Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

muet

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Navet, #Ford Sterling, #Charles Chaplin
The thief Catcher (Ford Sterling, 1914)

Le policier Suspicious John (Ford Sterling) se promène avec son chien, quand il croise le chemin de trois brigands (dont Edgar Kennedy & Mack Swain). Il les prend en photo mais est rapidement  repéré. S’ensuit une poursuite à laquelle vont participer les inévitables Keystone Cops, avec parmi eux un jeune homme de 24 ans qui a déjà fait parler de lui : Charles Spencer Chaplin…

 

Nous sommes donc toujours dans les débuts de Chaplin, et s’il participe à ce petit film un tantinet médiocre de Sterling, ce n’est pas pour sa qualité… N’oublions pas que lui aussi est sous contrat chez Sennett.

Et comme c’est Sterling qui dirige, c’est aussi lui qui tient le premier rôle. Certes, son apparence est assez réussie – on a du mal à reconnaître celui qui sera Aubry Piper dans The Show-off quelques années plus tard – mais son jeu est des plus sommaires, sinon très outré (euphémisme). Bref, nous sommes dans une comédie de chez Sennett où tout est bon pour ridiculiser la police, sans faire dans la finesse.

De toute façon, ce n’était pas ce que le public venait chercher. Et s’il n’y a pas l’inévitable (elle aussi) tarte à la crème, un seau d’eau envoyé dans la figure de notre héros la remplace tout aussi efficacement, mais là encore sans grande distinction.

 

Peut-être est-ce dû au fait que Sterling est encore novice dans le domaine de la réalisation (c’est son second film de l’autre côté de la caméra), mais c’est tout de même un film très mineur où le niveau d’humour est assez bas et surtout sans subtilité.

Pour sa part, Chaplin a sa moustache caractéristique, mais son personnage fétiche n’a pas été appelé et son jeu se perd dans la médiocrité ambiante. Certes, on ne peut pas le rater, mais ça ne suffit pas.

Et Ford Sterling ne réussit pas vraiment à nous soutirer le moindre sourire, et ce malgré mon indulgence naturelle pour la période muette. Je me suis ennuyé malgré le format (un peu plus de 12 minutes) devant cette intrigue rachitique où même la fin n’est pas spécialement réussie ni logique.

 

Et au final, un tout petit film – et pas seulement dans la longueur – où le seul véritable intérêt qu’on peut en tirer, c’est d’essayer de retrouver les différents interprètes : aucune mention, sauf dans quelques livres et sur les sites spécialisés… On remarquera aussi un policier qui n’est pas sûr de la fixation de sa moustache, mais surtout que le véritable héros de cette histoire, c’est le chien : il est le seul à accomplir un exploit !

Bref, un film à oublier, ce que Chaplin ne fera certainement pas : on peut penser qu’il le prendra un peu comme modèle de ce qu’il ne faut pas faire… Mais ça, ça reste à prouver.

 

Sterling n’insistera pas trop dans le domaine de la réalisation et reviendra au seul jeu, avec seulement dix-sept films réalisés sur une période de 8 ans, dont quinze avant l’année 1916…

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Peplum, #Sidney Olcott
Ben Hur (Sidney Olcott, 1907)

Ben Hur (Herman Rottger) revient à Jérusalem le jour où le procurateur arrive. Malencontreusement, une tuile se détache et blesse ce dernier. Ben Hur et sa famille sont arrêtés et il est envoyé aux galères. Quand il revient, c’est pour affronter Messala dans la course de chars. Il gagne.

 

Quand sort le film, voilà déjà vingt-sept ans que le roman est paru et c’est un événement que ce film de Sidney Olcott, qui adapte un monument de la littérature ! Et cette toute première adaptation vérifie pleinement l’adage qui veut qu’au cinéma, tout est permis.

Les événements marquants de l’intrigue sont là, au nombre de huit (un plan chacun) :

  1. Le peuple se rebelle (et Ben Hur arrive) ;
  2. Un accident malheureux qui annonce la tuile qui va tomber avec son emplacement bien en évidence ;
  3. La blessure du procurateur qui voit l’accident se produire ;
  4. Ben Hur aux galères où on le voit y être emmené ;
  5. Ben Hur sauveteur d’Arrius, adopté et affranchi, où Ben Hur retourne à Jérusalem ;
  6. Ben Hur et Messala (William S. Hart) : le défi ;
  7. La course de chars ;
  8. Ben Hur vainqueur.

Et tout ça en treize minutes environ.

Inutile de dire, donc, que certains épisodes sont fortement tronqués voire omis. C’est le cas de celui des galères qu’on ne voit absolument pas : l’intertitre sert de repère narratif. Et d’une certaine manière, les différents épisodes annoncés sont essentiellement montrés de façon symbolique : pas de véritable jeu d’acteurs ni de caractérisation des personnages.

Le tout devant un décor de fond, en général un tissus peint (qui plisse un tantinet).

 

Mais n’oublions pas que nous ne sommes qu’en 1907 et que comparé à la production de l’époque, le film n’est pas si ridicule. Si les foules sont composées d’une vingtaine (voire une trentaine) de personnes, c’est beaucoup plus que dans la plupart des autres productions. Certes, le public de la course de chars l’est (ridicule en terme de nombre), inévitablement. Et je ne parle pas de la tribune.

Enfin si, pour dire qu’il n’y en a pas vraiment, seulement un siège qui trône sur lequel semble être assis le procurateur. Quand au public venu nombreux, s’il y cinq spectateurs, c’est un grand maximum.

Par contre, question décors, c’est assez pitoyable. Certes, les tentures sont éloquentes et fort bien exécutées, mais elles ne donnent pas l’épaisseur et surtout la profondeur indispensable à une telle épopée. De plus, la brique pose problème.

En effet, si elle est identifiée immédiatement, elle devient rapidement un parasite de l’intrigue : on ne voit plus qu’elle. Pire : quand elle tombe, son absence est tellement flagrante qu’elle nous propose un mur partiellement édenté, centre de toute l’attention.

Et en plus, quand les Romains emmènent Ben Hur et sa famille, nous retrouvons le plan 3… Avec la brique à nouveau en place !

 

Bien sûr, il y a le moment de bravoure : la course de chars. Trois attelages vont défiler devant nos yeux sans pour autant nous permettre de savoir qui est qui : les chevaux appartenaient la brigade d’incendie et avaient tous la même apparence. Et quand Ben Hur est victorieux, on ne comprend pas vraiment pourquoi. Quant à Messala, on se doute qu’il a été blessé, puisqu’il est amené sur une civière. Mais nous ne saurons pas ce qu’il s’est passé pendant la course.

 

Heureusement, dix-huit ans plus tard, Fred Niblo va nous proposer l’une des meilleures adaptations qui soit (1), que je préfère à celle de Wyler, même si cette dernière reste la version de référence !

 

Alors faut-il voir le premier Ben Hur ? Si vous voulez, mais si vous ne le faites pas, je ne vous en voudrai pas.

 

  1. Vu qu’il n’y en a eu que cinq dont une en dessins animés (2003)…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Lon Chaney
Monsieur Wu (Mr. Wu - William Nigh, 1927)

Il y a deux monsieur Wu : le père (Lon Chaney), mandarin réputé et respecté, et son fils (Lon Chaney), autre mandarin qui succède à son père après avoir bénéficié d’une éducation mixte auprès de Mr. Muir (Claude King).

Le fils s’est marié à la fille d’un autre mandarin (Toshia Mori) mais elle est morte prématurément, lui laissant une fille, elle aussi belle comme le jour : Nang Ping (Renée Adorée).

Comme le veut la tradition, Nang Ping doit bientôt épouser son futur mari (qu’elle ne connaît pas). Mais Nang Ping, par hasard, fait la connaissance de Basil Gregory (Ralph Forbes). Ils tombent amoureux et se promettent un avenir commun.

Mais ça, ce n’est pas possible : Mr. Wu veille et doit empêcher qu’une telle chose se fasse.

 

Nous sommes en 1927, et même William Nigh nous le rappelle : son film est d’une facture technique très honorable, avec en prime « l’homme aux 1000 visages », Lon Chaney. Cinq ans après le phénoménal Shadows, il nous revient dans un rôle d’Asiatique emblématique : Mr. Wu. S’il a des ressemblances avec Yen Sin – je parle du fils – c’est surtout le père qu’on retient, dans une courte séquence qui le voit pronostiquer sa disparition. C’est un très vieux mandarin qu’il interprète, grimé à l’occasion, avec moustache tombante et barbe fine sans oublier les inévitables ongles démesurés. Encore une fois : phénoménal.

 

Parce que nous sommes dans un de ces films exotiques qui n’est pas sans rappeler Mme Butterfly sur certains aspects, mais dans une Chine éternelle et un tantinet stéréotypée. Encore une fois, nous retrouvons un thème sociétal cher aux Américains : la rencontre entre l’Est et l’Ouest. Et encore une fois, cette rencontre conduit à une tragédie, empêchant un quelconque rapprochement.

C’est à nouveau le décalage culturel entre ces deux mondes qui explique cet échec. Les deux enfants – Nang Ping & Basil – qui pourtant représentent l’avenir des deux familles sont les victimes des préjugés et autres conventions.

D’un côté la tradition oblige Wu à marier sa fille à un inconnu (de bonne famille, cela va de soi), empêchant le bonheur des deux jeunes gens ; de l’autre, les préjugés – avec racisme – du père de Basil (Holmes Herbert) ainsi que les réflexions de sa mère (Louise Dresser) nous font comprendre ainsi qu’à Nang Ping qu’elle ne doit pas se faire d’illusion.

Bref, même si l’amour ne connaît pas de frontière, la situation le rappelle à la raison : les deux amoureux ne finiront pas ensemble. (1)

 

Si nous sommes dans une Chine d’opérette, on ne peut tout de même pas nier le soin mis dans les décors et les costumes, et ceux de Mr. Wu, surtout : jusque dans le blanc qu’il porte pour marquer le deuil. Rien n’est laissé au hasard, jusqu’au jardin (japonais ?) qui voit s’aimer les deux jeunes gens. Certes, Renée Adorée a les yeux beaucoup trop clairs pour être pleinement chinoise, mais son jeu pallie cette difficulté. Anna May Wong (Loo Song, sa demoiselle de compagnie) aurait été certainement plus crédible, mais n’aurait peut-être pas transmis les mêmes émotions.

Quant à Chaney, il est encore une fois impeccable, troquant temporairement son regard mauvais – ça ne dure pas, rassurez-vous – contre un bienveillant, jusqu’au point de non retour. Là, il redevient tel que nous le connaissons, avec toujours cette méchanceté dans le regard qui a fait son succès.

Bien sûr, lui non plus n’est pas asiatique, mais encore une fois, le maquillage est performant, et il est un Mr. Wu plus chinois que l’original.

 

Alors on savoure…

 

  1. N’oublions pas que les mariages mixtes ne sont pas très bien vus pour une grande majorité de la population américaine de l’époque… Et pas seulement dans le Sud.
Lon Chaney & Claude King

Lon Chaney & Claude King

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Victor Sjöström, #Lillian Gish
La Lettre écarlate (The scarlett Letter - Victor Sjöström, 1926)

Cette « lettre écarlate », c’est un A. Celui de l’adultère. Et c’est Hester Prynne (Lillian Gish) qui le porte, en souvenir de sa faute.

Mais reprenons.

Boston, 1645.

La colonie anglaise se développe progressivement, appliquant à la lettre le règlement puritain, pour le bien de ses habitants. Enfin surtout pour leur bien spirituel. Parce que question physique, c’est autre chose : chaque élément de la vie quotidienne peut devenir un affront à Dieu, comme de laisser chanter un canari le jour du Seigneur.

C’est ce qu’a fait Hester, jeune « puritaine » un tantinet naïve et insouciante. Dénoncée, elle finira au pilori assis (voir photo), avant d’être libérée par le jeune pasteur, Arthur Dimmesdale (Lars Hanson), par ailleurs très apprécié de ses coreligionnaires.

Très vite, la jeune femme obsède le jeune homme, jusqu’à l’irréparable qui lui vaut de porter la lettre susdite, devenant alors la cible de l’opprobre public.

En effet, Hester a déjà été mariée (contre son gré) à Roger Prynne (Henry B. Walthall), qui a disparu.

Mais n’est pas mort…

 

Premier des deux films qu’il a tournés avec le duo Gish-Hanson, cette Lettre écarlate est un film extraordinaire. De par sa qualité technique tout d’abord, mais aussi dans la direction des différents interprètes, confirmant le bon choix de la MGM qui fit venir ce réalisateur (1).

Ce film possède un équilibre formidable à tout point de vue, que ce soit dans l’intrigue, le rythme, ou le ton, on ne se lasse pas de le voir (et le voir, et le voir…). De plus, le duo vedette est magnifiquement apparié, donnant à cette même intrigue une force incontestable. Lillian Gish et Lars Hanson confirment une fois de plus leur immense talent, et surtout, Sjöström (2), par l’intermédiaire d’Hendrik Sartov, filme la belle Lilian admirablement.

Il faut dire que Sartov connaît l’actrice depuis un moment et n’en est pas à sa première production avec elle. Ni avec un second rôle notable ici, Karl Dane. Ce grand acteur (pas seulement pour sa taille) interprète ici le personnage comique de cette intrigue qui ne l’est absolument pas, Giles.

 

Certes, Giles n’apporte pas grand-chose à l’intrigue, même s’il intervient à de nombreuses reprises, mais il permet quelques pauses qui permettent au spectateur de souffler dans une histoire bien noire. Mais qu’il le veuille ou non, Giles est l’instrument – involontaire – du destin : c’est lui qui va mettre en présence les deux « maris » d’Hester.

Mais il est aussi un autre instrument : celui de la Justice, en quelque sorte, puisque c’est lui qui va châtier la seule personne qui ait de véritables penchants mauvais, Mistress Hibbins (Marcelle Corday).

 

En effet, cette femme est la cause de toute cette tragédie : c’Estelle qui commet la faute originelle : elle dénonce – malgré les protestations du même Giles – Hester au pasteur (et donc au Conseil), les faisant se rencontrer et –malheureusement pour eux – s’aimer.

Parce que ce film est avant tout une histoire d’amour impossible – surtout en 1645 ! – entre deux personnes pourtant faites l’un pour l’autre mais que seule la mort peut réunir. Et en plus, ce n’est pas le cas ici !

 

Donc, pas de happy end cette fois-ci. Qu’importe, les images et surtout Lillian Gish suffisent. Encore une fois, elle irradie l’écran, apparaissant dans un rôle un brin différent. En effet, Hester n’est pas une héroïne issue du monde de Griffith : c’est avant tout une femme, et certainement pas innocente. Mais la grande différence, c’est le fait qu’elle soit une femme et plus une jeune fille. Et sa part d’insouciance, qui pouvait nous faire croire qu’elle avait un rôle habituel, s’efface rapidement au profit de cette femme qui prend ses responsabilités et surtout endosse seule la faute.

Et de toute façon, c’est une tragédie, alors exit Griffith !

 

Au final, c’est un film absolument magnifique et qui, près de 100 ans après, a gardé toute sa force et sa beauté.

Le seul regret que nous pouvons avoir, c’est qu’il ne s’agit pas de la version complète. Il y manque encore un petit peu moins de vingt minutes. Et vingt minutes de Lillian Gish en plus, c’est un trésor inestimable.

Alors je me console en me disant que la première fois que j’ai vu ce film – merci Patrick Brion ! – c’était une version encore plus courte…

 

  1. Malheureusement, les deux films sortis depuis He who gets slapped (1924) sont perdus, nous privant de deux occasions d’admirer son travail…
  2. Que les Américains appelaient alors Seastrom.

 

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Lloyd Ingraham, #Douglas Fairbanks
Parvenus américains (American Aristocracy (Lloyd Ingraham, 1916)

Bienvenue à Narraport-by-the-Sea, charmante localité balnéaire (imaginaire), où les riches se retrouvent pour parler affaires, comparer leurs fortunes et surtout s’ennuyer.

C’est le cas de la jeune (et belle) Geraldine Hicks (Jewel Carmen), fille de Leander (C.A. de Lima), roi de l’épingle à chapeau (1). Elle s’ennuie tellement qu’elle embrasserait le premier venu ! Et le premier venu, c’est un entomologiste venu rechercher quelque spécimen rare : Cassius Lee.

Mais Cassius ne sait pas que c’est une plaisanterie. Et il tombe amoureux d’elle. Fatale erreur : un autre riche s’intéresse à elle, le roué Percy Horton (Albert Parker). Roué parce qu’il prépare des activités criminelles sous couvert d’une laiterie…

 

Si le titre original parle d’aristocratie américaine, il faut plutôt comprendre cela comme ploutocratie, américaine : ces aristocrates sont avant tout, comme le présente l’intertitre d’introduction, de gros industriels qui ont fait fortune avec des accessoires pas toujours indispensables, comme le vieux Hicks, ce que confirmera la toute dernière séquence…

Il est clair que ces riches Américains se conduisent comme des aristocrates, se mêlant seulement entre eux et refusant ceux qui ne leur ressemblent pas. Et cela va aussi pour les nouveaux riches – les parvenus du titre français ? – qu’ils regardent de haut. On a une très belle illustration de cette différence (voire différenciation) avec la femme qui arrive de Milwaukee (Wisconsin) : son mari est dans la bière et a fait fortune grâce à sa « brasserie » ; les autres, qui sont aussi dans l’alcool, « distillent »…

 

Alors : une jeune fille/femme qui s’ennuie dans son milieu très huppé, une « provinciale » parvenue qu’on bat froid parce qu’inférieure, un jeune homme qui va apporter de la joie et de l’excitation, ça ne vous rappelle rien ?

Oui, quatre-vingts ans avant James Cameron, Lloyd Ingraham dresse un portrait peu flatteur de ces « aristocrates » qui s’ennuient et surtout nous ennuient. Mais Ingraham a choisi la comédie – dramatique, tout de même – pour les fustiger, et surtout, la présence de Douglas Fairbanks va beaucoup compter pour faire évoluer les choses.

Certes, Cassius n’est pas un pauvre, même s’il connaît un revers de fortune : il a un serviteur – noir, il arrive de Virginie – et son occupation n’est pas spécialement considérée (par les intertitres) comme un véritable métier.

 

Et comme Fairbanks est là, c’est aussi une nouvelle occasion pour l’acteur de nous montrer sa forme physique. C’est donc un entomologiste bien singulier qui nous est proposé puisqu’il ne recule devant rien pour attraper sa proie : saut, roulade, escalade d’arbre… Tout est prétexte à bondir, pour notre (enfin, mon) plus grand plaisir. Même sa façon de s’asseoir sur un banc est acrobatique.

Et encore une fois, Fairbanks va au-delà des préjugés de son époque.

En effet, son serviteur est noir mais il y a un lien très fort qui les unit : Cassius n’hésite pas à le prendre dans ses bras, voire à l’embrasser sur les joues.

 

Mais, malgré tout, le racisme reste présent. Si Percy Horton est le méchant patenté de cette histoire, il est tout de même accompagné par un homme présenté comme un « dark-skinned foreigner », un étranger à la peau foncée, dont les idées sont en totale accord avec sa couleur.

Encore une fois, c’est le « mal blanchi » qui est le méchant, et ici, c’est le Mexicain Delgado (Artie Ortego).

 

PS : les méchants de cette intrigue sont appelés flibustiers (« filibusters »). Et quelques années plus tard, Albert Parker tournera un vrai film de flibuste avec le même Douglas Fairbanks, qui bondira encore plus (et mieux !) : Le Pirate noir.

 

PPS : je suppose qu’il vous fait penser à la même personne que moi, à la fin, Fairbanks.

 

PPPS : Au fait,vous avez vu Douglas Fairbanks Jr. ? C’est lui qui amène le journal, au début !

 

  1. Comme le disent les intertitres, il a inventé un moyen de maintenir le chapeau sur la tête des dames, attaché à leurs cheveux : la bosse. Le moyen en lui-même sera montré pendant le bal.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Roscoe Arbuckle
Le Bal des domestiques (The waiters' Ball - Roscoe Arbuckle, 1916)

[Attention, le film est avant tout une reconstruction de Dave Glass d’après le livre de Steve Massa (1).]

 

Fatty (Roscoe Arbuckle) est cuisinier dans une sorte de café américain où les clients sont servis par un serveur pas toujours adroit (Al St. John). Une caissière (Corinne Parquet) est partagée entre les deux hommes : bientôt va avoir lieu le Bal des Serveurs (le titre original). Malheureusement pour celui du café, il n’a pas la tenue (correcte) exigée. Ce sera donc Fatty qui accompagnera la jolie caissière, car il a lui un magnifique complet.

Enfin, ça c’était avant que le serveur le lui vole et parte au bal avec la jeune femme…

 

Encore une fois, Fatty est dans la restauration,lieu qu’il semble affectionner et qui met en valeur les talents de Roscoe Arbuckle avec une poêle : c’est une série d’acrobaties qu’il nous offre, jetant en l’air et rattrapant avec toujours beaucoup de virtuosité la crêpe (pancake) qui y cuit indéfiniment. Ces différentes phases sont entrecoupées par l’utilisation d’un couteau de cuisine qui retombe toujours au bon endroit après avoir été lancé. Bref, Arbuckle annonce déjà le personnage du Garçon Boucher qui viendra l’année suivante.

Et si Buster Keaton n’est pas encore là, Al St. John s’en sort très bien pour mettre lui aussi de la fantaisie dans ce lieu de restauration, amenant immanquablement une dispute entre les deux hommes à propos – cette fois – de balayage, avec coups de balais et de pieds dans le cul inévitables.

 

Bien sûr, on a déjà vu ça de nombreuses fois, mais malgré tout, et surtout grâce à Arbuckle, ça fonctionne (2). Certes, les gags ne sont pas toujours très légers, mais il y en a tout de même quelques uns qui sont très drôles. Et encore une fois, Arbuckle va se déguiser en femme (avec perruque) et amener le chaos inévitable lui aussi. Et là encore, c’est avec Al St. John qu’il va semer un incroyable désordre dans ce qui donne son titre au film, le fameux bal.

Ce bal, d’ailleurs, n’est pas le moment le plus important du film puisqu’il s’agit de la dernière partie et dans cette version, cela ne dure moins de cinq minutes, l’essentiel de l’intrigue (mince) se déroulant dans le café.

 

Et encore une fois, c’est le personnage de Fatty qui recueille toute la sympathie. Outre son habileté à la poêle, il y a toute sa gentillesse qui transparaît dans ce personnage énorme aux manières si délicates. Encore une fois, la jeune femme de l’intrigue – la caissière, donc – tombe sous son charme malgré sa stature on ne peut plus imposante. Et même son travestissement en femme n’est pas si grotesque que ça. Il y a dans les poses d’Arbuckle devant la glace alors qu’il ajuste son costume la même finesse qu’on retrouve chez un de ses collègues de la même époque et avec qui il a joué : Charles Chaplin.

Comme à chaque fois, il est une femme (plus que) plantureuse aux maintien délicat et aux manières très féminines.

 

Tout ça jusqu’à ce que la situation dégénère, la perruque vole et la robe retrouve sa propriétaire (Kate Price, en personnage positif, pour changer) : le bal est fini, tout le monde s’en va, et les deux fauteurs de troubles sont châtiés. Et même si nous sommes chez Sennett (Keystone Film Company), nous restons tout de même chez Arbuckle : il n’y a qu’un seul flic, et il est plus dégourdis que les autres du studio…

 

  1. Steve Massa, Rediscovering Roscoe : the Films of Fatty (2019)
  2. Je sais, je ne suis pas objectif : j’adore le cinema burlesque.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Fanstatique, #Segundo de Chomòn
La Légende du fantôme (Segundo de Chomòn, 1908)

Zoraida (Julienne Mathieu) est une sorcière. Ou plutôt une ensorceleuse ensorcelée.
Ensorcelée par le fantôme qui hante les ruines prochaines. Pour annuler cette malédiction, elle va devoir descendre au plus profond de la terre y chercher la flamme éternelle qui permettra de dénicher la perle noire, unique objet capable d’annuler cet ensorcellement.

Aidée d’une escorte magique, elle va descendre au centre de la terre, pour y rencontrer le diable, mais aussi une souveraine bénéfique…

 

Segundo de Chomón, avec ce film étonnant, est beaucoup plus dans le cinéma que dans l’animation comme on avait pu le voir dans La Maison ensorcelée. Et à nouveau, c’est une histoire fantastique de revenants, d’une durée doublée (un peu plus de treize minutes, contre six), avec essentiellement des effets normaux. Quelques surimpressions tout de même, mais avant tout, nous avons affaire à des personnes réelles. Ce sont surtout les décors qui sont travaillés et peuvent rappeler ceux de l’époque, et bien sûr ceux de Méliès. Il me semble clair que le Maître a influencé les décors de ce film car on y retrouve le même esprit merveilleux que dans ses films exotiques.

Mais là où Chomón diffère, c’est dans sa narration qui, malgré les mouvements incessants de ses personnages et de leurs capes (1) démons agitant leurs ailes…

C’est pleinement grouillant et cela donne une impression plus tourmentée de l’enfer que la jeune femme découvre.

 

Et surtout, Chomón a du mal à se défaire d’une des pratiques qui a la vie dure et ne va pas disparaître tout de suite : le théâtre filmé. Malgré l’agitation (presque) perpétuelle dans laquelle baigne l’intrigue et les personnages, ces derniers sont plutôt statiques, rappelant l’art pictural, mais aussi l’opéra. En effet, les  changements de décors successifs qui permettent à Zoraida de descendre toujours plus profondément vers le  centre de la terre sont effectués comme les rideaux d’un théâtre : des voiles successifs qui se lèvent et créent l’illusion de la descente.

De même les différents chars (superbes) apparaissent à plusieurs reprises à l’écran en plein centre, avec à chaque fois la façade différente. On pense alors aux artifices de ces mêmes théâtres qui font apparaître des éléments de décors. Et si je parle d’opéra plutôt que de théâtre, c’est avant tout parce que la profusion de figurants qui s’agitent rappelle les ballets présents dans certaines œuvres lyriques.

De plus, le Diable présent ressemble plus au Méphisto de Faust chez Gounod ou Berlioz qu’à celui chez Murnau (au début)…

 

Quoi qu’il en soit, on suit avec plaisir cette histoire un peu convenue en admirant les différents décors qui rappellent que Chomón est avant tout intéressé par les images plutôt que le jeu, avec en prime différents filtres colorés (rouge, bleu) et des éléments coloriés au pochoir (2) qui accentuent l’aspect merveilleux décrit ci-dessus.

Encore une de ces curiosités qui émaillent le cinéma, et qui annoncent plus ou moins les grandes œuvres à venir : pour ma part, en voyant ce film, j’ai pensé au temple de Cabiria, et à l’apparition du dragon dans la première partie des Nibelungen

 

  1. Il a aussi tourné des films utilisant ce procédé : Metempsycose (1907), avec une femme-papillon.
  2. Chomón a commencé sa carrière en coloriant des films pour Pathé Frères.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Mabel Normand, #Charles Chaplin, #Henry Lehrman, #Mack Sennett
L'étrange Aventure de Mabel (Mabel's strange Predicament - Mabel Normand, 1914)

Bien que sorti deux jours après Kid auto Races at Venice, il s’agit réellement du second film de Chaplin – en tant qu’acteur et accessoirement co-scénariste avec Henry Lehrman – dans lequel il a trouvé l’allure de celui qui sera son personnage fétiche. Mais seulement l’allure, parce que pour les reste, on en est encore loin : chapeau melon un tantinet trop petit, chaussures beaucoup trop grandes et costume élimé, mais pas encore troué. Pour le reste, ses moustaches sont encore trop fournies, et il est encore en phase avec le monde qui l’entoure. Pire, il possède de l’argent puisqu’il en distribue aux grooms qui l’ont relevé (il a un peu trop bu, mais nous ne sommes pas encore en 1919).

 

Reprenons.

Mabel (Normand !) séjourne à l’hôtel et son fiancé (Harry McCoy) doit la rejoindre dans sa chambre. Dans ce même hôtel, on peut rencontrer un petit homme (Chester Conklin), ami du fiancé et marié à une femme plantureuse (Alice Davenport). Mais surtout, on y croise une espèce d’ivrogne (Charles Chaplin) qui tourne autour des femmes (1), dans le hall. Suivant l’une d’elles au premier étage, il surprend Mabel en pyjamas, enfermée dehors et décide de la séduire. Cette dernière n’est pas d’accord (étonnant, non ?) et va se cacher dans la chambre der l’ami de son fiancé. Bien sûr, ce dernier arrive. Et puis la femme de son ami… Et bien entendu le poivrot !

 

Comme nous sommes chez Mack Sennett, et même si c’est Mabel qui dirige, ça ne vole pas bien haut, mais on ne retrouve tout de même pas les longueurs de Mabel at the Wheel : les situations s’enchaînent rapidement tout comme les gags, avec des effets plus ou moins réussis. Et Chaplin travaille son personnage, jouant du chapeau et de la canne comme il le fera très souvent dans les années suivantes. A nouveau, si Mabel est le personnage principal du film, c’est la prestation de Chaplin qui retient notre attention tant il est plus spectaculaire que la jeune femme. Mais comme annoncé plus haut, ce qui lui manque par rapport au vagabond, c’est son aspect inadapté. Certes, son alcoolisme le rend étranger au monde qu’il fréquente, mais cela n’apporte pas la dimension comique qui va suivre.

A leurs côtés, du fait du format du film (à peine 12 minutes), Alice Davenport et Chester Conklin sont bien entendu sous employés, ce qui est bien dommage parce qu’ils montreront qu’ils ont capables de beaucoup mieux : là encore, Chaplin, de par son numéro, leur laisse très peu de place...

 

Quoi qu’il en soit, on regarde toujours avec attention les débuts d’un personnage aussi mythique, même si on sait qu’il y aura mieux à venir. Alors on sourit, parce qu’il y a quand même matière, et on se dit que la prochaine fois, ce sera mieux.

Enfin un peu mieux…

 

  1. « On sait jamais, sur un malentendu… »

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #William Beaudine
The Canadian (William Beaudine, 1926)

Ce « Canadien », c’est Frank Taylor (Thomas « Crichton » Meighan), un ouvrier agricole qui travaille pour Ed Marsh, un Anglais venu s’installer dans l’Ouest (au Canada, donc). Mais Frank a sa propre exploitation qu’il va démarrer grâce au travail chez Marsh. Un jour, Nora (Mona Palma), la sœur du même Marsh vient s’installer chez son frère, n’ayant plus où aller. Mais ses manières précieuses ne sont pas du goût de Gertie (Dale Fuller), la femme d’Ed. Et comme Frank a besoin d’une femme pour s’occuper de sa maison, la mort dans l’âme, Nora lui propose d’être celle-ci.

Mais une fois le mariage prononcé, Nora rend à Frank son alliance. Ils vont vivre ensemble, mais chacun pour soi…

 

C’est toujours avec beaucoup de plaisir que je retrouve William Beaudine, qui fut un très grand réalisateur essentiellement pendant la période muette. Et ce Canadien ne fait pas exception : Beaudine nous raconte certes une histoire convenue – on sait qu’ils finiront ensemble, malgré les airs de pimbêche de Nora et l’aspect un tantinet bourru de Frank – mais il le fait avec beaucoup de subtilité et les plans impeccables d’Alvin Wyckoff, qui eut une longue et fructueuse collaboration avec Cecil B. DeMille (1). Bref, visuellement, c’est impeccable, et c’est bien ce que nous voulons.

 

Quant à l’interprétation, Meighan est encore une fois admirable, amoureux éconduit de cette femme distante, habituée à une vie facile et même pas  capable de faire cuire du riz ! Et Mona Palma, éphémère actrice du muet (7 films seulement en 4 ans !), réussit quand même à se hisser à un niveau très acceptable – moindre que celui de son partenaire – même si elle est plus convaincante en femme distante qu’en amoureuse.
Et puis il y a Dale Fuller qui campe une patronne magnifique, bourrue elle aussi – Gertie est une vraie Canadienne farouche – et on regrette qu’elle fut aussi peu mise en valeur dans sa (plutôt) longue carrière (2).

 

Mais encore une fois, c’est bien dans la réalisation que se trouve la clé du film : Beaudine mêle avec bonheur et savoir-faire la comédie et la tragédie, donnant à cette histoire dramatique quelques touches de comique, telles des couleurs chatoyantes discrètes dans un tableau gris. Et puis il y a le tournant de cette histoire d’amour : le fusil.

C’est une trouvaille formidable que ce fusil chargé qui est donné à Nora par son mari : un peu plus tôt elle n’avait pas hésité à lui tirer dessus avec (heureusement, il était déchargé). Cet instrument de mort devient alors instrument d’amour, consolidant alors l’antagonisme entre ces deux états, voire démontrant que l’amour est plus fort que la mort ?

Et ce sont des détails comme celui-ci qui vont amener la happy end attendue : le chapeau de Frank, le contrat de mariage sur la table, la montre de Pop (Charles Winninger)…

 

Bref, du grand art, et en 80 minutes seulement.

Encore une fois, on en redemande !

 

  1. C’est pour dire que ce n’est pas le premier venu.
  2. 81 films.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Mabel Normand, #Mack Sennett, #Charles Chaplin
Mabel au Volant (Mabel at the Wheel - Mabel Normand & Mack Sennett, 1914)

Mabel (Normand) et son fiancé (Harry McCoy) se sont disputés et l’infâme (Charles Chaplin) en profite pour essayer de souffler la jeune femme à ce prétendant. Mais cela rate et la belle peut se rendre à la course automobile encourager son bel ami.

Mais l’infâme continue de rôder et enlève le jeune homme. Mais pour sauver sa course, c’est Mabel qui va prendre le volant et amener la voiture vers la victoire (prévisible) malgré les (vaines) tentatives du même personnage infâme pour la faire perdre.

 

Si Mabel Normand est toujours égale à elle-même, il n’en va pas de même de Chaplin qui interprète un personnage hautement antipathique, voire insupportable. Il est encore en train de se chercher et surtout de mettre au point son personnage fétiche. Ici, seuls un chapeau (haut-de-forme) et une moustache nous annoncent le vagabond : sa mise est soignée et surtout on devine qu’il gagne bien sa vie puisqu’il possède une moto. On lui découvre tout de même une habileté certaine à l’épingle qu’il reprendra plus tard.

Mais nous sommes en 1914, et même si Mabel Normand est doublement aux commandes puisqu’elle réalise aussi le film, on sent tout de même le poids de Mack Sennett dans l’intrigue et la réalisation : cette intrigue est prétexte à des gags un tantinet redondants, et si les flics n’interviennent pas, c’est avant tout parce que le scénario ne le permet pas. Mais cela ne vole pas tellement plus haut pour autant.

 

Pire, certains gags traînent en longueur (pour le format du film) : quand le méchant a aspergé la piste d’eau ou/et d’huile, seule la voiture de Mabel est victime de cette exaction, les autres voitures évitant sans problème le piège. La première fois, on peut sourire, mais à la troisième, on commence à regarder l’heure (1).

Et à l’arrivée (pas seulement de la course), on a presque plus de plaisir à essayer de reconnaître les autres interprètes que de se passionner pour une course courue d’avance où le méchant, disons-le, est plutôt raté.
 

Alors on cherche et si on trouve facilement Chester Conklin ou Joe Bordeaux, il est plus ardu de voir Mack Sennett ou encore Mack Swain. Quant à Charley Chase, j’avoue humblement que je ne l’ai pas aperçu. Il faudra que je revoie le film.

Ou peut-être pas…

 

  1. Ce qui est bien dommage pour un film de seulement 18 minutes…

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 > >>

Articles récents

Hébergé par Overblog