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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Marion Gering, #Prison
Pénitencier de Femmes (Ladies of the big House - Marion Gering, 1931)

Un film de femmes.

Un monde de femmes.

Un réalisateur.

Kathleen Storm est vendeuse chez une fleuriste. Elle rencontre Standish Mc Neill qui revient du désert. C'est l'amour naissant.

Le problème, c'est Kid Athens. Il est amoureux de Kathleen. Alors quand l'occasion se présente, il fait accuser de meurtre - à sa place - les deux tourtereaux.

Les voilà tous les deux condamnés : à la prison pour elle, à mort pour lui.

Mais nous sommes dans une société corrompue et les efforts de Kathleen et Standish ne sont pas récompensés de la sentence est maintenue malgré l'appel intenté.

Le film va nous montrer les efforts de Kathleen pour faire éclater la vérité.

Mais c'est la vie du pénitencier qui prend le plus de place. On y voit les conditions de vie (aseptisées, malgré tout) des femmes.

On peut considérer ce film comme le pendant de celui de Hawks Le Code criminel (The criminal Code, 1931) qui sortit un an avant quasiment jour pour jour.

Marion Gering - soviétique qui a débarqué aux Etats Unis dans un cadre commercial - a été repéré par la Paramount en 1931 après avoir dirigé une troupe théâtrale à Chicago.

Ce film est le premier de sept films dont Sylvia Sidney fut la vedette. Et quelle actrice. très convaincante, elle porte le film de bout en bout. C'est une femme américaine des années 30. Tout comme les rôles joués par Bette Davis, elle s'assume et ne se laisse pas faire.

Elle tient tête à Kid Athens malgré sa peur, et sait réfréner les ardeurs de McNeil lors de leur première rencontre. Mais surtout, elle sait s'imposer en prison malgré l'hostilité des autres détenues, et en particulier Susie Thompson.

Susie a été délaissée par Kid Athens quand il a rencontré Kathleen. Alors elle lui en veut.

Il y a aussi Ivory, une forte détenue noire qui prend Kathleen sous son aile, et s'occupe de la musique. On voit aussi la Comtesse, qui a un maintien et un parlé décalé par rapport aux autres filles. Et puis Maria. Elle est mexicaine et attend un enfant, mais elle ne veut pas qu'il naisse en prison. C'est avec elle que Kathleen va tenter de s'évader. Enfin, il y a Millie, la balance (Hilda Vaughn, admirable).

Et Gering nous montre quelques aspects de la vie pénitentiaire : l'atelier de couture où travaille Susie ; le labeur épuisant dans des conditions rudes : il s'agit d'un atelier de blanchisserie, un véritable sweat shop. On y voit les détenues en récréation dans une salle commune : certaines jouent au carte, d'autres écoutent Ivory au piano, Maria prie. Et puis la séance de cinéma accompagnée par les musiciennes d'Ivory. Et bien entendu : l'évasion. Un temps fort du film qui ne prend toute sa dimension que dans les conséquences qu'elle amènera : L'enfant de Maria ne naîtra pas en prison, et Kathleen se sauvera.

Le parallèle avec le film de Hawks ne s'arrête pas au thème pénitentiaire : le directeur de la prison joue un rôle central dans le destin de Kathleen et Standish, aidé par les révélations de Susie !

Bien entendu, le propos du film selon lequel une partie de la Justice est corrompue et des magistrats sont achetés par des truands a aussi aidé à l'établissement du Code Hays quelques années plus tard.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Monty Python, #Comédie, #Terry Jones, #Terry Gilliam
Sacré Graal (Monty Python and the Holy Grail - Terry(s) Jones & Gilliam, 1975)

ATTENTION FILM CULTISSIME !

(N'ayons pas peur des mots)

Si la légende arthurienne a su inspirer les écrivains et les cinéastes, il faut porter au pinacle ce film. Rarement on a adapté cette histoire avec une telle réussite.

Un heure et demie de bonheur. Et tout y est : Excalibur, les épreuves, l'assaut d'un château, la vie paysanne au Moyen Age, le Châtel aux Pucelles, les ménestrels, l'enchanteur, le chevalier noir et bien entendu la recherche du Graal.

Mais quelle quête !

Oubliez tout ce que vous connaissez et plongez-vous à corps perdu dans ce récit enluminé mêlant film et dessins animés.

On apprécie l'astuce de Sir Bedevere, la bravoure de Sir Lancelot, la chasteté de Sir Galahad, la lâcheté de Sir Robin, et bien entendu le savoir encyclopédique du roi Arthur en ce qui concerne les hirondelles.

Mais avant tout, ce film est bourré d'humour. De l'humour anglais, tout d'abord, et du nonsense, partout.

Avec même une mise en abîme quand l'historien célèbre contemporain (Jean Brian Jatapatique ?) se fait tuer par des chevaliers en armure.

Nous trouvons donc :

Un générique avec sous-titres vivants, des noix de coco comme montures, un chevalier noir qui garde le passage, une sorcière, un paysan anarcho-syndicaliste, un château français, un collecteur de morts, la scène 24, le château Anthrax, un géant à trois têtes, Tim, une vache qui vole (qui chie ?) un invité inattendu au mariage, des chevaliers bien exigeants, une grenade et un lapin.

Sacré Graal est avant tout l'aboutissement d'une collaboration de six garçons employés par la BBC et qui ont révolutionné l'humour à la télévision. On ne pouvait espérer mieux comme premier vrai film. Même après plusieurs visionnages, le rire est garanti. Sauf si, évidemment, on est imperméable à l'humour anglais.

Rarement un film a été aussi drôle. Dans la lignée des émissions de la BBC, ils réussissent à enchaîner les sketches en restant dans le domaine de la légende arthurienne, le tout avec un budget plutôt réduit même si le financement fut aussi assuré par Pink Floyd et Led Zeppelin (s'il vous plaît). .

Alors oubliez Richard Thorpe et John Boorman et savourez ce grand mo(nu)ment de l'humour.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sam Peckinpah, #Western

L'Ouest américain. La frontière n'existe plus. La Loi a triomphé. La Civilisation est en marche.

Ce film pourrait faire suite à L'Homme qui tua Liberty Valance. En effet, nous sommes en présence d'un pays en évolution. Petit à petit, ceux qui freinaient son évolution disparaissent : ils sont tués (Liberty Valance) ou essaient vainement de se maintenir.

Etcomme c'est un western, alors nous attendons une lutte entre le Bien et le Mal. Avec des bons et des méchants, comme autrefois. Mais la tendance est au sabordage. Le Western vit ses dernières heures. Ca a commencé quand les maîtres ont décidé qu'un bon Indien n'était pas obligatoirement un Indien mort. Et Sergio Leone est arrivé. Un petit Italien allait donner aux Américains une leçon de Far-West aux "natives".

 

Mais les Américains se sont ressaisis, et Peckinpah nous a donné une grande leçon. Ici, il y a des bons et des méchants, comme d'habitude, mais nous suivons les « méchants ».

Et quels méchants : Pike Bishop (William Holden), Dutch Engstrom (Ernest Borgnine), Freddie Sikes (Edmond O'Brien), les frères Gorch, etc...

En face, il y a les « bons » derrière la Loi. Et comme ce n'est pas suffisant, ils utilisent un atout : Deke Thornton (Robert Ryan), ancien « méchant » de la bande de Pike.

Mais Pike et ses hommes sont sur la pente descendante. Ils vieillissent et ne sont plus en accord avec le monde qui les entourent (il faut voir la scène où ils découvrent une automobile).

 

Le dernier coup américain se solde par un massacre. Ils ont perdu leurs réflexes d'antan, leur technique s'est émoussée. Ils n'ont plus leur place dans ce pays.

Alors ils vont traverser le Rio Grande. Mais là encore, le destin veille, et le compte à rebours fatal a commencé.

Au-delà du destin de ces desperados, Sam Peckinpah continue la mutation du Western. Comme il n'y a plus d'Indiens à tuer, les cow-boys s'entretuent. Mais pour combien de temps ?

Alors Peckinpah n'a aucune concession pour ces (ses ?) personnages : la violence s'étale. Mais en quoi cette violence est-elle exagérée ? En rien.

 

En effet, longtemps, le Code (Hays !) a permis que des truands de Western meurent d'une balle en pleine poitrine qui laissait leur chemise immaculée. Il était temps que le réalisme prenne le pouvoir dans ce domaine. Alors, évidemment, les scènes explosent de violence et le sang gicle.

Finalement, ce qui reste du film, c'est la fin des illusions. Nos "héros" sont indésirables dans leur pays mais ne peuvent pas s'intégrer ailleurs La vie les a rattrapés. Ils ont vieilli et vont s'en apercevoir. Mais ce sera radical, définitif.

Nous sommes dans un de ces films sur le temps qui passe et broie les êtres. Et Peckinpah, en plus d'avoir réuni un casting prestigieux, réussit son film. Et de quel manière.

 

Certains pourront s'offusquer du déploiement de violence inhérent au film. Mais pouvez-vous imaginer un tel assaut sans violence ? Et surtout, une violence propre ?

Peckinpah règle son compte au Western : le romantisme est terminé. Il n'y a plus de « brigand bien aimé ». Les héros sont fatigués et surtout ne sont plus des héros. Ils ne sont rien d'autre que des criminels, n'en déplaise leurs motivations.

Ce film fait partie de cette mouvance où les réalisateurs ont voulu montrer que même les héros vieillissent. Qu'ils ne sont qu'humains et sont appelés à disparaître, que ce soit par la mort ou par l'évolution du monde autour d'eux. [Voir à ce propos La Rose et la Flèche de Richard Lester]

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jacques Becker, #Drame
Goupi Mains-rouges (Jacques Becker, 1943)

D'abord, il y a Goupi-L'Empereur, 106 ans, et une envie récurrente de vin rouge avec un biscuit.

Ensuite, il y a Goupi-La Loi, son fils.

Plus bas, on trouve Goupi-Mes Sous, Goupi-Dicton et Goupi Mains-rouges, les fils de La Loi.

Encore en-dessous : Goupi-Tonkin, Goupi-Muguet et Goupi-Monsieur.

J'oubliais les femmes : Goupi-Tisane qui dirige tout ça et Goupi-Cancan la femme de Mes Sous.

A côté : Marie des Goupi et Jean son fils.

Tout ce beau monde vit à 619 kilomètres de Paris, d'où arrive Monsieur.

Alors vont se tramer une histoire de magot caché par Goupi-Besace, le père de l'Empereur, et une histoire de mort violente, celle de Tisane. Mais chez les Goupi, on est fier. On règle ses histoires en familles. Pas besoin de gendarmes. Surtout quand il s'agit d'Eusèbe (Marcel Pérès, habitué des rôles de bornés). Mais Goupi-Mains rouges, c'est la description d'un monde clos, où on vit ensemble, on règle ses affaires ensemble, on se marie ensemble.

Pas étonnant que certains disjonctent à un moment.

Chacun a son surnom et sa façon d'être. Même si l'entente n'est pas toujours bonne, on se sert les coudes. Goupi-Mes Sous essaie de diriger son monde : ce n'est qu'un tyran domestique. L'Empereur bichonne son buste de Napoléon, mais malgré tout, il est né bien après sa mort.

Goupi-Monsieur habite à Paris, passe pour un directeur fortuné, il n'est qu'un vendeur de cravates. Goupi-Dicton se laisse mener par Mes Sous, et Mains Rouges vit à part, loin de ces braves gens.

Et puis il reste Tonkin. Amoureux transi - encore une fois pour Le Vigan - et nostalgique des colonies, il passe son temps à boire et attendre que Muguet lui dise oui. INOUBLIABLE.

Dans ce film tout le monde n'est pas ce qu'il prétend être, sauf peut-être Mains rouges. C'est d'ailleurs lui qui résout tout.

Une mention spéciale pour les femmes, parce qu'il faut vivre avec cette bande de paysans.

Un film français tourné sous l'Occupation, bien dans la lignée de ce qui se faisait avant-guerre. Une chronique paysanne agréable où les personnages hauts en couleur jouent juste.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Christian-Jaque
L'Assassinat du Père Noël (Christian-Jaque, 1941)

Goebbels voulait du cinéma français des films légers, vides, et si possible, stupides.

Ca n'a pas bien réussi. Par contre, ce film, lui, est réussi. Deux acteurs se partagent la vedette, chacun dans leur genre : Harry Baur et Robert Le Vigan.

Harry Baur est un magnifique père Noël à l'ancienne. Il fait la tournée des maisons pour prendre commande, et en profite pour boire un verre à l'occasion. Ce qu'il boit de moins fort, c'est du champagne. pour le reste... résultat, il ne tient plus debout et s'endort. Et c'est là que tout commence.

 

Parce qu'il y a un voleur, dans ce petit village de Savoie. Il y a aussi M. le Baron - inquiétant - qui revient de voyage, sa servante (inquiète, donc), le maire moustachu, le pharmacien de deuxième classe, les deux vieux joueurs de belote indécrottables, Catherine la rêveuse, la Mère Michel qui cherche son chat (évidemment), et les enfants. Parce que malgré tout, le Père Noël est là pour eux. Les enfants interviennent aussi souvent dans le film et font avancer l'action. Et la musique du film reprend des thèmes de chansons enfantines. Il y a aussi les gendarmes, mais ils sont un peu empêchés par la neige, alors on ne les voit qu'à la fin. Et tout le monde vit dans cette bourgade savoyarde sous la neige.

 

Et puis il y a Robert Le Vigan. La Vigue. Un acteur terrible. Il est ici un instituteur libre penseur qui ne rate pas une messe de minuit. Surtout pour y envoyer ses élèves saborder la fin de la cérémonie. Il avait une diction et une présence particulières qui ne se faisaient jamais oublier. Quel dommage qu'un tel acteur fût un collaborateur notoire.

 

Le tout dans une version blu-ray restaurée qui procure 1h44 de bonheur.

Du cinéma français comme on en faisait avant (et pendant) la guerre.

On appréciera en outre le gendarme, un jeunot de 25 ans : Bernard Blier.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jerry Lewis, #Comédie

Après avoir vu les trois grands Dr Jekyll & Mr Hyde (Robertson, Mamoulian et Fleming), j'ai voulu finir sur une note plus légère avec cette réalisation de Jerry Lewis soi-même.

Et quelle réussite !

Voilà plus de cinquante ans qu'il est sorti, mais il marche toujours. Même après plusieurs visionnages. Je ne m'en lasse pas.

Jerry Lewis est un comique complet qui, s'il n'a pas toujours tourné dans des chefs-d'œuvres inoubliables, a toujours su faire rire. Et là, tout est bon : le mime, les mimiques, les expériences scientifiques qui tournent mal, la voix, et LA MONTRE ! Rien que la montre vaut le déplacement.

Mais revenons à la base : ici, le professeur ne s'appelle pas Jekyll, il n'a pas de théorie philosophique pour étayer sa recherche, il ne tue personne. Par contre, il chante magnifiquement, il est fort comme un turc, il a une assurance infinie : il ne séduit pas, il envoute !

Autrement, le propos du film est le même : la dualité de la personne.

Et l'envoutée, c'est la belle Stella, une jolie jeune fille blonde qui n'a d'yeux que pour lui... Quand il est normal !

Mais Kelp - le petit professeur - crée le personnage de Buddy Love pour s'imposer. Malheureusement pour lui - pas pour nous ! - c'est Buddy qui va s'imposer à lui.

Kelp, c'est le Jerry Lewis que nous connaissons : il est maladroit, myope comme une taupe, a des dents proéminentes et une voix de crécelle. Il a aussi une façon bien à lui d'apprécier la musique...

Buddy Love, c'est tout ce que n'est pas Kelp : il a l'assurance, il a une coupe à la mode, il est habillé dernier cri, et une voix de velours dont les filles se pâment. Tout pour plaire... Oui, mais un poeu plus aussi : il est d'un égocentrisme forcené. Le véritable contraire de Kelp. Plutôt Dean Martin que Jerry Lewis.

Mais nous sommes tout de même attirés par ce petit professeur qui a du mal. Et comme nous savons que tout se finira bien pour lui, alors nous savourons pleinement les situations dans lesquelles il se fourre. Et on en a pour son argent : la transformation est grandiose et nous rappelle Mamoulian ou Fleming, avec juste ce qu'il faut de dramatique pour avoir peur du résultat. Par contre, le processus inverse, avec le changement de voix de Jerry Lewis est irrésistible. Un grand moment.

Bref, un grand film comique, avec un acteur qui, quand il était bien employé*, pouvait toucher au sublime.

*Comme il réalise le film, il ne peut que bien s'employer !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fanstatique, #Victor Fleming
Dr Jekyll and Mr Hyde (Victor Fleming, 1941)

Troisième version de référence, cette adaptation de Fleming est un remake de celle de Mamoulian.

Tout y est : Le serviteur zélé, la jarretière, le miroir, le serveur précipité à terre, la pluie quand Beatrix est partie, Jekyll en proie à ses démons, tout. Normal. C'est le même. Quoi que.

Ici, nous sommes dans un contexte tangible, historique. Il est annoncé que nous sommes dans l'année du Jubilée de la reine Victoria.

Alors que Mamoulian évoquait Londres dans sa version, Fleming ici nous transpose dans la capitale anglaise. Les lieux fréquentés par Jekyll sont exacts : Albert Hall, National Gallery, Variety Fair... On y parle aussi de l'Empire (qui ouvrit en 1884 puis rouvrit en 1887 !). Et puis il y a aussi le légendaire brouillard qui donnera une autre dimension à la poursuite de Hyde.

Mais revenons à l'intrigue. Ici, Jekyll est un scientifique. Un vrai. Il parle science, il agit science, il est science. Quand il recherche, il ne fait pas semblant. Il a même ses cobayes. Ce n'est plus Fredric March qui trouve la formule. C'est un vrai savant qui tâtonne et finalement trouve, mais la recherche est importante. Ce docteur Jekyll n'est pas un apprenti sorcier. Il est on ne peut plus éminent. Et quand son cerveau bouillonne pour trouver la formule, Fleming illustre cette activité en superposant différentes images de recherche (fioles, liquides, alambiques, lapins et autres rats...).

Mais ce que Fleming gagne en réalisme et crédibilité, il le perd en effets. beaucoup d'éléments ici ne sonht que suggérés. L'amour de Jekyll et Beatrix est flagrant. Même si Lana Turner manque cruellement d'épaisseur. Ca doit être le rôle qui veut ça.

Par contre, tout le reste est aseptisé. Il faut dire que le Code Hays est des plus respectés. En effet, lors de la version précédente, le Code n'était pas très effectif, et toute licence était (presque) permise. Ici, il n'est pas question d'affoler le bourgeois. Tout doit être caché, suggéré. Alors ça l'est. Mais en fin de compte, la force de la version Mamoulian se perd, et c'est bien dommage. Pourtant, Spencer Tracy est très convaincant en Hyde.

D'autant plus que sa transformation n'en fait pas un monstre aussi terrible que ne peut l'être March. Ses traits sont accentués, vieillis. Sa mâchoire est ornée d'un sourire qui nous fait sans aucun doute possible penser à Lon Chaney dans London after Midnight (by Tod Browning, 1927 copie malheureusement disparue). Là encore, Fleming joue sur le réalisme de l'histoire. Pas de transformation profonde du crâne pour Spencer Tracy, comme pour Barrymore ou March. Mais cette anormalité normale de Hyde le rend presque plus inquiétant. Parce qu'il se fond plus facilment dans la foule. (Heureusement, ses actes sont toujours aussi répréhensibles).

A propos de la transformation de Jekyll en Hyde, il faut attendre la deuxième moitié du film pour la voir. Mais l'effet n'est pas aussi saisissant que dans le Mamoulian. Je dirai même qu'elle est moins bien faite. Quant à l'ultime transformation, il s'agit du même plan, en miroir.

En conclusion, un beau film. Un peu trop édulcoré, mais fidèle à l'époque de l'intrigue. Le même film que celui de Mamoulian, l'audace et le génie en moins, conforme au code Hays.

Et finalement, le fait de ne rien montrer, n'est-ce pas la revanche de la société victorienne sur l'œuvre de Stevenson ?

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Rouben Mamoulian, #Fantastique

Deuxième version de référence, il s'agit à mon avis de la plus réussie. Mamoulian était un très grand réalisateur. Et Fredric March est époustouflant.

L'histoire s'ouvre par un plan subjectif. Et ce choix est d'autant plus pertinent qu'il reviendra lors de la première transformation de Jekyll. Quelle brillante idée. Bien entendu, elle sera reprise par ses successeurs. Comme dans le film de Robertson (1920), Mamoulian utilise la surimpression pour montrer les différents stades du changement de Jekyll. Mais ici, la technique est mieux maîtrisée et l'illusion presque parfaite. Il faudra attendre le morphing pour avoir un effet de fondu dans la transformation des visages.

Fredric March est encore mieux en Jekyll-Hyde que ne l'était Barrymore. Sa transformation est - à mon avis encore - formidable. Si Barrymore-Hyde avait une appatrence de dément, March, lui, interprète un Hyde primaire, primate... Simiesque. Hyde est tout ce que la société victorienne de la nouvelle de Stevenson rejette. Il est laid, il est difforme, il est vicieux, il est violent et surtout, il est lubrique. Sa relation avec Ivy Pearson (Miriam Hopkins magnifique) n'est rien d'autre qu'une relation de sexe et de violence. C'est aussi ce qui fait la force de ce film par rapport à celui de Robertson. Elle donne plus d'épaisseur à Hyde et à l'intrigue.

Alors que Barrymore se tassait en devenant Hyde, March, lui, grandit. Et si Barrymore avait un visage encore humain, March n'a d'humain que la silhouette. Il ressemble plutôt à quelque homme préhistorique de type plutôt néandertalien. Il est totalement méconnaissable. Il ne fait pas peur de la même façon que Barrymore. Barrymore, du fait de son regard dément inquiétait. C'est l'impression brutale de March qui inquiète, là. On a peur de sa stature et de sa force.

Et Jekyll, dans tout ça ? Alors qu'avec Barrymore, Jekyll s'effaçait devant Hyde, ici, Jekyll apparaît plus tourmenté. Il regrette plus ce qu'il a fait. Il a plus de relief. Il en devient plus humain.

Et puis il y a l'amour enlacé. C'est le baiser passionné entre Jekyll et sa fiancée, soutenu par les deux fleurs à leurs pieds. Il y a aussi la statue de Psyché ranimée par le Baiser de l'Amour de Canova entre deux gravures de femmes nues. Et puis il y a l'étreinte finale entre Hyde et Ivy. Etreinte finale et fatale.

Un film formidable, donc.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John S. Robertson, #Muet, #John Barrymore, #Fantastique
Dr Jekyll and Mr Hyde (John S. Robertson, 1920)

Première adaptation de référence, elle est surtout célèbre par l'interprétation du grand John Barrymore.

En effet, comme toujours dans ce rôle double, il faut un acteur d'exception qui saura marquer les spectateurs. Et John Barrymore y arrive avec brio.

Robertson use avec pertinence des surimpressions pour amener la transformation du personnage, et même si la technique n''est pas encore complètement au point, le résultat est honorable et plaisant.

Quelle transformation ! John Barrymore, cet acteur au physique de séducteur, se transforme en personnage laid au regard de dément. Son crâne s'allonge et devient pointu, ses cheveux poussent, hirsutes, et son regard devient on ne peut plus inquiétant.

Mais Jekyll souffre de ces transformations. Surtout, elles lui échappent. Il devient de plus en plus incontrôlable. Seul Jekyll pourra faire cesser les agissements de ce double maléfique. Mais ce sera définitif.

Mais malgré tout, c'est le Dr Lanyon qui aura raison quand il annoncera que "c'est Hyde qui a tué le Dr Jekyll."

Il est clair que Hyde est l'incarnation du mal, mais on peut toutefois regretter que le film passe à côté d'un aspect important de l'œuvre de Stevenson : la dualité Jekyll-Hyde illustrait bien l'état d'esprit puritain et l'hypocrisie qui dominaient dans l'Angleterre victorienne alors que dans le même temps, les maisons closes et les prostituées pullulaient dans Londres. Jekyll représente le Bien, la charité, le convenable, le puritanisme ; alors que Hyde représente le Mal, les bas-instincts, la luxure, le stupre et toute cette sorte de choses.

Autre regret : que ce ne soit pas Lon Chaney qui ait été choisi pour ce rôle. Son interprétation dans The Blackbird (Tod Browning, 1926) comportait un rôle double manichéen qui nous indique ce qu'aurait pu être ce grand acteur dans le rôle de Jekyll.

Mais qu'importe, ne boudons pas notre plaisir et savourons la performance de John Barrymore.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Victor Fleming, #Western
Autant en emporte le Vent (Gone with the Wind -  Victor Fleming, 1939)

Le Sud des Etats Unis, le 12 avril 1861 jour de la déclaration de la Guerre de Sécession.

D’un côté, on a Scarlett. Enfin Katie Scarlett O’Hara (Vivien Leigh).

De l’autre Rhett Butler (Clark Gable). Rhett et ses mouchoirs.

Mais nous avons deux êtres égoïstes, orgueilleux, impitoyables, vénaux (enfin surtout elle).

Tous les deux sont guidés par le profit. L’amour n’est pas dans leur environnement. L’envie, certes, mais pas l’amour.

Et puis il y a Mélanie (Olivia de Havilland). C’est l’être le plus pur, le plus désintéressé, le plus généreux qui existe.

Elle est mariée à Ashley Wilkes (Leslie Howard). Malheureusement (sauf pour nous), Scarlett aime – enfin désire – Ashley. Et le film se déroule selon ce paradoxe. Pour notre grand plaisir.

 

Pas besoin d’être grand druide pour savoir que Scarlett et Rhett sont faits l’un pour l’autre. Il n’y a que Scarlett qui ne le sait pas. Mais quand elle s’en rendra compte, il sera trop tard, le film se finissant.

Alors on observe ce microcosme de gens du Sud ruiné par la Guerre Civile. La famille de Scarlett et celle d’Ashley ne survivront pas à ce conflit.

Mais ce qui nous importe, ce sont les destins croisés de Scarlett et Rhett.

 

Rhett, malgré un engagement tardif, est celui qui s’en sort le mieux : il a toujours son or.

Par contre, Scarlett sort de la guerre sans argent, avec une propriété ravagée, sa mère décédée et son père à moitié fou (il est toujours plaisant de voir Thomas Mitchell).

Et Scarlett, à force de ténacité, d’opiniâtreté et bien entendu d’arrivisme va se sortir de la misère et retrouver son standing d’avant-guerre.

Et elle épousera Rhett. Ce qui donne encore de beaux affrontements. Et c’est quand elle aura usé la patience de Rhett, quand il décidera de partir, qu’elle se rendra compte que finalement, c’est lui qu’elle aime.

 

A côté de cette histoire complexe, il y a les images. Et quelles images : des verts de toute beauté, des bleus qui pètent (on dirait « flashent » maintenant) et des rouges flamboyants [il faut voir l’incendie d’Atlanta et les couchers de soleil pour apprécier ce film pleinement].

Nous sommes en plein Technicolor. Il est clair que la couleur apporte un plus. On n’est plus au temps de Robin Hood (M. Curtiz, 1938) où les couleurs éclatent sur l’écran. Ici, la couleur est maîtrisée et ce film devient superbe par cette féérie colorée. [Et en plus, je suis daltonien, c’est vous dire !]

 

Mais Autant en emporte le Vent, c’est aussi l’Histoire des Etats-Unis. Ce monde sudiste romantique qui s’effondre, les ravages de la Guerre de Sécession (formidable plan qui s’élargit sur les blessés), l’arrivée des Carpetbaggers, et en filigranes, le Klan. C’est tout ça, et beaucoup d’autres choses. Mais c’est surtout la magie d’un film épique avec une distribution extrêmement pertinente. Il faut regarder le documentaire sur le making of afin de comprendre comment un tel film fut possible. Un vrai régal. Et en prime, des bouts d’essai de Paulette Goddard !

 

Par contre, il faut à tout prix éviter la version française. La dernière réplique de Rhett « franchement, ma chère, c’est le cadet de mes soucis » y tombe carrément à plat. On peut même dire qu’elle dénature le film.

 

Pour le reste, il faut laisser faire la magie.

 

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