes et autres tractations secrètes, voire pressions politiques qui sont mises à jour au fur et à mesure que Carole (la maman, donc) avance dans son combat pour la libération de son fils.

 

Parce que le personnage central du film, c’est bien Carole. Elle a déjà perdu son mari à cause d’un autre scandale – l’amiante – alors il n’est pas question qu’elle perde l’autre homme de sa vie.

Et Alexandra Lamy campe avec beaucoup de justesse cette femme qui se bat contre un système, une justice, un état. Un système de voyous, une justice défaillante et un état corrompu : Carole va passer de l’état de Mater dolorosa à celui de Mère courage, à mesure que la situation de son fils va empirer.

Et Bergeon, qui est un habitué du documentaire traite sa douleur et son combat comme un journaliste, toujours au plus près de l’action, accentuant l’authenticité de la détresse et de la détermination de cette femme brisée. La séquence qui voit Carole faire le ménage dans les étagères de sa cuisine est très représentative de cet état : alors qu’on a l’habitude des reporters qui ramènent des images mouvementées de lieux qui le sont tout autant, ici aussi la caméra est en mouvement pendant qu’elle compulse les différents emballages d’aliments à la recherche des trois mots fatidiques : « huile de palme ». On retrouve alors la frénésie – dérisoire – qui s’empare de l’esprit de Carole face à ce fléau qui est en train de lui enlever son fils.

 

Et si le constat est terrible, Bergeon agit avec beaucoup de subtilité, amenant progressivement cette forêt (1) que cache l’arbre : les intérêts en jeu (essentiellement financiers, comme c’est étrange) dans cette exploitation qui se moque éperdument de la vie pour privilégier l’enrichissement personnel, professionnel et étatique. Mais cette subtilité tient surtout à la discrétion des protagonistes – réels – de ce scandale : seul l’Indonésie et son système politique (et judiciaire) est mis en cause nommément. Pour le reste, aucun nom véritable, seules des fonctions sont mises en avant. Même le Président de la République est anonyme : quand Martin lui parle, on ne connaît pas son nom, et la seule photo – obligatoire dans les administrations – exposée au Ministère n’est pas nette. Et cela renforce l’importance de ce scandale écologique : depuis vingt-cinq ans que l’huile de palme est exploitée intensément, cette histoire peut se passer pendant n’importe laquelle de ces années…

 

Bien sûr, c’est un film choc, et très pessimiste. On en voit pas comment, pour toutes les raisons qui sont mises en avant tout au long du film, ce système va s’arrêter. Alors certes, tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir, et même s’il existe toujours des activistes pour dénoncer cet état de fait, cet espoir s’amenuise.

Surtout que l’huile de palme n’est pas le seul domaine touché par les massacres écologiques… Malheureusement.

 

PS : Alors que ce film est très pessimiste et fort peu porté sur la comédie, on trouve tout de même quelques éléments qui nous soutirent un sourire. Pas un franc évidemment, mais nos lèvres s’étirent tout de même un petit peu vers le haut.

Et à chaque fois, ça se passe en prison…

 

  1. C’est le cas de le dire, non ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Politique, #Dennis Gansel
La Vague (Die Welle - Dennis Gansel, 2008)

« Essayez la dictature, et vous verrez ! » (E. Macron, 23-01-2020)

 

C’est la semaine politique au lycée Marie Curie ! Pendant une semaine, les professeurs vont parler de différents systèmes politiques aux élèves, afin de leur faire prendre conscience les bienfaits de la démocratie.
Rainer Wenger (Jürgen Vogel), professeur d’EPS et de politique a prévu de faire cours sur l’anarchie, son domaine de prédilection. Seulement voilà, cette leçon a été confiée au professeur Wieland (Hubert Mulzer), un professeur un tantinet plus modéré (euphémisme). Rainer doit donc s’occuper de l’autocratie.

Bien sûr, derrière l’autocratie, les jeunes Allemands pensent au nazisme et à Hitler et commencent par rejeter ce cours qu’ils considèrent « culpabilisateur ».

Qu’à cela ne tienne, Rainer va leur proposer un jeu de rôles : il est leur leader et ils vont vivre une expérience afin d’améliorer leurs conditions de travail et surtout leurs relations dans la classe.

Bien sûr, « tout nouveau tout beau », alors ça fonctionne. Mais quand certains refusent une règle, ils sont virés du cours…

Et ça, ce n’est que le début.

 

Peut-être, tout comme moi, avez-vous lu La Vague (The Wave) de Todd Strasser (1981) adapté du téléfilm du même nom lui-même adapté de l’expérience menée en 1967 au lycée Cuberley de Californie par le professeur Ron Jones. Dans ce cas, vous serez peut-être d’accord avec moi pour dire que cette nouvelle adaptation est encore plus forte que ce roman. En effet, avec ce film, non seulement Dennis Gansel actualise le propos mais surtout le transpose là où est né le nazisme. Et le résultat de l’expérience de Wenger est on ne peut plus parlant : oui, une dictature nazie peut revenir. Mais là où il rejoint l’expérience de Jones, c’est que cette transposition peut être exportée n’importe où dans le monde dans chacune des différentes démocraties qui existent avec le même résultat. Hélas.

 

Et Dennis Gansel (aidé de Peter Thorwarth, co-scénariste) réussit pleinement sa démonstration, montrant que ces jeunes, conscients du passé de leur pays et vigilants à ne pas réitérer les mêmes erreurs, vont tout de même retomber dans les mêmes ornières que leurs aînés, progressivement, insidieusement, sans véritable coup de force de la part de leur leader : ils ont accepté à l’unanimité sa direction. Oui, comme Hitler, il est arrivé légitimement au pouvoir.

Et ce qui fait la force de ce film, outre son propos, c’est aussi la justesse des différents élèves : chacun est défini succinctement mais précisément et va induire on comportement dans cette expérience de fascisme moderne. Et le réalisme de cette expérience va jusqu’à utiliser un uniforme : une chemise blanche. Bien sûr, cette chemise n’est pas noire mais cette opposition chromatique ne peut pas nous faire oublier celles de Mussolini. Et Gansel va encore plus loin puisqu’il prend le temps de nous montrer une dernière fois Rainer s’habiller pour le dernier « meeting » : sa calvitie avancée et sa posture nous rappellent fortement le Duce. L’aspect prognathe en moins.

 

Et si le leader (1) est bien réussi, la présence des jeunes acteurs qui l’entourent est primordiale. Non seulement ils jouent au même niveau que Vogel, mais en plus, le scénario donne à chacun de leurs personnages ses propres dispositions pour entrer dans un mouvement fasciste. Entre Tim (Frederick Lau), geek solitaire un peu bêta qui cherche à s’intégrer dans un groupe et les autres élèves qui cherchent une existence, Gansel a su retransmettre ce besoin de reconnaissance qui fut le terreau du nazisme. On est absolument « bluffé » par ces personnages qui illustrent admirablement le propos. Sans oublier les regroupements occasionnels qui ressemblent aux intimidations violentes des SA au début des années 1930.

De même l’utilisation du water-polo comme sport d’une partie des élèves est on ne peut plus pertinente. Alors qu’on aurait pu avoir un match de foot, milieu propice à l’avènement du fascisme (2), Gansel et Thorwarth choisissent ce sport aquatique en référence à une tragédie issue de la dictature : la rencontre entre l’équipe de Hongrie et celle de l’URSS à Melbourne le 12 décembre 1956 qu’on peut résumer simplement par « du sang dans la piscine ».

 

Le tout accentué par les couleurs qui baignent ce mouvement : outre le blanc, on retrouve le rouge et le noir dans les logos disséminés sur la ville (Berlin). Les trois couleurs du drapeau nazi.

Et puisque nous en sommes aux couleurs, on notera celle que va porter une des élèves qui va entrer en résistance : alors que tous ses camarades ont accepté de porter une chemise blanche comme le leur a demandé Wenger, elle est la seule à porter une autre couleur, le rouge. Son choix est présenté comme arbitraire, comme si c’était le premier tee-shirt qui s’était présenté à elle. Mais quand on sait ce que les nazis (et affiliés) réservaient comme sort aux « rouges », on comprend pourquoi elle n’est pas en bleu ou jaune (ou autre).

 

Bref, le film, comme l’expérience de Vogel est une magnifique démonstration du danger fasciste qui se développe autour de nous.

En 2008 quand le film est sorti, tout comme aujourd’hui.

 

  1. Je n’ose parler de « Führer » !
  2. J’aime bien le foot ! Si, si !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Politique, #Biopic, #Uli Edel
La Bande à Baader (Der Baader Meihof Komplex - Uli Edel, 2008)

18 octobre 1977.

Andreas Baader (Moritz Bleibtreu), Gudrun Ensslin (Johanna Wokalek), Jan-Carl Raspe (Niels Bruno Schmidt) sont retrouvés morts dans leur cellule de la prison de Stammheim. Irmgard Möller (Annika Kuèhl) quant à elle, baigne dans son sang : elle a raté son suicide. Un peu avant (le 9 mai 1976), c’était Ulrike Meinhof (Martina Gedeck) qui avait mis fin à sa vie dans cette même prison.

C’en est terminé de la « Bande à Baader »comme l’ont surnommée les médias. Mais la Fraction Armée Rouge (Rote Armee Fraktion) va continuer pendant encore une vingtaine d’années avant de s’auto-dissoudre le 20 avril 1998.

 

Percutant.

Avec ce film très spectaculaire, Uli Edel nous démontre que le cinéma allemand n’a rien à envier aux Américains quand il s’agit de se tourner vers son passé récent douloureux. Comme nombre de pays en 1967, la RFA est engoncée dans ce monde ancien qui sera balayé l’année suivante. Et la visite du Shah à Berlin est le déclencheur qui va amener des jeunes gens révoltés par les pratiques d’un autre âge d’un gouvernement qui n’a pas su évoluer avec son peuple. Et entre nous, l’attitude passive puis très active de la police berlinoise n’a rien à envier à celle qui sévira à Paris l’année suivante. Ni à celle qu’on peut voir de temps en temps de nos jours, et pas seulement à Paris.

 

Mais la violence n’est pas seulement policière puisque Baader et sa bande vont en faire un usage exclusif jusqu’à l’arrestation totale des membres de cette première génération. Oui, on peut parler de terrorisme et certainement pas d’actes de déséquilibrés. Certes, Baader n’est pas présenté comme un héros romantique, et ses positions ne sont pas toujours très progressistes. Et l’autre atout de ce film est de ne pas réduire ce groupuscule à la seule figure de cet homme. Le titre original Der Baader Meinhof Komplex nous rappelle qu’il y avait des femmes (très) engagées dans cette aventure meurtrière. La personnalité d’Ulrike Meinhof est centrale pendant la plus grande partie du film, et c’est même elle qui l’ouvre, en famille au bord de la mer.  Nous allons alors assister à la destruction de ce schéma familial traditionnel, motivée par un engagement politique des plus radicaux dont la seule issue possible est bien entendu la mort. Ulrike, en s’engageant dans cette lutte ne fait rien d’autre que suivre les autres jeunes gens de cette époque qui rejettent cette société traditionnelle (et sclérosée) qui leur est proposée. Bien sûr, son engagement est extrémiste, tout comme les positions défendues par ce « complexe ».

 

Face à cette organisation terroriste, Uli Edel met en place une (très) petite cellule de lutte (qui va s’étoffer avec le temps menée par Horst Herold (Bruno Ganz). Cette organisation composée de représentants de cette ancienne conception réactionnaire du monde va réussir à neutraliser ces figures légendaires. Et Bruno Ganz est encore une fois remarquable dans le rôle de cet homme qui cherche à comprendre les motivations de ces jeunes gens. Il est d’ailleurs bien seul dans cette quête de sens : certains vont même jusqu’à penser qu’il justifie les actions des terroristes !

 

Bref, un film indispensable pour essayer de comprendre la situation de l’Allemagne des années 1970. Un nouveau paradoxe dans ce pays qui a vu dans le même temps une politique de Détente (die Spannung) chère à Willy Brandt à un niveau international alors que la situation intérieure se cristallisait.

Et si la violence tient une place importante, elle n’est qu’un reflet de ce qu’il se passait réellement à cette période. Et la force du film d’Edel est la façon de mixer adroitement les images d’archives à son film, rappelant que même si nous sommes au cinéma, c’est avant tout réalité qui nous est montrée.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Jean-Paul Salomé
La Syndicaliste (Jean-Paul Salomé, 2022)

« Ligotée, avec un couteau dans le… Entre les jambes »

C’est comme ça que Maria (Anne-Lise Kedvès) a retrouvée son employeuse, Maureen Kearney (Isabelle Huppert).

Pourquoi ? C’est le nœud de l’intrigue : pour la gendarmerie, cela ne fait aucun doute, elle mitonne. Ca tombe bien, ça arrange Luc Oursel (Yvan Attal), le directeur d’AREVA où travaille Maureen : c’est une mytho, et on n’en parle plus.

Mais quand on sait que Maureen est aussi la déléguée syndicale dans cette même entreprise (« fleuron de l’industrie française »), et qu’elle demande régulièrement au même Oursel de s’expliquer à propos d’un accord secret avec la Chine, poussant à bout ce « brave chef d’entreprise », on peut se demander s’il n’y aurait pas du vrai dans ce qu’elle raconte…

 

Jean-Paul Salomé nous revient en pleine forme avec un film coup de poing comme on aimerait en voir un peu plus souvent en France. Non pas qu’on n’en fasse pas, mais de cette façon, pas souvent !

C’est dirigé de main de maître et interprété au même niveau, ce qui nous offre un spectacle de grande qualité.

En effet, loin du bavardage récurrent dans le cinéma français, Salomé, qui tient un sujet en or, va montrer, démontrer et démonter :

  • Montrer : une femme qui se maquille, un rouge à lèvre dans un lavabo qui y a laissé une trace, le café qui passe tranquillement ;
  • Démontrer : les images précédentes se situent au moment de l’agression mais nous n’avons rien vu de violent de notre côté et l’enquête progresse vers une affabulation manifeste ;
  • Démonter : cette enquête a été bâclée, Maureen s’en sortira (1).

 

Malheureusement, on ne sort pas indemne d’une telle expérience. Maureen Kearney a deux défauts pour une partie de ceux qu’elle est amenée à côtoyer : elle est syndicaliste, ce qui lui met à dos une bonne partie des gens pour qui elle travaille ; et elle est une femme ce qui va diriger l’enquête de gendarmerie vers l’affabulation. N’oublions pas que malgré tout ce qui a été dit, montré et fait, on a tendance à prendre une femme qui se plaint d’un viol pour une aguicheuse (4) si elle n’est pas mythomane (5). Et cette défiance vis-à-vis des femmes est palpable chez les différents cadres de la gendarmerie. Seule une stagiaire (Aloïse Sauvage) s’insurge contre ces pratiques : « on ferait çà si c’était un homme à qui on avait fourré un couteau dans le c… ? ». Bien entendu, nul ne répond. Et comme c’est une stagiaire, on n’en tient pas compte.

 

Et c’est là qu’est tout le talent de Jean-Paul Salomé qui utilise avec beaucoup d’habileté la bande-son. Et surtout le(s) silence(s). Avec deux grands moments :

  • une bouche qui s’ouvre pour crier mais le plan s’arrête avant qu’on entende quoi que ce soit ;
  • l’histoire de l’autre femme (Geno Lechner) qui raconte sa propre histoire, proche de ce qu’a pu vivre Maureen.

Et d’une manière générale, il y a une subtilité qui se dégage de ce film, de cette histoire sordide qui cache un scandale autrement sordide (2), oublié au profit de cette histoire sensationnelle. Et même quand il montre ce qu’il s’est réellement passé, c’est avec une dose de discrétion : faire voir sans vraiment montrer en quelque sorte, l’imagination – indispensable – du spectateur se chargeant du reste.

Et cette subtilité s’étend progressivement au film, où même quand nous avons – enfin – la possibilité de voir l’agression, c’est feutré, discret.

 

Je ne suis pas un grand admirateur d’Isabelle Huppert, c’est un fait, mais il faut avouer qu’elle interprète avec beaucoup de justesse cette femme tour à tour passionnée et froide, intériorisant beaucoup de ce qu’elle vit, pour protéger les siens entre autres, et la ressemblance avec la véritable Maureen Kearney est impressionnante (le maquillage y est pour beaucoup). Seul son accent anglais laisse à désirer. Mais on ne peut pas tout avoir. Et si je ne dis pas un tout petit peu de mal, on va croire que je fais du parti pris.

D’ailleurs, je fais du parti pris, comme d’habitude. J’ai beaucoup aimé ce film, et aux côtés de la belle Huppert, les différents protagonistes sont à la hauteur de l’enjeu. Yvan Attal, bien sûr est répugnant à souhait, véritable méchant du film (3), mais pas de l’histoire puisqu’on ne le voit pas vraiment et de toute façon, il ne mérite pas qu’on le cite, même s’il aurait été intéressant de l’identifier afin de remonter à la source : le commanditaire.

 

Quoi qu’il en soit, Salomé réussit son pari – et son film – réalisant un œuvre magistrale tout en montrant comment un grand groupe peut  agir afin de préserver ses intérêts. Ou plutôt ceux de quelques uns… Et pendant qu’on parlait de Maureen Kearney, qu’on remettait en cause son témoignage, on n’enquêtait pas sur les véritables enjeux d’un démantèlement scandaleux qui a mis à la rue 50 000 personnes.

 

  1. Je ne révèle pas la fin : la publicité autour de la sortie du film et les différents articles s’y référant vous diront la même chose que moi.
  2. Le démantèlement d’AREVA ne fut pas glorieux, loin de là, comme le signalent les incrustations finales.
  3. Le film est réussi aussi parce que le méchant l’est. Rappelez-vous Hitchcock.
  4. On utilise même un terme encore moins agréable.
  5. Et non pas « mythowoman ».

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Documentaire, #Politique, #Gilles Perret, #François Ruffin
Debout les Femmes ! (Gilles Perret & François Ruffin, 2021)

Ca commence comme un film documentaire. Ca tombe bien, c’en est un. Il s’agit du parcours de François Ruffin pour faire adopter une loi sur les métiers qui ont tendance à être effacés par les gros sous : ceux qui créent du lien.

Lesquels ? Auxiliaire de Vie Sociale (AVS), Accompagnant des Elèves en Situation de handicap (AESH), Animatrice périscolaire, Femmes de Ménage... Bref, tous ces métiers que notre cher président a mis un jour (pas un de plus) en évidence alors que le covid faisait rage et que le pays tournait au ralenti. Six mois après les annonces de cette même personne, au moment de faire véritablement un geste pour elles, la proposition de loi présentée est mise de côté, confirmant le peu d’intérêt de « la France d’en Haut » pour la « France d’en bas ». (1)

 

Au départ de cette initiative, on trouve François Ruffin, à qui on a acoquiné un personnage qui n’a que très peu de rapport avec lui : Bruno Bonnell. Si Ruffin est un chantre de la gauche, Bonnell est plutôt de l’autre côté du miroir (2) out tout du moins de l’autre côté de l’échiquier politique : chef d’entreprise macroniste (est-il besoin de développer plus ?)… On ne peut rêver meilleur contraire.

Sauf que cette association fonctionne, et au-delà de ce qu’aurait pu rêver Ruffin – et le spectateur déjà conquis par ce dernier (3) – Bonne nous démontrant (avec bonheur) qu’il a quand même une fibre humaine développée malgré ses sorties préalables (Ruffin les exprime dans le film), même s’il reste tout de même dans un registre différent de celui de son acolyte occasionnel.

Parce que réussir à accorder deux visions aussi différentes de la société est une sacrée gageure. Mais comme ledit M. R., à partir du moment où l’élément humain entre en ligne de compte, les différences politiques ont tendance à disparaître.

 

Nous allons donc suivre l’évolution de cette mission parlementaire qui repose sur ces deux hommes, en vadrouille dans les Hauts de France (Dieppe, Amiens), sur des terres ruffinesques, quoi, rencontrant les acteurs de ces métiers de lien social comme l’aurait voulu reconnus ce duo atypique. On va donc suivre des rencontres autour d’une table avec les personnes concernées par ces métiers, des déplacements chez des « vrais » gens qui n’ont parfois que ces aides de vie sociale et on se rend tout de suite compte d’une chose : ce sont avant tout des femmes qui sont concernées. Les rares hommes que nous voyons sont des élus, si ce ne sont pas ceux qui ont fait le film. Et encore une fois, on ne peut que regretter que ces métiers – mal payés, cela va de soi – sont encore réservés aux femmes, accroissant encore plus la différence de traitement homme/femme, avec évidemment des revenus pour celles-ci qui ne sont pas là pour faire remonter la moyenne nationale.

 

Et Ruffin – qui coréalise le film, donc – s’appuie avant tout sur le discours – creux ? – du président à propos de ces métiers « oubliés » comme dit Bonnell (« exploités » dit Ruffin) que le chef de l’Etat a mis en évidence dans un de ses discours « covidiens ». Bien entendu, vous pouvez imaginer la suite : non seulement tous ces métiers ne seront pas reconnus à leur juste valeur, mais en plus, on n’évoluera pas vraiment.

Il n’en demeure pas moins que pendant un instant, on a laissé la parole à ces femmes exploitées (je ne suis pas complètement d’accord avec Bonnell), et surtout, on leur a permis, le temps d’un film, d’exprimer leur véritable ressenti quant à leur activité professionnelle.
Et ça fait du bien ! D’abord à elles, parce que ce n’est vraiment pas tous les jours qu’on les laisse s’exprimer – surtout sans limite – et aussi parce que cela nous permet, à nous, les nantis qui ont un travail (relativement) bien payé de à rendre la mesure de leur détresse, même si la plupart d’entre elles ne regrettent absolument pas leur choix.

 

Mais cette satisfaction personnelle ne peut que les desservir. Ceux qui décident, voyant leur satisfaction (modérée) n’auront pas tendance à faire un geste pour elles : elles sont heureuses, de quoi se plaignent-elles ?

Et c’est justement parce qu’elles ne se plaignent pas de leur sort qu’elles sont extraordinaires : elles font ce que beaucoup sont incapables de faire à leur place.

 

Et quel retour ont-elles eu à propos du discours de ce même président qui voulait qu’on les mette à l’honneur ? Rien. Ou presque. Les dernières images rendent compte des rares gratifications qu’elles ont pu avoir exceptionnellement.

Quant à la proposition de loi déposée par Ruffin et Bonnell, non seulement elle a été vidée de tout son sens en commission, mais les quelques amendements proposés in extremis ont bien sûr été rejetés (pour la plupart : le seul que nous voyons adopté l’est pour une bonne raison : il ne coûte rien). Vous comprenez, ça coûte cher tout ça, et il n’y a pas d’argent magique.

Pour les pauvres.

 

Un film à voir de toute urgence (sociale) !

 

PS : nous aussi, spectateurs, n’avons qu’on seule envie à la fin du film, de chanter avec elles cet hymne du MLF, adaptation du Chant des Marais, ô combien de circonstance : oui,  DEBOUT LES FEMMES !

 

  1. La formule n’est pas de moi…
  2. Vous remarquerez que je n’ai pas parlé de côté sombre…
  3. Pour les autres, allez sur le site de Les Echos (je ne vous mets pas le lien, vous l’avez déjà dans votre barre de favoris)…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Henri Verneuil
I comme Icare (Henri Verneuil, 1979)

22 mai 1977. Le président Jary (Gabriel Cattand) est acclamé par une foule en liesse à son passage en auto. Et quand il s’arrête pour saluer cette même foule, il est abattu. Par Karl Eric Daslow (Didier Sauvegrain), un tireur isolé. Enfin ça, c’est ce que conclut le rapport Heiniger (Michel Etcheverry) un an après. Mais au moment de le signer, le procureur Henri Volney (Yves Montand) remet en cause ces conclusions : il va devoir reprendre l’enquête à zéro afin d’essayer de trouver la vérité sur cet assassinat pas si simple que ça.

Seulement voilà : les témoins capitaux ont tous disparu, et de manière pas toujours très naturelle. Et Daslow lui-même a été exécuté juste après son geste qui n’en était pas même pas un : son fusil était vide.

 

Bien sûr, on ne pense qu’à l’assassinat de Kennedy, à travers celui de Jary, et à une des théories qui circule concernant l’implication de la Mafia, ainsi que du second tueur. Bref, Verneuil et Didier Decoin ont surfé sur la vague conspirationniste pour pondre un scénario béton, soutenu par l’interprétation impeccable d’un Yves Montand en pleine forme.

Et au final, c’est un film foisonnant qui nous est offert : foison de détails que le procureur va donc tenter d’expliquer ; foison de personnages plus ou moins importants qui vont donner du corps à cette minutieuse enquête.

Et ça marche !

 

Ce n’est pas la première fois que Verneuil fait un film politique. On se souvient de son formidable Président qui permit à Gabin un grand moment d’acteur, mais c’était là de la politique politicienne. Ici, c’est de la politique d’arrière-cuisine, celle qu’on évite d’exposer au grand jour, avec les inévitables Services Secrets dont les pratiques en eaux saumâtres (quand elles ne sont pas troubles) accentuent l’aspect conspirationniste ici développé. Et à leur tête, Verneuil a choisi Jacques Sereys (Mallory) qui s’adapte parfaitement à cette intrigue : il a un aspect très bien mis mais on sent poindre en lui une efficacité impitoyable, ne s’embarrassant ni de principe, ni de témoins. Un superbe méchant, quoi.

 

Mais au-delà de l’aspect un tantinet manichéen du film (le gentil procureur Volney contre les méchants Services Secrets), on savoure avec bonheur cette quête de la vérité d’un homme solitaire – malgré ses collaborateurs – qui va progressivement s’approcher de la vérité recherchée. On s’en amuse aussi parce qu’il y a une dimension sarcastique dans les propos du procureur quand il s’adresse à certains acteurs du drame : l’interrogatoire de Nicky Farnese (Henry Djanik) qui a « tout vu » est caractéristique de la méthode Volney. Et cette façon de faire le rend même encore plus humain à nos yeux, face à cet être protéiforme qui a mis en place une telle machination.

Volney est un personnage passionné. Passionné de vérité et tel un bouledogue il ne lâchera pas sa proie sans en avoir tiré tout ce qu’il peut. C’est le cas avec le témoin mystère (Jean Lescot), le seul qui a survécu à la vague de décès qui a touché ceux qui l’entouraient le jour fatidique… Ce dernier nous donne l’occasion d’une séquence à suspense intéressante, Verneuil jouant avec ses nerfs – et donc les nôtres – pas bien originale certes, mais bien menée.

Et d’une manière générale, Verneuil mène son film avec beaucoup de maîtrise, servi aussi par une belle distribution – on a plaisir à reconnaître quelques figures habituelles des seconds rôles de la période (Louis Navarre, Robert « Fouché » Party, etc.), et même, une jeune actrice qui dévoile une grande partie de ses charmes et qui prendra une direction un brin parallèle : Brigitte Lahaie (Ursula Hoffmann, témoin « suicidée »).

 

Bref, un film qui, s’il comporte tous les éléments de son époque (la technologie est la première des choses qui devient obsolète avec le temps qui passe), reste l’un des meilleurs de son réalisateur. Son sujet est malheureusement toujours d’actualité et encore plus à cette époque où l’information circule à grande vitesse : on apprend de temps en temps que certains organismes à vocation confidentielle ont aidé à mettre en place des opérations pas toujours nécessaires ni très orthodoxes, avec à l’arrivée des situations qui n’ont fait qu’envenimer celles déjà en place avant…

 

A (re)voir !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Pierre Schoeller, #Michel Blanc
L'Exercice de l'Etat (Pierre Schoeller, 2011)

Une organisation secrète qui semble sortie tout droit des Cigares du Pharaon, avec cagoules sombres sur la tête. Une femme nue qui prend des poses lascives avant de s’engouffrer dans la gueule d’un crocodile… Mais ce n’est qu’un rêve, celui de Bertrand Saint-Jean (Olivier « Cyrano » Gourmet), ministre des transports dans un gouvernement de droite (1), mais encore attaché à l’idée de service public.

Saint-Jean est appelé de nuit : un autocar a versé dans le ravin et on déplore de (trop) nombreuses victimes, dont des adolescents. Saint-Jean est en première ligne. Puis, c’est le problème de la privatisation des gares SNCF qui va le préoccuper, avant de partir dans un autre ministère continuer à servir l’Etat.

 

« Une plongée palpitante dans les arcanes du pouvoir ».

Jamais accroche n’aura été aussi mensongère. Si la séquence d’ouverture (ce rêve érotique) est prometteuse et que l’accident initial annonce les palpitations promises, tout retombe rapidement à plat. Et ce film « politique » n’a jamais aussi bien porté cette appellation. Tout n’est que politique, mais d’arrière-cuisine, l où on met les mains dans le cambouis. Alors oui, c’est bien fait, mais on aura la même satisfaction avec un reportage d’Elise Lucet, et surtout, il n’y aura pas besoin de chercher loin le réalisme.


EN clair : nous sommes à des années-lumière du film politique tel qu’on le concevait dans les années 1960-70, dénonçant quelque scandale ou/et affaire du même acabit. Ici rien que ce qui est annoncé : dans le titre : l’exercice de l’Etat. On voit des hommes effectuer leur travail à différents niveaux de pouvoir, dirigeant un pays en crise.

Certes, les différents interprètes sont impeccables, et en particulier Olivier Gourmet et Michel Blanc (le dircab), cela ne dissimule pas l’indigence du scénario : à part le rêve initial et les deux accidents, il ne se passe pas grand-chose, cinématographiquement parlant.

 

Et au vu des critiques élogieuses de l’époque, je me rends compte du décalage qu’il existe entre un film politique français et un autre américain (par exemple) : d’un côté (de l’Atlantique) on dénonce quelque scandale, de l’autre, on fait un film purement politique : on y voit des hommes politiques qui font de la politique, avec quelques éléments pour (essayer de) pimenter l’intrigue (accidents), mais aucune résolution : un schéma narratif simpliste et rebutant pour ceux qui ne s’intéressent pas à la chose publique (2).

 

Et tout ça pour montrer quoi ? Rien d’autre que ce qu’on trouve tous les mercredis matin dans (l’indispensable) Le Canard enchaîné.

 

Alors de là à en faire un film…

PS : Oui, la photo qui annonce cet article est un leurre. Mais ce n'est pas moi qui ai commencé !

  1. Nous sommes au temps du sarkozysme.
  2. Au vu des derniers résultats de l’abstention, ce film ferait un four monumental s’il sortait aujourd’hui.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Gangsters, #Pablo Trapero
El Clan (Pablo  Trapero, 2015)

Argentine, 1985.

Voilà près de deux ans que le pays est redevenu une démocratie quand la police déboule dans la maison des Puccio, à la recherche d’une femme (âgée) enlevée. Le fils, Alejandro (Peter Lanzani) est arrêté, ainsi que ses sœurs et sa mère. Alejandro, c’est une star en Argentine : joueur de rugby doué, il fait partie de la sélection nationale (les Pumas), et est célébré à chaque apparition publique.

Seulement voilà : son père, c’est Arquímedes Puccio (Guillermo Francella), qui fut membre des services de renseignements de la junte, et accessoirement un truand de grande envergure, couvert par cette même junte. Et Alejandro a longtemps participé aux exactions de son père. Et l’enlèvement de la vieille femme, c’est celui de trop : le pays a changé et Arquímedes n’a pas voulu le croire.
Lui qui a toujours tout fait pour sa famille va donc achever son œuvre en la détruisant complètement.

 

Nous sommes trente ans après les faits (1), et Pablo Trapero nous livre ici un tableau sans concession des dernières années de la junte de Galtieri & consorts, à travers un personnage redoutable : Arquímedes Puccio. Sous couvert d’activités gouvernementales, il n’est rien d’autre qu’un parrain qu’on qualifierait de mafieux s’il était sicilien, se conduisant peu différemment de Don Corleone : seule sa participation effective lors de chaque enlèvement n’en fait pas seulement un PDG du crime organisé. Mais c’est d’ailleurs cette participation active qui amènera sa perte, puisqu’il sera (facilement) identifié par les services de police du nouveau gouvernement.

 

Mais cette police pose tout de même question : à l’instar du vieux gangster, il semble que beaucoup de personnes sont restées aux mêmes postes lors de la transition démocratique. Le « commodore » (Miguel Ángel Lembo) qui a couvert si longtemps les exactions est toujours là, même si son influence a beaucoup diminué. Et l’entrevue d’Arquímedes avec un autre profiteur/criminel de la junte qui a été arrêté montre bien l’état d’esprit de ces profiteurs : ils sont convaincus que ce n’est qu’une passade et que tout redeviendra comme avant (c'est-à-dire une nouvelle junte). Trente ans plus tard, on ne peut que se réjouir qu’ils avaient tort.

 

On ne peut que louer le travail de Pablo Trapero qui revient sur une période (très) sombre de l’histoire de son pays. Et c’est un film qui lui a tenu à cœur : outre la réalisation et la production, il a participé au scénario et au montage. Et le résultat est là : le public argentin ne s’y est pas trompé et lui a fait un triomphe. Mérité de mon point de vue. Outre la description de ce criminel faussement politique – malgré ses appuis haut placés, Puccio n’est rien d’autre qu’une crapule – c’est aussi la réalité de ce pays prisonnier d’un système répressif où les enlèvements étaient monnaie courante : pour des raisons politiques au début (opposants), puis pour des raisons financières ensuite (quand il n’y a plus d’opposition, on cherche une nouvelle cible).

Et le système bien huilé de Puccio en est l’illustration parfaite : la Guerre des Malouines est l’événement qui fait basculer Puccio dans ce qu’on appelle le banditisme. Mais s’il se met à son compte, il utilise une technique bien rôdée et qui a fait ses preuves : celle qu’il a mise au point pendant les premières années de la junte. Et les alibis politiques qu’il donne aux familles de ses victimes passent d’autant plus facilement qu’ils sont certainement identiques à ceux qu’il utilisait quand il était partie prenante du système.

 

Si Trapero conduit son film de main de maître, il s’appuie sur une distribution solide, et en particulier sur le jeu de Guillermo Francella, acteur plutôt spécialisé dans la comédie. Son regard clair et froid donne plus de poids à son personnage : à chacun des plans rapprochés on ne voit que ses yeux qui lui donnent un aspect encore plus inquiétant. Et à ses côtés, Peter Lanzani interprète lui aussi avec beaucoup de justesse son fils, un être complètement construit par son père, tiraillé entre son rester de morale et son amour filial. Parce que la place de la famille reste centrale dans cette histoire, et c’est certainement ce qui a amené Pedro Almodovar (et son frère Agustín) à la production du film.

Les exactions du père sont connues de tous et créent une tension qui augmente avec le temps. Deux solutions sont offertes aux différents membres : collaborer (activement en participant ou passivement en se taisant) ou fuir. C’est ce deuxième choix que vont faire le benjamin Guillermo (Franco Masini) et le fils cadet Maguila (Gastón Cocchiarale). Si le premier réussit à s’en sortir, le second cède et revient dans le giron familial, avec ce que cela implique.

 

  1. Cette histoire terrible est malheureusement vraie.

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