Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

histoire

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Télévision, #Série, #Histoire
Vikings (Michael Hirst, 2013-2020)

Ragnar Lothbrok (Travis Fimmel), Lagertha (Katheryn Winnick), Björn Iron-Side (Alexander Ludwig), Rollon (Clive Standen), Floki (Gustaf Skarsgård), le roi Harald (Peter Franzén) ou encore Ivar the Boneless (Alex Høgh Andersen), tels sont quelques uns des personnages plus ou moins réels que nous rencontrons dans cette incroyable série comportant pas moins de 89 épisodes.

Les différents personnages étant, pour nombre d’entre eux , semi mythiques, la vérité historique s’en trouve un tantinet tordue. Mais qui s’en plaindra ? Nous sommes au spectacle, et Michael Hirst nous en offre un plutôt impressionnant !

Bien entendu, ce sont des Vikings et leurs manières ne sont pas toujours très policées : tout est prétexte à bagarre, guerre comme paix voient toujours des affrontements. Sans oublier quelques raffinements tels que les « ailes de l’aigle » et autres joyeusetés…

 

Bien sûr, nous avons droit à des repères temporels et de véritables personnages historiques  - outre Rollon, on rencontre le roi Alfred (Ferdia Walsh-Peelo), le roi Charles (Lothaire Bluteau) ou encore sa fille Gisla (Morgane Polanski)… Ce qui nous permet de nous repérer dans l’époque. Mais comme souvent dans les sagas vikings, nous retrouvons ce que nous aimons : des guerriers rudes et combatifs, avec un système pileux très développé : peu d’acteurs ne portent pas de barbe ! Bien entendu, les signes vikings sont là : runes et tatouages émaillent la série, et on en arrive même à se demander comment Floki, seul, arrive à se faire lui-même les siens avec autant de précision…

Pour le reste, c’est une véritable épopée qui s’étend sur une bonne moitié du monde tel que nous le connaissons : Europe du Nord (Scandinavie, bien entendu) et du Sud, pourtour méditerranéen et incursions en Afrique, route de la soie… Et même un étonnant nouveau monde, plus à l’ouest !

 

Et surtout, Hirst et les différents réalisateurs qui se sont succédés recréent magnifiquement cette époque sombre et polythéiste, en donnant aux femmes une place prépondérante : non seulement elles se battaient aux côtés des hommes, mais certaines dirigeaient même des territoires, et décidaient alors sans contestation.

Et au milieu de tout cela, une intrigue (très) librement inspirée de la Saga de Ragnar Lothbrok, qui voit les périples et combats de ce héros mythique et sa succession entre ses quatre principaux fils : outre Björn et Ivar, Hirst a utilisé Hvitserk (Marco Illsø) et Ubbe (Jordan Patrick Smith), avec des destins forts différents des deux autres.

Mais ce sont ces deux autres fils qui vont permettre aux Vikings de s’intégrer au monde, autrement que par la conquête : une époque s’est terminée, une autre commence. Les dieux nordiques sont chassés, le christianisme va progressivement s’installer.

 

C’est grandiose (encore meilleur sur grand écran), palpitant et violent. Les morts s’enchaînent et même les personnages principaux ne sont pas épargnés, amenant d’autres développements dans la série, pour notre plus grand plaisir.

Quant à l’interprétation, elle est impeccable. De plus, les costumes et maquillages (élaborés) sont remarquables et nous aident à mieux nous plonger dans cette épopée médiévale. On retiendra les yeux bleus de Travis Fimmel et de Jordan Patrick Smith, mais aussi la présence de quelques noms connus, tels Steven Berkoff (le roi Olaf) ou Gabriel « Keaton » Byrne (le jarl Haraldson), ou encore Jonathan Rhys-Meyers (Heahmund), sans oublier Ray « Titus Pullo » Stevenson dans un rôle ambigu mais très pertinent.

 

Une série qui se laisse voir, et bien entendu revoir !

 

PS : ma préférence va au personnage de Floki, faux innocent mais véritable Viking…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Télévision, #Série, #Histoire, #Comédie, #Marcel Bluwal
Les nouvelles Aventures de Vidocq (Marcel Bluwal, 1971-1973)

Exit Bernard Noël (le premier Vidocq à la télévision, mort quatre mois avant la première diffusion). Voici le nouveau chef de la Sûreté française, dans une période troublée par les changements de régime et autre chasse aux sorcières : Claude Brasseur.

La première chose qu’on peut dire, c’est que ce nouveau Vidocq a l’allure du premier : la tête ronde, la même coiffure (ça c’est plus facile), ainsi que le même succès auprès des femmes.

Autre redondance : Flambart (Alain Mottet a laissé la place à Marc Dudicourt) toujours aussi fonctionnaire et idiot et surtout cible privilégiée de son supérieur hiérarchique direct.

Parce que la grande différence, c’est bien sûr, comme prévu dans la série précédente, Vidocq a rejoint le côté lumineux de la Force et dirige d’une façon fort peu o’orthodoxe le service mis en place sous l’Empire : ses principaux collaborateurs – outre Flambart qui lui fut imposé – sont d’anciens compagnons de chaînes (Brest, Toulon). Et parmi eux, on retrouve une ancienne connaissance : Desfossés (Jacques Seiler). Sans oublier certaines figures qu’on a déjà vu dans la première série, Pierre Pernet (L’Acrobate) en tête.

 

Mais la grande différence c’est que Vidocq doit déjouer moult complots et surtout affronter son pendant obscur en la personne de la baronne de Saint-Gély (la magnifique Danielle Lebrun). C’est une femme redoutable qui sait toujours se placer du côté des vainqueurs, et ce malgré les tentatives répétées de Vidocq qui veut la mettre hors d’état de nuire.

Jusque là, rien de bien difficile, sauf que monsieur Eugène-François Vidocq a un terrible penchant pour cette belle jeune femme avec qui il va même s’autoriser un congé…

Cette relation ambiguë n’empêche pas  les différents épisodes de faire se croiser les grands de ce monde (d’alors) et des péripéties tout aussi rocambolesques qu’auparavant.

 

Pour le reste, on ne change pas une équipe qui gagne : Georges Neveux et Marcel Bluwal sont encore une fois derrière le projet, ce qui permet une transition tout en douceur. Et en plus, c’est en couleur.

Autre plus, et pas des moindres : la musique de Jacques Loussier qui succède à celle de Michel Colombier et surtout son générique en parfaite adéquation avec le rythme parfois effréné de ces nouvelles aventures. Une musique entraînante, avec des pauses plus calmes, dans l’esprit de ce que nous allons voir.

Et à nouveau, Vidocq est à l’aise, n’hésitant jamais à arpenter le terrain pour déjouer pièges et complots, sans oublier de séduire les jeunes femmes et de ridiculiser Flambart.

 

Bref, les nouvelles aventures sont aussi intéressantes que les premières, et beaucoup plus marquées par leur époque. I1l faut dire que nous assistons à plusieurs changements à la tête de l’Etat, très bien caractérisés par les gendarmes qui ne savent plus ce qu’ils doivent crier « Vive le Roi ! » ou « Vive l’Empereur ! ». Quoi qu’il en soit, Fouché (Robert Party) assure d’une certaine façon la continuité de ce même Etat, passant d’un côté à l’autre sous le prétexte de double-triple-quadruple jeu !

Vidocq essaie de s’y retrouver dans tout ce galimatias d’intrigues, et nous en arrivons à une conclusion totalement paradoxale : lui, l’ancien bagnard doit être l’un des rares personnages honnêtes de la série !

 

 Enfin jusqu’à une certaine limite…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Histoire, #Comédie dramatique, #Eric Besnard
Délicieux (Eric Besnard, 2021)

Rarement un film n’aura porté aussi judicieusement son nom !

Le long métrage que nous propose Eric Besnard est absolument délicieux, et se déguste avec gourmandise et en prenant son temps, comme un bon repas.

 

Pierre Manceron (Grégory Gadebois) est le cuisinier attitré du duc de Chamfort (Benjamin Lavernhe). A chaque agape, c’est une profusion de mets variés et colorés, dont la richesse n’a d’égale que celle de son commanditaire. Malheureusement pour lui, un jour il a la mauvaise idée de marier truffe et pomme de terre, ce vil légume. Il est renvoyé et se retrouve dans un taudis qui fut jadis occupé par son père : un ancien relais de poste. Aidé de son fils Benjamin (Lorenzo Lefèbvre), il rouvre l’établissement, proposant un brouet restaurant pour les voyageurs de passage qui cherchent avant tout à reprendre des forces.

Et puis arrive Louise (Isabelle Carré), une femme sortie de nulle part et qui veut apprendre auprès de ce célèbre maître-queux tombé en disgrâce.

Pendant ce temps, l’homme commence à voler grâce aux frères Montgolfier…

 

Nous sommes donc à la fin des années 1780, et quand le film se termine, une nouvelle ère va s’ouvrir. Pour la France mais aussi pour la gastronomie. En effet, si Pierre Manceron est un personnage fictif, il n’est donc pas l’inventeur du restaurant qui existe depuis longtemps déjà en Chine et une trentaine d’années à Paris. Mais ce qu’il propose dans son établissement est l’autre révolution, la culinaire. Tous les concepts relatifs au restaurant que nous connaissons aujourd’hui sont là : qualité de la nourriture, mesure des portions, accueil, tarifs progressifs… Puisque je vous dis qu’il y a tout !

 

Mais ce qu’il y a de plus intéressant – qui fait le sel du film, évidemment – c’est le rapport entre la nourriture et les hommes et surtout entre les différents ordres auxquels appartiennent ces nouveaux consommateurs. Parce que ce que propose Manceron est un immense chamboulement des pratiques : tout le monde peut manger au même endroit ! Il n’y a plus de domestique en cuisine, de maître en chambre ou encore de noble dans sa salle d’apparat…Tous à la même enseigne : Le Délicieux !

Et ce rapprochement entre le changement qui arrive (la grande Histoire) et celui que nous pouvons observer (la « petite » Histoire) n’est pas pour déplaire. Il y a dans ce qui ne s’appelle pas encore un restaurant – dans l’acception actuelle – tout le concentré de la société féodale à bout de souffle.

 

Et ce restaurant – cette « gargote », comme ils disent – est aussi un lieu central et indispensable pour la résolution de l’intrigue. Et Eric Besnard amène patiemment cette résolution (1), nous laissant par là même entrevoir une révolution. De plus, les images de Jean-Marie Dreujou combinées au montage équilibré de Lydia Decobert donnent une dimension esthétique des plus agréables. Certes, la comparaison a déjà été faite, mais c’est une évidence qui saute aux yeux : nous nous retrouvons plongés dans un tableau de Chardin, une de ses natures mortes où des victuailles sont exposées et dont l’éclairage donnent une tout autre dimension.

Avec en prime de très belles transitions, ce qui ne gâche rien au spectacle.

 

De plus, l’interprétation est à la hauteur de l’enjeu. Grégory Gadebois n’est pas seulement un Pierre Manceron crédible du fait de sa stature. Il est aussi cet être subtil capable de passer de l’apathie à l’enthousiasme, galvanisé par celle qu’il ne voulait pas engager de prime abord. Normal, elle est comme lui, aussi entêtée. Et Isabelle Carré hisse son personnage petit à petit au niveau de celui de son partenaire, annonçant là encore le changement social et sociétal qui arrive.

Quant aux « méchants » de l’histoire (et de l’Histoire) – les aristocrates – ils sont encore une fois bien définis : imbus d’eux-mêmes, méprisants et tout ce que vous pouvez trouver par ailleurs (2), ou bien sûr dans le formidable film de Patrice Leconte, Ridicule.

 

Un beau film qui se déguste, bien évidemment, « sans modération » (elle est facile, mais tellement vraie).

 

  1. Dont une partie est – bien sûr – très prévisible, mais ce n’est pas la plus intéressante.
  2. Dans les romans de Jean-François Parrot (série Nicolas Le Floch), par exemple.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Télévision, #Série, #Histoire, #Marvin J. Chomsky
Holocauste (Marvin J. Chomsky, 1978)

1935-1945 dix années qui ont détruit la famille Weiss : Joseph (Fritz Weaver) le père, médecin à Berlin ; Berta (Rosemary « Aunt May » Harris) la mère, Karl (James Woods), Rudi (Joseph Bottoms) et Anna (Blanche Baker) les enfants. Sans oublier Inga (Meryl Streep), la femme de Karl.

C’est par le mariage de ces deux derniers que s’ouvre cette série : un mariage « mixte » (une chrétienne et un juif) auquel ont été conviés Hans Helms (Michael Beck) un soldat qui est aussi le frère d’Inga, mais surtout Heinrich Müller (Anthony Haygarth), un ami de la famille qui est aussi membre du parti nazi.

Puis ce sont les dix années qui vont séparer tous ces gens, plus ou moins définitivement jusqu’à la fin de cette guerre et de son bilan effrayant.

 

Bien sûr, c’est une histoire très romancée voire aseptisée qui nous est contée ici par Marin J. Chomsky, et je ne reviendrai pas sur les reproches (justifiés) élevés par d’anciens déportés qui ont de leur côté transmis leurs récits de la Shoah (Primo Levi, Simone Veil, etc.). Mais quand la série est passée pour la première fois en France, je n’avais que 11 ans et j’ai alors découvert une (infime) partie de ce génocide atroce qui reste encore (heureusement) inégalé.

Parce que Chomsky a aussi émaillé sa série de documents authentiques qu’en général Erik Dorf (Michael Moriarty), un jeune juriste opportuniste montre à son supérieur, l’ignoble Reinhard Heydrich (David Warner).

 

C’est pourquoi je garde un souvenir fort de cette série car ce fut aussi l’occasion de discuter de ce qu’il s’était passé en marge de la Seconde Guerre Mondiale : les quelques films de guerre que j’avais pu voir à l’époque ne traitaient jamais ce sujet et j’étais resté sur des superproductions du style Le Jour le plus long ou Paris brûle-t-il ?

Et je sais que je ne suis pas le seul qui ai apprécié cette série : ce fut un grand moment de télévision dans beaucoup de pays du monde. Et ce fut aussi le début d’une recrudescence des films et documentaires sur le sujet, avec en point d’orgue l’extraordinaire Shoah de Claude Lanzmann. Mais attention depuis 1934, on connaît l’existence des camps de concentration au cinéma : le film documentaire Hitler’s Reign of terror (Hitler, le Règne de la terreur) est sorti sur les écrans le 30 avril de cette année-là.

 

Et n’oublions pas les différents interprètes de cette série qui ont mis beaucoup de conviction pour interpréter ces personnages, bons ou méchants. Les méchants surtout, comme d’habitude. Si Ian Holm fait une courte apparition en Himmler, c’est vers le duo Heydrich-Dorf qu’on trouve des personnages véritablement terribles. Il faut dire que David Warner a une filmographie qui parle dans ce sens et il est un Heydrich redoutable de bout en bout : froid et calculateur comme le fut son modèle. Quant à Erik Dorf, cet opportuniste, il n’est chaleureux que quand il exécute son service : planification des exécutions des Juifs de l’Est (Einsatzgruppen & camps de la mort). Et ce sont donc eux qui nous permettent de voir de véritables images (trop rares ?) des massacres effectués.

Quant aux gentils, on admire déjà Meryl Streep ou James Woods, ainsi que les deux parents Weiss, et bien évidemment Joseph Bottoms dans le rôle de Rudi qui me fit rêver quand j’étais enfant : je voulais posséder son courage et sa combativité. Et sa fiancée, Helena (Tovah Feldshuh).

 

Alors, près de 45 ans plus tard, je pense qu’il faut encore regarder Holocauste. C’est à mon avis une bonne entrée en matière pour les plus jeunes avant de découvrir la véritable horreur nazie dans toute son immensité et son abjection.

Pour ne pas oublier.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Télévision, #Série, #Histoire, #Michael Caton-Jones, #Ridley Scott, #Tony Scott
Un Monde sans fin (World without End - Michael Caton-Jones, 2012)

Retour à Kingsbridge, deux siècles (environ) après Les Piliers de la Terre.

La cathédrale est toujours debout et le prieuré a beaucoup prospéré, devenant alors la proie des convoitises de certains frères qui n’en ont que le titre. C’est le cas de Godwyn (Rupert Evans) qui rêve de devenir prieur. Et comme il peut compter sur sa mère, Petranilla (Cynthia Nixon) qui connaît certaines poudres, il va y arriver. Dans le même temps, les enfants du comte de Shiring voient leur père être exécuté pour trahison et se retrouvent livrés à eux-mêmes : Ralph (Oliver Jackson-Cohen) va tout de même devenir chevalier quand Merthin (Tom Weston-Jones) va devenir bâtisseur.

A cela se greffe la Grande Histoire : la Guerre de Cent Ans qui commence et la Peste Noire qui va s’étendre sur l’Europe. Sans oublier les procès en sorcellerie dont les femmes (déjà) feront les frais.

 

A nouveau, les frères Scott (Ridley et Tony) ont eu le nez creux en investissant dans ce deuxième opus de Ken Follett. Tout comme dans le premier, on retrouve ce même mélange savamment dosé entre la petite et la grande histoire, avec des personnages très bien caractérisés, se positionnant du bon ou du mauvais côté de la morale afin de donner toute sa puissance à cette nouvelle fresque médiévale. Et donc, encore une fois, ça fonctionne : on est à nouveau happé par cette épopée haute en couleur où les enjeux (économiques) sont synonymes de puissance (politique) et où les méchants le sont vraiment, même si on s’éloigne progressivement du roman initial.

Qu’importe, le spectacle est là et on en profite pleinement.

 

Il faut dire que Godwyn et sa mère sont des affreux rarement rencontrés, donnant véritablement le ton dans cette série. Si vous avez aimé haïr Waleran dans la première série, vous n’allez que vous complaire à abhorrer ces deux protagonistes, avec en prime (« jamais deux sans trois », c’est bien connu) sir Ralph, un chevalier qui ne s’embarrasse pas vraiment du code qui régit cet ordre. Bref, là encore, le succès de la série est porté par des méchants de première force, ce qui ne gâche rien.


Ce qui est bien rendu aussi, ce sont les différentes sous-intrigues qui émaillent cette histoire :

  • l’antagonisme entre Godwyn, ce clerc fanatique et frustré, et sa cousine Caris (la belle Charlotte Riley) qui doit renoncer à son amour pour Merthin afin d’échapper au bûcher ;
  • Celui entre ce même Godwyn et la mère supérieure du couvent pour contrôler les richesses de l’Eglise ;
  • Celui entre Ralph et Merthin, frères ennemis du fait des circonstances et dont l’apparentement avec Abel et Caïn est d’ailleurs mentionné ;
  • Celui entre Ralph et Wulfric (Tom Cullen) qui été injustement dépossédé et doit survivre en serrant les dents ;
  • Et bien sûr celui opposant un fils – Edward III (Blake Ritson) – et sa mère – Isabelle de France (Aure Attica), né après l’exécution d’Edward II, père du premier.

Et au milieu de toute ces oppositions, la présence de Thomas Langley (Ben Chaplin), dont le rôle autour de cette même exécution n’est pas très clair, surtout qu’il possède un secret qu’on aimerait bien voir disparaître.

 

Donc, n’hésitez pas et plongez-vous dans cette fresque formidable, portée par des interprètes à la hauteur de l’enjeu, même s’ils n’ont pas obligatoirement la même notoriété que ceux qui étaient là dans la série précédente.

On en redemande !

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Télévision, #Série, #Histoire, #Marvin J. Chomsky
Racines (Roots - Marvin J. Chomsky & Co, 1977)

1767, Gambie.

Kunta Kinte (LeVar Burton puis John Amos) est un jeune guerrier mandinka fraîchement initié. Alors qu’il est en forêt à la recherche d’un tronc pour faire un tambour, il est capturé par des esclavagistes et est envoyé en Amérique (1) et vendu au riche juge Reynolds (Lorne Greene).

Bien entendu, Kunta n’a qu’un seul souhait : s’échapper de cet esclavage. Mais à chaque fois, il est rattrapé, fouetté et même mutilé (on lui coupe le pied).

Alors il se marie avec Bell (Madge Sinclair) et a une fille, Kizzy (Leslie Uggams). Il lui apprend alors sa vie d’avant, faisant naître en elle ce désir de liberté qui l’a sans cesse étreint.

Puis, c’est Kizzy qui le transmettra à son fils « Chicken » George (Ben Vereen). Et il en serait ainsi jusqu’à la fin des temps (2) s’il n’y avait eu la Guerre de Sécession…

 

Epoustouflant.

C’est une extraordinaire série qui nous est proposée là, d’après le livre d’Alex Haley – copié, certes, mais c’est tout de même celui-ci qui sert de trame – et qui a eu un succès fort mérité à sa première diffusion, voici déjà plus de 25 ans (3). Et ce qui transparaît surtout, c’est le rôle maléfique joué par tous ces esclavagistes et autres propriétaires terriens du Sud. La cruauté, l’injustice, le racisme sont leur ferment et la famille de Kunta (entre autres) va en faire les frais à différents niveaux et pendant près de cent ans (la série se termine après la Guerre Civile).La plupart des Blancs sont d’affreux réactionnaires racistes, baignés de religion mais surtout confortés dans des stéréotypes tout à leur avantage.

 

Et plus de vingt-cinq ans après cette première diffusion, Racines n’a rien perdu de sa force, même si on a pu constater certaines erreurs factuelles. Mais cela ne nous intéresse pas : à partir du moment où nous sommes dans une adaptation, c’est avant tout le(s) réalisateurs et les scénaristes qui sont aux commandes et peuvent (presque) faire ce qu’ils veulent. Ce n’est pas le cas, rassurez-vous, et c’est pourquoi nous sommes ici plus dans une espèce de docu-fiction où, même s’il y a des erreurs, la force de ce qui nous est montré est suffisante pour emporter le soutien du spectateur. Enfant (j’avais 9 ans quand c’est passé pour la première fois à la télévision), j’étais bien sûr révolté par les mésaventures de Kunta Kinte et espérais qu’il réussirait à s’évader et rentrer en Afrique. Et aujourd’hui (vous calculerez donc facilement mon âge…) son sort est tout aussi abject. Mais ce qui me révolte le plus aujourd’hui, ce sont ces riches propriétaires racistes qui sont férus de religion : ils convertissent de force leurs esclaves à la religion chrétienne (4) et surtout se prévalent de valeurs religieuses tout en traitant d’autres êtres humains comme des êtres inférieurs, moins bien traités que leurs chiens.

 

Bien évidemment, les méchants de la série sont blancs, mais pas tous, certains le sont (un peu) moins que d’autres (les Harvey) et quelques très rares individus sont carrément du côté des Noirs - Vieux George (Brad Davis) et Martha (Lane Binkley), par exemple – mais la palme de la méchanceté doit certainement revenir à Evan Brent (Lloyd Bridges), en Reb raciste et amer de la défaite du Sud.

Et si Lloyd Bridges est magnifique dans cet ignoble personnage, on ne peut pas taire la justesse des acteurs et actrices noires qui ont quasiment vécu leur rôle, créant même, paraît-il, une certaine tension pendant le tournage. On ne peut pas oublier les deux interprètes de Kunta Kinte, tout comme Kizzy, Mathilda (Olivia Cole)  ou encore Tom Harvey (Georg Stanford Brown), ni bien sûr Chicken George et sa malice, ni, un de mes préférés, Violon (Fiddler – Lou Gossett Jr.).

 

A (re)voir !

 

  1. Encore quelques années avant que ce soient les Etats-Unis…
  2. Peut-être pas, quand même…
  3. 23-1-1977 aux Etats-Unis, 28-1-1978 en France.
  4. La Bible et le fusil, les deux bases de la conversion dans l’Ouest…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Télévision, #Série, #Histoire, #Graham Theakston, #Ken Grieve
Cadfael (Graham Theakston, Ken Grieve & Co, 1994-1998)

Après avoir combattu pour la gloire du Christ à Jérusalem pendant la Quatrième Croisade, Cadfael (Derek Jacobi) a été touché par la grâce et a décidé de se retirer et d’y prendre l’habit. Depuis, il vit paisiblement à l’abbaye de Saint-Pierre et Saint-Paul à Shrewsbury (Shropshire), à un jet de pierre de la frontière galloise. Il est devenu le frère herboriste et soigne les malades tout en entretenant son jardin.

Enfin pas si paisiblement que cela : depuis qu’Etienne de Blois (Michael Grandage) a pris le pouvoir à la place de Mathilde l’Impératrice, c’est une guerre civile (guère civile, cela va de soi) qui déchire l’Angleterre, l’Eglise ayant son rôle à y jouer, soutenant l’un puis l’autre (à moins que ce soit le contraire).

Et si ce n’était que ça : de temps en temps, en marge du conflit fratricide, des crimes plus ou moins sordides ont lieu autour de l’abbaye, quand ce n’est pas dedans… A chaque fois Cadfael est missionné pour aider Hugh Beringar (Eoin McCarthy/Sean Perwee/Anthony Green) à résoudre ces meurtres pas aussi évidents qu’on voudrait le faire croire.

 

Il y a près de 50 ans, la grande Ellis Peters,férue de Moyen-âge, avait créé cette série comportant 20 énigmes policières,et ce quelques années avant Umberto Eco et son magnifique Nom de la Rose (1). Ici, tout tourne autour de l’abbaye, ses différents offices et les règles (de Saint Benoît) qui doivent y être respectées.

Bien sûr, de par son passé et surtout son tempérament, Cadfael a beaucoup de mal à s’y conformer strictement, au grand dam du frère Prieur Robert (Michael Culver) et surtout de son acolyte frère Jérôme (Julian Firth) qui guette le moindre faux-pas de l’herboriste pour le dénoncer. De plus, la moindre occasion qui s’offre à lui est saisie pour sortir de l’univers confiné du saint lieu pour aller se promener dans la campagne et surtout chevaucher, ce qui n’est plus vraiment une activité monastique.

 

Et si la série romanesque est formidable, la version qu’a produite ITV mérite largement le détour. On y retrouve une abbaye plus vraie que l’originale (2), et un microcosme villageois truculent, parmi lequel notre bon frère se balade comme un poisson dans l’eau : aimé de tous – sauf des méchants, cela va de soi – il prodigue soins, conseils et surtout solutions d’énigme à qui veut bien le constituer.

On y trouve tous les milieux sociaux de l’époque : clergé, Noblesse, bourgeoisie, paysannerie, et chacun reste subordonné à l’Eglise. Et les différentes intrigues (13 épisodes) reconstituent aussi bien qu’Ellis Peters cette période trouble, mêlant la petite histoire dans Shrewsbury à la grande Histoire.

Et Cadfael, en plus d’une gentillesse et d’un grand savoir botanique, possède un esprit éveillé qui se méfie des évidences et n’accepte pas aussi facilement que les autres ce qui leur semble être un miracle. Et bien entendu, il a très rarement tort.

 

On suit avec beaucoup d’intérêt ces différentes enquêtes singulières, habitués que nous sommes (devenus) des procédés scientifiques indiscutables : pas d’empreinte digitale, pas de prélèvement d’ADN, juste des observations, et surtout un raisonnement logique. Bref, Le digne aîné de Sherlock Holmes ou Hercule Poirot.

Et malgré la noirceur régulière qui entoure les différents épisodes, les différents scénaristes réussissent à y glisser quelques éléments comiques, surtout avec la présence des deux (faux) ennemis de Cadfael dans l’abbaye, Robert Jérôme. Par rapport à Cadfael, ils représentent (surtout Jérôme) la superstition et les croyances de l’époque, se référant strictement à la Règle, quitte à passer pour des personnes inhumaines. Et à chaque fois q’ils croient tenir Cadfael, rien ne se passe comme prévu, voire fait empirer les choses.

 

Reste que Cadfael est une (courte) série qui se déroule dans le même temps qu’une autre qui va arriver presque 10 ans après : Les Piliers de la terre.

 

Ces deux séries traient des mêmes choses : la vie des hommes pendant l’Anarchie anglaise, les jeux de pouvoirs, la vie et la mort, mais aussi l’amour, inévitable avec Cadfael qui, en plus de résoudre des énigmes a tendance à favoriser certaines amours…

Mais alors que les Piliers traitent plus de la politique et de la vie hors de l’abbaye, ici, c’est la vie de l’abbaye qui est au centre et tout le monde gravite autour, de quelque condition que ce soit.

 

Et Derek Jacobi est irrésistible dans ce rôle de moine bien singulier : toutes les femmes (ou presque) l’embrassent !

 

  1. Ce roman est aussi un état des lieux de l’hérésie au XIVème siècle.
  2. Celle de Shrewsbury ayant été totalement détruite, c’est une reconstitution en Hongrie que nous pouvons admirer : 6 mois ont été nécessaires pour la recréer.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Bandes Dessinées, #Histoire, #Léonard Chemineau, #Wilfrid Lupano
La Bibliomule de Cordoue (Léonard Chemineau & Wilfrid Lupano, 2019)

Nous sommes à la fin du Xème siècle, à Cordoue, dans ce qui deviendra l’Espagne que nous connaissons, et qui est alors occupée par les Musulmans, dirigés par un calife. Ce dernier, Al-Hakam II vient de mourir, de façon suspecte. Son fils, Hicham est trop jeune pour régner et c’est alors le vizir Al-Mansur qui tient les rênes du califat, rejetant tout ce qui a été fait par le calife pour l’éveil du peuple, en particulier une immense bibliothèque. Cette bibliothèque est menacée de destruction et Tarid, l’eunuque, veut sauver un maximum d’ouvrages. Il est aidé en cela par Lubna, une jeune fille érudite (elle sait lire et écrire) qui a malheureusement été défigurée (légèrement). Mais emporter de nombreux livres suppose avoir un moyen de transport adéquat. C’est Marwan qui va le leur fournir – bien malgré lui – avec sa mule qu’il a volée plus tôt. Oui, Marwan est un voleur (maladroit).

Tous les trois vont fuir le régime d’Al-Mansur, dont les sbires sont à leur recherche, ainsi que les livres qui ont échappé à l’autodafé organisé par le vizir.

 

On suit avec beaucoup d’intérêt l’épopée de ces trois personnages et surtout de leur précieux trésor. Outre les gardes d’Al-Mansur, nos trois héros vont devoir affronter une nature parfois hostile et de nombreux ennemis, parmi eux les Vikings qui écument le littoral européen depuis quelques décennies.

De plus, et c’est aussi ce qui donne son titre à cet ouvrage, il ne faut pas minimiser le rôle de la mule qui doit (sup)porter, en plus d’une cargaison phénoménale, le courroux de Tarid sous prétexte qu’elle aime un peu trop les livres. Et en particulier le Traité d’Al-Khuwarizmi, mathématicien du IXème siècle, qu’elle grignote régulièrement.

En plus de la haute qualité historique de l’intrigue (élaborée par Léonard Chemineau), comme le confirme la postface de Pascal Buresi (Directeur de recherche au CNRS), on peut admirer un dessin (signé Wilfrid Lupano) qui se rapproche parfois des enluminures orientales (Perse, Empire Ottoman, etc.), avec un découpage par planche qui n’est pas sans rappeler des miniatures qu’on peut admirer à Ispahan ou au palais de Topkapı (Istanbul).

 

Bien sûr, le sujet est très grave et trouve des échos dans le monde actuel : on songe aux Taliban en Afghanistan, à Daesh et ses fous de Dieu, ou encore à la « bibliothèque secrète » de Daraya, en Syrie, qui se reconstitue petit à petit, malgré le danger encouru par ses dépositaires et les livres eux-mêmes que ces gens ont exhumés, et donc provisoirement sauvés. Il en va de même ici pour Tarid est ses deux jeunes associés qui doivent toujours redoubler de vigilance pour mener leur précieuse cargaison à bon port.

Bien entendu, la relation entre les trois personnages est aussi sujette à des moments plus légers, avec en prime une histoire d’amour naissant entre les deux jeunes gens (c’est beaucoup plus difficile pour Tarid), Marwan étant l’élément comique de cette belle histoire.

Afin de rappeler l’actualité de l’ouvrage, les dernières pages résument un petit peu plus d’un millénaire de destructions de livres, avec, hélas, le rappel que le savoir, quel qu’il soit, est toujours en danger : savoir, c’est aussi éviter le piège d’une pensée unique, subie par ceux qui la reçoivent.

 

PS : si la mule grignote toujours le même ouvrage, il y a une raison. Mais la réponse ne sera donnée qu’à la fin…

 

[texte publié préalablement dans Les Amis de la BD (ex-Les amis de Spirou) le 14 avril 2023

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Télévision, #Série, #Histoire, #Claude Barma
Les Rois maudits (Claude Barma, 1972-1973)

18 mars 1314.

Jacques de Molay (Xavier Depraz) est brûlé vif sur l’Ile aux Juifs (Paris).Avant de mourir, il maudit ceux qui sont à l’origine de la chute de son ordre : le pape Clément V, Guillaume de Nogaret (Jacques Goasguen) et le roi Philippe IV, dit « Le Bel » (Georges Marchal), ainsi que sa descendance.

S’ensuivent une quinzaine d’années de désordre monarchique avec en points d’orgue différentes disparitions de monarques : Louis X, dit « le Hutin » (Georges Ser) ; Jean I, dit »le Posthume » ; Philippe V, dit « Le Long » (José-Maria Flotats) ; Charles IV, dit « Le Bel » (Gilles Béhat) ; et Philippe VI (Benoît Brione).

Avec ce dernier, c’est la fin des capétiens directs sur le trône de France (en place depuis 987) et le début des Valois (jusqu’en 1589), avec en prime les lois saliques qui interdisent le trône aux femmes, et en ligne de mire la Guerre de Cent Ans.

Et tout ça, grâce à l’intervention d’un homme : Robert d’Artois (Jean Piat), furieux d’avoir été dépossédé de son fief par sa tante Mahaut (Hélène Duc).

 

On comprend, en lisant ces quelques lignes ci-dessus, l’origine de la saga du Trône de Fer de George R. R. Martin : ce ne sont qu’intrigues et complots, luttes à mort pour arriver à son degré de pouvoir : qui un comté (Robert), qui le trône de France (Philippe V), ou celui de Saint Pierre (Jacques Duèze, futur Jean XXII – Henri Virlogeux). Et Claude Barma, aidé par la superbe adaptation de Marcel Jullian, va réussir l’exploit de faire tenir ces quelques années on ne peut plus riches en péripéties en six épisodes d’une centaine de minutes, conservant la même intensité et la même richesse. Un pur chef-d’œuvre.

 

Ce fut, bien entendu, un succès national, les Français attendant avec impatience les nouveaux développements de cette intrigue foisonnante et haletante, d’une semaine à l’autre entre le 21 décembre 1972 et le 24 janvier 1973, jusqu’à l’inévitable mort de Robert d’Artois, suite au siège Vannes.

Mais aujourd’hui, cinquante ans après cette toute première diffusion, on peut se demander légitimement si le succès serait au rendez-vous. Non pas parce que l’intrigue (c’est vraiment le terme approprié) déplairait, mais plutôt parce que la mise en scène est très éloignée des goûts du public actuel (encore que…) : la plupart des interprètes de cette série sont des comédiens de renom ce qui donne à voir du théâtre filmé plutôt que des téléfilms. De plus, la sobriété des décors (une histoire de budget ?) recentre l’attention du spectateur sur ce qui se dit plutôt que sur ce qui se voit. Certes, les costumes sont chatoyants et élaborés, mais cela renforce cette idée de théâtre filmé.

 

Mais quel théâtre filmé !

C’est absolument magnifique : les différents protagonistes tiennent leur rang avec beaucoup de talent, en particulier les relations entre Robert et Mahaut qui font tout le sel de cette série. Jean Piat (formidable) et Hélène Duc (elle aussi) se livrent à une joute verbale haute en couleur, leurs propos niant (presque) toujours leurs pensées : « ma bonne tante », mon beau neveu »…

Et d’une manière générale, c’est la rouerie qui est magnifiée dans cette œuvre. Certes, Maurice Druon avait magnifiquement décrit tout cela dans sa série romanesque, mais la gageure n’en était que plus haute et plus belle. Barma réussit ce pari parce qu’il s’est entouré de ce qui se faisait de mieux sur la scène nationale à l’époque. Avec une mention spéciale pour celui qui,  mon avis, est le plus roué de tous, Spinelli Tolomei (Louis Seigner) qui, de par sa situation – il est un banquier (1) lombard – est le point convergent de tous ces gens qui intriguent : c’est lui qui a l’argent, le nerf de la guerre. C’est d’ailleurs lui qui s’en sortira le mieux…

Une série indispensable et qui, semble-t-il, relègue loin derrière la seconde adaptation de 2005. (2)

 

  1. Ceci explique-t-il cela ?
  2. Je ne l’ai pas vue en entier, je me suis arrêté après 5 minutes. Il faudra que je réessaie… Ou pas.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Justice, #Histoire, #Roman Polanski
J'accuse (Roman Polanski, 2019)

Tout commence à l’école militaire de Paris. Nous sommes le 5 janvier 1895, soit deux semaines après le verdict du Conseil de Guerre de Paris (1) : le capitaine Alfred Dreyfus (Louis Garrel) a été reconnu coupable de haute trahison et est dégradé devant les troupes. Il est ensuite envoyé à l’Ile du Diable, au large de Cayenne, dans ce qui est considéré comme la pire partie du bagne français.

Pendant ce temps, à Paris, le lieutenant colonel Picquart (Jean Dujardin), nullement fâché des déboires de ce petit capitaine « juif » prend ses fonctions comme chef du renseignement. C’est en feuilletant la correspondance d’un certain Esterhazy (Laurent Natrella) qu’il se dit que ce « petit capitaine » n’était peut-être pas si coupable que ça…

 

Un faux coupable (2), des vieilles ganaches, une injustice inique (pléonasme) et l’article de L’Aurore : tous les éléments sont là pour faire un grand film. Et c’est le cas. N’en déplaise aux détracteurs du réalisateur, nous avons ici affaire à un grand film qui retransmet avec beaucoup de justesse l’atmosphère qui enveloppa la célèbre « Affaire Dreyfus » et qui fit couler beaucoup d’encre, ainsi que du sang.

Certes, on peut reprocher quelques inexactitudes historiques, mais ce n’est pas une leçon d’histoire qui nous est proposée ici, juste une (très bonne) adaptation d’un événement qui fit beaucoup de bruit et qui continue d’alimenter la chronique, de nouveaux éléments apparaissant régulièrement qui apportent (ou non) des précisions.

.

A nouveau, Polanski nous montre un homme seul. Ou plutôt deux : Dreyfus, loin sur son île, en proie aux éléments pas toujours cléments ; et Picquart qui va se retrouver de plus en plus seul alors que sa quête de la vérité va éclairer les dessous sordides de cette affaire.

Et la grande réussite c’est le camp adverse constitué pour abattre Picquart, composé de militaire de la pire espèce : menteurs, suborneurs, faussaires,  imbéciles et dangereux (3).

C’est une véritable collection de badernes pas toujours vieilles mais qui s’enferment dans leur « vérité », et ce malgré les preuves accablantes de l’innocence de Dreyfus ainsi que celles de leurs mensonges. On retrouve dans ces messieurs la même obstination que celle du général Mireau (George Macready) dans Les Sentiers de la Gloire, la dimension meurtrière en moins.

 

On se souvient (4), lors du centenaire de l’Affaire, du très beau téléfilm d’Yves Boisset qui relatait (en partie) les mêmes événements. Ici, Polanski change le point de vue et s’intéresse à celui qui amena la réhabilitation de Dreyfus, Picquart. Dreyfus devient alors un élément du décor, rappelé de temps en temps comme une pause dans la narration du film. Jusqu’à son retour pour le deuxième procès, tout aussi inique que le premier d’ailleurs, avec en prime l’avocat Labori (Melvil Poupaud) qui se fait tirer dessus (il n’en mourra pas).

Ce deuxième procès est l’occasion aussi de se faire une idée des dispositions de l’opinion publique lors de l’arrivée de deux personnalités : Picquart qui essuie l’opprobre virulent de la foule et le général en chef Le Mouton de Boisdeffre (Didier Sandre), acclamé en héros.

 

Mais ce film est aussi une occasion de se rendre compte de l’antisémitisme de la fin du XIXème siècle : Picquart ne cache pas son aversion pour les Juifs dès le début du film et seule sa conception de la Justice le fait agir en faveur de Dreyfus. On assiste aussi à un autodafé de livres de Zola comme on pouvait – malheureusement – en voir régulièrement en Europe à la même époque, avec peinture sur les vitrines des commerçants juifs avant qu’elles soient brisées.

On retrouvera ces mêmes images en Allemagne quelques décennies plus tard, et elles auront la même cible : les Juifs.

Alors on peut dire ce qu’on veut sur le citoyen Roman Polanski, mais à nouveau il met en évidence l’antisémitisme dans un de ses films (17 ans après Le Pianiste, autre chef-d’œuvre du réalisateur) et cette fois sans la « raison » nazie : nous sommes en période de paix en France et malgré cela, on en veut toujours aux Juifs. Mais surtout, cet antisémitisme mis en évidence était on ne peut plus normal. On était antisémite comme on aimait le fromage, jusqu’au plus haut niveau de l’Etat. Les publications anti-juives étaient tolérées et il apparaît alors normal que Dreyfus ait été condamné : plus qu’un traître militaire, il est un traître juif, ce qui explique le peu d’enthousiasme de l’armée pour aller chercher le vrai coupable de cette affaire. Ce vrai coupable qui ne sera d’ailleurs jamais inquiété : pire, il fut innocenté par les mêmes qui avaient condamné Dreyfus. (5).

Mais qu’on ne se leurre pas, cet antisémitisme assumé de la fin du XIXème siècle n’est pas mort, il a seulement changé de visage et de pratiques au cours des décennies qui ont suivi.

Et il est malheureusement toujours là, comme l’actualité nous la rappelle régulièrement.

 

Je terminerai en disant que la distribution, en plus d’être prestigieuse nous offre quelques personnages qui ne sont pas sans rappeler leurs modèles historiques, tel Louis Garrel en Dreyfus ou encore Gérard Chaillou interprétant Clémenceau.

C’est une interprétation toujours juste où la conviction efface les imprécisions dont j’ai parlé dans le second paragraphe.

Un grand film, et puis c’est tout.

 

  1. Le 22 décembre 1894.
  2. « Un vrai innocent » serait plus juste, mais ici, on aime beaucoup Hitchcock.
  3. Ces deux derniers qualificatifs sont malheureusement intrinsèques à l’espèce.
  4. Moi, déjà.
  5. C’est ce simulacre de procès qui déclencha l’article de Zola (André Marcon)

Voir les commentaires

1 2 3 > >>

Articles récents

Hébergé par Overblog