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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

peplum

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Peplum, #Sidney Olcott
Ben Hur (Sidney Olcott, 1907)

Ben Hur (Herman Rottger) revient à Jérusalem le jour où le procurateur arrive. Malencontreusement, une tuile se détache et blesse ce dernier. Ben Hur et sa famille sont arrêtés et il est envoyé aux galères. Quand il revient, c’est pour affronter Messala dans la course de chars. Il gagne.

 

Quand sort le film, voilà déjà vingt-sept ans que le roman est paru et c’est un événement que ce film de Sidney Olcott, qui adapte un monument de la littérature ! Et cette toute première adaptation vérifie pleinement l’adage qui veut qu’au cinéma, tout est permis.

Les événements marquants de l’intrigue sont là, au nombre de huit (un plan chacun) :

  1. Le peuple se rebelle (et Ben Hur arrive) ;
  2. Un accident malheureux qui annonce la tuile qui va tomber avec son emplacement bien en évidence ;
  3. La blessure du procurateur qui voit l’accident se produire ;
  4. Ben Hur aux galères où on le voit y être emmené ;
  5. Ben Hur sauveteur d’Arrius, adopté et affranchi, où Ben Hur retourne à Jérusalem ;
  6. Ben Hur et Messala (William S. Hart) : le défi ;
  7. La course de chars ;
  8. Ben Hur vainqueur.

Et tout ça en treize minutes environ.

Inutile de dire, donc, que certains épisodes sont fortement tronqués voire omis. C’est le cas de celui des galères qu’on ne voit absolument pas : l’intertitre sert de repère narratif. Et d’une certaine manière, les différents épisodes annoncés sont essentiellement montrés de façon symbolique : pas de véritable jeu d’acteurs ni de caractérisation des personnages.

Le tout devant un décor de fond, en général un tissus peint (qui plisse un tantinet).

 

Mais n’oublions pas que nous ne sommes qu’en 1907 et que comparé à la production de l’époque, le film n’est pas si ridicule. Si les foules sont composées d’une vingtaine (voire une trentaine) de personnes, c’est beaucoup plus que dans la plupart des autres productions. Certes, le public de la course de chars l’est (ridicule en terme de nombre), inévitablement. Et je ne parle pas de la tribune.

Enfin si, pour dire qu’il n’y en a pas vraiment, seulement un siège qui trône sur lequel semble être assis le procurateur. Quand au public venu nombreux, s’il y cinq spectateurs, c’est un grand maximum.

Par contre, question décors, c’est assez pitoyable. Certes, les tentures sont éloquentes et fort bien exécutées, mais elles ne donnent pas l’épaisseur et surtout la profondeur indispensable à une telle épopée. De plus, la brique pose problème.

En effet, si elle est identifiée immédiatement, elle devient rapidement un parasite de l’intrigue : on ne voit plus qu’elle. Pire : quand elle tombe, son absence est tellement flagrante qu’elle nous propose un mur partiellement édenté, centre de toute l’attention.

Et en plus, quand les Romains emmènent Ben Hur et sa famille, nous retrouvons le plan 3… Avec la brique à nouveau en place !

 

Bien sûr, il y a le moment de bravoure : la course de chars. Trois attelages vont défiler devant nos yeux sans pour autant nous permettre de savoir qui est qui : les chevaux appartenaient la brigade d’incendie et avaient tous la même apparence. Et quand Ben Hur est victorieux, on ne comprend pas vraiment pourquoi. Quant à Messala, on se doute qu’il a été blessé, puisqu’il est amené sur une civière. Mais nous ne saurons pas ce qu’il s’est passé pendant la course.

 

Heureusement, dix-huit ans plus tard, Fred Niblo va nous proposer l’une des meilleures adaptations qui soit (1), que je préfère à celle de Wyler, même si cette dernière reste la version de référence !

 

Alors faut-il voir le premier Ben Hur ? Si vous voulez, mais si vous ne le faites pas, je ne vous en voudrai pas.

 

  1. Vu qu’il n’y en a eu que cinq dont une en dessins animés (2003)…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Peplum, #Giovanni Pastrone
Cabiria (Giovanni Pastrone, 1914)

Si Quo Vadis a précédé Cabiria, ce n’est que dans le temps, tant ce film est d’une force phénoménale et surtout le premier vrai film à grand spectacle. Pensez donc, nous avons droit à une éruption volcanique, un combat naval avec la chine infernale d’Archimède (Enrico Gemelli), des sacrifices humains à Moloch et deux sièges de villes ! Et en plus, nous assistons à la naissance d’un héros mythique qui perdurera jusqu’en 1974, soit soixante ans après sa création : Maciste (Bartolomeo Pagano).

Mais Cabiria, c’est aussi la fin de la deuxième guerre punique qui voit à nouveau s’affronter Rome et Carthage, avec même le passage des Alpes par les éléphants (1) d’Hannibal (Emile Vardannes), ainsi que la victoire de Scipion l’Africain (Luigi Chellini) sur Syphax (Alex Bernard), grâce à Massinissa (Vitale di Stefano), et bien sûr la mort de Sophonisba (Italia Almirante-Mazzini).

 

Mais Cabiria (Carolina Cattena), c’est avant tout la fille de Batto, un riche Romain qui vit aux pieds de l’Etna. Quand ce dernier entre en éruption, Cabiria est emmenée par sa nourrice Croessa (Gina Marangoni) pour la protéger, avant d’être capturée par des pirates phéniciens puis vendue aux grand-prêtre de Carthage, Karthalo (Dante Testa), qui veut la sacrifier à Moloch. Elle sera sauvée par Fulvius Axilla (Umberto Mozzato) et surtout son esclave Maciste, avant d’être confiée à Sophonisba au service de qui elle restera une dizaine d’années. Cette dizaine d’année nous amènera à la fin de la guerre punique susmentionnée.

 

Il n’est pas étonnant que D.W. Griffith ait voulu entreprendre sa première épopée – Naissance d’une Nation (1915) – après avoir vu le film de Giovanni Pastrone. En effet, il souffle un vent épique rarement exprimé auparavant, soutenu par une maîtrise technique remarquable, avec en prime des intertitres de l’écrivain Gabriele D’Annunzio (excusez du peu). Mais s’il fut le déclencheur de Naissance d’une Nation, Cabiria fut surtout l’inspiration du formidable Intolerance l’année suivante, surtout les différentes séquences concernant le siège et la chute de Babylone.

On y trouve déjà une démesure et un raffinement inconnu jusqu’alors. Les décors sont grandioses et superbes – le temple de Moloch est devenu lui aussi mythique -, et les costumes chatoyants (2), recréant la période de la république romaine sinon réaliste, tout du moins vraisemblable : nous sommes au cinéma et la vérité historique n’est pas obligatoire !

 

Et chose étonnante, si Cabiria donne son nom au film, elle n’est pas très souvent présente sur l’écran : c’est avant tout Maciste qu’on peut voir le plus. Bien sûr, Bartolomeo Pagano est entièrement grimé : il n’est pas noir alors que son personnage l’est, mais c’était une constante dans le cinéma italien (et d’ailleurs, au passage) de maquiller complètement les acteurs blancs en noir pour leur faire interpréter des personnages de couleur. C’est aussi le cas ici de Vitale di Stefano ou Croessa.

 

Et ce qui fait la force de Cabiria, ce sont les grands moments épiques et spectaculaires : dans la première demi-heure, nous avons déjà eu l’éruption de l’Etna avec les gens qui fuient au premier plan, et la destruction de la villa de Batto ainsi que les sacrifices à Moloch où l’éclairage prend une place très importante, surtout lors de l’invocation par le grand prêtre.

Et tout cet aspect spectaculaire et exaltant est renforcé par les caméras de Segundo de Chomón, Giovanni Tomatis, Augusto Battagliotti et Natale Chiusano. Ce sont surimpressions, gros plans (la main du grand prêtre sur fond noir), et autres travellings qui s’enchaînent pour donner à ce film le statut de fresque épique.

 

Malheureusement, si Cabiria est un sommet du cinéma italien, il en est surtout son chant du cygne : avec la guerre qui arrive, la production va péricliter pour se retrouver loin derrière celle des Etats-Unis, grands vainqueurs cinématographiques de cette guerre. Il faudra attendre une deuxième guerre mondiale pour que le cinéma italien renaisse et retrouve – partiellement – le niveau d’excellence qui fut le sien.

 

  1. Enfin juste un, et d’Asie.
  2. Je sais, le film est en noir et blanc, mais il est évident que les costumes n’étaient pas ternes !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Peplum, #Alex Proyas
Gods of Egypt (Alex Proyas, 2016)

Du beau, du grand, du merveilleux.

Mais… Ca tombe à plat.

Ca aurait pu bien marcher, l’intrigue autour de la mythologie égyptienne (1) développant un aspect culturel mondial peu exploité au cinéma : habituellement, quand on parle mythologie au cinéma, c’est essentiellement la Grecque qui est concernée. Quant à l’Egypte ancienne, c’est autour de Moïse que se concentre la majeure partie de la production, Cléopâtre mise à part.

Alors quand on lit Isis, Osiris, Horus et Set dans l’intrigue et Nikolaj « Jaime » Coster-Waldau dans la distribution, on se dit qu’on va passer un moment agréable.

Mais non.

 

Pourtant ça brille de partout, les décors sont somptueux, les costumes magnifiques et on n’a pas lésiné sur les effets numériques.

Peut être est-ce d’ailleurs trop : à force de développer des effets tendant vers le superlatif, on en arrive à un trop plein qui a tendance à desservir le film.

Les effets numériques qui permettent des décors extraordinaires ainsi que leur destruction ont tendance ici à accentuer le côté artificiel du film.

Certes, étant dans un univers merveilleux, on peut s’attendre à trouver des décors très stylisés et un tantinet artificiel.

Mais cela ne suffit pas : Kenneth Branagh, dans son Thor, nous montre un royaume d’Asgard merveilleux sans pour autant tomber dans l’artificialité.

 

Et ce parallèle avec cette franchise Marvel n’est pas anodine.

En effet, ces dieux d’Egypte (le titre original, pour celles et ceux qui ne parlent pas toujours bien la langue de Shakespeare) sont les super-héros de l’Antiquité. Et Alex Proyas joue là-dessus, leur donnant certaines attitudes et surtout positions qui ne sont pas sans rappeler celles des Marvel.

Mais là encore, ça lasse : à force de trop en faire, on arrive à l’effet inverse.

On se retrouve alors avec un film qui s’apparente plus à du théâtre filmé, hormis les quelques séquences d’action et de combat. Le jeu devient alors ampoulé et on a tendance à décrocher face à cette accumulation pompeuse.

Je me suis même surpris à penser à Blake et Mortimer et Olrik, m’attendant à ce que quelqu’un s’exclame : « Par Horus, demeure ! » Mais cela n’est pas arrivé.

 

Avec tout ça, je me rends compte que je n’ai même pas parlé de l’intrigue principale : alors qu’Osiris (Bryan Brown) va couronner son fils Horus (Jaime Lannister, donc), arrive son frère Seth (Gerard Butler) qui le poignarde et prend la couronne.

Horus va alors tenter de regagner son titre (2), aidé par un petit voleur plein de ressources, Bek (Brenton Thwaites) qui aime la (très) belle Zaya (Courtney Eaton).

S’ensuit des péripéties plus ou moins ésotériques pour se finir dans une résolution malheureusement trop convenue, où la porte de sortie inhabituelle est finalement refermée : la fin absolument heureuse restant privilégiée.

Hélas.

 

 

  1. L’Egypte a toujours fasciné : ses monuments, sa cosmogonie et sa magnificence étant parmi les plus remarquables.
  2. Le parallèle sportif n’est pas si anodin que cela, encore une fois.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Peplum, #Anthony Mann
La Chute de l'empire romain (The Fall of the Roman empire - Anthony Mann, 1964)

Alec Guinness, Stephen Boyd, Sophia Loren, James Mason, Christopher Plummer, Mel Ferrer, Anthony Quayle… Je continue ?

Une distribution prestigieuse pour un film qui ne l’est pas moins même s’il fut peu rentable. D’un autre côté si on jugeait un film à sa rentabilité, que deviendrait Napoléon (Abel Gance, 1927) ?

Anthony Mann nous propose ici un péplum tardif dans des décors fastes, avec des costumes somptueux et une musique de Dimitri Tiomkin des plus brillantes.

C’est du très grand spectacle. Et en plus, c’est terriblement humain.

 

Marc Aurèle (Alec « Obi-wan » Guinness) vit ses derniers instants et souhaite léguer le trône de Rome à son chef des armées Livius (Stephen « Messala » Boyd), écartant de fait son fils Commode (Christopher Plummer) du pouvoir.

Bien entendu, cela ne se fait pas et Commode (1) devient donc le nouveau César et amène le début de la chute de l’empire romain comme l’annonce le titre.

Mais si ce n’était que cela, on aurait un film un tantinet plat.

Au contraire, ici, tout est important, et surtout toutes les relations humaines et comportements (qui ne le sont pas toujours) sont décrits dans ce long film (plus de trois heures).

 

Beaucoup d’entre vous vont relier ce film au Gladiator de Ridley Scott, ce qui est tout à fait normal puisque c’est ce film qui l’inspira : Livius sera remplacé par Maximus (Russell Crowe) et l’intrigue amoureuse avec Lucilla (La très belle Sophia Loren) est passée à la trappe, remplacée par des amours incestueuses.

Pour le reste, nous retrouvons un Commode qui ne l’est pas vraiment et une démesure formidable, les gigantesques décors de Veniero Colasanti et John Moore ayant nécessité jusqu’à sept mois de travail !

 

Evidemment, c’est l’opposition entre Commode et Livius, et on retrouve – au début tout du moins – la même relation entre Livius et Commode qu’entre celle qui existait entre Ben-Hur et Messala dans le film (inoubliable) de Victor Fleming cinq ans plus tôt. Et comme c’était déjà Stephen Boyd qui en était, le parallèle devient plus facile.

Car là encore, on assiste à une amitié qui se délite et se conclura dans le sang. Mais cette fois-ci, Boyd est du bon côté.

Il faut dire que le Commode que campe Christopher Plummer est extraordinaire. Il a une bonne dose de perfidie et de cruauté qui en font assez rapidement un personnage haïssable.

Mais il n’est pas pour autant cette brute que sera Joaquin Phoenix dans le film de Scott : en tant que fils (indigne) de Marc Aurèle, il possède tout de même quelques qualités cérébrales qui en font un être roué comme le montre la séquence où l’armée attend d’envahir Rome pour le renverser.

 

Bref, c’est du très grand péplum, avec une vision décadente de cette Rome que Commode débaptisa un temps (le sien). Les réjouissances populaires ont un je-ne-sais-quoi de demillien dans la démesure, et les combats sont plus sanglants que chez le maître. On y retrouve d’ailleurs deux grandes batailles, l’une en extérieur et l’autre en intérieur, qui illustrent très bien la confusion que généraient les assauts de ces barbares germains, alors qu’on retrouve l’ordre légendaire des légions romaines qui ne sont plus aussi ordonnées une fois le contact établi. Et nous avons même droit à une troisième bataille qui voit les Romains en découdre avec les Perses auxquels s’est allié le félon roi d’Arménie, Sohamus (Omar Sharif, encore une fois dans un film à très grand spectacle).

 

Toutefois, si la mort de Marc Aurèle a pu être provoquée (2) comme c’est le cas ici, le rebondissement (léger), qui intervient un peu avant la fin peut tout de même prêter à (sou)rire, au final n’influe pas vraiment sur l’intrigue en marche. Ca a dû faire relever quelques sourcils, mais cette anecdote se noie dans l’intrigue générale. Et puis de toute façon, on est au  cinéma…

Enfin, vous voyez ce que je veux dire.

 

PS : J’allais oublier. En plus d’avoir celui qui fut Messala (avec les yeux marrons et pas bleus comme ici), nous avons droit à une course de char en plein air qui vaut elle aussi le détour !

 

  1. Je ne résiste pas à vous donner son titre latin intégral : Imperator Caesar Lucius Aelius Aurelius Commodus Augustus Pius Felix Sarmaticus Germanicus Maximus Britannicus. Rien que ça !
  2. Dion Cassius, historien romain contemporain de cette période, envisage que Commode aurait lui-même fomenté son empoisonnement.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Peplum, #Enrico Guazzoni
Quo vadis (Enrico Guazzoni, 1913)

 

Et puis il y a eu Cabiria (Giovanni Pastrone, 1914).
Pourtant, un an avant, il y a eu Quo Vadis. Enrico Guazzoni signe ici la deuxième adaptation du roman de Henryk Sienkiewicz, qui raconte une genèse du christianisme, vu à travers le Romain Marcus Vinicius (Amleto Novelli), ami de Pétrone (Gustavo Serena) et amoureux de la belle Lygia (Lena Giunchi), sous le règne de Néron (Carlo Cattaneo).


Autant le dire tout de suite, nous sommes loin du faste et des couleurs du film de Mervyn LeRoy, mais on ne peut pas douter que ce dernier l’a vu. On y trouve d’ailleurs des scènes que LeRoy reprendra presque quarante ans plus tard.

Par contre, le jeu des acteurs n’est pas des plus fluides, et on sent vraiment l’influence du théâtre, où les différents acteurs sont un peu trop statiques comme s’ils étaient paralysés par l’espace à leur disposition.

A mon avis, le pire dans cet exercice, c’est pourtant celui qui interprète Vinicius, qui a du mal à être naturel et répète à l’envi le même geste, tendant la main droite ouverte ou fermée sauf l’index. Ca lasse parfois.

 

En ce qui concerne l’intrigue, on y retrouve les mêmes péripéties que dans l’autre, avec moins de détails, essentiellement à cause du format : 2 heures seulement contre 51 minutes de plus en 1951.

Mais malgré cela, le film de Guazzoni est très honnête et surtout nous propose une belle reconstitution – sinon historiquement exacte, du moins spectaculaire – avec un incendie de Rome qui vaut à lui seul de regarder ce film. On y retrouve les flammes, la destruction ainsi que la panique avec notre Vinicius qui s’effondre de fatigue, mais surtout intoxiqué par les fumées.

 

Quant au martyre des chrétiens, on a droit aux lions, aux torches humaines ainsi qu’à Ursus (Bruto – nom prédisposé – Capellani) sauvant Lygia du taureau. Mais comme nous sommes dans l’arène, Guazzoni en profite pour ajouter deux attractions : une course de chars où le vainqueur gagne une véritable palme (entre 1 mètre 50 et 2 mètres de long) ; des combats de gladiateurs qui laisseront des traces foncées sur le sable de l’arène.

A propos des lions, Guazzoni n’a pas montré les attaques des fauves – un peu trop sanguinolent, mais surtout dangereux pour les figurants – mais leur restauration au milieu de vêtements tachés et aussi d’une tête chevelue (fausse, évidemment).

 

Parmi la distribution, on notera le beau jeu de Serena, qui campe un Pétrone comme il faut, ami déchu du despote, que Carlo Attaneo interprète là encore avec justesse.
On notera aussi que les canons de la beauté en 1913 en Italie (et aussi un peu ailleurs) vont être chamboulés par Hollywood, Pétrone (à moins que ce soit Néron) faisant remarquer à Marcus que Lygia n’entre pas dans ces standards. Poppée (Olga Brandini) belle matrone aux formes très généreuses, en tant que première dame de l’Empire respectant ces mêmes canons.

 

Certes Quo vadis n’atteint pas le niveau de Cabiria, mais il n’en demeure pas moins une œuvre majeure dans cette Italie qui, avant la première Guerre Mondiale, était au même niveau que les autres grands pays de cinéma. Cette guerre, ainsi que les superproductions américaines qui vont suivre, vont reléguer bien loin la production italienne à la fin du conflit.

 

A voir, donc, histoire de se rendre compte de ce qu’il était possible de faire en Italie avant. Bien avant.

 

PS : un détail. On a droit à une surimpression (merci monsieur Méliès) qui voit Jésus apparaître à Pierre et Nazaire.

 

PPS : Les spectateurs (masculins) ont peut-être été déçus lors du combat entre Ursus et le buffle : l'affiche promettait une jeune fille dénudée attachée à l'animal. 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Péplum, #Mervyn LeRoy
Quo Vadis (Mervyn LeRoy, 1951)

Cinquième adaptation du roman d’Henryk Scienkiewicz (1), il s’agit très certainement, avec celle d’Enrico Guazzoni, de la plus connue. C’est aussi la seule produite à Hollywood, bien que tournée en partie en Italie, comme de bien entendu.

Mais le film de LeRoy a aussi la particularité de remettre au goût du jour le péplum (2), annonçant toute une série de films « antiques » dont les incontournables Dix Commandements (1956) ou encore Ben-Hur (1959).

Il ne manque au film que le format large qu’on retrouve dans les deux films susnommés.

 

Mais reprenons.

Marcus Vinicius (Robert Taylor)  revient de campagne, triomphateur, et est accueilli chez Aulus Plautius (Felix Aylmer), un ancien général romain. Chez Plautius, il fait la connaissance de la belle Lygia (Deborah Kerr) dont il tombe tout de suite amoureux.

Lygia n’est pas insensible au charme du beau Marcus (3).

Seul (pas si) petit problème : elle est chrétienne.

Si on ajoute à cela que l’intrigue se situe pendant le règne de Néron (Peter Ustinov), on imagine aisément les complications qui vont advenir pendant les 171 minutes (4).

 

Tout de suite, on pense au Signe de la Croix du grand Cecil B. Mais avec deux éléments importants : la couleur et le Code Hays. La couleur amène le flamboyant qui manquait un premier film, et la censure en retire des éléments de spectacle toujours très présents dans les films du maître : la violence et la nudité.

En effet, même si l’intrigue se termine bien, la démesure demillienne est l’élément dont l’absence se fait le plus sentir. Si les lions dévorent les chrétiens ou les Romains allument des brasiers pour ces derniers, le Code élimine d’entrée de jeu les détails qui donnaient une plus grande authenticité au film de 1932.
Quant à la nudité du film de DeMille, elle est ici totalement supprimée : l’orgie dans le palais de Néron ressemblant alors plus à un banquet sur des couches ; et Lygia, attachée au poteau pour son supplice, reste habillée (5).

 

Par contre, le Technicolor apporte à l’incendie de Rome une dimension spectaculaire qui rappelle, en plus grandiose encore, l’incendie d’Atlanta dans Gone with the Wind (1939). LeRoy nous dépeint ce terrible événement avec panache, le ciel s’embrasant dans une teinte rouge magnifique.

D’une manière générale, la couleur compense un peu l’absence des éléments visuels du film de DeMille.

 

Le dernier atout du film, c’est sa distribution. Outre les trois acteurs précédemment cités, on retrouve avec plaisir Finlay Currie (Pierre), qui deviendra l’un des acteurs incontournables de péplums, ainsi que Leo Genn dans le rôle de Pétrone, par ailleurs oncle de Vinicius.

Si Robert Taylor est un héros magnifique– il continuera à l’être dans les films suivants – et Deborah Kerr une belle Lygia, on peut tout de même regretter qu’elle ne soit ici qu’une belle actrice, alors que son répertoire de jeu est beaucoup plus étendu comme elle l’a montré dans Le Narcisse noir.

 

Mais la grande réussite du film, c’est Néron. Peter Ustinov est magnifique de bout en bout. Il nous offre une grande prestation de ce dictateur, passant de la colère aux larmes et inversement avec beaucoup de crédibilité. Ses envolées poétiques sont magnifiquement ridicules, et sa fin dramatique en devient pathétique, avec juste ce qu’il faut de talent pour reconnaître un grand acteur et pour se réjouir de la disparition d’un tel personnage. Ustinov, vingt ans après Charles Laughton, nous offre un Néron plus allumé, plus grandiloquent, mais surtout, il interprète avec brio cet empereur incendiaire (6), illuminé et cruel.

 

  1. Sur 7 à ce jour.
  2. N’oublions pas que DeMille n’a jamais délaissé le genre puisqu’il sortait, deux ans plus tôt, Samson & Dalila.
  3. Dans la VO, ViniCius se prononce avec un [k].
  4. En comptant les génériques.
  5. Ses habits sont toutefois plus des voiles qu’autre chose, mais toujours avec pudeur.
  6. Nous savons tous que ce n’est pas Néron qui a incendié Rome, mais quand Scienkiewicz a écrit le roman, c’était la version officielle.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Peplum, #Ridley Scott
Gladiator (Ridley Scott, 2000)

Un homme rentre chez lui, à temps pour la moisson.

Il caresse les blés pendant que sa femme (Giannina Facio) et son fils (Giorgio Cantarini) se réjouissent de son retour.

Cet homme qui rentre de campagne en Germanie, c’est le général Maximus Decimus Meridius (Russell Crowe), successeur désigné de l’empereur Marc Aurèle (Richard Harris), plutôt que son propre fils Commode (Joaquin Phoenix).

Mais entre ce qu’on désire et ce qui arrive vraiment, il y a parfois un immense fossé.

Commode succède à son père pendant que Maximus, après avoir échappé à une tentative d’assassinat, devient gladiateur, un esclave chargé de distraire le public oisif de l’empire romain.

 

Ce film fut un événement lors de sa sortie. En effet, depuis une trentaine d’années, le péplum était tombé en désuétude. Et depuis le Spartacus de Kubrick, on n’avait pas fait aussi fort ni aussi spectaculaire.

Il y a, bien sûr, une parenté entre Spartacus et Maximus. Tous deux sont gladiateurs, tous deux ont un ami noir, et tous deux s’en prennent à l’autorité, lançant une arme vers la tribune du potentat dans l’arène (une lance pour Spartacus, un glaive pour Maximus). Et chacun mourra pour sa cause, sinon dans les mêmes circonstances.

Mais si Spartacus s’élevait contre un empire, Maximus, lui, ne s’élève que contre Commode, empereur par opportunisme (et assassinat, est-il besoin de le dire ?).

 

Maximus – « le plus grand » en latin – est avant tout un homme d’honneur. Il n’a de cesse que de faire régner la justice : Commode n’est – pour lui et bien d’autres – qu’un usurpateur, indigne de régner car avant tout parricide.

Mais Commode est le méchant. Et un méchant, ça se ménage jusqu’à la fin. Et Joaquin Phoenix nous gratifie d’un formidable Commode, qui ne l’est que par le nom. Au parricide, s’ajoute l’inceste, sans parler de la lâcheté et la traîtrise. Bref, un magnifique méchant.

 

Bien sûr, Maximus est un personnage imaginaire. Mais il en va tout de même un peu différemment de Commode ou Marc Aurèle. Ces deux derniers ont réellement existé. Mais si Marc Aurèle reste cet empereur sage et raisonné, Commode – qui en vrai n’a jamais tué son père, mais là je vous laisse juge – a réellement combattu dans le cirque, et était un gladiateur redoutable. Là s’arrête la comparaison, ce film, à la magnifique reconstitution de Rome, est avant tout une histoire (un peu) originale. En effet, en plus de Spartacus, on retrouve des éléments du film d’Anthony Mann : La Chute de l’Empire romain, péplum crépusculaire, montrant Rome au début de son déclin, Marc Aurèle étant le dernier grand empereur de la Pax romana.

 

 

Avec Gladiator, c’est le retour du péplum flamboyant. On retrouve le faste de Ben Hur avec le réalisme cher à Ridley Scott, qui retrouvera ce même ton quand il tournera Exodus: Gods and Kings.

Il y a des plans de toute beauté dans une Rome jamais si bien reconstituée jusque là. Seule la série Rome (2003-2005) nous offrira une plus belle reconstitution, mais environ deux cents ans plus tôt.

 

Et comme dans le film précédemment cité ou le Robin des Bois qui l’avait précédé, on assiste à une bataille épique assez époustouflante, et des combats de gladiateurs (il faut bien justifier le titre) magnifiques. Le réalisme des combats, amenant un flot de sang sur l’écran sont, pour les jeux du cirque surtout, menés de main de maître. En effet, en plus du côté ballet propre aux combats à l’épée au cinéma, Scott réussit à montrer des massacres (il n’y a pas d’autre mot pour décrire cette boucherie distrayante) sans tout montrer.

En effet, le résultat a beau être extrêmement répugnant – je ne si pas pour vous, mais pour ma part, j’aurai beaucoup de mal à aller voir un tel spectacle en vrai – Ridley Scott, grâce à un montage dynamique et subtile ne nous laisse, la plupart du temps, qu’entrevoir le supplice fatal, le point de vue changeant au dernier moment, évitant ainsi que ce film devienne par trop sanglant, voire tombe dans le gore.

 

Un film magnifique, qui, s’il n’est pas fidèle à l’Histoire – mais, rappelez-vous, ce n’est que du cinéma ! – montre le talent (infini ?) de Ridley Scott, explorant un autre genre (le péplum) avec toujours la même maîtrise, le même sens du spectacle et de la narration.


Avec Gladiator, la Rome antique revient sur le devant de la scène cinématographique, mais pas seulement, si l’on en croit le succès de la série Rome déjà mentionnée, ou encore le développement de jeux vidéo ou autres séries télévisées, sans parler d’autres films du même acabit, mais pas toujours avec le même maîtrise (Troie, par exemple…).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Peplum, #Cecil B. DeMille, #Charles Laughton
Le Signe de la Croix (The Sign of the Cross - Cecil B. DeMille, 1932)

Néron (Charles Laughton, au nez retouché) déclame devant Rome en flamme pour la troisième journée consécutive.

Poppée (Claudette Colbert) se baigne dans un bain de lait d’ânesse.

Les Romains massacrent les chrétiens.

 

Ces trois images sont les moments les plus marquants du film.

C’est sur Néron déclamant que s’ouvre le film, et sur les chrétiens montant au supplice qu’il se termine. Entre les deux, une histoire qui rappelle Quo Vadis, mais qui est tout de même différente. Parce que si Quo Vadis se termine bien, ici, nous assistons à une tragédie.

 

Comme Vinicius (Robert Taylor) en 1951, le héros s’appelle Marcus (Fredric March), et comme lui, il tombe amoureux d’une chrétienne, Mercia (Elissa Landi).

Alors que Mervyn LeRoy mettait en scène des figures du christianisme naissant, ici, Cecil B. DeMille nous montre des anonymes, des croyants parmi tant d’autres. Nul apôtre, seul Tigellin (Ian Keith) – en plus de Néron et Poppée – a réellement existé.

Et si Néron est un jouisseur patenté, il n’a pas le ridicule qu’aura Peter Ustinov vingt ans plus tard.

 

Surtout, le Signe de la Croix, c’est la suite – 30 ans après – du Roi des rois (1927). Le message de Jésus a atteint Rome et les chrétiens, considérés comme une menace, sont pourchassés et impitoyablement tués.

Nous allons alors assister au massacre de ces derniers dans l’arène devant une foule hystérique.

 

En plus de cet épisode religieux édifiant, le film possède un aspect sulfureux totalement en décalage avec le message. Nous retrouvons la sensualité propre aux films de DeMille. En plus de Claudette Colbert se baignant nue dans le lait, on remarque que ses suivantes sont fort peu vêtues, et que d’autres sont pratiquement nues : dans l’arène, deux jeunes femmes ne sont couvertes que de guirlandes de fleurs…

[Sans parler de la scène d’orgie (soft, tout de même) qui rappelle un peu Manslaughter]
Et puis il reste la suggestion :

  • Dacia (Vivian Tobin) se dévêt pour rejoindre Poppée dans le bain, mais nous ne voyons que le bas de ses jambes, jusqu’à la libération de son pied ;
  • Une convive de Marcus qui enfouit la main dans ses cheveux alors qu’un homme l’embrasse…

 

Mais le message est tout de même le plus important, et la dernière demi-heure du film est grandiose : on y tue et massacre à tour de bras.

D’abord, ce sont les gladiateurs, par paires, qui s’entretuent pour le plus grand plaisir d’une foule exaltée. Mais parmi ces spectateurs aux envies sanguinaires, se trouvent quelques femmes qui pleurent les morts brutales de ces combattants.

Puis ce sont des combattantes qui se battent contre des Pygmées – des nains grimés parmi lesquels on peut retrouver ceux de Freaks ou Tarzan l'Homme-singe (deux autres films de 1932), dont l’incontournable Angelo Rossitto – rivalisant de sauvagerie et de cruauté avec les précédents gladiateurs.

Rarement avant on a montré autant de violence à l’écran. Après le passage des gladiateurs, le sol est jonché de cadavres que des hommes mettent dans une charrette. Abominable.

Il faudra attendre Gladiator pour retrouver un tel bain de sang dans l’arène.

 

Et enfin, vient le tour des chrétiens. Alors que DeMille ne nous épargne aucun détail de la mort des gladiateurs, il reste très sobre quant à leur mort : un lion agrippe l’un d’eux, un éléphant va en piétiner un autre. Ce sont plus les supplices en tant que suggestion qui priment : la jeune femme (nue, rappelez-vous) attachée vers qui s’approche un gorille ; l’autre jeune femme (toujours nue) sur qui on lâche des crocodiles ; des éléphants transportant des corps sans vie…

 

Parce que ce qui intéresse plus le metteur en scène, c’est ce qui se passe avant, et qui n’apparaîtra pas chez LeRoy : comment ces gens se préparent à mourir et montent au supplice, tels Jésus montant au Golgotha. Parce que l’analogie est pertinente : comme Jésus (H. B. Warner) montant sous les imprécations de la foule, les chrétiens, ici, montent vers un public en délire, se repaissant des morts violentes.

 

Malgré tout cela, quand le film se termine, on ne pense qu’à une personne : Poppée. Claudette Colbert interprète ici un rôle mythique pour elle, pas seulement dû à la scène du bain (même si elle y contribue très grandement).

Poppée est l’archétype de la femme prête à tout pour mettre un homme dans son lit. Elle annonce Néfertari (Anne Baxter) dans les 10 Commandements du même DeMille, une vingtaine d’années plus tard.

Ses tenues (extrêmement) sexy, ses attitudes provocantes en font une cible toute trouvée pour la commission présidée par Hays qui va bientôt faire la pluie et le beau temps sur Hollywood.

 

Mais il reste encore un peu moins de deux ans. DeMille aura le temps de faire Cléopâtre !

 

 

PS : N'y a-t-il que moi qui ai vu Ward Bond parmi les chrétiens ?

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Peplum, #Cecil B. DeMille
Le Roi des rois (The King of Kings - Cecil B. DeMille, 1927)

Quatre ans après les dix Commandements, Cecil B. DeMille tourne un nouveau film religieux. Mais quel film : la vie de Jésus.

Certes, il y a une part de prosélytisme dans sa démarche, mais ce n’est pas ce qui nous intéresse ici.

Pendant la première partie du film, DeMille nous propose un résumé des grands épisodes de la vie de Jésus : une espèce de best of tiré des quatre Evangiles.
La deuxième partie traite de la Passion : de la Cène à la Résurrection.

Tout un programme.

 

 

Le film s’ouvre sur une séquence en Technicolor : chez Marie Madeleine. Tout n’est que calme luxe et volupté, bien entendu. Du pur Cecil B. DeMille. On s’attend à tout moment à ce que des jeunes filles dévêtues fassent leur apparition, mais non. Parmi les invités, on peut aussi reconnaître Sojin Kamiyama*, qui était l’infâme prince mongol dans Le Voleur de Bagdad (Raoul Walsh, 1924).

Le Technicolor sera de nouveau utilisé lors de la séquence de résurrection, dans un festival de fleurs et de colombes.

Parce que ce film est rempli de colombes. Symbole de paix, elle est souvent utilisé dans la Bible (Noé qui l’envoie en reconnaissance, par exemple) et représente aussi l’Esprit –Saint, troisième élément de la Trinité, d’où cette profusion.

Si DeMille ne commence pas le film à la Nativité (comme le fit Niblo dans son Ben-Hur), il n’oublie par pour autant les grands épisodes. Il ne manque que les Noces de Cana et la multiplication des pains.

 

Mais c’est surtout dans la Passion que se révèle son talent. Si H. B. Warner est un Christ acceptable, l’attention se porte plus sur les deux grands disciples : Pierre (Ernest Torrence) et, bien sûr, Judas. (Joseph Schildkraut).

Torrence, qui était plutôt habitué aux rôles de brutes plus ou moins épaisses, nous donne un Pierre formidable : il a l’emportement de sa carrure (plus d’une fois on doit le réfréner), mais aussi, comme l’annonce l’intertitre, un cœur d’or. Il y a beaucoup d’émotion dans son jeu (nous ne sommes pas habitués !) quand il se cantonne au côté spirituel. On en devient presque bouleversé quand il se rend compte qu’il a trahi son Maître.

Joseph Schildkraut est un Judas intéressant : dans la première partie (et même jusqu’à la trahison), il ne comprend rien. Il est à côté de la plaque. Tout ce qu’il fait n’est pas en adéquation avec son Maître. Il a beau avoir les meilleures intentions du monde, rien ne marche. Pas étonnant alors qu’il trahisse. Mais c’est justement quand il a trahi qu’il ouvre – trop tard – les yeux. Son remord est sincère et magnifique : il souffre autant que Jésus.

 

Et il y a le méchant (« pour qu’un film soit réussi… »). Cette fois-ci, c’est Caïphe (Rudolph Schildkraut).

Et c’est là que le bât a tendance à blesser. Certes, Rudolph Schildkraut – père de Joseph qui joue Judas – est très juste. Mais c’est le contexte qui va moins. En effet, Caïphe représente la ligne hébraïque dure. Il est épaulé par Sam de Grasse et d’autres affreux. Mais leur dénominateur commun est une représentation du Juif plutôt équivoque.

Nous sommes en 1927, et les Juifs sont sujets à une considération abaissante, voire à des brimades, quand ce ne furent pas des pogroms. Et ce film n’échappe pas à l’antisémitisme latent qu’on pouvait rencontrer à cette époque (on en trouve aussi trace dans les romans d’Agatha Christie, allez voir). Ici, Caïphe et sa clique sont fourbes et ne vivent que pour (par ?) l’argent. Il y a de la fausseté dans les attitudes et dans les regards. On retrouvera d’ailleurs certaines similitudes d’apparences – hélas, bien que le propos ne soit pas le même – dans Le Juif Süss.

 

 

Mais ne taxons pas DeMille d’antisémite trop vite. Si Caïphe (& Cie) ont ce rôle, il faut avant tout ne pas oublier que le texte sur lequel se base le scénario est d'abord anti-sémite, rejetant la faute de la condamnation du Christ sur les Juifs plutôt que sur les Romains, malgré le lavage de mains de Pilate (Victor Varconi).

Et puis il reste la séquence extraordinaire (et je pèse mes mots) qui suit la Crucifixion. Alors que le ciel s’est assombri et que la tempête se lève, nous assistons à une véritable apocalypse, dans tous les sens du terme :

- la terre s’ouvre, les méchants sont engloutis (etc.) dans un chaos absolu, témoignage de la puissance et de la justice divines ;

- A l’issue de cette démonstration de force, le centurion qui a suivi toute l’affaire (Montagu Love) clame que « c’était bien le Fils de Dieu ».

Un grand moment, sinon LE grand moment du film.

 

Alors évidemment, quand Julien Duvivier, huit ans après, nous propose son Golgotha, on peut faire la fine bouche…

 

 

* A différentes reprises, le spectateur habitué aux films muets peut reconnaître quelques seconds rôles récurrents de cette époque (bénie, cela va de soi) : George Siegmann, Dale Fuller ou encore le petit John George, pour ne citer qu’eux.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #William Wyler, #Peplum
Ben Hur (William Wyler, 1959)

Une vue en contreplongée de la Croix, sur un ciel noir, un éclair illuminant la scène.

Voici une image qui hante le jeune spectateur que je fus lors de la découverte de ce film au cinéma, sur écran adéquat (format 65mm).

Depuis, j'ai vu celui de Fred Niblo.

 

Ici aussi, l'intrigue est la même : pendant l'entrée des troupes romaines, une tuile tombe du toit des Hur et blesse (presque) le gouverneur. S'ensuit les arrestations et la condamnation aux galères pour Judah Ben Hur (Charlton Heston), prélude à une série d'épisodes mouvementés qui l'amèneront à Rome et lui permettront d'assister à la mort de Jésus.

 

Il n'empêche que cette nouvelle adaptation est impressionnante. Le sous-titre « une histoire du Christ » est reléguée au deuxième plan du générique, tout comme cette même histoire, qui ne prend de l'ampleur qu'une fois la course de char achevée. En effet, on rattrape le temps perdu : on a coup sur coup le Sermon sur la Montagne  (Matthieu 5, 1-16) rapporté par Esther (Haya Harareet) ; le Jugement de Jésus et Pilate qui s'en lave les mains (toujours Matthieu 27, 24) ; le Chemin de Croix ; la Crucifixion.

Et Ben Hur, dans tout ça ? Ben Hur est un témoin de cette époque, rempli de haine contre les Romains mais qui va rencontrer Jésus deux fois, et à chaque fois, cela lui fera un sacré effet.

 

Mais Ben Hur, c'est avant tout le film des solitudes. Solitude de Jésus sur la croix, solitude de Judah Ben Hur dans sa maison après son retour ; solitude de Messalah (Stephen Boyd) une fois Ben Hur emmené.

Tous sont seuls. Ils se croisent, mais finalement font très peu de chemin ensemble.

- Ben Hur est seul de par son arrestation et sa condamnation  aux galères. Mais une fois revenu à Jérusalem, et malgré l'amour d'Esther, il agit seul, au point que cette dernière ne reconnaît plus en lui le Judah qu'elle a aimé.

- Messalah, une fois battu à la course est seul, sur le sable de l'arène. Lui qui était très lié à Judah se retrouve seul du fait de sa nouvelle fonction romaine. Sa façon de raconter ses exploits à la famille Hur l'isole des autres, et il s'en rend compte.

- Esther, une fois Judah parti, ne se marie pas. Elle reste célibataire (« single », disent les Anglais). Il n'y a personne dans sa vie, à part son père invalide. Quand Judah revient après toutes ces années, elle pense le retrouver, mais c'est peine perdue (voir plus haut).

- Quintus Arrius (Jack Hawkins) n'a plus de famille. Quand Ben Hur entre dans sa vie, il se sent revivre, Judah devenant le fils qu'il avait perdu. Mais là encore, c'est la déception. Ben Hur retourne en Palestine, et lui fait même remettre le sceau familial qu'il lui avait légué.

- Balthasar (Finlay Currie, acteur incontournable de péplum) poursuit son chemin - le chemin d'une vie - à la recherche de Jésus, qu'il avait aperçu à sa naissance, et qu'il retrouvera sur la Croix. Il a passé sa vie seul à la recherche du Messie, s'attachant à l'un ou à l'autre, en fonction des circonstances.

- Miriam et Tirzah, oubliées pendant près de cinq ans dans un cul de basse-fosse, et qui en sortent pour être isolées avec les lépreux.

Mais ces solitudes se terminent avec la mort du Nazaréen. Alors que le ciel s'obscurcit, que Jésus meurt (le fameux plan en contreplongée), un orage éclate, suivi d'une pluie diluvienne.

C'est cette pluie qui change tout. Elle enlève la laideur et la corruption - le souhait de Judah - et amène ainsi un autre monde : la fin de la solitude. Les protagonistes qui ont vu Jésus savent qu'ils ne sont plus seuls. C'est le début de la religion chrétienne qui s'installe.

La famille Hur se retrouve et s'agrandit, l'espoir est enfin permis.

 

Pour le reste, c'est du péplum sérieux, avec de belles scènes d'anthologie (combat naval, course de char), et une ambigüité légère dans les rapports masculins. On sait que Messalah et Ben Hur étaient très liés. Et Stephen Boyd joue de cette ambigüité quand il retrouve son ami après plusieurs années. Mais on peut se poser des questions sur les rapports entre Arrius et Ben Hur. D'où vient cette fascination pour ce galérien ? Pourquoi l'avoir choisi ?

 

Malgré tout, je préfère la version Niblo de 1925.

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