Septième adaptation du roman d’Alexandre Dumas, c’est aussi la troisième américaine, douze ans après la version qui voyait John Gilbert interpréter Edmond Dantès.
C’est ici Robert Donat qui interprète le plus célèbre prisonnier du Château d’If, dans une version qui mérite pleinement notre attention.
Et malgré la brièveté du format (113 minutes seulement), Rowland V. Lee réussit la prouesse de résumer quelques 1500 pages (environ) dans un film qui, s’il taille dans l’intrigue, respecte (presque entièrement) cette histoire très connue.
Mais reprenons.
Edmond Dantès est chargé par le capitaine Leclere (William Farnum) de délivrer un message à un gentilhomme français. Message qui a été récupéré sur l’île d’Elbe, là où séjourne Napoléon 1er.
Las, Danglars (Raymond Walburn), jaloux de Dantès, a entendu et va se retrouver en position de force l : il va contribuer à faire arrêter Edmond pour prendre sa place. Il sera lui-même soutenu par deux alliés de choix : Fernand Mondego (Sidney Blackmer) et Raymond de Villefort (Louis « César » Calhern). Le premier parce qu’il aime la fiancée de Dantès, la belle Mercedes (Elissa Landi) et le second parce que le gentilhomme est son père et que cela mettrait en danger sa situation.
Dantès des donc envoyé au Château d’If et il y rencontre l’abbé Faria (O.P. Heggie) qui lui enseigne son savoir et lui indique la cachette d’un fabuleux trésor sur l’île de Monte Cristo.
Le reste n’est que l’établissement d’une « vengeance judiciaire » ourdie par un aristocrate étranger à Paris : le Comte de Monte Cristo.
Bien entendu, du fait du format, beaucoup d’épisodes et de personnages ont disparu, réduisant au minimum cette intrigue, mais le principal y est malgré tout.
Lee a divisé son film en deux parties – deux époques ? – de longueurs quasi similaires (à quelques secondes près…), la première allant jusqu’au pacte qui voit Dantès, Jacopo (Luis Alberni) et Ali (Clarence Muse) sceller le pacte qui condamne les trois ignobles individus. La seconde va donc voir s’installer et surtout se dérouler le châtiment des trois véritables coupables, jusqu’à la réhabilitation du jeune homme floué considéré comme mort.
Avec à chaque personnage éliminé un plan sur son dossier et une main qui le retourne, signifiant alors sa mort, physique ou morale.
Bien entendu, l’intrigue a été un tantinet édulcorée, surtout en ce qui concerne les activités extra conjugales de Villefort et son fils indigne (totalement absent, donc). De toute façon, la conduite non moins indigne de ce père est suffisante pour jeter l’opprobre sur lui.
On retrouve même le duel entre Monte Cristo et Albert Mondego (Douglas Walton).
Restent tout de même quelques libertés prises avec l’intrigue originale comme la folie de Danglars à l’annonce qu’il a tout perdu, et pire : une fin qui voit Dantès avec Mercedes…
Comme quoi, il n’y a pas que Josée Dayan qui a mauvais goût.
Par contre, encore une fois, nous avons un Edmond Dantès impeccable et Robert Donat campe avec beaucoup de maîtrise ce personnage double et surtout inquiétant (pour les autres).
On retrouve chez lui ce qui fait la force du comte, dictée par une soif légitime de justice – qui ressemble tout de même à une vengeance.
Côté méchants, ingrédient indispensable pour la réussite du film, nous sommes servis. Entre la cupidité mâtinée de veulerie de Danglars, la mauvaise foi de Mondego et l’orgueil de Villefort, nous n’avons que l’embarras du choix. Aucun des trois ne se distingue des autres en malveillance. Je reconnais pour ma part avoir une petite faiblesse pour Villefort, qui me semble être le personnage le plus méprisable des trois. Et encore, il n’a pas tous les attributs du personnage original !
Bref, Rowland V. Lee signe ici une adaptation de qualité, soutenue par une distribution à la hauteur de l’événement, et si la fin peut paraître décevante, n’oublions pas que nous sommes au cinéma…
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