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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Erich von Stroheim, #James Cruze, #Cinéma, #Drame

Avant-dernier film réalisé par Stroheim, c'est surtout grâce à James Cruze qu'il doit de tourner.

Depuis Queen Kelly, Stroheim est persona non grata à Hollywood. D'ailleurs, son dernier film, Hello Sister!, sera, lui aussi, mutilé et en partie tourné sans le maître.

Malgré tout, Gabbo est un personnage de Stroheim. Il a l'apparence prussienne, à l'instar de von Steuben dans Maris aveugles, ou encore Karamzin dans Folies de Femmes. Il a même la cicatrice au front de ce dernier, ce qui lui donne un air encore plus martial et sévère. Et en plus, il possède toute une rangées de décorations !

Mais Gabbo est ventriloque (d'où le titre français). Très doué - surtout au cinéma - mais tyrannique : pour avoir fait tomber un plateau pendant son numéro, il renvoie sa partenaire, la belle Marie (Betty Compson).

Deux ans plus tard, il la retrouve alors qu'il est devenu Le grand Gabbo dans le même théâtre où elle évolue avec Frank (Donald Douglas), son mari.

Gabbo pense remettre le couvert. Mais nous savons tous que les films de Stroheim se terminent mal pour son personnage...

La volonté des studios était d'avoir un film musical. C'est pourquoi nous avons une succession de numéros chantés mettant en vedette Marie et Frank, ainsi que Babe (Marjorie Kane), sans grand rapport avec l'intrigue. Et quand on revoit Chantons sous la Pluie, on retrouve cette ambiance musicale ainsi que les costumes des danseurs. On se dit alors que Donen et Kelly ont bien recréé cette période.

Mais celui qui nous intéresse, c'est Gabbo. Enfin, on entend « celui que vous aimerez haïr ». Il est accompagné de sa marionnette, Otto. Si Gabbo parle allemand avec l'accent américain (comme dans La grande illusion), il n'en va pas de même pour Otto qui parle avec un véritable accent prussien.

L'histoire de Gabbo, c'est celle d'un homme seul, et qui pour vaincre sa solitude, s'adresse à sa marionnette comme si c'était un véritable être vivant. Nous touchons à la schizophrénie avec un côté sublime. Gabbo a beau être Otto (c'est lui qui l'anime et le fait parler), on en vient à se demander si cette marionnette n'est pas autonome. Et quand Marie lui parle, lui ouvre la bouche et qu'elle parle, tout comme Marie, on est suffoqué ! On y croit, elle vit... Mais ce n'était encore que Gabbo qui venait d'arriver.

L'utilisation du parlant est véritablement pertinente. Le ventriloque prend toute sa dimension dans un environnement sonore*.

C'est l'apanage des grands metteurs en scène d'avoir utilisé le son à bon escient, tel Fritz Lang avec M le Maudit.

Quel dommage que Stroheim ait arrêté si tôt de tourner !

* Tod Browning l'a bien compris quand il a retourné Le Club des Trois en version sonore.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Clarence Brown, #Maurice Tourneur, #Muet, #Western

Maurice Tourneur et Clarence Brown.

Quelle belle affiche !

Enfin, c'est surtout parce que Tourneur est tombé malade et que Brown - qui n'était que directeur de la deuxième équipe - a terminé le travail.

Il s'agit ici d'une adaptation somme toute assez fidèle du roman de Fenimore Cooper, un peu simplifiée pour les besoins du film et surtout son format (73 minutes).

Mais tous les personnages importants sont là : la belle brune Cora (Barbara Bedford), l'Indien Uncas (Alan Roscoe) dernier de la lignée des Mohicans, et le fourbe et méchant Magua (Wallace Beery). Sans oublier Œil-de-Lynx (Harry Lorraine), Munro (James Gordon), etc...

Nous sommes en 1757, en Amérique, où les Anglais et les Français se livrent à un énième conflit (Guerre de Sept ans). Le colonel Munro a deux filles, Cora et Alice (Lillian Hall), qui sont loin de lui. Il est cerné par les Français et attend du secours, qui doit arriver, emmenant ses filles. Mais elles sont déroutées par Magua, un méchant Huron, puis heureusement sauvées par Uncas et son père, accompagnés de Œil-de-Lynx, un trappeur. Mais Magua est sur leurs traces et veut Cora pour femme, alors qu'elle est éprise de Uncas.

S'ensuivent des épisodes trépidants, mêlant l'Histoire et la fiction jusqu'au dénouement fatidique.

Deux éléments marquants dans ce film :

- L'utilisation de filtres pour caractériser les lieux et temps de l'histoire : on a de magnifiques flamboiements quand on est en intérieur, soutenus par les effets de flammes d'une virtuelle cheminée ; l'incontournable bleu des nuits, très souvent utilisé dans les films ; et aussi la flamboyance du vert pour le soleil de plomb.

La teinte utilisée donnerait presque à penser que ce film est en couleur.

- La violence de l'assaut mené par les Hurons, chauffés à blanc par l'infâme Magua. Les Indiens, déjà considérés comme des sauvages dans la vraie vie, se déchaînent contre les Anglais. L'effet est effroyable. C'est aussi dû à l'utilisation de gros plans sur des visages déformés par la fureur. Que la guerre est belle !

Petit bémol toutefois : les Indiens ne sont pas plus indiens que vous ou moi, et il suffit, pour s'en convaincre, de savoir que Magua est interprété par Wallace Berry. Pas vraiment un gabarit d'Amérindien...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Chester M. Franklin, #Anna May Wong, #Muet, #Drame

C'est toujours un plaisir de retrouver Anna May Wong. Et en plus, cette fois, c'est elle qui tient le premier rôle. Et c'est en couleur ! C'est même en couleurS !

Nous sommes en Chine, sur la côte. Une jeune femme - Fleur-de-Lotus (Anna May Wong) - recueille Allen Carver (Kenneth Harlan), un homme échoué sur les rochers.

Une fois rétabli, il s'éprend de la jeune femme et ensemble, ils filent le parfait amour. Hélas, il doit retourner dans son pays. Il part, l'abandonnant alors qu'elle attend un enfant.

L'histoire s'inspire de l'opéra de Puccini Mme Butterfly. Ce n'est ni le Japon, ni un soldat, mais le résultat est le même : la femme, après des promesses chaleureuses est abandonnée, et qui plus est enceinte.

Ce n'est pas le premier film sur les femmes abandonnées, mais l'intérêt de celui-ci est la présence de la magnifique Anna May Wong. Rarement, elle eut le premier rôle, étant souvent cantonnée aux rôles d'intrigante orientale (fourbe, cela va de soi !), sinon de danseuse...

Alors la voir dans un grand rôle est un plaisir rare. Et en outre, étant d'origine chinoise, elle avait peu de chance de se retrouver au premier plan, les actrices blanches étant toujours préférées (Mary Pickford était la Japonaise Mme Butterfly en 1915 !).

Mais dès le début, nous sommes prévenus : l'océan amène l'amour et la joie, mais en contrepartie (the toll du titre original), il apporte aussi la déception et la solitude.

Carver, au début, est un homme amoureux, mais ses amis le dissuadent d'emmener sa jeune femme. Elle est trop différente. En clair, elle n'est pas blanche et ne correspond pas à leurs standards WASP. Alors cet homme amoureux cède. La séparation des amants le montre dans toute sa lâcheté, incapable de regarder celle qu'il aime dans les yeux.

Quand il revient quelques années plus tard, nous assistons au sacrifice de la mère de l'enfant pour cet homme qu'elle a aimé et qui l'avait oublié.

Un grand moment d'émotion, tout comme ceux qui sont échangés entre Fleur-de-Lotus et son fils.

Et puis il y a le Technicolor. Alors ce film prend une autre dimension. Anna May Wong est encore plus belle, dans des habits de lumière. Et même s'il manque une petite minute, on se régale de cette féérie colorée. Même moi qui suis daltonien !

Et comme me dit ma fille : « c'est étonnant un film qui ne parle pas en couleurs ! »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Buster Keaton, #Muet, #Comédie

Un jeune projectionniste (Buster Keaton) rêve d'être détective. En attendant, il balaie la salle...

Il a une jolie fiancée (Kathryn McGuire). Mais il y a un deuxième soupirant (Ward Crane), qui, lui, n'est pas du même style. Désargenté lui aussi, il n'hésite pas une seule seconde à dérober la montre de son possible beau-père (Joe Keaton, le père de...) pour la mettre au clou.

Mais le beau-père s'aperçoit du vol. Notre détective en herbe sauter sur l'occasion de résoudre un mystère. S'il ne retrouve pas la montre, on retrouve tout de même le ticket de vente... Dans sa poche !

Le voilà mis au ban et sa fiancée se détourne de lui.

Alors il retourne à son premier métier.

Pendant la projection du film Hearts & Pearls*, il s'endort...

En près de trois quarts d'heure, Buster Keaton montre toute l'étendue de son talent. De son immense talent.

Nous assistons à l'une des plus magnifiques mise en abîme du cinéma. Car le projectionniste s'endort, et s'en va dans le film. Les personnages ne sont plus des acteurs, mais les protagonistes de sa propre histoire. Et comme si cette situation n'était pas suffisante, la caméra s'approcher de plus en plus, jusqu'à ce que l'écran dans l'histoire devienne l'écran de notre film. Une fois ce procédé accompli, pas étonnant que le projectionniste devienne le personnage principal du film : il est Sherlock Junior, le plus grand détective, celui au regard qui lit à travers vous !

Sherlock Junior est le plus fort : sa porte d'entrée ne s'ouvre qu'avec une combinaison, il est habile de ses doigts et agile de son corps. Il utilise des déguisements aidé de son assistant Gillette, autre spécialiste du costume. Les méchants n'ont qu'à bien se tenir : quoi qu'ils puissent entreprendre, Sherlock Junior est le plus fort.

Alors Keaton déroule : les gags s'enchaînent aux cascades (le train, la barrière) et aux poursuites folles.

Sans compter un montage extrêmement précis qui permet d'enchaîner des lieux très différents avec, par exemple, un Keaton qui doit composer dans un décor qui passe d'un rocher fouetté par les vagues à un paysage sous la neige... Du grand art !

Résultat : trois quarts d'heure de bonheur, avec, bien entendu une fin heureuse (normal, nous ne sommes pas chez Chaplin), dernier avatar de cette mise en abîme.

* produit par la Veronal Film Co, ce qui peut donner une idée de ce que Keaton pensait de ce genre de films...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #James Cruze, #Muet, #Western

Avant La Piste des Géants, l'incontournable western de Raoul Walsh, il y a eu La Caravane vers l'Ouest.

Le titre français, s'il indique la grande tendance du scénario, est un tantinet réducteur, puisqu'il s'agit ici de deux caravanes, qui deviendront même trois...

Bref. Là encore, je préfère le titre original - the covered Wagon - qui ne fait que citer le mode de transports des pionniers américains du dix-neuvième siècle : le chariot recouvert d'une toile blanche, immortalisé - entre autres - par Morris et Goscinny.

Parce que ce film à l'instar de nombreux western est un pur produit américain. Il ne manque que Thanksgiving et la fête nationale.

Mais il s'agit aussi de poser les bases de ce que seront les westerns dans les années qui suivront : un genre à part entière, avec ses codes et ses lettres de noblesse.

Et James Cruze les pose, ces bases. On trouve :

  • Un héros au cœur noble ;
  • Une jeune fille pure (que le héros doit épouser à la fin) ;
  • Un vieux ronchon (au grand cœur lui aussi) pour épauler le héros ;
  • Des obstacles naturels (l'incontournable fleuve périlleux) ;
  • Une attaque d'Indiens ;
  • Et bien entendu, un méchant, fourbe à souhait.

Mais ce qui prévaut avant tout, c'est la recherche de réalisme. Chaque situation est vraisemblable et arriva à un moment où à un autre de chaque convoi. Chaque plan fut réellement tourné en extérieur (au Nevada), avec des figurants du crû, et quand la caravane se déplace, ce qui nous frappe, c'est la poussière qu'elle soulève.

Dans les films qui suivront, jamais il n'y aura autant de poussière ni de fumée. En effet, même quand les pionniers s'arrêtent bivouaquer, leur feu produit une fumée incroyable et peu habituelle pour les spectateurs de westerns que nous sommes. Ce n'est pas encore la vision romantique - et un peu édulcorée - des westerns de Ford, Hawks ou Walsh (etc.). Cruze reste très terre à terre dans son propos. Les pionniers n'arriveront pas tous à destination. Dès le début, nous le savons : on enterre quelqu'un, d'autres retournent « chez eux ».

Jesse Wingate (Charles Ogle) dirige une caravane qui se rend Oregon, secondé par Sam Woodhull (Alan Hale), à qui est promise Molly (Lois Wilson), la fille de Wingate.

Mais ça, c'était avant. Avant la jonction d'avec le « train de la liberté »qui arrive du Missouri, dirigé par le beau et noble Will Banion (J. Warren Kerrigan), épaulé par le bougon Bill Jackson (Ernest Torrence). Et comme Will est jeune et beau, que Woodhull l'est un peu moins, évidemment, ça va être la guerre entre ces deux-là.

Mais la caravane poursuit sa route. Nous sommes en 1848. Rapidement, un événement va transformer ce voyage : on a découvert de l'or en Californie. Alors un choix devra se faire : bâtir un état ou essayer de faire fortune.

Au-delà de l'intrigue, James Cruze tente de retracer un pan d'histoire de son pays. La Frontière, chère aux Américains à sans cesse été repoussée toujours vers l'Ouest, et nous assistons au convoi qui emmènera une partie des colons vers la limite la plus occidentale : le Pacifique (la Californie deviendra un état en 1850). Et ce qui aidera grandement cette expansion, c'est bien sûr la ruée vers l'or de 1849, qui est ici plus suggérée que montrée.

Autre référence historique : le passage de Brigham Young, en route vers Salt Lake City, empruntant le même chemin. Dernière référence : on mentionne un avocat du nom d'Abe Lincoln(!). Bref, non seulement James Cruze recherche une forme de réalisme, mais il place son film dans un contexte historique .

Pour le reste, nous assistons à une épopée grandiose. Le passage de la rivière Platte est un grand moment qui sera souvent repris dans d'autres réalisations. Et puis les personnages, s'ils ne sont pas encore mythiques, sont tout de même attachants voire pittoresques. Avec, en tête de liste Bill Jackson et son compère trappeur Jim Bridger (Tully Marshall). Ce sont des personnages qui en inspireront d'autres : Zeke dans The big Trail, tout d'abord, plus tard Stumpy dans Rio Bravo ou encore Nadine Groot dans Red River entre autres...

Pour plus de détails, je vous renvoie à Hollywood, les Pionniers de Kevin Brownlow, épisode 9.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Julien Duvivier, #Drame

Bienvenue à l'Abbaye de Saint Jean la Rivière : son soleil, sa rivière, et bien entendu, sa maison de retraite pour comédiens.

Dans cet hospice particulier, les vieilles gloires rêvent de leur succès en s'endormant, et attendent la mort en ressassant mutuellement leurs triomphes.

Sauf Cabrissade (Michel Simon). Parce que Cabrissade ne veut pas vieillir. Alors il se comporte comme un galopin. Il taquine les autres pensionnaires et leur homme à tout faire, mais reste malgré tout bon enfant.

Bref, tout se passe bien, jusqu'au jour où...

Jusqu'au jour arrive Raphaël Saint-Clair (Louis Jouvet), vieille gloire du théâtre de boulevard, séducteur patenté et irrésistible.

Les vieilles comédiennes se trémoussent, arrangent sa chambre avant qu'il arrive... C'est une bouffée de leur jeunesse qui arrive !

Du côté des hommes, peu de réaction, hormis Cabrissade, bien sûr, ainsi que la froideur de Marny (Victor Francen). Il faut dire que la femme de Marny s'est sauvée avec le Dom Juan, alors ça laisse des traces.

Et il est toujours irrésistible : il reçoit tous les jours des lettres parfumées d'admiratrices, et Jeannette (Madeleine Ozeray) la jeune serveuse du café tombe sous son charme. Comme disait Antoine Delafoy : il ne séduit pas, il envoute !

Mais la maison de retraite est menacée de fermeture...

Julien Duvivier signe ici un très beau film sur la vieillesse. En 1938 (date de référence du film maintes fois énoncée), ce n'était pas un sujet très habituel pour le cinéma. Certes, il y a des jeunes gens, mais ils sont peu nombreux et très secondaires.

Alors nous suivons ces vieux comédiens qui attendent plus ou moins patiemment la mort dans une retraite dorée.

C'est bien sûr Michel Simon qui éclate, dans ce film. Cabrissade, doublure des plus grands (qui n'étaient jamais malades !), raconte ses succès qu'il n'a jamais vécus, sur des scènes qu'il n'a jamais fréquentés. Un acteur raté en quelque sorte. Michel Simon (43 ans à l'époque du tournage) est un vieux cabot formidable.

Bien entendu, Victor Francen est comme son personnage : froid, emprunté. Mais comment faire autrement face à un tel monstre ! Le seul qui lui tient la dragée haute, c'est Jouvet. Eternel casanova, il a tellement connu de femmes qu'il ne sait plus était qui, et finalement vit dans ses souvenirs, même quand il séduit Jeannette.

Mais que de mélancolie dans ce film, et que d'émotion. Toutes ces vieilles personnes savent que c'est leur dernière demeure avant la tombe, mais malgré tout, la vie se prolonge. Duvivier brosse un tableau de maison de retraite sans tomber dans la description de la décrépitude, mais avec toutefois quelques touches tragiques de cet état dégénérescent. La première soirée de Saint-Clair à l'hospice, quand une vieille chante le Temps des cerises est un moment fort de cette chronique crépusculaire.

Et puis Cabrissade a enfin la chance de sa vie : il remplace Marny dans l'Aiglon...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Mel Brooks, #Science-Fiction, #Fantastique, #Comédie

Formidable !

Plus de quarante ans après, tout est là :

le docteur Frankenstein (Gene Wilder), la Créature (Peter Boyle), Elizabeth (Madeline Kahn), Igor (prononcer « aï-gor ») le serviteur handicapé (Marty Feldman) et... Frau Blücher (Cloris Leachman + hennissements). Il y a même l'aveugle à la recherche de compagnie (Gene Hackman).

Et puis aussi l'ambiance : le château en haut de la colline, les passages secrets, le laboratoire poussiéreux, et la musique envoutante.

Mais...

 

Mais c'est Mel Brooks, et nous atteignons un nouveau sommet... De la parodie !

L'intérêt d'une parodie - je l'ai déjà écrit - réside dans le formidable. Il ne faut jamais lésiner sur les moyens. Là encore, c'est réussi.

En un seul film, Mel Brooks reprend Frankenstein et La Fiancée de Frankenstein pour en faire un magnifique feu d'artifice d'humour.

Et il a de l'aide : Gene Wilder (qui a aussi écrit l'histoire), Marty Feldman et ses yeux globuleux, Terri Garr et bien entendu la créature, Peter Boyle.

Et Mel Brooks déroule.

 

Frederic Frankenstein (prononcer « fronkenstine ») est un descendant du professeur célèbre, surtout pour son expérience prométhéenne. C'est un rationnel qui refuse cette ascendance.

Mais pris par l'ambiance et après avoir lu les notes de son ancêtre, il se prête au jeu et se lance dans la même aventure. Bien entendu, le résultat est le même : il ne fallait pas !

Mais pour notre plaisir, oh que si, il fallait !

 

Brooks et Wilder ont réussi à garder la trame de base et à l'assaisonner à leur sauce. Les moments forts sont repris : la profanation de sépulture ; le laboratoire où doit apparaître la vie ; la petite fille et les marguerites ; et l'incontournable expédition punitive des villageois en colère.

Mais, bien entendu, rien n'est sérieux. Et c'est tant mieux. On s'amuse de cette parodie tout en appréciant les différentes références cinématographiques : King Kong, Nosferatu, et même Citizen Kane, pour ne citer que ces films...

 

Tout le monde s'amuse dans ce film, il suffit de voir les chutes pour s'en convaincre. Et le spectateur aussi.

1974 fut année faste pour Brooks qui sortit en outre Le Shérif est en prison, avec le même Gene Wilder.

Alors, ne boudons pas notre plaisir !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #James Whale, #Boris Karloff, #Horreur, #Fantastique, #Science-Fiction

Quatre ans après Frankenstein, James Whale reprend ses personnages (presque) là où ils étaient et imagine une suite. C'est la première, et - malheureusement - pas la dernière.

Et pour ce faire, il retourne à la source : Mary Woolstonecraft Shelley, l'auteure originale.

Mary Shelley (Elsa Lanchester) raconte à son mari et leur ami Lord Byron la suite des aventures du célèbres docteur et de sa créature.

Nous les retrouvons au moment où le moulin a brûlé et Frankenstein est ramené chez lui, inconscient. Et le monstre ? La dernière fois, il était écrasé par une poutre enflammée... Mais il en a réchappé : le plancher s'est effondré et en dessous, de l'eau a préservé la créature...

Ouf. On peut commencer une nouvelle histoire !

Pas si nouvelle que ça, car finalement, il est toujours question de créer la vie.

Cette fois-ci, c'est le docteur Pretorius (Ernest Thesiger), un ex-professeur de philosophie qui a enseigné Henry, qui vient relancer notre savant préféré. Ce professeur peu recommandable a poussé ses expériences jusqu'à créer des personnages hauts de trente centimètres, qui pourraient annoncer Les Poupées du diable de Tod Browning, l'année suivante...

Mais Frankenstein n'est pas d'accord, alors ce mauvais professeur va le menacer pour arriver à ses fins, s'en prenant à celle qui fut sa première fiancée : Mme Elizabeth Frankenstein (Valerie Hobson).

Et le monstre (Boris Karloff), dans tout ça ?

Le monstre vit sa vie, fuyant les humains.

Scène charnière : il entend un ermite aveugle jouer du violon et s'approche, charmé par la musique. Le vieil homme l'accueille et le traite en ami, lui apprenant le langage et les manières. Mais bien entendu, ce répit est de courte durée, deux villageois perdus interviennent, et débusquent le monstre qui s'enfuit.

[Notons au passage que l'un des villageois n'est autre que John Carradine. Il faut dire que ce film regorge de second rôles plus ou moins célèbres. En plus de John Carradine, on peut reconnaître - entre autres - Walter Brennan et aussi (pour les initiés) John George qui fut le partenaire de Lon Chaney dans L'Inconnu.]

Donc le monstre est maintenant doué de parole, voire d'esprit. La fréquentation de l'aveugle l'humanise : deux fois, on le verra pleurer.

Et cette humanisation est pertinente. Elle explique la fin. Celle qui est devenue heureuse...

 

Reste la fiancée. A moins que ce soient LES fiancées, puisque Frankenstein est fiancé à Elizabeth.

Mais non. La fiancée, c'est celle qu'on voit sur l'affiche, celle qui sera créée - sous la contrainte - par Henry et qui n'aura d'yeux que pour lui.

Et quelle fiancée ! Elle non plus n'a pas de nom au générique (comme Boris Karloff dans le premier opus). Mais il ne faut pas être très physionomiste pour la reconnaître (je vous laisse trouver).

Comme le monstre, elle est couturée. Comme lui, elle est hagarde et peu assurée dans ses déplacements. Et comme lui, elle ne fait que geindre pour s'exprimer. Elle fut créée pour tenir compagnie au monstre. Mais le résultat de la confrontation est prévisible, et bien entendu, inévitable... Là encore, je vous laisse (re)découvrir.

Et pourtant, ils étaient faits l'un pour l'autre !

Malgré tout, cette nouvelle créature est fascinante. Est-ce son aspect ? Sa coiffure ? Un peu des deux ? Là encore, il s'agit d'un personnage inoubliable, qui n'apparaît que dans les cinq dernières minutes !

 

N'oublions pas enfin Minnie (Una O'Connor), servante d'Elizabeth, qui a un rôle plutôt comique dans un film qui ne l'est pas beaucoup. Elle a le verbe facile et s'excite d'un rien. Elle sera la dame de compagnie de Lady Marianne dans le Robin des Bois de Curtiz, et surtout, servira de modèle à Frau Blücher (hennissements) dans le Frankenstein Junior de Mel Brooks.

 

Mais là aussi, c'est une autre histoire.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #James Whale, #Boris Karloff, #Fantastique, #Science-Fiction, #Horreur

Mary Shelley est une auteure très célèbre, mais pour une seule œuvre : Frankenstein. C'est Percy, son mari, qui a eu droit à tous les honneurs.

Et pourtant... Si on demande à n'importe quelle personne de citer un titre de Shelley, c'est neuf fois sur dix Frankenstein qui sera nommé. Cette notoriété posthume est très certainement due au film admirable de James Whale.

Comme le rappelle mon cher ami le professeur Allen John, Frankenstein (Colin Clive) est un scientifique, spécialisé dans l'anatomie.

Le sous-titre du roman de Mary Shelley est le Prométhée moderne. En effet, le professeur n'a qu'une seule idée en tête : créer la vie !

N'oublions pas que Prométhée, dans la mythologie grecque, est le titan qui crée l'homme et leur apporte ensuite le feu, les deux éléments significatifs du film : la vie créée par Henry Frankenstein, puis le feu qui détruit son œuvre.

Mais Frankenstein, c'est avant tout la créature. C'est elle qu'on attend, c'est elle qu'on veut voir. Et il faut attendre la toute fin de la première demi-heure pour être satisfait.

Et l'attente est payante. Boris Karloff est époustouflant. Sa stature, le maquillage et sa démarche en font un monstre extraordinaire. On est subjugué et fasciné par une telle apparition.

C'est une créature maléfique, dès le début, nous le savons : Fritz (Dwight Frye) a volé un cerveau dégénéré. Et pourtant...

Si la créature devient monstrueuse, ce n'est pas vraiment de sa faute. Comme on dit, elle le produit de son éducation. Et cette éducation, c'est ce même Fritz qui la fournit : tourmentant sans cesse le monstre, le fouettant ou l'effrayant avec sa torche allumée. Il y a chez Fritz une dose de sadisme assez forte, qui se retournera contre lui. Pas étonnant après, que la créature tourne mal. Exit Fritz.

Il y aura trois victimes. C'est la troisième qui déclenche tout : Maria (Marilyn Harris).

Maria est une petite fille que son papa laisse dans le jardin pour aller travailler. C'est - bien entendu - le moment que choisit le monstre pour arriver. Malgré le destin funeste de cette scène, c'est avant tout celle qui nous montre bien qui est le monstre : la créature n'est rien d'autre qu'un esprit simple dans un corps de colosse. Il n'y a pas de malice naturelle. S'il tue (Fritz ou Waldmann), c'est parce que les contingences l'obligent. Alors Maria n'a pas peur de lui. Au contraire, elle l'invite à jouer avec elle. Lui est heureux. ils lancent des marguerites dans l'eau et les regardent flotter avec ravissement.

Par analogie, le monstre essaie la même chose avec Maria. Mais elle ne flotte pas et se noie. Ce n'est qu'un accident, finalement.

De plus, cette scène terrible (la mort d'un enfant) se déroule alors que dans le même temps le village s'apprête à célébrer le mariage de Henry et sa fiancée (Mae Clarke). L'effervescence et la joie de la célébration à venir laissent progressivement place au silence des grandes tragédies alors que le père de Maria avance dans le village et que les convives découvrent l'horreur...

Après cela, rien d'étonnant que les villageois se mettent en quête de (leur) justice, bien entendu expéditive...

Il y a dans ce film de Whale des réminiscences du Metropolis de Fritz Lang.

Oui, le laboratoire fut très inspiré par celui de Rotwang. Là encore, on crée la vie. Mais c'est dans le générique qu'il faut trouver la première référence : on voit des yeux peints qui tournent en surimpression sur un visage hideux, tels ceux qui observent, subjugués la fausse Maria qui danse. L'autre référence arrive à la fin, quand les villageois, autre foule en furie, ont cerné le monstre : ils lui font subir le même sort qu'à Maria.

Mais je rejoins encore une fois le professeur Allen John en déclarant que la fin du monstre est triste et cruelle : le monstre est éliminé pour le seul crime qui n'en est pas un.

Mais heureusement, Whale et son équipe vont s'en tirer par une pirouette, et finalement, quatre ans plus tard le monstre reviendra !

Mais ça c'est une autre histoire.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Merian C. Cooper, #Ernest B. Schoedsack, #Fay Wray, #Fantastique, #Aventures

Carl Denham (Robert Armstrong) est un omnicinéaste. Il inonde le marché de ses films documentaires. Mais ce n'est pas pour autant Robert Flaherty. Pour Denham, il faut faire du documentaire vivant, il faut de l'action. C'est pourquoi, pour sa dernière production qu'il va tourner à l'autre bout du monde, il a besoin d'une jeune femme. Sauf que.

Sauf qu'il est connu comme le loup blanc et que ces demoiselles ont pris l'habitude de se méfier des tournages estampillés Denham. Le voilà donc à quelques heures du grand départ sans premier rôle féminin. Qu'importe. La rue est pleine de jeunes femmes - c'est New York ! - et puisque la crise est passée par là, il sera plus facile e trouver une jeune femme pas trop regardante... Parce que Denham est un pragmatique. Voire un cynique, mais ça, c'est moi qui le dis.

Et ça tombe bien : une jeune femme se fait prendre la main dans le sac au moment où Denham rencontre un ami primeur. Pour éviter la prison à cette jeune femme désespérée, il l'emmène se restaurer. Elle se nomme Ann Darrow, et elle ressemble tellement à Fay Wray que ce n'est pas possible de ne pas l'engager. La jeune femme est prête à tout pour s'échapper de son quotidien peu reluisant. Alors un tel engagement - en tout bien tout honneur, bien entendu - est véritablement l'occasion qu'elle n'osait espérer.

Denham a son actrice, le bateau peut partir... Pour six semaines de voyage !

Sa destination : l'île de Kong !

Kong, c'est une légende des mers du sud. Un dieu, un monstre ou un esprit, ou que sais-je encore. Un mystère que le grand Denham veut percer.

Non seulement il va le percer, mais en plus, il a l'intention de l'exploiter. C'est un pragmatique, vous disais-je.

 

Un an après Les Chasses du Comte Zaroff, Cooper et Schoedsack reviennent avec un nouveau film d'aventure exotique mâtiné de suspense. Mais cette fois, ils passent dans la catégorie supérieure. King Kong est à tout point de vue extraordinaire.

Les spectateurs qui ont eu le privilège de le voir à sa sortie (ils sont de moins en moins nombreux...) ont peut-être ressenti qu'il se passait quelque chose. Car pour la dernière fois, le cinéma a innové. La dernière fois, c'était quand la Warner Bros a montré qu'on pouvait faire des films parlant. C'était fin 1927. Depuis, la technique a évolué et de grands films sont sortis grâce à ce procédé. Mais jamais un film comme King Kong. Avec ce film, Cooper et Schoedsack ,donnent leur lettres de noblesse aux effets spéciaux.

Non, ils n'ont pas inventé les effets spéciaux. Méliès avait déjà bien débroussaillé le terrain. Mais avec King Kong, la surimpression devient un art.

Alors que Fritz Lang (et d'autres, bien entendu) l'utilisait beaucoup dans ses séquences de rêves ou de réflexion, ici, elle prend pied dans la réalité (du film). On passe avec beaucoup de brio et surtout grâce à un montage très précis d'une scène d'animation (Kong ne mesurait que 18 pouces, soit un tout petit peu plus que 45 centimètres !) où Ann Darrow se débat dans la patte du « géant », à Fay Wray, à l'endroit exact où Ann a été déposée, et qui continue de remuer.

 

King Kong, c'est aussi - comme Les Chasses du Comte Zaroff - un film d'atmosphère. Quand le bateau approche de l'île, bien entendu, le brouillard est tombé. Le brouillard réapparaît dans les marais. Ces mêmes marais qui avaient vu Bob Reinsford échapper à Zaroff dans le film précédent. Parce qu'en plus de sa parenté atmosphérique, les décors ont été recyclés. On reconnaît certains endroits (le tronc d'arbre géant qui enjambe le ravin, par exemple). Il existe aussi une parenté dans la tension. Plus que dans Les Chasses, le milieu naturel est inquiétant, voire hostile. On découvre plusieurs dinosaures échappés du Monde perdu de Hoyt (1925), mais avec un souci de réalisme impressionnant.

 

Et puis il y a Kong. D'où vient-il ? Comment est-il arrivé ? S'il vit dans un monde où il côtoie et domine les dinosaures, tout est possible. Quoi qu'il en soit, il y a une pointe d'humanité chez ce gorille terrifiant. Et, bien entendu, c'est la femme qui permet cette révélation. Kong est d'ailleurs cité au générique, comme n'importe quel autre acteur !

Kong avait l'habitude d'être « marié » à des indigènes brunes (une espèce de croisement des Polynésiens des Africains, on ne fait pas plus exotique !), lui proposer une jeune femme blonde (et en plus, c'est Fay Wray !) titille sa curiosité et développe sons sens esthétique.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, Kong tombe amoureux de la jeune femme. Oui, cet amour est impossible. Et alors ? On est au cinéma, alors on peut rêver.

Kong s'empare de la femme et l'emmène dans son repère - sa garçonnière ? - en terrassant un tyrannosaure au passage. Et que fait-il dans sa garçonnière ? Il déshabille Ann, reniflant au passage les lambeaux de ses vêtements (puisque je vous dis qu'il a un côté humain !). Heureusement - pour la morale - il est dérangé et on reste dans un registre correct. Pourtant, lors de la première scène tournée par Denham sur le bateau, on avait pu apprécier les formes de Fay Wray dans une robe peu épaisse, qui ne faisait pas que suggérer ses formes...

 

La dernière partie du film se situe à New York. et là, c'est le déchaînement.

Déchaînement d'effet pour Denham qui présente sa créature au public, déchaînement de la foule dans une scène de panique d'anthologie. Rien ne nous est épargné : la foule qui sort précipitamment du théâtre, Kong attrapant ses victimes et les portant à sa bouche, l'accident de métro avec ses passagers bousculés, entassés, voire tombant du véhicule.

Du grand spectacle !

Reste le final : quel coup de publicité pour ce nouveau gratte-ciel : l'Empire State Building !

Après ce film, tout le monde aura envie de grimper là-haut, pour voir où est mort Kong !

Mais ceci est une autre histoire.

 

Dernier élément, et non des moindres qui fait de ce film un chef-d'œuvre : la musique de Max Steiner.

Rarement (surtout en 1933), une musique aura été au service d'un film. a moins que ce soit le film au service de la musique. Steiner - en plus de souligner magnifiquement l'atmosphère du film, sa couleur et son rythme - a écrit selon l'action. Le déplacement du chef indigène vers les intrus est des plus significatifs. Mais surtout, quand Kong arrive tout en haut du building, que les avions entrent dans la danse (c'est un ballet aérien), la musique s'efface pour laisser la place aux moteurs, aux mitrailleuses, sans véritable rupture. Comme si cette absence de musique était aussi de Steiner !

 

Terminons avec Denham. Il y a chez lui une grande part d'hypocrisie. Sa dernière sortie « c'est la Belle qui a tué la Bête » lui évite d'assumer sa propre responsabilité. Car en fin de compte, c'est bel et bien Denham qui a tué le géant. C'est quand même lui qui l'a cherché et une fois trouvé, a voulu le ramener au pays, afin de s'enrichir. Non ?

 

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