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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Albert Parker, #John Barrymore, #Sherlock Holmes
Sherlock Holmes contre Moriarty (Sherlock Holmes - Albert Parker, 1922)

Une pipe, un chapeau, un docteur amical, un professeur maléfique : c’est Sherlock Holmes, et c’est déjà (au moins) la troisième apparition du personnage mythique de Sir Arthur (Conan Doyle).

Et pour l’interpréter, un monstre sacré lui aussi : l’immense John Barrymore.

Avec le docteur Watson  pour l’assister : le débutant Roland Young.

Bref, comme le dit mon ami le professeur Allen John, tout est réuni pour faire un grand film.

Mais, et je suis toujours d’accord avec mon ami, la montagne a accouché d’une souris.

 

On s’ennuie. On s’ennuie au début, on s’ennuie au milieu, on s’ennuie à la fin, avec quelques minutes d’action dans le dernier quart d’heure, mais pas assez toutefois pour rattraper le reste.

Sans arriver au degré spectaculaire du film de Guy Ritchie, on aurait aimé un peu plus d’animation dans cette histoire très improbable du « plus grand détective du monde ».

Mais ça ne vient pas.

Et c’est bien dommage, parce que la distribution nous faisait réellement espérer un film très enlevé. Outre les deux acteurs précédemment cités, on retrouvait le smart William Powell, la belle Carol Dempster – prêtée pour l’occasion par D. W. Griffith –, Hedda Hopper ou encore Gustav von Seyffertitz dans le rôle du méchant professeur Moriarty*. C’est très certainement le personnage le plus réussi : crâne dégarni et cheveux hirsutes, sourcils plus que broussailleux, nez proéminent et légèrement crochu, la silhouette un tantinet voûtée, et se frottant les mains… Il a tout du Méchant. [Et ça tombe bien, il l’est]


Pour le reste, c’est très plat. Holmes n’est qu’un poseur, le plus souvent de profil, les yeux plissés pour exprimer la méfiance… John Barrymore est continuellement statique, nous proposant continuellement son profil beau certes, mais on ne fait pas un film avec seulement une belle gueule. C’est comme la caméra de  J. Roy Hunt qui s’accorde un (tout petit) peu de mouvement vers la fin : il y a une façon de filmer qui semble vieillotte, un peu comme si on avait tourné le film dix ans plus tôt (je sais, j’exagère un peu, mais pas tant que ça). Cela manque de plans plus rapprochés voire gros, sur les visages, sur des détails (etc.) ainsi qu’un montage lus dynamique.

 

Une seule fois, nous avons droit à l’exceptionnelle capacité de déduction de Holmes. Il est vrai que le film étant muet, cet aspect ne peut pas être trop développé, le langage entrant beaucoup en compte. Mais tout de même.

On aurait aimé un peu plus de cet humour britannique que le cinéma hollywoodien maîtrise si bien.

Filmer à Londres ne suffit pas pour une telle histoire. En effet, si nous n’avions pas quelques plans de la ville – dont un beau Londres vu du ciel en ouverture – on pourrait douter que l’équipe de tournage s’est déplacée là-bas. De la même façon, une infime partie de l’intrigue se situe en Suisse : était-il utile d’aller y tourner ?

 

Bref, une version qui fut longtemps perdue avant d’être retrouvée et remontée dans les années 1970, par – entre autres – l’immense Kevin Brownlow, avec l’aide de Parker soi-même (qui mourut en 1974).

Mais, à mon avis, l’histoire de la restauration est plus intéressante que le film restauré…

 

 

 

* Sans oublier la présence de David Torrence, le grand frère du non moins grand Ernest.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Ridley Scott
Exodus: Gods and Kings (Ridley Scott, 2014)

Presque soixante ans après Cecil B. DeMille, Ridley Scott s’attaque au mythe de Moïse.

Mais si DeMille voulait louer la gloire de Dieu, il n’en va pas de même de cette version.

A aucun moment, il n’est fait références aux Ecritures, même si la trame reste la même.

Mais, d’une certaine façon, Scott développe ce que DeMille a pu laisser de côté, donnant une dimension semi-divine à Moïse, alors que là, Moïse est un homme comme les autres. Elu, c’est évident, mais toujours humain.

Je ne reviendrai pas sur la polémique soulevée par la distribution des rôles, je laisse ce soin à Internet de le faire (vous pouvez aller voir si vraiment ça vous intéresse).

 

Le film commence directement à la fin du règne de Séthi (John Turturro), aidé de son fils Ramsès (Joel Edgerton) et son neveu Moïse (Christian Bale). Comme avec Yul Brynner et Charlton Heston, la rivalité est présente, palpable.

Le rôle révélateur de Memnet est confié à Touya (Sigourney Weaver) l’épouse de Séthi, et celui de Dathan (Anton Alexander), l’autre personnage maléfique de la version 1956, n’a que très peu d‘importance.

Mais surtout, c’est le côté religieux – voire sulpicien – du film de DeMille qui a presque totalement disparu, et ce, malgré le titre. Car si les dieux ont un rôle à jouer, c’est surtout leur champion qu’on voit. Quant aux manifestations divines, elles prennent une dimension naturelle très prononcée, dont l’enchaînement est expliqué scientifiquement par un des conseillers de Ramsès. Mais évidemment, ces explications étant un peu trop avant-gardistes pour l’époque, le conseiller finit au bout d’une corde. Comme la prêtresse (Indira Varma) d’ailleurs, comme quoi la vérité semble être ailleurs.

 

Mais le grand changement de ce film, c’est justement le traitement de l’aspect divin. Alors que DeMille mettait en avant le côté religieux par des effets spéciaux quasi mystiques, Scott, lui, utilise ces mêmes effets (mais améliorés, bien sûr) pour accentuer la part naturelle des phénomènes qui perdent ainsi leur côté divin.
 

Et puis il y a Moïse.

Dans la version antérieure, c’était avant tout une figure patriarcale échappée de l’atelier de Michel-Ange, avec toute la solennité et la grandeur biblique.

Ici, c’est un homme. Il agit comme un homme, du début à la fin. C’est d’abord un guerrier qui n’abandonnera la lutte qu’avec le passage de la Mer Rouge : il combat les ennemis de l’Egypte, puis, évidemment, l’Egypte elle-même. Ce combat, d’ailleurs porte en lui une certaine actualité – malheureusement – car la façon de se battre contre Pharaon peut ressemble beaucoup à du terrorisme. Terrorisme du point de vue de Ramsès (même s’il n’y fait pas référence), combat libérateur pour Moïse et les siens. Tout n’est qu’une question de point de vue.

 

Quant aux éléments religieux, chers à DeMille, ils sont presque tous gommés. Les dialogues entre Dieu et Moïse, s’ils débutent du point de vue de ce dernier, se terminent du point de vue de Josué (Aaron Paul), devenant ainsi plus les soliloques d’un homme dérangé ou ivre que des paroles inspirés par le souffle divin…

Les dix Commandements, base des films de 1923 et 1956, deviennent anecdotiques, gravés* sur une table par Moïse lui-même, pendant que son peuple – en vue d’ensemble – fabrique le célèbre veau d’or, que l’on devine de par l’activité qui l’entoure.

Et le morceau de bravoure – l’ouverture de la Mer – s’il est spectaculaire, n’a rien de surnaturel. C’est juste une (énorme) marée descendante suivie d’un raz-de-marée phénoménal avec tsunami gigantesque. Le résultat est le même : les armées de Pharaon sont détruites.

 

Une dernière chose enfin : beaucoup ont reproché des anachronismes à ce film. C’est vrai, il y en a. Mais il existe aussi deux raisons pour balayer ces reproches :

  • L’existence de Moïse n’a toujours pas été prouvée, donc cette belle histoire reste une histoire et pas autre chose ;
  • Nous sommes au cinéma, et comme le dit Tex Avery : « tout est possible. »

 

 

* sous la dictée de Malak (Isaac Andrews), ange envoyé par Dieu pour guider Moïse. Il n’était pas question de représenter le Père Supérieur, sous peine d’être qualifié de blasphémateur et voir les recettes prévues fondre comme neige au soleil.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Frank Capra
New York - Miami (It happened one Night - Frank Capra, 1934)com

Vingt-septième minute du film : Peter Warne (Clark Gable) retire sa chemise. Il n’a pas de maillot de corps.

Dès cet instant, les fabricants de sous-vêtements pour hommes vont voir leurs chiffres d’affaire s’effondrer. Certains vont même essayer de poursuivre les studios Columbia. Tout ça parce que l’enlever prenait trop de temps par rapport à ses répliques…

Mais ça, c’était avant. Au temps où le cinéma était un loisir rare et cher, au temps où les passagers d’un bus fumaient le cigare, alors que les spectateurs des salles obscures se contentaient de simples cigarettes…

Bref, c’était avant.

 

Je passerai vite sur la traduction du titre original – It happened one night (Ca s’est passé une nuit*…) – sans relever l’indigence de la traduction, en vous soumettant tout de même une question : la traducteur a-t-il vu le film ou au moins lu le résumé de l’intrigue ?

Car si l’action se situe entre New York et Miami, le voyage entrepris commence bel et bien à Miami.

C’est dans cette ville que la belle héritière Ellen Andrews (Claudette Colbert), suffisante comme seule sait l’être une jeune héritière, a quitté son père (Walter Connolly, un habitué des films de Capra) pour s’en aller rejoindre celui qu’elle a épousé en cachette : Westley King (Jameson Thomas), un coureur de dot qui a pour autre talent de piloter des engins volants…
Elle se retrouve dans un car – conduit par Ward Bond – en même temps que Peter Warne, journaliste en rupture de ban avec son patron (en clair : ce dernier l’a viré), et doit partager la même banquette.

 

C’est un road movie où deux personnages très différents – une jeune aristocrate suffisante et un journaliste border line assez suffisant lui aussi – vont finir ensemble, quoi qu’il se passe.

Mais c’est justement le comment de cette fin heureuse annoncée qui est magnifiquement filmé par Capra. Tous les deux ont des caractères forts, mais malgré tout, ils ne pourront que difficilement se passer l’un de l’autre.

Et surtout, c’est la nuit que se passent les péripéties les plus importantes (d’où le titre original !) :

  • c’est la première nuit qu’elle s’endort contre lui, se réveillant presque dans ses bras ;
  • c’est la première nuit qu’ils passent ensemble dans un bungalow qui amène le Mur de Jéricho ;
  • c’est la nuit qu’ils prennent la tangente pour échapper aux recherches de la jeune femme par son père inquiet ;
  • c’est enfin la dernière nuit que ce mur s’effondre, au son de la trompette (cf. Livre de Josué, chapitre 6).

Cette dernière nuit fit d’ailleurs couler beaucoup d’encre, surtout chez les bigots, et amène peut-être la réponse sur cette fameuse nuit où quelque chose s’est passé…

 

Le reste, c’est du pur Capra. On retrouve une communauté qui prend du bon temps ensemble : à tour de rôle les voyageurs chantent les couplets de la chanson à succès de cette année-là, The Man with the flying trapeze (que les amateurs de Spike Jones connaissent bien), avant de reprendre tous en chœur le refrain. On retrouve aussi la distance entre les deux personnages, du fait des convenances, distance qu’on retrouve dans La Vie est belle entre Peter Bailey et Mary Hatch. Avec en plus, une véritable séparation (le Mur de Jéricho).


Et puis il y a le duo vedette Colbert-Gable. Alors que le tournage fut plutôt exécrable et que Claudette fut heureuse d’en finir, à aucun moment on ne sent une quelconque tension. C’est un duo qui fonctionne magnifiquement d’un bout à l’autre, avec en point d’orgue la scène dans le bungalow à l’arrivée des détectives.

 

Petit détail enfin : Ellen, abandonnée (le croit-elle) par Peter est chassée du motel et se rend à la police pour appeler son père. Quand ce dernier vient la chercher, la presse est là pour immortalisé ce grand moment de romance : elle va retrouver son mari (qu’elle a épousé contre l’avis paternel). Mais si cette histoire semble connaître une fin heureuse, le visage contrit de Claudette Colbert nous fait penser à une criminelle quittant le poste de police pour aller en prison… Mais n’est-ce pas le cas ?

 

Et, encore une fois, le film terminé, les spectateurs s’en vont avec un sourire**…

Ca valait bien 5 Oscars…

 

 

          * « Quelle nuit ? » ou « Quelle nuit ! » ?

 

          ** N’oublions pas tout de même l’irruption de la réalité de l’Amérique des années 1930 et les ravages de la crise auprès des petites gens : une mère, qui effectue ce voyage (de la dernière chance ?) avec son fils, s’évanouit, n’ayant plus d’argent pour pouvoir acheter de quoi  manger…


 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Dessin animé, #Robert Zemeckis
Qui veut la Peau de Roger Rabbit ? (Who framed Roger Rabbit? - Robert Zemeckis, 1988)

30 ans.

Il y a trente ans cette année, sortait ce film, attendu de pied ferme par tous les cinéphiles, qui n’avaient qu’une question : sera-t-il à la hauteur ?

La réponse est toujours oui.


Certes, ce n’est pas la première fois qu’on mélange des dessins animés et des images réelles : Anchors Aweigh (Gene Kelly dansait avec Jerry la souris), Señor Droopy (ce dernier rencontrait finalement Lina Romay) ou encore Mary Poppins,  pour ne citer que ceux-là.

Mais avec ce film, Robert Zemeckis et Richard Williams ont créé un film où la place des personnages dessinés (toons) est primordiale et continue.

Pour ce faire, ils ont créé un nouveau personnage formidable : Roger Rabbit.

 

Roger est l’héritier de la grande époque des dessins animés de studios, un tantinet tombés en désuétude depuis les années 1960.

Il est un lapin comme Bugs Bunny, embrasse comme Screwball Squirrel, est maladroit et malchanceux comme Sylvestre, le coyote et Spike réunis, et aussi dingue que l’était Daffy Duck à ses débuts.
Et Roger personnifie très bien l’esprit du film où tous les grands noms des dessins animés de studios Warner Bros, MGM, Disney et Universal  sont présents, comme une grande famille, en l’occurrence la communauté de Toontown, abritant tous ces héros archicélèbres et appréciés.

Et en plus, ces deux réalisateurs ont fait appel à quelques voix célèbres encore en vie pour certains : l’incontournable Mel Blanc, la voix des studios Warner Bros (Daffy Duck, Bugs Bunny, Titi, Sylvestre, Porky Pig), ainsi que Mae Questel, la voix historique de la craquante Betty Boop – 79 ans tous les deux quand le film sortit.

 

Ce film est un ravissement sur beaucoup de points, amenant en même temps différents niveaux de compréhension, satisfaisant donc aussi bien les enfants que les adultes. C’est aussi un film qu’on n’a pas fini de voir et revoir tant le nombres de personnages utilisés est énorme. Mais après quelques visionnages, je ne retrouve toujours pas deux d’entre eux qui sont pourtant cités par Angelo (Richard Ridings) à Eddie Valiant (Bob Hoskins, pour une fois en tête d’affiche, lui qui fut un grand acteur souvent dans des seconds rôles) :

  • Chilly Willy (ça ne me dérange pas tant que ça)
  • et surtout l’un des personnages les plus déjantés du dessin animé, création 100% Tex Avery : Screwball Squirrel, alors qu’on aperçoit rapidement son comparse (et souffredouleur) Meathead, un chien un peu idiot et surtout endormi.

 

Bien sûr, la révolution visuelle qu’a amenée le numérique peut nous faire regretter la différence de qualité d’image, mais c’est justement de cette véritable différence que naît la prouesse. Les interventions des personnages dessinés sont d’une grande précision, aidées par des acteurs justes dans chaque situation.

 

Un tel film, aujourd’hui ne possèderait sans doute pas le charme de celui-ci. En effet, c’est le mélange d’effets normaux (jets d’eau, bouche qui se ferme…) et de personnages dessinés, ajoutés ensuite dans une sorte d’incrustation inversée*, qui fait tout le sel du film, dépassant allègrement les tentatives antérieures (voir ci-dessus).


C’est un véritable régal visuel, avec toutefois un petit bémol : décidément, les personnages réels qui se comportent comme des toons sont beaucoup moins drôles que leurs acolytes à deux dimensions.

 

 

* le dessin animé d’ouverture reprend en partie les présentations et musiques de ceux des studios Warner Bros (accord initial et rideau rouge) et MGM (têtes des personnages dans un halo de lumière)

 

** les scènes réelles avec les acteurs servent de décor à l’évolution des toons, et non le contraire en ce qui concerne ce procédé

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #William A. Wellman
Beau Geste (William A. Wellman, 1939)

« Beau geste… gallant gesture »

Il s’agit de la dernière réplique du film de William A. Wellman, prononcée par la tante Pat (Heather Thatcher), après lecture de la lettre posthume de son neveu Michael « Beau » Geste (Gary Cooper).

Cette dernière réplique, difficilement traduisible en français sans être redondant, exprime magnifiquement la conduite de son neveu, mort par devoir et pour l’honneur.

[Je ne raconterai pas de quel geste il s’agit, voyez le film]

 

Les Geste sont frères soudés, indissociables et rêvant d’aventure, imaginant, enfants, n’importe quel jeu en rapport avec cette aventure : bataille navale, Chevaliers de la Table ronde… Le tout impulsé, en général, par leur aîné Beau (Donald O’Connor -14 ans quand le film sort – qui a déjà le regard bleu et espiègle qu’on retrouvera dans Chantons sous la Pluie).
Et même devenus adultes, ils sont toujours inséparables, allant chercher cette aventure, suite à un vol déshonorant, dans la Légion étrangère, en Afrique du Nord.

La majeure partie du film se situe d’ailleurs dans cette région, dans ces forts isolés tenus héroïquement par des hommes en rupture de ban. Ils sont rudes mais loyaux, même quand certains le sont moins que d’autre.

 

Ce film appartient à la multitude de films de troufions, où les simples soldats sont dirigés par un sous-officier (sergent presque tout le temps) autoritaire, brutal et sadique. Un vrai salaud, quoi.
Ici, c’est Brian Donlevy (sergent Markoff) qui s’y colle, la joue balafrée et le regard mauvais. C’est une brute rancunière qui use de sa position pour en faire baver, voire se débarrasser de ses ennemis, mais malgré tout, un grand guerrier, comme le souligne Beau.

Et sa méchanceté va s’épanouir avec la mort de son supérieur, mais sera des courte durée, les Touaregs attaquant, les différences disparaissent. Mais cela ne l’empêche pas de tenir jusqu’au bout ce « sale » rôle avec brio*.

 

Face à la brutalité de Markoff, Beau (pléonasme, quand on parle de Gary Cooper) est un personnage doux mais ferme, et surtout loyal. Loyal au drapeau, et seulement à celui-ci. C’est aussi un homme d’honneur en quête de rédemption – toujours cette même rédemption chère aux américains – et qui la trouvera in fine, comme en témoigne la dernière réplique.

C’est un superbe rôle pour un très grand acteur, et pas seulement par la taille.

 

Il y a dans ce film, un écho de celui de Julien Duvivier : La Bandera. En effet, ici aussi des légionnaires sont encerclés et doivent tenir jusqu’à l’arrivée de secours qui les rejoindront trop tard. La encore, des homes au passé plus ou moins douteux cherchent plus ou moins à se racheter, fuyant surtout un passé déshonorant.

Mais ici, Beau et ses frères (Ray Milland & Robert Preston) ne se cachent pas de la loi : c’est avant tout un rêve d’enfant qu’ils réalisent, jusqu’au bout : du rêve et d’eux-mêmes.


En effet les jeux d’enfants trouvent leur résonance dans la vie d’adultes des trois hommes et ne sont donc pas là par hasard :

  • Beau (Arthur en armure) et ses frères sont chevaliers de la Table ronde. Ils seront des soldats de devoir et d’honneur dans le fort ;
  • La bataille navale** se termine par les funérailles d’un chef viking avec son chien à ses pieds : il en sera de même pour l’un d’entre eux après les combats (je ne vous dis pas lequel, allez y voir !)


Un très beau (évidemment !) film de Wellman***

 

 

* Cette même année, il sera un autre méchant dans Le Brigand bien-aimé de Henry King.

 

** Les combats navals des films de pirates (dans les années 1930, mais aussi après) masquent difficilement que ce sont des maquettes prises en gros plan. Or ici, les jouets des enfants – filmés de la même façon – ont l’air de véritables galions, illustrant (peut-être) la vision enfantine de ce combat naval…

 

*** le troisième avec Gary Cooper (il y en aura un quatrième)

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Pirates, #Comédie, #Fantastique, #Herbert Brenon, #Anna May Wong
Peter Pan (Herbert Brenon, 1924)

Ils sont tous là : Peter (Betty Bronson), bien sûr, mais aussi Wendy (Mary Brian) John (Jack Murphy) et Michael (Philippe De Lacy), les enfants perdus, Nana (George Ali) le chien-nourrice, Tiger Lily (Anna May Wong) et les Indiens, et, bien entendu, les pirates menés d’une (seule) main de fer par l’indispensable capitaine Crochet (Ernest Torrence).

Ca se passe, évidemment au Pays Imaginaire (Neverland), et le crocodile toujours des vues culinaires sur ce dernier personnage…

 

Il s’agit de la première adaptation de l’histoire de J. M. Barrie, qui avait vendu les droits à Jesse L. Lasky. C’est d’ailleurs James Barrie qui a choisi Betty Bronson pour interpréter son personnage, devenu depuis légendaire.

Il faudra attendre près de trente ans avant une nouvelle adaptation (des studios Disney) puis 1991 pour que Spielberg le reprenne, et enfin 2003 pour un nouveau film…

Finalement, peu d’adaptations quand on compare à d’autres personnages aussi magiques.


Il s’agit avant tout d’une mise sur écran de la pièce de théâtre avait écrite à partir de son roman. Et cela se voit surtout avec l’utilisation de différents animaux (crocodile, chien…) qui s’ils leur ressemblent, sont indéniablement faux : Nana, c’est un homme avec un costume de gros chien, tout comme le crocodile ou les autres animaux de la forêt. Et c’est tout à fait normal. Il s’agit avant tout d’un film destiné aux enfants, tout comme l’était l’histoire originale. On joue ici sur le fait que les spectateurs, quand ils ne sont que des adultes, doivent avant tout regarder cette histoire avec leurs yeux d’enfants. Et ils en sont avertis dès l’introduction du film, par un message de J.M. Barrie.

 

De là à dire qu’il s’agit du premier film pour enfant, je me garderai bien de l’affirmer, n’ayant pas encore épuisé le stock de films à notre disposition depuis un peu plus de 120 ans…

[Il faudrait que je demande à mon ami le professeur Allen John…]

Quoi qu’il en soit, ça doit être l’une des premières fois – sinon LA première – que le personnage principal s’adresse directement aux spectateurs afin d’influer (faussement) sur l’histoire : en effet, alors que la Fée Clochette (Virginia Brown Faire) – Tinker Bell – est en train de mourir, Peter exhorte les spectateurs à montrer qu’ils croient aux fées en les faisant applaudir. Cette sorte d’interactivité reprend ce qui se passait réellement sur scène quand la pièce était jouée.

 

Et ça marche. C’est un film qui fait du bien, autant qu’un Capra. Rapidement, on oublie le carton-pâte des décors pour s’immerger – n’oubliez pas le Jolly Roger qui mouille là-bas – dans cette histoire merveilleuse où les enfants volent. Parce qu’ils volent ! Sans qu’on voit un quelconque fil ! C’est vraiment magique !

Et puis les méchants sont véritablement affreux, avec en prime un magnifique capitaine Crochet en la personne du grand Ernest Torrence, habitué des rôles pas toujours reluisants, mais tellement formidable dans iceux. En face, Betty Bronson nous propose un Peter Pan un tantinet androgyne, mais bien dans le ton de l’histoire, espiègle à souhait… Bref, Peter.

 

Des enfants qui volent, d’affreux pirates, des Indiens… Du rêve !

Non, du cinéma !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Cecil B. DeMille
Les dix Commandements (The ten Commandments - Cecil B. DeMille, 1956)

Une trentaine d’années après sa première adaptation, Cecil B. DeMille nous propose à nouveau ses dix Commandements. Jeanie MacPherson n’est plus (elle est morte dix ans plus tôt), mais à travers le travail de DeMille, l’esprit de son scénario de 1923 reste présent tout au long du film.

Car ici, ce sont les cinquante premières minutes du film de 1923 qui sont développées, en partant des origines du mythe biblique : de la naissance et la dérive sur le Nil de Moïse jusqu’aux portes de la Palestine, près des rives du Jourdain, que Moïse ne traversera jamais.

C’est un spectacle extraordinaire qui nous est proposé, avec le faste et la débauche (c’est le cas de le dire) d’effets plus ou moins spéciaux qu’on lui connaît.

Ce sont 3 heures 40 minutes de spectacle intégral, rythmé par la musique inoubliable du grand Elmer Bernstein, dans des décors qui rappellent ceux de Paul Iribe, mais encore plus gigantesques.

 

Nul besoin de rappeler l’intrigue, qui n’a pas changé depuis plus de 3000 ans, si on accepte que Ramsès II (1304 ? – 1214 ? av. JC) ait réellement été en conflit avec le patriarche. Par contre on peut souligner le soin que porte DeMille à cette histoire, donnant à Moïse (Charlton Heston) une dimension humaine et une vie antérieure à son statut de prophète.
Car DeMille est allé chercher l’histoire de Moïse dans d’autres sources que la Bible : l’historien Flavius Josèphe (34/35 – 100 ?) entre autres, qu’il cite dans l’introduction du film.

En effet, en plus d’être le narrateur du film, DeMille le présente aux spectateurs après la musique d’ouverture : un immense rideau est filmé duquel sort le réalisateur pour nous expliquer ce que nous allons voir.

 

Il y a dans cette présentation un élément supplémentaire par rapport à la narration qui va suivre : DeMille, ce faisant, s’engage quant à l’histoire qu’il va nous montrer. C’est très certainement le film le plus impressionnant de DeMille, et – à mon avis – le plus personnel aussi. En effet, DeMille ne fait pas que nous montrer une belle histoire, il nous montre qu’il y croit fortement. Et c’est aussi cela qui donne une dimension plus importante à ce film. Cette fois-ci, l’épisode biblique n’est pas un support pour illustrer les aspects néfastes de la vie moderne. Non, ici, c’est avant tout une projection de cette vie moderne : pour lui – et beaucoup d’Américains (encore aujourd’hui), les dix Commandements sont toujours d’actualité. La liberté que réclament les Hébreux est celle qu’offre les Etats-Unis d’Amérique (par opposition, bien entendu, aux dictatures socialistes et soviétiques).

 

Quoi qu’il en soit, et malgré les croyances de chacun, on es-t obligé d’admettre que ce film n’est pas anodin ni mineur. Oui, nous, spectateurs soixante ans après, ne sommes pas dupes des effets spéciaux (essentiellement des incrustations), et commençons à être habitués aux images bien léchées du numérique. Mais pour avoir – en plus – vu ce film sur écran géant (pas seulement devant ma télé !), le spectacle est tout bonnement éblouissant : la musique tonitruante, la magie des effets spéciaux, le Technicolor éclatant et la distribution royale font de ce film, qu’on le veuille ou non, un sommet du cinéma.


Et une œuvre du maître avec la même science des mouvements de foule et les mêmes débordements de cette même foule. Certes, les femmes sont beaucoup moins dénudées qu’elles le furent, mais toujours très belles, et, en cherchant bien, on trouve tout de même un sein qui pointe par ci, par là*… La scène du Veau d’Or est toujours aussi orgiaque : les femmes langoureuses aux déhanchements lascifs sont toujours là, les hommes paillards et buveurs aussi, c’est un déferlement de débauche toujours aussi formidable, avec un Aaron (John Carradine) qui se demande bien ce qu’il fait là.

Et sa conclusion rappelle le déchaînement déjà entrevu dans la première adaptation, la colère divine étant impitoyable et terrible.

 

Une immense fresque flamboyante qu’on revoit avec gourmandise, mais, comme toujours avec la gourmandise, il ne faut pas en abuser : une fois tous les dix ans, c’est grandement suffisant.

 

 

 

* Encore une fois, je vous renvoie à Matthieu, 7:7.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille
Les dix Commandements (The ten Commandments - Cecil B. DeMille, 1923)

Avec Les dix Commandements, Cecil B. DeMille entame une série de films religieux : suivront le magnifique Le Roi des Rois, Le Signe de la Croix, Samson et Dalila, et bien sûr le remake de ce film qui nous intéresse.

DeMille, sur un scénario de son indissociable collaboratrice Jeanie MacPherson, commence d’ailleurs le film avec l’histoire biblique. Mais, curieusement, ce n’est pas l’intrigue principale. En effet, c’est seulement au bout de 50 minutes qu’on entre dans le vif du sujet avec cette famille qui se désunit quand Danny McTavish (Rod La Rocque), le fils cadet, renie la religion qui l’a élevée et s’en va conquérir le monde au bras de Mary Leigh (Leatrice Joy), une jeune femme aussi mécréante que lui.

 

Mais si cette intrigue est la principale, elle n’est pas vraiment la plus heureuse : DeMille et MacPherson lui donnant un ton édifiant voire un tantinet bigot où le mouton noir est accablé par sa conduite athée et puni pour s’être détourné de Dieu… Bref, pas de rédemption pour ce mauvais sujet qui terminera en enfer, et c’est bien fait pour lui, alors que seront sauvés ceux qui (etc.)…

 

Et on comprend que DeMille soit revenu sur la première partie, en la développant au plus près des Ecritures, même si les intertitres Les citent abondamment pour expliquer les différentes étapes de l’Exode.

Mais surtout, cette première partie développe avec brio la dimension spectaculaire qu’on entrevu déjà dans Male & Female (1919) – Gloria Swanson dans sa robe merveilleuse et le lion – et surtout dans Manslaughter (1922) – déjà une scène de débauche...

C’est une débauche de décors somptueux (de Paul Iribe) dignes des pharaons, avec une utilisation de la foule qui rappelle celle de celui qui fut son maître : D. W. Griffith.

C’est tout simplement magnifique. Et comme c’est Cecil B. DeMille, on ne peut pas passer à côté d’une scène d’orgie, ni d’un sein qui pointe dans un coin de l’image (« cherchez et vous trouverez » - Matthieu, 7:7).

Et question épisodes bibliques, on est servi : la dixième plaie d’Egypte qui tue les premiers-nés ; le départ vers Canaan ; Le mur de feu qui empêche les chars* de Pharaon (Charles de Rochefort) ; la Mer Rouge qui s’écarte ; les Egyptiens engloutis ; Dieu donnant les Commandements à Moïse (Theodore Roberts) ; et l’adoration du Veau d’Or dont parlais plus haut. Il ne manque que le Buisson ardent !

Du grandiose, du spectaculaire, du DeMille, quoi !
On notera surtout Moïse en haut du Sinaï recevant les Commandements, alors que se déchaînent les éléments et les Hébreux qui se croient abandonnés et s’adonnent au stupre (et à la fornication, cela va sans dire, même si DeMille reste tout de même discret à ce sujet : c’est tout de même d’après un texte sacré, et il ne fallait pas heurter les croyances des spectateurs…).

Cette séquence de déchaînement atmosphérique annonce celle qui suivra la mort de Jésus dans Le Roi des Rois, mais ne sera pas aussi violente dans le remake de 1956.

 

On retrouvera cette puissance d’évocation dans la partie moderne avec la construction et surtout, la destruction de l’église, amenant la mort de la mère, symbole de cette religion que Dan a reniée.

Pour le reste, cette deuxième partie – on ne peut plus prévisible, où les bons et les pénitents survivent – est un peu mièvre si l’on excepte tout de même une structure un peu en miroir.

A chaque fois que le fils (indigne) fuit – sa mère au début, ses responsabilités à la fin –, il pleut à torrent comme si le Déluge recommençait. C’est aussi à ce moment que Mary ouvre une fenêtre – du restaurant pour voler, au début ; de l’atelier à la fin, pour déposer son message d’adieu.

Entre les deux ondées terribles (manifestation de la colère divine ?), on suit l’ascension puis la déchéance de cet homme sans scrupule qu’est Danny, dont le point culminant – et de rupture – est l’écroulement du mur sur sa propre mère.

 

Dommage que cette seconde partie soit la plus longue…

 

 

* DeMille les recyclera dans son Cléopâtre.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Richard Thorpe
Les Chevaliers de la Table ronde (The Knights of the round Table - Richard Thorpe, 1953)

Arthur, lancelot, Perceval, Gauvain, Mordred…

Ils sont tous là (ou presque). Morgane et Merlin aussi.

La légende est de retour : Richard Thorpe nous la fait revivre.

 

Aussi étrange que cela puisse paraître, c’est la première adaptation de l’histoire du Roi Arthur au cinéma. Mais, bien entendu, ce n’est pas la dernière (voir Excalibur).

C’est Mel Ferrer qui interprète le souverain (contesté) qui enlève l’épée magique de l’enclume sous l’œil envieux de sa sœur Morgane (Anne Crawford, dont c’est le dernier film, et qui mourut prématurément trois ans après) et de son champion le méchant Mordred (Stanley Baker) – sans r dans la VO – félon s’il en est.
Quant à Merlin (Felix Aylmer), c’est un vieux barbon qui n’use aucune fois de magie, pour notre plus grand désappointement.

 

Mais il y a l’épopée arthurienne qui est là, même si le scénario prend certaines libertés avec le texte médiéval, et d’ailleurs ce n’est pas bien grave.

On a donc droit à de nombreux combats à l’épée, mené de main de maître par des chevaliers en armure, qui, d’ailleurs, sont un tantinet décalés par rapport à la vérité historique, mais là encore, ce n’est pas bien grave : ne boudons pas notre plaisir.

 

C’est avant tout un film d’amitié et d’honneur, même si ce dernier mot ne revêt pas la& même signification selon les personnages : on y croit beaucoup moins quand c’est Mordred qui en parle.

L’amitié, c’est celle, indéfectible (au moins le croyaient-ils) entre Arthur et Lancelot, ce preux chevalier qui a parcouru le monde à la recherche de ce roi valeureux.

Mais une histoire d’amitié ne résiste pas quand la femme paraît, comme semble nous le montrer le film. Guenièvre (la magnifique Ava Gardner) est source de discorde, et surtout prétexte à la rébellion pour Morgane et Mordred.

Mais même si cette source de discorde – une relation amoureuse entre Lancelot et Guenièvre – est avérée, jamais Lancelot ne trahira vraiment son ami. Une seule fois il l’embrasse (au bout d’une heure et demie, pas avant), mais c’est pour mieux lui signifier que cet amour ne doit pas perdurer.

 

Autrement, ce film reprend tous les thèmes de la légende arthurienne : la table ronde, la quête du Graal pour Perceval (Gabriel Wood) et bien entendu Excalibur que seul le vrai souverain de l’Angleterre pourra retirer de l’enclume. Le tout dans de très beaux décors plus ou moins réels : le site de Tintagel en fait partie, de même que Dartmoor, mais la première séquence (quand Arthur prouve qu’il est le roi attendu) et l’une des dernières, (quand Arthur meurt), ont été trop visiblement tournées en studio : l’incrustation utilisée est beaucoup trop évidente et nous saute aux yeux, nous spectateurs habitués aux effets spéciaux numériques.

 

Mais rappelez-vous que ce film est sorti il y a déjà 65 ans, et malgré ce détail, le film se regarde toujours avec le même plaisir, dans un Technicolor où les couleurs pètent, ce qui n’est pas sans rappeler le Robin des Bois de Michael Curtiz.


Alors laissez-vous faire par Richard Thorpe, et jubilez aux exploits de Lancelot, le seul qui réussit à se sortir de la lise meurtrière*.

 

 

* Exploit qui m’a – moi aussi – beaucoup marqué étant enfant.

 

PS : mon adaptation préférée reste malgré tout Sacré Graal...

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Josef von Sternberg, #Marlene Dietrich, #Anna May Wong
Shanghai Express (Josef von Sternberg, 1932)

Marlene Dietrich, dans la pénombre, fumant, le regard mélancolique.

C’est l’image la plus célèbre de ce film. C’est un plan tout en ombre et lumière, l’un des plus beaux du cinéma. Pas étonnant alors qu’il ait été récompensé aux Oscars…

James Wong Howe était un grand chef opérateur, digne d’un Freund ou d’un Daniels.

Cette utilisation magnifique du noir et blanc n’est pas sans rappeler le cinéma allemand de la même période. Mais si Sternberg est d’origine autrichienne, il est avant tout un réalisateur américain : il est arrivé aux Etats-Unis en 1901, et n’a donc pas participé au courant cinématographique allemand du temps de la République de Weimar (1919-1933). Il n’a fait qu’un seul film allemand – L’Ange bleu –, commande de la UFA, qui lui a permis de rencontrer Marlene, avec qui il tournera six films. Celui-ci est le quatrième de leur collaboration.

 

Dans l’express reliant Pékin et Shanghai, un groupe de voyageurs se retrouve mêlé à des affaires politiques. En effet, à cette époque, la guerre civile fait des ravages en Chine entre les armées régulières et les révolutionnaires de Mao Zedong, sans compter les interventions japonaises en Manchourie… Une période qui inspirera même Hergé pour son Tintin et le Lotus bleu.

Ici, ces personnages semblent tout droit sorti d’un roman d’Agatha Christie : on y trouve Mrs Haggerty (Louise Closser Hale), une lady, anglaise jusqu’au bout des ongles, inséparable de son petit chien – un pékinois, évidemment – ; Lenard (Emile Chautard), soldat français en disgrâce mais qui ne veut pas décevoir sa sœur ; le révérend Carmichael (Lawrence Grant), certainement en Chine pour convertir les païens ; Eric Baum (Gustav von Seyffertitz) un homme – louche – d’affaires (louches aussi), un invalide qui craint les courants d’air ; Sam Salt (Eugene Pallette), bookmaker américain pour qui chaque occasion est bonne pour parier ; Mr Chang (Warner Oland), gentleman métis mystérieux – normal, l’Orient est toujours mystérieux au cinéma – ; Hui Fei (Anna May Wong*, elle aussi très belle), femme chinoise importante,  semble-t-il ; Donald Doc Harvey (Clive Brook), officier britannique au flegme et à l’orgueil un tantinet excessif ; et la belle Madeleine (Marlene Dietrich), connue de tous sous le nom de Shanghai Lily.

Mais ces personnes ne sont pas rassemblées autour d’un meurtre mais bien dans ce train – à deux exceptions près – dans le but de voyager. Mais le contexte va les ralentir, pour finalement les changer, voire les tuer.


Parce que ce film nous montre un changement, celui des voyageurs : d’une situation bien définie au départ, on retrouve des gens un tantinet changés, leur perception de l’autre ayant évolué au vu de la situation extérieure.

Les deux jeunes femmes – Hui Fei et Madeleine – sont tout d’abord considérées comme des moins que rien : Shanghai Lily n’est rien d’autre qu’une croqueuse de diamant, une femme à la petite vertu ; alors que Fen Hui, en plus d’être considérée comme une femme facile, a la mauvaise fortune d’être étrangère. Pourtant, ce sont ces deux laissées-pour-compte qui vont dénouer l’intrigue et permettre l’évolution de la situation et des esprits.

On retrouvera ce genre de femme dédaignée dans La Chevauchée fantastique, où Claire Trevor interprète Dallas, une prostituée notoire, dont l’attitude et l’action vont changer les esprits quant à sa personnalité.

 

Et, comme je le disais en introduction, il y a Marlene. Elle est belle, elle est triste, elle est grande : elle est magnifique… (Et elle ne chante pas, comme le dirait mon ami le professeur Allen John). Elle a trouvé sa place dans le cinéma américain, comme pendant à la Divine tout d’abord, et puis pour son propre jeu, suave et sensuel… Comme la Divine, justement, mais autrement.


Mais de toute façon, je préfère Garbo…

 

 

* cousine du même James Wong Howe

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