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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

fritz lang

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Aventures, #Fritz Lang
Les Contrebandiers de Moonfleet (Moonfleet - Fritz Lang, 1955)

Moonflleet est un village sur la côte anglaise occidentale. Si on y trouve des contrebandiers comme le suggère le titre français, on y rencontre aussi Jeremy Fox (Stewart Granger), un jeune homme distingué et très charismatique.  C’est un homme entouré de femmes du fait de son charme naturel et peut-être aussi grâce à sa richesse fabuleuse.

Il faut dire que depuis son arrivée dans Mohune Manor, il dirige les contrebandiers déjà cités.

C’est lui que le très jeune John Mohune (Jon Whiteley) est venu voir suite à la mort de sa maman Olivia : elle fut un temps la maîtresse de Fox qui dut s’enfuir parce que ses beaux-parents en puissance ne voulaient pas de lui, n’ayant pas hésité à lâcher les chiens sur lui…

 

Certes le tournage fut terrible et Lang quitta la production dès le dernier tour de manivelle effectué. Il n’empêche qu’on a tout de même affaire à un film du maître, même si on peut le considérer comme mineur comparé à d’autres. On retrouve brièvement certains éléments qui ont fait son succès et sa réputation comme l’éclairage de la statue de l’ange ou encore la main qui surgit de nulle part.

Mais malgré cela, on reste dans un film d’aventures somme toute très traditionnel, un de ces films qui fleurirent pendant l’âge d’or d’Hollywood. Et à l’instar de L’Ile au Trésor, c’est avant tout du pont de vue de John Mohune que se situe la narration.

Et Jon Whiteley est un interprète formidable de ce jeune garçon (qui a 15 ans dans le roman, à peine dix ici), naïf mais très attachant.

 

L’autre personnage que nous avons plaisir à suivre est bien sûr Jeremy Fox. Stewart Granger est impeccable et ce malgré quelques tensions avec le réalisateur ! Certes il n’a pas l’épée aussi prompte que dans Scaramouche, mais il a encore de beaux restes comme le montre le duel qu’il fait avec un de ses associés armé d’une hallebarde ! (1)

Evidemment, Fox n’est pas un enfant de chœur, mais il ne faut pas sous-estimer la part rédemptrice du cinéma américain : Fox va se racheter auprès du jeune garçon, même si ce dernier ne se rend compte à aucun moment de la part maléfique de son « ami ». Et ce malgré un échantillon très caractéristique avec un autre de ses associés : alors que ce dernier a tenté de lui envoyer un poignard à travers le corps, Fox le tue froidement d’un coup de pistolet, montrant, s’il était besoin, qu’il est le vrai chef de cette bandes de brigands de la côte.

 

Aux côtés de Granger/Fox, on trouve un couple bien singulier, interprété par deux habitués prestigieux des seconds rôles : George Sanders et Joan Greenwood qui interprètent Lord et Lady Ashwood, d’autres associés de Fox. Entre le flegme de Sanders et la voix caractéristique de Miss Greenwood, nous avons un couple mal assorti à première vue mais qui fonctionne très bien dans leur branche.

N’oublions pas non plus les contrebandiers eux-mêmes aux têtes plus ou moins patibulaires parmi lesquels on reconnaîtra Melville Cooper (Ratsey) qui fut Shérif de Nottingham face à Errol Flynn, et Jack Elam (Damen) et son œil reconnaissable, souvenir d’une bagarre quand il était enfant.

 

Au final, si Lang n’a jamais voulu reconnaître ce film, on passe tout de même un bon moment avec ce gentleman-contrebandier, ni complètement bon ni complètement méchant, véritable idole du jeune Mohune qui ne cesse de l’admirer.

Et même si cette admiration occulte aux yeux de l’enfant les travers de Fox, quand le film se termine, et même si Fox est sauvé (voir plus haut), la morale reste sauve : il n’y a plus de contrebandiers.

 

PS : si Jon Whiteley nous a quittés en mai dernier, il reste encore Donna Corcoran en vie. Elle interprète ici Grace, la jeune fille qui emmène Jon chez Fox.

 

  1. Normal, c’est le nom du pub dans lequel cela se passe.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Fritz Lang
Casier judiciaire (You and me - Fritz Lang, 1938)

« The big shots aren't little crooks like you. They're politicians. » (1)

C’est ce que dit Helen (Sylvia Sidney) aux truands venus braquer le grand magasin qui les emploie une bonne partie d’entre eux, leur démontrant alors que le crime (traditionnel) ne paie pas.

 

Nous sommes dans la lignée du film précédent de Fritz Lang – You only live once (1937) – où nous retrouvons un criminel (et même plus) dans une démarche de réforme après un séjour derrière les barreaux.

A nouveau, les contraintes imposées par la liberté retrouvée sont (trop) fortes et ici, le criminel est enclin à reprendre ses mauvaises habitudes qui l’avaient conduit à l’ombre.

Mais cette fois-ci, c’est différent.

 

Joe Dennis (George Raft, toujours cantonné à des rôles de gangsters) travaille pour Jerome Morris (Harry Carey) dans le magasin de celui-ci, au rayon des articles de sport. Il est amoureux de la vendeuse Helen mais du fait des règles du magasin, ils gardent leur relation secrète.

La véritable raison de cet amour caché est ailleurs : ils sont tous les deux d’anciens repris de justice et le mariage leur est interdit tant qu’ils n’ont pas terminé leur période de probation.

Alors quand Helen apprend que Joe est à nouveau sur un coup malgré sa probation, elle avertit Morris.

 

Comme écrit plus haut, on retrouve une base similaire au film précédent de Lang dans celui-ci. Tout comme Eddie Taylor (Henry Fonda), Joe n’est pas libre. Il doit se présenter à son officier de probation et a certaines règles qu’il doit observer et respecter. L’une des plus importantes (marquée en gras et majuscules) lui interdit de se marier. Ce qu’il fait avec Helen.

Mais à la différence du film précédent, il fait de la compagne de Joe une ancienne criminelle elle aussi, avec les mêmes règles à suivre. Le mariage entre ces deux êtres devient alors un nouveau crime qui ne sera pas puni pour des raisons naturelles (2).

Mais on retrouve tout de même cette même limitation de la liberté, accentuée par la relance d’un gangster notoire et de plus grande envergure – Mickey Baine (Barton McLane) qui entraînera notre héros vers la pente fatale.

 

Malheureusement pour lui (Mickey), le patron du magasin est un personnage positif : Morris est un directeur de caractère qui a préféré collectionner les ex-truands aux timbres et ne tiendra pas compte de l’égarement de ses employés. On peut d’ailleurs se demander quelle est cette motivation qui l’incite à recruter de tels employés et pourquoi il ne les livre pas à la police alors qu’il sait pertinemment qu’ils sont venus le voler.

La raison n’est jamais évoquée mais on peut raisonnablement penser que le passé de Morris n’est pas aussi limpide que sa position ne le laisse croire. Quoi qu’il en soit, Harry Carey est un patron superbe, humain comme devrait l’être beaucoup de ses confrères. Un homme qui aurait compté dans la vie d’Eddie Taylor (voir plus haut).

 

Parce que Lang se tourne résolument vers la comédie, dans le sens premier du terme : tout est bien qui se termine bien. Ca en est d’ailleurs un tantinet exagéré puisqu’on a droit à une leçon de morale dispensée par Helen : elle montre à toute cette bande de petites frappes que le crime ne paie pas, sur un tableau noir en vente dans le magasin : on ne peut donc pas échapper à la leçon !

Mais il ne faut pas s’arrêter à cette poussée morale : on retrouve dans le film certains éléments qui ont fait le succès de cet immense cinéaste, et en plus, il est soutenu par la musique Kurt Weill : aucune raison de bouder son plaisir donc.

Ajoutez à cela quelques personnages un brin pittoresques (3) et vous avez un film intéressant qui s’appuie avant tout sur la parole donnée et le refus du mensonge, et qui aurait pu faire basculer l’intrigue dans le tragique.


Bref, un Lang moyen (surtout après ses deux films précédents) mais qui se laisse regarder avec un certain plaisir (4).

En plus, c’est l’occasion d’y retrouver une autre légende du cinéma, Harry Carey qui, tout comme Jack Pennick (5), s’est affranchi  momentanément de John Ford.

 

  1. « Les gros bonnets ne sont pas des petits truands comme vous autres : ils font de la politique. »
  2. Allez voir, je ne vous dirai rien.
  3. Le chauffeur de taxi est interprété par William « Big Boy » Guinn qui aura une confrontation intéressante avec Joe.
  4. Voire un plaisir certain.
  5. Et en plus, Pennick parle !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fritz Lang
Furie (Fury - Fritz Lang, 1936)

Voilà plus d’un an que Joe Wilson (Spencer Tracy) n’a pas vu Katherine Grant (Sylvia Sidney), sa fiancée.

Alors ce jour des retrouvailles va être inoubliable.

Et comment : Joe est arrêté sur la route pas Bugs Myers (Walter Brennan) et rapidement emprisonné.

Son crime : être au mauvais endroit, au mauvais moment.

On l’accuse d’avoir kidnappé une jeune femme.

Mais si sa culpabilité n’est pas encore claire pour le shérif et son équipe, elle l’est – et comment ! – pour le reste de la ville.

Un groupe d’une vingtaine de personnes va rapidement exciter la foule, l’amenant à brûler la prison et son prisonnier.

 

Pour son premier film américain, Fritz Lang fait – encore une fois – un coup de maître. On retrouve dans ce film l’esprit américain du pays qui vient de l’accueillir avec le savoir-faire qui a forgé sa réputation pendant la quinzaine d’années précédentes.

On retrouve dans ce film des thèmes – et des façons de filmer – qui rappellent ces deux derniers films allemands : M le Maudit et Le Testament du Dr. Mabuse.

M le Maudit parce qu’on assiste à une chasse à l’homme qui cette fois-ci n’aboutit pas à une arrestation (1), mais à un lynchage.

Le lynchage fut cette particularité américaine qui fut en vogue surtout au XIXème siècle mais dont les manifestations perdurèrent au XXème. Encore aujourd’hui, on parle de lynchage dans des situations sinon de mort mais d’extrême violence envers quelqu’un.

 

Ici, nous voyons le procédé se développer jusqu’au point de non-retour. Mais avec une particularité originale : la victime du lynchage – Joe Wilson – se conduit de la même façon que ses lyncheurs : ces hommes ET femmes coupables d’avoir incendié la prison pour tuer son prisonniers se retrouvent à leur tour dans une situation où la mort – même si elle semble légale – est tout de même au bout du tunnel. Et la dernière partie du film insiste sur cette drôle de culpabilité qu’éprouve Joe envers des gens qui s’ils avaient l’intention de le tuer ne l’ont finalement (et miraculeusement, semble-t-il) pas fait. On retrouve alors un homme torturé par sa conscience, rappelant la fièvre qui étreignait de la même façon Hans Beckert (Peter Lorre), avec en prime un plan là encore devant une vitrine : Beckert était torturé par sa névrose alors que Wilson l’est par sa conscience, mais leur état d’esprit est le même.

Cette conscience qui taraude l’esprit se retrouve aussi dans les apparitions du Dr. Mabuse, apparitions qui ne font qu’altérer celui qui en souffre. Ici, c’est au tour de Joe Wilson d’en souffrir.

 

La force du film tient en deux choses. La première, c’est comment on arrive à ce lynchage. Comment des gens qui semblent civilisés se laissent aller à la rumeur et aux bas instincts.

On retrouve dans la mise en place de cet effroyable épisode le savoir-faire allemand : on retrouve cette même rumeur qui atteint le portier dans Le dernier des Hommes. Et Fritz Lang, si le sujet n’était pas aussi grave, s’en amuserait. On voit comment une remarque – pas anodine, par contre – de l’adjoint Myers se répand et se transforme, bien sûr, et amène cette foule en courroux prête à tout pour venger un crime. Cette rumeur se répand de la même façon que toutes les autres : « je ne peux pas en dire plus » déclarent toujours ceux qui en ont déjà trop dit.

On retrouve alors la frénésie qui habite le cinéma de Lang dans ce développement. C’est cette même frénésie qui amène les débordements de Metropolis ou la panique boursière dans Dr. Mabuse le Joueur.

 

Mais si Mabuse ou Beckert sont des gens qui œuvrent à couvert, ici, les leaders le font à visage découvert : on retrouve entre autres Kirby Dawson (Bruce Cabot, passé du « côté obscur », depuis King Kong) et un homme qui ne se cache pas d’être un agitateur de foule « professionnel ». Du beau monde, quoi !

 

La deuxième partie voit le procès des émeutiers, avec à un moment la prise de conscience par Katherine que Joe n’est pas mort.

On retrouve les mêmes éléments des films de procès, mais avec, pour le spectateur un scrupule que n’a pas tout de suite Joe : ces gens sont de véritables salauds – et les images parlent d’elles-mêmes, malgré la solidarité malsaine qui règne dans la ville – mais le mort ne l’est pas. On ne peut donc pas totalement s’identifier à Joe Wilson.

 

Il n’en sera pas de même avec Gil Carter (Henry Fonda) quand William Wellman abordera à son tour le lynchage. Dans The Ox-bow Incident, les lyncheurs n’auront aucune circonstance atténuante : les hommes pris seront injustement (2) pendus.

 

 

  1. Encore que les truands qui avaient appréhendé Hans Beckert avaient tout de même l’intention de le tuer, mais après un procès plus ou moins dans les formes…
  2. Est-ce justice que de prendre une vie contre une autre vie, même dans le cadre d’une mise à mort « légale » ? C’est une des interrogations qui ressort toujours dans ce genre de films judiciaires.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fritz Lang, #Western
Le Retour de Frank James (The Return of Frank James - Fritz Lang, 1940)

Surfant – comme on dit maintenant – sur la vague du succès du Brigand bien-aimé, la Fox demande au réalisateur allemand en vue du moment – Fritz Lang – de réaliser une suite aux aventures des frères James.

Mais le romantisme qui prévalut dans la première partie a disparu : certes Frank James (Henry Fonda) n’est pas un meurtrier, mais il n’en reste pas moins complice de Jesse James et tout de même un bandit notoire même s’il s’est rangé.

On retrouve donc une grande partie de la distribution du film de Henry King, et bien entendu, il manque Tyrone Power (Jesse James) et Nancy Kelly (Zee).

 

Les films de Fritz Lang sont toujours empreints de justice, et celui-ci ne manque pas à la règle. Cette justice concerne Frank James.

Donc Frank est coupable de méfaits passés, mais c’est pour une autre affaire qu’il est recherché : un hold-up qui a mal tourné, un employé ayant été abattu par une balle perdue.

Alors que Le Brigand bien-aimé justifiait (presque) la carrière criminelle des frères James – la responsabilité écrasante de la compagnie de chemins de fer – ici, on ne revient pas sur le passé.


Le film s’ouvre donc sur la fin du précédent : « l’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford », comme le dirait Andrew Dominik, la main du « justicier » tremblant, sans pour autant manquer sa cible.

On retrouve alors Frank James, vivant incognito dans une ferme, avec son neveu Clem (Jackie Cooper) et l’incontournable serviteur noir « Pinky » Washington (Ernest Whitman).

Mais cette existence paisible est troublée par l’annonce de la mort de son frère qu’il avait quitté suite au braquage raté.

Pour Frank (et son neveu), pas de choix possible : il faut venger la mort de Jesse.

 

Avec Le retour de Frank James, Fritz Lang s’essaie (avec succès) au western, et nous propose une nouvelle vision du genre. Après l’idéal romantique décrit par Henry King, ou Victor Fleming dans Autant en emporte le vent (l’année précédente aussi), Lang introduit une notion primordiale : l’honneur. La vengeance de Frank se situe au même niveau que celle de Rodrigue chez Corneille : il doit venger l’affront qui fut fait avec la mort de Jesse et l’amnistie accordée aux assassins. Persuadé que les frères Ford devaient être pendus, il se propose de faire lui-même la justice.

Mais arrive l’élément rédempteur : Pinky est accusé à sa place et condamné à mort.

S’ensuit alors un cas de conscience : Frank doit-il poursuivre Bob et assouvir sa vengeance ou sauver le pauvre Pinky ?

Ce dilemme rappelle, bien entendu, celui qui tortura l’esprit de Joe Wilson (Spencer Tracy) dans le premier film américain de Lang : Furie. Même si le choix de Frank est plus rapide que celui de Joe, l’analogie reste tout à fait pertinente. Mais cette fois-ci, Frank, en se présentant, empêchera l’exécution de Pinky, certes, mais aussi le précipitera dans les bras de cette même justice devant laquelle il devra répondre.

 

Et là encore, le procès est d’une grande importance. Comme je le disais plus tôt, le passé est oublié. Pourtant, la Saint-Louis Midland Railroad est partie civile et aimerait bien revenir sur le passé trouble de Frank. Mais un élément primordial joue en faveur de ce dernier : nous sommes dans le Sud. Tous les gens présents au tribunal sont des Sudistes – sauf le procureur (Russell Hicks) et le dirigeant de la Midland, McCoy (Donald Meek, encore lui). Et c’est là qu’est le nœud du propos : Frank n’est pas jugé parce qu’il est un bandit. Et il est acquitté parce qu’il est du Sud. Et en plus, cette histoire est vraie : Frank a bel et bien été acquitté par un jury d’hommes du Sud. Quant à la fin de Robert Ford (John Carradine), Lang ne s’embarrasse pas trop avec la vérité (Ford meurt en 1892, soit 9 ans après le procès de Frank James). Mais qu’importe, la mort du « traître » se justifie pleinement dans le ton du film. Et puis, n’oublions pas qu’il faut tout de même châtier les (plus) méchants.

 

Encore une fois, pour Fritz Lang, Henry Fonda joue un personnage qui est le centre d'une affaire judiciaire. Mais si Eddie Taylor (J'ai le Droit de vivre) était une victime du système judiciaire, il n'en va pas de même pour Frank James. Il n'a pas changé et s’il est au devant, cela ne l’empêche pas de rester un homme calme et réfléchi. Bien entendu, il chique du tabac à longueur de film, toujours impeccablement mis, même après une longue chevauchée : il est LE gentleman du Sud, noble et séduisant malgré ses méfaits. Mais...

 

Et à propos de séduction : la jeune femme – parce qu’il y en a toujours une – est une débutante de 20 ans qui sera l’inoubliable Laura de Preminger : Gene Tierney.

 

Notons au passage la constante des belles actrices de Fritz Lang : de Brigitte Helm à Gene Tierney, en passant par Gerda Maurus ou Sylvia Sidney, elles ont toutes de magnifiques yeux bleus clairs…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fritz Lang, #Drame
Liliom (Fritz Lang, 1934)

Liliom, c'est un baratineur de foire. Toute la journée, il fait le boniment pour le carrousel de madame Moscat (Florelle).Il a la gouaille, il est beau et il chante magnifiquement. Bref, toutes les femmes sont un peu amoureuses de lui. Et en plus, c'est Charles Boyer !

Et parmi toutes ces jeunes femmes, il y en a une. Elle est différente. Ca ne s'explique pas. Elle s'appelle Julie (Madeleine Ozeray).

Et Liliom tombe amoureux d'elle.

Mais Liliom est un orgueilleux...

 

Quatre ans après Frank Borzage, Fritz Lang s'attaque à la pièce de théâtre de Ferenc Molnár. A cette époque, il est en transit. Il part pour l'Amérique - l'atmosphère en Allemagne étant un tantinet viciée (surtout pour les Juifs comme lui), même s'il avait de bonnes relations avec Goebbels. Le voilà donc de passage à Paris. C'est d'ailleurs là qu'il situe l'action du film (Borzage avait gardé Budapest comme cadre).

Alors il reprend le même schéma. Il allonge certaines scènes, et finalement, le film est petit peu plus long (118 minutes pour 94 chez Borzage), mais la structure reste la même, les proportions sont gardées. La mort de Liliom intervient aussi au deux tiers du film.

Mais c'est la façon de traiter l'histoire qui change totalement. Il n'y a pas les jeux d'ombres chers à Borzage. Mais un traitement un petit peu plus léger de l'intrigue. Et puis surtout, Charles Boyer est impérial dans ce rôle de drôle de mauvais garçon (pas si mauvais que ça, d'ailleurs). Il a la carrure (il fait moins dégingandé que Charles Farrell) et le ton qui va avec. Alors que Farrell campait un Liliom un tantinet gauche, Boyer, lui, est déterminé. Et beaucoup plus viril. Il est fort et n'hésite pas à se battre si nécessaire. Mais malgré tout, il ne vaut pas mieux. C'est toujours une espèce de fainéant bon à rien, comme le dit sa logeuse Mme Menoux (Maximilienne, la « vraie jeune fille » de l'Assassin habite au 21)

Mais alors que Borzage développait l'aspect ferroviaire de la vie après la mort, Lang réduit cet état à un examen policier. Il replace par la même occasion l'acteur qui joue le rôle du commissaire dans la vraie vie (Henri Richard), avec les mêmes soucis inhérents à sa fonction.

Le traitement de l'espace surnaturel - incluant le paradis possible - est le seul élément traité de façon irréaliste, alors que le reste du film est situé dans des décors vraisemblables. Chez Borzage, tout était faux, mais cela faisait partie de la façon d'appréhender l'histoire. Ici, Lang s'amuse à nous montrer des policiers ailés (zélés ?) assistés d'anges pas vraiment séraphiques. Ils ont plutôt des allures d'entrepreneurs... De pompes funèbres !

Et puisque c'est un film de Lang, les scènes se répondent : « 1, 2, 3... » compte Liliom. Et le 3, c'est le numéro de la porte où il est convoqué à la police...

A la police, où il attend, et on voit les heures tourner sur la pendules du commissariat. C'est d'ailleurs avec ce même mouvement tournant d'ouverture d'un nouveau plan que l'attente se termine, et que Liliom peut rencontrer celui qui l'a convoqué.

Et puis, au détour d'une scène, Antonin Artaud, égal à lui-même...

Alors, faut-il choisir entre le Liliom de Borzage et celui de Lang ? Non. Celui de Lang, même s'il reprend les mêmes épisodes que celui de 1930, est un autre film. Le point de vue est différent. Il n'a pas l'esthétique magnifique de celui de Borzage, mais il gagne en intensité humaine. Les acteurs jouent plus juste, et décidément, Charles Boyer est un magnifique Liliom !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fritz Lang, #Western
Les Pionniers de la Western Union (Western Union - Fritz Lang, 1941)

Un homme seul, poursuivi. Vance Shaw (Randolph Scott)

Un autre homme, blessé. Edward Creighton (Dean Jagger).

Une rencontre.

Creighton travaille pour la Western Union (d'où le titre) afin d'établir la ligne télégraphique entre Omaha et Salt Lake City, afin de relier l'Est et l'Ouest des Etats-Unis.

Alors Shaw rejoint l'expédition : c'est une façon de se mettre à l'abri de ses poursuivants.

Mais d'autres poursuivants viennent tourmenter la Western Union : Jack Slade et sa bande de renégats, bande dont Shaw fut autrefois membre...

 

Un an après le Retour de Frank James, Fritz Lang nous offre un nouveau western. Inspiré du roman de Zane Grey Western Union (1939), il raconte comment le télégraphe a pu relier l'est et l'ouest, alors que les Etats-Unis vivaient leur terrible Guerre Civile. Edward Creighton a réellement existé et dirigé la construction de cette ligne télégraphique. Autour de Creighton, on trouve toute une clique de personnages pittoresques qui semblent tout droits sortis de d'un western de John Ford : entre l'ancien trappeur qui fut scalpé par les Indiens "et le cuisiniers pas très courageux et à qui il arrive toute sorte d'épisodes comiques... Et bien entendu, la jeune et jolie fille (Virginia Gilmore) - sœur de Creighton (!) - que Vance Shaw et Richard Blake (Robert Young) courtisent.

Mais c'est Shaw qui est certainement le personnage le plus languien.

 

C'est un homme seul, qui, à un moment de sa vie, a fait les mauvais choix, et essaie de vivre, faute de pouvoir réparer ces erreurs. Mais même s'il n'est pas un enfant de chœur, il ne peut pas laisser un homme mal en point seul : voilà pourquoi il aide Creighton blessé, et le retrouvera pour cette aventure autour du « fil qui chante ».

Mais rapidement il est rattrapé par son (lourd) passé et ne peut échapper à son destin.

 

Quoi qu'il fasse, ses vieux démons reviennent le hanter. Mais ces démons sont bel et bien réels : Jack Slade et ses sbires - ses anciens « associés » - eux non plus, ne sont pas des enfants de chœur. Ils sont même plus que cela pour Shaw. Et tant que ces tristes personnages seront dans les parages, Shaw ne pourra pas tourner la page, ni évoluer. Il y a chez Shaw un peu d'Eddie Taylor (You only live once, 1937) : cet homme sans cesse hanté par son passé criminel et qui, malgré ses tentatives pour se ranger, est rattrapé par sa faute originelle, celle qui le marquera indélébilement et l'empêche d'accéder à une quelconque rédemption, sinon par la mort.

Quant à savoir si le sort de Shaw est plus favorable que celui d'Eddie, il faut voir le film.

 

Et puis ce film est aussi un bon complément de l'album de bandes dessinées de Lucky Luke par Morris & Goscinny : Le Fil qui chante. Il raconte la même sorte d'expédition, mais dans l'autre sens, entre Carson City et Salt Lake City. Cette BD s'inspire bien entendu du film, reprenant, à sa façon, certains épisodes, comme les pourparlers avec les Indiens pour savoir si le « fil qui chante » est, oui ou non, une « bonne médecine » !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Fritz Lang
J'ai le droit de vivre (You only live once - Fritz lang, 1937)

Eddie Taylor (Henry Fonda) sort de prison. Pour la troisième fois. La prochaine visite sera la dernière. Mais Eddie, en sortant retrouve Jo (Sylvia Sidney), sa fiancée, l’assistante de son avocat.

Alors ils essaient de construire quelque chose.

Mais comme c’est Fritz Lang, nous savons que ce ne sera pas possible, et puis il n’y aurait pas de film.

Le premier indice nous est donné pendant la nuit de noces. Dans le jardin de l’auberge, On entend les grenouilles coasser. « Si une grenouille meurt, l’autre meurt aussi » déclare Eddie. Peu après, ils sont chassés par les propriétaires à cause du passé d’Eddie.

Première fuite.

Puis, Eddie est viré de son boulot. Et quand il arrive dans la nouvelle maison que Jo a aménagée, c’est pour fuir encore : un ancien compagnon de cellule a fait un coup en utilisant son chapeau.

Deuxième fuite.

Mais Jo l’encourage à se rendre. Ce qu’il accepte. Malheureusement, s’il n’a rien fait cette fois-ci, ce n’est pas l’avis du tribunal qui le condamne à la peine capitale.

Au bout de cinq mois de couloir de la mort, on n’a plus rien à perdre. Alors il tente le tout pour le tout. Avec des complicités, il se procure une arme et prend un otage pour s’évader.

Troisième fuite.

Jo le rejoint. Elle part avec lui, blessé.

Quatrième fuite

Il se remet. Elle accouche. « Bébé » naît. Ils le confient à la sœur de Jo et repartent.

Dernière fuite.

 

Encore du grand Lang. Mais en est-il autrement ? Encore un homme accusé à tort. Et la scène de sortie du tribunal rappelle le lynchage de Fury. Mais la police, ici, empêche la foule de se faire « justice ».

Et cette fois-ci, pas de fin (presque) heureuse. Quoi que fasse Eddie, le destin veille et contrecarre ses plans :

  • Lors de l’évasion (voir ci-dessous) ;
  • Au moment de partir, Jo achète des cigarettes. Elle est reconnue et dénoncée, la police retrouvant ainsi leur trace.

 

La scène la plus emblématique du film est très certainement celle de l’évasion. Eddie veut fuir, mais le directeur n’est pas de cet avis, appelant même les gardes à « tirer pour tuer ». Il y a du brouillard, c’est une nuit de mort. Et c’est précisément cette nuit que choisit le destin pour intervenir : un câble annonce que Taylor a été reconnu innocent et va être libéré.

Mais Eddie ne peut pas entendre une telle annonce. Même si c’est l’aumônier qui la prononce.

 

L’aumônier apparaît nimbé dans le brouillard, archange annonciateur d’une grande nouvelle. Mais Eddie ne veut pas croire cette nouvelle trop pratique. Il tire. Le prêtre fait ouvrir les portes. Ce ne sont plus les portes de la prison, elles sont devenues les portes d’un paradis, celui d’Eddie : la liberté. Mais comme le destin veille, des coups de feu sont échangés et Eddie est touché.

 

Mais la libération est proche et Eddie et Jo accompliront la prophétie des grenouilles.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Fritz Lang

Dix ans après, il revient.

Mais…

Deuxième film parlant de Fritz Lang, il s’agit ici encore d’une histoire allemande contemporaine. L’héritage du cinéma muet est là, comme l’atteste la scène d’ouverture, où seul le bruit des rotatives s’entend, donnant un alibi pour ne pas entendre ce que disent les protagonistes.

C’est aussi le dernier film de Fritz Lang en Allemagne avant vingt-cinq ans (Le Tombeau indou, 1958)

Alors on peut dire qu’il s’agit aussi du testament de Fritz Lang sur sa première période allemande. Alors, il reprend son personnage fétiche, génie du Mal : Mabuse. Rudolf Klein-Rogge lui prête à nouveau ses traits.

Mais…

Mais Mabuse n’est plus celui qu’il était. Il est vieux, diminué, interné.

 

Nous l’avions laissé fou à la fin du film de 1922. Ca ne s’est pas arrangé. Le docteur Baum (Oscar Beregi) – son praticien – nous décrit sa vie dans la décennie écoulée. Rien, puis une frénésie d’écriture. Il écrit, jusqu’à 30 pages par jour ! Et qu’écrit-il ? Son journal ? Non. Son testament ? Si on veut.

Il s’agit plutôt d’un précis de criminalité, dans lequel il couche toutes ses idées malfaisantes. Et ces/ses idées inspirent ce qu’on appellerait aujourd’hui un copycat !

Alors que Mabuse végète – puis meurt – dans son asile, un mystérieux criminel s’attaque à la société en se faisant passer pour Mabuse. Ses pratiques sont exactement celles que prône Mabuse. Etonnant, non ? [Je ne vous dirai pas qui c’est !]

 

En face de ce nouveau génie du crime, un policier très fort – physiquement et mentalement – le commissaire Lohmann – « le gros Lohmann » – qui s’était s’était distingué en arrêtant Hans Beckert dans M le Maudit. Là encore, c’est Otto Wernicke qui endosse ce personnage.

Puisqu’on en est aux récurrences d’acteurs, Theodor Loos (Docteur Kramm) et Georg John (le serviteur) sont là, bien entendu, ainsi que Heinrich Gotho (cherchez-le !).

Mais comme en 1922, Mabuse ne peut pas gagner. Lohmann, aidé d’un repenti (Tom Kent – Gustav Diessl – Jack l’Eventreur dans Loulou de Pabst), va s’en charger.

 

Au-delà de l’intrigue, Lang nous offre – encore une fois – un film époustouflant. Certains épisodes rappellent le premier opus :

  • La première installation que nous découvrons est l’atelier de fausse monnaie ;
  • Une fusillade éclate lors de la capture des complices ;
  • Une poursuite en voiture, non pas pour sauver le justicier, mais pour rattraper le nouveau Mabuse
  • Ce nouveau génie termine comme son modèle.

Comme dans M, Lang nous propose des inventaires silencieux après des moments de tension, un plan fixe sur une situation, sans autre explication : le téléphone, le journal, le bureau de Kent…

 

Autre technique utilisée par Lang, les liaisons entre les plans : comme dans certains moments de M, à une scène correspond la suivante à travers un élément. Le journal de Kramm relatant le vol de bijoux, suivis de l’inventaire des bijoux.

Autre clin d’œil à M, l’annonce du meurtre de Kramm est affiché sur une colonne Morris…

 

Et les scènes les plus impressionnantes sont celles autour de la folie :

  • Avec Hofmeister : il est devenu fou suite à l’intervention des complices du nouveau Mabuse après avoir voulu dénoncer l’atelier de fausse monnaie à Lohmann. Lors de la visite de ce dernier à l’asile, nous assistons à une surimpression du décor dans lequel Hofmeister est devenu fou. Décor signé Carl Hoffmann, qui collaborait avec Otto Hunte sur les films précédents de Lang, et on ressent fortement cette influence dans cette scène.
  • Avec Mabuse : pas de surimpression pour Mabuse. Seulement son regard, qui a noirci. Il n’a plus les reflets azuréens du premier opus, mais la noirceur de son esprit maléfique.
  • Avec son successeur : Mabuse devient un être semi-fantastique avec des yeux exorbités et démesurés, un ectoplasme qui prend possession du corps de son copieur.

Cette scène de possession du corps est l’une des plus surréalistes de Fritz Lang de par son aspect irréel, tout d’abord, et ensuite parce qu’elle est soutenue par la présence de masques africains et de crânes dans le bureau où a lieu le transfert. C’est aussi le seul moment où on entend parler Mabuse… Alors qu’il est mort !

 

Mais Mabuse, s’il a changé depuis son internement, a aussi évolué dans sa symbolique. De Fantômas allemand, il se mue en futur dictateur…

Parce que Mabuse, c’est Hitler. Il est fou, comme l’autre. Il écrit sa vision du monde et de la société pendant son internement, comme l’autre. Il encourage la destruction d’un monde et d’une société, comme l’autre.

Pourtant – dirait Sadoul (Georges) – Théa von Harbou, la femme de Lang, était membre du NSDAP (parti de Hitler). Comment se fait-il qu’elle ait pu cautionner une attaque déguisé contre celui qui deviendrait son « führer » ?

Tout d’abord, elle n’avait pas le recul que nous avons aujourd’hui, mais surtout, elle n’avait pas obligatoirement compris le message sous-jacent.

Un qui l’a compris rapidement, c’est Goebbels, qui fit interdire le film.

 

Malgré tout, le film à survécu à l’autre. Et le parallèle reste flagrant : Hitler, à l’instar de Mabuse, insuffle le mal dans une société qui ne va pas très bien elle non plus (cf. scène de l’agence pour l’emploi).

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Fritz Lang

M est, avec Metropolis, certainement le meilleur film de Fritz Lang.

De plus, c’est son premier parlant, ce qui n’est pas rien.

Sonore serait plus approprié que parlant, parce que le son et les bruits y jouent un aussi grand rôle que la parole.

Ca commence par des enfants qui jouent en chantant une comptine sur un méchant bonhomme qui doit venir chercher l’un d’eux.

Ca y est, nous sommes dans le vif du sujet : un homme va chercher des enfants, et bien entendu les tuer. (Mais nous ne le savons pas encore !)

Et puis c’est Frau Beckmann, qui prépare le déjeuner en attendant sa fille Elsie. Midi sonne et Frau Beckmann se réjouit en pensant à son enfant qui sort de l’école (montage parallèle) avec son ballon. Elle joue dans la rue, faisant rebondir sa balle sur une colonne Morris sur laquelle est écrit « Qui est l’assassin ? ».

Comme c’est un film allemand, l’ombre est pertinente, et répond à la question : celui qui se tient devant la petite fille est l’assassin.

Ensuite tout va très vite : il lui achète un ballon de baudruche en forme de bonhomme, ils s’en vont, la balle roule sur l’herbe, la baudruche s’envole, Frau Beckmann s’inquiète. Pas d’explication, c’est superflu. Nous avons tous compris que la petite fille est morte. (Et puis les journaux nous le confirmeront)

  • Premier inventaire silencieux : des couverts sur une table, une cage d’escalier, un grenier… Vides, désespérément vides.

 

Ensuite, le tueur écrit à la presse pour revendiquer son crime, et c’est l’effervescence : dans la rue, dans les cercles, tout le monde soupçonne tout le monde. Il suffit d’un mot entendu pour que les esprits s’échauffent. La police opère des descentes qui ne servent à rien, sinon nous présenter son limier : Karl Lohmann – le gros Lohmann.

  • Deuxième inventaire silencieux : les objets confisqués suite à la descente dans un bar souterrain. Des outils de cambriole, des armes, de l’argenterie, des fourrures…

 

Paradoxalement, cela permet à Lang de faire un peu retomber la tension en introduisant un premier élément comique, avec – encore une fois – Heinrich Gotho dans un échange en plongée/contre-plongée avec un colosse.

Les pouvoirs publics prennent les choses en main, mais sont vite dépassés. On a une scène d’explication entre le ministre et le préfet, agrémentée d’un montage parallèle illustrant les explications données.

Alors les criminels vont s’en occuper, sous la conduite du chef d’entre eux : Schränker.

On assiste alors à deux conseils : celui de la police qui met en place une stratégie ; celui de la pègre qui en met en place une autre.

Les policiers se basent sur des éléments scientifiques, décidant de chercher ce meurtrier fou chez d’anciens internés psychiatriques.

 

Les truands se reposent sur leur réseau d’informateurs, les mendiants. Il s’agit d’une organisation très au point dont les membres sont tous référencés et immatriculés, une sorte d’armée de la manche. Et cette armée quadrille le terrain. Les aveugles jettent un regard par-dessus leurs lunettes noires, les vendeurs à la sauvette se concentrent sur les rassemblements d’enfants. Lang en profite pour introduire un nouvel élément comique : alors qu’il est en filature, un mendiant ne peut s’empêcher – dans un réflexe quasi pavlovien – de ramasser un mégot qui vient d’être jeté. Cette organisation n’est pas sans rappeler L’Opéra de quat’sous de Bertold Brecht et Kurt Weill, qui fut adapté au cinéma la même année par Pabst, de même que Schranker fait écho à Mackie Messer, dans ce même opéra.

Si la police et les truands ont un objectif commun, leurs intentions ne sont pas vraiment les mêmes.

La police représente l’Etat, et souhaite ramener la paix en arrêtant le meurtrier.

Les truands, quant à eux, veulent arrêter ce gâche-métier qui les empêche de faire des affaires, la police étant sans cesse sur leur dos.

Mais comme cet assassin peut être n’importe qui, il n’est pas possible de l’identifier de visu. C’est d’ailleurs un aveugle (l’incontournable Georg John) qui le reconnaît en l’entendant siffler du Grieg.

Parce que l’assassin siffle. Il siffle toujours la même chose : Dans le Château du Roi de la Montagne, tiré de Peer Gynt (E. Grieg). Il siffle quand il est tendu (on ne disait pas encore « stressé »), il siffle quand il est en chasse, il siffle quand il est avec une petite fille.

 

Il, c’est Peter Lorre, un jeune comédien qui a joué – entre autres – pour Brecht et Weill. Il n’est ni grand, ni svelte, ni spécialement beau. Non. Il est Hans Beckert, un tueur psychopathe, extrêmement convainquant.

Son seul problème, c’est qu’il ne savait pas siffler. C’est donc Fritz Lang qui le double à chaque intervention.

Lorre joue Hans Beckert avec un réalisme saisissant : il semble souffrir des troubles de son personnage, et ce rôle lui collera à la peau longtemps. De plus, la façon qu’il a de décrire ses troubles obsessionnels est un grand moment du film.

 

Cette description de l’obligation de tuer dont il souffre vient en écho d’une scène de chasse de ce tueur. En effet, alors qu’il poursuit une petite fille, il arrive à une librairie dont la devanture est ornée de deux éléments dérangeants : une flèche qui monte et qui descend, un disque qui tourne, dans lequel est imprimé un tourbillon. Là encore, Lang nous met sur la voix : le disque évoque la transe hypnotique dans laquelle il se trouve ; la flèche, c’est le couteau qu’il utilise quand il tue ses victimes, parce qu’il ne frappe pas qu’une seule fois. (On a appris que les victimes étaient abandonnées dans un état effroyable)

Une fois repéré par les truands, l’assassin est traqué dans un bâtiment commercial. Pas de problème, ils amènent l’artillerie lourde. Tout le matériel de cambriolage est utilisé pour le trouver. Les braqueurs cassent les plafonds et les portes, les serruriers font jouer leurs rossignols…

Là encore, ce n’est pas la vue qui permettra de le débusquer, c’est le bruit de ses propres efforts pour sortir.

  • Troisième inventaire silencieux : portes fracturées, plafond troué, gardiens assommés, ligotés, bâillonnés.

 

La dernière partie est essentielle au film. Elle voit Hans Beckert, déjà capturé, jugé par les criminels. Il est (presque) seul. Ils sont tous en face de lui, hostiles, attendant la sentence de mort.

Mais c’est pourtant l’un d’entre eux qui va sauver Beckert. En effet, après les aveux du tueur quant à sa possession, son « avocat » le déclare irresponsable et refuse qu’il soit assassiné.

S’en suit un débat – houleux – sur le traitement réservé aux tueurs d’enfants et aux criminels irresponsables en général. Par ce débat, Lang annonce Fury, film qui dénonce un lynchage, parce que ce qui attendait Beckert, n’était rien d’autre qu’une justice sommaire, rendue en plus par des personnes peu recommandables

 

Pour un premier film parlant, Fritz Lang réussit un coup de maître. Il montre une maîtrise du son étonnante et époustouflante. Le film est sonre pertinemment. Il n’y a pas de sons superflu. Les mouvements de police dans la rue sont silencieux, la traque du tueur aussi. Par contre, à certains moments, on est surpris par un sifflet et le retour du son. Parce que le tueur n’est pas le seul qui siffle : la police, les mendiants sifflent. Le son, c’est aussi ce qui perdra Beckert : alors qu’il essaie de sortir du grenier où il fut enfermé par erreur, il frappe de son couteau – dont la lame est cassée – sur un clou afin de pouvoir forcer la serrure.

 

Là encore, nous sommes dans le cinéma allemand de la République de Weimar – ce cinéma prémonitoire des « Années de Chien » – et nous nous rapprochons de plus en plus de 1933. Lang voulait appeler son film Les Assassins sont parmi nous. Il est clair que le parallèle avec la montée des nazis à la même période est encore plus pertinent qu’avant. Beckert est un citoyen comme un autre, qui se fond dans la société. On ne le distingue pas par son allure, mais par les sifflements qu’il émet.

Les nazis non plus, ne portaient pas tous un uniforme.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Fritz Lang, #Science-Fiction

Avant, il y avait Jules Verne (De la Terre à la Lune, 1865) et surtout Méliès (Le Voyage dans la Lune, 1902).

Après, il y aura Tintin (On a marché sur la Lune, 1954), et enfin Armstrong (1969).

Un an après Spione, Fritz Lang revient avec le même couple : Gerda Maurus (Friede) et Willy Fritsch (Hélius).

Mais il n’a pas emmené qu’eux : Fritz Rasp est de la partie, ainsi que quelques autres - Gustl Gstettenbaur et Heinrich Gotho, pour ne citer qu’eux.

Au scénario, toujours Thea von Harbou, aux décors, Otto Hunte. Bref, une équipe qui roule et déroule. Venons-en à l’histoire.

Des astronomes veulent aller sur la Lune. Jusque là, tout va bien.

Pour y trouver de l’or. Aïe. Ca dérape.

Que des scientifiques veuillent aller sur la Lune, OK, mais pour y trouver de l’or, non. Passons.

Pour le reste, une histoire de conquête spatiale honnête, si ce n’étaient les invraisemblances pour nous, spectateurs du XXIème siècle :

  • Le décollage serait impeccable, si les protagonistes n’avaient pas un col bien serré avec cravate ou nœud papillon ;
  • L’atmosphère lunaire respirable ;
  • La pression atmosphérique identique à celle de la terre.

Autrement, c’est du Fritz Lang, du vrai. Il y a toujours des surimpressions, des effets spéciaux subtils, bref, on ne s’ennuie pas.

La preuve ? Hergé s’en est beaucoup inspiré dans l’ouvrage cité précédemment : la vision sur la terre à travers le hublot, l’apesanteur et le liquide qui s’échappe sous forme de boule.

Et puis les acteurs sont sympathiques, Maurus et Fritsch en tête. Mais ce sont les autres qui tirent leur épingle du jeu :

Fritz Rasp est fourbe à souhait, dans la lignée des deux films de Lang précédents ; Heinrich Gotho est toujours comique, ici victime des ciseaux de Hélius ; Kalus Pohl (le professeur Manfeldt) est un tout petit peu toqué, juste ce qu’il faut ; et Gustav von Wangenheim (Hans Windegger) passe de Hutter dans Nosferatu à un ingénieur qui ne résiste pas à la pression.

En conclusion, un film sympathique, servi par des acteurs honnêtes, très esthétique, mais quand même limité.

Il était temps que le parlant arrive…

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