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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

drame

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Marcel Carné, #Jean Gabin
Le Jour se lève (Marcel Carné, 1939)

Une petite chambre sous les toits. Celle de François.

Un lit, une commode, une tabléchaise, une armoire (grande... Normande...), un miroir... Et le regard de Gabin.

Un ours en peluche avec une seule oreille, une broche, un journal, la clé dans la porte... Et le regard de Gabin.

Des murs criblés d'impacts de balles, un miroir brisé, une fenêtre à la vitre dentelée... Toujours le regard de Gabin.

Que regarde-t-il ? Que voit-il ?

Il voit sa vie défiler. Dans l'ordre. Ses rencontres, ses amours, sa mort.

Ses rencontres, c'est Françoise, c'est Clara, c'est Valentin.

Ses amours, c'est encore Françoise, encore Clara. C('est le petit lit de Françoise sur lequel on ne fait que s'asseoir, et le grand lit de Clara, sur lequel on fait plus de choses.

Sa mort, c'est Valentin. C'est avec lui que tout commence et que tout se termine.

 

Pourtant, sa vie, ça aurait été tellement simple. Un petit foyer avec une autre de l'Assistance, un petit peu de bonheur, juste ce qu'il faut. Mais il y a Valentin.

Valentin, le dresseur de chien, Valentin, le beau parleur, Valentin le séducteur.

Parce qu'on ne l'aime pas, Valentin, mais il plaît. Il suffit qu'il parle pour qu'on parte. Sur la Côte d'Azur.

Mais les mêmes mots qui font rêver vont aussi le tuer.

Et François égrène ses souvenirs : ses rencontres, avec Françoise, avec Clara ; ses amours, platoniques avec Françoise, charnelles avec Clara ; ses faces-à-faces avec Valentin, qu'il domine à chaque fois, mais finalement, à quel prix ?

 

Et chaque souvenir dure le temps d'une cigarette, jusqu'à la dernière qu'il n'arrive pas à allumer.

Et quand le jour se lève, le réveil sonne, les brumes se dissipent, et François reste allongé.

Un film éblouissant. Carné passe du visage de François à ses souvenirs, de ce qu'il voit à ce qu'il s'est passé, avec des fondus qui en deviennent naturels tant nous sommes à la place de ce pauvre homme. Carné était tout de même plus à l'aise pour tourner des histoires réalistes que pour du fantastique. Tous ses personnages sont ordinaires, crédibles. L'îlot où vit François recèle de petites gens qui forment un grand tout : la vie. Parce que tous ces personnages sont vivants. Ils vivent, ils aiment, ils tuent. Parce que François a raison : « Tout le monde tue un petit peu. Seulement, on tue en douceur, alors ça se voit pas. »

 

Eblouissant aussi pour les dialogues du grand Jacques. Des répliques qui font mouche et qui sont servies par des pointures :

Arletty :

« Vous avouerez qu'il faut avoir de l'eau dans le gaz et des papillons dans le compteur pour être restée trois ans avec un type pareil. »

« Amoureux ? Ce qu'il ne faut pas entendre ! »

« Des souvenirs ! Est-ce que j'ai une gueule à faire l'amour avec des souvenirs ? »

Gabin :

« Aujourd’hui, c’est dimanche, le bureau des pleurs est fermé. »

« J’t’en supplie tu vas pas r’commencer, hein ? Tu m’l’as d’jà jouée, la pièce : Roger la Honte, le Père indigne, moi j’en ai marre. Guignol, tu comprends, ça m’fatigue. »

Berry :

« C’est drôle comme les gens simples se font des idées étonnantes sur les femmes. »

« J’croyais qu’les gens qui exerçaient un métier manuel n’étaient pas nerveux. »

Etc. Du grand Prévert.

 

Et puis il y a les acteurs. [Parmi les seconds rôles, un petit jeunot de 23 ans : Bernard Blier]

Mais c'est le trio Gabin-Arletty-Berry qui rafle la mise : ils sont impeccables.

Gabin est désespéré à souhait. Ses yeux bleus sont comme le dit Françoise : l'un gai, l'autre un tout petit peu triste. Et l'éclairage renforce son regard à chaque moment du film.

Arletty est fidèle à elle-même, râleuse, gouailleuse, mais aussi émue. Et ce qui est rare dans un film : elle pleure.

Berry a toujours ses manières, mais il joue sobre et encore une fois très juste. Il n'empêche : quel salaud !

Quand à Jacqueline Laurent (Françoise), dans son délire, elle annonce Nathalie dans Les Enfants du Paradis.

 

Une heure trente et une de plaisir : le Réalisme Poétique dans toute sa superbe.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jacques Becker, #Drame
Goupi Mains-rouges (Jacques Becker, 1943)

D'abord, il y a Goupi-L'Empereur, 106 ans, et une envie récurrente de vin rouge avec un biscuit.

Ensuite, il y a Goupi-La Loi, son fils.

Plus bas, on trouve Goupi-Mes Sous, Goupi-Dicton et Goupi Mains-rouges, les fils de La Loi.

Encore en-dessous : Goupi-Tonkin, Goupi-Muguet et Goupi-Monsieur.

J'oubliais les femmes : Goupi-Tisane qui dirige tout ça et Goupi-Cancan la femme de Mes Sous.

A côté : Marie des Goupi et Jean son fils.

Tout ce beau monde vit à 619 kilomètres de Paris, d'où arrive Monsieur.

Alors vont se tramer une histoire de magot caché par Goupi-Besace, le père de l'Empereur, et une histoire de mort violente, celle de Tisane. Mais chez les Goupi, on est fier. On règle ses histoires en familles. Pas besoin de gendarmes. Surtout quand il s'agit d'Eusèbe (Marcel Pérès, habitué des rôles de bornés). Mais Goupi-Mains rouges, c'est la description d'un monde clos, où on vit ensemble, on règle ses affaires ensemble, on se marie ensemble.

Pas étonnant que certains disjonctent à un moment.

Chacun a son surnom et sa façon d'être. Même si l'entente n'est pas toujours bonne, on se sert les coudes. Goupi-Mes Sous essaie de diriger son monde : ce n'est qu'un tyran domestique. L'Empereur bichonne son buste de Napoléon, mais malgré tout, il est né bien après sa mort.

Goupi-Monsieur habite à Paris, passe pour un directeur fortuné, il n'est qu'un vendeur de cravates. Goupi-Dicton se laisse mener par Mes Sous, et Mains Rouges vit à part, loin de ces braves gens.

Et puis il reste Tonkin. Amoureux transi - encore une fois pour Le Vigan - et nostalgique des colonies, il passe son temps à boire et attendre que Muguet lui dise oui. INOUBLIABLE.

Dans ce film tout le monde n'est pas ce qu'il prétend être, sauf peut-être Mains rouges. C'est d'ailleurs lui qui résout tout.

Une mention spéciale pour les femmes, parce qu'il faut vivre avec cette bande de paysans.

Un film français tourné sous l'Occupation, bien dans la lignée de ce qui se faisait avant-guerre. Une chronique paysanne agréable où les personnages hauts en couleur jouent juste.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Christian-Jaque
L'Assassinat du Père Noël (Christian-Jaque, 1941)

Goebbels voulait du cinéma français des films légers, vides, et si possible, stupides.

Ca n'a pas bien réussi. Par contre, ce film, lui, est réussi. Deux acteurs se partagent la vedette, chacun dans leur genre : Harry Baur et Robert Le Vigan.

Harry Baur est un magnifique père Noël à l'ancienne. Il fait la tournée des maisons pour prendre commande, et en profite pour boire un verre à l'occasion. Ce qu'il boit de moins fort, c'est du champagne. pour le reste... résultat, il ne tient plus debout et s'endort. Et c'est là que tout commence.

 

Parce qu'il y a un voleur, dans ce petit village de Savoie. Il y a aussi M. le Baron - inquiétant - qui revient de voyage, sa servante (inquiète, donc), le maire moustachu, le pharmacien de deuxième classe, les deux vieux joueurs de belote indécrottables, Catherine la rêveuse, la Mère Michel qui cherche son chat (évidemment), et les enfants. Parce que malgré tout, le Père Noël est là pour eux. Les enfants interviennent aussi souvent dans le film et font avancer l'action. Et la musique du film reprend des thèmes de chansons enfantines. Il y a aussi les gendarmes, mais ils sont un peu empêchés par la neige, alors on ne les voit qu'à la fin. Et tout le monde vit dans cette bourgade savoyarde sous la neige.

 

Et puis il y a Robert Le Vigan. La Vigue. Un acteur terrible. Il est ici un instituteur libre penseur qui ne rate pas une messe de minuit. Surtout pour y envoyer ses élèves saborder la fin de la cérémonie. Il avait une diction et une présence particulières qui ne se faisaient jamais oublier. Quel dommage qu'un tel acteur fût un collaborateur notoire.

 

Le tout dans une version blu-ray restaurée qui procure 1h44 de bonheur.

Du cinéma français comme on en faisait avant (et pendant) la guerre.

On appréciera en outre le gendarme, un jeunot de 25 ans : Bernard Blier.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Francis Ford Coppola

Un mois après Outsiders, Coppola nous dévoile la deuxième partie d’un même thème : adolescence et famille.

Là encore, nous avons une cellule familiale composée de trois personnes dont il manque la mère. A la différence de Outsiders, le père est présent. Mais l’est-il vraiment ?

Mais si dans Outsiders, les protagonistes étaient sur une pente ascendante, dans Rusty James, il en va tout autrement.

 

En effet, les trois membres de cette famille ne sont pas intacts. Le père (Dennis Hopper) est alcoolique, le frère aîné (Mickey Rourke) – the Motorcycle Boy – est un délinquant notoire, de surcroît handicapé (daltonien et presque sourd) et le fils cadet (Matt Dillon) est coincé derrière l’ombre de ce grand frère.

Pourtant, comme dans Outsiders, il y a de l’amour dans cette famille. Ils s’aiment et nous en sommes témoins.

Mais si les héros de Outsiders avaient une chance qui s’ouvraient à eux, ceux de Rusty James sont voués à l’échec.

 

Le père, tout d’abord , qui a raté son mariage. Le Motorcycle Boy ensuite qui porte avec lui son passé de délinquant juvénile et que le policier attend au tournant.

Et puis Rusty James, qui ne sait pas où se positionner dans cette histoire et dans cet environnement. Alors il se détruit à petit feu : il boit, se bat, trompe sa copine (Diane Lane)…

Même si le héros du film est Rusty James, le personnage principal est le Motorcycle Boy. Tout tourne autour de lui. C’est lui qui donne un sens à la vie de Rusty. C’est lui qui rappelle à son père le visage de sa mère. C’est lui qui donnera un nouveau sens à la vie de son frère.

 

Le Motorcycle Boy étant daltonien, le film est en noir et blanc. Seuls deux éléments sont en couleur :

  • les poissons combattants (rumble fish) parce qu’ils représentent Rusty et son monde, et que peut-être que s’ils avaient un peu plus de place, ils ne se battraient pas.
  • Le reflet de Rusty lors de la dernière scène sur la voiture de police qui fait comme l’effet d’un voile rouge qui passe devant Rusty, en colère par ce qui vient de se passer.

 

Parfois, le son est perçu par les oreilles de Motorcycle Boy et cet effet ouaté explique la douceur de son ton quand il parle. Et la profondeurs de certains plans accentue l’isolement partiel de ce personnage.

Cette douceur est apparente parce qu’il nous montre aussi qu’il sait se battre. Jusqu’au bout.

 

Le temps, enfin. C’est une donnée avec laquelle Coppola joue constamment.

En effet, le mouvement des nuages indique deux fois le temps qui passe. Il utilise aussi le mouvement des ombres dans la rue.

Enfin, il joue avec nous sur l’époque du film. En effet, l’intrigue de Outsiders se situe au début des années 60. L’utilisation du noir et blanc nous donne une impression de suranné. Et quand Diane Lane sort de l’école – une institution catholique avec bonnes sœurs intégrées – elle porte un uniforme qui nous rappelle sa tenue dans Outsiders. La tenue de Laurence Fishburne est du même style (sixties), et le milk-bar de Tom Waits nous ramène aux établissements de cette période éloignée.

 

C’est quand Rusty joue à un jeu de conduite style Arcade que la bande-son nous révèle l’époque : on entend le jeu Pac-man. Nous sommes bien dans les années 80. Et la dernière moto nous le confirme.

 

Dernier clin d’œil: Rusty James commence là où se terminait Outsiders, par une bagarre. Et là encore, la musique et le rythme ont leur importance.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Raymond Bernard
Les Misérables (Raymond Bernard, 1934)

Il s'agit là de la cinquième adaptation au cinéma. C'est aussi la première version parlante.

Et quelle version : un metteur en scène inspiré et une distribution solide pour près de cinq heures d'histoire.

Et quelle histoire : l'ascension de Jean Valjean - forçat en rupture de ban - de la sortie du bagne à sa mort bienheureuse.

 

Je ne reviendrai pas sur l'intrigue, Victor Hugo l'a fait mieux que moi.

Je ne pense pas beaucoup me tromper en parlant de l'une des - voire LA - meilleures adaptations.

Harry Baur est un Jean Valjean tout en subtilité, malgré sa carrure de portefaix. Il incarne à merveille ce repris de justice condamné à faire le bien. Et sa mort - soudaine mais prévisible - m'émeut.

 

Les deux autres vedettes de cette « superproduction » sont bien entendu les méchants : les deux Thénardiers. Et il faut dire que Charles Dullin, en père escroc est magnifique. Quant à Marguerite Moréno, elle est telle que Hugo l'a décrite dans son livre. Une vraie réussite.

C'est peut-être Javert (Charles Vanel) qui serait le moins réussi. Et encore. Et c'est dommage que le dilemme qui s'offre à lui n'ait pas été un petit peu plus développé. Sa disparition est moins évidente, et surtout, Raymond Bernard a ajouté un dialogue expliquant le plan de l'eau qui se trouble.

Autre personnage mineur truculent, M. Gillenormand (Max Dearly), le grand-père de Marius : fêtard, libertin et (surtout) royaliste.

Un bémol toutefois, la troisième partie est la moins fidèle au livre, mais que nous importe : ne boudons pas notre plaisir.

 

Alors nous fuyons avec Valjean, nous aimons Cosette (Josseline Gaël) et avec Marius (Jean Servais), nous aimerions bien régler son compte à Thénardier et nous vibrons sur les barricades avec Enjolras (Robert Vidalin), Grantair (Paul Azaïs) et Gavroche (Emile Genevois).

Un pur bonheur.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Francis Ford Coppola

D'un côté, les Greasers, pauvres, blousons noirs, lames, cigarettes. De l'autres, les Socs (prononcer soch) riches, Ford Mustang, alcool et jolies filles.

Evidemment, ces deux bandes sont rivales, et même ennemies.

Déjà vu ? Oui. Et non.

Chez les Greasers, il y a Pony Boy Curtis (C. Thomas Howell). Chez les Socs, il y a Sherri « Cherry » Valance (DianeLane). Ils ne sont pas insensibles l'un pour l'autre.

Déjà vu. Oui, et non.

Chez les Greasers, Johnny (Ralph Macchio) a tué un Soc. Il est en cavale avec Pony Boy. Ils sont seuls dans l'église.

Déjà vu ? De moins en moins.

Alors Pony Boy lit Autant en emporte le Vent. Et Johnny l'écoute.

Et puis il y a Dallas (Matt Dillon). Un autre Greaser. Le méchant. Le vrai voyou. Celui qui sort de prison. Celui qui ne ratera sous aucun prétexte la bagarre. Parce qu'il y en aura une.

 

Cette bagarre, c'est la rencontre entre Kubrick et Robert Wise. C'est là que West Side Story rencontre Orange Mécanique.

Quelle bagarre. Personne n'est tué, mais ça castagne en rythme. Ce n'est plus la Pie voleuse de Rossini, mais des guitares agressives, comme ceux qui participent.

Et à la différence de West Side Story, il y a une bande qui l'emporte. Mais là encore, à quoi bon ?

 

Le troisième film auquel on pense, c'est Rebel without a Cause de Nicholas Ray. Mais ils sont deux, seuls mais unis. Et ce sont Scarlett O'Hara et Rhett Butler qui leur tiennent compagnie.

Jusqu'à leur retour à la dure réalité. Mais il restera l'aube dorée.

 

Et après ? Après c'est un film de Coppola qui traite à sa manière de l'adolescence, des rapports humains et de l'amour : amour pour une fille (Cherry), amitié entre deux garçons (Pony Boy & Johnny), et amour familial (les trois frères Curtis).

Parce que pour Coppola, la famille a un sens. Et malgré tout ce qui se passe, la famille reste le ciment des protagonistes.

 

Un dernier mot enfin sur la musique : présente, pertinente, entraînante. Même si Gloria (Van Morrison, 1964) est un peu en avance sur son temps. [L'Arnaqueur - que Pony Boy va voir au cinéma - est sorti en 1961...]

 

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