Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Drame, #Robert Enrico, #José Giovanni
Les grandes Gueules (Robert Enrico, 1965)

De grands espaces ; un petit propriétaire qui se bat contre un gros pour survivre ; une histoire de vengeance ; une équipe patibulaire qui descend dans un village ; un cheval ; des chevaux (de bois).

Pas de doute, nous sommes dans un western.

Mais alors que le western est un genre plutôt américain – même si Sergio Leone en a réalisé » de magnifiques, l’intrigue se situe toujours outre-Atlantique – il n’empêche que le film de Robert Enrico s’apparente curieusement à cette catégorie.

 

Hector Valentin (Bourvil) revient du Canada à la mort de son père et décide de reprendre la scierie de son père à Vagney (Vosges). Mais Therraz (Nick Stephanini) le propriétaire de la grande scierie du coin, aimerait bien récupérer cette dernière parcelle. Aidé de Laurent Dannecker (Lino Ventura) et Mick Evratt (Jean-Claude Rolland), il va tenir bon face à Therraz, en faisant appel – suivant la suggestion de Laurent – à des prisonniers en libération conditionnelle : il les accueille pour venir travailler  chez lui plutôt que de finir leur sentence entre quatre murs.

 

Encore une fois, nous retrouvons une histoire de gangsters due à la plume de José Giovanni. Mais, et c’est alors rare dans le cinéma français en 1965, il nous montre un aspect peu mis en valeur dans la société française, la réinsertion des condamnés de droit commun et dans le cas qui nous intéresse les libérations conditionnelles.

Il faut dire que le passé de José Giovanni lui fournit matière pour ses différents romans policiers : lui qui fut condamné à mort connaît très bien le milieu carcéral tout comme le Milieu tout court.

Et Robert Enrico rejoint Giovanni pour nous présenter une bande de types aux mines patibulaires certes, mais tout de même bien sympathiques. De plus, on y retrouve quelques seconds rôles emblématiques du cinéma français des années 1960-1970 dont Jess Hahn (Nénesse) est un représentant fort truculent.

 

Our la tête d’affiche, on trouve un duo inédit et surprenant : Lion Ventura et Bourvil (qu’on connaît surtout pour les comédies dans lesquelles il a joué – avant et après).

On a tendance à oublier que Bourvil avait un réel talent qui ne se limitait pas à des personnages un tantinet ahuris et comiques comme on l’a un peu (vite) enfermé après Le Corniaud et La grande Vadrouille. Tout comme Melville quelques années plus tard qui lui offrira l’un de ses derniers rôles, Enrico lui donne un rôle grave, celui d’un propriétaire de scierie capable de donner une chance à des proscrits notoires. C’est une grande responsabilité pour son personnage ainsi que pour son image auprès du public : une cinquantaine d’années après le film, les mentalités n’ont pas beaucoup évolué en ce qui concerne les « repris de justice » (1) et leur acceptation dans la société.

De son côté Ventura reprend un rôle de dur qu’on lui connaît mais cette fois-ci, la fréquentation de Bourvil/Hector va amener quelques nuances dans son personnages, les deux hommes déteignant l’un sur l’autre : Hector est un homme courageux qui n’hésite pas à jouer des poings si nécessaire, et Laurent voit son désir de vengeance diminuer avec le temps, surtout après la mort de Mick.

 

Mais comme je l’annonçais au début, nous sommes dans un western.

Outre les beaux paysages des Vosges, la musique de François de Roubaix n’est pas sans rappeler celle d’Ennio Morricone. De plus, les sonorités tirées du bois se retrouvent dans les différents instruments joués par les musiciens.

On retrouve le combat du petit contre le grand – qu’on a dans différents films américains – avec en prime les méchants qui débarquent en ville. Même si dans ce cas, ce ne sont pas vraiment les méchants qui sont là : on peut dire qu’ils sont en sursis…

Et bien sûr, nous avons droit à une gigantesque bagarre – l’une des plus belles du cinéma français – avec distribution généreuse de bourre-pifs ainsi que destruction partielle du décor (la fête des Bûcherons de Vagney).

 

SI le film reste marqué du fait des costumes et des coiffures, on note tout de même que le thème reste d’actualité, quand on entend certaines réflexions de n’importe quel Café du Commerce à propos des prisons.

Et Giovanni et Enrico n’inventent pas tellement quand ils abordent cette histoire de repris de justice mis au ban : une centaine d’années plus tôt, Victor Hugo faisait paraître l’un de ses plus grands romans (en intérêt ainsi qu’en volume…), Les Misérables (2).

 

Un film qui, lui aussi, mérite une seconde chance.

 

 

  1. « Repris de justesse » disait Coluche…
  2. Et comme c’est étrange (?), Lino Ventura jouera Jean Valjean dans le film de Robert Hossein, alors que Bourvil fut Thénardier dans celui de Jean-Paul Le Chanois…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #William Desmond Taylor, #Jack Pickford
Tom Sawyer (William Desmond Taylor, 1917)

Tom Sawyer (Jack Pickford, le frère de) est un jeune garçon turbulent (euphémisme) qui vit avec sa tante Polly (Edythe Chapman), sa cousine Mary (Alice Marvin) et son cousin Sid (George Hackathorne).

Parmi ses copains, on trouve le fameux Huckleberry Finn (Robert Gordon) et le jeune Joe Harper (Antrim Short).

Evidemment, Tom fait bêtise sur bêtise et est très souvent puni.

Quant à l’élément féminin – parce qu’il y en a un – c’est la blonde Becky Thatcher (Clara Horton), dont Tom tombe amoureux et avec qui il se fiance (comme avec Amy…).

 

Ouvrons une parenthèse.

Si William Desmond Taylor est connu, c’est surtout pour sa fin tragique : il fut tué en 1922, et à ce jour – et malgré la confession tardive (1964) de Margaret Wilson – son meurtre n’a pas été officiellement résolu. Avec la mort de Taylor, c’est aussi la mort cinématographique de Mabel Normand qui arrive, et si on ajoute à cela l’affaire Arbuckle, ça fait beaucoup de désordre dans Hollywood.

S’ajoute à cela la présence de Jack Pickford dont la conduite ne fut pas des plus exemplaires et qui lui amènera une mort prématurée.

Dernier fait avant de fermer la parenthèse : parmi les choristes de l’église, on notera la présence d’Olive Thomas – Mme Pickford à la ville – qui décèdera elle aussi prématurément en 1920…

Mais fermons cette parenthèse fort sombre.

 

A l’instar de sa grande sœur Mary, Jack Pickford interprète ici un rôle beaucoup plus jeune que son âge : Tom est censé être un préadolescent alors que Jack a 23 ans quand le film sort. Il en va de même pour George Hackathorne ou encore Robert Gordon (un an de plus) mais Clara Horton elle, a l’âge requis pour interpréter Becky (13 ans quand le film sort).

 

Le format du film (59 minutes) ne peut pas retransmettre les différents épisodes du roman de Mark Twain, et le choix des quelques aventures est alors crucial.

A mon avis – je n’ai pas lu le roman – on peut être satisfait par les différents choix de Taylor et Julia Crawford Ivers : on y trouve des moments forts de ce roman : la palissade à blanchir, l’arrivée de Becky, l’école et les pirates.

Ce dernier épisode étant le point d’orgue du film qui se terminera par l’heureuse issue de cette plaisanterie plutôt macabre.

 

Bien sûr, Jack Pickford et ses comparses du même âge (Antrim Short se situe entre les deux âges, il a 17 ans) ne peuvent pas continuellement masquer leur âge véritable (surtout Gordon), mais le ton est plaisant et les différentes séquences amènent au moins le sourire au spectateur, ce qui est le plus important.

De plus, la photo de Homer Scott nous offre de très beaux plans resserrés des visages des principaux personnages.

Quant au baiser de fiançailles – il y a tout de même dix ans entre les deux interprètes – Taylor s’en sort en montrant le dos de Pickford quand il est censé l’embrasser.

 

Bien sûr, le film fut un succès et l’année suivante vit sortir une seconde partie : Huck & Tom.

 

PS : le film s’ouvre avec Mark Twain (le vrai ?) en position d’écriture, alors qu’un tout petit Tom est assis sur le bord de son bureau.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Alfred Lot, #Michel Blanc, #Comédie, #Gilles Lellouche
Une petite Zone de turbulences (Alfred Lot, 2009)

 

C’est Jean-Paul Muret (Michel Blanc) qui traverse cette « petite zone de turbulences ».

Il faut dire qu’il y a de quoi.

Alors qu’il est jeune retraité, il s’aperçoit qu’il a une tache rouge dans le dos. Après une visite rassurante chez le médecin, il commence à gamberger et s’invente un cancer.

Jusque là, rien que de très normal (pour lui).

Mais s’ajoute à cela que sa fille Cathy (Mélanie Doutey) va se marier avec Philippe Faure (Gilles Lellouche), un patron d’une boîte de surveillance surnommé bac -6 par son futur beau-frère Mathieu (Cyril Descours), lui-même homosexuel qui a un petit peu de mal à assumer.

Ajoutez à cela Anne Muret (Miou-Miou) qui a une aventure extraconjugale et vous obtenez une comédie un tantinet acide mais tout de même très généreuse.

 

Il faut dire que si Alfred Lot assure la réalisation, le scénario adapté du roman de Philippe Haddon (A Spot of matter), ainsi que les dialogues sont de Michel Blanc, alors on se sent en territoire connu. Et sur certains points, on retrouve dans Jean-Paul le côté hypocondriaque de Denis (Marche à l’Ombre), avec ses excès comiques, le statut de SDF en moins.

Mais surtout, on se rend compte rapidement que cette zone de turbulences concerne aussi les autres membres de sa famille : Cathy qui veut se marier n’est pas toujours bien claire avec Philippe ; Matthieu a du mal à assumer pleinement sa relation avec Olivier (Yannick Renier) ; et la personnalité de Philippe ne convient pas à tout le monde (sauf Cathy).

 

Cette petite zone tout compte fait, n’est pas si petite que ça puisqu’on atteint rapidement un sommet de turbulences qu’Alfred Lot va tranquillement faire redescendre pour arriver à la fin heureuse attendue.

Evidemment, c’est Jean-Paul qui est le centre de l’attention : il faut dire que ses idées fixes amènent des situations des plus extrêmes, amenant presque un bain de sang, son ablation personnelle de la hanche n’étant pas très concluante.
 

Car Jean-Paul est un personnage aux tendances dépressives, le titre devenant très vite lui aussi une litote.

Et l’affiche qui montre une brique sur le point de lui tomber sur la tête est une très bonne illustration de ce qu’il se passe. Mais cette brique ne reste pas longtemps en suspend, et surtout, elle va déclencher un mini cataclysme dans cette bonne famille bourgeoise des Yvelines (immatriculation de la voiture).

 

De plus, les situations trouvent de temps en temps un écho ultérieur : la phrase « sauf erreur grossière de ma part » qui amène une image qui elle-même se retrouvera un peu plus tard, accentuant le désespoir de Jean-Paul quant à sa santé. Une autre image se rappelle à son souvenir quand il est en train de remuer du ciment, mais je ne vous en dis pas plus.

 

Bref, c’est une accumulation de petits tracas à un moment déborde sur les autres et amène un point de rupture qui, heureusement n’est pas franchi.

Et c’est tout à fait normal : nous sommes dans une comédie. Pour que tout se termine bien, il faut que cela aille mal !

Alors on savoure cette histoire de rien du tout. On la savoure comme on le fait toujours avec les histoires de Michel Blanc : à partir de trois fois rien, il nous propose une intrigue solide avec des personnages légèrement outranciers (mais pourrait-il en être autrement ?), dans un schéma des plus classiques, servi par des interprètes qui s’amusent presque autant que les spectateurs. Alors on rit. On rit de cette histoire tout compte fait dérisoire, d’un homme qui est à un tournant de sa vie : la retraite.

 

Parce qu’en fin de compte, il n’a rien : tout juste un peu d’eczéma. Alors, un peu de cortisone et hop ! C’est passé…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #J. Lee Thompson, #Drame
Les Nerfs à vif (Cape Fear - J. Lee Thompson, 1962)

C’est un homme qui marche dans la ville. Il avance, malgré le trafic et pénètre dans le palais de justice pour y voir la fin d’une session. Ou plutôt un avocat dans cette session : Sam Bowden (Gregory Peck).

Cet homme au panama a été condamné à de la prison après le témoignage de Bowden. Cet homme a passé les huit dernières années de sa vie à ruminer sa vengeance. Et maintenant, il est prêt.

Il s’appelle Max Cady (Robert Mitchum).

 

Nous sommes sept ans après La Nuit du Chasseur et Robert Mitchum se retrouve à nouveau dans la peau d’un criminel des plus dangereux et surtout dérangé. Encore que. Max Cady est un homme violent avec les femmes, quel que soit leur âge. Et encore une fois, Mitchum est formidable.

On peut donc en conclure que Gregory Peck avait apprécié ce dernier dans le film de Laughton, puisque, en tant que directeur de la compagnie de production, il a fait de gros efforts pour l’avoir dans cette production.

Mais à nouveau, avoir Mitchum dans un tel rôle n’a pas beaucoup porté bonheur : le film fut un échec qui causa la fermeture de Melville Productions (1), la société de Peck.

 

C’est bien dommage que ce film fut un échec, parce qu’on y trouve une manière de filmer qui n’est pas sans rappeler celle d’Hitchcock, avec un suspense qui va grandissant jusqu’à l’affrontement final inévitable.

Outre des plans plutôt originaux pour Thompson, on retrouve la musique de Bernard Herrmann (Psycho, c’et deux ans plus tôt, et l’année suivante, ce sera The Birds), qui accentue la tension de plus en plus palpable.

 

Car si le titre original mentionne la rivière sur laquelle se passe la séquence finale, le titre français lui décrit clairement la situation dans laquelle se trouve la famille Bowden face à cet homme insaisissable et ô combien dangereux.

Et si les Bowden ont les nerfs à vif, les dernières vingt minutes permettent aux spectateurs d’expérimenter cette même sensation tant la séquence est incertaine, et surtout Cady malfaisant.

 

Car Cady va beaucoup plus loin dans la malfaisance. On assiste alors à des contacts entre Cady et ses deux victimes féminines – Peggy Bowden (Polly Bergen) et sa fille Nancy (Lori Martin) – qui ne sont pas des plus subtiles ni très recommandés par le code Hays qui était encore en vigueur. D’ailleurs, quelques minutes avaient été retirées par la censure, qui voyait Cady avoir une attitude ambiguë envers Nancy, la seule véritable victime du psychopathe.

 

De plus, le format noir et blanc ajoute de la tension, et les éclairages, tout comme les points de vue, apportent une plus forte de dose de menaces. Avec quelques fausses pistes pour nous tromper, la première se situant au tout début du film : Cady est habillé d’une tenue très claire alors que Bowden, lui, est toujours habillé en sombre. Le rapport manichéen semble inversé, mais rapidement, le spectateur se fait une idée claire de ce drôle de paroissien.

 

Ce film est aussi une occasion pour les spectateurs actuels de retrouver Telly Savalas (Charles Sievers, le détective privé) dans un de ses tout premiers rôles : non seulement il n’a pas un rôle de méchant et/ou de tordu comme ce sera le cas un peu plus tard (The dirty Dozen, On Her Majesty's Secret Service), mais en plus, il a encore ses cheveux. Et on se rend compte alors que s’il les a rasés plus tard, ce n’était pas uniquement pour se faire une image de marque tout comme Yul Brynner, mais aussi parce qu’il commençait déjà à bien se dégarnir…

 

Presque 30 ans plus tard, Martin Scorsese adaptera à nouveau  cette même histoire, avec les mêmes personnages, la même musique ainsi que les mêmes acteurs – Mitchum, Peck & Balsam (Mark Dutton le policier ami de Bowden) – mais dans des rôles un tantinet plus subalternes, l’âge ne jouant plus vraiment en leur faveur…

Vous vous doutez bien qu’encore une fois, ceci est une autre histoire…

 

 

PS : le public actuel peut trouver une résonnance de sa propre actualité à propos de la condition des femmes. Le personnage de Diane Taylor (Barrie Chase) est une femme qui a été abusée et surtout frappée par Cady. Mais sa seule réaction est de partir loin de tout ça, alors que le privé l’encourage à porter plainte. On retrouve ce même thème quand il s’agit de la famille de Bowden, montrant – déjà – qu’il n’est pas facile pour une femme de vivre après une telle expérience. Même si Diane Taylor n’est pas ce qu’on peut appeler une lady, et qu’elle ne veut pas témoigner, on doit comprendre que c’est encore plus difficile pour une femme qu’on peut qualifier de plus classique.

 

(1) Eh oui, Gregory Peck a joué Achab dans le Moby Dick de John Huston…

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Edward Sutherland, #Comédie
Un Conte d'apothicaire (It's the old army Game - A. Edward Sutherland, 1926)

Elmer Prettywillie (W.C. Fields) est apothicaire (d’où le titre français), mais pas comme on l’entend en France. Aux Etats-Unis, le propriétaire d’un drug-store délivre bien sûr potions et remèdes, mais il sert aussi des milkshakes, vend des timbres et même des cigares : nous sommes en 1926, c’est- tout à fait légal.

Elmer est assisté d’une charmante serveuse, la belle Mildred (Louise Brooks), mais est surtout poursuivie par sa tante (Blanche Ring) qui n’a certainement pas le même âge, ni surtout le même charme.

Terminons enfin par sa famille : sa sœur Sarah (Mary Foy) et son neveu Mickey (Mickey Bennett).

 

Après un court-métrage où sa participation au scénario est occultée (1), Fields nous propose ici un scénario de long-métrage (son premier donc), aidé de quelques habitués mais surtout dirigé par Edward Sutherland, qui en est alors à ses débuts de réalisateur.

Et que Fields ait écrit le scénario se ressent énormément.

En effet, Fields prendra son essor et gagnera le haut de l’affiche à l’arrivée du parlant. Et cela se comprend quand on voit comment est traitée l’intrigue un tantinet légère qui nous est proposée.

 

Les meilleurs moments de son personnage sont hélas visibles sur les intertitres : Fields joue le plus souvent sur les mots, et le voir articuler ses répliques n’a pas le même effet que de les entendre en même temps…

Quoi qu’il en soit, ses futures victimes du parlant sont déjà là : la famille (sa sœur) et surtout les enfants (ici son neveu : un chiard braillard et insupportable).

Avec ce dernier, Elmer alterne les situations : il ne le supporte pas quand il veut dormir, mais s’associe avec lui contre les deux femmes susmentionnées (bien sûr, je ne parle pas de la belle Mildred).

 

Mais cela ne suffit pas pour un faire un bon film. Avec les réparties qui tombent un peu à plat, les divers gags visuels qui nous sont proposés sont sinon tirés par les cheveux, du moins systématiques, voire téléphonés.

Alors que dans le même temps, les grands noms du comique américain – Chaplin, Keaton & Lloyd (2) – sont en pleine évolution, recherchant une nouvelle subtilité, Fields lui est en retard. Le seul moment qui m’a vraiment fait rire, c’est la (presque) dernière séquence qui le voit revenir dans sa ville, dépité et surtout résigné à finir ses jours en prison (voir ci-dessous). Mais même cette séquence se termine platement.

Quant à la morale finale, signée par le bon Elmer, elle rejoint ce que j’écrivais plus haut (et plus tôt).

 

Alors on se dit que malgré tout, il y a la belle Louise Brooks. Mais son rôle est tout de même bien réduit et son rôle peu déterminant dans l’intrigue. Sa seule interaction notable : elle suggère à Elmer de laisser de la place à George Parker (William Gaxton) dans sa pharmacie.

Autrement, elle est la jeune beauté dont ce même Parker tombe amoureux. Un rôle à peine utilitaire donc, et qui nous permet de l’admirer en tenue de bain.

Bref, pas de quoi s’extasier sur sa prestation (3), puisqu’on pourrait presque retirer son personnage de l’intrigue sans la transformer…

 

Vous le comprenez, je ne suis pas emballé par ce film. J’ai déjà beaucoup de mal avec Fields dans ses films parlants, alors vous imaginez bien que ce rôle muet n’est pas spécialement à mon goût, son visage, qui est le vecteur privilégié du cinéma muet est peu expressif, son regard ne transmettant pas grand-chose.

Vous le direz que Keaton n’avait pas un visage expressif non plus. Mais je vous répondrai alors que les films de Buster sont construits sur cette apparente placidité. Apparente bien sûr, parce que les émotions sont quand même là.

 

 

PS : une moustache était-elle indispensable ?

PPS : 104 minutes, c’est tout de même bien long…

 

  1. Pool Sharks (Edwin Middleton, 1915)
  2. Ceci est un classement alphabétique, pas un ordre de qualité.
  3. Je ne remets pas en cause ses qualités esthétiques et plastiques : je l’ai toujours aimée…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille, #Gloria Swanson, #Drame
L'Amour a-t-il un maître ? (Something to think about - Cecil B. DeMille, 1920)

Ruth (Gloria Swanson) a deux prétendants : Jim (Monte Blue) qui est beau est fort, et David (Elliott Dexter) qui est moins beau et surtout invalide.

Alors évidemment, c’est avec Jim qu’elle s’enfuit, se marie et file le parfait amour à la grande ville.

Malheureusement, Jim meurt dans un accident de mine. Ruth s’en retourne donc chez Luke son père (Theodore Roberts), affronter le reproche, avec le fruit de ses amours...

 

Cecil B. DeMille, Jeanie McPherson, Gloria Swanson, Theodore Roberts : pas de doute, nous sommes en territoire connu.

Mais ce qui diffère des autres films, c’est un ton d’une noirceur inhabituelle chez ces gens-là. Tout d’abord, Roberts et Swanson ne sont pas des membres de la haute bourgeoisie comme on a coutume de les voir chez DeMille.

Et si Swanson reste Swanson, il n’en va pas de même pour Roberts : loin de l’homme d’affaires plus ou moins scrupuleux, nous le retrouvons dans un rôle de forgeron avec une barbe aussi spectaculaire qu’improbable. D’ailleurs, on a parfois du mal à le reconnaître sous cet attribut pileux.

 

Si on retrouve les thèmes habituels du duo DeMille/McPherson, on est surpris de la tournure des événements. Que la belle Ruth s’enfuie avec le beau Jim, rien de bien surprenant. Par contre, c’est le sort qui attend ce même Jim qui amène l’élément perturbateur qui amène l’indispensable quête de rédemption que chacun va effectuer à sa manière.

Ruth par une forme d’humiliation en étant recueillie par David, pour sauver les apparences (et pas autre chose) ; David en évoluant dans sa pensée (1), accueillant l’Amour puisqu’il refuse Dieu (il n’y a d’ailleurs aucune différence entre les deux, si on en croit le discours un tantinet lénifiant mais surtout édifiant de la femme de ménage de David (Claire McDowell).

 

C’est d’ailleurs cet aspect religieux qui a tendance à alourdir le film, même si on retrouve dans le même temps quelques références dans l’intrigue.
Tout d’abord le prénom Ruth qui n’est pas anodin : en effet, il s’agit de celle dont la lignée va engendrer le roi David et si on en croit les Evangiles, Jésus comme expliqué dans les premiers versets de Matthieu (I:1-17), ce qui nous amène évidemment à David pour les même raisons.

Autre résonnance religieuse : le retour de Ruth qui est rejetée par son père et pour la deuxième fois des envies suicidaires. C’est dans ce qu’i ressemble à une étable que la corde pend tranquille, transformant alors e lieu de naissance en lieu de mort. Mais heureusement, David (encore lui) la sauve (voir plus haut).

 

Mais malgré cette issue salvatrice annoncée (on chez DeMille, tout de même), le propos du film n’en demeure pas moins très sombre.

Outre la mort de Jim, qui se sacrifie pour les autres, Ruth a dans l’idée de se supprimer une première fois, sauvée par un mendiant qui lui a tout de même volé son porte-monnaie. Vide peut-être, mais c’est l’intention qui compte (2).

Autre élément du destin qui n’amène pas l’optimisme : Luke qui frappe mal sur un fer-à-cheval chauffé à blanc dont les escarbilles l’aveuglent, l’amenant lui aussi à une déchéance qui l’envoie dans un hospice pour nécessiteux.

 

Mais malgré tout, la    fin est heureuse : il fallait tout de même que le propos religieux porte ses fruits. C’est d’ailleurs ce côté rédempteur qui a tendance à alourdir le film, mais que voulez-vous, en 1920, la morale a certaines exigences.

Cette morale qui a tendance à compliquer la vie des jeunes gens : le veuvage de Ruth est alors montré comme une « double peine » : d’un côté elle perd l’homme qu’elle aime ; de l’autre, elle est déconsidérée par son père et celui qui fut son prétendant voire son promis avant qu’elle ne fuie.

 

Alors on peut se laisser à regarder cet énième film du duo DeMille-McPherson, mais on peut aussi lui préférer d’autres films on ne peut plus intéressants (celui qui est évoqué plus bas, par exemple).

 

PS : à noter la présence d’une autre actrice demillienne, la belle Julia Faye dans un rôle qui ressemble plus à du copinage qu’autre chose… Ainsi que dans le rôle du jeune Bobby, le fils de Ruth et Jim, Michael D. Moore, qui fera une carrière d’assistant-réalisateur qui l'amènera à travailler sur les trois premiers épisodes d’Indiana Jones. Pas mal, non ?

 

  1. David est un philosophe dont le mot d’ordre est qu’il n’y a aucune différence entre les différents dieux adorés : en clair, c’est un athée. D’une certaine manière, il annonce le personnage de Judy Craig (The Godless Girl) presque dix ans plus tard.
  2. C’est d’ailleurs le seul moment qui nous tire un sourire, McPherson ayant évité toutes les occasions comiques qu’on a l’habitude de trouver chez DeMille.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Yves Boisset, #Drame
Cran d'Arrêt (Yves Boisset, 1970)

Le « cran d’arrêt », c’est l’endroit le plus bas qu’on puisse atteindre, celui à partir duquel on ne peut que repartir, le fond qu’on touche et qui permet d’un coup de pied de refaire surface.

Ici, c’est le jeune David Auseri (Renaud Verley) qui a touché le fond : déprimé, il s’enivre d’alcool et de vitesse.

Il faut dire qu’un an auparavant, il a rencontré une jeune femme – Alberta Radelli (Rafaella Carrà) qu’il a abandonnée sur le bord de la route, et que le lendemain, il a lu dans le journal qu’elle s’était suicidée.

Alors évidemment, il se sent coupable.

Voilà pourquoi son père a demandé à un médecin (radié de l’ordre pour euthanasie) – Duca Lamberti (Bruno Crémer) – de le reprendre en main et de le sortir de sa dépression.

 

Il s’agit ici du deuxième long métrage d’Yves Boisset, et on peut déjà reconnaître sa patte, dans cette histoire policière, mâtinée d’un soupçon de voyeurisme. En effet, la première séquence nous fait suivre une jeune femme (Alberta) qui se rend chez un photographe qui réalise des clichés « artistiques. En clair, elle va poser nue pour un obsédé (Mario Adorf) qui réalise des photographies un tantinet sado-maso. Avec des chaînes.

 

Boisset réalise ici un film assez sobre, dû surtout à la durée resserrée (87 minutes). L’intrigue ne s’embarrasse alors pas de détails superflus, ni de bavardages oiseux. L’action prime sur tout, même sur la dimension voyeuriste.

Il faut dire que les deux séquences de nu ont une certaine pertinence dans cette intrigue de retour à la vie. La première nous est ce qu’on appelle au théâtre une scène d’exposition, donnant le contexte dans lequel va évoluer l’ex-docteur. La seconde permet de serrer le voyeur qui à nouveau s’est adonné à son violon d’Ingres SM. Avec des chaînes (1).

 

Un bémol tout de même : l’ellipse qui escamote une année depuis la première séquence n’est pas bien claire pour le spectateur, ca  r il faut attendre la première résolution : celle qui nous explique comment David en est arrivé là.

Le rythme de l’intrigue s’accélère et là encore, Boisset enchaîne les différentes péripéties sur un rythme soutenu sans être trop rapide, donnant une dimension américaine à son film.

Avec en prime une poursuite en voiture qui, si elle n’est pas du niveau de celle de French Connection (sorti l’année suivante), n’en demeure pas moins intéressante, voire haletante.

 

Au final, nous avons un film des plus honnêtes où Boisset ne s’embarrasse pas trop de détails superflus, concentrant son attention sur les épisodes de mouvements, montrant que le cinéma français de la fin des années 1960s n’est pas toujours statique ni bavard (2).

Ses interprètes ont le ton juste même si on ne peut ignorer le doublage partiel dû aux différentes nationalités des interprètes.

De plus, il saupoudre son film de quelques éléments comiques, surtout quand Livia (Marianne Comtell) sert d’appât pour dénicher l’homme aux cheveux blonds.

 

PS : un petit détail, histoire d’étaler sa culture : Bruno Crémer et Renaud Verley se retrouveront dans un épisode de Maigret près de 30 ans plus tard.

 

  1. Ceux qui ont lu Astérix chez les Helvètes comprendront l’allusion…
  2. Je vous laisse chercher de qui je peux parler…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Horreur, #Sean S. Cunningham
Vendredi 13 (Friday the 13th - Sean S. Cunningham, 1980)

Depuis le novembre 1307, il est considéré que le vendredi 13 est un jour qui porte malheur.

En effet, ce jour de cette même année, le roi de France Philippe IV « Le Bell » a ordonné l’arrestation de tous les chevaliers du Temple, avec le but inavoué de récupérer leur trésor.

Mais tout ça n’est que superstition, ce jour étant un jour absolument normal, sauf pour Sean S. Cunningham et son équipe qui profitent de cette même superstition pour réaliser un film plutôt curieux mais dont le succès financier (1) a engendré une série de suites dans la même verve. En tout ça, c’est ce qu’on dit, je ne les ai pas (encore ?) vues.

 

Bien sûr, si vous n’êtes pas fan de ce genre de film – d’horreur – vous pouvez passer votre chemin et revenir demain, mais notons tout de même quelques éléments.

 

On a ici la mise en place d’une structure qui sera maintes fois reprises : un tueur/une tueuse psychopathe qui s’en prend à une bande de jeunes la nuit.

Parce que si les meurtres commencent dans la journée – mort d’Annie (Robbi Morgan), la cuisinière – c’est essentiellement alors qu’il fait noir que les différents moniteurs du camp de Crystal Lake.

 

Mais reprenons.

La séquence d’ouverture – ante générique – voit deux moniteurs du même camp se faire tuer alors qu’ils s’étaient éclipsés pour se livrer à une expérience anatomique très intime. Ca, c’était en 1958.

Ensuite, on apprend qu’un an auparavant, le petit Jason Voorhees s’est noyé le jour de son anniversaire : un vendredi 13.

Une vingtaine d’années plus tard (1979 ?), le camp va bientôt ouvrir, mais c’est ce jour que choisi un mystérieux assassin pour se débarrasser de tous ceux qui vont y travailler.

 

Autre élément d’importance – comme je le disais à propos de Flatliners – il s’agit des véritables débuts de Kevin Bacon (Jack), le seul qui ait réussir à faire une véritable carrière au cinéma. Et on peut saluer la performance puisqu’il disparaît avant la moitié du film…

Son élimination est très spectaculaire, ainsi que la plupart des autres morts, l’hémoglobine coulant à flot et surtout le maquillage de Tom Savini est des plus impressionnants.

Il faut dire que les meurtres étant des plus sordides, le maquillage prend toute son importance : outre la mort de Jack, celle de Marcie (Jeannine Taylor) sa petite amie est encore plus spectaculaire, Cunningham ne nous épargnant absolument rien dans sa quête de l’absolu horrifique.

 

Je terminerai en parlant de l’extraordinaire Scream de Wes Craven. Il est clair que ce dernier a beaucoup apprécié Vendredi 13 puisqu’il le cite dès la première séquence : le premier meurtre de Casey (Drew Barrymore) en est la conséquence indirecte.

Malheureusement pour moi (?) ou d’autres (!), la résolution de l’intrigue y est donnée, ce qui enlève tout de même une certaine partie du suspense (2).

 

Quoi qu’il en soit, la dernière séquence qui voit Alice (Adrienne King) à l’hôpital, laisse une petite ouverture à un scénariste pour une éventuelle suite.

Bien sûr, on va s’y engouffrer…

 

  1. Inutile de dire que la critique a éreinté ce film à sa sortie…
  2. Je considère que connaître la résolution de l’énigme d’un film  n’est pas toujours un handicap pour apprécier ce même film : le visionnage n’en devient que plus intéressant puisqu’on place une partie de son attention à y repérer les indices éventuels laissés par le réalisateur. Chacun son point de vue…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Joel Schumacher
L'Expérience interdite (Flatliners - Joel Schumacher, 1990)

Joel Schumacher n’est pas ce qu’on appelle un cinéaste très délicat. Il n’empêche que le film qui nous est ici proposé possède certaines qualités qui méritent de s’y attarder.

Tout d’abord, nous avons une distribution plutôt prestigieuse, même si à l’époque de sa sortie, plusieurs d’entre eux étaient encore peu connus : Julia Roberts venait d’être révélée par Pretty Woman, William Baldwin était à son deuxième film, et Kiefer Sutherland continuait son ascension (qui le mènera à la série 24).

Seul Kevin Bacon était déjà célèbre, essentiellement pour sa participation dans le fameux Vendredi 13.


Mais reprenons.

Le docteur Nelson Wright (Kiefer Sutherland, donc) suit les cours de médecine à l’université de Chicago. U n jour, il propose à quelques uns de ses amis de tenter une nouvelle expérience : explorer la mort clinique afin de savoir s’il y a quelque chose après.

Mais comme toujours dans ces cas-là, si l’expérience est prometteuse, ses effets secondaires ne sont pas du meilleur effet.

 

Il me paraît évident que Joel Schumacher a bien étudié le fil de Kubrick The Shining. En effet, nous nous retrouvons dans une situation où  la réalité n’est pas certaine, et surtout on retrouve une interaction entre la vie et la mort, le présent et le passé.

On retrouve d’ailleurs dans le premier travelling une teinte inquiétante qui n’est pas sans rappeler l’arrivée de Jack Torrance à l’hôtel Overlook en ouverture du film.

De plus, la référence à Little big Man (1), si elle dénote une pointe d’ironie, n’oublions pas que le célèbre hôtel a été construit sur un cimetière indien.

Là s’arrête la comparaison.

 

Avant de passer à « l’expérience interdite » proprement dite, Schumacher nous fait tout de même une mise à jour : Rachel Mannus (la belle Julia) synthétise les différentes expériences post-mortem telles qu’elles ont pu être racontées dans divers témoignages. Elle mène un petit groupe de discussions chez des patients qui ont tous vécu une situation similaire : on y retrouve bien sûr le tunnel avec la lumière au bout, des voix merveilleuses et toute cette sorte de choses.

Et Schumacher prend le contre-pied de ces histoires en montrant les différentes expériences sans montrer le véritable passage « d’un monde à l’autre », tout comme le retour reste inconnu puisqu’il s’intéresse plus à la façon dont ils sont ramenés à la vie. Par contre, pour chacun de ses personnages qui « vit » cette situation, les différentes images sont en parfaite adéquation avec leur personnalité et leurs centres d’intérêt : la montagne pour Labraccio (Kevin Bacon) ; les femmes pour Joe Hurley (William Baldwin) ou la maison pour Rachel.

 

Bien sûr, les enjeux ne sont pas que physiques : cet interdit (qu’on retrouve dans le titre français et qui est exprimé par les différents protagonistes dans la première partie, est on ne peut plus métaphysique voire théologique.

D’une certaine manière, comme l’a dit avant moi le Post, on assiste à l’inverse de Frankenstein : alors que le héros de Mary Shelley fait revenir à la vie un corps mort, ici il s’agit d’amener un corps à la mort.

Les conséquences, si elles ne sont absolument pas les mêmes ont tout de même un petit quelque chose de monstrueux.

Et pour ça, Nelson est l’héritier du savant fou (?).

 

Mais ses conséquences ont aussi un effet salutaire : n »’oublions pas qu’il s’agit d’un film américain, et le concept de Rédemption (tant de fois rebattu dans ce blog) est le point d’orgue de l’intrigue, se substituant au véritable objectif scientifique de cette expérience.

 

Comme je le disais plus haut, Schumacher n’est pas toujours très délicat. Il n’empêche que les différentes séquences qui découlent de la vie post-mortem sont vraiment réussies : la première apparition de Nelson joue très bien avec les éclairages, amenant une note d’angoisse supplémentaire.

Hélas, la résolution n’est pas spécialement à la hauteur de cette mise en condition paranormale. En effet, quoi qu’on ait fait auparavant, il s’agit à un moment d’avoir mis ses affaires en ordre avant de faire le grand saut. Et même Labraccio, athée militant, y souscrit, essayant de rattraper ses erreurs passées, en particulier ses « bêtises » d’enfant (2).

Cette conclusion – on ne peut plus normative et édifiante – gâchant un tantinet les promesses annoncées au début.

 

 

  1. « Today is a good day to die » (« aujourd’hui est une belle journée pour mourir »)
  2. On notera d’ailleurs que seul Joe n’a pas d’expérience traumatisante d’enfant : c’est un séducteur qui ne pense qu’à coucher avant de se ranger définitivement. Mais rassurez-vous, lui aussi sera rattrapé par son passé.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Paul Leni, #Drame
L'Homme qui rit (The Man who laughs - Paul Leni, 1928)

 

« L’Homme qui rit », c’est Gwynplaine (Conrad Veidt).

Il rit parce qu’enfant il fut défiguré par un « docteur » pour des vendeurs d’enfants (« comprachicos », néologisme hugolien), lui figeant un sourire à pleines dents.

Dans son malheur, il recueillit un bébé qui deviendra une belle jeune fille – Déa (Mary Philbin) – et va grandir grâce à Ursus (Cesare Gravina) qui les élèvera et créera un spectacle où bien sûr Gwynplaine aura la vedette : l’Homme qui rit.

 

Bien sûr, comme nous sommes chez Victor Hugo, l’intrigue, adaptée ici par J. Grubb Alexander, est plus compliquée puisqu’elle fait intervenir un roi – James II (Sam De Grasse) – une reine – Anne (Josephine Crowell) – un bouffon – Barkilphedro (Brandon Hurst) – et un chien-loup (Zimbo, crédité au générique).

Il s’agit de la première adaptation du roman de 1869 et d’autres suivront, la dernière est sortie en 2012.

 

Mais comme pour Notre-Dame de Paris, l’adaptation laisse parfois à désirer. Mais comme le dit toujours mon ami le professeur Allen John, on est au cinéma, alors on laisse la littérature de côté. Soit.

Ce qui frappe le spectateur de prime abord, c’est l’évolution du cinéma de Paul Leni. En effet, après avoir vu l’exercice de style que représentait Le Cabinet des figures de cire, on ne peut être qu’émerveillé par la maîtrise du cinéaste. Il mène son intrigue en alternant des séquences rapides et lentes, et dirige ses actrices et acteurs avec une grande justesse.

Mais surtout, il a pris grand soin de les faire évoluer dans des décors magnifiques.

 

Leni est à l’origine un décorateur qui a travaillé pour d’autres grands noms du cinéma allemand avant de passer à la réalisation. On comprend alors le soin qui fut mis ici pour le film, d’autant plus qu’il a pu profiter du financement de la compagnie Universal de Carl Laemmle, pour ce qui fut son troisième et malheureusement avant-dernier film (1) américain.

Le décor ne concerne pas seulement les différents lieux qui sont montrés tout le long du film : les scènes concernant la royauté voient les différents figurants (gardes, valets…) devenir eux-mêmes des éléments de ce décor somptueux.

Il en va de même pour les scènes de départ de bateaux – au tout début et à la toute fin (2) – qui sont de toute beauté (surtout la deuxième).

 

Bref, c’est un film fabuleux qui nous est proposé ici, où Leni retrouve Conrad Veidt qui était lui aussi invité par Hollywood à tourner dans la capitale du cinéma. On notera aussi la présence d’un troisième Allemand : Charles Puffy qu’on a pu remarquer surtout chez Fritz Lang (Der müde Tod et surtout Doktor Mabuse der Spieler).

Côté américain, on retrouve Mary Philbin qui avait déjà joué dans un film du même genre : Le Fantôme de l’Opéra. Elle y jouait avec le grand Lon Chaney, à qui on pense obligatoirement tant le rôle de Gwynplaine entre dans son registre (3).

 

Mais Conrad Veidt a dans sa filmographie le rôle emblématique de Cesare, et sa présence en Gwynplaine s’explique alors facilement. Il campe ce personnage défiguré avec talent, tant le personnage aux traits figés n’est pas un rôle simple. En effet, le sourire sempiternel ne lui laisse pas beaucoup de possibilités d’expression, mais son regard accentué par le contexte le rend tout de même très expressif.

 

Je terminerai en disant que la fin, bien sûr en partie différente du roman, est tout de même très bien amenée, et on comprend alors pourquoi le chien Zimbo a son nom au générique : il est un autre personnage important de l’intrigue (comme du roman, d’ailleurs).

Notons la présence de la grande Olga Baclanova dans un rôle de courtisane, dans tous les sens du terme... Sa présence nous emmène quatre ans plus tard dans Freaks alors qu’on peut voir différents phénomènes de foire à celle de Southwark, dont Delmo Fritz (4), l’avaleur de sabre qui joue lui aussi chez Browning.

Et bien sûr, dans les utilitaires, on remarque le petit John George (1,27 mètre)

 

 

  1. Il mourut peu de temps après avoir réalisé son dernier film, le 2 septembre 1929, d’une septicémie.
  2. Oui, on a une structure en miroir.
  3. Chaney était sous contrat à la MGM, donc il avait alors peu de chances de figurer à la Universal.
  4. J’ai un petit souci avec cette personne : il est connu pour avoir joué dans les deux films mais sa biographie mentionne qu’il est mort en 1925. Si vous avez la solution à ce mystère de mort-vivant, n’hésitez pas à me contacter…

 

 

Voir les commentaires

1 2 3 > >>

Articles récents

Hébergé par Overblog