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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

drame

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Drame, #Paul Haggis, #Tommy Lee Jones
Dans la Vallée d'Elah (In the Valley of Elah - Paul Haggis, 2007)

On peut –on doit même – remercier Clint Eastwood qui a permis à Paul Haggis de réaliser ce film !

En effet, le pari n’était pas gagné : non seulement, nous sommes dans un passé proche, mais en plus, il égratigne l’armée américaine avec beaucoup de style.

 

Mike « Doc » Deerfield (Jonathan Tucker), qui revient d’Irak (nous sommes en 2004) ne s’est pas présenté après sa permission. Son père, Hank (Tommy Lee Jones) tient à le retrouver avant l’armée afin de lui éviter quelques ennuis.

Il va bien le retrouver, mais en morceaux brûlés : Mike a été tué et dépecé.

Aidé d’Emily Sanders (Charlize Theron), il va chercher – et découvrir – les causes de cette mort brutale, en lien (forcément) avec ce qu’il s’est passé en Irak.

 

Si Eastwood a en plus refusé le rôle de Hank, on ne peut que se réjouir du choix (proposé par ce dernier) de prendre Tommy Lee Jones : encore une fois, il est formidable, interprétant un ancien militaire (de la police du même nom) très américain, un tantinet raciste, et surtout garant des valeurs patriotiques de son pays. La séquence qui le voit remettre le drapeau dans le bon sens illustre magnifiquement l’état d’esprit dans lequel il commence cette douloureuse expérience : le drapeau a été donc hissé à l’envers par un fonctionnaire d’origine latino, qu’il va sermonner à propos du symbole véhiculé par sa bévue. On sent déjà poindre une forme de mépris par rapport à cet « étranger » : ce mépris ira jusqu’au paroxysme qui le verra s’en prendre à un autre de ces étrangers, un militaire cette fois-ci (Victor Wolf).

 

Mais son talent s’exprime ici surtout par rapport à la situation qui insinue de plus en plus le doute dans son esprit et surtout remet en cause ce qu’il a servi pendant de nombreuses années avant que ses deux fils prennent sa relève. Parce que si Deerfield est un militaire, il n’en demeure pas moins quelqu’un de très intuitif et déductif, aidant plus ou moins habilement la jeune policière. Il y a, en plus de la rigueur militaire de son personnage, une forme légère d’autisme qui va se révéler à nous par touches successives : ses rapports avec son épouse (Susan Sarandon, que j’aurais aimé voir plus) ou d’autres personnes ne sont jamais sereines ni naturelles. On notera aussi un léger balancement de son corps pendant une contrariété (-le film en est plein, de contrariétés : la première, le meurtre de son fils !).

Et encore une fois, c’est vers ses partenaires qu’il faut se tourner pour expliquer le talent de Jones : outre Charlize Theron qui fait jeu égal avec lui, on appréciera les différents protagonistes de cette intrigue militaire et criminelle, et on aura plaisir à retrouver quelques têtes connues dans des rôles subalternes – James Franco (Dan Carnelli), Josh Brolin (le chef Buchwald) ou encore Frances Fisher (Evie), dans un rôle plutôt inattendu.

 

Par contre, le talent de Paul Haggis – réalisateur peu prolifique (seulement 5 longs métrages), c’est – comme savent très bien le faire les Américains – de traiter d’un sujet qu’on peut qualifier d’actualité tant ce qu’il raconte est proche du moment où les faits (il s’agit d’une adaptation d’un fait divers) se sont déroulés. En plus de l’intrigue criminelle, le syndrome post-traumatique de la guerre est le véritable enjeu du film : ces jeunes militaires que nous voyons sont autant des victimes de cette situation que ceux qu’ils ont tués. Mais demeure tout de même le fait que les militaires ne sont pas tous bien intelligents. Et le fils Deerfield n’échappe pas à la règle, ce qui lui vaut son surnom, « Doc ».

 

AU final, c’est une belle condamnation de la guerre qui nous est présentée ici, interprétée avec justesse par les différentes personnes qui le peuplent, où transparaît une profonde tristesse qui ne s’exprime pas de la même façon par tous. Si la mère de Mike est effondrée, c’est avant tout parce que c’est le deuxième enfant que l’armée lui prend, alors que la tristesse de Hank mêle subtilement la mort du fils avec la désillusion qu’amène cette ultime enquête pour lui. Pour Emily, c’est une autre enquête ratée qui surgit dans ce contexte tendu. Pour les autres militaires du bataillon de Mike, c’est encore autre chose : une tristesse très bien portée par Penning (Wes Chatham), à la limite des larmes, sans jamais céder à cette émotion prégnante (1).

Et tout cela sans pour autant basculer dans le pathétique : le portrait de ces jeunes militaires n’appelant aucune pitié chez le spectateur.

 

Quant à la vallée d’Elah, vous irez lire le chapitre 17  du Premier Livre de Samuel, pour savoir à quoi elle fait référence, si vous n’avez pas l’occasion de voir le film…

 

  1. C’est bien connu : les militaires, ça ne pleure pas !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Darren Aronovsky
Black Swan (Darren Aronovsky, 2010)

Décidément, que de drames avec la danse classique. Outre le ballet dont il est question ici, c’est, soixante-deux ans après The red Shoes (Michael Powell & Emeric Pressberger, 1948), c’est à nouveau une tragédie qui nous est proposée ici, menée avec brio par la superbe Natalie Portman (1).

 

Nina Sayers (Natalie Portman, donc) est danseuse de ballet au Concert Hall de New York. Le chorégraphe Thomas Leroy (Vincent Cassel) veut dépoussiérer le Lac des Cygnes de Tchaïkovski, se séparant de son étoile vieillissante (Winona Ryder), et choisissant une nouvelle tête pour le public : c’est bien sûr Nina qui est choisie.

Malheureusement, Nina, bien que parfaite en cygne blanc n’arrive pas à atteindre le niveau voulu pour le cygne noir (2), autre versant de son personnage. Les conseils et imprécations de Thomas n’y font rien : Nina reste un cygne blanc, échouant à passer du côté sombre (3)

Parmi le corps de ballet vient d’arriver la troublante Lily (Mila Kunis), jeune danseuse douée et libérée : véritable cygne noir du spectacle ?

 

Au risque de me répéter, je signale que la danse classique et moi, ça n’a pas souvent fait bon ménage (4), mais quand c’est filmé ainsi, on en oublie tout et on entre pleinement dans cette tragédie un tantinet fantastique, où cette jeune femme qui obtient une forme de consécration va sombrer dans un délire mortifère. Et comme c’est bien filmé, cette tragédie devient féerie – noire – amplifiée par la formidable musique de Tchaïkovski (et Clint Mansell qui assure quelques belles variations sur les thèmes du maître russe).

 

Mais bien entendu, c’est la performance de Natalie Portman qui transparaît le plus, véritable prouesse physique qui fut – justement – récompensée.

Elle est une Nina tourmentée et à la limite (?) de la folie, puisant son inspiration dans ce qu’il se passe (ou non) autour d’elle. Mais encore une fois, une actrice principale n’est rien sans les seconds rôles s’ils ne sont pas à la hauteur. Et Darren Aronovsky s’entoure de quelques pointures qui transcendent son film : danseuses et danseurs de haut vol et Vincent Cassel en directeur de ballet, lui qui a une formation de danseur ajoutent une dimension authentique à cette intrigue fantastico-tragique. De son côté, Barbara Hershey est une mère formidable, de celle qu’on a envie de ne pas avoir quand on se destine à une carrière artistique : étouffante est le qualificatif qui lui sied le mieux… Bref, une mère.

 

Bien sûr, on ne peut pas passer à côté des aspects sexuels de l’intrigue qui nourrissent les hésitations de Nina sur l’aspect sombre de son personnage, et si on peut considérer qu’il y aurait de la complaisance, ce serait minimiser l’impact du sexe dans la vie et surtout chez cette jeune femme qui ne semble pas vraiment avoir connu l’amour avant ce rôle. Pour cela, il suffit de voir sa chambre pour s’en rendre compte : elle n’a certainement jamais connu l’amour et quand elle annonce à Thomas qu’elle n’est plus vierge, on peut légitimement en douter. Il suffit devoir les difficultés qu’elle à « se toucher »comme lui avait préconisé le même Thomas.

 

Et tout ça pour en arriver à une performance hors du commun lors du final (du film et du ballet), motivée par tout ce que nous avons vu avant, et clôturée par une résolution – prévisible, certes, je vous l’ai annoncée plus haut – mêlant réalisme et mysticisme – véritable illustration de ce qu’a pu vivre Nina pendant toute cette période.

 

Magnifique.

 

  1. N’oublions pas Sarah Lane qui double la belle Natalie dans les parties dansées.
  2. D’où le titre.
  3. N’oublions pas que c’est Natalie « Padmé » Portman !
  4. La danse en règle général, d’ailleurs.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Prison, #Drame, #Jean Becker, #José Giovanni
Un nommé La Rocca (Jean Becker, 1961)

Roberto La Rocca (Jean-Paul Belmondo) vient d’arriver à Marseille. Malgré son allure de jeune homme, c’est un dur : il a la gâchette facile, mais surtout rapide comme l’a constaté à ses dépens le caïd du lieu, Villanova (Nico). Bien qu’il reprenne les affaires de ce dernier, il n’est venu à Marseille qu’avec une seule intention : faire sortir son ami Xavier Adé (Pierre Vaneck) de prison.

Mais la présence de déserteurs américains qui tentent de monter une entreprise de racket, dans cette France d’après-guerre va compliquer les choses : La Rocca se retrouve à son tour incarcéré. Pour sortir, trois solutions :

  • Attendre la fin de la peine ;
  • S’évader ;
  • Participer au déminage de la côte en vue d’une remise de peine.

C’est la troisième option que choisiront La Rocca et Adé.

 

Jean Becker (le fils de Jacques) signe ici son premier long métrage et il met un certain nombre d’atouts de son côté. Le premier, c’est la révélation de la nouvelle vague : Jean-Paul Belmondo. Le second, c’est un écrivain/ dialoguiste qui monte (sa troisième participation directe à un film) et qui passera plus tard derrière la caméra, José Giovanni.

Alors comme Giovanni est là, on peut s’attendre à une intrigue virile où ces hommes sont des gangsters, mais avec de l’honneur. Et ce nommé « La Rocca » est tout cela à la fois, interprété par un Belmondo qui le rend d’emblée sympathique.

Et comme c’est Jean Becker, nous sommes bien loin de l’incontournable Paris des truands. Mais rassurez-vous, ces derniers n’ont rien à leur envier, les pratiques criminelles étant toujours les mêmes : celui qui l’emporte est celui qui défouraille le mieux !

Et comme nous sommes avant 1968, la morale l’emporte : les truands n’en sortiront pas indemnes, physiquement comme moralement.

 

Outre l’aspect autobiographique – José Giovanni a vécu cette période (1) – c’est la distribution qui attire notre attention, et surtout ceux qui entourent Belmondo et Vaneck : on y reconnaît de nombreuses têtes qui vont émailler le cinéma français dans les trois décennies suivantes, à des degrés différents d’apparition, dont l’éternel Dominique Zardi, ici avec des cheveux !

Mais malgré tout, le film reste mineur. Et c’est très certainement dû à cette intrigue inspirée du roman (2) de Giovanni : trop de péripéties et personnages hauts en couleurs. Becker essaie de montrer un maximum de choses mais du fait du format (1 h 41), il ne va pas jusqu’au bout des différents épisodes ni ne donne assez d’épaisseurs à ces marginaux qui auraient alors pu se révéler pas si mauvais que ça.

Et cela nous laisse un goût d’inachevé jusque dans le plan final : il manque un épilogue à cette histoire malheureuse.

 

Par contre, Becker réussit pleinement la séquence du déminage, alternant (les plans d’ensemble et les très gros plans sur les visages angoissés de cette singulière « chair à canon » que sont ces démineurs occasionnels. La peur et la tension sont palpables, accentuées par les inévitables explosions.

 

Giovanni lui-même ne sera pas satisfait du résultat, réalisant à son tour sa propre adaptation de son roman : La Scoumoune (1972). Il s’entourera en particulier du même Belmondo et de celui qui interprète ici le chef des gangsters Américains, Michel Constantin.

Vous vous en doutez : ceci est (presque) une autre histoire…

 

  1. Il fut emprisonné et même condamné à mort, parce qu’il était lui-même un de ces truands dont il parle.
  2. L’Excommunié (1958)

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #David Robert Mitchell
Under the silver Lake (David Robert Mitchell, 2018)

Ce « Silver Lake » dont il est question, c’est le réservoir de Los Angeles, à deux pas d’Hollywood, dénominateur commun du film, de par son emplacement et ses nombreuses références.

Mais qu’y a-t-il donc sous ce lac d’argent qui fait courir Sam (Andrew « Spider-Man » Garfield), à la recherche de Sarah (Riley Keough) une jeune femme croisée une seule fois et dont il est fatalement tombé amoureux, et qu’il devait retrouver avant qu’elle ne disparaisse ?

La réponse viendra, mais d’une manière inattendue, laissant le spectateur autant que Sam dans une attitude mêlant la fatalité et la perplexité : ce voyage était-il vraiment nécessaire ?

 

Parce qu’il s’agit avant tout d’une odyssée plus ou moins intérieure tant le réalisateur ne nous donne pas toutes les clés de son intrigue. Très peu de repères de temps, encore moins de repères d’action : on ne sait jamais si ce que nous voyons est vrai ou issu de l’imagination (féconde) de Sam. Même ce qui nous semble acquis est remis en cause par ce qui va suivre (la couverture du Playboy que Sam aurait volé à son père).

Reste donc ce voyage dans l’une des villes les plus célèbres au monde et les références inévitables : Rear Window (Sam espionne ses voisines à la jumelles, surtout celle qui se promène les seins à l’air (Wendy Vanden Heuvel) et bien sûr Sarah que la tenue de bain ne laisse pas indifférent.

C’est aussi Citizen Kane, avec ce compositeur isolé (Jeremy Bob), dont la maison (le palais ?) renferme de très nombreux objets d’art (musicaux, cela va de soi), et bien sûr le Seventh Heaven de Frank Borzage, nous permettant de revoir la formidable Janet Gaynor, référence prédominante du film (au moins trois éléments). J’oubliais Comment épouser un Millionnaire avec le trio féminin (Bacall, Grable & Monroe), trio qui se répétera à l’envi tout au long du film (1).

 

Mais, et c’est à mon avis le plus gênant, ce film est difficilement compréhensible (je ne suis pas une lumière, certes, mais tout de même !) : doit-on y chercher, à l’instar de Sam, des détails nous ouvrant sur autre chose ? Certains le pensent. Pour ma part, cet aspect théorie du complot a tendance à me lasser, même si – c’est normal, nous sommes au cinéma – Sam arrive à quelque chose : il y a un message caché dans ce qu’il voit et entend.

Mais avec un sceptique comme moi, ça ne prend que difficilement.

 

Au final, de belles images et des interprètes convaincants et justes, avec en tête Andrew Garfield qui n’hésite pas à casser son image de Spider-Man (encore une fois) pour le rôle de ce zonard friand de sexe (avec une partenaire ou tout seul), assumant les différents clins d’œil dont celui concernant son personnage de chez Marvel (2). Mais est-ce bien suffisant ?

 

Inclassable.

A voir.

Ou pas.

 

  1. Les trois escort girls, les choristes de Jesus (Luke Baines), les trois femmes avec dans la cabane…
  2. Que je vous laisse découvrir…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Musical, #Drame, #Robert Wise
West Side Story (Robert Wise, 1961)

Etonnamment, ce texte s'était « perdu dans le tri » et aurait dû être publié l'an passé. Soit bien avant  le film de Spielberg...

 

Plus de 60 ans se sont écoulés depuis la sortie du film, et ce dernier garde toujours sa force intacte. Robert Wise aidé de Jerome Robbins dirige cette tragédie avec brio, modernisant comme c’était prévu la pièce de Shakespeare.

La musique de Leonard Bernstein n’a pas pris une ride, enchaînant ce qui sont des classiques plus de soixante ans après la présentation à Broadway (1957).

On vibre toujours autant à cette histoire d’amour impossible entre deux jeunes gens qui ne sont pas de la même « espèce » (1).

On frémit devant cette violence annoncée et on se dit que la vie n’est pas juste et qu’il aurait suffi d’un tout petit coup de pouce du Destin dans l’autre sens pour que cette histoire se termine bien.

Parce qu’elle se termine mal. Très mal. Et les plus pessimistes – dont il m’arrive de faire partie – diront que cette histoire, sur le fond n’est pas près de se finir.

 

Leonard Bernstein (musique) et  Stephen Sondheim (paroles) – sur un livret d’Arthur Laurents – ont su adapter cette histoire d’amour absolue, remplaçant les deux familles par deux gangs issus de l’immigration : les Jets et les Sharks.

La différence qu’il existe entre eux ? La couleur tout d’abord, et la période d’arrivée aux Etats-Unis.

Et les Sharks, d’origine portoricaine ont le désavantage d’être plus foncés et arrivés récemment.

Parce que les Jets, eux aussi, ne sont pas ce qu’on peut appeler des Américains « pur souche », pour reprendre une expression nauséabonde qui est malheureusement toujours d’actualité. Ils sont arrivés – ou plutôt, leurs ancêtres – bien avant, s’intégrant petit à petit dans ce grand pays de la Liberté…

En effet, Tony (Richard Beymer) est d’origine polonaise et s’appelle en réalité Anton, Action a des ascendants italiens, d’autres irlandais…

Ils forment tous ce creuset (2) dans lequel se mélangent ceux qui sont venus en quête d’une meilleure vie, loin des persécutions et de la misère.

Mais tous ces ados n’ont pas connu cette misère que leurs parents ont dû fuir, et maintenant se comportent comme tous les autres, ceux arrivés avant eux, voire ceux qui ont fondé ce pays.

Pire, ils se décident supérieurs à ceux qui leur sont différents.

Ce sont avant tout des ados qui comme leurs aînés, s’expriment par cette violence et ce désir de domination. Ils ne sont pas loin de Johnny Strabler (Marlon Brando) dans The wild One (1953) ou évidemment Jim Stark (James Dean) (3). Eux aussi avaient cette même haine qui les animait, comme elle anime les ados aujourd’hui. Malheureusement encore, ce sera la même chose demain.

Mais heureusement, au milieu de ce monde de violence et de haine, il y a Maria (Natalie Wood) et Tony. Tony est un ancien Jet, et Maria la sœur de Bernardo (George Chakiris), le chef des Sharks.

Et puisque tout les sépare, ils vont se trouver, s’aimer, et rêver qu’il existe quelque part un endroit pour eux (4).

Mais comme pour leurs prédécesseurs shakespeariens, il n’en est rien, la mort est au bout du chemin.

 

Autant vous le dire tout de suite, je ne peux pas regarder ce film sans finir les larmes aux yeux tellement l’histoire, la musique et les interprètes sont prenants. J’ai beau avoir passé des heures à écouter la BO du film, quand Maria (Marni Nixon) et Tony (Jimmy Bryant) chantent Tonight (fin de la première partie), j’ai des frissons. Rien que d’en parler, ça me reprend.

Il faut dire qu’il s’agit peut-être du plus grand film musical qui ait été tourné.

Mais il n’y a pas que la musique. Il y a la danse qui a une place très importante et qui est absolument magnifique. Au premier abord, cela peut paraître étonnant de voir des ados qui jouent aux durs en train de danser, mais très rapidement on entre dans cet univers où la danse est une autre façon d’exprimer la violence qui est en eux.

Et le travail chorégraphique de Jerome Robbins, après la scène de Broadway, s’accorde parfaitement avec les différents points de vue dirigés par Wise et photographiés par Daniel L. Fapp. Sans oublier non plus les montages visuel (Thomas Standford) et sonore (Gilbert D. Marchant) qui donnent au film son rythme (5).

 

Parce que les plans et les différents filtres utilisés sont là encore en totale adéquation avec l’histoire.

La rencontre de Maria et Tony, pendant le bal est on ne peut plus pertinente. Tony aperçoit Maria qui en fait de même et tout autour est flou, seuls eux deux existent : c’est normal, « les amoureux sont seuls au monde », comme dans le film de Decoin (1948).

En plus, la musique ralentit qui leur permet de faire quelques pas de danse avant de s’étreindre. Le temps semble s’être arrêté. Jusqu’au moment où la musique accélère et la réalité les rattrape, les séparant.

Autre élément visuel important, la couleur : le bleu de Maria, qui lui donne une allure de Madone et qui se transformera malheureusement en Mater Dolorosa.

Et le rouge surtout, symbole du sang, messager la mort. Pas étonnant donc que Bernardo soit en rouge.

Tout comme la partie Quintet, chantée par tous les protagonistes, en groupes – Jets et Sharks – ou en individuels – Maria, Tony, Anita – et annonçant les événements de la nuit. Wise a choisi un filtre rouge des plus agressifs, se reflétant sur les lieux et surtout sur les visages, même celui d’Anita.

 

Et puis il y a la fin. Cette fin en demi-teinte, où finalement personne n’est sauvé. Les Jets et les Sharks repartent, emportant le corps de Tony, réassemblés temporairement par cette mort encore plus terrible que celles de Bernardo et Riff (Russ Tamblyn), parce que voulue.

C’est une sorte d’union sacrée qui fait s’en aller les jeunes gens, mais on sait que cette union n’aura qu’un temps et que finalement, ça recommencera. Peut-être pas dans le West Side, il suffit de regarder autour de nous pour comprendre que ça ne s’est jamais arrêté.

Hélas.

 

  1. « stick to your own kind », chante Anita à Maria (deuxième partie).
  2. Le fameux Melting-pot.
  3. James Dean était pressenti pour le rôle de Tony à Broadway, mais il mourut avant les auditions. A noter la présence (déjà) de Natalie Wood à ses côtés dans le film de Nicholas Ray.
  4. There’s a Place for us (deuxième partie) chanté par Maria et Tony.
  5. Terme on ne peut plus adéquat.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Musical, #Drame, #Steven Spielberg
West Side Story (Steven Spielberg, 2021)

Soixante ans se sont écoulés, et l’histoire n’a pas pris une ride. C’était déjà le cas en 1961 d’ailleurs, quand Wise a sorti son propre film : le thème de Roméo & Juliette (publié en 1597 d’après une histoire encore plus ancienne…) reste indémodable : cet amour fou qui se termine (très) mal continue d’émouvoir les spectateurs, dont votre serviteur (1).

Donc, dans le New York de la fin des années1950, deux bandes rivales se disputent le territoire du West Side (2) : les Jets et les Sharks. La seule différence entre ces deux bandes rivales : la couleur de la peau. En effet, les Sharks ont le teint plus halé puisqu’ils viennent de Porto Rico. Les autres ont le teint plus clair, puisqu’ils descendent pour la plupart des colons européens : mais tous ont un véritable point en commun : ils ne sont pas les véritables indigènes de ce grand pays.

A côté de ces deux bandes de voyous qui passent leur temps à se chercher, se développe un amour entre une fille de Porto Rico – Maria (Rachel Zegler) – et un de ces descendants de colons blancs – Anton « Tony » (Ansel Egort).

Mais bien sûr, cet amour n’est pas possible.

 

La première question qui me vint à l’esprit quand le film est sorti fut la suivante : un tel film était-il nécessaire ? Même si c’est Spielberg… Bien sûr que non (3), mais on en va pas bouder son plaisir pour autant ! Parce que ce film, s’il n’est pas « nécessaire », reste tout de même un très beau moment de cinéma comme sait (toujours ou presque) le faire Steven Spielberg. Certes, on n’imagine pas une issue différentes de l’intrigue, et donc pour une fois, cela se termine mal (4), et puisque l’intrigue est rebattue, encore une fois, c’est la façon de faire qui prime. Et là, on est servi !

 

Suivant la pratique actuelle qui veut que tous les écrits viennent en fin de film, Spielberg entre tout de suite dans le sujet, évitant l’Ouverture initialement prévue, celle qui annonçait clairement les différents thèmes qu’on allait trouver tout au long de l’histoire. C’est un quartier désolé qui nous est montré, attaqué par les boules de chantier qui détruisent ce qui furent des taudis, en attendant l’expulsion totale des différents habitants afin de créer un nouveau West Side, plus conforme à l’air du temps. Alors les bisbilles entre les deux bandes rivales semblent tout à coup bien mesquines : si un des deux clans l’emporte, des toute façon, ils seront tous envoyés ailleurs…

 

Mais c’est cet aspect bien petit par rapport à cette immense ville en mutation qui va donner cette dimension grandiose à cet amour tragique : certes, ces deux jeunes gens ne pèsent pas bien lourd face à cette transformation, mais le seul fait qu’ils existent les rend uniques et de ce fait dignes d’attention.

Et Spielberg réussit là où Wise s’était arrêté : ses acteurs ont une apparence plus jeune, comme si Spielberg avait restauré cette histoire, lui redonnant toute la jeunesse des protagonistes (5), bien qu’Ansel Elgort soit plus âgé que Richard Beymer quand il a interprété Tony en 1961 ! Et cela peut s’expliquer par un élément « signe des temps » :les jeunes gens de 1960 étaient plus mûrs que ceux de 2020. Et puis n’oublions pas non plus les effets du maquillage conjugués à ceux du numérique.

 

Et au final, ce nouveau West Side Story est une très belle surprise :non seulement Spielberg nous confirme qu’il est un très grand réalisateur, mais surtout, il donne une teinte colorée et brillante qui rehausse cette intrigue sombre, donnant, malgré l’artificialité des pas de danse un certain réalisme qui s’exprime dans les différentes séquences de violence : il réussit la synthèse adéquate entre les ballets de Wise et ceux de Kubrick dans Orange Mécanique ! (Musique : la Pile voleuse).

Et tout cela avec une profusion de couleurs qui teintent chaque moment du film : entre les tenues des protagonistes, les tentures ou même les projections solaires des vitraux, tout donne un aspect plus chatoyant que dans le premier film. A cela s’ajoute un jeu de lumières pertinent où c’est la multiplication des sources lumineuses qui accentue le grandiose de cette petite histoire, illustrant avec beaucoup de subtilité les paroles de Tonight, la chanson de la scène du balcon :

      « Tonight, tonight, the world is full of light (Ce soir, ce soir, le monde est rempli de lumières)

         with suns and moons all over the place. » (avec partout des soleils et des lunes)

Même la séquence de combat qui voit Mercutio (Riff – Mike Faist) être tué par Thibault (Bernardo – David Alvarez), lui-même tué par Roméo (Tony) reste lumineuse, et ce malgré les lumière éteintes (pour faire plus discret).

 

Et bien sûr, l’interprétation est à la hauteur de l’enjeu. Les différents interprètes sont des artistes complets : ils jouent, ils dansent et ils chantent (6). Même Rita Moreno (Valentina) peut enfin faire entendre sa voix. Elle qui fut une inoubliable Anita nous démontre pourquoi on ne pouvait pas l’entendre chanter en 1961 : sa tessiture est trop haute !

Et puisqu’on parle d’Anita, elle est ici interprétée avec brio par Ariana de Bose, formidable en tout point dans ce rôle difficile parce que déjà interprété avec beaucoup de brio…

Et si Ansel Elgort est un Tony un peu plus dégourdi que ne l’était Beymer, on notera la très belle prestation (encore une) de Rachel Zegler encore plus Maria que ne l’était l’irrésistible Natalie Wood (c’est dire !).

 

Alors oui, précipitez-vous sur cette nouvelle version, pour toutes ces qualités visuelles, mais aussi pour la musique éternelle de Leonard Bernstein !

 

  1. Je n’arrive pas à ne pas verser une larme à la fin. C’est mon côté midinette…
  2. Ce n’est pas loin de chez Aloysius Pendergast.
  3. Poser la question, c’est déjà y répondre.
  4. Ca reste rare, chez Spielberg, une fin tragique.
  5. Roméo & Juliette sont des adolescents, ne l’oublions pas.
  6. Natalie Wood (Maria) et Richard Beymer étaient doublés (7).
  7. J’espère que vous ne vous lassez pas des notes de bas de page…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Denys de la Patellière
Retour de Manivelle (Denys de laPatellière, 1957)

Robert Montillon (Daniel Gélin), jeune homme « disponible » empêche l’homme d’affaire Eric Fréminger (Peter van Eyck), ivre, de se faire écraser. Entre eux deux se crée un lien : Eric propose à Robert d’être son « secrétaire ».

La vie de Robert vient de basculer.

Très peu de temps après, Eric annonce à son épouse Hélène (Michèle Morgan) qu’il va se suicider et qu’elle va toucher le gros lot de l’assurance-vie. Sauf que cette même assurance-vie a une clause rédhibitoire : le suicide est exclus pour toucher le jackpot.

Il va falloir maquiller cela en meurtre.

 

Pendant que la Nouvelle Vague (hum !) s’installe (1), le « cinéma de papa » continue de bien se porter, mettant en vedettes des valeurs sûres (Morgan, Gélin, Blier) dans une intrigue empruntée à James Hadley Chase qui ne manque ni de subtilité ni de piquant. On retient bien sûr l’aspect amoral du challenge que doivent relever Hélène et Robert : faire passer un suicide pour un meurtre n’est pas une mince affaire, surtout quand on se fait prendre.

Parce que bien sûr, ça ne peut pas marcher : nous sommes encore dans les années 1950 et il n’est certainement pas question de faire réussir un tel projet.

 

Et c’est aussi là tout l’intérêt du film : comment vont-ils se faire prendre ? J’espère ne rien révéler d’important en l’écrivant, le titre me semblait tout à fait éloquent : si l’appât du gain – les 300.000.000 de Francs (toujours plus impressionnant en chiffres !) de l’assurance-vie – est somme toute naturel, il y aura obligatoirement un prix à payer qui se traduit par ce « retour de manivelle ». Et croyez-moi, il est à la hauteur des espérances du spectateur.

Et à l’instar du Taxi pour Tobrouk qu’il réalisera quatre ans plus tard, Denys de la Patellière émaille son film à tendance sérieuse d’un humour de bon aloi, accentué par le « retour de manivelle » (encore lui), basculement final qui scelle définitivement les différents destins (2).

 

Avec ce film, Denys de la Patellière commence véritablement à se faire un nom dans le cinéma français : son film est un succès (mérité), interprété par un duo de qualité. Michèle Morgan se retrouve dans un rôle un tantinet décalé par rapport à ce qu’on a connu auparavant, bien loin de la jeune Nelly du Quai des Brumes qui l’avait révélée. Rassurez-vous, elle possède toujours, vingt ans après, le même pouvoir de séduction, mais elle possède une autre dimension qu’on ne devinait pas alors. Normal, elle a mûri. Daniel Gélin, de son côté, est le héros chasien par excellence : il interprète avec beaucoup de justesse ce personnage sans le sou qui se retrouve mêlé à une histoire de cadavre sans l’avoir cherché.

Et puis il y a Blier : il est le commissaire important qui va résoudre l’affaire. Enfin, c’est sa version : le spectateur sait lui, ce qu’il s’est vraiment passé et se moque bien des déductions de ce policier somme toute ridicule, pour qui les évidences sont des preuves.

 

Bref, on s’amuse, on a plaisir à suivre cette intrigue – improbable, nous sommes au cinéma que diable ! – menée de main de maître avec un souci du détail que ne renierait pas Hitchcock (la prise de courant), jouant aussi avec l’éclairage de façon pertinente.

Bref, du cinéma comme je l’aime.

Et quand le film se termine, une question me vient tout naturellement : les gesticulations de quelques critiques de cinéma plus ou moins frustrés étaient-elles vraiment nécessaires ? (3)

 

J’allais oublier : ce sont les débuts de Michèle « Angélique » Mercier (Jeanne). Et d’ailleurs Michel Audiard la gâte :

Robert : vous êtes jeune et jolie, je ne suis sûrement pas le premier à vous le dire.

Jeanne : On me le dit à chaque coup.
Robert : Ah !

Jeanne : Je veux dire à chaque fois.

 

  1. Le film sort en août et Françoise Giroud parlera de ce mouvement en octobre.
  2. Ne comptez pas sur moi pour vous révéler quoi que ce soit.
  3. Oui, j’ai beaucoup de mal avec la Nouvelle Vague qui est au cinéma ce que la Nouvelle Cuisine est à cet autre art : c’est peut-être beau et fin, mais à l’arrivée, on retourne vers des valeurs sûres et plus consistantes.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Florian Zeller, #Anthony Hopkins
The Father (Florian Zeller, 2020)

Ce « Père », c’est Anthony (Hopkins). Il vit dans son grand appartement londonien, avec sa fille Anne (Olivia Colman) et son conjoint, Paul (Rufus Sewell).

On attend Laura (Imogen Poots) qui doit venir s’occuper de lui dans la journée, quand Anne part travailler. Mais quand elle arrive, ce n’est pas celle qu’il attendait : il se souvenait qu’elle ressemblait à sa plus jeune fille Lucy.

C’est normal : Anthony est un vieil homme malade, atteint de sénescence (il a plus de 80 ans), sa mémoire s’efface progressivement l’amenant vers une solitude désespérée, se demandant même qui il est réellement.

 

Adapter une pièce de théâtre au cinéma n’est pas une chose très aisée, le lieu de la représentation étant la plupart du temps unique, et puis surtout, les dialogues sont omniprésents, amenant aussi parfois une bavardage aussi lourd qu’inutile. Alors quand Florian Zeller a décidé d’adapter sa propre pièce au cinéma, on pouvait craindre le pire. Et c’est le meilleur qui est arrivé. Non seulement ce film fut primé à de très nombreuses reprises, mais surtout, c’était justifié !

Zeller réussit à sortir de la scène et à réaliser un véritable film, servi par une distribution impeccable, avec en tête l’incroyable Anthony Hopkins, extraordinaire (encore une fois) dans ce rôle là encore emblématique.

 

Il est un autre Anthony – celui du rôle – absolument fabuleux. Il ne joue pas cette déliquescence mentale qui lui arrive, il la vit ! Et l’intrigue profite du travail de Christopher Hampton qui coécrit le scénario avec Zeller : non seulement les dialogues (nombreux dans la pièce) sont réduits, mais le travail d’acteur et les différentes prises de vue vont illustrer encore mieux la désorientation totale d’Anthony dans ce monde familier qui a tendance à devenir étranger.

Et le maître mot de cette intrigue, c’est le temps. Il va s’illustrer de différentes façons : la montre et le déroulement de la vie du vieil homme.

 

La montre parce qu’il ne cesse de l’égarer, accusant même son entourage de la lui voler. Cette montre, c’est le seul marqueur temporel qu’il lui reste, mais comme il l’a sans cesse égarée, elle ne lui est d’aucune utilité, ce qui amène une forme de désespoir : comment se rattraper à quelque chose si le temps n’est pas maîtrisé (1).

De même, le déroulement des journées est aussi confus pour le spectateur que pour Anthony et ce n’est que grâce à quelques indices récurrents qu’on comprend que le vieil homme n’arrive plus à maîtriser son environnement : on assiste même à une boucle temporaire qui met mal à l’aise. Tout comme ces visages différents qui représentent une même personne et illustre parfaitement cet effacement de la mémoire.

 

Bref, c’est un film très fort sur la vieillesse, sans véritable concession ni pathos : et Anthony Hopkins est bouleversant dans le corps de cet homme que son esprit abandonne. Avec ses moments de lucidité tout comme ceux de détresse voire d’agressivité : cette méchanceté involontaire (?) qui blesse à tous les coups. Et Olivia Colman donne la réplique magnifiquement à Hopkins, tout en subtilité, se hissant au niveau du grand acteur.

 

C’est superbe, fort, prenant.

A voir.

Absolument.

 

  1. “The time is out of joint” (Hamlet, I, 5)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Richard Brooks
Graine de Violence (Blackboard Jungle - Richard Brooks, 1955)

« 1, 2, 3 o’clock, 4 o’clock, rock ! »

 

Un tableau noir (1) où s’écrivent les éléments du générique pendant que Bill Haley (et ses Comets) chante ce qui est devenu l’un des plus grands standards du rock’n’roll. La raison de cette chanson ? C’est bien connu (en 1955), le rock est « une musique de sauvages, prétexte à tous les débordements, et ceux qui écoutent cette musique – si on peut qualifier ces éructations de musique – sont des voyous en devenir, s’ils n’en sont pas déjà. »

Et les intertitres de présentation nous ont prévenus : ce que nous allons voir concerne la délinquance juvénile.

Richard Dadier (Glenn Ford) vient d’être embauché dans un lycée de New York (North Manual High School) situé dans un quartier pauvre. Les élèves n’y sont pas intéressés par ce qu’on y enseigne et certains d’entre eux trouvent plus d’intérêt à monter des petits coups, lucratifs mais surtout illégaux. Ces véritables voyous sont menés par Artie West (Vic Morrow), qui va harceler son professeur, allant jusqu’à user de violence à son encontre.

 

C’est un film sans concession que nous propose ici Richard Brooks, traitant avec justesse et réalisme un problème de société, à mon avis insoluble. Et Brooks n’a pas de solution à nous donner, ce n’est pas son affaire. Par contre, il réussit à nous dresser le portrait d’une jeunesse à la dérive, née avant la guerre, livrée à elle-même. Parce que les grands absents de ce film, ce sont les parents. Il n’est quasiment pas fait référence à eux et même on n’en voit aucun. Et les rares fois où Brooks va sortir de l’école, c’est pour nous montrer des exactions où la violence est omniprésente. Mais cette violence ne se contente pas d’occuper la rue : elle est entrée dans l’école et la séquence finale monte en intensité jusqu’au basculement irréversible : un couteau à cran d’arrêt que West sort dans la classe.

 

Irréversible parce que West ne peut plus simuler : il entre officiellement dans l’illégalité. C’est aussi le moment du choix pour ses autres « camarades » de classe : le suivre ou suivre le professeur. Bien sûr, le choix va être favorable au professeur  il n’est pas question de noircir le tableau – qui l’est déjà assez, dans tous les sens du terme – et il faut tout de même laisser un peu d’espoir aux spectateurs. Mais malgré tout, un élève comme West est un échec pour le système éducatif. Et l’horizon qui s’ouvre (!) à lui (après la fin du film) va comporter beaucoup de barreaux…

 

Graine de Violence se situe dans une année marquée par l’adolescence au cinéma : quand le film est présenté, c’est dix jours après A l’Est d’Eden, et La Fureur de vivre va bientôt arriver sur les écrans. Même en France, Delannoy nous gratifie d’un Chiens perdus sans Collier dans la même verve. Mais Brooks va encore plus loin dans le traitement de la violence, omniprésente tout au long du film. Dans les faits, bien sûr, mais aussi dans les mots : issus d’origines géographiques très différentes, les élèves n’hésitent pas à s’invectiver en usant de termes péjoratifs relatif à cette origine. Bien qu’américains, c’est avant tout cela qui les définit.

 

Et on retrouve là l’idée du creuset (melting-pot) qui est l’une des bases de ce pays : c’est de la diversité (ethnique, géographique…) que naît la richesse et tous ces personnages se rassemblent autour d’un même drapeau. Et ce drapeau n’est pas seulement un élément de décor. Outre l’aspect emblématique évoqué ci-dessus, c’est ici un accessoire hautement symbolique : c’est avec lui que Santini (Jamie Farr) va clore définitivement l’affrontement final, tel un chevalier s’élançant dans un tournoi, lance en avant.

 

Oui, il reste de l’espoir quand le film se termine, mais au final, la violence est toujours présente dans les écoles (pas dans toutes, fort heureusement), aux Etats-Unis et ailleurs. Et en plus, maintenant, des élèves ont des armes à feu qu’ils n’hésitent pas à utiliser contre ceux qui furent leurs camarades.

 

  1. Le titre original : la Jungle du tableau noir.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Tom McCarthy
Stillwater (Tom McCarthy, 2021)

Bill Baker (Matt Damon) vit à Stillwater, dans l’Oklahoma. Il travaille sur des chantiers, quand la demande est là. Parallèlement, il se rend régulièrement à Marseille pour visiter sa fille Allison (Abigail Breslin) : elle est en prison pour le meurtre de sa colocataire et amante – Lina – depuis cinq ans. Elle a beau clamer son innocence, rien ne bouge.

Bill va alors se mettre en chasse pour retrouver le véritable meurtrier de Lina, Akim (Idir Azougli). Le problème (de taille), c’est qu’il ne parle pas un mot de français. Il est alors aidé par Virginie (Camille Cottin) et sa fille Maya (Lilou Siauvaud).

 

Dernier film en date de Tom McCarthy, Stillwater est un film qui prend son temps, ce qui nous repose de la production américaine actuelle où tout va vite et de manière spectaculaire. Ici, rien n’est spectaculaire, ou alors dans un autre sens : les différentes prestations des interprètes le sont, par exemple. Avec ce film, McCarthy réussit à fusionner deux conceptions fort différentes du cinéma : le blockbuster (1) et l’exception culturelle qui fit couler beaucoup d’encre. Et le résultat est plus que concluant : c’est un film équilibré où les personnages ne sont pas que des ombres, au service d’un scénario pas si couru d’avance.

 

En effet, combien de films où un innocent clame son innocence qui se termine inévitablement par sa relaxe ? Ici, ce n’est pas aussi simple : le personnage principal est en butte à deux éléments primordiaux : la langue et la culture.

La langue parce que Bill n’est rien d’autre qu’un Américain (très) moyen qui n’a pas traîné longtemps sur les bancs de l’école, n’ayant même pas le minimum BSMA (2) dans la langue du pays qu’il visite, et ce malgré les nombreuses visites déjà effectuées (on aperçoit la liste lors de son premier passage aux Baumettes). La culture enfin parce que les choses ne se passent pas de la même façon de ce côté-ci de l’Atlantique et encore moins à Marseille.

Mais Bill est un type simple, voire simpliste et tous les moyens sont bons pour lui afin de libérer sa fille, même les extrêmes.

 

Et Matt Damon nous démontre une fois de plus qu’il est un grand acteur. A nouveau, il est un type plus que normal, humain, et dont les motivations n’ont rien de philosophiques : il n’a que très peu d’éducation et est prisonnier de son Oklahoma natal : quoi qu’il puisse arriver, il y retournera pour vivre comme il l’a toujours fait, et ses parents avant lui. On comprend alors pourquoi sa fille a voulu échapper à cette routine (mortelle).

A ses côtés, Camille Cottin est (encore une fois) très juste dans son jeu et la petite Lilou Siauvaud est une très bonne surprise : la relation entre Bill et Maya est aussi un élément important de l’intrigue, les liens entre cet homme et cette petite fille préfigurant ceux – distendus, et pour cause – qu’il a avec sa propre fille, comme s’il essayait de rattraper le temps perdu, essayant de profiter d’une nouvelle chance que la vie lui offre.

 

Mais ce film, c’est avant tout une nouvelle histoire de rédemption (3) : celle d’un homme qui réalise pleinement qu’il a une fille et qui se décide (enfin) à agir comme un père : être là quand elle en a besoin. Certes, c’est un peu tard, surtout qu’Allison a déjà purgé plus de la moitié de sa peine de prison. Mais il n’est jamais trop tard, et l’intrigue semble lui donner raison.

Mais cette rédemption, pour qu’elle s’accomplisse doit coûter à son bénéficiaire (sinon, ça ne compte pas). Ce sera bien sûr le cas, et d’une manière tragique alors que tout semblait lui sourire. Et quand il retourne à Stillwater, une fois que tout est terminé, il le ressent en lui-même : les choses ont changé. Mais je ne vous dirai pas en quoi, ce serait révéler la résolution de l’intrigue, et là, je ne peux pas. Sachez toutefois que le titre, s’il vient bien du nom de la ville, est avant tout un élément de résolution de cette intrigue intelligente. Le mcguffin (4) étant d’ailleurs lui aussi relié à ce titre.

 

A l’arrivée, si l’effet blockbuster ne s’est pas réalisé, le film n’en demeure pas moins une valeur sûre : la maîtrise technique est là, l’interprétation est solide et l’intrigue tient la route.

Que demander de plus ?

 

  1. Au final pas tant que ça…
  2. Bonjour – S’il vous plaît – Merci – Au revoir
  3. C’est avant tout un film américain, ne l’oubliez pas.
  4. Il y en a un ! (Il n’est pourtant pas question de lion dans les montagnes d’Ecosse)

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