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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jacques Tati
Les Vacances de monsieur Hulot (Jacques Tati, 1953)

Saint-Marc-sur-Mer (44) entre Saint-Nazaire et Pornichet.

Sa plage, ses rochers, son hôtel, ses habitués…

Un vieux couple qui sort faire une promenade digestive et vespérale, immuablement ; un homme d’affaire affairé, une vielle Anglaise (Valentine Camax), une jeune femme blonde (Nathalie Pascaud)… Et monsieur Hulot (Jacques Tati).

Tous sont en vacances, même l’homme d’affaire (entre deux coups de téléphone).

 

Second film de Jacques Tati, Les Vacances sont encore une fois une chronique du temps qui passe. De ces jours d’été qui se suivent et se ressemblent, au bord de la mer. C’est un lieu fréquenté par des habitués, qui ont leur rythme et leurs habitudes.

Le temps s’écoule doucement, paisiblement. Jusqu’à l’arrivée de Monsieur Hulot.

Hulot, à l’instar du vagabond de Chaplin, est un inadapté : trop grand, maladroit, les gestes mécaniques, étourdi. Mais surtout, déstabilisant.

 

Si François (Jour de Fête) était gentil mas pas spécialement malin, il n’en va pas de même de ce nouveau personnage. Hulot est athlétique et serviable, et plein de ressource. Il est de ces personnes qu’on aime beaucoup ou absolument pas. Et ici, c’est le camp des absolument pas qui est le plus représenté. Il faut dire qu’à chaque apparition dans la routine de l’hôtel du grand homme au petit chapeau de toile, c’est un début de chaos qui se prépare : la porte de l’hôtel n’est jamais fermé, la musique qu’il écoute tonitruante, et ses interventions auprès des autres pensionnaires amenant toujours une catastrophe.

 

Mais, malgré tout cela, c’est un personnage très attachant. C’est un grand frère que les enfants aiment voir arriver, un compagnon de randonnée pour les jeunes filles, un danseur inoubliable pour la jeune fille blonde. Mais surtout, c’est le personnage le plus vivant du film : quand il arrive, tout se met en branle, la vie s’anime.

Et à part les enfants, seuls trois adultes se réjouissent de son apparition : la jeune fille blonde, bien sûr, la vieille anglaise, et aussi le vieux promeneur (René Lacourt) qui a le regard qui se met à pétiller d’espièglerie quand il l’aperçoit. Car, si sa femme s’émerveille de la beauté du lieu et des diverses curiosités se présentant à elle, lui s’émerveille d’une toute autre beauté – la jeune fille femme blonde – et d’une autre curiosité ô combien plus intéressante : Monsieur Hulot.

La vieille Anglaise, quant à elle, est charmée par ce grand homme si peu sérieux et plein de vie. En son absence, elle traîne sa mélancolie dans le hall de l’hôtel, ne goûtant pas les occupations routinières des autres résidents.

Ces deux personnages sont d’ailleurs les seuls qui aspirent à retrouver Hulot dans le futur : dans leur vraie vie qu’ils vont retrouver (l’homme), ou aux prochaines vacances (l’Anglaise).

Et la jeune femme ? Elle s’amuse de cet homme trop grand dans un monde de petites gens. Il est maladroit et étourdi ? Qu’importe, il la fait rire, et c’est ça qui importe le plus.

 

Parce que, avant tout, Hulot fait rire. Il fait rire involontairement surtout, à ses dépens la plupart du temps, mais avec un humour subtile qui le fait aimer des rares résidents conquis et surtout des spectateurs. Hulot, c’est un homme ordinaire extraordinaire. Ordinaire car il peut être n’importe qui, il n’a aucune importance sociale ou professionnelle. Extraordinaire parce que ce qui lui arrive prend toujours des proportions inhabituelles. Ce qui pour le spectateur serait une calamité devient ici une arme redoutable du rire, teinté de cette même nostalgie qui baignait Jour de Fête.


Comme dans son film précédent, Tati ne nous livre pas un film avec une intrigue bien ficelé et une continuité narrative. C’est encore une fois une chronique, une parenthèse dans ce monde qui se modernise à grande vitesse.
Alors que les vacanciers viennent dans des voitures récentes, Hulot arrive dans un véhicule antédiluvien (VAL 3) au moteur pétaradant joyeusement. Autre signe de ces temps modernes : la gare où les hauts parleurs annoncent un train arrivant… Et bien entendu le téléphone qui rappelle sans cesse M. Schmutz.

 

Et comme dans Jour de Fête, on retrouve des gags récurrents : la guimauve qui pend, le patron de l’hôtel perturbé à chaque apparition de Hulot… Et le serveur qui ne cesse de râler… Silencieusement !

Jamais on n’entend sa voix, mais pourtant, on le voit essentiellement se plaindre.

Il faut dire que, comme Les Temps modernes, c’est un film sinon parlant du moins sonore. Tati admirait les maîtres du burlesque, et Hulot est vraiment l’héritier de ces personnages popularisés par Chaplin (bien sûr), Keaton ou Lloyd pour ne citer que ceux-là.
De toute façon, les paroles ne comptent pas. Ou si peu. Le seul moment où on entend des paroles intelligibles – à défaut d’être intelligentes – c’est quand la TSF retransmet un discours politique particulièrement creux, et définitivement interrompu par la musique du bal.

Parce qu’il y a un bal. Et qui y trouve-t-on ? Les enfants, grands alliés de Hulot et toujours présents chez Tati, la jeune femme blonde en  Colombine avec une robe arlequinée, la vieille Anglaise, et Hulot. Et le vieux monsieur ? Il s’échappe subrepticement de sa promenade pour jeter un œil rapide dans la salle de bal.

Le bal est triste : quand la jeune femme arrive, personne ne l’accueille. Et soudain il paraît et l’invite : Hulot le pirate (bord de mer oblige) la fait danser au son de la magnifique musique d’Alain Romans. Une musique mélancolique et nostalgique, résumant à elle seule l’atmosphère du film.
 

Et encore une fois, Tati ponctue son film par une fin en demi-teinte : ni heureuse, ni malheureuse. A chacun d’en tirer sa propre opinion.

 

 

PS : 65 ans après, l’Hôtel de la Plage est toujours là. Saint-Marc s’est transformé, mais sur le front de mer, dominant la plage qui porte son nom, Monsieur Hulot, penché, les bras à la taille, regarde l’océan. Sa pipe a disparu, mais son esprit est indissociable du ressac qui repart après avoir heurté les mêmes rochers, inlassablement.

 

Plage de M. Hulot, Saint-Marc-sur-Mer, 1 janvier 2018.

Plage de M. Hulot, Saint-Marc-sur-Mer, 1 janvier 2018.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Jacques Tati
Jour de Fête (Jacques Tati, 1949)

Oui, c’est jour de fête à Sainte-Sévère-sur-Indre (36).

On installe le grand mat avec son drapeau tricolore, les forains arrivent et s’installent.

Et la fête a lieu.

Le lendemain, on démonte tout, et les forains repartent.

 

En fin de compte, on voit très peu de chose de la fête elle-même : l’annonce du garde-champêtre, des stands, un manège de chevaux de bois, une fanfare, et des décorations…

Non, l’intérêt est ailleurs. Et surtout, il a pour non François (Jacques Tati), et est le facteur attitré de la commune. François est un bon gars, il n’a certes pas inventé la poudre mais tout le monde l’aime bien.

Et en même temps que la commune, ça va être la fête de François, surtout avec les forains Marcel (Paul Frankeur) et Roger (Guy Decomble), qui vont gentiment se moquer de lui et réformer sa façon de travailler.

Pour le reste, c’est toute une époque que nous entrapercevons dans cette fête villageoise.

De quelle fête s’agit-il ? Ca pourrait être celle de moissons ou n’importe quelle autre fête estivale, mais ce n’est pas important, c’est ce qui s’y passe qui nous intéresse.

On y voit les gens arriver dans leurs habits du dimanche, les jeunes filles en robes de couleurs, Roger, à la loterie, qui bonimente, entre deux réflexions de sa femme (Santa Relli) qui voit d’un mauvais œil ses penchants pour une des jeunes filles de Sainte-Sévère… Et les clients du café, qui boivent ou qui dansent aux sons d’un piano mécanique capricieux.

 

Et au milieu de tout ce monde, donc, François, le facteur et son vélo auquel est accroché un grelot qui ne cesse de tinter. François est un facteur « à l’ancienne », qui rencontre les gens pour leur donner leur courrier. Il sait aussi prendre le temps de s’arrêter boire (au moins) un coup. On se moque gentiment de François, mais il n’est pas méchant. Par contre, le lendemain de la fête, c’est un François métamorphosé qui entreprend sa tournée : elle sera « à l’américaine ».

Cette tournée est, bien entendu, le grand moment du film, même si les autres séquences apportent leur lot de nostalgie et d’humour. De nostalgie pour nous, spectateurs du XXIème siècle. Nous savourons cette chronique rurale où les gens prenaient le temps de vivre. Et qu’on le veuille ou non, il y a aussi cette nostalgie chez Tati : ce besoin de prendre le temps cde vivre. Car au bout du compte, François a-t-il vraiment besoin de faire sa tournée au triple galop ? Certainement pas. Tati reprendra cette aspiration de prendre le temps, de ne pas avancer trop vite dans la modernité, dans ses films suivants où monsieur Hulot sera un véritable héraut du « bon vieux temps »…

 

Et puis il y a l’humour. Pour la première fois, Tati réalise un long métrage. Et sa base de travail, c’est un court-métrage qu’il a tourné précédemment, L’Ecole des facteurs, et son personnage principal François. Mais ici, il met son facteur dans un contexte : le village et sa fête. Alors que tout le monde est à la fête, lui travaille – ce qui ne l’empêche pas d’en profiter…

 

Il y a chez Tati un retour à l’humour burlesque des premiers comiques du cinéma. Il était un grand admirateur des Chaplin (qu’il prononçait à la française : [ʃaplɛ̃]) et autres Keaton ou Lloyd, et son humour est le plus souvent visuel. Les dialogues sont brefs : on ne fait pas de grandes phrases, et le plus souvent, ce qui est dit est peu audible, voire carrément inaudible.

Par contre, la bande-son est importante, permettant entre autre un gag récurrent : la mouche (abeille ? guêpe ?) qui importune ceux qui passent sur son chemin (toujours le même).

De plus, Tati a une propension à partager avec Chaplin (prononcez-le comme vous voulez) une fin en demi-teinte. ON ne peut pas parler de fin heureuse, mais ni malheureuse.

Le film, c’est un instantané de l’après-guerre française, quand les gens retrouvaient leur mode de vie et profitaient à nouveau des plaisirs de la vie, dont la fête du village était un grand événement.

Pendant 1 heure 15, nous avons voyagé dans le temps et mis en vie une de ces vieilles cartes postales aux couleurs passées. Car, depuis 1995, Sophie Tatischeff – la fille de – a restauré le film « en couleurs » (procédé thomsoncolor d’origine), comme l’avait voulu son père.

 

Mais malgré ces couleurs retrouvées, on reste toujours dans cette époque, loin du bruit et de la vitesse de la vie moderne qui guette : une des rares voitures qui circule est non seulement trop rapide, mais aussi très bruyante.

Deux grands défauts dans l’univers de Tati…

 

PS : C'est un enfant qui ouvre le film, sautillant derrière les chevaux de bois dans la remorque. Ce sera a nouveau cet enfant qui accompagnera de la même façon la caravane des forains qui repartent vers d'autres horizons.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Merian C. Cooper, #Ernest B. Schoedsack, #Fay Wray, #Muet
Les quatre Plumes blanches (The Four Feathers - Merian C. Cooper - Ernest B. Schoedsack, 1929)

Harry Feversham (Richard Arlen) est le fils du colonel Feversham (George Fawcett), lui-même fils de militaire (etc.)… Tous de bons soldats remplis de courage et de bravoure.

Alors reprendre le flambeau est un  lourd héritage pour Harry qui a peur.

Il n’a pas peur d’un quelconque ennemi, mais de ne pas être à la hauteur de ses glorieux ancêtres : il doit porter le lourd poids de l’honneur familial.

Il démissionne de l’armée et reçoit alors quatre plumes blanches (d’où le titre), symbole de couardise : une de ses trois amis Castleton (Theodore von Eltz), Durrance (Clive Brook) & Trench (William Powell) et la dernière de sa fiancée, la belle Ethne Eustace (Fay Wray), elle-même fille de militaire et qui ne saurait épouser qu’un militaire courageux.

 

C’est déjà la troisième collaboration de Cooper et Schoedsack, et leur premier film avec Fay Wray. C’est déjà un film à grand spectacle où de nombreux figurants (et leurs chameaux) se battent dans une lutte finale décisive pour la réhabilitation de  Feversham. Et comme nous sommes en Afrique (au Soudan), nous avons aussi droit à un troupeau d’hippopotames se jetant à l’eau : jamais on n’a vu autant de ces pachydermes dans un seul film. Même dans le Tarzan qui viendra trois ans plus tard.

 

Bien entendu, dès le début, nous savons – nous spectateurs – que cet envoi de plumes blanches n’est pas juste. Nous savons que Feversham n’est pas un lâche. Mais que voulez-vous, l’honneur est une chose grave, surtout dans l’Angleterre du XIXème siècle. Nous sommes en pleine période des guerres coloniales avec aussi – hélas ! – son lot de préjugés et de racisme. Les indigènes (soudanais) sont des primitifs foret proches des hommes préhistoriques si ce n’étaient leurs armes (sagaie et bouclier) : à ces primitifs, on oppose la discipline des soldats britanniques avec leur flegme, leur supériorité, et leur fine moustache. Même Harry, qui se prend d’amitié pour Ali (Harold Hightower) un jeune noir, possède cette supériorité sur les soldats autochtones sous ses ordres. Et comme ces derniers essaient de se révolter, il leur oppose simplement son regard autoritaire qui fait baisser les têtes. Toute une époque. Sans oublier l’esclavage qui était encore monnaie courante (malheureusement, c’est encore d’actualité).

Ajoutons enfin que les indigènes primitifs se débandent quand leur chef est mort, comme une bande apeurée… Heureusement cette époque est révolue. Quoi que…

 

Mais malgré tout, et une fois passé cet aspect un tantinet colonialiste, le film est un beau divertissement dans lequel la paire de réalisateurs nous gratifient de magnifiques scènes extérieures, qui, alors qu’elles sont tournés dans le désert californien, nous transportent tout de même en Afrique, celle des forts isolés qui doivent tenir en attendant la relève, avec l'inévitable officier incapable de commander car malade ou blessé. Cette situation sera exploitée dans la décennie suivante par de grands noms tels John Ford (La Patrouille perdue, 1934), ou encore William Wellman (Beau Geste*, 1939) ou encore Julien Duvivier (La Bandera, 1935).

 

Notons enfin que la bande son introduit certains bruits, et qu’une version sonore aurait pu être exploitée, amis finalement abandonnée par  David O. Selznick qui fera même tourner des éléments supplémentaires**. Cette dernière initiative amènera Cooper et Schoedsack à quitter la Paramount et rejoindre la RKO avec laquelle ils tourneront deux magnifiques films : Les Chasses du Comte Zaroff et ce chef-d’œuvre absolu qu’est King Kong, avec à chaque fois la belle Fay Wray.

 

 

PS : cette volonté de rachat de cet homme déshonoré n’est rien d’autre que cette quête de rédemption toujours très présente dans le cinéma américain***.

 

* précédemment tourné en 1926 par Herbert Brenon

 

** Il était comme ça Selznick, il fallait qu’il se mêle de tout…

 

*** Des fois, j’ai l’impression de me répéter…

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille
Old Wives for new (Cecil B. DeMille, 1918)

Charles Murdock (Elliot Dexter) est très riche, mais il n’est pas heureux.

Dehors, de pauvres gens qui ne possèdent même pas leur maison sont heureux, eux. Pourquoi ? Ils s’aiment.
Mais Charles et sa femme Sophy ne s’aiment plus. Enfin lui n’aime plus ce qu’elle est de venue…

Autrefois, c’était une belle jeune fille svelte aux cheveux d’or (Wanda Hawley). Maintenant, c’est une grosse rombière oisive (Sylvia Ashton) qui passe son temps à manger et lire le supplément de bandes dessinées du journal…

 

Comme le suggère le titre, nous allons assister à un changement dans la vie de Charles.  Mais si sa vie change, celle des autres va en faire de même. Et pour l’un d’entre eux elle va carrément s’arrêter, un cœur arrêtant difficilement une balle de révolver…

Nous sommes dans une comédie de mœurs, grande spécialité de Cecil B. DeMille, quand il ne tourne pas une fresque religieuse… Comme dans Why change your Wife deux ans plus tard, nous assistons à un changement de partenaires. Mais si ce dernier film n’apporte aucun changement, il n’en va pas de même ici.

Tout est chamboulé. Pour le meilleur et pour le pire.

 

Dès le début, on nous prévient : cinq personnes vont chambouler le destin de Charles. Outre Sophy, il y a Juliet Raeburn (Florence Vidor, alors la femme King), Viola Hastings (Marcia Manon), Tom Berkeley (Theodore Roberts, un habitué des films de DeMille et de ce genre de rôle) l’associé de Charles et Melville Bladen (Gustav von Seyffertitz) :

  • Juliet, c’est la femme dont Charles tombe amoureux et qui le lui rend bien miss qui sait s’effacer quand elle apprend qu’il est déjà marié ;
  • Viola, c’est la femme « peinturée », une espèce de poule de luxe ;
  • Tom, c’est l’associé de Charles, son ami, son complice… C’est aussi lui qui fera rebondir l’histoire, comme si elle n’était pas assez compliquée comme ça ;
  • Melville enfin, le secrétaire, c’est l’intrigant, celui par qui le scandale arrive. Car, c’est d’un tout petit détail – un mouchoir perdu par Juliet – que cette histoire sombre dans le mélodrame, voire la tragédie. Il y a du Iago dans le personnage de Melville. Pour une fois que Gustav von Seyffertitz ne jouait pas une vieille ganache prussienne…

 

Mais à la différence d’Othello, Charles ne tuera pas sa femme, même s’il a bien l’intention de s’en séparer. Et nous assistons donc à une intrigue assez riche pour un film de seulement 71 minutes. Mais il y a tout pour faire un film croustillant : de l’adultère, du meurtre, su s scandale, et des jolies femmes, dont Alice Terry qui se faisait encore appeler Alice Taafe.

On a même droit à une scène de salle de bain. DeMille a souvent utilisé cette pièce dans ses films permettant de glisser quelques femmes dévêtues. Mais ici, il en va tout autrement. En effet, c’est Charles qui y entre et découvre les « restes » du passage de sa femme : cheveux dans le lavabo, sur le peigne… Bref rien de bien excitant. On a même Sophy qui y entre pour prendre un bain, mais qui, heureusement, se ravise.

Il n’en sera pas de même quand ce sera Gloria Swanson qui aura cette même idée…

 

Malgré le thème plutôt sulfureux (nous en sommes en 1918, ne l’oubliez pas !), DeMille (et Jeanie MacPherson) restent dans ce qu’on appelle les limites de la correction. Il n’est pas question d’une relation entre Juliet et Charles tant que ce dernier n’est pas marié. Mais finalement, le Destin qui avait placé Melville sur la route de Charles a bien fait les choses. Si les premiers effets de la rouerie de Melville accablent Charles, la suite qui en découle fera le bonheur de ce dernier, ainsi que de presque tous les autres.Presque ? Oui, il y aura une personne qui ne s’en relèvera pas, au sens propre du terme…

 

Mais qu’importe, c’est DeMille, et c’est beau à regarder.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Frank Capra, #James Stewart
Mr Smith au Sénat (Mr Smith goes to Washington - Frank Capra, 1939)

Attention : film (très) américain.

Il s’agit de l’un des films les plus américains qui soient puisque nous pénétrons avec  Jefferson Smith (James Stewart, toujours formidable) dans les arcanes du système politique américain.

En effet, si Mr Smith va à Washington, c’est parce qu’il a été désigné sénateur en remplacement d’un autre qui est mort. Alors évidemment, n’ayant jamais quitté sa campagne, il est la proie rêvée des journalistes qui ne se privent pas pour se moquer de lui.

Il faut dire que sa désignation n’est pas innocente : le sénateur Paine (Claude Rains), son partenaire de l’état, voit en lui un faire valoir inoffensif.

Mais, vous vous en doutez, Smith ne va pas se laisser faire.

 

Jefferson Smith, c’est avant tout ce qu’on pourrait appeler un Américain moyen. Son nom est le nom le plus commun qu’il soit et son prénom, Jefferson, fait tout de suite référence à Thomas Jefferson, l’un des Pères fondateurs des Etats-Unis d’Amérique : c’est ce dernier qui est considéré comme le rédacteur de la Constitution. Et le fait que notre Jefferson écrive un projet de loi n’est donc pas innocent. De plus, comme son glorieux modèle, c’est un écrit qui aura des répercussions. Quant à son patronyme – Smith – il n’est pas sans rappeler un certain Joseph Smith, arrivé avec le Mayflower… Celui avec Poca Hontas, vous savez ? Encore une ascendance prestigieuse et aussi fondatrice.
Il y a d’ailleurs une analogie entre l’arrivée de Jefferson Smith au Sénat, jeune politicien en bute à une assemblée hostile et l’arrivée des Pères Pèlerins – et donc Joseph Smith – dans une nature et un hiver hostiles en 1620…

 

Smith est un cousin dérivé de Longfellow Deeds (1) : comme lui, il est naïf, mais pur, honnête. Il annonce aussi George Bailey (2), par sa force de caractère qui le fait tenir dans l’adversité. Et comme Deeds, il est le porte-parole de Capra, mais cette fois-ci dans le domaine politique.

Smith est le véritable représentant du peuple : il est pur, il est honnête… Il est vrai. Il dit ce qu’il croit et il croit ce qu'il dit. Sa première émotion en arrivant à Washington, c’est le Capitole, siège du Sénat, qui la lui donne, plus que les jolies jeunes filles qui sont venues l’accueillir. Et son premier réflexe, c’est de visiter la capitale, passant dans chaque haut lieu de l’histoire américaine, dans une séquence où sont superposées les monuments, les Cloches de la Liberté, et bien entendu, le drapeau américain (Star-Spangled Banner), avec la musique appropriée (qui n’est donc pas toujours de Dimitri Tiomkin)… Avec une préférence pour le Mémorial d’Abraham Lincoln, dans lequel on peut trouver la célèbre Gettysburg Address mentionnant « […] le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple […]. »

 

Mais malgré les bons sentiments et cette fois indéfectible en la Constitution, Smith est une cible. Une cible des journalistes tout d’abord, qui s’amusent de ce pantin – semble-t-il – à la botte des hommes d’affaires. Mais ces hommes d’affaire se rendent vite compte que Smith n’est pas de leur côté comme ils avaient pu l’envisager. Il devient donc leur nouvelle cible, alors que dans le même temps, il commence à gagner la sympathie des mêmes journalistes, dont Diz Moore (Thomas Mitchell, qui retrouve Capra et retournera avec lui et James Stewart (2)), un personnage plutôt habituel pour Mitchell : c’est un journaliste consciencieux mais surtout porté sur la bouteille…

 

Ses ennemis sont de deux sortes : financière avec l’infâme Jim Taylor (Edward Arnold, de retour chez Capra lui aussi(3)), magnat de la presse et autres domaines (je n’ai pas dit que c’était W.R. Hearst…) et son complice Chick McGann (Eugene Pallette dans un rôle presque complètement sérieux…) ; et politique avec le sénateur Paine – tout de suite, on pense à « pain » [pein] = douleur – un homme qui fut autrefois intègre, mais s’est compromis avec  Taylor.

Et si Paine a encore une conscience, on sait tout de suite qu’il n’en est rien de Taylor, infâme du début à la fin du film.

 

Mais heureusement, Smith compte des alliés : les enfants tout d’abord, puisqu’il dirige une association de Boy Rangers dans sa ville et voudrait élargir l’expérience au pays tout entier ; le président du Sénat, qui s’amuse comme tout le monde de Smith quand il arrive puis avec admiration (et jubilation) quand Smith défend sa cause ; Saunders (Jean Arthur) enfin, qui succombe progressivement au charme de ce jeune sénateur vierge de toute corruption (c’est leur deuxième collaboration ensemble avec Capra (3)).

 

On retrouve encore une fois, dans cette comédie de politique-fiction les mêmes positions de Capra que dans ses films précédents, avec cette fois une critique beaucoup moins déguisée du gouvernement démocrate alors en charge à Washington. Bien entendu, les membres du Sénat on trouvé cette comédie un tantinet saumâtre…


Mais surtout, si cette comédie a été un tel succès, c’est avant tout grâce à l’interprétation magistrale de James Stewart, dans un rôle taillé sur mesure : un jeune homme américain dans lequel se retrouvent tous ceux qui habitent ce grand pays, qui se bat pour le grand idéal de ce pays : la Liberté. Il est un Smith convaincant, dans l’enthousiasme et surtout dans le désespoir, lâchant ses dernières forces dans un combat qui semble perdu d’avance.

 

Pas étonnant qu’ensuite, Frank Capra, chantre de l’Amérique, ait participé au service des Transmissions de l’US Army pendant la deuxième guerre mondiale, réalisant la série Why we fight.
 

 

(1) L’extravagant Mr Deeds

 

(2) La Vie est belle

 

(3) Vous ne l’emporterez pas avec vous

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Frank Capra
L'extravagant Mr Deeds (Mr Deeds goes to Town - Frank Capra, 1936)

Longfellow* Deeds (Gary Cooper) vit dans une petite ville américaine, jouant du tuba dans la fanfare municipale. Une bonne petite vie, à l’écart des turpitudes et du rythme infernal de la ville.

Sauf que son oncle – richissime – décède dans un accident de voiture.
Et c’est lui qui hérite : 20 millions de dollars.

Que faire d’une telle fortune, quand on n’en a pas spécialement besoin ?

 

Frank Capra est le cinéaste des petites gens, des gens ordinaires. Après les aventures de la riche héritière et du journaliste (New York – Miami), Capra délaisse – d’une certaine façon – la Haute pour se pencher sur ceux qui auraient pu être leurs compagnons de voyages.

Deeds en fait partie. Il n’a rien d’extraordinaire si ce n’est qu’il joue du tuba – ce n’est pas un instrument passe-partout – alors quand cette fortune lui tombe du ciel, il est bien embêté et n’a de cesse de vouloir s’en débarrasser. Et comme c’est un homme foncièrement bon, il ne peut que la distribuer à ceux qui en ont un réel besoin : « les petits, les sans-grade… Bref, les victimes de la grande Dépression de 1929.

Et si Deeds les aide, c’est avant tout parce qu’il est le porte-parole de Capra.

En effet, ce dernier ne portait pas beaucoup dans son cœur l’administration démocrate du président Roosevelt. Deeds se pose contre le système établi – l’administration Roosevelt – comme le fera ensuite le vieux Vanderhof (Vous ne l’emporterez pas avec vous) ou encore Jefferson Smith (Mr Smith au Sénat), se battant contre cet argent qui corrompt et divise les gens. Et l’audience devant le juge (H. B. Warner, toujours présent) et la plus révélatrice de l’opinion du metteur en scène. Les avocats ne sont plus seulement les représentants de leurs clients (Jameson Thomas & Mayo Methot), mais bien rattachés (assimilés ?) à cette administration que Capra n’aime pas.

 

Il y a chez Deeds la même lueur dans ses yeux que celle de George Bailey (La Vie est belle) : aider les gens parce qu’on les aime, au lieu d’essayer de leur faire mal comme c’est le cas dans le New York de Deeds.

Mais Deeds, c’est aussi l’âme de l’Amérique que Capra aime par-dessus tout. Pourquoi Deeds accepte-t-il de venir à New York ? Pour voir la tombe de Grant et la Statue de la Liberté. Ses intentions sont les meilleures. Mais il est dans un monde de requins où chacun essaie de marcher sur les autres pour réussir.

On retrouve dans le projet de Deeds le même idéal communautaire que celui de ces deux autres héros. On retrouve d’ailleurs cette même idée dans Notre Pain quotidien, sorti deux ans plus tôt.

 

Et qu’on soit d’accord ou non avec les idées de Capra, on se sent tout de même obligé de suivre Deeds. C’est un idéaliste, un utopiste, mais c’est avant tout un homme de bon sens voire tout simplement bon. Ses plaisirs sont simples, à la portée de chaque spectateur qui vient, en cette période troublée des Etats-Unis, se divertir et peut-être aussi chercher une parcelle de bonheur. Tous ces paysans que Deeds veut aider, ce sont pour la plupart ces mêmes spectateurs qui viennent suivre son histoire et se prêter à rêver d’un monde meilleur. Et Capra leur dit que c’est possible, et tout comme nous, beaucoup sont ressortis du film avec une esquisse de sourire aux lèvres, très certainement.

 

Et c’est là qu’est le grand talent de Capra : réussir à faire sourire et rêver ses spectateurs avec des histoires simples, avec des gens ordinaires, auxquels les spectateurs peuvent aisément s’identifier.

Et puis il y a Gary Cooper, un grand échalas encore un tantinet adolescent, et qui s’émerveille de tout, parce qu’il le faut aussi pour supporter la vie. Et il a avec lui deux alliés magnifiques : la belle Babe Bennett (Jean Arthur, qui reviendra tourner avec Capra), celle qui ne peut que tomber amoureuse d’un tel personnage ; et Cobb (le trop méconnu Lionel Stander** qui joua autre chose qu’un serviteur de couple riche pour la télévision), journaliste reclassé dans la protection de l’image de son patron, et qui soutient cet homme apparemment extravagant (d’où le titre français) mais qui est, au bout du compte, un véritable humain, sinon le seul.

 

Et le tout avec l'humour habituel de Capra, tout en subtilité…

 

 

* appellation onomastique s’il en est…

 

** Une personnalité inscrite sur la liste noire de l’HUAC jusqu’à sa dissolution ne saurait être complètement mauvaise…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Ernst Lubitsch
Le Ciel peut attendre (Heaven can wait - Ernst Lubitsch, 1943)

Henry van Cleve (Don Ameche) a eu une vie bien remplie. Et souvent, quand une vie est bien remplie, elle l’est surtout de choses qui ne le sont pas toujours, bien.

Alors le moment venu, Henry descend directement rencontrer son Excellence (Laird Cregar) le Diable, histoire d’en finir plus vite.

Mais justement, ça ne se passe pas aussi vite que voulu, et Henry se retrouve à raconter sa vie, et les femmes qui l’ont remplie et comblé…

 

C’est une comédie familiale qu’on nous propose dès le générique d’ouverture : les différents acteurs, producteurs, techniciens (etc.) sont écrits comme sur du point de croix. Avec de belles lettres bien rouges (merci au Technicolor…). Ce sera donc une comédie domestique. Et c’est sûr, on ne sort que rarement de la maison, sinon pour aller dans une autre maison. De toute façon, c’est d’après une pièce de théâtre où, généralement dans ce cas, l’intrigue se situe en intérieur.

Et ce qui est bien avec Lubitsch, c’est qu’on est sûr d’avoir droit à une comédie brillante mêlée d’une certaine dose de mélancolie. Où la gravité s’efface devant le rire, mais sans jamais complètement disparaître.

 

Oui, Le Ciel peut attendre : Henry va, involontairement, plaider sa cause. Raconter sa vie. Sa vie où l’amour, l’une des rares composantes qui n’a pas lieu dans l’endroit où il se trouve, a toujours dirigé sa vie. L’amour maternel, puis enfantin, la complicité avec une « mademoiselle » (en français dans le texte…), puis le grand Amour (remarquez l’initiale), avec celle qu’il ne pourra qu’aimer : Martha Strable (Gene Tierney). Et comment cela pourrait-il en être autrement ? Gene Tierney, en plus d’être magnifique, nous propose une jeune femme amoureuse de son mari, envers et contre tout. Cet amour, malgré quelques (tout) petits coups de canif dans le contrat par son mari, reste comme elle : magnifique.
Tellement magnifique que… Mais je vous laisse (re)découvrir.


Par contre, pour que cette – somme toute – histoire d’amour plutôt normale prenne une autre dimension, il faut absolument des personnages plutôt hors du commun. Et les autres, ceux qui gravitent autour de nos deux amoureux ont cette singularité qui transforme cet amour en une grande chose, comme l’annoncent Martha et Henry lors des 50 ans de ce dernier.

 

En effet.

D’un côté, la famille van Cleve, avec une mère poule (Spring Byington) voire protectrice et un père (Louis Calhern) obnubilé par sa lèvre supérieure (quand ce n’est pas son menton) mais finalement sans grand caractère, Henry ne peut être qu’un bon à rien. Et il en est tout à fait conscient, allant même jusqu’à envisager de travailler si sa future femme le lui demandait ! Rassurez-vous, il n’en fera rien.

De l’autre, une jeune femme, coincée entre un père (Eugene Pallette) gros éleveur de viande et une mère (Marjorie Main) un tantinet acariâtre, et qui en plus se font la tête la plupart du temps. Bref, une vie misérable au fin fond du Kansas. Non que j’ai quelque préjugé contre le Kansas (sauf s’ils ont voté massivement pour Trump)…

Et si en plus elle doit épouser l’homme idéal (pour des parents, s’entend), Albert, le cousin d’Henry, un homme très bien, certes, mais ennuyeux au possible.

Heureusement, dans leurs malheurs (?), ils peuvent compter sur le grand-père van Cleve (formidable Charles Coburn), un adorable vieux monsieur absolument déraisonnable : Henry est exactement ce qu’il aurait voulu être, mais ne l’a jamais pu, l’époque ne s'y prêtant peut-être pas.


Au final, une superbe comédie, où, comme d’habitude, la musique a son rôle à jouer (une petite pensée au passage pour le grand Alfred Newman), avec un beau clin d’œil à une comédie passée du grand Ernst : La Veuve joyeuse.

 

Je n’y peux rien, je fonds à chaque nouvelle vision…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Clarence Brown, #Rudolphe Valentino
L'Aigle noir (The Eagle - Clarence Brown, 1925)

La Russie éternelle, sous la houlette de la belle mais terrible Catherine II (Louise Dresser), qu’on appelait La Grande.

Vladimir Dubrovsky (Rudolph Valentino) est un des soldats de sa garde, où on monte en grade si on plaît à sa Majesté…

Mais Vladimir est un soldat et compte le rester. Il est alors considéré comme déserteur, et pour cela pourchassé.
Parallèlement, son  père (Spottiswood Aitken) est dépossédé de ses biens par l’infâme Kyrilla (James A. Marcus), et meurt de désespoir. Vladimir, pour se venger, devient hors-la-loi et se fait appeler l’Aigle noir (d’où le titre).

Mais Kyrilla possède une fille, la très belle Mascha (Vilma Bánky).

Cornélien, n’est-ce pas ?

 

Oui, l’intrigue ressemble beaucoup à celle de Zorro, et peut-être même un peu à Robin des bois, puisque ce justicier (proscrit) s’attaque aux riches qui abusent des pauvres.

Mais à la différence de ces deux héros interprétés par le bondissant Douglas Fairbanks, l’Aigle noir est plus jeune, et autrement plus séduisant.

Quant à l’humour, (presque) toujours présent chez Fairbanks, il est bien là, les aventures de cet Aigle ne l’empêchant certainement pas.


Dès le début, le ton est donné : aventure et humour.

  • Aventure :

Avec le carrosse qui s’emballe, mettant en danger la belle Mascha, sauvée in extremis (ou presque) par Vladimir qui tombe, évidemment, tout de suite amoureux de cette belle jeune fille. Par contre, si l’Aigle noir est un homme d’honneur comme ces glorieux prédécesseurs, il ne manie pas l’épée mais le pistolet, et pas toujours chargé…

  • Humour 

Avec la Grande Catherine qui fait monter en grade les officiers méritants qui restent souper avec elle (et plus, car affinités…). Son marivaudage, à base de vodka, est des plus savoureux, Louise Dresser, est magnifique dans ce rôle de femme mûre encore séduisante : de nos jours, on pourrait dire que c’est une « couguar »…

L’autre personnage comique est la tante Aurelia (Carrie Clark Ward), une rombière à l’âge avancé, qui, si elle n’est plus de la première fraîcheur apprécie beaucoup le charme du beau Vladimir (à son grand regret, vous vous en doutez).

 

Et à ces deux éléments de l’intrigue s’ajoute une photographie bien léchée – comme (presque) toujours avec Clarence Brown – avec une caméra mobile et un jeu de lumières pertinent. Du bel œuvre.

Et contrairement aux aventuriers interprétés par Fairbanks, l’Aigle noir est toujours impeccable, voire sophistiqué, parlant aussi bien le Russe – normal, il l’est – que le français, autre langue de cour au pays de la Grande Catherine…

Le tout avec, bien entendu, deux pas de danse (pas plus), histoire de rappeler que le grand Rudy était aussi un grand danseur…

 

Il s’agit de l’avant-dernier film* de Valentino, ici avec la belle et blonde Vilma Bánky, qu’il retrouvera pour son dernier film : le Fils du Sheik, l’année suivante. Mais ceci est une autre histoire…

 

 

PS : à noter la présence de Gary Cooper – mais il est masqué, alors on le reconnaît mal – et de l’impayable Mack Swain en aubergiste un tantinet fruste qui ne comprend pas le français.

 

* Character Studies, de Roscoe Arbuckle, dans lequel Valentino apparaît, a certes été présenté en 1927, mais il fut tourné en 1925, soit avant le Fils du Sheik.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Peplum, #Ridley Scott
Gladiator (Ridley Scott, 2000)

Un homme rentre chez lui, à temps pour la moisson.

Il caresse les blés pendant que sa femme (Giannina Facio) et son fils (Giorgio Cantarini) se réjouissent de son retour.

Cet homme qui rentre de campagne en Germanie, c’est le général Maximus Decimus Meridius (Russell Crowe), successeur désigné de l’empereur Marc Aurèle (Richard Harris), plutôt que son propre fils Commode (Joaquin Phoenix).

Mais entre ce qu’on désire et ce qui arrive vraiment, il y a parfois un immense fossé.

Commode succède à son père pendant que Maximus, après avoir échappé à une tentative d’assassinat, devient gladiateur, un esclave chargé de distraire le public oisif de l’empire romain.

 

Ce film fut un événement lors de sa sortie. En effet, depuis une trentaine d’années, le péplum était tombé en désuétude. Et depuis le Spartacus de Kubrick, on n’avait pas fait aussi fort ni aussi spectaculaire.

Il y a, bien sûr, une parenté entre Spartacus et Maximus. Tous deux sont gladiateurs, tous deux ont un ami noir, et tous deux s’en prennent à l’autorité, lançant une arme vers la tribune du potentat dans l’arène (une lance pour Spartacus, un glaive pour Maximus). Et chacun mourra pour sa cause, sinon dans les mêmes circonstances.

Mais si Spartacus s’élevait contre un empire, Maximus, lui, ne s’élève que contre Commode, empereur par opportunisme (et assassinat, est-il besoin de le dire ?).

 

Maximus – « le plus grand » en latin – est avant tout un homme d’honneur. Il n’a de cesse que de faire régner la justice : Commode n’est – pour lui et bien d’autres – qu’un usurpateur, indigne de régner car avant tout parricide.

Mais Commode est le méchant. Et un méchant, ça se ménage jusqu’à la fin. Et Joaquin Phoenix nous gratifie d’un formidable Commode, qui ne l’est que par le nom. Au parricide, s’ajoute l’inceste, sans parler de la lâcheté et la traîtrise. Bref, un magnifique méchant.

 

Bien sûr, Maximus est un personnage imaginaire. Mais il en va tout de même un peu différemment de Commode ou Marc Aurèle. Ces deux derniers ont réellement existé. Mais si Marc Aurèle reste cet empereur sage et raisonné, Commode – qui en vrai n’a jamais tué son père, mais là je vous laisse juge – a réellement combattu dans le cirque, et était un gladiateur redoutable. Là s’arrête la comparaison, ce film, à la magnifique reconstitution de Rome, est avant tout une histoire (un peu) originale. En effet, en plus de Spartacus, on retrouve des éléments du film d’Anthony Mann : La Chute de l’Empire romain, péplum crépusculaire, montrant Rome au début de son déclin, Marc Aurèle étant le dernier grand empereur de la Pax romana.

 

 

Avec Gladiator, c’est le retour du péplum flamboyant. On retrouve le faste de Ben Hur avec le réalisme cher à Ridley Scott, qui retrouvera ce même ton quand il tournera Exodus: Gods and Kings.

Il y a des plans de toute beauté dans une Rome jamais si bien reconstituée jusque là. Seule la série Rome (2003-2005) nous offrira une plus belle reconstitution, mais environ deux cents ans plus tôt.

 

Et comme dans le film précédemment cité ou le Robin des Bois qui l’avait précédé, on assiste à une bataille épique assez époustouflante, et des combats de gladiateurs (il faut bien justifier le titre) magnifiques. Le réalisme des combats, amenant un flot de sang sur l’écran sont, pour les jeux du cirque surtout, menés de main de maître. En effet, en plus du côté ballet propre aux combats à l’épée au cinéma, Scott réussit à montrer des massacres (il n’y a pas d’autre mot pour décrire cette boucherie distrayante) sans tout montrer.

En effet, le résultat a beau être extrêmement répugnant – je ne si pas pour vous, mais pour ma part, j’aurai beaucoup de mal à aller voir un tel spectacle en vrai – Ridley Scott, grâce à un montage dynamique et subtile ne nous laisse, la plupart du temps, qu’entrevoir le supplice fatal, le point de vue changeant au dernier moment, évitant ainsi que ce film devienne par trop sanglant, voire tombe dans le gore.

 

Un film magnifique, qui, s’il n’est pas fidèle à l’Histoire – mais, rappelez-vous, ce n’est que du cinéma ! – montre le talent (infini ?) de Ridley Scott, explorant un autre genre (le péplum) avec toujours la même maîtrise, le même sens du spectacle et de la narration.


Avec Gladiator, la Rome antique revient sur le devant de la scène cinématographique, mais pas seulement, si l’on en croit le succès de la série Rome déjà mentionnée, ou encore le développement de jeux vidéo ou autres séries télévisées, sans parler d’autres films du même acabit, mais pas toujours avec le même maîtrise (Troie, par exemple…).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #David Zucker, #Jerry Zucker, #Jim Abrahams
Y a-t-il un Pilote dans l'avion ? (Airplane! - David Zucker-Jerry Zucker-Jim Abrahams, 1980)

Un plafond de nuages vu du dessus.

Ponctuellement, un aileron arrière d’avion s’y déplace, au son d’une musique angoissante.
Cette musique en rappelle une autre : celle de Jaws. Et comme dans Jaws, quand la musique arrive à son paroxysme, l’avion émerge des nuages vers nous.

Le ton est donné : ce sera un film catastrophe. Ou plutôt, ça se voudrait un film catastrophe, si ce n’était pas les pieds nickelés Zucker, Abrahams et Zucker  (ZAZ) qui le réalisaient…

 

Avec ce film, les trois amis ont atteint le succès, déclinant leur humour dans d’autres parodies, dont le savoureux Top Secret. C’est un festival de gags presque à chaque nouveau plan. Images, dialogues, situations, tout est prétexte à gags, au premier plan et surtout au deuxième, parasitant l’intrigue, dont finalement, on se fout un peu.

Pourtant, c’est une histoire terrible que ces passagers livrés à eux-mêmes, alors que l’équipe de pilotage est victime d’une sévère intoxication alimentaire.

Mais il en va comme ça du trio infernale : même les histoires les plus terribles ne sont pas prises au sérieux.

Et leur humour – déjanté – ira en s’accentuant à chaque nouveau film, culminant (à mon avis) avec Y a-t-il un Flic pour sauver la Reine ?

 

Le scénario, débarrassé des interventions comiques, est le même que le film A l’Heure zéro (Zero Hour!), lui-même inspiré d’un autre film obscur… Bref, les ZAZ ont racheté les droits et ont pu en faire ce qu’ils voulaient.

Et c’est le cas, soutenu par une distribution qui remet à l’honneur quelques vieilles gloires des années1950 et 1960 : Peter Graves (La Nuit du Chasseur, Mission Impossible), Robert Stack (Les Incorruptibles), Lloyd Bridges (High Noon) – le père du Dude – et l’inénarrable Leslie Nielsen (Forbidden Planet), qui poursuivra l’aventure avec les réalisateurs à la télévision comme au cinéma.

 

En plus de ce film de base, on reconnaîtra certains détournements d’autres films plus ou moins du même genre, mais si vous voulez savoir, lesquels, allez sur IMdB.

 

Alors en route vers le ciel, dans ce film devenu – à juste titre (?) – culte, comme on dit. Avec un humour pas toujours très léger, mais qu’importe, le rire est bien là.

Et entendre Peter Graves – acteur réputé sérieux s’il en est – questionner le petit Joey (Rossie Harris, plus si petit que ça, puisqu’il va maintenant sur ses 48 ans…) dans le cockpit, est un plaisir rare…

 

Et vous, aimez-vous les films de gladiateurs ?

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