Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

drame

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Drame, #Alfred Hitchcock
La Loi du silence (I confess - Alfred Hitchcock, 1953)

Cette « loi du silence », c’est le secret de la confession : ce qu’entend un prêtre dans ce cadre reste entre lui et le pécheur. Rien ne peut être révélé, quoi qu’il en soit, et surtout quoi qu’il en coûte.

C’est le cas pour le père Michael Logan (Montgomery « Monty » Clift), qui reçoit son serviteur, Otto Keller (O. E. Hasse), en confession : ce dernier a tué l’infâme Vilette (Ovila Légaré) pour le voler. Ensuite, il a quitté les lieux vêtu d’une soutane, pour détourner les soupçons.

Très vite, ces mêmes soupçons se portent sur le prêtre : Vilette faisait chanter celle qu’il a aimée avant la guerre, Ruth Grandfort (Anne « Eve » Baxter).

Pour l’inspecteur Larrue (Karl Malden), cela ne fait aucun doute : Logan est le meurtrier.

 

Comme (presque) toujours chez Hitchcock, nous savons qui a fait le coup : normal, il n’est pas intéressé par cet aspect de la vérité. Il va, encore une fois, développé l’erreur judiciaire jusqu’au paroxysme, afin de mieux sortir son héros de son enfer. Et comme en plus, son héros est un prêtre, nous ne pouvons que mieux savourer cette situation paradoxale.

Nous sommes dans ce qui est pour moi (et d’autres) dans l’un des films les plus personnels du maître. En effet, on y retrouve tout ce qui constitue son monde, au cinéma comme dans la réalité.

Hitchcock, malgré qu’il fût anglais, était catholique, et cette histoire de secret de la confession l’a beaucoup marqué, comme il l’expliquait à François Truffaut dans son livre indispensable, même s’il y enrobe beaucoup les choses (1).

 

Logan se trouve dans une situation qui annonce celle de Manny Balestrero (Henry Fonda) dans Le faux Coupable (1956) : il n’a pas tué. Mais à cela s’ajoute le cas de conscience qui fait basculer la vie du prêtre : il sait qui a frappé. Et il va porter sa croix jusqu’au bout – le procès – comme l’illustre Hitch en insérant un plan du Chemin de Croix pendant que Logan se déplace.

Et la référence religieuse est prégnante, entourant sans cesse le prêtre, jusque dans le prétoire où, interrogé, Robert Burks (le chef-op’) le cadre avec un crucifix qui le regarde ( le cadre avec un crucifix qui le regarde (surveille ?). Et ce plan ne concerne qu’un seul point : savoir ce qu’il s’est véritablement passé. Et bien entendu, il ne peut pas répondre, même pour sauver sa vie.

Outre la religion, Hitchcock vit avec un souvenir fort de son enfance : il fut enfermé, sur demande de son père, dans une cellule d’un poste de police. Cette expérience traumatisante – elle le serait à moins – va hanter ses films où ses personnages vont être accusés régulièrement à tort, voire enfermés malgré leur innocence.

Et ce qui arrive à Logan est un véritable condensé des angoisses du grand Alfred.

 

Bien entendu, on ne peut pas non plus ignorer les différentes références au sexe qui émaillent le film : entre le négligé d’Anne Baxter, et la mine un tantinet concupiscente quand on annonce au procureur Robertson (Brian Aherne) qu’il va recevoir des « filles » : hélas pour lui, ce sont deux enfants…

Bref, Hitchcock, en plus de nous faire part de sa réflexion quant à la religion, s’amuse tout autant avec les spectateurs et ses personnages. Mais cela ne dure pas : le sujet est sérieux.

De même, à l’instar de Psychose, son apparition est vite expédiée (dès la première minute, quand nous entrons dans Québec : le film lui tenait à cœur et il voulait que les spectateurs évitent de le chercher et ainsi survoler le cœur de l’intrigue.

 

Et puisque nous sommes au Québec, nous allons faire un petit arrêt sur l’aspect authentique du film. En effet, malgré le fait que nous sommes dans la partie francophone du Canada, peu de paroles sont échangées en français, et quand elles le sont, on ne retrouve pas cet accent que nous trouvons charmant de ce côté de l’Atlantique (2). Mais comme nous sommes au cinéma, tout est possible ; de plus, il n’y a aucune pertinence dans cette absence.

Par contre, le couple Keller est interprété par deux véritables allemands : Hasse & Dolly Haas. Cela donne plus de force à leurs personnages qui se sont réfugiés au Québec depuis un peu plus de cinq ans.

D’ailleurs, on pourrait se demander comment et pourquoi ils ont émigré : nous apprenons que cinq ans plus tôt, Logan a été libéré de ses obligations militaires, à la fin de la dernière guerre.

Qui étaient ces deux immigrés avant d’arriver ? Des Juifs qui ont fui l’Allemagne après la guerre ? Peut-être. Etait-il soldat dans l’armée du Reich, ou pire ? On ne le saura pas, mais on pourrait le croire : Vilette est tué de plusieurs coups de matraque jusqu’à la fracture du crâne. Ca me rappelle malheureusement des choses…

 

Quoi qu’il en soit, Hitchcock réussit magnifiquement son film, soutenu par une interprétation impeccable : Monty est merveilleux et beaucoup de choses passent dans son regard si doux. Et Karl Malden, interprète un véritable policier hitchcockien : il fait son travail même s’il a tendance à devenir lourd…

 

A revoir !

 

PS : J’oubliais, Anne Baxter, de passage chez Hitchcock, est blonde ! Encore une !

 

  1. Le Cinéma selon Hitchcock (1966) réédité Hitchcock/Truffaut (1985)
  2. De l’autre côté, ce sont les Québécois qui trouvent que nous en avons un…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Drame, #Enfance, #James Gray, #Anthony Hopkins
Armageddon Time (James Gray, 2022)

« Et ils les rassemblèrent en un lieu appelé en hébreu Harmaguédon. Le septième ange répandit sa coupe dans les airs : une voix forte venant du trône sortit du Sanctuaire ; elle disait : « C’en est fait ! ». Il y eut des éclairs, des fracas, des coups de tonnerre ; il y eut un grand tremblement de terre : depuis que sur la terre il y a des hommes, il n'y eut jamais de tremblement de terre aussi grand. » (Jean, Apocalypse, 16:16-18)

« Pour la première fois, tout est en place pour la bataille d’Armageddon et la seconde venue du Christ » (Ronald Reagan).

Cet « Armageddon » qu’on nous promet dans le film (interview de Reagan de 1979), c’est la fin d’un monde : celui de Paul Graff (Michael Banks Repeta). Pour lui, 1980, c’est l’entrée au collège (sixième). Et nous allons suivre presque toute la première période d’école, entre la rentrée et l :’approche des élections qui verront s’affronter Jimmy Carter, le président sortant et le cow-boy cité ci-dessus.

 

Et ce cow-boy représente véritablement cet Armageddon qu’il présente : à l’instar de Thatcher en Grande-Bretagne, Reagan annonce une ère nouvelle basé »e sur un capitalisme à outrance – et décomplexé, bien entendu – qui, s’il a vaincu le communisme russe nous a amené une situation actuelle phénoménale, avec un nouvel Armageddon en préparation.

Mais ici, c’est seulement le monde de Paul qui s’effondre, avec d’un côté des parents faibles (Anne Hathaway & Jeremy Strong) et une conduite insolente, et de l’autre un grand-père (Anthony Hopkins) qui est le seul avec qui il peut – et veut – parler.

Et quand se conclut le film, Paul a grandi malgré lui, et il va entrer de plain pied dans les années 1980, avec en prime une nouvelle vision du monde, engendrée par la fin de l’innocence.

 

Ne nous y trompons pas, Paul Graff, c’est avant tout James Gray. Tout d’abord parce que le nom original des grands parents de Paul est Greyzerstein, comme il l’explique à Fred Trump (John Diehl) le père du donald. De plus, les dates concordent pleinement avec la jeunesse du réalisateur.

C’est donc une chronique de l’enfance très courte – à peine plus de deux mois – mais très intense que nous raconte ici James Gray : son enfance sans aucune trace de nostalgie. Et on le comprend parce que l’époque est cruciale, tant pour les Etats-Unis que le reste du monde : le libéralisme triomphe (voir plus haut) et a lieu de second choc pétrolier.

Mais c’est aussi une période de recrudescence du racisme et de l’anti-sémitisme, et de la montée des extrémismes qu’ils soient religieux ou politiques et qui vont s’épanouir dans la décennie qui s’annonce.

 

Et c’est cet enjeu social qui préoccupe le plus Paul, par l’intermédiaire de son ami Jonathan Davis (Jaylinn Webb), cancre labellisé, délinquant en puissance. Délinquant en puissance pour les adultes, tout simplement parce qu’il travaille mal à l’école, mais surtout parce qu’il est noir : il est le souffre-douleur du professeur, et chaque bêtise ne peut provenir que de lui. Même la police entre dans ce jeu et Paul va vivre pleinement l’injustice raciale de son « beau » pays.

Pas étonnant que le petit Paul, onze ans, soit désabusé quand le film se termine, pendant que le père du donald nous abreuve d’un discours qui va porter – hélas – ses fruits, au détriment des petits.

 

Et encore, il n’a pas encore tout vu de cette année qui va encore plus mal finir :

  • 4 novembre 1980 : Ronald Reagan a été élu.
  • 8 décembre 1980 : John Lennon est assassiné.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Luis Buñuel, #Gérard Philipe
La Fièvre monte à El Pao (Luis Buñuel, 1959)

Quelle année singulière que 1959 !

Si elle a commencé par l’arrivée au pouvoir des Barbudos de Castro, elle se conclut pour Boris Vian (23 juin) et Gérard Philipe (25 novembre).

Heureusement, il nous reste les livres du premier (et ses chansons, articles, etc.) et les films du second. D’ailleurs 1959 nous apporte une belle moisson de cinéma (North by Northwest, Rio Bravo, Ben Hur…), et même une Nouvelle Vague…

 

Mais ce qui nous intéresse ici, c’est le dernier film de cet acteur mythique qu’était Gérard Philipe, présenté dix jours après son trépas. Et, si Buñuel aurait aimé faire autre chose avec cet immense acteur, il aurait certainement pu faire pire !

L’île de Ojeda est célèbre pour son abbaye et son centre pénitentiaire, dans lequel on envoie sans distinction prisonniers de droits communs et prisonniers politique. Heureusement, pour ces derniers, il y a le secrétaire du gouverneur (et directeur de la prison), Ramòn Vasquez (Gérard Philipe, donc). C’est un idéaliste qui n’est pas toujours en accord avec le gouvernement et tente, à sa façon d’alléger les souffrances de ceux qui sont ici injustement. Quand le gouverneur Vargas (Miguel Angel Ferriz) est abattu par un opposant au régime, Vasquez prend le relais, mais trop peu de temps : arrive Alejandro Gual (Jean Servais) qui compte tout reprendre d’une main de fer, jusqu’à la femme de l’ex-gouverneur, Ines (Maria Felix). Mais cette dernière est aussi la maîtresse de Vasquez…

 

Nous sommes bien loin du Buñuel surréaliste dans cette sombre intrigue politique. Mais malgré cela, le film s’apprécie sans modération, servi par une distribution – essentiellement étrangère certes – mais à la hauteur de l’enjeu. Bien sûr, le rôle convient parfaitement à Philipe, lui-même homme de gauche très engagé et les valeurs portées par son héros lui correspondent totalement. Jusqu’à un certain point : si Philipe défendait des idées généreuses, il ne vivait pas dans une dictature comme c’est le cas de son personnage.

Sa réussite (celle de Ramòn, bien sûr) passe par quelques « coups de canifs » dans son éthique personnelle, indispensable pour se maintenir.

Mais Buñuel et Philipe s’en sortent tout de même avec ce personnage au départ un tantinet équivoque : il déchire le papier (1).

 

Cette intrigue politique est accentuée voire magnifiée par l’histoire d’amour entre Ramòn et Inès, dans laquelle vient s’immiscer Gual. Et Buñuel réussit, avec ce personnage, un méchant de toute beauté, interprété par un Jean Servais au plus haut niveau. Il donne donc raison à Hitchcock et aide, à son tour, à rendre ce film inoubliable : on ne peut que haïr un tel personnage !

De son côté, Maria Felix est superbe, et pas seulement physiquement. Son personnage allie l’humiliation à l’immoralité avec beaucoup de talent, et son regard noir l’est encore plus que le film n’est pas tourné en couleurs !

Même Gual se laisse prendre par son charme, précipitant le film dans la tragédie !

Parce que tout est tragique ici. Non seulement l’amour qui lie Ines et Ramòn, mais aussi le sort des Iliens, jouets aux mains des puissants.

Il ne reste plus grand-chose aux impuissants, que sont les deux amants autant que les prisonniers, et on ne peut que déplorer le gâchis occasionné par la montée de fièvre annoncée par le titre.

 

Décidément, que Gérard Philipe était grand…

 

  1. Il faut avoir vu le film pour comprendre.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Drame, #Kristina Buozyte, #Bruno Samper
Vesper (Kristina Buozyte & Bruno Samper, 2022)

Vesper (Raffiella Chapman) est une jeune fille qui vit seule avec son père paralysé – Darius (Richard Brake) – dans un monde post-apocalyptique : les écosystèmes ont été détruits – par les humains, bien entendu – et seules les Citadelles produisent des graines à usage unique aux « paysans » qui vendent leur sang pour les acheter. Ce sang servira aux habitants de la Citadelle de prolonger ad libitum leur vie…

Un jour, un vaisseau de la Citadelle s’écrase, avec à son bord Elias (Edmund Dehn) qui ne survivra pas, et Camellia (Rosy McEwen). Cette dernière est hébergée et cachée par Vesper, parce que la Citadelle veut la retrouver.

 

« Une graine peut tout changer » annonce l’affiche qui voit une silhouette (Vesper) devant une structure difficilement identifiable quand on n’a encore rien vu : le croisement d’un champignon, d’un arbre et d’une pieuvre, dans un décor crépusculaire. Bref, du sensationnel à prévoir. Cette structure est, bien évidemment la Citadelle dont dépend Vesper : un monde supérieur qui n’a que très peu de rapport (voire pas du tout) avec des gens comme elle et son père. Et les deux réalisateurs, Kristina Buozyte et Bruno Samper, vont plus loin dans leur description de ce monde : nous sommes dans une société qui ressemble à celle du Moyen-âge, mais possède tout de même des technologies avancées.  Théoriquement, Vesper ne devait pas rencontrer Camellia, mais il faut bien un déséquilibre pour avoir une intrigue !

 

Et ça marche ! Nous sommes dans un univers très particulier qui, s’il se situait en ville, aurait eu toutes les chances de relever du steampunk : tout est sombre et technologique, dans un univers uchronique…

Mais nous sommes à la campagne, ou plutôt ce qu’il en reste : des arbres et très peu de cultures, contrôlées. Bien entendu, cette campagne est hostile, comme on peut s’en rendre compte lors de la poursuite par deux « soldats » de la Citadelle : nous avons droit à une autre herbe rouge, beaucoup plus dangereuse que celle de H.G. Wells.

Autre danger de la campagne : Jonas (Eddie Marsan). C’est lui qui traite avec la Citadelle, possédant du coup une ferme très productive, et une famille très prolifique puisqu’il s’accorde toutes les femmes de la région. Et en plus, c’est le frère de Darius…

 

Bref, tous les ingrédients sont là pour passer un bon moment, et les différent€s interprètes sont à la hauteur de l’enjeu. Eddie Marsan est encore une fois impeccable, bien que du côté obscur, mais c’est surtout Raffiella Chapman qui tire pleinement son épingle du jeu. Les deux réalisateurs ont de suite pensé à elle et on ne peut qu’approuver ce choix. Elle joue juste sans tomber dans certains travers possibles comme l’outrance. Certes Vesper vit des choses dures, mais elle exprime les émotions de son personnage avec juste ce qu’il faut de retenue. Bien sûr, le rôle de Richard Brake n’est pas spécialement reluisant : il est cloué au lit (infirme) et tout doit donc passer par son regard qui, s’il semble un peu toujours le même ne l’est pas et va tout de même établir la connexion avec Vesper et, heureusement pour nous, le spectateur.

 

Comme nous sommes dans une œuvre de science-fiction, nous avons droit à quelques effets numériques. Ils vont émailler le film sans pour autant le surcharger, certaines créatures nous rappelant le magnifique Avatar de James Cameron. C’est une utilisation subtile et raisonnable, la primeur étant donné aux différents interprètes.

Bref, une bien belle curiosité, loin du clinquant hollywoodien (1), prouvant, s’il en était besoin, que le cinéma européen a encore de beaux jours devant lui.

 

  1. J’aime bien ça aussi…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Dev Patel
Monkey Man (Dev Patel, 2024)

Dev Patel (« Kid ») a mûri. Il s’est laissé poussé la barbe et n’a plus l’allure du jeune homme un tantinet gauche, ressort comique plus ou moins volontaire.

Il est ici un lutteur, orphelin, dont la mère a été tuée par le chef de la police indienne, Rana Singh (Sikandar Kher). Son but dans la vie : venger sa mère de celui qui l’a tuée et de son commanditaire.

Mais même s’il est habitué à encaisser, s’attaquer à Rana est autre chose qu’un combat arrangé. Et la première rencontre se termine plutôt mal. Par contre, la deuxième rencontre qui se profile penche nettement plus en sa faveur…

 

Autant le dire tout de suite, ce premier film de Dev « slumdog » Patel est très violent. Et ce malgré l’utilisation – pertinente – de la musique. Il n’y a pas de ballet à véritablement parler, et les coups – et les morts – s’enchaînent à un rythme effréné, et de manière peu feutrée.

Et, outre la violence physique déployée par ce drôle de héros, nous assistons à une violence politique personnalisée par le même Rana, et régie par une alliance qui a fait ses preuves depuis de nombreux siècles : le pouvoir (et la police) et la religion.

Et Patel nous expose progressivement les liens entre ces deux institutions régnantes : de nombreux flashbacks qui émaillent la première partie avant d’être regroupés par une longue séquence qui nous permet de comprendre comment il en est arrivé là.

 

Certes, cette histoire est celle d’une vengeance ordinaire – pour le cinéma – alors il faut y trouver l’intérêt ailleurs : Patel révise ses classiques et on peut – croit ? – y trouver quelques références antérieures.

La vengeance et le déferlement de violence qui s’en suit nous ramène bien sûr à Gangs of New York (2002), mais le dernier affrontement lui, nous rappelle celui d’Opération Dragon. Sans oublier une poursuite en voitures (derrière) alors que notre héros pilote le tuk-tuk  (rickshaw) d’Alphonso (Pitobash), tel James Bond dans Octopussy (1). Quant à la préparation physique, vous pouvez en trouver un peu partout, Alors ce qui  la distingue des autres, c’est l’accompagnement rythmique de Zakir Hussein (qui mourut quelques mois plus tard), en parfaite harmonie avec l’acteur, pour une séquence qui nous replonge dans la mythologie indienne.

 

Pare que cette mythologie est omniprésente : la séquence d’ouverture voit Neela (Adithi Kalkunte) raconter à son fils (Jatin Malik) l’histoire de Hanumān, divinité très populaire de l’hindouisme, à la tête de singe (d’où le titre). Bien entendu, Notre « Kid » porte un masque de singe quand il combat dans l’arène (le ring), mais à l’instar de son modèle, il va libérer l’Inde du Mal, représenté par Rana et bien sûr, son commanditaire – d’une si grande humilité qu’elle en devient suspecte – le gourou Shakti (Makrand Deshpande).

Bref, la lutte contre la corruption prend une valeur mythique : Hanumān  (le « Kid ») contre  le roi des démons Râvana (Rana & Shakti).

 

Mais ce qui ressort le plus de ce film, c’est son aspect sensoriel, voire sensuel. Dev Patel user (abuse ?) de caméras subjectives qui nous plongent à l’intérieur de son personnage, mais la proximité générale de la caméra dans le film nous permet de ressentir ce film : chaleur, douleur, rêve, délire… Tout y est, jusqu’au sang qui ne cesse de couler, à différents débits.

Nous sommes toujours au cœur de l’action, sinon à la place du personnage.

 

Bref, encore une fois, Patel nous offre une belle prestation, et il ne déroge pas à la règle en donnant la part belle à ses interprètes, masculins et féminins. C’est un film plutôt équilibré, même si les combats y prennent une grande place : il rend ainsi hommage au cinéma qu’il aime, de Corée ou avec Bruce Lee.

Toutefois, cette grande place donnée aux combats peut lasser…

Quoi qu’il en soit, pour un premier film, Dev Patel réussit son coup (surtout aux Etats-Unis), et je ne serai pas étonné qu’il récidive…

 

PS : On notera la présence (presque incongrue) de Sharlto Copley, dans un rôle qui, s’il n’est pas totalement indispensable à l’intrigue, à de quoi réjouir…

 

  1. Quand il tape dans le sac de riz, si vous ne pensez pas à Rocky, c’est que vous ne l’avez pas vu…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Roger Kay
Le Cabinet du docteur Caligari (The Cabinet of Caligari - Roger Kay, 1962)

Jane Lindstrom (Glynis Johns) est en vacances et conduit négligemment à l’aventure. Malheureusement pour elle, un pneu éclate et elle se retrouve à pieds. A la recherche d’une maison accueillante, elle arrive chez un homme étrange et fascinant : Caligari (Dan O’Herlihy). Il l’accueille à bras ouverts et la loge même pour la nuit, sa voiture nécessitant des réparations. Au matin, elle veut repartir mais n’y arrive pas : sa nourriture est droguée.

Au réveil (le soir) elle rencontre les invités de Caligari, tout aussi étranges que lui.

Mais toujours aucune occasion de partir…

 

Il fallait bien qu’à un moment Hollywood s’empare de cette histoire étrange. C’est donc chose faite (et une deuxième fois depuis !), et de façon pas si mauvaise que ça… En effet, nous retrouvons d’une certaine manière (très) basique la structure de l’intrigue de Carl Mayer & Hans Janowitz, mais alors que dans l’œuvre originale, le cabinet était une sorte de placard dans lequel dormait Cesare (Conrad Veidt), ici, il s’agit d’un véritable cabinet de médecine : Caligari, comme son prédécesseur (Werner Krauss) est médecin.

Mais il n’a pas le rôle magnifique que lui prêtait le personnage principal et narrateur (Friedrich Fréher). Tout d’abord parce que le personnage principal est une femme !

 

Ici aussi, tout est vu du point de vue de cette femme qui se retrouve prisonnière d’un lieu qu’on pourrait qualifier « de liberté » : les portes ne sont pas verrouillées sauf la grille à certaines heures (pour la nuit) et il n’y a aucune pression sur les « pensionnaires » de cet établissement. Parce que nous sommes bel et bien dans un institut psychiatrique, comme initialement chez Wiene.

Normal : c’est un remake. Par contre, il aurait été un tantinet plus honnête de préciser dès l’ouverture que le scénario « original » de Robert Bloch ne l’était pas tant que ça !

 

Quoi qu’il en soit, Roger Kay, avec l’aide son chef-op’ (John L. Russell), nous propose un film (de série B certes) d’une facture très honorable. Et l’apport du technicien y est très certainement pour beaucoup : le dernier long métrage auquel ait participé Russell était alors Psychose, on pourrait rêver pire ! Et cette façon de filmer se retrouve ici dans cette intrigue aussi oppressante que mystérieuse.

Bien sûr, Kay n’est pas Hitchcock, mais il réussit à nous tenir en haleine jusqu’au dénouement final, là aussi un basculement de dernière minute souligné par une caméra subjective insistante, mais tellement pertinente.

 

Et la fuite de Cesare avec dans ses bras Lil Dagover ? (1) Certes, il était exclu de la reproduire, et surtout de la même façon : l’Expressionnisme est terminé depuis bien longtemps, surtout que le film de Wiene n’en faisait pas partie. Mais nous avons droit tout de même à une très belle séquence dans laquelle Jane va tenter de s’évader. C’est la véritable catharsis attendue, dans un décor qui rappelle (enfin ?) le film de 1919.

Nous ne sommes plus dans l’Expressionnisme, donc, mais on y retrouve tout de même quelques touches surréalistes bienvenues.

 

Au final comme pour beaucoup de remakes, on peut se poser la question de l’intérêt d’une nouvelle adaptation. Bien sûr que celle-ci ne s’imposait pas, mais puisqu’elle est là, autant se laisser tenter, et la savourer pour ce qu’elle est, avec toutefois la sensation de le faire en cachette, comme quand on fume pour la première fois…

 

  1. Dont le personnage se prénomme elle aussi Jane…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Jean-Paul Le Chanois, #Jean Gabin
Les Misérables (Jean-Paul Le Chanois, 1958)

Et de dix !
Le film de Jean-Paul Le Chanois est la dixième adaptation cinématographique du roman d’Hugo (sur quatorze), et la quatrième française (seulement !)Et pour cette œuvre épique, on n’a pas lésiné sur la distribution : rien de moins que Gabin (Valjean), Blier (Javert) et Bourvil (Thénardier).

Et le résultat est à la hauteur des espérances, mais pas celles de Le Chanois qui a dû couper dans son film (ça me rappelle quelqu’un…) pour plaire aux distributeurs. Et encore, la version disponible actuellement ne fait que trois heures et trois minutes, ce qui est bien loin des cinq heures heures et quart originales, ramenées à quatre heures par le réalisateur !

On aurait aimé, là encore, voir ce qui a été enlevé…

 

Toujours est-il que Le Chanois, sur un scénario de René Barjavel, nous offre un spectacle somptueux, servi, outre par le trio évoqué, par quelques noms du cinéma français et même quelques protagonistes de la version de Raymond Bernard (1).

Côté intrigue, on retrouve tous les épisodes incontournables de cette histoire édifiante : Fantine et le salaud de bourgeois (Bernard Musson) ; Cosette (Martine Havet) et son seau ; l’Auberge du Sergent de Waterloo (Thénardier)… Sans oublier la veulerie de Thénardier ni l’intransigeance de Javert.

Et ça fonctionne ! On suit encore une fois avec intérêt cette histoire qu’on connaît par cœur, avec Jean Topard et sa fabuleuse voix comme narrateur.

 

Malgré tout, comme moi, on peut lui préférer la version de Bernard. En effet, Gabin est beaucoup trop beau pour être Valjean. Il n’a pas l’aspect brutal voire bestial que pouvait avoir Harry Baur – et qu’aura Ventura (1982) – dans le même rôle. Même avec la coiffure réglementaire du bagnard, il reste Jean Gabin. Certes, il nous offre une prestation pluis que correcte, mais il lui manque quelque chose pour être pleinement son personnage. A moins que ce soit un petit quelque chose en trop… Sa belle gueule par exemple. Mais, et surtout, ce qui le sauve, c’est qu’il ne fait pas encore du Gabin, et ça c’est très appréciable.

Par contre, Bourvil est un mémorable Thénardier. A contre-emploi par rapport à ce que nous connaissons de lui, il campe un personnage fourbe et méprisable avec beaucoup de conviction et de justesse. Quant à Blier, en Javert, ce n’est pas non plus totalement ça. Lui aussi n’est pas le Javert idéal, et il est même un cran au-dessous de Vanel (1934). (2)

 

Bref, c’est une très belle version qu’on pourrait qualifier d’ »académique », dans laquelle Le Chanois se contente d’adapter sobrement le chef-d’œuvre d’Hugo. Mais cette « académisme » est bien lisse quand on le compare avec celle de 1934. Certes Bourvil est un formidable Thénardier, ;  mais il n’atteint pas le sommet que représente Charles Dullin qui, lui, avait une Thénardier à la hauteur de son talent : ici, Elfriede Florin (La Thénardier, donc), est elle aussi trop lisse et nous apparaît moins rouée que la Moréno. Peut-être est-ce dû au casting international (elle est allemande), qui amoindrit leur performance, ou chose plus vraisemblable, la présence de trois monstres sacrés à côté desquels il faut sa voir tirer son épingle du jeu.

 

Alors merci à Pathé qui nous offre cette belle version restaurée !

 

  1. Vingt-quatre ans se spont écoulés entre les deux films : c’est le même temps qui le sépare de celui de Robert Hossein (1982), dans lequel on retrouvera Fernand Ledoux qui passera du rôle de monseigneur Miriel (ici) à Fauchelevent (chez Hossein).
  2. De toute façon, mon préféré c’est Michel Bouquet (1982).

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Gangsters, #Julien Leclercq, #Gilles Lellouche
Gibraltar (Julien Leclercq, 2013)

Marc Duval (Gilles Lellouche) est un type ordinaire, avec ses problèmes ordinaires. Enfin en apparence parce qu’il ne vit pas à Gibraltar sans raison : autrefois, il a obtenu un prêt de 100.000 francs qu’il n’a jamais remboursé…

Mais malgré tout ça, il a des problèmes de trésorerie (un bar et un bateau à rembourser). Il est alors embauché par Redjani Belimane (Tahar « Aznavour » Rahim) pour servir d’aviseur de la douane française : il signale des trafics contre rétribution, c'est-à-dire 10 % des saisies.

Mais la douane anglaise (nous sommes à Gibraltar) entre dans la danse, et comme si cela n’était pas suffisant, un caïd de la drogue, Claudio Lanfredi (Riccardo Scamarcio) le prend sous son aile, faisant de lui un narcotrafiquant d’(envergure internationale.

A ce moment-là, les soucis pécuniaires du début ont des relents de paradis perdu…

Et en plus, c’est d’après une histoire vraie, celle de Marc Fievet, qui fut aviseur pour la douane française avant de se retrouver en prison…

 

Deux ans après L’Assaut, qui racontait la prise d’otages d’un avion en 1994, Julien Leclercq revient avec une autre histoire vraie qui a défrayé la chronique : celle de cet informateur des douanes qui est tombé pour trafic de drogue, abandonné – lâchement ? – par ses commanditaires originels… Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Leclercq s’en sort avec les honneurs, réalisant un film qu’on pourrait qualifier d’efficace si ce terme n’était pas teinté d’une certaine violence. Non pas que le film est calme, mais la violence n’y est pas l’élément le plus déterminant. L’intrigue – et l’action – se concentre(nt) sur Duval, et surtout comment il en est arrivé là.

Et le scénario d’Abdel Raouf Dafri se déroule en deux parties séparées par un long flash-back, avant d’arriver à al dernière opération, celle qui va faire tomber ce caïd bien singulier.

 

Et Gilles Lellouche interprète (encore une fois avec talent) magnifiquement le rôle de cet homme contraint à mentir pour vivre, au début, puis survivre, quand les choses se compliquent. Il est un Duval très convaincant, un homme qui risque un doigt dans un engrenage et va y perdre plus que son bras, malgré l’avertissement initial de son mentor… Ce mentor qui est lui aussi dépassé par l’ampleur du lièvre soulevé par celui qui ne devait être qu’un petit informateur.

On suit avec intérêt cette accumulation de mensonges obligés que cet homme bien isolé doit entretenir afin de rester en vie. Et on se demande encore comment il a réussi à survivre à cet incroyable imbroglio. Comme quoi, parfois, la réalité dépasse de loin la fiction !

 

Bien entendu, l’institution en prend pour son grade, surtout avec les derniers intertitres, mais Leclercq aurait tout de même pu préciser que son modèle – dans la réalité – avait tout de même obtenu gain de cause (1) auprès de la justice française.

Mais on ne va pas s’offusquer sur ce détail qui n’empêche pas d’apprécier à sa juste valeur ce film maîtrisé de bout en bout.

Et puis au cinéma, vous savez bien que tout est permis, même d’arranger la vérité

Vérité et cinéma ne vont pas toujours bien ensemble (2), et de toute façon, ce n’est pas ce que l’on recherche quand on va voir un film !

 

  1. Non, il ne meurt pas à la fin !
  2. Sauf chez Clouzot, bien sûr, mais ceci est une autre histoire…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Orson Welles
La Splendeur des Amberson (The magnificent Ambersons - Orson Welles, 1942)

Etre invité chez les Amberson, dans cette petite ville américaine, c’est comme l’être chez les Vanderbilt à New York à la même période. Il faut dire qu’ils possèdent une immense demeure aux hauts plafonds, sont immensément riches et surtout ont une fille belle comme le jour, Isabel (Dolores Costello). Mais son cœur est déjà paris par le jeune et beau Eugene Morgan (Joseph « Jed » Cotten), brillant inventeur dont le prototype, l’automobile, va faire parler de lui.

Malheureusement, il suffit d’un coup du sort pour tout contrecarrer : un verre de trop. Un verre de trop et on titube un petit peu plus, alors on tombe… Sur la contrebasse ! La sérénade attendue par Isabel n’aura donc pas lieu, et Eugene devient persona non grata.

Isabel se marie avec Wilbur Minafer (Don Dillaway) et Eugene quitte la ville.

Vingt ans plus tard, Eugene revient : il est veuf et a une fille, Lucy (Anne « Eve » Baxter), pendant qu’Isabel un fils, George (Tim Holt).

Et quand Wilbur va mourir, George va tout faire pour éviter que sa mère épouse Eugene, la rendant malheureuse…

Bien sûr, il y a aussi une histoire (presque) d’amour entre George et Lucy, mais comme celle des parents, elle n’est pas résolue quand se termine le film.

 

Orson Welles (qui assure ici la narration) avait fait très fort pour son premier film. Il revient un an plus tard avec un film encore plus fort, porté par une partie de ceux qui étaient déjà là avant, et pas seulement les interprètes !

Malgré tout, ce fut un échec retentissant. Il faut dire que la guerre était passée par là et cette histoire malheureuse du siècle passé (pour les spectateurs de l’époque) devait certainement moins intéresser que les exploits guerriers de « nos p’tits gars ».

Toujours est-il que Welles démontre à nouveau son talent, jouant avec la caméra de Stanley Cortez et de fabuleux éclairages qui soutiennent à la perfection cette intrigue très noire.

La maison Amberson, du fait de ses dimensions et surtout cet éclairage, devient l’autre personnage principal de ce film : un immense manoir qui en devient étouffant par la présence du dernier – en titre – de la lignée, le jeune George.

 

Et Welles, à travers cette incroyable fresque familiale, nous plonge dans le déclin aristocratique qui a précédé la première Guerre Mondiale. Ce déclin est bien sûr accentué par la personnalité répugnante du benjamin, tandis que le peuple se construit ses propres héros valeureux (moralement et financièrement) en la personne de Morgan.

Et on peut d’autant plus dire que l’ascension de Morgan va causer la (presque) perte de George, puisqu’il est – ironiquement ? – renversé par une voiture.

La voiture est d’ailleurs un élément central de cette intrigue : alors qu’elle va se développer – nous en sommes les témoins quotidiennement – George va persister à vivre dans cette « splendeur » passée, annoncée par le titre français (1). La ville, les gens – et donc le monde – évoluent pas George régresse, encouragé par une mère (trop) aimante qui lui sacrifie tout jusqu’au bout, jusqu’à son bonheur mérité, que de toute façon il aurait piétiné !

 

Parce que George est le « méchant » de ce film. Mais comme nous évoluons dans un milieu distingué, sa méchanceté se noie dans son statut : il est riche donc égoïste et arrogant, ce qui semble un pléonasme chez lui. Et la prestation de Tim Holt est à souligner, tout comme celle des différents interprètes principaux. Et si Joseph Cotten tient (enfin) de l’affiche avec Dolores Costello, il ne faut pas non plus oublier les deux autres actrices primordiales : Anne Baxter bien entendue, et surtout Agnes « Endora » Moorehead (Fanny Minafer). Cette dernière, un petit peu plus qu’aperçue dans Citizen Kane, interprète une superbe vieille fille, avec le dépit qui va avec. En effet, alors que George pense que Morgan est revenu pour Fanny, il n’y a aucun doute pour cette dernière. Et sa relation avec ce neveu insupportable donne lieu à deux très beaux affrontements, l’un sur le palier de la cage de l’immense escalier, l’autre contre la chaudière froide. A chaque fois, le cynisme se mêle au tragique (voire au pathétique) dans leur relation. Pour des spectateurs comme moi qui avons découvert cette actrice dans Bewitched, c’est assez étonnant (la première fois !).

 

Et Welles déroule, comme on dit, brossant le paysage américain de fin de siècle (et de lignée…), avec beaucoup de justesse et surtout beaucoup de talent, parsemant tout de même quelques touches ironiques bienvenues : les styles vestimentaires décrits et illustrés au tout début par Joseph Cotten, et surtout le clin d’œil à son précédent film : Eugene Morgan est un lecteur de l’Inquirer. Or l’Inquirer était le journal de départ de Charles Foster Kane ! De plus, on peut y apercevoir une annonce (en première page et avec illustration) pour la revue théâtrale de Jed Leland (2) !

 

  1. Certes, ce n’est pas une traduction littérale, mais elle convient très bien au film.
  2. Rappel pour les rares personnes qui n’ont pas encore vu Citizen Kane : Jedediah « Jed » Leland est l’ami de Kane à ses débuts et tient une rubrique théâtrale dans son journal !

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Musique, #Dudley Murphy
Black and Tan (Dudley Murphy, 1929)

 

 

 

 

Harlem, 1927 (?)

Edward Kennedy Ellington, qu’on appelle déjà « Duke », vivote dans un (tout) petit appartement, composant sans relâche. Sa dernière œuvre : Black & tan Fantasy (1). Mais à quoi bon composer, s’il n’y a pas de travail. Heureusement, sa bonne amie Fredi (Washington) va retourner sur scène et elle lui a décroché un contrat au prestigieux Cotton Club.

Malheureusement, si elle s’était arrêtée, c’était pour des problèmes cardiaques. Et son retour est fatal : elle fait une dernière crise et mourra dans son lit, entourée du Duke, de certains de ses musiciens et d’autres chanteurs, reprenant le morceau qui donne son titre au court-métrage…

 

Si ce film est resté – fort justement – dans les annales, c’est pour deux choses : la première parce qu’on y voit ce qu’on appellerait aujourd’hui un « clip vidéo » avec une véritable intrigue, et surtout parce que c’est la première apparition du Duke au cinéma !

Et nous pouvons le voir dès l’ouverture, derrière son piano, expliquant au trompettiste (Arthur Whetsol ?) sa nouvelle composition. Mais il faut tout de même attendre la quatrième minute pour (enfin) voir son visage !

Et le contexte n’est pas très reluisant : son piano a des traites de retard et des gros bras viennent le récupérer. Mais heureusement pour le Duke, Fredi a du gin et les deux déménageurs repartent chargés, mais pas d’un piano !

Eh oui, nous sommes encore pendant la Prohibition (Volstead Act) qui ne prendra fin qu’un peu plus de trois ans après la sortie du film. Et comme le Code Hays n’est pas encore écrit, montrer des gens qui boivent librement de l’alcool est toléré.

 

Et puis il y a le Cotton Club, avec son orchestre de jazz (celui du Duke, bien entendu), ses danseurs de claquettes et son sol lustré qui sert de miroir pour certains plans. Parce que les plans de Dal Clawson sont très importants, devenant un véritable soutien à la musique (et non le contraire comme nous en avons l’habitude). Des gros plans sur les différents protagonistes, bien sûr, mais aussi des danseurs de claquettes dans une formation qui peut nous sembler incongrue à notre époque : ils sont cinq et évoluent l’un derrière l’autre dans tous leurs déplacement. Le sol miroir du Club permet aussi d’avoir un plan des pieds heurtant le sol tout en montrant les (bouts de) visages de leurs propriétaires.

Et Ce reflet bienvenu va aussi nous permettre un bel aperçu du dessous de la jupe de Fredi qui n’est déjà pas très vêtue… Là encore, l’absence du Code Hays sert très bien l’intrigue.

Dernier effet notable du chef opérateur, une caméra subjective qui nous permet de voir ce que ressent Fredi alors que son mal progresse : vue brouillée puis altérée donnant à voir une répétition d’un même plan sur l’écran, un kaléidoscope vivant qui s’empare de ce même écran jusqu’au moment fatal de la perte de connaissance.

 

Et cette intrigue, surtout sa dimension tragique sert parfaitement ce standard ellingtonien inspiré d’une marche funèbre : la dernière séquence qui voit Fredi agoniser, soutenue par les musiciens (instrumentistes & chanteurs) possède une force incroyable : c’est déjà l’enterrement de la jeune femme et les adieux de ses proches.

Et bien sûr, c’est le Duke qui conclut la vie de Fredi : un visage qui pleure et qui se brouille, interrompu par son dernier soupir.

 

Un must !

 

  1. Coécrite avec Bubber Miley

 

 

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 > >>

Articles récents

Hébergé par Overblog