Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

drame

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Politique, #Dennis Gansel
La Vague (Die Welle - Dennis Gansel, 2008)

« Essayez la dictature, et vous verrez ! » (E. Macron, 23-01-2020)

 

C’est la semaine politique au lycée Marie Curie ! Pendant une semaine, les professeurs vont parler de différents systèmes politiques aux élèves, afin de leur faire prendre conscience les bienfaits de la démocratie.
Rainer Wenger (Jürgen Vogel), professeur d’EPS et de politique a prévu de faire cours sur l’anarchie, son domaine de prédilection. Seulement voilà, cette leçon a été confiée au professeur Wieland (Hubert Mulzer), un professeur un tantinet plus modéré (euphémisme). Rainer doit donc s’occuper de l’autocratie.

Bien sûr, derrière l’autocratie, les jeunes Allemands pensent au nazisme et à Hitler et commencent par rejeter ce cours qu’ils considèrent « culpabilisateur ».

Qu’à cela ne tienne, Rainer va leur proposer un jeu de rôles : il est leur leader et ils vont vivre une expérience afin d’améliorer leurs conditions de travail et surtout leurs relations dans la classe.

Bien sûr, « tout nouveau tout beau », alors ça fonctionne. Mais quand certains refusent une règle, ils sont virés du cours…

Et ça, ce n’est que le début.

 

Peut-être, tout comme moi, avez-vous lu La Vague (The Wave) de Todd Strasser (1981) adapté du téléfilm du même nom lui-même adapté de l’expérience menée en 1967 au lycée Cuberley de Californie par le professeur Ron Jones. Dans ce cas, vous serez peut-être d’accord avec moi pour dire que cette nouvelle adaptation est encore plus forte que ce roman. En effet, avec ce film, non seulement Dennis Gansel actualise le propos mais surtout le transpose là où est né le nazisme. Et le résultat de l’expérience de Wenger est on ne peut plus parlant : oui, une dictature nazie peut revenir. Mais là où il rejoint l’expérience de Jones, c’est que cette transposition peut être exportée n’importe où dans le monde dans chacune des différentes démocraties qui existent avec le même résultat. Hélas.

 

Et Dennis Gansel (aidé de Peter Thorwarth, co-scénariste) réussit pleinement sa démonstration, montrant que ces jeunes, conscients du passé de leur pays et vigilants à ne pas réitérer les mêmes erreurs, vont tout de même retomber dans les mêmes ornières que leurs aînés, progressivement, insidieusement, sans véritable coup de force de la part de leur leader : ils ont accepté à l’unanimité sa direction. Oui, comme Hitler, il est arrivé légitimement au pouvoir.

Et ce qui fait la force de ce film, outre son propos, c’est aussi la justesse des différents élèves : chacun est défini succinctement mais précisément et va induire on comportement dans cette expérience de fascisme moderne. Et le réalisme de cette expérience va jusqu’à utiliser un uniforme : une chemise blanche. Bien sûr, cette chemise n’est pas noire mais cette opposition chromatique ne peut pas nous faire oublier celles de Mussolini. Et Gansel va encore plus loin puisqu’il prend le temps de nous montrer une dernière fois Rainer s’habiller pour le dernier « meeting » : sa calvitie avancée et sa posture nous rappellent fortement le Duce. L’aspect prognathe en moins.

 

Et si le leader (1) est bien réussi, la présence des jeunes acteurs qui l’entourent est primordiale. Non seulement ils jouent au même niveau que Vogel, mais en plus, le scénario donne à chacun de leurs personnages ses propres dispositions pour entrer dans un mouvement fasciste. Entre Tim (Frederick Lau), geek solitaire un peu bêta qui cherche à s’intégrer dans un groupe et les autres élèves qui cherchent une existence, Gansel a su retransmettre ce besoin de reconnaissance qui fut le terreau du nazisme. On est absolument « bluffé » par ces personnages qui illustrent admirablement le propos. Sans oublier les regroupements occasionnels qui ressemblent aux intimidations violentes des SA au début des années 1930.

De même l’utilisation du water-polo comme sport d’une partie des élèves est on ne peut plus pertinente. Alors qu’on aurait pu avoir un match de foot, milieu propice à l’avènement du fascisme (2), Gansel et Thorwarth choisissent ce sport aquatique en référence à une tragédie issue de la dictature : la rencontre entre l’équipe de Hongrie et celle de l’URSS à Melbourne le 12 décembre 1956 qu’on peut résumer simplement par « du sang dans la piscine ».

 

Le tout accentué par les couleurs qui baignent ce mouvement : outre le blanc, on retrouve le rouge et le noir dans les logos disséminés sur la ville (Berlin). Les trois couleurs du drapeau nazi.

Et puisque nous en sommes aux couleurs, on notera celle que va porter une des élèves qui va entrer en résistance : alors que tous ses camarades ont accepté de porter une chemise blanche comme le leur a demandé Wenger, elle est la seule à porter une autre couleur, le rouge. Son choix est présenté comme arbitraire, comme si c’était le premier tee-shirt qui s’était présenté à elle. Mais quand on sait ce que les nazis (et affiliés) réservaient comme sort aux « rouges », on comprend pourquoi elle n’est pas en bleu ou jaune (ou autre).

 

Bref, le film, comme l’expérience de Vogel est une magnifique démonstration du danger fasciste qui se développe autour de nous.

En 2008 quand le film est sorti, tout comme aujourd’hui.

 

  1. Je n’ose parler de « Führer » !
  2. J’aime bien le foot ! Si, si !

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Guillermo del Toro
Nightmare Alley (Guillermo del Toro, 2021)

[Encore une fois, des éléments de résolution de l’intrigue se sont glissés dans ce que vous allez (peut-être) lire : continuez à vos risques et périls si vous n’avez pas encore vu ce formidable film !]

 

1939.

Pendant que l’Europe prépare sa Deuxième Guerre Mondiale, Stanton Carlisle (Bradley Cooper) incinère son père qui vient de mourir. Puis, il prend le bus et en descend au terminus, au milieu de nulle part. Enfin pas exactement puisqu’on y trouve une foire avec tous les phénomènes qui font recette, de l’homme-animal (Paul Anderson) à Molly (Rooney Mara) la femme électrocutée, en passant par Bruno (Ron « Hellboy » Perlman) l’hercule et la Zeena (Toni Collette) devineresse.

1941.

Alors que l’Amérique se prépare à entrer en guerre, Stanton triomphe dans un numéro de mentaliste, secondé par Molly – ex-femme électrocutée -. Il fait alors la rencontre de Lilith Ritter, psychanalyste trouble, et va prendre une décision – fâcheuse, évidemment – qui va précipiter sa chute pourtant annoncée par Zeena.

 

Vous prenez le savoir faire de Guillermo del Toro, vous lui ajoutez une pléiade de noms prestigieux et vous obtenez un film d’ambiance (encore une fois) de très grande facture, où le surnaturel a encore une fois sa place, mais cette fois-ci sans l’aspect fantastico-merveilleux auquel nous étions habitués.

En effet, si le paranormal est au centre de l’intrigue, c’est surtout parce que Stanton Carlisle n’est rien d’autre qu’un charlatan qui ne fait illusion qu’auprès des crédules : des gens brisés par la perte d’un proche et que ce faux mage ferait revivre bien opportunément.

Mais, encore une fois chez del Toro, la mort rattrape ce singulier héros avec des conséquences hautement graves.

 

Bien sûr, Bradley Cooper est épatant dans ce rôle ambigu d’arriviste et son interprétation est à ce point convaincante qu’on en vient à se poser des questions sur sa clairvoyance : où commence la manipulation et où s’arrête-t-elle (si elle s’arrête) ? Et ce malgré les explications que nous avons eues au préalable quand Pete (David Straithairn) et Zeena lui ont expliqué les ficelles du spectacle.

A ses côtés, on a plaisir à retrouver la formidable Rooney Mara, manipulée elle aussi par cet homme au passé trouble (on aura toutes les explications nécessaires, rassurez-vous), ainsi que le formidable Ron Perlman, et on s’étonnepresque de l’absence de Doug Jones parmi ces personnages hautement atypiques.

 

De même, alors que Guillermo del Toro a cité une liste de films qui l’ont inspiré pour celui-ci, on s’étonne de ne pas trouver Freaks : était-ce trop évident pour ne pas le mentionner ? Toujours est-il qu’outre le milieu du spectacle des monstres et autres curiosités, on y retrouve deux personnages échappés du monde de Browning : une des deux sœurs Pinhead (Tête d’épingle) au début, ainsi que Kookoo dans les derniers plans. Autre personnage inspiré par le monde particulier et qu’on retrouve chez Browning, une femme araignée qui rappelle celle de The Show.

 

Bref, Guillermo del Toro, encore une fois, nous offre un superbe spectacle, dirigeant avec maestria des interprètes à la hauteur de l’événement et ce malgré les contingences sanitaires (une interruption due à la pandémie de COVID-19, comme c’est étonnant…) pas spécialement arrangeante quand on sait la somme impressionnante de travail et de personnels nécessaires pour un tel film, sans parler de la post-production.

Pour la reconstitution de la période concernée, les teintes utilisées (plutôt sombres) sont en parfaite adéquation : on y retrouve une atmosphère sordide de pauvreté, de bas-fond et de cauchemar que l’on associe naturellement à cette période de crise économique  sur la fin. En effet, la crise de 1929 s’achèvera véritablement avec l’entrée en guerre : rien de tel qu’une bonne guerre pour relancer l’économie ! Hum. Passons.

 

Quant au dernier plan, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à celui de City Lights, le rire de Stanton Carlisle évoquant pour moi le sourire du vagabond, rempli du même désespoir de quelqu’un qui sait que, de toute façon, une fin heureuse n’est pas possible.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Politique, #Biopic, #Uli Edel
La Bande à Baader (Der Baader Meihof Komplex - Uli Edel, 2008)

18 octobre 1977.

Andreas Baader (Moritz Bleibtreu), Gudrun Ensslin (Johanna Wokalek), Jan-Carl Raspe (Niels Bruno Schmidt) sont retrouvés morts dans leur cellule de la prison de Stammheim. Irmgard Möller (Annika Kuèhl) quant à elle, baigne dans son sang : elle a raté son suicide. Un peu avant (le 9 mai 1976), c’était Ulrike Meinhof (Martina Gedeck) qui avait mis fin à sa vie dans cette même prison.

C’en est terminé de la « Bande à Baader »comme l’ont surnommée les médias. Mais la Fraction Armée Rouge (Rote Armee Fraktion) va continuer pendant encore une vingtaine d’années avant de s’auto-dissoudre le 20 avril 1998.

 

Percutant.

Avec ce film très spectaculaire, Uli Edel nous démontre que le cinéma allemand n’a rien à envier aux Américains quand il s’agit de se tourner vers son passé récent douloureux. Comme nombre de pays en 1967, la RFA est engoncée dans ce monde ancien qui sera balayé l’année suivante. Et la visite du Shah à Berlin est le déclencheur qui va amener des jeunes gens révoltés par les pratiques d’un autre âge d’un gouvernement qui n’a pas su évoluer avec son peuple. Et entre nous, l’attitude passive puis très active de la police berlinoise n’a rien à envier à celle qui sévira à Paris l’année suivante. Ni à celle qu’on peut voir de temps en temps de nos jours, et pas seulement à Paris.

 

Mais la violence n’est pas seulement policière puisque Baader et sa bande vont en faire un usage exclusif jusqu’à l’arrestation totale des membres de cette première génération. Oui, on peut parler de terrorisme et certainement pas d’actes de déséquilibrés. Certes, Baader n’est pas présenté comme un héros romantique, et ses positions ne sont pas toujours très progressistes. Et l’autre atout de ce film est de ne pas réduire ce groupuscule à la seule figure de cet homme. Le titre original Der Baader Meinhof Komplex nous rappelle qu’il y avait des femmes (très) engagées dans cette aventure meurtrière. La personnalité d’Ulrike Meinhof est centrale pendant la plus grande partie du film, et c’est même elle qui l’ouvre, en famille au bord de la mer.  Nous allons alors assister à la destruction de ce schéma familial traditionnel, motivée par un engagement politique des plus radicaux dont la seule issue possible est bien entendu la mort. Ulrike, en s’engageant dans cette lutte ne fait rien d’autre que suivre les autres jeunes gens de cette époque qui rejettent cette société traditionnelle (et sclérosée) qui leur est proposée. Bien sûr, son engagement est extrémiste, tout comme les positions défendues par ce « complexe ».

 

Face à cette organisation terroriste, Uli Edel met en place une (très) petite cellule de lutte (qui va s’étoffer avec le temps menée par Horst Herold (Bruno Ganz). Cette organisation composée de représentants de cette ancienne conception réactionnaire du monde va réussir à neutraliser ces figures légendaires. Et Bruno Ganz est encore une fois remarquable dans le rôle de cet homme qui cherche à comprendre les motivations de ces jeunes gens. Il est d’ailleurs bien seul dans cette quête de sens : certains vont même jusqu’à penser qu’il justifie les actions des terroristes !

 

Bref, un film indispensable pour essayer de comprendre la situation de l’Allemagne des années 1970. Un nouveau paradoxe dans ce pays qui a vu dans le même temps une politique de Détente (die Spannung) chère à Willy Brandt à un niveau international alors que la situation intérieure se cristallisait.

Et si la violence tient une place importante, elle n’est qu’un reflet de ce qu’il se passait réellement à cette période. Et la force du film d’Edel est la façon de mixer adroitement les images d’archives à son film, rappelant que même si nous sommes au cinéma, c’est avant tout réalité qui nous est montrée.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Anthony Mann, #Erich von Stroheim
La Cible vivante (The great Flamarion - Anthony Mann, 1945)

Coups de feu dans un théâtre : une femme est morte. Son meurtrier, le grand Flamarion (Erich von Stroheim), est en train de mourir. Mais avant, il veut expliquer au comique Tony (Lester Allen) pourquoi il a tué Connie Wallace (Mary Beth Hughes), son ex-partenaire du numéro de cible vivante :

Flamarion est un tireur d’élite, et chaque soir il démontre son talent avec son couple partenaire, Connie et Al Wallace (Dan Duryea). Seulement Al boit, beaucoup trop. Et Connie aimerait se sortir de cette relation pesante. Il suffirait de trois fois rien pour qu’elle soit heureuse : que Flamarion rate sa cible.

Avec un partenaire ivre, ça devrait pouvoir se faire…

 

Erich von Stroheim, s’il était persona non grata derrière une caméra, n’en demeurait pas pour autant un grand interprète. Et ce grand Flamarion n’échappe pas à la règle. Ce personnage est quasiment du sur-mesure pour son talent. Elégant, distingué et tout en maîtrise, il campe cet artiste singulier avec beaucoup de brio, complétant sa performance avec certains regards (héritage de la période muette) très expressifs : un acteur complet. Et Anthony Mann a dû se régaler en le dirigeant tant il interprète avec conviction ce personnage que, cette fois-ci encore, on ne peut pas haïr.

 

Mais encore une fois, si Stroheim est impérial, c’et aussi dû au jeu de ses partenaires, Mary Beth Hughes et Dan Duryea en particulier. Avec une mention spéciale pour la jeune femme qui elle aussi interprète avec beaucoup de justesse cette garce manipulatrice extrêmement séduisante (1). Manipulatrice parce qu’elle arrive à ses fins, prenant et jetant les hommes qu’elle rencontre sans scrupule, sûre de son charme.

Duryea, pour sa part possède déjà cette nonchalance qu’on va trouver dans ses rôles suivants, mais avec ici un soupçon de désespoir qui s’exprime pleinement quand il vient trouver son patron pour lui demander de l’argent.

 

Et Mann filme au plus juste ce trio plutôt insolite, jusqu’à l’explication finale – que nous connaissons dès l’ouverture : la mort de Connie, puis de Flamarion. Et on comprend mieux les motivations de ce crime passionnel, qui porte bien son nom (2). Flamarion est un homme torturé : sa partenaire l’a envoûté, malgré sa répugnance envers les femmes suite à une expérience malheureuse quinze ans plus tôt. Et il veut y croire, malgré la différence d’âge. Son optimisme est avant tout de la naïveté : comment a-t-il pu croire que cette femme pût le désirer ?

 

Mais ce n’est pas cette question qui nous intéresse le plus, c’est le tourment constant qu’elle exerce sur cet homme qui, comme les autres, ne fait que passer dans sa vie. Jusqu’à ce qu’on l’arrête. Ce que fera le tireur d’élite. Et même pas avec une arme à feu.

 

  1. Oui, c’est la femme qui a le mauvais rôle.
  2. Passion signifie aussi souffrance.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #King Baggot
The notorious Lady (King Baggot, 1927)

Quelque part en Afrique du Sud, 192...

John Carewe (Lewis Stone) mène une expédition pour ramener des diamants de sa concession. A ses côtés, on trouve son associé (et financeur), Manuela Silvera (Francis McDonald), son serviteur et ami Williams (J. Gunnis Davis), son guide Carlos (Nick de Ruiz) et la fille de celui-ci, Kameela (Ann Rork). S’est joint à eux le jeune et fringant Anthony Walford (Earle Metcalfe), récemment fiancé à la belle Mary Brownlee (Barbara Bedford).

Mais cette dernière n’est pas ce qu’elle prétend : son vrai nom est Marlow, et un an plus tôt, pour innocenter son mari, elle avait faussement déclaré qu’elle était la maîtresse d’un homme peu recommandable que son époux avait accidentellement tué.

Détail : John Carewe s’appelle en réalité Patrick Marlow et a été annoncé pour mort des suites d’une fièvre maligne.

Oui, c’est son mari.

 

Nous sommes en 1927, et ce qu’on peut dire, c’est que ce (petit) film de King Baggot est bien léché, sinon un impérissable chef-d’œuvre. Tous les ingrédients sont là pour un succès au box-office, ce qui n’est pas pour déplaire :

  • de l’exotisme avec cette intrigue située aux antipodes ;
  • de la trahison avec Silvera et Carlos ;
  • de l’action (et des morts qui tombent) ;
  • et cette histoire d’amour éteint qui ne demande pas mieux qu’à repartir. (1)

Bien sûr, la résolution de l’intrigue est évidente (encore que) et ne comptez pas sur moi pour vous en faire part. Toujours est-il qu’on passe un moment très agréable avec cette histoire bien éloignée de nos préoccupations actuelles. Encore que…

 

Bien sûr, puisque l’intrigue est pliée (d’une certaine façon), l’intérêt du spectateur se porte ailleurs : la réunion des deux époux. Et c’est là qu’on peut saluer le savoir faire de Baggot. Servi par un scénario de Jane Murtin  (d’après la pièce de Patrick Hastings), Baggot ne va avoir de cesse de reculer cette réunion, usant sans abuser d’artifices superbement contrôlés. En effet, à plusieurs reprises, les conditions sont réunies pour que les deux protagonistes principaux se rencontrent mais à chaque fois, un grain de sable semble s’insérer dans la machine et faire capoter ce que tout le monde attend, et redoute en même temps.

Quand Mary arrive à destination en Afrique du Sud, Patrick est sur le quai, mais lui tourne le dos. Quand il se retourne, c’est elle qui s’est détournée. Puis Walford lui propose de la rencontrer – il lui annonce ses fiançailles avec elle – mais un coup de sirène le rappelle à son devoir et l’empêche de la voir ; puis c’est la veillée au coin du feu… Et une dernière occasion qui nous prépare quand même aux retrouvailles, que je vous laisse découvrir.

 

Bref, l’intérêt du spectateur est assuré et si l’intrigue principale est convenue, les prémices (tout le long du film) nous tiennent autant en haleine (sinon plus), amenant à chaque fois un sourire devant chaque nouveau retournement.

Ajoutez à cela la présence de l’immense Lewis Stone qui, avant de jouer pour la MGM les utilités dans la décennie suivante, était un (plus tout) jeune premier à la fière allure. Honorable, digne et à la prestance quasi aristocratique, il campe un Marlow superbe, affublé en outre d’un grand sens moral. Puisque son épouse en aime un autre, il est prêt à tout lui sacrifier pour son bonheur. Pas mal non ?

 

Bref, encore une fois, le film de Baggot n’est peut-être pas de la qualité de certaines autres productions de cette riche année 1927 (2), mais on passe une heure quinze en bonne compagnie, que demander de plus ?

C’est du cinéma. Du vrai !

 

  1. Le mélo était un genre très prisé par les spectateurs outre-atlantique.
  2. Wings, The King of Kings, Sunrise… J’en oublie, bien sûr : vous irez voir par vous-même !

 

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Enfance, #Ray Ashley, #Morris Engel, #Ruth Orkin
Le petit Fugitif (Little Fugitive - Ray Ashley, Morris Engel & Ruth Orkin, 1953)

Joey (Ritchie Andrusco) et Lennie (Richard Brewster) vivent avec leur mère (Winifred Cushing), dans un petit appartement, à New York. C’est l’été et donc les  grandes vacances et les journées sont longues pour les deux garçons, même si la télévision propose des westerns que Joey ne manque sous aucun prétexte.

Un jour, la grand-mère et malade et leur mère doit s’absenter pour la soigner. Lennie doit donc s’occuper de son petit frère. Mais ça tombe mal, il a prévu d’aller à Coney Island avec ses copains, et pas question d’emmener le petit, surtout qu’il y a cette nouvelle attraction, le parachute. Et Joey n’est pas en âge de la pratiquer.

Qu’à cela ne tienne, Lennie et ses copains ont une idée pour éloigner Joey : lui faire croire qu’il a tué son frère par accident.

Joey va donc fuir (d’où le titre) et se réfugier  dans un endroit qu’il connaît : Coney Island…

 

Quelle bouffée d’air frais !

Alors que l’industrie cinématographique fournit des films comme jamais, avec budget(s) conséquent(s) et stars à la pelle, voici un film qui ne paye pas de mine, laissant une immense part à la spontanéité, utilisant des enfants dans de véritables rôles d’enfant, avec une grande liberté de manœuvre. C’est une intrigue minimale qui est ici proposée, l’intérêt résidant dans les réactions des enfants. Et c’est magnifiquement réussi : Joey est formidable de naturel, en parfaite adéquation avec un rôle qui lui ressemble : il a sept ans quand le tournage a lieu et se comporte avec beaucoup de naturel face à une caméra qui est toujours placée au bon endroit.

On suit ses angoisses d’avoir (faussement) tué son frère et son périple dans ce haut lieu de l’amusement new-yorkais, avec différentes étapes.

Passé l’effroi procuré par la disparition de son frère, Joey va l’oublier en s’amusant. Mais comme cet amusement n’est pas gratuit (surtout les séances de poney), Joey va devoir se débrouiller : ramasser les bouteilles vides contre consigne. C’est d’ailleurs cette attraction qui va permettre la résolution de l’intrigue et ramener Joey à la maison avant le retour de sa mère, élément très important du point de vue de Lennie.

 

Il est clair que le budget est (très) réduit et qu’une grande liberté est laissée aux enfants dans leur jeu : certes, il y a une ligne de conduite mais on sent qu’ils se l’approprient pleinement, se comportant « comme tous les jours » : les repas tout comme les différentes séquences mettant en scène des jeux d’enfants nous le confirment. On y retrouve la cruauté légendaire de ces mêmes enfants dans ce jeu pervers dont Joey est la victime.

Et finalement, alors que l’objectif était d’éloigner le plus petit pour aller s’amuser, c’est ce dernier qui va profiter de tout cela. Mais sans jamais perdre de vue la (fausse) disparition de Lennie : chaque policier dans le camp est une menace, et à aucun prix il n’est question d’abandonner l’objet qui le relie à son frère présumé mort, son harmonica.

 

Le petit Fugitif, c’est avant tout une errance, celle d’un petit garçon qui n’a plus rien qui le relie à la vie telle qu’il la connaissait : il a tue son frère et a décidé de couper les ponts avec ce qui le reliait à lui. Même ‘évocation de sa mère par l’un des animateurs du poney club l’éloigne de l’endroit, comme s’il savait qu’il irait en prison en s’y attardant.

Mais cette errance permet aussi à Joey de grandir : seul, il doit se débrouiller et subsister seul.

Mais bien sûr nous savons bien que cette situation ne peut s’éterniser et l’animateur de poney va s’y prendre plus subtilement pour ramener Joey à sa maison, mais tout en restant dans cette même optique : Joey doit se débrouiller tout seul pour s’alimenter. Heureusement, l’action se situe pendant les vacances d’été, on n’aura pas la recherche d’un hébergement pour la nui, à l’abri sur la plage, cela suffit.

 

Bref, c’est un film totalement à contre-courant qui nous est ici proposé, véritable chronique de l’enfance où les seuls adultes présents sont ceux que peuvent rencontrer les enfants, celle des trois réalisateurs annoncés se réduisant à tout ce qui n’est pas jeu d’enfants : intrigue, positionnement de caméra, montage.

 

Pas étonnant que la Nouvelle Vague française se soit réjouie en voyant cette œuvre, et Truffaut (1) avec ses 400 coups  a voulu retrouver cette spontanéité. Seulement voilà, son acteur, c’est Jean-Pierre Léaut…

 

  1. Comme le disait mon ami le professeur Allen John : « un truffal, des truffaut. »

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame
Women talking (Sarah Polley, 2022)

A l’origine, un fait divers en Bolivie, dans les années 2000. Ensuite, un roman (1). Aujourd’hui, un film. Et quel film.

 

Huit femmes se retrouvent dans une grange pour prendre une décision.
Depuis de (trop) nombreuses années, les femmes d’une communauté mennonite sont agressées par les hommes : droguées, elles sont ensuite violées. Une nuit, elles identifient l’un des violeurs qui est arrêté et dénonce à son tour ses (nombreux) complices.

Mais les anciens du village ne voient pas d’un bon œil ce développement et surtout l’incursion du monde extérieur dans leur communauté : ils posent un ultimatum aux femmes pour qu’elles pardonnent à leurs agresseurs.

Trois choix s’offrent alors à ces femmes : ne rien faire (pardonner, donc) ; rester et se battre ; partir.

Après un vote (trop) serré, les huit femmes sont missionnées pour prendre une décision.

La décision.

 

Magnifique !

C’est un superbe film qu’a signé ici Sarah « Sally (2) » Polley, tout en subtilité et nuances, qu’elles soient morales ou physiques, voire lumineuses. C’est à l’origine une histoire banale pour ces femmes, mais avec la découverte des agresseurs, la donne change : ce ne sont pas des rôdeurs qui sont responsables mais bel et bien les propres membres de cette communauté sectaire qui sont impliquées. Et à la lumière des témoignages des plus anciennes, on se rend compte que cela a toujours existé, et a été sinon encouragé, du moins fut-ce couvert par les victimes elles-mêmes. On retrouve aisément dans cette partie de l’intrigue l’actualité #metoo qui a non seulement défrayé la chronique mais aussi (enfin) libéré la parole des femmes abusées sexuellement.

 

Mais revenons au film. Les premières minutes sont assez déstabilisantes, Sarah Polley jouant sur l’aspect archaïque de cette communauté où les femmes sont habillées sombrement et exclusivement de robes, quel que soit leur âge. Bien sûr, on pense à la communauté Amish qui nous avait été présentée par Peter Weir dans Witness, mais certains éléments sont là pour détoner par rapport à ce qu’on aurait pu attendre, et atténuer l’atemporalité : un frigo, un stylo à bille… Il faut dire que le choix du noir et blanc accentue l’effet suranné dégagé par ces femmes mennonites, ainsi que les tenues vestimentaires uniformisées : longtemps, on se demande quand peut bien se passer ce que nous voyons. Il faut dire que le fait que ces femmes n’aient reçu aucune éducation (seuls les garçons vont à l’école) là encore ajoutent dans l’ambiguïté temporelle : XIXème siècle (avant ?) ? Début XXème ? …

Outre le frigo, un autre indice nous est donné : August (Ben « Q » Whishaw) raconte une anecdote qui traite de la seconde Guerre Mondiale. Puis la vérité tombe : un pick-up passe dans la campagne, sa sono braillant qu’il faut se préparer au recensement de 2010 !

Nous sommes en 2010 (pour le monde) mais dans la tête de ces gens, nous sommes 150, voire 200 ans en arrière (sinon plus…).

 

Mais une voix ce premier cap franchi, on se plonge avec bonheur dans cette histoire – à l’origine sordide – qui nous permet de voir des esprits s’ouvrir enfin : ces huit femmes qui vont décider sont des pionnières, et de leur choix va découler un changement radical pour toutes les autres, sauf si elles décident de céder. Bien sûr, céder n’est qu’une option, rapidement balayée par une majorité avant l’unanimité. Et ce groupe de femmes est extraordinaire, de par ses réflexions (et donc sa décision) mais aussi par sa composition : trois générations se côtoient, donnant une parole qui diffère selon l’âge et l’expérience. Mais toutes se rejoignent sur un point : refuser la violence des hommes. Ces différences d’âge sont aussi égalitaires : autour de quatre jeunes femmes – Ona (Rooney Mara), Salome (Claire Foy), Mariche (Jessie Buckley) et Mejal (Michelle McLeod) – on trouve deux femmes plus âgées – Greta (Sheila McCarthy) et Agata (Judith Ivey), dont l’âge est contrebalancé par deux jeunes filles – Autje (Kate Hallett) et Nietje (Liv McNiel). On a ainsi trois niveaux de conscience qui vont s’affronter puis s’accorder. Et si Nietje ne parle jamais, son expression se fait par le dessin, croquant sur le vif la vie de ces femmes.

 

Si le film possède une forme de huis clos (bien que les portes de la grange sont ouvertes) resserré autour de ces femmes, la violence des hommes reste très présente et le sang y a une place prépondérante, rappelant le tribut mensuel et menstruel, amenant là encore des images fortes de réactions féminines à ces agressions devenues banales, sinon normales pour la communauté.

Et cette communauté est terrible dans son fonctionnement : outre le fait que seuls les garçons sont éduqués, on remarque une forme de ségrégation entre les deux sexes, qui se cristallise à l’adolescence. Avant, les enfants des deux sexes jouent et vivent ensemble, après, c’est une autre histoire, l’éveil des sens et par conséquent les viols amenant cette séparation de fait. Ici, on peut voir deux formes de cette ségrégation qui s’installe avec Salome et son fils Aaron (Nathaniel McParland) : chacun est de son côté de la table à manger, et si le contact est permis, le bois forme une barrière physique éloquente ; autre bois qui forme une autre séparation, effective celle-là, quand nous voyons les deux mêmes protagonistes se promener sur un chemin, chacun de son côté d’une véritable barrière.

 

Bien sûr, la religion est primordiale dans cette communauté, et donc pour ces femmes. C’est dans les Ecritures qu’elles trouveront des éléments de réponse ou tout au moins des pistes de réflexion(s) : leur absence d’éducation (scolaire) ne leur laisse que cette option, et quand la réflexion s’enclenche, on entend des remarques qui s’éloignent rapidement de cette religion très prégnante, voire l’attaquent. Dans un autre contexte, on pourrait même parler de blasphème, mais nous n’en sommes pas là et une pensée résume magnifiquement la situation, empêchant un retour à un « monde d’avant » : « un pardon forcé est-il un véritable pardon ? »

Evidemment, ces femmes ne peuvent plus rester dans cette communauté qui les a trop longtemps exploitées et leur départ est inévitable. Et ce départ en rappelle un autre bien célèbre, qui s’accorde pleinement avec leurs convictions : l’Exode. Tels les Hébreux fuyant Pharaon, elles fuient les hommes qui les traitent comme des moins que rien.

 

Mais elles ne partent pas pour « un pays où coulent le lait et le miel » (Exode 3 :08), et même, l’herbe n’y est pas plus verte : Sarah Polley a tourné pratiquement tout le temps en noir et blanc et les étendues qui s’offrent à cette procession finale restent grises.

Mais la couleur est présente dans le film, tranchant avec ce noir et blanc malgré tout très lumineux. C’est seulement quand la nuit tombe que les couleurs se révèlent. Ce ne sont pas, bien sûr, des couleurs franches, mais elles apportent une autre atmosphère à cette intrigue existentielle. Paradoxalement, c’est quand le nuit tombe et le noir s’installe que les couleurs se révèlent, comme si c’était à ce seul moment que la vie de ces femmes prenait enfin une teinte optimiste, comme un peu de répit avant une nouvelle journée grise et uniforme. Et les couleurs vont subsister jusqu’au dernier moment de la nuit, avant que cette nouvelle aube riche en promesse les chassent provisoirement, encore une fois, s’estompant alors que le soleil apparaît, blanc et froid.

Mais cette aube nouvelle est quand même chargée d’espoir, et c’est ça le plus important.

 

PS : on notera que le rôle androgyne de Nettie/Melvin a été confié à August Winter qui, avant s’appelait Abigail…

 

  1. Ce qu’elles disent (Minam Toews, 2018)
  2. Le Baron de Munchhausen (Terry Gilliam, 1988)

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Julien Duvivier
Diaboliquement vôtre (Julien Duvivier, 1967)

 

Quand on est ivre et qu’on roule à
140 km/h, pas étonnant qu’on se retrouve dans le décor. Surtout sur une route de campagne.

C’est ce qui arrive à Georges Campo (Alain Delon). Amnésique, il n’a que de très vagues souvenirs. Il est marié ? Première nouvelle. Il revient de Hong-Kong ? Le mystère s’épaissit.

Mais qui est donc ce dénommé Pierre Lagrange qui hante ses cauchemars ? Et pourquoi son chine ne le reconnaît-il pas ? Mais surtout, quel est ce chien qu’on dit sien ?

Aidé de celle qui est présentée comme son épouse, Christiane (Senta Berger), et de l’ami de la famille, le docteur Launay (Sergio Fantoni), Georges va progressivement remettre en place les éléments de cette vie qu’on lui dit être sienne.

Mais l’est-elle vraiment : est-il ce Georges Campo, fraîchement de retour d’Extrême-Orient ?

 

Pour la dernière fois, Julien Duvivier nous brosse un tableau pessimiste, avec des gens peu recommandables, preuve de son dégoût des hommes et de leur soi-disant bonté. Et encore une fois, ce sont les femmes qui en font les frais, avec cette Christiane, femme on ne peut plus rouée. Mais encore une fois, c’est à travers un beau jeune homme qu’elle est vue, donc forcément à travers un prisme (1). A l’instar de Jean (Gabin) dans La belle Equipe, Campo est le jouet de la femme, Christiane, qui mène la danse de bout en bout du film. Il faut dire que son charme certain a tendance à faire tourner la tête, surtout celle d’un amnésique convalescent.

 

Et Duvivier s’en donne à cœur joie, manipulant son personnage ainsi que le spectateur vers le dénouement, fatalement tragique : cela ne peut pas se terminer bien, révisez vos classiques !

Et le grand Julien s’y prend progressivement, comme pour mieux sceller les destins vers un avenir qui n’a absolument rien de glorieux ni lumineux.

Et il va nous mettre dans la confidence, révéler cette machination dont est victime Campo, nous donnant un coup d’avance sur ce jeune homme. Mais toujours un coup de retard sur les véritables tireurs de ficelle, jusqu’à la résolution finale qui, et sinon ce en serait pas Duvivier, va aussi échapper à ces protagonistes troubles.

 

Il s’agit donc du dernier film du maître, terrassé par une crise cardiaque pendant qu’il conduisait, ce qui donne un aspect prémonitoire à la première séquence du film qui voit un décor défiler à toute allure, avec bruit de moteur – c’est donc Campo qui conduit, avant son accident – et insert du couloir de l’hôpital – le terminus du même Campo à l’issue du voyage – qui s’inscrit superbement dans la ligne droite du périple. Il faut dire que Duvivier a à ses côtés le grand Henri Decaë derrière l’objectif, ce qui ne gâche rien.

De plus, Alain Delon est en plein essor et va pleinement se réaliser dans la décennie qui vient. Aucune raison donc pour bouder son plaisir.

 

Mais malgré tout, on en vient à regretter ces petites gens qui émaillaient les tableaux brossés par le cinéaste autrefois. La mesquinerie des petites gens en devenant redondante, sinon pléonastique. Ces  gens aisés n’ont pas cette petitesse, l’argent étant là pour les en protéger. Mais au final, ils ne seront pas épargnés : à l’instar de la mort, ils seront frappés comme les autres, sans distinction. Et si ces personnages ne trépassent pas tous, ceux qui survivront n’en seront pas plus vivants.

 

  1. Déformant, sinon, ce ne serait pas un prisme.

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Fielder Cook
Rapaces (Patterns - Fielder Cook, 1956)

Il est clair que le terme rapaces est plus accrocheur que structures. Mais en proposant ce titre, le traducteur empiète sur l’intrigue, réduisant le film à une histoire d’intérêt(s).

Parce qu’il s’y a des (gros) intérêts en jeu, ce n’est pas là qu’est le sel de cette intrigue…

 

Fred Staples (Van Heflin) vient d’être embauché par le magnat Walter Ramsey (Everett Sloane) : il vient de quitter un site dans l’Ohio pour la grande ville et une structure plus ambitieuse : ça tombe bien, il est un jeune homme dynamique et ambitieux. Mais dès son premier jour, une forme de malaise s’installe : la secrétaire qu’on lui a attribué, Marge Fleming (Elizabeth Wilson), travaillait depuis sept ans avec le numéro 2 de la boîte, Bill Briggs (Ed Begley). Par ailleurs, les fonctions de Staples empiètent sur celles de ce dernier.

Normal : Ramsey veut se débarrasser de Briggs, un de ceux qui ont créé le groupe avec son père.

Mais Biggs ne veut pas partir.

 

Adapter la télévision au cinéma n’est donc pas une chose nouvelle : ce film est basé sur un téléfilm de l’année précédente où certains interprètes ont rempilé – Sloane et Begley, pour ne citer qu’eux. Mais si le public a boudé ce film à sa sortie – les gens ne voulaient pas payer pour quelque chose qu’ils avaient vu gratuitement -  il a eu bien tort. Fielder Cook signe ici son premier long métrage et s’il s’appuie sur une distribution mitigée – peu de véritable star, excepté Van Heflin – il arrive tout de même à un très bon résultat, en partie dû à cette distribution, mais aussi à l’intemporalité de l’intrigue.

 

L’intrigue, pas les décors ni les costumes : nous sommes en pleines années 1950s, période faste par excellence – pour un peu moins de vingt ans encore – et l’argent est au cœur des préoccupations de ces hommes – les femmes se contentent d’être secrétaires ou femmes au foyer – à n’importe quel prix (c’est le cas de le dire).

Staples, tout comme Ramsey, représente l’avenir du groupe : du neuf et surtout plus de dividendes et de parts de marché. Briggs, c’est le passé. Il a 62 ans et se bat contre Ramsey au nom des vieilles valeurs qui ont fondé ce groupe. Ramsey, lui, est cet héritier qui devait ronger son frein en attendant que son « vieux » casse sa pipe pour pouvoir prendre sa place.

Une fois cette question résolue, il dirige d’une main de fer, défaisant systématiquement ce qu’avait pu faire son père avant lui. C’est là qu’est le fondement de l’opposition qui le voit affronter Briggs, ce vieux dinosaure d’une autre époque.

 

Et au milieu se trouve Staples : d’un côté, il apprécie beaucoup Briggs et sa dimension humaine, mais de l’autre, il ne peut oublier que le grand patron reste Ramsey. Et ses convictions se heurteront toujours à l’intransigeance de ce dernier qui n’a qu’une seule envie : que Staples remplace Briggs.

Et la manière utilisée par Ramsey pour écarter Briggs n’a rien de nouvelle et peut aisément se retrouver dans certaines entreprises actuelles où on pousse parfois certains cadres à la démission (1) : ici, Ramsey parviendra à ses fins avec brio (2), et Cook termine cette séquence par une caméra subjective très pertinente.

 

Seulement voilà : deux ans plus tôt, un certain Robert Wise avait signé Executive Suite où l’intrigue avait tendance à ressembler à celle-là et surtout où on assistait à un même plan subjectif… Plagiat ? Non (3). Mais on peut imaginer que Wise a inspiré Cook. Quoi qu’il en soit, le film de Wise avait une distribution autrement prestigieuse et il faut avouer que celle de Cook se défend bien.

Outre Van Heflin – qui a troqué son stetson et ses bottes pour un complet veston – qui réalise encore une fois une belle prestation, on ne peut que saluer celle d’Ed Begley (3) en Briggs tiraillé entre le passé et le présent – il ne parle à aucun moment d’avenir, ce qui lui sera donc fatal –, père sur le tard – son fils (Ronnie Welsh) est encore adolescent –, trop vieux dans ce monde en mouvement où l’argent reste la principale préoccupation.

Everett Sloane est, encore une fois, un personnage peu recommandable et ses affrontements avec Briggs sont superbes, réussissant à effacer le fait que Begley et lui n’avaient que huit ans d’écart, et même que Van Heflin était plus âgé que lui (1 an d’écart).

 

Au final un film fort sur ce que peuvent être les différentes structures d’un groupe industriel important, où l’argent règne en maître et où, pour éviter d’en perdre, on préfère sacrifier les travailleurs…

Près de 70 ans après, les choses ont peu évolué : les femmes ne sont plus seulement secrétaires.

 

  1. Quand ce n’est pas plus… Hélas !
  2. Si on se place de son côté, autrement on peut trouver cela abject.
  3. Ne l’ayant pas vu, je ne développerai pas. Quoi qu’il en soit, il n’y a eu aucune procédures judiciaires dans ce sens.
  4. On le retrouvera dans 12 Hommes en colère : c’est le juré n°10, bourré de préjugés.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Raoul Walsh, #Dolores del Rio
La Danse rouge (The red Dance - Raoul Walsh, 1928)

Ils s’aiment mais ne peuvent être réunis !

Elle, Tasia (Dolores Del Rio), a été promise au géant Ivan Petroff (Ivan Linow) contre un cheval. Lui, Eugene, doit épouser la douce Varvara (Dorothy Revier) sur ordre du Tsar. Parce que nous sommes dans la Russie tsariste, au milieu des années 1910s, alors que la guerre s’enlise à l’Ouest et que la grogne monte dans les campagnes.

Le véritable problème à leur relation (impossible, donc) c’est que lui est grand-duc alors qu’elle n’est qu’une moujik.

Mais la Révolution va rebattre les cartes et ce qui n’était pas possible le devient. Mais qui dit révolution, dit prise de pouvoir et le général Tanaroff (Andrés de Segurola) veut éliminer tous ceux qui se placent en travers de son chemin. Et Eugene est l’un d’eux…

 

Voilà une dizaine d’années que les Rouges ont pris le pouvoir en Russie et la période de la Révolution de 17 inspire toujours Hollywood. Cette fois-ci, c’est donc Raoul Walsh qui s’y attelle, dans une histoire d’amour très convenue à l’intrigue sans beaucoup de surprise. Par contre, la bonne surprise, ce sont les différents protagonistes et en particulier Ivan Linow. Walsh utilise à merveille sa stature (1), mais sans pour autant en faire un grand benêt. Petroff est un personnage plutôt repoussant de prime abord – surtout qu’il ne s’est pas rasé depuis un moment – mais qui évolue très bien : après avoir dessoûlé, il ne compte plus épouser Tasia, préférant rester un homme à femmes (2). Plus tard, il sera même l’instrument du destin qui scellera le destin des deux amoureux.

 

C’est d’ailleurs l’aboutissement de cet amour qui nous le rend vraiment sympathique : complètement remis de ses beuveries en prenant du galon (il devient général), il se rend compte véritablement du pouvoir (plus ou moins volontaire) de séduction de Tasia et c’est malgré tout à regret qu’il l’aide à partir avec celui qu’elle aime : peut-on rêver meilleure preuve d’amour que celle-ci ?

Quant à Dolores Del Rio, elle est, encore une fois, superbe, interprétant une jeune femme forte – il faut quand on est chez Walsh – et intelligente, dont la beauté n’a d’égal que l’engagement. Elle campe un Tasia fière et lucide, véritable chantre de la liberté après ces siècles d’oppression tsariste.

Et on peut aussi dire qu’elle incarne aussi le ressentiment américain quant à ce nouveau gouvernement communiste : elle ne peut suivre cette bande de menteurs et de meurtriers, incarnés par Tanaroff.

 

Alors face à ces deux personnages, Charles Farrell est beaucoup plus mièvre, incarnant un noble de haute lignée et de haute position : il ne fait pas beaucoup le poids face à la truculence de Petroff et l’engagement de Tasia ! Mais il demeure cet acteur subtil et délicat, et Eugene devient alors celui qui peut amener le calme et la sérénité à cette fougueuse danseuse.

Parce que Tasia danse, mais la « Danse rouge » du titre ne la concerne pas : il s’agit de la révolution russe à proprement parler, avec ses combats, sa violence, ses débordements. Walsh nous gratifie d’une longue séance de bataille de rue avec morts à répétition, charges de cavalerie et pillage, d’une grande portée.

 

Mais malgré tout cela, et aussi une grande maîtrise technique des deux chefs opérateurs – Charles Clarke et Jack Marta – le film reste tout de même mineur, certainement du fait de l’intrigue amoureuse trop présente, reléguant au second plan ce qui aurait pu devenir une grande épopée historique (3), la Révolution Russe.

Mais ne boudons pas notre plaisir : Walsh sait faire du cinéma, et c’est ce qui importe le plus !

 

 

  1. Deux ans plus tard, il sera Hercule dans le remake de The unholy Three : encore un colosse.
  2. Par contre, Eugene épouse la princesse Varvara…
  3. Hollywoodienne, donc avec des approximations, bien entendu…

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 > >>

Articles récents

Hébergé par Overblog