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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Edward Sloman
Up the Ladder (Edward Sloman, 1925)

Edward Sloman est un réalisateur aujourd’hui oublié, et si ce n’était pour le professeur Allen John et surtout l’incontournable Kevin Brownlow (1), on l’aurait complètement oublié.

Ses films muets ont pour une très grande partie été perdus et seuls quelques-uns subsistent, dont ce très beau Up the Ladder.

En haut de l’échelle : on parle bien sûr de l’échelle sociale qu’un des protagonistes de cette histoire va atteindre. Mais comme toujours dans ces cas-là : « plus dure sera la chute ».

 

De tout temps, les Cornwall et les Van Clinton ont été deux familles riches et influentes. Mais le temps passant, James Van Clinton (Forrest Stanley) s’est retrouvé le dernier représentant avec très peu de capital pour survivre. Pourtant, il a conçu un appareil révolutionnaire : le télé-vision-phone.

C’est tout simple, vous vous placez devant un écran, vous appelez la personne concernée et vous avez le plaisir de la voir tout comme elle (2).

Heureusement, Jane Cornwall (Virginia Valli), dernière de sa lignée a encore de l’argent et malgré son refus, elle va financer en sous-main cette invention.

Cinq ans plus tard, James est un inventeur reconnu et riche, père d’une petite Peggy (Priscilla Moran) espiègle et très jolie.

Il est aussi l’amant de la meilleure amie de sa femme, Helene (Margaret Livingston, encore une fois en briseuse de ménage).

 

Nous sommes en plein mélodrame donc, mais à ceci près que celui-ci est très beau et n’incite pas à la larmichette. En effet, Sloman a su tirer la meilleure partie de ses acteurs et en particulier Virginia Valli qui possède un visage très expressif et des regards très pertinents. A aucun moment elle ne surjoue, donnant un ton naturel au film que ses partenaires partagent.

En outre, Sloman utilise la petite Priscilla Moran avec beaucoup d’habileté. C’est une petite fille espiègle certes, mais elle joue un rôle important : elle n’est pas là seulement pour montrer les changements dans la vie de Van Clinton. De plus, son regard bleu (je sais le film est en noir et blanc, mais elle avait tout de même les yeux bleus !) fait craquer tous les adultes autour d’elle, de même que les spectateurs.

 

Si Sloman a réalisé ici un mélo, il s’est affranchi de certains codes habituels où les personnages (féminins essentiellement) passaient une partie de leur temps effondrés et pleurant.

Ici, la seule qui pleure, c’est Peggy, en comprenant intuitivement l’infidélité de son père. Mais pour le reste, Jane est d’une très grande dignité et sort finalement grandie de cet épisode.

De plus, le cadre a beau être un milieu huppé, à aucun moment on ne retrouve le clinquant de Cecil B. DeMille.

Mais surtout, le film renferme une ironie mordante à propos de l’invention révolutionnaire de Van Clinton : alors qu’il a (presque) tout sacrifié pour arriver à développer sa machine, c’est cette dernière qui va le trahir.

La découverte par Jane de l’infidélité est un autre grand moment du film, son entretien télévisiophonique (3) révélant le pot-aux-roses, elle parvient tout de même à garder cette dignité qui est sienne, alors que hors-champ (pour son interlocutrice), elle ronge son frein et ses ongles et déchire son mouchoir, allégorie de son mariage qui se brise.

 

Ajoutons aussi la présence du vétéran George Fawcett dans un rôle de conseiller juridique (lui qui fut le juge de Manslaughter), témoin malheureux et impuissant de cette tragédie.

Une très agréable curiosité, magnifiquement dirigée et filmée, le recours à l’incrustation pour le fonctionnement de l’appareil étant tout à fait bluffant.

 

Sloman est un réalisateur à (re)découvrir absolument.

 

 

  1. Lire à ce sujet le chapitre 13 de The Parade’s gone by (1968, p.155) : merci monsieur Brownlow.
  2. Eh oui, Skype en avait rêvé, Sloman l’a fait !
  3. Je sais, ce mot-là n’existe pas, mais il faut bien trouver un terme !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Kenneth Branagh
Le Crime de l'Orient-Express (Murder on the Orient-Express - Kenneth Branagh, 2017)

Jérusalem, Istanbul, Vinkovci, Brod…

Hercule Poirot (Kenneth Branagh) voyage, pourfendant le crime à (presque) chaque tape.

Après son succès au pied du Mur des Lamentations, le petit Belge doit découvrir qui de ses voisins de compartiments a mis fin aux jours de l’infâme Ratchett (Johnny Depp), plus connu sous le véritable nom de Cassetti, tueur de la petite Daisy Armstrong.

 

Cela faisait 43 ans que Sidney Lumet avait sorti sa version du roman incontournable de la grande Agatha. Bien sûr, il fallait que ce fût un Anglais qui tournât : Kenneth Branagh est cet homme, britannique jusqu’au bout des angles.

Alors que Lumet avait commencé soin film en racontant l’épisode Armstrong, Branagh choisit de nous présenter le personnage principal : Hercule Poirot.

Comme son modèle romanesque, il possède une moustache improbable qu’il protège bien sûr pour la nuit, et est très à cheval sur la symétrie.

Mais ce sont surtout ses petites cellules grises qui nous intéressent dans cette séquence elles qui vont lui permettre de deviner l’auteur d’un vol.

Bref, nous retrouvons un Hercule Poirot tiré à quatre épingles, mais surtout il possède cet aspect désagréable que lui connaissent ses victimes (1) : son anglais approximatif émaillé de mots français et son flair infaillible qui l’amène au mauvais endroit et au mauvais moment pour elles.

 

Cette nouvelle adaptation est ma foi fort plaisante à regarder, même si elle ne respecte pas bien le déroulement de l’histoire originale. Mais nous sommes au cinéma, alors ne nous appesantissons pas trop sur cela (2).

Le parcours de l’Orient-Express ainsi que les tribulations de Poirot sont tout d’abord prétexte à de très belles images plus ou moins recréées, de véritables cartes postales de ces lieux prestigieux où les Européens occidentaux avaient l’habitude de se comporter en maîtres : Istanbul et ses mosquées, Jérusalem et son Dôme… Sans oublier les montagnes de Yougoslavie.

Et d’une certaine manière, c’est tout le film qui est empreint de ces belles images, donnant à voir un train absolument fabuleux dont le luxe et la beauté n’ont d’égal que les paysages susmentionnés. Peut-être même un peu trop tant l’intérieur du wagon-restaurant nous fait aussi peu penser à un train.

 

Et puis il y a la distribution. Comme pour le film de Lumet, Branagh s’est entouré d’acteurs confirmés voire de stars mondiales, et faut-il y voir un changement de registre, c’est Johnny Depp qui a le rôle du gros méchant : voleur et tueur de petite fille.

En face de lui, Kenneth Branagh s’est  réservé avec bonheur le rôle du petit détective et les autres protagonistes sont tout à fait à leur place eux aussi. Il est étonnant de constater que le rôle de Lisa Arden a été confié à la belle Michelle Pfeiffer qui possède une certaine ressemblance avec celle qui avait alors eu ce rôle : la grande (et belle) Lauren Bacall.

 

Mais, parce qu’il y a toujours un mais, on peut tout de même regretter le côté spectaculaire des différents événements marquants de l’enquête : le couteau retrouvé non pas dans un sac mais dans un dos ; la fuite de McQueen que Poirot a du mal à rattraper ; ou encore les coups de feu du docteur Arbuthnot (Leslie Odom Jr.), qui par ailleurs n’est plus colonel.

Alors que la panne du train (voie bloquée par une avalanche) est beaucoup mieux montrée que dans le film précédent (3), les différentes péripéties sus décrites ne s’imposaient absolument pas. C’est comme si le réalisateur avait eu peur que son public s’ennuie dans cette intrigue de salon, où la perspicacité est de loin supérieur à la force pour résoudre cette formidable énigme.

 

Quoi qu’il en soit, le voyage est plaisant, et je ne serai pas étonné qu’une suite soit programmée prochainement : la dernière séquence qui voit Poirot s’en aller est on ne peut plus claire.

Ne comptez pas sur moi pour vous dire ce que sera ce deuxième film, surtout si vous n’avez pas vu celui-ci.

Mais si vous cherchez un peu sur les sites spécialisés, vous saurez rapidement...

 

 

  1. Je veux parler des gens qu’il interroge sans qu’ils soient obligatoirement coupables.
  2. Certains ajouts sont tout de même fort discutables comme j’en parlerai plus tard.
  3. On ne peut mieux : il n’y a pas de mousse qui s’envole pendant les déplacements de l’engin de dépannage !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Terrence Malick, #Guerre
La Ligne rouge (The thin red Line - Terrence Malick, 1999)

Guadalcanal, 1942.

Nous sommes à un tournant de la guerre du Pacifique.

Après les Midway, les soldats américains débarquent à Guadalcanal pour participer à ce qui va être l’une des plus grandes boucheries militaires (1) du Pacifique.

 

Il existe nombre de films traitant de la seconde guerre mondiale dont une partie traite de ce qu’il s’est passé dans le Pacifique. Mais comme nous Français n’avions aucune possession dans cette (large) région, cette partie du conflit nous est un peu passé e au-dessus. Mais ces événements se déroulèrent bien loin de chez nous, ils furent tout de même d’une violence extrême et représentèrent un tournant dans la guerre mondiale.

La Bataille de Guadalcanal qui eut lieu peu après la bataille des Midway est aujourd’hui encore un souvenir pénible pour les Américains qui virent de nombreux soldats mourir sur une surface bien modeste pour le nombre de morts. Pendant près de six mois, les troupes américaines progressèrent lentement sur un territoire défendu jusqu’au bout par une armée japonaise galvanisée par son empereur (2).


De notre côté – Europe occidentale – nous sommes habitués à des films traitant de la guerre en Europe avec la plupart du temps un souffle épique mettant en avant les troupes alliées – et parmi elles quelques bataillons français – décrivant de hauts faits d’armes presque tous à la gloire des vainqueurs. On pense bien sûr aux superproductions des années 1960 : Le Jour le plus long ou Paris brûle-t-il ? Dans ces deux films, outre les exploits ayant mené à la Libération, on retrouve une liste exhaustive de ce qui se faisait le mieux en termes de stars (3).

Ici, Malick à son tour nous propose un film épique dont la distribution n’a pas à rougir de ses prédécesseurs. Les stars employées ne sont pas toutes encore reconnues, mais près de vingt ans après, on a plaisir à les reconnaître : mis à part Nick Nolte et John Savage, peu étaient déjà des vedettes reconnues.

 

Mais à la grande différence de ses aînés, La Ligne rouge reste absolument humain. Si les deux films susnommés traitent parfois de cas isolés – Anthony Perkins, Richard Beymer… - ici, tout reste à une échelle humaine. A aucun moment, nous n’aurons une vision globale de ce qu’il se passe.

Si à un moment un général intervient – John Travolta, magnifique crâne d’œuf d’état-major – c’est avant tout pour justifier ce qui va se passer, sans aucune considération pour les futures victimes. Le colonel (Nick Nolte) – le plus haut grade vraiment actif dans ce film – n’est pas un novice ni toutefois un homme de terraine. C’est sa première guerre ce qui explique certains errements qui seront contredits par le capitaine Staros, soucieux de ses hommes, et que ce même colonel écartera afin de se couvrir : on appelle ça une promotion heureuse.

Car ce colonel est avant tout humain et donc sujet à l’erreur. Il n’est pas meilleurs que les pauvres troufions qui sont là et qui exécutent des ordres dont lui-même n’est pas sûr.

 

Mais ce sont avant tout les soldats qui intéressent Malick, très peu les gradés, ou alors à un niveau peu élevé. La première chose qui frappe dans ce conflit, c’est l’âge des participants : tous sont de jeunes hommes, valeureux malgré eux, mais toujours dans le doute. LE doute amenant la peur, ces hommes sont sans cesse sur le qui-vive, à la merci d’un ennemi invisible. De ce point de vue, on retrouve un des éléments des films sur la guerre du Viet Nam, autre sujet de traumatisme dans l’esprit des Américains.

 

Mallick use avec adresse de monologues intérieurs pour nous faire ressentir les ressentis des différents protagonistes, qu’ils soient simples soldats ou même colonel. Outre la peur on sent un doute qui s’insinue au plus profond d’eux et les fait se poser des questions quant au conflit : le film commence d’ailleurs avec deux d’entre eux qui ont déserté ce conflit que d’aucuns peuvent qualifier d’inutile (1).

 

Et quand le film s’achève, nous assistons à la fermeture ‘une boucle : le film se termine là où il a commencé, laissant la victoire non pas à l’un pou l’autre des camps, mais à la Nature.

En effet, les premières réflexions que nous entendons sont celles de Witt (Jim Caviezel) qui a déserté pour vivre au milieu d’une peuplade de Guadalcanal en harmonie avec la nature : le premier constat qu’il nous livre est que la guerre n’est pas une chose naturelle (4). Sa preuve : les indigènes le considèrent comme une menace, lui qui a quitté son bataillon. Ces autochtones, paradoxalement, ont peur de lui parce qu’il représente la guerre.

Et quand le film se termine, le dernier plan est celui d’un palmier, sur une plage, qui est en train de pousser. Une tige feuillue s’est développée et, semble-t-il continuera longtemps. Longtemps après que les soldats seront partis, après la fin – illusoire – de ce conflit.

 

 

  1. Pléonasme.
  2. Voir à ce sujet Emperor, ou comment le grand responsable de ce carnage fut épargné pour des raisons politiques.
  3. John Wayne, Henry Fonda, Glenn Ford, Sean Connery, etc.
  4. On peut tout de même en douter, si on considère que l’homme fait partie de cette Nature, ce dont je doute de plus en plus.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Marvel, #Alan Taylor
Thor : Le Royaume des Ténèbres (Thor: The Dark World - Alan Taylor, 2013)

Et de deux !

Thor (Chris Hemsworth) revient sur terre et auprès de Jane Foster (Natalie Portman), pour sauver le monde (encore une fois) ou plutôt LES mondes. En effet, une menace – les Elfes noirs – a l’intention de retrouver sa domination d’antan et donc amener le chaos et les ténèbres sur les neuf mondes que dirige le vieil Odin (Anthony Hopkins).

Bien entendu, il réussit.

 

Deux ans ont passé – dans le film tout comme dans la vraie vie et Kenneth Branagh a passé la main à Alan Taylor. Le résultat n’est pas au rendez-vous, cette suite ressemble beaucoup à une resucée de l’épisode précédent.

En effet, l’introduction voit Odin raconter les exploits passés de son père en lutte contre les Elfes noirs et leur chef Malekith (Christopher Eccleston). Nous savons tout de suite de quoi il va être question, et le film se déroule alors sans véritable surprise.

 

Certes, l’humour habituel est là, jouant des situations et des personnes, mais on aurait pu attendre quelque chose de différent pour cette nouvelle aventure.

Pourtant, encore une fois, les moyens techniques mis à disposition sont toujours à la hauteur et les images bien léchées. Le combat final (il y en a toujours un !) est très bien dirigé et l’utilisation des failles spatio-temporelles est l’une des bonnes surprises du film, amenant un montage rapide sans être toutefois étourdissant comme on a pu le voir dans d’autres films.

 

Mais on n’atteint pas le niveau du film précédent. Est-ce dû au réalisateur ? A l’intrigue ? Aux deux ?

Poser la question, c’est déjà y répondre : entre la similarité des intrigues et la caractérisation des personnages, on sort un peu déçu du film : il manque la touche britannique de Branagh qui amenait le petit plus dans les situations, pimentant le déroulement linéaire de l’intrigue.

 

Mais surtout, le personnage de Thor était beaucoup moins sérieux. Certes, la situation implique une note sérieuse, mais pas plus que la dernière fois. Chris Hemsworth sait très bien s’amuser de son physique et du côté grandiloquent de son personnage. Il est ici éclipsé par Darcy (Kat Dennings) qui prend une place un peu pus importante qu’avant, devenant le véritable personnage comique du film, surtout avec son « assistant » Ian (Jonathan Howard) aussi décalé qu’elle : leur histoire d’amour venant polluer – agréablement – le fameux combat final.

 

En anglais, une suite se dit « sequal ». Dans le cas de ce film, on pourrait facilement utiliser un mot de la même famille : séquelle (1).

 

 

PS : J’oubliais. Encore une fois, Stan Lee est là, dans une apparition encore une fois comique. Saurez-vous le retrouver ?

 

(1) En espérant que le troisième film verra une amélioration des symptômes…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Thriller, #Denis Villeneuve
Enemy (Denis Villeneuve, 2013)

Depuis Méliès, le cinéma a de nombreuses fois utilisé un ou plusieurs doubles dans les films. Et la plupart du temps, c’est en développant les quiproquos inhérents au genre : on prend le double pour l’autre et inversement, amenant une série de situations comiques dont l’une des plus belles illustrations est peut-être Multiplicity (Harold Ramis, 1996).

A son tour, Denis Villeneuve s’essaie au genre, mais dans une toute autre dimension : à aucun moment, le spectateur n’est amené à rire, et surtout, l’atmosphère est assez angoissante.

 

Adam Bell (Jake Gyllenhaal) est un professeur d’histoire à l’université de Toronto. Il partage un appartement modeste avec Mary (Mélanie Laurent) et répète à l’envi les mêmes gestes, les mêmes attitudes, chaque jour.

Jusqu’au moment où on lui propose de voir un film pour se changer les idées. Dans ce film, l’un des acteurs « de troisième » ordre retient son attention : c’est un véritable sosie d’Adam.

Ce dernier va alors essayer d’entrer en contact avec ce double étonnant, et qui le sera d’autant plus quand ils se seront rencontrés.

 

2013 est une année faste pour Denis Villeneuve car ce film est présenté un peu plus d’une semaine après le précédent (Prisoners – avec pour interprète principal encore une fois Jake Gyllenhaal.

Et Villeneuve prend son temps. La première séquence voit Jake dans son environnement : il fait cours à ses élèves à propos de la dictature et du contrôle indispensable qu’elle implique dans la société, il rentre chez lui et fait l’amour à sa femme, qui s’en va… C’est ainsi inlassablement.

Tout est alors prêt pour que l’intrigue se déroule : Adam a une vie bien réglée, et il faut une intervention extérieure pour le détourner de son train-train. Une question : es-tu cinéphile ? Et cette question amène un titre de film, et le titre fait se retourner Adam quand il passe devant un vidéo store.

Ce film – l’improbable When there is a Will there is a way – est le déclencheur de toute la suite du film. Son titre est d’une pertinence incroyable et de plus en totale relation avec le cours qu’Adam a donné plus tôt : et comme si le titre ne suffisait pas pour alerter Adam, il croit s’apercevoir dans un coin de l’écran.

SI le début était morne et répétitif, la suite va alors faire naître une angoisse chez Adam, angoisse qui va se propager auprès du spectateur.


L’atmosphère qui n’était pas très réjouissante jusque là devient de plus en plus oppressante à mesure qu’Adam s’enfonce dans la recherche de ce double étonnant : même aspect, même voix. Et plus on avance avec lui, plus les détails deviennent troublants. Non seulement ils se ressemblent, mais en plus, leurs compagnes sont sur le même modèle à une différence notable : celle de l’autre (Anthony) est enceinte.

De plus, certains plans s’interpellent à longueur de film, décrivant les mêmes gestes dans différentes situation : Adam marchant dans le couloir est le plus bel exemple. CE couloir d’ailleurs revient très souvent, que ce soit dans les rêves ou dans la vraie vie.

Encore une fois, Villeneuve nous propose un film magistral

 

[Pause. Les lignes qui vont suivre vont révéler une grande partie de l’intrigue. Je vous conseille donc de revenir quand vous l’aurez vu si ce n’est encore le cas. Pour les autres, on continue. Fin de la pause.]

 

Vous êtres toujours là ? Je continue.

Alors que nous suivons la progression d’Adam, le point de vue va se mettre à changer. Adam ayant pris contact avec Anthony, nous allons passer de son côté. Bien sûr, rapidement, lui aussi va être intrigué. La rencontre est alors inévitable et révèle des points communs qui vont au-delà du troublant. Comment deux personnes qui se ressemblent et ont la même voix peuvent-elles avoir le même détail anatomique (une cicatrice sur le torse) ?

La réponse est trop simple pour être acceptée par le spectateur à ce moment-là. Mais plus le film va avancer et plus les hypothèses vont disparaître : Adam et Anthony ne forment qu’une seule et même personne.

Et cette quête du double n’est rien d’autre qu’une reprise de contrôle de sa vie : Anthony est une projection d’Adam, ou plutôt celui qu’il azurait aimé être avant de lâcher le cinéma pour l’Histoire. Anthony/Adam était acteur certes, mais de « troisième zone » comme dit sa mère (Isabella Rossellini), qui soutient par ailleurs qu’elle n’a eu qu’un seul enfant : Adam. Anthony est alors l’acteur qu’il aurait aimé être, mais qui n’a pas dépassé le stade des utilités : il suffit de voir son cv pour en être convaincu.

Et cette projection va jusqu’à sa compagne : tout comme il y a deux Adam, il y a deux femmes : la vraie (Helen) et le fantasme (Mélanie Laurent).

Dans la volonté de reprendre le contrôle sur sa vie, l’interaction entre les partenaires opposés prend tout son sens : Anthony a une aventure avec Mary pendant qu’Adam remplace ce dernier auprès d’Helen.

L’épilogue de cet échange amoureux est alors le véritable indicateur du contrôle d’Adam sur sa vie : non seulement les amants se tuent dans un accident de la route, mais au réveil, quand la radio annonce cet accident, Adam l’éteint.

Cette histoire est terminée, Adam va reprendre sa place auprès d’Helen.

 

Mais…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Cédric Jimenez, #Guerre
HHhH (Cédric Jimenez, 2017)

« Himmlers Hirn heiβt Heydrich » (1).

Telle est la signification qui se cache derrière ces quatre H expirés (2) : un portrait succinct mais tellement vrai de cette immonde personne.

Parce que Heydrich était un être extrêmement mauvais : situé juste au-dessous de Himmler dans la hiérarchie nazie, il possédait une intelligence qui le situait largement au-dessus de son supérieur qui, ne l’oublions pas était avant tout un éleveur de poulets. Himmler sera d’ailleurs le seul haut dignitaire du parti que nous verrons, si nous écartons Röhm qui ne fait que deux très courtes apparitions (Ian Redford).

 

Le film est en trois parties de longueurs variables mais donnent une structure ternaire qui n’est pas sans rappeler la forme d’une dissertation : thèse – Heydrich - ; antithèse (Gabcík & Kubiš) ; synthèse – la confrontation et ses conséquences.

Tout commence le matin du 27 mai 1942, jour de l’attentat. C’est une journée comme toutes les autres pour Heydrich (Jason Clark), si ce n’est sa prolongation funeste. C’est lors de l’intervention du premier tueur - Jozef Gabcík (Jack Reynor) – que l’image se fige une première fois et le film nous ramène 13 ans plus tôt, quand Heydrich était un membre de la marine allemande : officier, sportif et mélomane averti. Suit son ascension irrésistible, dirigée dans un premier temps par sa femme Lina (Rosamund Pike), avant qu’il s’en affranchisse et devienne « Protektor » de Bohème-Moravie, puis au jour de l’attentat.

La sten de Gabcík ne fonctionnant pas, c’est Ian Kubiš (Jack O’Connell) qui prend le relais, balançant une grenade artisanale qui se fige à son tour, laissant place à la deuxième partie nous racontant comment cet attentat fut organisé, de l’Angleterre (où les deux hommes s’étaient réfugiés jusqu’à Prague et ce même matin de mai.

Quand on arrive au 27 mai, la troisième partie débute et ne se terminera qu’à la fin définitive de l’opération : la mort de tous ces protagonistes, ainsi que les victimes collatérales.

 

On a reproché à Cédric Jimenez des approximations dans le film, qu’elles soient historiques ou géographiques. Mais n’oublions jamais que nous sommes au cinéma et que la base de l’intrigue tient dans le roman éponyme de Laurent Binet (2010) : si on remarque des efforts de vraisemblance, on ne peut pas éviter une certaine distance quant aux personnages historiques.

Une chose ressort tout de même : c’est que Heydrich était un énorme salaud (euphémisme) et que son implication dans la solution finale fut l’une des raisons pour lesquelles ce fut un véritable massacre. Heydrich était doué en tout, même en crime.

Et c’est peut-être ça qu’on peut reprocher à Jimenez dans le film. Il me semble que mettre les deux Tchécoslovaques au même plan que l’Allemand n’a pas été une si bonne idée. Heydrich est très certainement l’un des pires criminels nazis, et son rapport à la mort directe aurait gagné à être plus développé. Tout comme ses rapports avec sa hiérarchie et surtout Hitler. Ce dernier est certainement le grand absent du film. Si Himmler (Stephen Graham à contre-emploi dans un rôle d’affreux) est présent, on aurait pu avoir les interventions des autres dignitaires et leurs avis quant aux directives de Heydrich. De même, les effets de ses décisions auraient pu aussi être plus développés. En fait, peu d’interventions directes nous sont montrées : la Nuit des Longs Couteaux est une succession de surimpressions rythmées par le son des coups de feu ; les Sonderkommandos sont brièvement montrés, mais surtout, la Conférence de Wannsee est trop brève et n’explique pas assez en détail ce qui a été décidé.

 

Il n’en demeure pas moins que le portrait d’Heydrich est assez fidèle à l’esprit de cet homme extra-ordinaire. De plus, Jimenez nous montre que ce personnage abject avait une vie privée : une femme, des enfants (une maîtresse ?), un goût prononcé pour la grande musique. Quelqu’un qui semble tout à fait ordinaire. Comme n’importe qui. Cet aspect « humain » du personnage est d’ailleurs toujours présent chez les autres Nazis (3).

Quoi qu’il en soit, le film de Jimenez se base sur une distribution sérieuse où les acteurs sont convaincants et donne tout de même un bon aperçu de Prague à cette période ainsi que de la malfaisance de Heydrich, rarement évoquées dans les écoles autres que tchèques ou slovaques.

 

Je terminerai en rappelant que cet événement fut traité déjà en temps de guerre par Fritz Lang, dans lequel il nous montrait l’impact de la répression allemande faisant suite à l’attentat. Ici, ce même thème est traité dans la troisième partie avec des images violentes qui n’étaient que suggérées : l’époque n’admettait pas une telle débauche de violence, et surtout, les circonstances réelles de cet attentat furent connues beaucoup plus tard.

 

Mais Jiménez ne termine pas sur une note macabre – tout le monde ou presque est tué. En effet, sa toute dernière séquence amène un léger sourire au spectateur.

Je vous laisse la découvrir.

 

 

PS : Joyeux Noël !

  1. Le cerveau de Himmler s’appelle Heydrich.
  2. Comme le disait mon professeur de linguistique, on expire le H, il est interdit de l’aspirer, même pour raisons médicales…
  3. Lire, à ce sujet, La Mort est mon métier (Robert Merle, 1952), où sont rapportées les pseudo-mémoires de Rudolf Höβ, commandant d’Auschwitz-Birkenau.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sidney Lumet, #Policier
Le Crime de l'Orient-Express (Murder on the Orient-Express - Sidney Lumet, 1974)

L’infâme Ratchett (Richard Widmark) est retrouvé mort dans son compartiment de l’Orient-Express, juste à côté de celui où dormait Hercule Poirot (Albert Finney).

Il semble qu’un homme mystérieux, déguisé en contrôleur, l’ait tué et après se soit enfui, laissant son costume.

A moins que ce soit autre chose. Dans ce cas, comptez sur Hercule Poirot pour découvrir la vérité.

 

Les années 1970s ont vu se développer de nombreux films aux castings prestigieux et fournis, qu’ils soient à grand spectacle (La Tour infernale) ou celui qui nous intéresse ici. En effet, la liste des participants au film est impressionnante, malgré le manque d’actions spectaculaires inhérent à l’intrigue : le huis clos feutré et lent (encore que) est donc contrebalancé par le prestige des interprètes.
Mais surtout, Agatha Christie a accepté » que ce film soit tourné : la grande dame avait été déçu de précédentes adaptations de ses romans.

 

C’est donc Sidney Lumet qui dirige tout ce beau monde, dans une intrigue toujours aussi bien ficelée (1), délaissant un temps ses sujets habituels et plus sérieux. D’une certaine façon, c’est plus un divertissement de sa part quand on le compare à ses productions emblématiques (La Colline des hommes perdus, Un Après-midi de chien…).

Mais le cahier des charges est rempli : on y retrouve l’aspect aristocratique de certains personnages en même temps que le côté populaire des gens inférieurs ; le flegme britannique inévitable de toutes ces personnes ; et bien sûr les moustaches plus ou moins improbables du petit détective belge.

Albert Finney nous donne une prestation assez savoureuse, lui qui était vieilli chaque jour de tournage (2), avec toutefois son côté maniaque pas assez développé (2).

Pour le reste, il est impeccable, et sa grande séquence de révélation finale est superbement interprétée.

 

Comme beaucoup de films dont la résolution finale éclaire l’intrigue et lui donne toute sa dimension, celui-ci n’échappe pas à la règle. Même si nous sommes au cinéma et que finalement, ce n’est qu’une adaptation, elle n’en possède pas moins les avantages.

Et un roman policier d’Agatha Christie prend tout son sel quand on en connaît le dénouement. Revoir le film (comme relire le livre) permet de relever les différents indices mis à disposition par le réalisateur (ou l’écrivaine) pour nous aider à découvrir le fin mot de l’histoire. Certains plans rapprochés ou certains détails mis en exergue prennent alors tout leur sens et amènent un plaisir supplémentaire au spectateur qui les traque et les découvre. Bien entendu, ici, ce sont surtout les regards qui deviennent éloquents, à mesure que l’enquête progresse.

 

Alors certes, ce n’est pas le meilleur des films de Lumet, mais qu’importe, on y retrouve de grands noms du cinéma (anciens comme John Gielgud ou George Coulouris) ou plus récents (Albert Finney, Jacqueline Bisset) ainsi que des éléments physiques du huis-clos : la caméra très proche des personnages du fait de l’exiguïté des couloirs n’en amène que plus de réalisme. Mais surtout, on y apprécie l’atmosphère feutrée et lourde de cette gentry que décrit avec justesse Agatha Christie où, comme partout, le sordide a sa place, et la dissimulation reste la première des qualités (4).

 

 

  1. Si vous avez lu le livre, vous en conviendrez.
  2. Dans la première apparition de Poirot (La mystérieuse Affaire de Styles, 1920), Hastings – le narrateur – nous présente le petit détective comme quelqu’un d’assez âgé, puisque en retraite de la police belge. L’intrigue ici se déroulant en 1935, il ne pouvait pas être interprété par un homme jeune.
  3. David Suchet, qui reprendra le rôle pour la télévision, est – à mon avis – un Hercule Poirot extraordinaire, plus vrai que le vrai.
  4. « Keep a stiff upper lip. »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Howard Hawks, #Noir
Le Port de l'angoisse (To have and have not - Howard Hawks, 1944)

Fort-de-France, été 1940.

Alors que le régime de Vichy s’installe, Harry Morgan (Humphrey Bogart) loue son bateau pour des parties de pêche en mer. Pendant ce temps, la Résistance s’organise et aimerait profiter du bateau de Morgan. Mais comme son pays, il ne veut pas prendre partie dans ce conflit, refusant d’aider sans toutefois préférer un camp plutôt que l’autre.

Harry travaille seul, avec son compagnon Eddie (Walter Brennan), un poivrot qui veille sur lui, à moins que ce soit le contraire.

 

« Anybody got a match ? »

Une nouvelle légende est née : Lauren Bacall débarque au cinéma, et d’une certaine façon dans la vie d’Humphrey Bogart.

Elle est jeune, belle, a une voix grave. Elle est magnifique. A tel point qu’on peut presque se demander si Bogart ne la découvre pas à ce moment précis, comme si elle apparaissait devant lui pour la première fois.

 

Dès la première séquence, on sait tout de suite que Morgan est un type particulier. C’est un marin certes, mais à son apparence, on comprend aisément qu’il n’est pas exactement dans la norme : sur sa tête, sa casquette de travers en dit long sur le genre d’homme qu’on va découvrir, et ses premières paroles avec le gardien du port sont de la même veine. (1)

D’une certaine façon, on retrouve dans Harry Morgan un peu de Rick Blaine : c’est un solitaire, neutre dans le contexte dans lequel il évolue, même si ses sympathies vont vers la Résistance. Chose amusante, on retrouve aussi Marcel Dalio qui était lui aussi dans Casablanca, mais cette fois-ci dans un rôle plus important.

 

Hawks signe ici l’un de ses plus beaux films, et surtout l’un des plus légendaires. Ceci est certainement dû à la rencontre entre deux géants : l’un déjà reconnu (Bogart) et l’autre à venir (Bacall). Il y a un fluide qui passe entre les deux et chaque nouvelle confrontation gagne en intensité jusqu’au premier baiser tant attendu (40 minutes !). C’est une joute oratoire autant que visuelle que se livre ces deux interprètes. Et l’allure de dur-à-cuire de Bogart ne tient pas si longtemps que ça devant une telle femme. Et quand ils se retrouvent, que ce soit dans une chambre ou au milieu des clients du bar, c’est comme s’ils étaient seuls au monde. Le temps d’un échange, tout le reste s’évapore, et seule une intervention extérieure importante peut les (2) sortir de leur isolation. Il y a un lien qui se crée dès la première parole échangée. Il y a une analogie avec leur propre vie tant cette rencontre est intense et ne change pas seulement le destin d’Harry Morgan.

 

Howard Hawks a peut-être adapté le pire roman d’Hemingway (3), il n’empêche que ce film reste l’un des plus magnifiques qui soient. C’est un tout : un film qui se passe pendant la guerre, avec une part d’exotisme, de noirceur et d’amour, le tout savamment dosé. Un chef-d’œuvre (mais vous ne m’avez pas attendu pour le savoir). Il y a l’aisance habituelle de Bogart qui est très bien expliquée par le résistant De Bursac (Walter Szurovy) à travers le personnage de Morgan. Mais il y a cette même aisance chez Lauren Bacall qui fait pourtant ses tout premiers pas au cinéma. Elle évolue naturellement, comme si elle avait toujours fait ça, tenant tête à ce vieux loup de mer (pour l’occasion), son regard toujours teinté d’une pointe d’ironie.

Encore une fois, c’est bel et bien la femme qui fait tout le sel du film, et celle-ci est magnifique, à tous les points de vue. On retrouvera cette même équipe deux ans plus tard avec le même plaisir, mais ceci est une autre histoire (4).

 

Outre ce couple mythique, on trouve autour d’eux quelques autres personnages bien définis et surtout bien interprétés. Le méchant (indispensable) tout d’abord : Renard (Dan Seymour) pourrait nous faire penser à Ferrari (Sydney Greenstreet) du même Casablanca, s’il n’était pas aussi détestable. Il a cette même stature d’homme très gros, mais à cela s’ajoute le déshonneur : cet homme travaille pour la police d’Etat qui est réduite à un seul mot, Gestapo (c’est une liberté du film par rapport à l’histoire : c’est normal, nous sommes au cinéma). C’est un personnage très réussi tant il peut être répugnant.

 

Autre personnage important et cette fois-ci très sympathique : Eddie. On retrouve Walter Brennan avec beaucoup de plaisir dans un rôle – habituel – de poivrot, amis avec une dimension pathétique assez prononcée. C’est un personnage très attachant, une espèce de grand gosse : un innocent, comme dit en Bretagne.

Mais il ne faut pas se fier aux apparences : quand Renard essaie de le cuisiner en le faisant boire, il n’y arrive pas, et l’intervention de Harry n’est même pas nécessaire, tant Eddie maîtrise ses réparties. C’est un homme qui sait malgré tout ce qu’il doit faire et surtout se taire. Et si Harry veille sur lui, c’est aussi pour cela.

 

Un film inoubliable et qui vieillit très bien : on ne se lasse pas de le revoir.

 

  1. « Nom ? – Harry Morgan. – Nationalité ? – Eskimo. – Quoi ? – Américaine. »
  2. J’aurais pu mettre « nous » tant ils effacent leur entourage.
  3. Allez voir à ce sujet cette anecdote sur le Net.
  4. Le grand Sommeil.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Paul Leni, #Mélodrame
Le Cabinet des figures de cire (Das Wachsfigurenkabinett - Paul Leni, 1924)

Bien sûr, le titre nous rappelle un film de Robert Wiene. D’autant plus que nous retrouvons Conrad Veidt et Werner Krauss. Mais il ne faut pas s’y tromper, nous ne sommes pas dans Caligari, même si certains éléments visuels aussi nous y font penser.

Paul Leni (aidé de Leo Birinski), avec ce film, réussit la prouesse de rassembler dans un même film la crème des acteurs allemands de l’époque : Jannings, Veidt et Krauss sur une même affiche, ça vous met l’eau à la bouche. Si en plus je vous dis qu’on y trouve aussi William Dieterle (qui s’appelle encore Wilhelm) et Georg John (dans un tout petit rôle, mais il n’empêche, il est là), vous aurez une idée du film dont je vais vous parler.

 

Rapidement, l’intrique : un poète (Dieterle) est embauché par un forain et sa fille (Olga Belajeff) pour écrire un contexte épique à leurs figures de cires, et en particulier aux trois principales : le calife Haroun-Al-Rachid (Jannings), Ivan le Terrible (Veidt) et Jack l’Eventreur (Krauss).

Vont nous être racontées trois histoires autour de ces personnages légendaires, où à chaque fois le poète et la jeune femme seront présents, et à chaque fois amoureux l’un de l’autre.

 

En plus du Cabinet de Wiene, on sent l’influence de Fritz Lang dans ce film où trois histoires se suivent avec comme fil conducteur le couple à l’amour malmené : dans Les trois Lumières, le grand Fritz avait partagé son intrigue en y insérant trois épisodes « historiques », dont un se déroulait au Moyen-Orient. Mais chez Lang, c’était déjà la tragédie qui primait, la Mort (Bernhard Goetzke) offrant des chances illusoires au jeune homme de sauver sa fiancée.

Ici, ces trois histoires ne sont pas de longueurs similaires : l’intrigue de Bagdad prend la moitié du film et celle de Jack l’Eventreur est très courte, le temps restant – entre ces deux histoires – est laissé pour l’intrigue russe.

Outre la durée, ces trois parties n’ont pas la même teinte. En effet, si les aventures du calife sont plutôt comiques, les deux autres sont beaucoup plus noires. D’un côté la cruauté d’Ivan, et de l’autre les pérégrinations d’un assassin menaçant nos jeunes amoureux dans le décor de la fête foraine où se situe le cabinet.

 

Mais surtout, si l’épisode oriental (1) est plaisant à voir, l’intermède russe est à peine passable.

Certes, il y a Conrad Veidt. Mais cela ne suffit pas pour rattraper une histoire plutôt empesée et où les gestes de Veidt sont outrés. Reste son regard effaré qui pourrait sauver le tout, mais à peine.

 

Par contre, la dernière partie qui voit surtout un festival de surimpressions est – à mon avis – la plus réussie.

C’est un véritable labyrinthe qui nous est proposé où les amants se perdent et se retrouvent, toujours talonnés par cette silhouette fascinante et effrayante, où finalement Werner Krauss n’a que très peu de choses à exécuter.

En effet, cette séquence ne dure environ que cinq minutes et ce sont essentiellement des plans statiques de l’acteur que nous voyons, à part une fois il avance, menaçant seulement du fait de son statut et surtout du maelstrom d’images qui entoure les personnages.

 

Bien sûr, la fin est courue d’avance, mais qu’importe, cette dernière séquence vaut la peine de voir le film, surtout si on aime le regard malicieux et un tantinet lubrique de Jannings…

 

 

(1) Dans cet épisode, nous suivons le boulanger Assad (Dieterle) essayer d’échapper aux gardes du calife dans une Bagdad qui rappelle – encore une fois – la ville de Caligari. Mais si les décors chez Wiene sont très rectilignes, tout comme Cesare (Veidt), et de ce fait angoissants. Ici, Bagdad est essentiellement ronde : les dômes, les arches, même les escaliers sont en colimaçon, reprenant cette forme arrondie qui se retrouve jusqu’au calife-Jannings, une espèce de poussah (poussif) – comme dirait Goscinny – au ventre énorme.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Richard Donner, #Superman, #Marlon Brando
Superman (Richard Donner, 1978)

Quarante ans !

Voilà quarante ans que le film est sorti, et presque autant que je l’ai vu la première fois (c’était fin janvier 1979). Et malgré » le temps qui a passé, le perfectionnement des techniques visuelles et surtout l’avènement du numérique, je ne me lasse pas de voir ce film.

Je comprends encore plus aujourd’hui le battage qui a entouré sa sortie. C’était extraordinaire. Si les effets spéciaux de 1978 sont les mêmes – ou presque – que quarante ans plus tôt, il faut avouer que la partie bricolage est rudement bien faite.

Certes, on peut remarquer les transparences et surimpressions ainsi que les incrustations, mais il faut tout de même dire que la qualité est là : Superman a fait rêver beaucoup d’enfants à cette période, peut-être plus que maintenant quand DC Entertainment sort un nouvel opus des aventures de celui qui est l’un des plus anciens super-héros américains.

 

Mais reprenons. Alors que la planète Krypton est en train de mourir, Jor-El (Marlon Brando, contre la loi, décide de sauver son fils Kal-El en l’envoyant à quelques millions de kilomètres, sur une planète fruste certes, mais habitable.
Donc, en 1948, atterrit avec rudesse l’engin de Kal-El, à la grande stupeur de Jonathan (Glenn Ford) et Martha Kent (Phyllis Thaxter). [Notons au passage qu’il s’agit de la dernière apparition au cinéma de cette dernière qui fut vingt-cinq ans plus tôt la femme de Gary Cooper dans Springfield Rifle]. Revenus de leurs émotions, ils vont adopter et donc élever cet enfant tombé du ciel : il s’appellera Clark.

Et puis un jour, Clark (Jeff East) va découvrir ses origines et s’émanciper.

Après quelques années d’apprentissage, il reviendra en plein jour et ses exploits lui donneront le nom de Superman.

 

La première chose qu’on remarque dans ce film, c’est la longueur des génériques. Si une (très) courte séquence nous ramène en 1938 – année de l’apparition de Superman (1) – la présentation, rythmée par la musique de John Williams  introduisant le thème du personnage principal qui sera repris pour les nombreuses suites, tire en longueur (5 bonnes minutes). Pareil pour le générique final, ce qui est plus normal mais tout de même plus étendu qu’habituellement.

Et il faut attendre plus d’une heure dix avant de voir enfin Christopher Reeve dans le costume bleu et rouge (et le S or). Mais cette attente semble nécessaire afin de donner un contexte et surtout des origines à ce personnage étonnant. C’est aussi l’occasion de retrouver quelques grands noms du cinéma : outre Marlon Brando, on peut reconnaître Trevor Howard, ou encore Maria Schell et Harry Andrews. Mais ces vieilles gloires (1) sont destinées à disparaître avec la planète Kypton.

 

Du côté obscure, nous trouvons un trio infernal : Lex Luthor (Gene Hackman), Otis (Ned Beatty) et la belle Eve Teschmacher (Valerie Perrine).

Si Lex Luthor est un esprit brillant mais tout de même malade, ses deux acolytes rivalisent de bêtise, superbes faire valoir de l’ignoble Luthor.

Et la composition que nous propose Gene Hackman est absolument dans le ton du film : un méchant terrible mais au côté parfois ridicule. Et tout de même : comment un tel esprit a-t-il pu s’entourer d’un incapable comme Otis ?

 

Et puis il y a le défaut dans la carapace de Superman : Lois Lane (Margot Kidder). Elle est belle et intelligente, intrépide mais… Elle ne résiste pas longtemps à cet homme d’acier au regard de velours.

Mais on est en droit de se demander comment Lois ne peut pas reconnaître Clark derrière ce super-homme. Clark Kent a des lunettes et n’est pas en collant bleu et culotte rouge, mais on reconnaît aisément qu’il est l’autre.

 

Qu’importe, on se laisse porter par ces aventures surhumaines (évidemment) et on se laisse faire avec beaucoup de plaisir, souriant des effets un peu trop visibles mais appréciant les autres et surtout les décors futuristes de Krypton ou du repère de Superman.

De plus, la séquence sur Krypton qui semble complètement inutile dans le film en tant que tel, prend toute sa signification quand on sait qu’elle sera la base du deuxième film, quatre ans plus tard.

 

J’oubliais : la différence entre Superman (1978) et Superman (2013) ? Le ton. DC Entertainment n’a pas l’humour de Richard Donner, et d’une certaine manière semble privilégier un ton plus sérieux.

 

A voir donc.

 

 

PS : Alors qu’on fête les 40 ans de la sortie du film, la belle Margot Kidder s’est éteinte en avril dernier.

 

(1) Parlant de vieilles gloires : c’est Jackie Cooper qui interprète Perry White, le patron de Lois et Clark.

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